{"id":542,"date":"2021-09-04T18:23:44","date_gmt":"2021-09-04T16:23:44","guid":{"rendered":"http:\/\/s610914067.onlinehome.fr\/combaz\/?p=542"},"modified":"2025-02-20T22:57:28","modified_gmt":"2025-02-20T21:57:28","slug":"nus-et-vetus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/christiancombaz.com\/?p=542","title":{"rendered":"Nus et v\u00eatus"},"content":{"rendered":"<p>Le peintre Jean Giovelina, narrateur et figure centrale de Nus et v\u00eatus, le seizi\u00e8me roman de Christian Combaz, par bien des aspects, se pr\u00e9sente comme un alter ego de celui-ci. Retir\u00e9 depuis une vingtaine d&#8217;ann\u00e9es dans une province \u00e9loign\u00e9e de Paris, il travaille en solitaire et construit obstin\u00e9ment une ouvre en d\u00e9saccord d\u00e9clar\u00e9 avec les tendances du moment et les modes. L&#8217;un et l&#8217;autre en effet ne travaillent &#8221; ni pour l&#8217;industrie ni pour l&#8217;\u00e9dition, mais pour la post\u00e9rit\u00e9 qui co\u00fbte cher aux artistes et ne rapporte qu&#8217;\u00e0 leurs descendants &#8220;. Le regard toujours critique et le verbe acide, ils observent les d\u00e9rives du monde alentour, tandis qu&#8217;ils affectent semblablement de se draper dans une mani\u00e8re de pose aristocratique qui leur vaut au mieux beaucoup d&#8217;indiff\u00e9rence, au pire de solides inimiti\u00e9s. Sans illusion sur le pr\u00e9sent, m\u00eame si quelquefois un peu de gloire leur \u00e9choit, ils ont d\u00e9finitivement arr\u00eat\u00e9 de s&#8217;en remettre au jugement de la seule post\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Jean Giovelina se rem\u00e9more ici des \u00e9v\u00e9nements auxquels il se trouva affront\u00e9, dix ans auparavant. C&#8217;\u00e9tait l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 des attentats inconcevables venaient d&#8217;avoir lieu, suivis eux-m\u00eames d&#8217;une guerre lointaine, quelque peu irr\u00e9elle. Une fois encore, Christian Combaz a choisi le point de vue d&#8217;un temps futur, pour nous parler d&#8217;aujourd&#8217;hui. Dans un ch\u00e2teau au-dessus d&#8217;un village, pr\u00e8s de la fronti\u00e8re suisse, son personnage de peintre entasse de curieuses toiles, qui presque toutes mettent en sc\u00e8ne des enfants et des vieillards. Les premiers normalement v\u00eatus, les seconds dans le plus simple appareil. Des repr\u00e9sentations bizarres, en lesquelles pourrait bien se manifester quelque perversion cach\u00e9e. L&#8217;artiste n&#8217;a-t-il pas, depuis peu, ouvert un atelier hebdomadaire pour les enfants du village ? Et puis on ne le voit gu\u00e8re. On sait seulement qu&#8217;il se rend quelquefois \u00e0 Paris ou \u00e0 Gen\u00e8ve. Pour quelles affaires peu avouables ? Rien de surprenant qu&#8217;un scandale arrive un jour, et qu&#8217;un adolescent en soit la cause. Un certain Ilya, fils d&#8217;une Russe venue chercher en France la bonne fortune. Elle \u00e9tait rapidement parvenue \u00e0 ses fins aupr\u00e8s d&#8217;un notable du coin, mais cela d\u00e9sormais ne lui suffit plus. Elle s&#8217;entiche alors du peintre, qui semble justement revenir en odeur de saintet\u00e9 chez les critiques et les galeristes, par l&#8217;un de ces perp\u00e9tuels retournements dont se repa\u00eet la mode. Ce c\u00e9libataire ombrageux, en fait discr\u00e8tement port\u00e9 vers les hommes, a le mauvais go\u00fbt de r\u00e9sister \u00e0 ses assauts. De surcro\u00eet, il se permet de subodorer dans les travaux de dessin de son Ilya une formidable d\u00e9tresse. Pour l&#8217;un et l&#8217;autre, c&#8217;en est trop. La calomnie sera leur arme commune.<\/p>\n<p>Christian Combaz, \u00e0 l&#8217;encontre d&#8217;une tendance croissante aujourd&#8217;hui, ne se contente pas de mettre en sc\u00e8ne un fait divers somme toute banal. Il en op\u00e8re une lecture ouvrant sur une multiplicit\u00e9 d&#8217;arri\u00e8re-plans. Depuis un certain \u00e9tat moral de la soci\u00e9t\u00e9, alliance de rigorisme et de d\u00e9bauche, jusqu&#8217;au malentendu grandissant autour de l&#8217;art et de la cr\u00e9ation. La pol\u00e9mique autour du livre de Nicolas Jones-Gorlin, de la m\u00eame fa\u00e7on que le proc\u00e8s intent\u00e9 \u00e0 Michel Houellebecq, viennent tout r\u00e9cemment d&#8217;en fournir de nouvelles et \u00e9videntes illustrations. En m\u00eame temps, l&#8217;auteur, ainsi qu&#8217;un Roland Barthes qui aurait choisi l&#8217;\u00e9criture romanesque, ne cesse pas de regarder en tous lieux au-del\u00e0 des apparences. De chercher \u00e0 d\u00e9busquer partout les signes d&#8217;un sens g\u00e9n\u00e9ral. Comme dans cette image, devenue tellement famili\u00e8re qu&#8217;on n&#8217;\u00e9prouve plus n\u00e9cessairement le besoin de l&#8217;interroger ni d&#8217;en explorer les r\u00e9sonances profondes, d&#8217;une nouvelle race de grands-parents habitu\u00e9s des grandes surfaces, &#8221; affubl\u00e9s de ridicules v\u00eatements de sport et serrant, dans leur main crevass\u00e9e, celle de petits enfants qui s&#8217;appelaient Steve, Cindy ou Pamela &#8220;. Ou dans l&#8217;impression de chaos organis\u00e9 des images \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision : &#8221; Un vacarme pour les yeux. &#8221; Ou encore dans les manifestations de quelques penchants notoires de l&#8217;\u00e9poque, chez un gar\u00e7on comme Ilya : &#8221; Il regardait des films atroces, il aimait le spectacle du sang et de la haine, il ricanait de tout, il ne dessinait que des machines. &#8221; L&#8217;\u00e9crivain, qui se r\u00e9clame lui-m\u00eame d&#8217;un &#8221; classicisme combattant &#8220;, met en question des habitudes, r\u00e9voque en doute ce qui s&#8217;est impos\u00e9 comme \u00e9vidence. Assignant au roman une fonction de d\u00e9voilement.<\/p>\n<p>L&#8217;on se souvient que les toiles du peintre montraient des vieillards nus, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&#8217;enfants habill\u00e9s. L\u00e0 o\u00f9 des esprits malintentionn\u00e9s, confort\u00e9s par la dictature du &#8221; politiquement correct &#8220;, n&#8217;avaient vu que la manifestation d&#8217;une d\u00e9viation, il aurait peut-\u00eatre fallu distinguer surtout un mode de repr\u00e9sentation symbolique. L&#8217;\u00e9vocation de la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9pouiller la r\u00e9alit\u00e9 des oripeaux qui la travestissent, d&#8217;en montrer l&#8217;\u00e9tat v\u00e9ritable. De la petite humanit\u00e9 que croise son personnage, Christian Combaz n&#8217;\u00e9pargne personne. Pas davantage les milieux culturels et m\u00e9diatiques parisiens que les cercles imperm\u00e9ables les uns aux autres de la province. Pareillement moutonniers, imbus d&#8217;eux-m\u00eames et intol\u00e9rants. Le romancier tend ici au monde environnant un miroir implacable, sans autre vis\u00e9e que d&#8217;en faire ressortir la v\u00e9rit\u00e9 profonde. Et chacun de ses livres se pr\u00e9sente ainsi : plein d&#8217;alacrit\u00e9, inconfortable et d\u00e9tonant, refusant la soumission. Une conception radicale et exigeante du roman. Qui ne lui fait pas que des amis.<\/p>\n<p>Christian Combaz, Nus et v\u00eatus, Fayard, 320 pages, 18 euros.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le peintre Jean Giovelina, narrateur et figure centrale de Nus et v\u00eatus, le seizi\u00e8me roman de Christian Combaz, par bien des aspects, se pr\u00e9sente comme un alter ego de celui-ci. 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