{"id":659,"date":"2025-02-20T17:16:42","date_gmt":"2025-02-20T16:16:42","guid":{"rendered":"http:\/\/s610914067.onlinehome.fr\/combaz\/?p=659"},"modified":"2025-02-20T17:16:59","modified_gmt":"2025-02-20T16:16:59","slug":"chroniques-sur-valeurs-actuelles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/christiancombaz.com\/?p=659","title":{"rendered":"Chroniques sur Valeurs Actuelles"},"content":{"rendered":"<p> Chroniques de Valeurs Actuelles<\/p>\n<p>L&#8217;auteur tient \u00e0 remercier le jeune &#8220;Shane&#8221; Fenton pour s&#8217;\u00eatre donn\u00e9 la peine de collecter sur internet, et de lui adresser, apr\u00e8s sept ans, ces chroniques t\u00e9l\u00e9visuelles.<\/p>\n<p>Manque de respect<br \/>\nLes gens les plus soucieux de varier leurs curiosit\u00e9s ne regardent pas la Star Academy plus de deux fois par an, ce qui leur permet de percevoir certaines \u00e9volutions de mani\u00e8re brutale. Disons-le : le programme vedette de TF 1 n\u2019a plus rien \u00e0 voir avec la t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 des d\u00e9buts. Il fonctionne comme une v\u00e9ritable perversion du r\u00e9el. Il s\u2019\u00e9carte de son objet jusqu\u2019\u00e0 relever du fantasme.<br \/>\nCette t\u00e9l\u00e9vision-l\u00e0 essaie d\u2019\u00e9loigner la jeunesse de sa propre image en lui pr\u00e9sentant tous les soirs une poign\u00e9e de sinistr\u00e9s qui s\u2019invectivent dans le sabir des cit\u00e9s. Or quand on y r\u00e9fl\u00e9chit, la majorit\u00e9 de la jeunesse ne croit pas vraiment qu\u2019elle ressemble \u00e0 \u00e7a. Elle ne croit pas que la casquette en arri\u00e8re, que le vocabulaire du genre \u201celle me fait kiffer c\u2019te fille\u201d, que l\u2019allusion permanente au \u201cmanque de respect\u201d soient autre chose que des simulacres agit\u00e9s par les vendeurs de disques pour amadouer la banlieue. La jeunesse r\u00e9elle ne croit pas que la notori\u00e9t\u00e9 d\u00e9volue aux laur\u00e9ats de cette \u00e9mission soit de nature \u00e0 faire illusion tr\u00e8s longtemps \u2013 comme en t\u00e9moignait un reportage de Sept \u00e0 huit sur Michal, l\u2019un des gagnants laiss\u00e9s pour compte.<br \/>\nQuelques indices permettent de jauger l\u2019\u00e9paisseur de ce mensonge : on nous montre par exemple les participants en plein concert \u00e0 Rouen, dans un coll\u00e8ge o\u00f9 la moyenne d\u2019\u00e2ge est de 12 ans, ce qui prouve que la production ratisse de plus en plus bas pour recueillir les ovations qu\u2019elle esp\u00e8re. Ensuite le directeur de l\u2019acad\u00e9mie, une sorte de Tapie du show-biz, se vautre dans la d\u00e9magogie, se coule dans le langage de ceux qu\u2019il est cens\u00e9 former, le tout entre deux \u201cwou ! elle a tout donn\u00e9\u201d. Son personnel fayote dans le m\u00eame go\u00fbt, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il pratique aveugl\u00e9ment le vocabulaire maison. Cela donne des dialogues ahurissants du genre : \u201cBon alors l\u00e0, vous avez deux leaders qui vont vous driver, ok les gars, not so bad hein, pour chercher des hamburgers dans le parc.\u201d \u00c0 quoi les \u00e9l\u00e8ves r\u00e9pondent \u201cyes !\u201d dans un ch\u0153ur unanime.<br \/>\n\u00c0 force d\u2019entendre parler de \u201cmanque de respect\u201d, la jeunesse va s\u2019apercevoir que cette \u00e9mission en constitue un exemple institutionnel. Comme elle n\u2019a aucune indulgence pour ceux qui la m\u00e8nent en bateau, le navire TF 1 risque de tanguer un peu.<\/p>\n<p>Un voile sur nos otages<br \/>\nLe d\u00e9bat sur le voile islamique a fait long feu. On peut m\u00eame dire que dans les lyc\u00e9es la querelle n\u2019a laiss\u00e9 qu\u2019un tas de cendres. Mais \u00e0 cause de deux \u00e9l\u00e8ves r\u00e9calcitrantes \u00e0 Mulhouse, la t\u00e9l\u00e9vision nationale a souffl\u00e9 sur la cendre et ranim\u00e9 la braise : reportages, gros plan sur le p\u00e8re des fillettes en train de hurler son d\u00e9dain de nos institutions dans un fran\u00e7ais approximatif, tout donne l\u2019impression qu\u2019entre le sensationnel et la paix civile, France 2 a choisi. Elle a choisi de rouvrir le d\u00e9bat, quoi qu\u2019il en co\u00fbte. Et cela risque de co\u00fbter tr\u00e8s cher, puisque cette affaire de voile constitue peut-\u00eatre encore une question de vie ou de mort pour nos otages.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3545 paru le 5 Novembre 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Par la bande<br \/>\nIl y a mille et une mani\u00e8res de faire de la politique fran\u00e7aise \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Nos cha\u00eenes l\u2019ont illustr\u00e9 en nous pr\u00e9sentant, pendant trois semaines, des reportages sur l\u2019Am\u00e9rique qui pense mal. Entendez, celle des conservateurs. En maintes occasions les journalistes n\u2019ont pu se garder d\u2019appuyer le trait, sur le ton \u201csuivez mon regard\u201d. On a ressorti le cin\u00e9aste Yves Boisset, on a donn\u00e9 une cam\u00e9ra \u00e0 Hubert V\u00e9drine. On a m\u00eame invit\u00e9 l\u2019auteur d\u2019un livre am\u00e9ricain sur la \u201ctrahison fran\u00e7aise\u201d, une sorte de quaker assez remont\u00e9 contre Paris. Sa prestation chez \u00c9lise Lucet m\u00e9rite une mention particuli\u00e8re. Pourquoi ? Parce qu\u2019il n\u2019a pas jou\u00e9 le jeu qu\u2019on attendait de lui. Il a refus\u00e9 de placer sa t\u00eate et ses mains dans le pilori.<br \/>\nApr\u00e8s le document de Pi\u00e8ces \u00e0 conviction qui nous montrait des soldats am\u00e9ricains en Irak furieux contre leur hi\u00e9rarchie et convaincus de combattre pour le p\u00e9trole, il s\u2019est \u00e9cri\u00e9 que le film d\u2019\u00c9lise Lucet \u00e9tait partial, qu\u2019il faisait honte \u00e0 la cha\u00eene et que trois soldats am\u00e9ricains sur quatre \u00e9taient persuad\u00e9s du bien-fond\u00e9 de l\u2019exp\u00e9dition contre Saddam.<br \/>\nOn est oblig\u00e9 d\u2019admettre que, m\u00eame si le pourcentage \u00e9tait moindre, dans le film on n\u2019en a vu aucun. La vigueur pol\u00e9mique avec laquelle \u00c9lise Lucet a essay\u00e9 de r\u00e9pliquer, le malaise que trahissait son sourire, soulignaient le d\u00e9but d\u2019une forme de r\u00e9action qui se manifeste en ce moment dans les \u00e9missions dites \u00e0 la Fogiel : la r\u00e9bellion. De Micha\u00ebl Youn \u00e0 S\u00e9bastien, de Delano\u00eb \u00e0 \u00c9lizabeth Teissier, les invit\u00e9s au jeu de massacre se mettent \u00e0 renvoyer les projectiles.<\/p>\n<p>Honn\u00eatet\u00e9 douteuse<br \/>\nDans les bandes dessin\u00e9es de notre enfance, le pilori du Moyen \u00c2ge \u00e9tait coupl\u00e9 \u00e0 un divertissement de f\u00eate foraine, le chamboul\u2019tout, qui consiste \u00e0 envoyer des balles de chiffon sur une pile de bo\u00eetes de conserve. \u00c0 la place des bo\u00eetes de conserve, Nicolas Dupont-Aignan vient de conf\u00e9rer une actualit\u00e9 tardive au titre de l\u2019\u00e9mission mort-n\u00e9e J\u2019y vais, J\u2019y vais pas. Il est all\u00e9 sur le plateau de On ne peut pas plaire \u00e0 tout le monde. Fogiel s\u2019est comport\u00e9 envers lui avec une telle mauvaise foi que la participation des membres du gouvernement \u00e0 ce genre d\u2019\u00e9missions vient de faire l\u2019objet, si l\u2019on en croit l\u2019excellent Jean-Marc Morandini (Europe 1), d\u2019une consigne d\u2019abstention.<br \/>\nUn exemple de l\u2019honn\u00eatet\u00e9 de Fogiel : dans le film liminaire qui pr\u00e9sente l\u2019activit\u00e9 du d\u00e9put\u00e9 Dupont-Aignan, nous voyons d\u00e9filer une galerie de ses amis avec, en surimpression sur chaque visage, un extrait de leurs d\u00e9clarations. Et sur la figure de Paul-Marie Co\u00fbteaux, que lisait-on entre guillemets ? \u201cIsra\u00ebl, peuple s\u00fbr de lui et dominateur\u201d.<br \/>\nLes auteurs de ce portrait, en voulant d\u00e9busquer chez les souverainistes je ne sais quel antis\u00e9mitisme, ont cit\u00e9 sans le savoir, ou m\u00eame pire, en le sachant, mais en comptant sur l\u2019ignorance des jeunes t\u00e9l\u00e9spectateurs, une phrase du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle que Co\u00fbteaux citait lui-m\u00eame. D\u00e9ontologiquement, nous ne sommes pas loin du pire.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3546 paru le 12 Novembre 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Large bande<br \/>\nLa question, qui aurait paru sacril\u00e8ge il y a deux ans, est pos\u00e9e de plus en plus ouvertement : \u00e0 quoi sert l\u2019ultra-haut d\u00e9bit ? S\u2019il s\u2019agit de consulter la page d\u2019accueil de la SNCF, \u00e0 rien : la diff\u00e9rence entre le chargement \u00e0 2 ou \u00e0 25 m\u00e9gabits est pratiquement nulle. La question pourrait d\u2019ailleurs para\u00eetre d\u00e9plac\u00e9e ici. Or elle ne l\u2019est pas. Pourquoi ? Parce que l\u2019ultra-haut d\u00e9bit, qui commence o\u00f9 plafonnent la plupart des abonnements actuels, permettra bient\u00f4t \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision d\u2019\u00eatre un service Internet comme un autre.<br \/>\nLes commentaires se focalisent en ce moment sur le d\u00e9marrage timide des offres lyonnaises de TPS, sur l\u2019abonnement Ma ligne TV, sur la Freebox ; on nous parle de dizaines de cha\u00eenes, on \u00e9voque le num\u00e9rique terrestre (non sans quelque commis\u00e9ration) mais la r\u00e9volution r\u00e9side dans le fait que la client\u00e8le va \u00eatre submerg\u00e9e par la tyrannie de l\u2019image. Elle ne va pas seulement la subir : elle va contribuer \u00e0 la propager.<br \/>\nLe co\u00fbt d\u2019une cam\u00e9ra num\u00e9rique a \u00e9t\u00e9 divis\u00e9 par trois en trois ans. Celui d\u2019un abonnement Internet capable d\u2019acheminer un film de deux heures en quinze minutes suit en ce moment la m\u00eame pente. Les dispositifs de t\u00e9l\u00e9phonie et de visiophonie en ligne sont de plus en plus accessibles. Au terme de l\u2019\u00e9volution qui s\u2019annonce, \u00e0 quoi devons-nous nous attendre ? Au meilleur et au pire, selon une loi \u00e9ternelle. Mais aussi, h\u00e9las ! dans des proportions \u00e9galement stup\u00e9fiantes.<br \/>\nCommen\u00e7ons par le meilleur : un jeune homme \u00e9crit un film pour quatre com\u00e9diens en participation. Il le tourne pour 5 000 euros. Il r\u00e9alise effets sp\u00e9ciaux et titrages chez lui, envoie son \u0153uvre \u00e0 trente producteurs dans la m\u00eame journ\u00e9e, et pour finir elle est t\u00e9l\u00e9charg\u00e9e un million de fois dans l\u2019ann\u00e9e. Voil\u00e0 longtemps que les jeunes cin\u00e9astes esp\u00e8rent pouvoir s\u2019\u00e9pargner deux ans de d\u00e9marches pour atteindre un public, c\u2019est chose faite.<br \/>\nEt maintenant le pire : un autre cin\u00e9aste, cingl\u00e9 celui-l\u00e0, filme des humiliations, des viols, des mutilations. Pis, il les inflige pour les filmer, il participe \u00e0 des bourses d\u2019\u00e9change de ces sujets atroces, il exploite l\u2019interphone plan\u00e9taire jusqu\u2019au crime. \u00c0 cause de gens comme lui, le vecteur de diffusion finit par forcer la production, comme on le voit au Proche-Orient o\u00f9 l\u2019on inflige d\u00e9sormais des tortures \u00e0 seule fin de les montrer. Cette ubiquit\u00e9 devient un probl\u00e8me d\u2019ordre public \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. On peut pr\u00e9voir la g\u00e9n\u00e9ralisation de la propagande, l\u2019apparition de cruaut\u00e9s cibl\u00e9es pour faire r\u00e9agir l\u2019opinion, et un flot intarissable de pornographie. On peut aussi pr\u00e9voir que les r\u00e9sistants iront fleurir la tombe de George Orwell.<\/p>\n<p>Antidote<br \/>\nLa France est afflig\u00e9e de pesanteurs qui agissent toutefois comme un antidote : essayez donc de passer du 512 kilobits aux 2 m\u00e9gas chez \u201cun grand op\u00e9rateur historique\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire de profiter de plein droit de l\u2019offre r\u00e9serv\u00e9e aux nouveaux abonn\u00e9s quand vous \u00eates un vieux client. Vous m\u2019en direz des nouvelles\u2026<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3547 paru le 19 Novembre 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Trop tard<br \/>\nMembre de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences, universitaire, Jacques Blamont \u00e9tait interrog\u00e9 l\u2019autre semaine par une journaliste de France Info sur son livre Introduction au si\u00e8cle des menaces. Ayant expos\u00e9 la th\u00e8se de l\u2019auteur selon laquelle les armes de destruction massive, les \u00e9pid\u00e9mies et la p\u00e9nurie de ressources naturelles nous promettaient les pires heures de notre histoire, la journaliste a adopt\u00e9 l\u2019optimisme qui convient \u00e0 un \u201cgrand m\u00e9dia consensuel\u201d pour demander d\u2019un ton presque guilleret \u00e0 son invit\u00e9 : finalement, avons-nous un moyen d\u2019\u00e9viter les d\u00e9sastres que vous d\u00e9crivez ? R\u00e9ponse du sp\u00e9cialiste : non, il est trop tard. D\u00e9cid\u00e9ment, l\u2019Universit\u00e9 n\u2019a aucun sens de la communication\u2026<\/p>\n<p>Onze Novembre<br \/>\nDans ces conditions, il y a des co\u00efncidences qui prennent un relief f\u00e2cheux et singulier. \u00c0 Toulouse, l\u2019Institut des hautes \u00e9tudes de d\u00e9fense nationale proposait la m\u00eame semaine une conf\u00e9rence de Genevi\u00e8ve de Galard. Elle racontait \u201cson\u201d Di\u00ean Bi\u00ean Phu avec une modestie navr\u00e9e. La souffrance des bless\u00e9s, leurs d\u00e9ceptions successives quand les avions les ont laiss\u00e9s sur place, et leur transport dans la jungle au milieu des prisonniers affam\u00e9s.<br \/>\nCe tableau a trouv\u00e9 un \u00e9cho bizarre le lendemain sur France2 dans le film la Chambre des officiers. Voil\u00e0 une histoire de compassion tr\u00e8s semblable \u00e0 celle de la petite infirmi\u00e8re convoyeuse de Di\u00ean Bi\u00ean Phu. Ce film lumineux et sobre tourn\u00e9 en cam\u00e9ra subjective montrait la souffrance du h\u00e9ros d\u00e9figur\u00e9, refl\u00e9t\u00e9e par la piti\u00e9 des t\u00e9moins pench\u00e9s sur lui dans un h\u00f4pital pour \u201cgueules cass\u00e9es\u201d.<br \/>\nSoir\u00e9e \u00e9prouvante certes, mais, apr\u00e8s tout, bien moins que sur la cha\u00eene voisine, qui nous infligeait l\u2019accoutrement de Mme de Fontenay. Objet du divertissement : pr\u00e9senter \u201cla plus belle femme du monde\u201d d\u2019apr\u00e8s un \u00e9chantillon de t\u00e9l\u00e9spectateurs. Il faut rappeler que la semaine pr\u00e9c\u00e9dente Dechavanne-pou\u00ebt-pou\u00ebt nous pr\u00e9sentait les cent meilleurs \u201cd\u00e9lires de stars\u201d, lesquels consistaient principalement \u00e0 s\u2019envoyer du yaourt en direct sur un plateau, \u00e0 verser du jus d\u2019orange sur la t\u00eate des invit\u00e9s, \u00e0 se d\u00e9nuder devant la cam\u00e9ra, \u00e0 arroser le public de cr\u00e8me, etc.<br \/>\nPuisque le concept de TF1 semble permettre de vendre du \u201ccerveau disponible\u201d, selon l\u2019aimable expression de son pr\u00e9sident, on peut sugg\u00e9rer les prochains num\u00e9ros : les cent QI les plus faibles du Paf, les cent phrases les plus l\u00e2ches et les plus consensuelles, les cent \u00e9missions politiques les plus t\u00e9l\u00e9phon\u00e9es, les cent publicit\u00e9s les plus androphobes\u2026<br \/>\nCe dernier concept est particuli\u00e8rement porteur : imaginez une \u00e9mission qui montrerait le complot dont l\u2019image paternelle est victime. P\u00e8res qui ne comprennent rien \u00e0 leurs filles, \u00e9poux pu\u00e9rils \u00e0 tendances \u00e9go\u00efstes, consommateurs gav\u00e9s de foot et de bi\u00e8re, il y a de quoi faire un carton aupr\u00e8s des jeunes cerveaux masculins disponibles, jusqu\u2019\u00e0 leur r\u00e9action qui risque d\u2019en surprendre plus d\u2019un.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3548 paru le 26 Novembre 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Fi\u00e8vre porcine<br \/>\nLe patineur Philippe Candeloro, dont la nature est plus courtoise qu\u2019il n\u2019y para\u00eet, s\u2019est trouv\u00e9 oblig\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 la question suivante, pos\u00e9e par Fogiel : &#8221; C\u2019est pas un peu dur, de faire des m\u00e9nages au centre commercial de Chelles quand on a fait courir la plan\u00e8te ? &#8221;<br \/>\nCe qui doit \u00eatre un peu dur, c\u2019est de r\u00e9pondre \u00e0 ce genre d\u2019interview sans se f\u00e2cher. Mais Candeloro s\u2019en est tir\u00e9 avec classe : &#8221; Je suppose, a-t-il dit, que si demain vous vous retrouviez sur le c\u00e2ble, vous n\u2019abandonneriez pas le m\u00e9tier. &#8221;<br \/>\nBonne r\u00e9ponse, mais mauvais calcul. Quand on voit avec quelle impudence la direction du service public conserve aux avant-postes les t\u00eates impopulaires (Nagui, Ardisson, etc.), on se dit que Fogiel n\u2019a aucun souci \u00e0 se faire. D\u2019autant qu\u2019apr\u00e8s quelques d\u00e9rives, il a corrig\u00e9 le tir : la semaine pass\u00e9e, il recevait, au lieu des habituels parlementaires sur la d\u00e9fensive, deux repr\u00e9sentants d\u2019un groupe de rap poursuivi en justice par le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur. Question : &#8221; Dans les paroles d\u2019une de vos chansons, outre les centaines de morts que vous attribuez \u00e0 la police, il est question de \u201ccertains porcs mari\u00e9s \u00e0 des truies, offusqu\u00e9s par tant de sans-papiers squattant les \u00e9glises, et qui disent : pourquoi pas les mosqu\u00e9es ?\u201d Est-ce que ce genre d\u2019exc\u00e8s ne compromet pas la l\u00e9gitimit\u00e9 de votre propos ? &#8221;<br \/>\nDani\u00e8le Evenou, pr\u00e9sente sur le plateau, avait choisi d\u2019\u00eatre plus offensive que son h\u00f4te. Elle a demand\u00e9 avec insistance : &#8221; Et sans indiscr\u00e9tion, on peut savoir qui sont les truies ? &#8221; Le chanteur du groupe s\u2019est embourb\u00e9 dans une explication selon laquelle, dans une chanson, tout devait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 \u201cau niveau symbolique\u201d. L\u2019origine de la discussion \u00e9tant le voile \u201cde trois centim\u00e8tres carr\u00e9s\u201d, dit le texte, le niveau symbolique \u00e9tait facile \u00e0 interpr\u00e9ter : les cochons et les truies, c\u2019est nous.<br \/>\nQuand on conna\u00eet le statut du porc dans l\u2019imaginaire islamique, on s\u2019\u00e9tonne que le Fran\u00e7ais de base y soit assimil\u00e9 sur son propre sol et sur une antenne nationale.<br \/>\nJT agit\u00e9<br \/>\nLe 13 heures de Christophe Hondelatte est plus nerveux que ses concurrents, pour ne pas dire agit\u00e9. Le d\u00e9cor est inspir\u00e9 des cha\u00eenes am\u00e9ricaines. Les petites mains de l\u2019information traversent le champ \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan. Par moments, on se croirait sur Fox News, sauf que ce genre de t\u00e9l\u00e9vision \u00e0 la hussarde exige un recours aux questions abruptes.<br \/>\nSur France 2, on les attend en vain. Pour cela, il faudrait recentrer la cha\u00eene enti\u00e8re : les d\u00e9bats ne sont pas de vrais d\u00e9bats, les questions par SMS sont pasteuris\u00e9es, le c\u00f4t\u00e9 primesautier de la r\u00e9alisation est contrebalanc\u00e9 par une politique tr\u00e8s convenue dans le choix des invit\u00e9s. En somme, toute cette modernit\u00e9 reste purement formelle.<br \/>\nEt si l\u2019on s\u2019attache aux symboles, puisque c\u2019est la mode, il y a deux nuances de rouge sur le plateau, un rose fuchsia et un rouge vermillon, deux couleurs qui se heurtent, comme on l\u2019a souvent observ\u00e9 en politique. Quant \u00e0 l\u2019absence de bleu, elle n\u2019\u00e9tonnera personne.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3549 paru le 3 D\u00e9cembre 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Esprit de contradiction<br \/>\nLes esprits forts de la t\u00e9l\u00e9vision contribuent \u00e0 d\u00e9finir toujours plus pr\u00e9cis\u00e9ment une esth\u00e9tique obligatoire, fond\u00e9e sur l\u2019ironie envers l\u2019ennemi de classe : l\u2019opinion majoritaire.<br \/>\nParmi leurs victimes r\u00e9centes, citons T\u00e9l\u00e9matin, fusill\u00e9e \u00e0 bout portant il y a quelques mois par Guy Carlier, lequel a diffus\u00e9 un passage o\u00f9 l\u2019on voyait William Leymergie se pencher sur un potiron face au chroniqueur gastronomique qui parlait, lui, de la couleur de ce l\u00e9gume et de son aspect. Guy Carlier jugeait visiblement ces contingences matinales offensantes pour un homme de go\u00fbt. Quant aux \u00e9missions vraiment populaires, dans la bouche de ses homologues, c\u2019est pareil. Nous avons cit\u00e9 celle de Pascal Sevran, nous avons mentionn\u00e9 le cabaret de Patrick S\u00e9bastien, mais il faut revenir aux duettistes Bataille et Fontaine parce qu\u2019ils remportent en ce moment un succ\u00e8s qui fait hurler les sp\u00e9cialistes.<br \/>\nLa tentation serait grande de donner une le\u00e7on \u00e0 ces derniers, et de chanter artificiellement les louanges de cette \u00e9mission sous le pr\u00e9texte qu\u2019elle d\u00e9passe quatre millions de t\u00e9l\u00e9spectateurs. Et pourtant, nous n\u2019y c\u00e9derons pas. Ce divertissement est assez pauvre, il est vrai. Il ne m\u00e9rite aucun \u00e9loge, il manque d\u2019invention, son titre est nul (Y\u2019a que la v\u00e9rit\u00e9 qui compte), il est rythm\u00e9 par une musique affreuse, et pendant l\u2019un des derniers num\u00e9ros, on a m\u00eame pu entendre Daphn\u00e9, sa niaise \u00e9g\u00e9rie, nous annoncer qu\u2019elle se trouvait \u00e0 Carpentras, &#8221; ville qui ; depuis l\u2019Antiquit\u00e9 ; est charg\u00e9e d\u2019histoire &#8220;. Elle voulait probablement dire que son histoire remontait \u00e0 l\u2019Antiquit\u00e9. Mais \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, on est oblig\u00e9 de reconstituer ce que les gens ont voulu dire apr\u00e8s avoir essay\u00e9, en vain, de comprendre ce qu\u2019ils disent.<br \/>\nMalgr\u00e9 cela, il faut admettre que l\u2019\u00e9motion n\u2019est jamais absente de l\u2019\u00e9mission. On peut conc\u00e9der que les pr\u00e9sentateurs, s\u2019ils manquent de finesse, ne donnent jamais dans l\u2019ind\u00e9licatesse, que leur r\u00e9serve est pleine de respect pour les infortun\u00e9s qu\u2019ils re\u00e7oivent, et qu\u2019\u00e0 travers eux, ce que d\u00e9testent les branch\u00e9s, ce n\u2019est pas l\u2019Audimat, c\u2019est le Peuple. On a donc presque envie de les aimer, par amour du Peuple.<\/p>\n<p>Comme un chef<br \/>\nS\u00e9bastien Cauet est produit par les pr\u00e9c\u00e9dents. Lui s\u2019en tire comme un chef. Sa cuisine est parfois lourde mais jamais immangeable. Son ironie n\u2019est pas sardonique. Il ne ressemble pas aux chroniqueurs du genre \u201cmoichtrouve\u201d qui pr\u00e9c\u00e8dent le journal du soir sur France 2. Il pratique la loufoquerie avec une distance qui est le propre de l\u2019\u00e2ge adulte. Imaginez ses concurrents d\u00e9guis\u00e9s en lapin ou en agent de police : ils ne trouvent jamais le ton juste, ils ne savent pas \u00eatre l\u00e9gers, ils font de l\u2019humour comme les pharisiens font de la religion \u2013 en frimeurs. On peut tout reprocher \u00e0 Cauet, sauf \u00e7a. M\u00eame quand il a trouv\u00e9 la faille chez son invit\u00e9, il n\u2019en profite jamais pour repl\u00e2trer les siennes.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3550 paru le 10 D\u00e9cembre 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>La petite fianc\u00e9e du crime<br \/>\nIl y a des coups de pub qui mettent mal \u00e0 l\u2019aise, surtout s\u2019ils sont diffus\u00e9s aux heures de grande \u00e9coute. Sept \u00e0 Huit vient de faire la promotion d\u2019un livre qui raconte une cavale apr\u00e8s un braquage : prise d\u2019otages, deux morts, un magot dans une valise, une fuite \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, et une histoire d\u2019amour pour couronner l\u2019affaire.<br \/>\nEn pleine France giscardienne, ce sc\u00e9nario a ravi les foules, c\u2019\u00e9tait l\u2019ordinaire du cin\u00e9ma de l\u2019\u00e9poque. On oublie en effet de rappeler que l\u2019aura de prestige qui entoure le banditisme violent vient de toute une mythologie introduite par les producteurs dans ces ann\u00e9es-l\u00e0 (\u00e0 l\u2019image de Bonnie and Clyde). Or quand on voit la photo du prince charmant au teint mat afflig\u00e9 d\u2019un strabisme prononc\u00e9, non seulement on se dit que cette jeune fille est tomb\u00e9e sur la t\u00eate, mais que sa fable romantique n\u2019en est pas une. L\u2019autre lecture des faits consiste en effet \u00e0 rappeler que cette allum\u00e9e de 18 ans, qui voulait sans doute donner une le\u00e7on \u00e0 son milieu, a suivi un braqueur apr\u00e8s un hold-up sanglant, qu\u2019elle a d\u00e9pens\u00e9 avec lui l\u2019argent du crime, qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 jet\u00e9e comme un mouchoir, et qu\u2019elle a appris la mort de son h\u00e9ros par la radio. Racont\u00e9 comme \u00e7a, le livre devrait se vendre nettement moins.<\/p>\n<p>Bizarreries<br \/>\n&#8221; Sans les oracles d\u2019hier, nous ne pourrions pas comprendre les bizarreries de l\u2019\u00e9poque postcommuniste. &#8221; Cette phrase du Roman de la Russie insolite de Vladimir F\u00e9dorovski (Le Rocher) aurait pu servir d\u2019exergue au film de Jean-Michel Carr\u00e9 Un sous-marin en eaux troubles \u00e0 propos du naufrage du Koursk.<br \/>\nLes bizarreries dont ce film documentaire se fait l\u2019\u00e9cho (\u00e9touffement d\u2019un incident international entre les \u00c9tats-Unis et la Russie de Vladimir Poutine) ne sont pas les seules. D\u2019autres entourent sa d\u00e9programmation par France 2. Le jour de la publication de la pr\u00e9sente chronique aurait d\u00fb \u00eatre celui de la diffusion sur la cha\u00eene nationale. Une projection en avant-premi\u00e8re a d\u2019ailleurs r\u00e9uni la presse le 9 novembre. Mais des difficult\u00e9s de derni\u00e8re minute sont apparues, difficult\u00e9s dont nous ignorons le principal ; toutefois la th\u00e8se v\u00e9hicul\u00e9e par le film n\u2019y est sans doute pas \u00e9trang\u00e8re, ni le fait que des sp\u00e9cialistes comme H\u00e9l\u00e8ne Blanc y apportaient leur \u00e9clairage sur les improvisations de l\u2019\u00c9tat russe. Le dossier de presse fait \u00e9tat d\u2019un texte paru bri\u00e8vement le 22 ao\u00fbt 2000, dix jours apr\u00e8s le naufrage, sur le site Internet de la Pravda, selon lequel &#8221; un incident s\u2019est produit dans la mer de Barents qui a failli conduire \u00e0 l\u2019\u00e9clatement d\u2019une troisi\u00e8me guerre mondiale &#8220;. Qui donc a encore int\u00e9r\u00eat \u00e0 prolonger ce myst\u00e8re ?<\/p>\n<p>Pr\u00e9cision<br \/>\n\u00c0 la requ\u00eate expresse de son vice-pr\u00e9sident, pr\u00e9cisons que l\u2019Association des officiers de r\u00e9serve de la Haute-Garonne est \u00e0 l\u2019origine de la conf\u00e9rence prononc\u00e9e par Genevi\u00e8ve de Galard \u00e0 Toulouse le 10 novembre dernier, et non l\u2019Institut des hautes \u00e9tudes de d\u00e9fense nationale, comme nous l\u2019avions si l\u00e9g\u00e8rement affirm\u00e9.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3551 paru le 17 D\u00e9cembre 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Orianne et Priscilla<br \/>\nDans notre soci\u00e9t\u00e9 hypocondriaque, exprimer le moindre doute devant un cas pr\u00e9sent\u00e9 chez Delarue, lui sugg\u00e9rer comme rem\u00e8de un coup de gueule, d\u00e9clencheraient certainement les foudres des p\u00e9dopsychiatres et de tous ceux qui font profession d\u2019expliquer aux Fran\u00e7ais pourquoi leur fille est muette.<br \/>\nMais on peut toujours essayer de s\u2019y risquer quand m\u00eame.<br \/>\nPendant une r\u00e9cente \u00e9mission de \u00c7a se discute consacr\u00e9e aux anomalies du comportement alimentaire, nous avons eu droit au portrait d\u2019une demoiselle anorexique nomm\u00e9e Priscilla et de ses parents \u00e9plor\u00e9s. Jusque-l\u00e0, rien qui ne m\u00e9rite la plus scrupuleuse compassion. Mais le cas suivant \u00e9tait plus douteux. Pour le d\u00e9crire, la production a diffus\u00e9 un reportage o\u00f9 la malade elle-m\u00eame, nomm\u00e9e Orianne comme Mme de Guermantes (\u00e0 une consonne pr\u00e8s), se penchait avec complaisance sur son propre cas, en nous expliquant combien son rapport \u00e0 la nourriture \u00e9tait digne d\u2019\u00e9tude.<br \/>\nApr\u00e8s un quart d\u2019heure, ce sujet qui aurait d\u00fb susciter la compassion comme l\u2019autre finissait par inspirer le contraire. Orianne n\u2019\u00e9tait pas m\u00e9contente de nous montrer qu\u2019elle se nourrissait de flocons de ma\u00efs qu\u2019elle classait par ordre d\u2019\u00e9paisseur, \u00e0 3 heures du matin, selon un rituel que le commentaire consid\u00e9rait comme pratiquement sacr\u00e9. Mais surtout elle \u00e9tait ravie de traiter devant nous sa m\u00e8re comme une esclave. &#8221; Je voudrais poser mon plateau \u00e0 la cuisine &#8220;, disait la malheureuse femme. &#8221; Non ! tu le laisses dehors, va dans ta chambre, et \u00e7a m\u2019arrangerait si tu pouvais fermer la porte. &#8221; Vous ne r\u00eavez pas, c\u2019est bien la fille qui traitait ainsi sa m\u00e8re.<br \/>\nEnsuite on les voyait toutes deux dans un centre commercial \u00e0 la nuit tomb\u00e9e, la m\u00e8re lui faisait essayer cinq pantalons dont aucun ne lui convenait, avant de confier \u00e0 la cam\u00e9ra : &#8221; Quand j\u2019entends les th\u00e9rapeutes me dire que je suis trop fusionnelle avec ma fille, \u00e7a m\u2019irrite terriblement. &#8221; Apr\u00e8s quoi elle se tournait vers sa Barbie de 1,70 m\u00e8tre et lui disait : &#8221; Allez tu vas voir, on va s\u2019en sortir, ma fille. &#8221;<br \/>\n\u00c7a se discute devrait songer \u00e0 inviter de temps en temps un personnage de Candide brutal et vengeur, un substitut du p\u00e8re, ce p\u00e8re dont notre h\u00e9ro\u00efne avait visiblement besoin, car le sien se contentait de prendre un air coupable en disant que leur vie \u00e9tait devenue un enfer. Cet homme aurait pour mission de dire \u00e0 Orianne : \u201cMa fille, tes flocons de ma\u00efs coup\u00e9s en quatre sont la m\u00e9taphore de toute ton existence : tu d\u00e9signes, par ce man\u00e8ge nocturne et d\u00e9risoire, l\u2019\u00e9troitesse de ta libert\u00e9 dans une famille n\u00e9vros\u00e9e. Si tu \u00e9tais n\u00e9e dans la bourgeoisie moyenne de Bombay, non seulement le pays entier ne te regarderait pas chipoter jusqu\u2019\u00e0 minuit sur une cha\u00eene nationale, mais tu n\u2019aurais jamais contract\u00e9 la maladie que tu infliges \u00e0 ta m\u00e8re.\u201d<br \/>\nLes t\u00e9l\u00e9spectateurs se cotiseraient pour lui offrir un stage en Inde et la France aurait l\u2019impression qu\u2019un peu d\u2019air vient d\u2019entrer sur le plateau.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3392 paru le 30 Novembre 2001<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Personne n\u2019en parle<br \/>\nD\u00e9but novembre, une \u00e9mission du service public intitul\u00e9e Tout le monde en parle, pr\u00e9sent\u00e9e par l\u2019animateur le plus vertueux de la profession, s\u2019offre la participation du mannequin vedette Karen Mulder. Objet de ces vingt minutes : faire le point sur l\u2019affaire de l\u2019agence Elite (all\u00e9gations de prostitution de luxe lanc\u00e9es contre une agence de mannequins par la mafia russe, comme en t\u00e9moignait un magazine de TF 1 une semaine plus tard).<br \/>\nOr Karen Mulder, ce soir-l\u00e0, n\u2019a pas fait ce qu\u2019on lui demandait, \u00e0 savoir r\u00e9pondre docilement aux questions qu\u2019on lui posait sans d\u00e9border du cadre. Elle a nomm\u00e9ment accus\u00e9 une dizaine de personnalit\u00e9s de faire partie d\u2019un autre r\u00e9seau, elle a accus\u00e9 son p\u00e8re de viol, elle a demand\u00e9 le t\u00e9moignage d\u2019une chanteuse pr\u00e9sente en pr\u00e9tendant qu\u2019elle avait subi les m\u00eames outrages.<br \/>\nLe fond de l\u2019affaire n\u2019est pas le propos ici. On est libre d\u2019aller lire sur Internet les accusations qu\u2019elle a port\u00e9es et le r\u00e9cit de la soir\u00e9e, notamment sur www.actu-star.com. On aura sans doute observ\u00e9 que je n\u2019ajoute pas \u00ab si on n\u2019a pas pu voir l\u2019\u00e9mission \u00bb, car cette \u00e9mission, personne ne l\u2019a vue.<br \/>\nEt si la production avait pu faire en sorte que les trente jeunes gens invit\u00e9s \u00e0 applaudir dans le d\u00e9cor ne l\u2019aient pas vue non plus, elle l\u2019aurait fait. La preuve, elle a fouill\u00e9 le public \u00e0 la recherche des Cam\u00e9scope. La bande originale a \u00e9t\u00e9 effac\u00e9e elle aussi.<br \/>\nL\u2019\u00e9mission n\u2019a donc pas \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9e. Pourquoi en conna\u00eet-on le d\u00e9roulement ? Parce qu\u2019un des spectateurs, \u00e0 peine rentr\u00e9 chez lui, s\u2019est ru\u00e9 sur son ordinateur pour raconter l\u2019entretien sur un forum de discussion. Une fois de plus, Internet devient le refuge de la parole dissidente contre une t\u00e9l\u00e9vision musel\u00e9e o\u00f9 le direct est en train de devenir hors la loi.<br \/>\nC\u2019est d\u00e9j\u00e0 plus ou moins fait. On ne tol\u00e8re, en direct, que l\u2019ouverture des robinets d\u2019eau ti\u00e8de. La pr\u00e9sence de ce qu\u2019on appelle pompeusement le public (et que le music-hall e\u00fbt nomm\u00e9 la claque) va finir par \u00eatre supprim\u00e9e elle aussi, puisque les t\u00e9moins d\u2019un incident de plateau se mettent \u00e0 \u201cbalancer\u201d (pour reprendre le m\u00e9diocre vocabulaire de l\u2019\u00e9mission). Or sans public et en diff\u00e9r\u00e9, une \u00e9mission qui se veut provocante ne provoque qu\u2019un l\u00e9ger fou rire et un violent malaise.<br \/>\nUn fou rire quand on songe que Thierry Ardisson a jou\u00e9 les redresseurs de torts pendant des ann\u00e9es, dans un magazine nomm\u00e9 Interview, \u00e0 propos des tripatouillages de la t\u00e9l\u00e9vision. Un malaise, parce qu\u2019il aurait suffi de dire \u00e0 la cam\u00e9ra \u00ab Ces propos n\u2019engagent que vous \u00bb, et juridiquement l\u2019accusatrice se retrouvait seule en ligne, face au public qui pouvait se faire une opinion. Au lieu de quoi notre journaliste, d\u00e9guis\u00e9 en abb\u00e9 de cour jusqu\u2019au sourire, est all\u00e9 d\u00e9lib\u00e9rer en coulisses avant de sucrer la s\u00e9quence au motif que son invit\u00e9e m\u00e9ritait un traitement psychiatrique. Comme disent les branch\u00e9s, tout cela est d\u2019une \u00e9l\u00e9gance \u201cassez moyenne\u201d.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3552 paru le 24 D\u00e9cembre 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>La maison rouge<br \/>\n&#8221; Pour une enfant de 11 ans, elle avait une conscience ph\u00e9nom\u00e9nale de ce qu\u2019elle jouait &#8221; : ainsi s\u2019exprimait, sur Arte, l\u2019impresario allemand d\u2019Irina, une fillette de Kharkov venue avec sa m\u00e8re partager une chambre \u00e9troite dans la banlieue de Moscou pour suivre les cours de piano de la prestigieuse \u00c9cole centrale de musique. De prestigieux, ce conservatoire n\u2019a plus aujourd\u2019hui que le renom \u2013 et encore. C\u2019est une maison rouge \u00e0 six \u00e9tages dont les \u00e9l\u00e8ves viennent pour la plupart de la Russie d\u00e9glingu\u00e9e, celle qui attend pendant des heures un bus orange au milieu des palissades.<br \/>\nIl faut dire que les cours sont gratuits. Les m\u00e8res sont v\u00eatues d\u2019anoraks aux couleurs improbables. Les p\u00e8res sont absents ou rest\u00e9s au pays. Dans les appartements minuscules, entre deux tapisseries du Caucase, sous un ciel jaune et violet, tr\u00f4ne un piano d\u2019occasion, aux formes modernes et dont on ne voudrait pas chez nous dans une brocante. Et pourtant c\u2019est sur cet instrument qu\u2019Irina, Ira, Fr\u00e9d\u00e9ric et les autres jouent des partite et des pr\u00e9ludes depuis l\u2019\u00e2ge de 6 ans.<br \/>\nParfois ces prodiges recrut\u00e9s dans leurs \u00e9coles provinciales laissent pantois leurs professeurs d\u00e8s la premi\u00e8re s\u00e9ance. C\u2019\u00e9tait le cas de la petite Ira Tchistiakovan, qui ressemblait dans le reportage \u00e0 une enfant de Manet et qui jouait Chopin, \u00e0 Francfort, devant un parterre choisi. Elle \u00e9tait accompagn\u00e9e d\u2019Irina, autre interpr\u00e8te, presque majeure celle-l\u00e0, qui concevait ses premiers doutes apr\u00e8s huit ans de carri\u00e8re : son impresario allemand voulait la voir \u00e9tudier \u00e0 Philadelphie, la cam\u00e9ra la montrait plut\u00f4t en train d\u2019embrasser son vieux professeur russe, qui habitait lui-m\u00eame dans un taudis mais qu\u2019elle ch\u00e9rissait comme son grand-p\u00e8re. Cet homme \u00e9mouvant nous expliquait qu\u2019en Russie les professeurs de musique ne rentraient pas chez eux apr\u00e8s les cours comme aux \u00c9tats-Unis : ils vivaient au contact de leurs \u00e9l\u00e8ves et leur rendaient visite dans leur chambre quand ils avaient le moindre rhume.<br \/>\nD\u00e9j\u00e0, dans notre moiti\u00e9 du monde, aucun professeur de piano n\u2019irait border son \u00e9l\u00e8ve le soir, par crainte d\u2019\u00eatre d\u00e9nonc\u00e9 pour attouchements dix-huit ans apr\u00e8s, surtout si l\u2019enfant a rat\u00e9 sa carri\u00e8re de concertiste. Ensuite, on voyait la petite Irina donner un r\u00e9cital au Vatican en 1996, en pr\u00e9sence de sa m\u00e8re, devant le pape (le Saint-P\u00e8re \u00e9tait assis seul devant le piano et la curie derri\u00e8re lui). \u00c0 la fin du concert, il se levait pour caresser la t\u00eate de l\u2019enfant en t\u00e9moignage d\u2019admiration. Et soudain on comprenait mieux pourquoi l\u2019Occident en g\u00e9n\u00e9ral et la France en particulier n\u2019ont plus aucune amiti\u00e9 pour les prodiges de 6 ans : c\u2019est par d\u00e9faut d\u2019humilit\u00e9 devant la Providence. Notre pays r\u00e9pugne \u00e0 admettre le caract\u00e8re d\u00e9terminant du don, de la gr\u00e2ce et de la g\u00e9n\u00e9tique. Au nom de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances, nous n\u2019aimons plus les surdou\u00e9s. J\u2019ignore comment M 6 va se d\u00e9brouiller pour contourner ce tabou dans sa nouvelle \u00e9mission sur les jumeaux, mais il va falloir jouer fin.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3554 paru le 7 Janvier 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Cibles ill\u00e9gitimes<br \/>\nLe journal de France 2 a comment\u00e9 la lib\u00e9ration des deux journalistes fran\u00e7ais en y ajoutant une touche d\u2019analyse qui laisse un peu perplexe. Au milieu d\u2019une explication poussive sur les diff\u00e9rents courants qui traversent l\u2019\u201carm\u00e9e de lib\u00e9ration islamique\u201d, le commentateur pr\u00e9cise que la France diff\u00e8re des autres nations par sa politique arabe intelligente.<br \/>\nEt l\u00e0, stupeur, il ajoute textuellement : &#8221; Les ravisseurs se trompent de cible en prenant des otages en France. &#8221; Voil\u00e0 qui laisse entendre non seulement qu\u2019il existerait des cibles plus l\u00e9gitimes que les Fran\u00e7ais, mais que certaines exactions, enl\u00e8vements, d\u00e9capitations, etc. pourraient avoir des cibles l\u00e9gitimes tout court. Certes la France a de quoi se r\u00e9jouir que l\u2019analyse des ravisseurs ait fini par co\u00efncider avec celle de France 2, puisque les otages sont libres et que leur bonne sant\u00e9 saute aux yeux. Mais il reste l\u00e0-dedans une impression de malaise, que les d\u00e9clarations de Georges Malbrunot n\u2019auront fait qu\u2019accentuer. D\u2019ailleurs il suffit de taper son nom dans la case \u201crecherche\u201d des forums d\u2019Internet pour flairer l\u2019\u00e9tat de l\u2019opinion, laquelle s\u2019\u00e9carte notablement des th\u00e8ses officielles et ne prend rien de ce qu\u2019on lui dit pour argent comptant.<\/p>\n<p>D\u00e9cal\u00e9 ou malsain ?<br \/>\nSur Euronews, cha\u00eene qui se distingue pratiquement toujours par sa sobri\u00e9t\u00e9 et son bon go\u00fbt, surtout dans le traitement des catastrophes, on pouvait entendre r\u00e9cemment un touriste italien exprimant son impuissance \u00e0 remercier les Tha\u00eflandais tr\u00e8s pauvres qui avaient pourtant recueilli, nourri et v\u00eatu les survivants europ\u00e9ens en train d\u2019errer en maillot de bain dans les ruines boueuses de leur h\u00f4tel.<br \/>\nLe jour m\u00eame o\u00f9 les journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s d\u00e9taillaient l\u2019ampleur de la d\u00e9tresse en Asie du Sud-Est, le soir o\u00f9 l\u2019on venait de voir les morgues pleines sous les cocotiers, France 2, encore elle, osait pr\u00e9senter l\u2019odieux divertissement de Nagui, \u00c7a va \u00eatre votre f\u00eate, qui consistait \u00e0 envoyer quelqu\u2019un dans le lagon de Bora Bora. Naturellement l\u2019\u00e9mission \u00e9tait enregistr\u00e9e depuis un mois. Et naturellement aussi, la cha\u00eene l\u2019aurait d\u00e9programm\u00e9e si le gagnant s\u2019\u00e9tait vu offrir un s\u00e9jour en Tha\u00eflande.<br \/>\nMais le probl\u00e8me n\u2019est pas l\u00e0. Le probl\u00e8me est dans la vulgarit\u00e9 de ce machin qui \u00e9tait une offense \u00e0 tout ce qui avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9. Imaginez un pr\u00e9sentateur accoutr\u00e9 comme Austin Powers qui s\u2019\u00e9crie \u201cyeah !\u201d toutes les trois phrases et qui demande \u00e0 ses invit\u00e9s \u201cvous \u00eates fan de quoi vous ?\u201d en guise de carte de visite. Imaginez l\u2019un des candidats assistant \u00e0 la destruction de sa propre voiture sur le plateau, \u00e0 coups de batte de base-ball. Imaginez une vid\u00e9o truqu\u00e9e lui montrant ses deux fils de 10 ans en train de conduire ladite voiture le pied au plancher sur route r\u00e9elle, avant un simulacre d\u2019accident.<br \/>\nPour finir, imaginez de remplacer \u201cd\u00e9cal\u00e9\u201d, le mot qu\u2019emploient le plus volontiers les promoteurs du genre, par malsain, et vous aurez une id\u00e9e du niveau p\u00e9lagique atteint par le service public.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3555 paru le 14 Janvier 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Bain du premier de l\u2019an<br \/>\nQuand on consid\u00e8re avec un peu de distance le traitement m\u00e9diatique r\u00e9serv\u00e9 aux malheurs de l\u2019Asie du Sud, on est frapp\u00e9 par l\u2019exc\u00e8s de z\u00e8le qui s\u2019est manifest\u00e9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et la goujaterie qui s\u2019est \u00e9tal\u00e9e de l\u2019autre.<br \/>\nL\u2019exc\u00e8s de z\u00e8le d\u2019abord : Anne Hidalgo et les brillantes \u00e9quipes de la Ville de Paris en ont fait preuve, en attachant un cr\u00eape noir aux arbres des Champs-\u00c9lys\u00e9es, pour un budget sans doute non n\u00e9gligeable, alors qu\u2019il aurait suffi \u00e0 tous les \u00e9lus parisiens de porter un brassard noir pendant une semaine. L\u2019effet d\u2019annonce aurait \u00e9t\u00e9 le m\u00eame et la d\u00e9pense moindre. \u00c0 suivre le r\u00e9cit du r\u00e9veillon et les images du feu d\u2019artifice sur France 3, on voyait d\u2019ailleurs que le recueillement \u00e9tait tr\u00e8s mod\u00e9r\u00e9 sur le pav\u00e9 de Paris. C\u2019est en vain que les \u00e9quipes de tournage ont cherch\u00e9 de l\u2019affliction autour d\u2019elles. La liesse \u00e9tait partout. Comment pouvait-il en \u00eatre autrement ? Nous vivons dans une soci\u00e9t\u00e9 qui a besoin de commerce, de lampions dans les rues, de boutiques illumin\u00e9es. Nous avons besoin de garder le moral pour atteindre sans encombre ni mauvaise conscience la p\u00e9riode des soldes. Nous nous contenterons donc, comme la Mairie de Paris, de \u201cmarquer notre solidarit\u00e9\u201d.<br \/>\nReste \u00e0 donner une illustration de la goujaterie t\u00e9l\u00e9visuelle. En voici une glan\u00e9e le m\u00eame soir. Apr\u00e8s avoir montr\u00e9 les plages d\u00e9vast\u00e9es de Patong et de Khao Lak o\u00f9 errent des orphelins maigres qui fouillent les d\u00e9combres, nous sommes pass\u00e9s, sans transition, \u00e0 un reportage sur le bain du premier de l\u2019an \u00e0 Biarritz (Soir 3). \u00c0 ce degr\u00e9-l\u00e0 de maladresse, nous pouvons parler de cas d\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p>Juste pour pleurer<br \/>\nLe festival canadien Juste pour rire puise traditionnellement, en cette p\u00e9riode de l\u2019ann\u00e9e, dans le vivier des humoristes fran\u00e7ais, pour une soir\u00e9e de sketches et de cam\u00e9ras cach\u00e9es. Le num\u00e9ro de l\u2019ann\u00e9e se distinguait par une inspiration particuli\u00e8rement d\u00e9go\u00fbtante et sanglante. En voici un extrait, interpr\u00e9t\u00e9 par le fantaisiste Franck Dubosc, un orf\u00e8vre dans le genre douteux : deux personnages, dans la jungle, l\u2019un arm\u00e9 d\u2019une machette, l\u2019autre tr\u00e8s pot de colle. Par punition ou par sadisme, je n\u2019ai pas tout compris, le premier tranche un membre de son compagnon toutes les quinze secondes. \u00c0 la fin c\u2019est donc un tronc sanguinolent qui rampe dans le sous-bois. Le bourreau ayant d\u00e9cid\u00e9 de crever les yeux de celui qui rampe, la cam\u00e9ra devient subjective et borgne, puis l\u2019image tourne au noir et c\u2019est la fin du sketch.<br \/>\nPas mal, pour une soir\u00e9e de premier de l\u2019an sur le service public ! Si vous ajoutez \u00e0 cela que votre neveu de 10 ans a beaucoup insist\u00e9 pour voir l\u2019\u00e9mission, vous vous retrouvez bl\u00eame de col\u00e8re en songeant \u00e0 vos propres 10 ans quand Henri Salvador \u00e9gayait la soir\u00e9e, d\u00e9guis\u00e9 en lapin de garenne, et vous demandez \u00e0 votre neveu : \u00ab Tu n\u2019as pas honte de regarder cela ? Moi, si. Et j\u2019ai encore plus honte de le regarder avec toi. \u00bb Votre neveu se l\u00e8ve pour \u00e9teindre le poste. Il est au bord des larmes.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3556 paru le 21 Janvier 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Immunit\u00e9 journalistique<br \/>\nLe fait que trois responsables de la cha\u00eene am\u00e9ricaine CBS aient \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9s apr\u00e8s la diffusion d\u2019un faux grossier accablant l\u2019attitude du jeune George Bush pendant la guerre du Vietnam incite \u00e0 la comparaison avec ce qui se serait pass\u00e9 chez nous dans un cas similaire.<br \/>\nUne approximation nous est fournie par le sort cl\u00e9ment r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 David Pujadas et \u00e0 Olivier Mazerolle apr\u00e8s l\u2019avis de retraite anticip\u00e9 d\u2019Alain Jupp\u00e9 (rappelons qu\u2019il s\u2019agissait non seulement de devancer l\u2019\u00e9v\u00e9nement mais de peser sur sa nature puisqu\u2019on annon\u00e7ait la mort politique d\u2019un homme impopulaire \u00e0 gauche, or les rapports entre les m\u00e9dias et les forces de progr\u00e8s sont identiques en France et aux \u00c9tats-Unis).<br \/>\nL\u2019impunit\u00e9 qui caract\u00e9rise les illusionnistes de l\u2019information dans notre pays est aussi illustr\u00e9e par Karl Z\u00e9ro, lequel franchit sans cesse la fronti\u00e8re entre le show-biz et la politique pour camper du c\u00f4t\u00e9 qui l\u2019arrange. Apr\u00e8s avoir n\u00e9goci\u00e9, dans l\u2019affaire Al\u00e8gre, un t\u00e9moignage contre des avantages en nature, il jouit d\u2019une immunit\u00e9 proprement incroyable. Amuseur quand la justice se f\u00e2che, il restaure sa pr\u00e9tendue \u201cdignit\u00e9 de journaliste\u201d quand l\u2019orage s\u2019\u00e9loigne.<br \/>\nOn pourrait continuer dans ce registre et rappeler les acrobaties d\u2019Edwy Plenel, mais il y a mieux, c\u2019est-\u00e0-dire plus burlesque : une affaire qui discr\u00e9dite pour longtemps les m\u00e9thodes et la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 d\u2019une presse qui vit d\u2019approximations et de correctifs. C\u2019est l\u2019article de Lib\u00e9ration sur la sociologie du jeu vid\u00e9o repris par France 2 en novembre dernier.<br \/>\nTout commence par un canular lanc\u00e9 sur un site Internet : le retard \u00e0 la sortie d\u2019un jeu tr\u00e8s attendu aurait provoqu\u00e9, selon l\u2019un des intervenants du forum, le suicide de 147 jeunes Japonais, par \u201cingestion de poches de silicone\u201d. D\u00e9j\u00e0, on se demande quelle mouche aurait piqu\u00e9 ces coll\u00e9giens de s\u2019infliger un suicide aussi ridicule et malais\u00e9. Cette bizarrerie, \u00e0 elle seule, aurait d\u00fb inspirer la m\u00e9fiance. Les poches de silicone sont destin\u00e9es aux implants mammaires. Au prix d\u2019un l\u00e9ger effort de perspicacit\u00e9, on aurait pu se figurer que l\u2019imaginaire de l\u2019adolescence masculine hantait cette affaire d\u00e8s le d\u00e9part. Mais en reprenant cette pr\u00e9tendue information, Lib\u00e9ration n\u2019a \u00e9mis aucune r\u00e9serve, pas m\u00eame celle-l\u00e0.<br \/>\nCe que dit Lib\u00e9ration relevant de l\u2019oracle pour France 2, le journal de B\u00e9atrice Sch\u00f6nberg s\u2019est ouvert quelques jours apr\u00e8s sur une \u201calerte aux suicides collectifs au Japon\u201d. Trois minutes de reportage, pas moins, avec appel de \u201cune\u201d : Philippe Rochot nous a refait le coup des poches de silicone sur fond de foule asiatique. Ces suicides collectifs, nous a-t-il dit, inqui\u00e8tent particuli\u00e8rement les autorit\u00e9s.<br \/>\nLe correctif de France 2, un mois plus tard, a dur\u00e9 quinze secondes. Tous les int\u00e9ress\u00e9s ont conserv\u00e9 non seulement leur poste mais l\u2019estime g\u00e9n\u00e9rale. On comprend tr\u00e8s bien pourquoi le service public n\u2019aime pas la logique industrielle de ses concurrents.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3557 paru le 28 Janvier 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>T\u00e9l\u00e9thon budg\u00e9taire<br \/>\n\u201cEt vous Christophe ? Vous \u00eates plut\u00f4t cigale ou fourmi ?\u201d C\u2019est la question vache que posait l\u2019autre soir \u00c9velyne Thomas \u00e0 Christophe Dechavanne, son producteur, employeur et invit\u00e9. Avec une abn\u00e9gation totale, le Z\u00e9bulon du Paf venait en effet d\u2019accepter de remplacer la vedette de Combien \u00e7a co\u00fbte au d\u00e9bott\u00e9, ce qui l\u2019a conduit \u00e0 un degr\u00e9 de redondance et de cynisme assez rare dans l\u2019autopromotion, puisque pendant les spots de publicit\u00e9, on vantait les m\u00e9rites du DVD de ses anciennes \u00e9missions !<br \/>\nPassons sur ces turpitudes et penchons-nous sur la soir\u00e9e qui nous r\u00e9servait elle aussi un t\u00e9lescopage acrobatique, entre une nouvelle rubrique intitul\u00e9e \u201cArgent de famille\u201d et une intervention d\u2019Herv\u00e9 Gaymard sur la dette publique. Le ministre nous a rappel\u00e9, lors d\u2019un reportage liminaire, que chaque enfant qui naissait sur notre sol \u00e9tait endett\u00e9 de 16 000 euros. Le message implicite \u00e9tait que nous devions consentir \u00e0 un effort pour redresser les finances du pays ; or, justement, l\u2019\u00e9mission r\u00e9clamait le m\u00eame effort \u00e0 quatre membres d\u2019une m\u00eame famille sous la direction d\u2019un \u201ccoach financier\u201d qu\u2019elle appointait pour leur permettre de s\u2019acheter le \u201chome cin\u00e9ma de leurs r\u00eaves\u201d.<br \/>\nEt les recettes que l\u2019on fournissait \u00e0 ces intendants domestiques avaient tellement l\u2019air d\u2019une allusion du second degr\u00e9 \u00e0 la politique \u00e9conomique de la nation que je ne r\u00e9siste pas au plaisir d\u2019en citer quelques-unes. La premi\u00e8re suggestion du coach financier (un vide-grenier) \u00e9tait formul\u00e9e en ces termes : \u201cEst-ce que vous avez des choses \u00e0 vous d\u00e9barrasser\u201d (sic). Au langage pr\u00e8s, c\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s ce qu\u2019a dit le minist\u00e8re des Finances aux responsables du patrimoine immobilier de l\u2019\u00c9tat. Ensuite, la m\u00e8re de famille d\u00e9cidait sous nos yeux de se remettre au travail.<br \/>\nEt l\u00e0 encore, les Fran\u00e7ais pourraient suivre ce conseil sans r\u00e9serve. Apr\u00e8s quoi nous avons vu deux des membres de la famille faire des \u00e9conomies sur les yaourts. Mais cette fois, le secteur laitier serait nettement moins favorable \u00e0 ce que la nation suive l\u2019exemple de la famille mod\u00e8le.<br \/>\nLe seul probl\u00e8me \u2013 mais est-ce vraiment le seul ? \u2013 est que les cobayes de cette t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 budg\u00e9taire, apr\u00e8s trois semaines, n\u2019avaient r\u00e9uni qu\u2019un quart de la somme escompt\u00e9e. Et l\u00e0 nous repassons de la micro \u00e0 la macro\u00e9conomie, parce que le dernier conseil du coach \u00e9tait de tout r\u00e9investir dans l\u2019organisation d\u2019une f\u00eate pour esp\u00e9rer gagner en quelques heures la totalit\u00e9 de l\u2019argent requis.<br \/>\nMission accomplie. Mais la cha\u00eene a pes\u00e9 de tout son poids pour assurer le succ\u00e8s de cette op\u00e9ration. La souscription des invit\u00e9s payants a rapport\u00e9 2 000 euros uniquement parce que les amis de la famille se sont pr\u00e9cipit\u00e9s sous les cam\u00e9ras afin de passer \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. Moralit\u00e9 : puisque, comme on l\u2019entend souvent, \u201cy\u2019a plus que \u00e7a qui marche\u201d, l\u2019\u00c9tat devrait renationaliser TF 1, organiser trois t\u00e9l\u00e9thons budg\u00e9taires par an et diminuer la dette publique en s\u2019amusant.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3558 paru le 4 F\u00e9vrier 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Le p\u00e8re-adjudant<br \/>\n\u00c9velyne Pisier \u00e9tait l\u2019invit\u00e9e de Sept \u00e0 Huit il y a une quinzaine de jours, pour un livre tir\u00e9 de ses \u00e9checs de m\u00e8re adoptante. Son t\u00e9moignage jetait une lumi\u00e8re navrante sur les m\u00e9saventures d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration. Comme on l\u2019aura compris, il s\u2019agit des soixante-huitards, qui ont souffert sous la f\u00e9rule d\u2019un p\u00e8re-adjudant et qui n\u2019ont pas voulu reproduire les vieux sch\u00e9mas, mais qui ont compromis l\u2019avenir de leur prog\u00e9niture en lui d\u00e9montrant les m\u00e9rites de l\u2019autogestion d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 6 ans et demi.<br \/>\nC\u2019est un sch\u00e9ma encore plus vieux. Platon en parlait d\u00e9j\u00e0. Il m\u00e8ne au d\u00e9sastre en deux \u00e9tapes. Dans la premi\u00e8re, les enfants se rongent la patte comme les li\u00e8vres pris au collet. Ils se droguent, s\u2019automutilent, fuguent, ne font plus rien \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Dans la deuxi\u00e8me, ils deviennent pires que le grand-p\u00e8re fouettard, ils nourrissent les bataillons de la haine et sillonnent les rues en tenue de camouflage.<br \/>\nMais leurs parents viennent nous rappeler r\u00e9guli\u00e8rement que leur d\u00e9marche \u00e9tait sinc\u00e8re. \u00c9velyne Pisier nous a d\u2019ailleurs expliqu\u00e9, dix ans plus t\u00f4t dans un roman \u00e0 cl\u00e9s, que sa sinc\u00e9rit\u00e9 l\u2019avait men\u00e9e jusque dans l\u2019alc\u00f4ve de Fidel Castro, ce qui d\u00e9note un rapport au p\u00e8re-adjudant pour le moins perturb\u00e9. Et si quelqu\u2019un, dans dix ans, lui reproche d\u2019\u00eatre venue faire l\u2019int\u00e9ressante sur TF 1 \u00e0 propos d\u2019un drame familial en profitant de sa notori\u00e9t\u00e9 pour s\u2019autojustifier et imposer sa propre version des faits, elle nous dira encore qu\u2019elle \u00e9tait d\u2019une sinc\u00e9rit\u00e9 parfaite.<br \/>\nIl serait temps de dire \u00e0 ces gens qu\u2019ils \u00e9prouvent la patience de leurs contemporains. On les pr\u00e9f\u00e9rerait moins sinc\u00e8res mais plus efficaces ou plus discrets dans l\u2019\u00e9chec.<\/p>\n<p>L\u2019hydre du conformisme<br \/>\nLe d\u00e9part de Christophe Hondelatte du journal de 13 heures illustre la difficult\u00e9 d\u2019asseoir une notori\u00e9t\u00e9 m\u00e9diatique sur le franc-parler. Entre Georges de Caunes, Mourousi et Hondelatte, la filiation n\u2019\u00e9tait pourtant pas si difficile \u00e0 imaginer. Mais pour France 2, elle \u00e9tait impossible \u00e0 tol\u00e9rer.<br \/>\nLa r\u00e9daction de la cha\u00eene publique s\u2019est longtemps efforc\u00e9e de faire de l\u2019audience en laissant le champ libre \u00e0 son pr\u00e9sentateur, mais au fil des semaines France 2 a fini par redouter son succ\u00e8s. Apr\u00e8s quatre mois, son image de modernit\u00e9 et de pluralisme d\u00e9bordait d\u00e9j\u00e0 du cadre fix\u00e9. Finalement, Arlette Chabot a compris que le pr\u00e9sentateur jouait le public contre elle. En laissant Hondelatte faire son num\u00e9ro, caser ses petites phrases (\u00ab Gardez la p\u00eache, la banane, la cerise \u00bb, etc.), elle prenait le risque de voir sa cr\u00e9ature \u00e9chapper \u00e0 tout contr\u00f4le. Or certaines carri\u00e8res t\u00e9moignent qu\u2019\u00e0 France 2 il importe avant tout de savoir rester sous contr\u00f4le. De surcro\u00eet, comment ne pas rappeler que Lib\u00e9ration, qui fut cause de la dispute entre la nouvelle star du 13 Heures et sa direction, faisait lourdement allusion \u00e0 son catholicisme ?<br \/>\nVoil\u00e0 de quoi irriter ceux qui dans la maison tenaient le promu pour r\u00e9ac. D\u00e9cid\u00e9ment quelque chose, dans cette affaire, rappelle l\u2019hydre qui eut raison de Rocco Buttiglione \u00e0 Bruxelles.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3559 paru le 10 F\u00e9vrier 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Pyramide des \u00e2ges<br \/>\nAu moment de lancer sa nouvelle \u00e9mission C\u2019\u00e9tait mieux hier, \u00c9velyne Thomas, l\u2019\u00e9g\u00e9rie des \u00e9lus de campagne, nous aura bien pr\u00e9venus : elle veut prouver que tout n\u2019\u00e9tait pas forc\u00e9ment mieux avant. Dans ses d\u00e9clarations liminaires, elle fournit des gages \u00e0 la pens\u00e9e dominante, qui consiste \u00e0 chanter plut\u00f4t les louanges du pr\u00e9sent. Elle abonde dans le sens des antinostalgie qui croient que la civilisation a commenc\u00e9 avec la d\u00e9couverte de la p\u00e9nicilline.<br \/>\nC\u2019est faire peu de cas de l\u2019avis de ses invit\u00e9s, \u00e0 moins qu\u2019elle ne les invite, pr\u00e9cis\u00e9ment, pour qu\u2019ils disent ce qu\u2019elle veut entendre. C\u2019est surtout une imprudence, en ces temps o\u00f9 nous remontons aux sources des grandes erreurs de l\u2019apr\u00e8s-guerre. L\u2019\u00e9cole au rabais, l\u2019esprit de Mai 68, la permissivit\u00e9, la grande distribution, la retraite \u00e0 60 ans, les 35 heures, rien n\u2019\u00e9chappe \u00e0 la remise \u00e0 plat. La production aurait donc int\u00e9r\u00eat \u00e0 corriger l\u2019assurance progressiste de sa pr\u00e9sentatrice, le temps de savoir si les Fran\u00e7ais ont vraiment besoin d\u2019\u00eatre convaincus que rien n\u2019\u00e9tait mieux avant. Parce qu\u2019il n\u2019est pas impossible qu\u2019ils cherchent plut\u00f4t la confirmation du contraire.<br \/>\nSi l\u2019\u00e9mission pr\u00e9tend amender la sensibilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, en nous repr\u00e9sentant que l\u2019attendrissement sur le pass\u00e9 est une tentation absurde, elle risque fort de s\u2019arr\u00eater avant le troisi\u00e8me num\u00e9ro. Les gens tol\u00e8rent de plus en plus mal d\u2019\u00eatre sermonn\u00e9s pour avoir nourri l\u2019intuition de ce qui est juste. En tout cas, ils n\u2019ont pas attendu qu\u2019\u00c9velyne Thomas le leur dise.<br \/>\nMais on peut faire confiance aux producteurs, Bataille et Fontaine, pour analyser les derni\u00e8res tendances du march\u00e9. L\u2019an pass\u00e9, par exemple, nous apprenions avec stupeur que les trois \u00e9pisodes de l\u2019Affaire Dominici avaient r\u00e9alis\u00e9 le meilleur chiffre d\u2019audience de l\u2019exercice \u00e9coul\u00e9. D\u2019o\u00f9 venait ce miracle ? On avait beau se pencher sur la r\u00e9alisation, elle ne justifiait pas \u00e0 elle seule un tel engouement. La th\u00e8se de l\u2019erreur judiciaire non plus. Alors quoi ? Selon toute vraisemblance, ce qui expliquait ce ph\u00e9nom\u00e8ne, c\u2019\u00e9tait le d\u00e9sir manifeste et opini\u00e2tre de retrouver la France d\u2019avant le rap et les probl\u00e8mes sociaux. Pour faire de l\u2019audience, il semblerait que le recours \u00e0 la Panhard Dina et au soda V\u00e9rigoud soit l\u2019une des recettes les plus s\u00fbres. Alors, r\u00e9p\u00e9tons-le, avant d\u2019adopter d\u00e9finitivement le th\u00e8me \u201con vit une \u00e9poque formidable\u201d, avant de pr\u00e9tendre que la France de Robert Lamoureux ne vaut pas celle de Joey Starr, il vaudrait mieux se mettre \u00e0 l\u2019\u00e9coute de ce qu\u2019en pense le pays. La forme de la pyramide des \u00e2ges permet d\u00e9j\u00e0 de deviner que la notori\u00e9t\u00e9 de Joey Starr n\u2019a pas grand avenir.<\/p>\n<p>Une l\u00e9gende<br \/>\n\u00c0 la veille de la mort de Jacques Villeret, l\u2019\u00e9mission Comme au cin\u00e9ma nous a dit qu\u2019il appartenait, malgr\u00e9 son \u00e2ge, \u00e0 la cat\u00e9gorie des Raimu et des Fernandel. Elle n\u2019a pas ajout\u00e9 que pour entrer dans la l\u00e9gende il lui manquait une disparition pr\u00e9matur\u00e9e, mais on ne peut s\u2019emp\u00eacher de le penser aujourd\u2019hui.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3560 paru le 18 F\u00e9vrier 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Les roses de la Commanderie<br \/>\n\u00ab Ici, avant, c\u2019\u00e9tait une vraie r\u00e9sidence, avec des pelouses partout. Pour les mariages on se faisait photographier devant les rosiers. \u00bb L\u2019homme qui parle ainsi devant des enfants goguenards conclut : \u00ab Fini les rosiers, il n\u2019y a plus que des voitures br\u00fbl\u00e9es. \u00bb Il fait partie des habitants flou\u00e9s de la Commanderie, pr\u00e8s de Nogent-sur-Oise, qui ont subi successivement la filouterie de leur promoteur, le pragmatisme froid de la France gaullienne et l\u2019ang\u00e9lisme farceur de celle de Mitterrand. Nous avons donc vu pendant trois semaines un reportage r\u00e9alis\u00e9 sur place en deux ans et demi.<br \/>\nParmi les milliers d\u2019occupants de ces immeubles, vingt voyous font la loi. Et ils font tellement la loi qu\u2019on a l\u2019impression qu\u2019ils ont fait le film. C\u2019est le reproche que l\u2019on peut adresser au r\u00e9alisateur, qui pr\u00e9tendait se pencher sur une troupe de mauvais gar\u00e7ons avec honn\u00eatet\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire en prenant le temps de les conna\u00eetre afin de remonter aux origines de leur violence. L\u2019ennui est que dans l\u2019interpr\u00e9tation des choses, \u00e0 de rares exceptions pr\u00e8s, la direction du discours leur \u00e9tait confi\u00e9e. M\u00eame le Monde, qu\u2019on ne peut pas soup\u00e7onner de se raidir facilement, a soulign\u00e9 que le r\u00e9alisateur avait d\u00fb se plier \u00e0 la loi de la bande, afin que les voyous puissent contr\u00f4ler leur image. Dans le genre \u201cjusqu\u2019o\u00f9 peut-on pousser le bouchon ?\u201d, difficile d\u2019aller plus loin, et d\u2019obtenir plus belle victoire.<br \/>\nApr\u00e8s avoir pass\u00e9 des ann\u00e9es \u00e0 terroriser deux mille habitants (alors qu\u2019ils sont une poign\u00e9e), apr\u00e8s s\u2019\u00eatre battus \u00e0 coups de rasoir dans la gare de Creil, apr\u00e8s avoir multipli\u00e9 les \u201cconneries\u201d comme ils disent, les voil\u00e0 devenus vedettes d\u2019une sorte de t\u00e9l\u00e9film documentaire dont ils r\u00e8glent pratiquement les \u00e9clairages.<br \/>\nSur la violence elle-m\u00eame, nous avons entendu des choses intelligentes, mais pas de leur bouche : le discours le plus sens\u00e9 est venu du vice-procureur de Pontoise, qui a soulign\u00e9 que ces jeunes \u00e9taient connus pour leur tendance \u00e0 l\u2019affrontement violent d\u00e8s l\u2019\u00e9cole primaire. Il n\u2019est pas all\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 sugg\u00e9rer que la correction de trajectoire intervienne \u00e0 ce moment-l\u00e0, mais il l\u2019aurait d\u00fb. C\u2019est l\u2019un des graves d\u00e9fauts du film : nous n\u2019avons jamais vu la sortie de l\u2019\u0153uf. Nous n\u2019avons jamais vu des gar\u00e7ons de 6 ans faire la loi dans la salle de classe, sous l\u2019\u0153il d\u2019une ma\u00eetresse incomp\u00e9tente qui parlemente au lieu de s\u00e9vir.<br \/>\nNous n\u2019avons pas vu les jeunes intimider les vieux sur les parkings. Nous n\u2019avons pas \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins des premi\u00e8res exp\u00e9riences de l\u2019enfant face \u00e0 la d\u00e9mission institutionnelle : absence d\u2019autorit\u00e9 masculine dans le primaire, f\u00e9minisation outranci\u00e8re de la magistrature (face \u00e0 de jeunes coqs qui r\u00e9cusent le pouvoir des femmes en g\u00e9n\u00e9ral), libert\u00e9s conditionnelles \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, etc. En somme, rien d\u2019essentiel n\u2019a \u00e9t\u00e9 montr\u00e9.<br \/>\nEn revanche, nous avons eu droit \u00e0 l\u2019in\u00e9vitable \u201cr\u00e9demption par le rap\u201d, une escroquerie qui sera bient\u00f4t prot\u00e9g\u00e9e par d\u00e9cret tant elle flatte d\u2019illusions \u00e0 la fois.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3561 paru le 25 F\u00e9vrier 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Braconnage administratif<br \/>\nPour \u00e9voquer le num\u00e9ro d\u2019Envoy\u00e9 sp\u00e9cial consacr\u00e9 aux abus de la S\u00e9cu, j\u2019ai exhum\u00e9 l\u2019un de ces prospectus dont l\u2019administration d\u00e9magogue du r\u00e8gne Mitterrand inondait la France au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. Il est titr\u00e9 en style d\u2019\u00e9poque, qu\u2019on m\u2019en excuse (au passage, il faut tout de m\u00eame imaginer la s\u00e9rie de fonctionnaires qui ont approuv\u00e9 ce slogan \u00e0 l\u2019usage des bac \u2013 5) : \u00ab La S\u00e9cu c\u2019est bien, en abuser \u00e7a craint \u00bb. Dans le premier paragraphe de cette brochure, tir\u00e9e \u00e0 cinq millions d\u2019exemplaires, on lisait en outre ceci : \u00ab la S\u00e9cu est un syst\u00e8me que beaucoup nous envient\u00bb.<br \/>\nVingt ans apr\u00e8s, on se demande combien de temps il nous reste pour susciter l\u2019envie avant la faillite. Les cas d\u00e9crits par France 2 \u00e9taient tellement accablants qu\u2019on se demande aussi pourquoi le d\u00e9bat n\u2019est pas devenu national d\u00e8s le lendemain de l\u2019\u00e9mission. Les cafouillages de la carte Vitale, les rodomontades de ceux qui pr\u00e9tendent instaurer un dispositif d\u2019identification sans s\u2019assurer de la v\u00e9rit\u00e9 des informations fournies, tout cela peut attendre. Il y a mieux et plus urgent. Qu\u2019un patient d\u2019origine alg\u00e9rienne en arr\u00eat de travail soit en mesure de retourner vivre au pays aux frais de l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais, tout le monde l\u2019a entendu rapporter, de source s\u00fbre, d\u2019un ami m\u00e9decin, d\u2019un coll\u00e8gue de bureau, de la dame du cinqui\u00e8me. Et que ce patient, une fois dans sa famille, soit capable de se faire prescrire deux mois de prolongation par un praticien de complaisance \u00e0 Alger, on prenait cela pour une exag\u00e9ration. Or l\u2019\u00e9mission l\u2019attestait clairement en cam\u00e9ra cach\u00e9e.<br \/>\nNous avons vu aussi, \u00e0 Marseille, au fond des cours miteuses du quartier Saint-Charles, se multiplier des bo\u00eetes aux lettres qui fonctionnent comme des casiers \u00e0 langoustes. Une fois par mois, leur d\u00e9tenteur vient les relever pour toucher le RMI. Et quand l\u2019inspecteur finit par coincer l\u2019un de ces braconniers administratifs, l\u2019aigrefin promet de rembourser trois ans, d\u2019un c\u0153ur l\u00e9ger. Pourquoi ? Parce qu\u2019il vient de toucher sept autres ann\u00e9es qui, elles, sont impossibles \u00e0 rappeler aux termes de la loi.<br \/>\nRestait le clou de la soir\u00e9e : un couple de retrait\u00e9s, elle ancienne ling\u00e8re travaillant depuis l\u2019\u00e2ge de 14 ans, lui sans revenus et malade. Ils vivotent sur six cents euros, loyer compris, pour avoir cru \u00e0 la r\u00e9partition et aux vertus de l\u2019honn\u00eatet\u00e9. De l\u2019aveu m\u00eame de l\u2019inspecteur de la Ddass, pendant ce temps, d\u2019autres utilisent les failles du syst\u00e8me pour rouler carrosse. \u00ab Il y a des jours o\u00f9 \u00e7a me r\u00e9volte \u00bb, disait ce monsieur \u00e0 la cam\u00e9ra.<br \/>\nNous aussi !<\/p>\n<p>Sottise force 9<br \/>\nAu journal de TF1, nous avons vu les permanenciers affect\u00e9s \u00e0 la veille sismique sur la zone pacifique am\u00e9ricaine raconter d\u2019un air g\u00ean\u00e9 que le 26 d\u00e9cembre, ils n\u2019ont pas su qui appeler dans l\u2019oc\u00e9an Indien.<br \/>\nN\u2019importe quel gamin aurait pu leur sugg\u00e9rer de consulter l\u2019Internet pour composer le num\u00e9ro de dix grands h\u00f4tels, de Phuket \u00e0 Khao Lak.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3562 paru le 4 Mars 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>D\u00e9ontologie et propagande<br \/>\nL\u2019existence d\u2019un \u201cm\u00e9diateur\u201d sur France 2 a d\u00e9j\u00e0 fait sourire plus d\u2019un habitu\u00e9 de la cha\u00eene, mais l\u2019exercice auquel vient de se livrer Arlette Chabot chez son coll\u00e8gue Jean-Claude Allanic rel\u00e8ve de la pantalonnade. \u00c0 France 2 on aime \u00e0 se donner les apparences de la d\u00e9mocratie.<br \/>\nOn se pla\u00eet \u00e0 rappeler qu\u2019on est \u00e0 l\u2019\u00e9coute. On parle de d\u00e9ontologie en se r\u00e9f\u00e9rant sans cesse au principe d\u2019ind\u00e9pendance. Le t\u00e9l\u00e9spectateur est donc invit\u00e9 p\u00e9riodiquement \u00e0 exprimer son opinion en direct. Et pour prouver qu\u2019il est en direct, il glisse de temps en temps dans les limbes de la t\u00e9l\u00e9phonie au lieu de poser sa question. Nous sommes m\u00eame all\u00e9s cette fois jusqu\u2019\u00e0 la rupture de faisceau entre Paris et Lyon, avec mire et sifflement comme dans Intervilles : un cas d\u2019\u00e9cole, surtout quand on songe aux directs quotidiens avec Bagdad ou Singapour.<br \/>\nL\u2019\u00e9mission du jour commentait un sondage d\u00e9sastreux. Le public des m\u00e9dias, si l\u2019on en croit la Sofres, aurait de moins en moins confiance en la t\u00e9l\u00e9vision. Pour all\u00e9ger le fardeau c\u00f4t\u00e9 France 2, Arlette Chabot est mont\u00e9e en premi\u00e8re ligne afin de nous convaincre que vis-\u00e0-vis de sa cha\u00eene la confiance restait enti\u00e8re. Ce genre de critiques s\u2019adressait donc, selon toute vraisemblance, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision priv\u00e9e.<br \/>\nLe poids d\u2019une directrice de l\u2019information \u00e9tant largement suffisant pour intimider quiconque, Jean-Claude Allanic, qui se distingue par une tendance opini\u00e2tre \u00e0 l\u2019effacement, a vu saboter son travail en direct. L\u2019irruption d\u2019un poids lourd de la direction a fait tanguer sa fr\u00eale balan\u00e7oire. \u00ab Bonjour, quels sont les points qui vous paraissent positifs et ceux qui, peut-\u00eatre, vous paraissent n\u00e9gatifs ? \u00bb, a-t-il demand\u00e9 \u00e0 l\u2019un de ses correspondants t\u00e9l\u00e9phoniques. (On notera le \u201cpeut-\u00eatre\u201d.) Le t\u00e9l\u00e9spectateur lui a r\u00e9pondu que r\u00e9cemment des images identiques, pr\u00e9sent\u00e9es sur France 2 et sur France 3, ont \u00e9t\u00e9 situ\u00e9es respectivement \u00e0 Mossoul et \u00e0 Fallouja. R\u00e9action d\u2019Arlette Chabot : \u00e7a prouve bien la vigilance qu\u2019il faut porter sur l\u2019origine des images (sic). Outre la qualit\u00e9 du style, qui rappelle la verve experte de Martine Aubry, on rel\u00e8vera que la directrice de l\u2019information s\u2019interroge sur l\u2019origine des reportages au lieu de critiquer l\u2019\u00e0-peu-pr\u00e8s qui r\u00e8gne au moment de leur diffusion. Circulez, il n\u2019y a rien d\u2019autre \u00e0 voir.<br \/>\nQuand on analyse d\u2019ailleurs le ton des d\u00e9bats qu\u2019elle pr\u00e9tend ouvrir dans ses diff\u00e9rentes \u00e9missions, on est frapp\u00e9 par une \u00e9vidence : elle n\u2019ouvre plus rien, elle fermerait plut\u00f4t. Deux exemples r\u00e9cents : \u201cLa France peut-elle encore \u00e9chapper au terrorisme islamique ?\u201d et \u201cPourquoi est-il impossible de r\u00e9former la France ?\u201d Dans ces deux titres, il s\u2019agit d\u2019ass\u00e9ner une v\u00e9rit\u00e9, pas de poser une question. Jusqu\u2019ici, le journalisme avait pour objet d\u2019\u00e9largir le d\u00e9bat. Mais la complexit\u00e9 des probl\u00e8mes d\u2019aujourd\u2019hui semble interdire le maintien, dans l\u2019information, de ce qu\u2019on appelle la profondeur de champ. Voil\u00e0 qui nous rapproche chaque jour davantage de la propagande.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3393 paru le 7 D\u00e9cembre 2001<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Multir\u00e9sistance<br \/>\nA la t\u00e9l\u00e9vision, nul besoin d\u2019obliger les invit\u00e9s \u00e0 d\u00e9filer en rang d\u2019oignons pour ne voir qu\u2019une seule t\u00eate : sur les plateaux le discours tend partout \u00e0 devenir le m\u00eame. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019explique d\u2019abord par une sorte de sagesse immunitaire du syst\u00e8me. L\u2019outil t\u00e9l\u00e9vision isole les cellules aberrantes, les foyers d\u2019infection et les paroles dissidentes afin de s\u2019assurer que les plateaux ne se transforment pas en p\u00e9taudi\u00e8res.<br \/>\nJusque-l\u00e0 c\u2019est l\u00e9gitime et pas dangereux. Dans le pire cas, on se contente de coincer les discours atypiques entre de solides guillemets, des guillemets institutionnels, en attribuant pour vocation \u00e0 l\u2019\u00e9mission de donner refuge aux originalit\u00e9s. La condition indispensable, c\u2019est le direct. Or on conna\u00eet ses inconv\u00e9nients : dans une soci\u00e9t\u00e9 qui n\u2019est plus seulement abreuv\u00e9e d\u2019images mais domin\u00e9e par elles, une \u00e9mission comme Droit de r\u00e9ponse constituerait un v\u00e9ritable p\u00e9ril. Elle donnerait \u00e0 n\u2019importe qui le pouvoir d\u2019attirer l\u2019attention sur un scandale, de prof\u00e9rer des menaces ou des accusations sans autre garde-fou que la correctionnelle.<br \/>\nElle offrirait surtout un exutoire intol\u00e9rable \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. Le premier rem\u00e8de est venu naturellement : enregistrer. H\u00e9las, le public pr\u00e9f\u00e8re le produit frais. Il a donc fallu s\u2019arranger pour que le direct s\u2019\u00e9loigne le plus possible de la nature, pour que le produit frais ne sente jamais mauvais, pour que les foyers d\u2019infection disparaissent du discours. Le recours aux antibiotiques \u00e9tait in\u00e9vitable. Cons\u00e9quence, depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, deux familles d\u2019antibiotiques ont \u00e9t\u00e9 administr\u00e9es sans le moindre discernement : le recours \u00e0 la d\u00e9rision et l\u2019appel au public. Quand un personnage a quelque chose \u00e0 dire de fa\u00e7on plus solennelle que les autres, quand un tribun organise une conf\u00e9rence de presse le matin, ses propos sont travestis, le soir m\u00eame, pour cinq millions de t\u00e9l\u00e9spectateurs (feu le B\u00e9b\u00eate-Show, les Guignols, etc.). Quand le m\u00eame personnage s\u2019exprime sur un plateau, on s\u2019arrange pour que le public ne soit plus r\u00e9duit aux quatre tondus de service, mais expos\u00e9 par dizaines sur des gradins, o\u00f9 il r\u00e9agit sur invitation expresse du pr\u00e9sentateur afin d\u2019att\u00e9nuer la port\u00e9e des propos tenus.<br \/>\nLe terme de l\u2019\u00e9volution n\u2019est pas encore atteint, mais il suffit d\u2019observer les exc\u00e8s de la prophylaxie m\u00e9dicamenteuse pour se douter de ce qui va se passer. Apr\u00e8s vingt ans de surconsommation d\u2019antibiotiques, les formes de pens\u00e9e infectieuses sont en train de d\u00e9velopper une multir\u00e9sistance.<\/p>\n<p>Antibiotiques<br \/>\nPendant ce temps, que fait Fran\u00e7oise Laborde, la scrupuleuse \u201cchroniqueuse politique\u201d de T\u00e9l\u00e9matin ? de la retape (travers d\u00e9nonc\u00e9 par un t\u00e9l\u00e9spectateur devant le \u201cm\u00e9diateur\u201d de France 2) en invitant cinq ministres du gouvernement de Lionel Jospin en une semaine. H\u00e9las, quand l\u2019antibiotique est inefficace, il est inutile et dangereux de quintupler les doses.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3563 paru le 11 Mars 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Malheur \u00e0 ceux\u2026<br \/>\nL\u2019autre matin, les deux enfants de mes h\u00f4tes (6 et 8 ans) ont voulu voir la m\u00e9t\u00e9o afin de mesurer l\u2019\u00e9tendue des chutes de neige autour de la capitale et de supputer leurs chances de ne pas aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Les adultes s\u2019\u00e9tant \u00e9loign\u00e9s vers la cuisine pendant quelques minutes, nous avons retrouv\u00e9 les bambins bouche b\u00e9e devant le journal de LCI, lequel leur expliquait que les parents du proc\u00e8s d\u2019Angers prostituaient leurs enfants. On voyait la confession d\u2019Odile, 26 ans, accus\u00e9e de se livrer \u00e0 des rapports sexuels devant sa prog\u00e9niture. La pr\u00e9sidente d\u2019une association venait nous expliquer que les m\u00e8res p\u00e9dophiles \u00e9taient plus nombreuses qu\u2019on ne le pensait. Elle accumulait les d\u00e9tails sordides. Ensuite, on nous citait le chiffre d\u2019affaires mensuel de l\u2019une des m\u00e8res maquerelles : 300 euros. Rien ne manquait au tableau, ni la nature des s\u00e9vices ni le pedigree des protagonistes.<br \/>\nDe retour au salon, nous nous sommes ru\u00e9s sur la t\u00e9l\u00e9commande pour passer sur T\u00e9l\u00e9toon. H\u00e9las, le soir, au journal de TF 1, reportage sur le lieu de l\u2019horreur. Gros plan sur la porte orange de l\u2019appartement (vide) o\u00f9 les s\u00e9vices ont eu lieu. Une voisine qui poss\u00e8de la cl\u00e9 laisse p\u00e9n\u00e9trer une \u00e9quipe l\u00e9g\u00e8re. On filme les baies vitr\u00e9es, la porte de la cuisine, la moquette sale.<br \/>\nEnsuite, une cam\u00e9ra subjective prom\u00e8ne un zoom sur les enfants d\u2019un square. \u00c0 grand renfort de plans flous et d\u2019angles bizarres, on essaie de nous donner l\u2019illusion d\u2019une menace diffuse. Re-rappel des faits en voix off, t\u00e9moignage de voisines qui se donnent une importance extr\u00eame pour nous dire qu\u2019elles n\u2019ont rien vu mais que \u201cc\u2019est vrai que c\u2019est inqui\u00e9tant\u201d.<br \/>\nCe qui est inqui\u00e9tant, c\u2019est la d\u00e9bauche de commentaires sur ce qui devrait \u00e0 peine franchir les limites du pr\u00e9toire. On nous dit que la presse sera invit\u00e9e \u00e0 rendre compte de ces affaires sordides de mani\u00e8re prophylactique, afin de contribuer \u00e0 une prise de conscience.<br \/>\nOn essaie de nous faire croire que cette mise \u00e0 plat m\u00e9diatique fait l\u2019unanimit\u00e9 dans l\u2019opinion. Or nombre de parents consid\u00e8rent que si la t\u00e9l\u00e9vision nous inflige pendant trois mois ce qu\u2019elle a fait subir aux enfants le jour de l\u2019ouverture du proc\u00e8s, il va falloir prendre le maquis sur T\u00e9l\u00e9toon jusqu\u2019au 15 juin.<br \/>\nQuant aux vertus de la prophylaxie, il est permis de d\u00e9fendre exactement l\u2019inverse de la th\u00e8se officielle. La d\u00e9bauche de transparence peut fort bien \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme la manifestation m\u00eame de ce qu\u2019elle d\u00e9nonce : le viol de l\u2019innocence. Ces histoires-l\u00e0 devraient \u00e9pargner l\u2019imagination de la plupart des enfants. Or par la faute des m\u00e9dias audiovisuels, une proportion accablante de gamins qui n\u2019auraient pas cru que cela f\u00fbt possible en sont persuad\u00e9s au-del\u00e0 du n\u00e9cessaire.<br \/>\n\u00ab Malheur \u00e0 ceux par qui le scandale arrive. \u00bb Cette parole d\u2019\u00c9vangile, on l\u2019oublie un peu, concerne non seulement ceux qui commettent des actes scandaleux mais aussi ceux qui se complaisent \u00e0 les rapporter.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3564 paru le 18 Mars 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Semaine de l\u2019horreur<br \/>\nD\u00e8s qu\u2019il est question des rapports entre les enfants et la t\u00e9l\u00e9vision, les gens qui conservent un fond de morale se heurtent \u00e0 la mystique de la licence obligatoire, comme si cette derni\u00e8re fondait la d\u00e9mocratie. \u00c0 bien des \u00e9gards, on peut pourtant affirmer le contraire : le spectacle de la barbarie est incompatible avec le respect de l\u2019homme.<br \/>\nQuand vous expliquez \u00e0 de jeunes parents qu\u2019il est ind\u00e9cent de laisser leur fille de 10 ans regarder le feuilleton la Crim\u2019, o\u00f9 les enqu\u00eateurs essaient de r\u00e9soudre l\u2019\u00e9nigme d\u2019une femme d\u00e9pec\u00e9e qu\u2019on vient de retrouver dans une demi-douzaine de sacs poubelle, il est incroyable d\u2019avoir \u00e0 s\u2019en justifier.<br \/>\nQuand on voit programmer un dimanche \u00e0 21 heures (TF1) le film les Rivi\u00e8res pourpres, d\u00e9lire sadique qui commence par un exercice de m\u00e9decine l\u00e9gale en gros plan sur un cadavre aux mains coup\u00e9es, dont on nous pr\u00e9cise que \u00ab les plaies ont \u00e9t\u00e9 caut\u00e9ris\u00e9es pendant la s\u00e9ance de torture, afin que la victime ne meure pas trop vite d\u2019h\u00e9morragie \u00bb, on peut se demander si notre pays n\u2019est pas tomb\u00e9 sur la t\u00eate. Souvenez-vous : il y a trente ans \u00e0 peine, une simple fusillade r\u00e9aliste, dans un film de gangsters, suscitait un d\u00e9bat national sur la violence.<br \/>\nD\u00e9sormais, c\u2019est le fait de manifester son d\u00e9go\u00fbt devant les amateurs de carnage qui devient un objet de scandale. Pour illustrer cet accablant paradoxe, le soir m\u00eame o\u00f9 l\u2019on diffusait les Rivi\u00e8res pourpres, tir\u00e9 du roman charcutier de Jean-Christophe Grang\u00e9, Fogiel opposait la p\u00e9diatre Edwige Antier \u00e0 l\u2019acteur vedette d\u2019une autre ignominie cin\u00e9matographique qui vient de sortir, Calvaire, r\u00e9alis\u00e9 par Fabrice Du Welz.<br \/>\nTh\u00e8me du d\u00e9bat : \u201cLes enfants sont-ils perturb\u00e9s par la violence au cin\u00e9ma ?\u201d Par un m\u00e9lange coupable d\u2019exp\u00e9rience professionnelle et de bon sens individuel, Mme Antier estime que oui. Et elle ose le dire sur le plateau. Face \u00e0 elle, l\u2019acteur vedette du film, d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9fendre cette bluette o\u00f9 un malheureux est tortur\u00e9, viol\u00e9, humili\u00e9, travesti et couvert de sang par un village de demeur\u00e9s pendant deux heures, est \u00e0 court d\u2019arguments. Alors Fogiel vole au secours du camp des tortionnaires en disant \u00e0 son invit\u00e9e, sur le ton d\u2019un gar\u00e7on de bains qui aurait bachot\u00e9 un entretien d\u2019embauche chez Gallimard : \u00ab Ce n\u2019est que votre avis, mais des gens comme Herv\u00e9 Bourges, dans son livre, sont d\u2019un avis contraire. \u00bb Bravo pour le fayotage. Herv\u00e9 Bourges, qui passe en France, c\u2019est connu, pour une autorit\u00e9 morale indiscutable, est cens\u00e9 damer le pion \u00e0 une sp\u00e9cialiste dont la p\u00e9dopsychologie est le m\u00e9tier depuis quarante ans.<br \/>\nQuant \u00e0 l\u2019affaire du t\u00e9l\u00e9film tir\u00e9, ou plut\u00f4t arrach\u00e9, par TF1, de la vie de Francis Heaulme et menac\u00e9 d\u2019un r\u00e9f\u00e9r\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re extr\u00e9mit\u00e9, il y aurait mille reproches \u00e0 faire \u00e0 la cha\u00eene (et donc au CSA), mais arr\u00eatons-nous au premier, qui concerne le titre : Dans la t\u00eate du tueur.<br \/>\nHonn\u00eatement, si l\u2019on faisait un sondage, combien de gens voudraient savoir ce qui s\u2019y passe ?<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3565 paru le 25 Mars 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>L\u2019intouchable de la parit\u00e9<br \/>\nLe fait d\u2019aborder un sujet aussi frivole que l\u2019\u00e9viction de Marl\u00e8ne dans 1re Compagnie para\u00eetra curieux \u00e0 nombre de lecteurs. Et pourtant, que d\u2019enseignements ne tire-t-on pas d\u2019un coup de sonde dans les profondeurs de l\u2019opinion ! Quand une fille rieuse, provocante et intelligente fait l\u2019objet d\u2019une motion de censure aussi radicale, il faut s\u2019interroger. Et comme en outre il fallait bien trouver un angle pour mentionner 1re Compagnie, divertissement sans joie ni g\u00e9nie, c\u2019est fait, le voici : Marl\u00e8ne vient d\u2019\u00eatre victime des humeurs de la m\u00e9nag\u00e8re de moins de 50 ans !<br \/>\nSelon toute vraisemblance, le vote qui l\u2019a oblig\u00e9e \u00e0 quitter le jeu \u00e9tait un mouvement de d\u00e9pit f\u00e9minin devant une poup\u00e9e sans complexes, d\u00e9gag\u00e9e de toute entrave, et, circonstance aggravante, non d\u00e9pourvue de neurones. Il suffit d\u2019entendre les commentaires masculins \u00e0 son sujet depuis dix ans, en France comme en Espagne, pour comprendre que Marl\u00e8ne entretient une connivence naturelle avec les hommes dans le dos de leurs \u00e9pouses. C\u2019est pourquoi, malgr\u00e9 une prestation amusante sous les cocotiers, une plastique g\u00e9n\u00e9reuse, un parcours m\u00e9diatique sans faute, elle vient d\u2019\u00eatre vir\u00e9e par le public f\u00e9minin contre la strat\u00e9gie marketing imagin\u00e9e par TF1.<br \/>\nEn voyant triompher le lobby des pasionarias de la parit\u00e9, dont l\u2019influence ne cesse de cro\u00eetre, on s\u2019avisait que, depuis les actrices du XVIIe, les courtisanes du XVIIIe, les cocottes du XIXe, la r\u00e9action de la m\u00e8re, de l\u2019\u00e9pouse, de la travailleuse contre les mangeuses d\u2019hommes est toujours la m\u00eame. Face \u00e0 la Cr\u00e9ature qui distribue ses sous-v\u00eatements sur le plateau de Cauet, on assiste en France \u00e0 des r\u00e9actions de rejet qui tiennent de l\u2019exorcisme. Marl\u00e8ne est une sorci\u00e8re comme le furent Val\u00e9rie Kaprisky, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019Ann\u00e9e des m\u00e9duses, et Vanessa Paradis, qui confiait lors d\u2019une interview son soulagement de s\u2019\u00eatre \u00e9loign\u00e9e de sa notori\u00e9t\u00e9 de lolita car certaines femmes, dans la rue, lui crachaient au visage.<br \/>\nR\u00e9incarnation Sur LCI, une bande-annonce nous invite \u00e0 regarder une \u00e9mission dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom mais qui nous propose d\u2019entrer dans l\u2019intimit\u00e9 de ceux qui font la culture : l\u2019invit\u00e9e \u00e9tait Jenifer, \u00e9g\u00e9rie de la g\u00e9n\u00e9ration \u201cj\u2019veux dire c\u2019est clair\u201d et r\u00e9incarnation de Mireille Mathieu, version nombril \u00e0 l\u2019air. La culture selon LCI s\u2019\u00e9loigne un peu du Louvre\u2026<\/p>\n<p>Incongruit\u00e9s<br \/>\nJean-Marc Morandini, dont le livre sur les salaires de la t\u00e9l\u00e9 provoque moins de commentaires que l\u2019appartement d\u2019Herv\u00e9 Gaymard, \u00e9tait re\u00e7u par Ruquier l\u2019autre soir. Quand on compare la t\u00e2che d\u2019un amuseur \u00e0 celle d\u2019un ministre, on s\u2019\u00e9tonne de voir que le premier gagne cinq fois plus que l\u2019autre, mais il est incongru de le dire. Quant \u00e0 sugg\u00e9rer qu\u2019Herv\u00e9 Gaymard, s\u2019il avait eu le temps de r\u00e9duire la dette publique, aurait m\u00e9rit\u00e9 de s\u2019installer gratuitement \u00e0 Trianon avec sa parent\u00e8le, c\u2019est une autre incongruit\u00e9, dont la moiti\u00e9 de nos compatriotes seront pourtant persuad\u00e9s un jour.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3566 paru le 1 Avril 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Pr\u00e9s\u00e9ance parentale<br \/>\nL\u2019histoire commence classiquement dans une officine de production londonienne. Quatre cr\u00e9atifs mettent au point le th\u00e8me d\u2019une nouvelle \u00e9mission de t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9. Elle aura pour objet de rendre la main \u00e0 de jeunes parents d\u00e9pass\u00e9s dans l\u2019\u00e9ducation de leurs enfants en faisant intervenir une super nanny suivie d\u2019une \u00e9quipe de tournage. Cette psychologue de terrain devra restaurer la pr\u00e9s\u00e9ance parentale, en \u00e9vitant, par exemple, que les enfants de 4 ans ne d\u00e9cident eux-m\u00eames de leur menu, ne distribuent des coups de fourchette \u00e0 table, et ne fassent la loi dans la famille.<br \/>\nSi cette id\u00e9e avait m\u00fbri chez un producteur de la Plaine Saint-Denis, \u00e0 supposer qu\u2019elle ait pu franchir le stade de la r\u00e9union hebdomadaire, aucune cha\u00eene fran\u00e7aise n\u2019aurait fait le premier pas. Concept trop r\u00e9actionnaire. Trop dangereux. Trop courageux dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la moindre faute de go\u00fbt peut d\u00e9clencher une chasse aux sorci\u00e8res. Tandis que Super Nanny arrive en France apr\u00e8s une saison sur Channel 4 en Angleterre, et un succ\u00e8s sur ABC en Am\u00e9rique. Avec un tel brevet de navigabilit\u00e9, m\u00eame un concept deux fois plus r\u00e9ac aurait march\u00e9 en France et les autres cha\u00eenes ne manqueront pas de s\u2019en souvenir.<br \/>\nPour l\u2019heure, rendons hommage \u00e0 M 6 : dans le suivisme culturel, la cha\u00eene aurait pu \u00eatre nettement moins inspir\u00e9e. Super Nanny, avec son m\u00e9lange de d\u00e9rision (le g\u00e9n\u00e9rique est une parodie de James Bond) et de s\u00e9rieux p\u00e9dagogique, est une \u00e9mission tr\u00e8s r\u00e9jouissante parce qu\u2019elle met en lumi\u00e8re la n\u00e9vrose des parents immatures qui prennent un air distrait lorsque leur enfant les provoque et qui craignent d\u2019\u00eatre moins aim\u00e9s s\u2019ils disent non.<br \/>\nQuand nous voyons la super nanny d\u00e9clarer au p\u00e8re de famille \u00ab on ne vous entend jamais, ou bien alors il faut vraiment dresser l\u2019oreille \u00bb, quand elle souligne que la m\u00e8re est brouillonne et inefficace, on se demande pourquoi elle a le droit de le dire aussi librement alors que les \u00e9ducateurs traditionnels n\u2019ont plus le droit d\u2019en placer une.<br \/>\nLa premi\u00e8re explication tient \u00e0 l\u2019instrument t\u00e9l\u00e9vision. Il permet de faire passer les le\u00e7ons les plus rudes avec le sourire. Mais la deuxi\u00e8me est que la super nanny est une femme (ce qui lui permet de restaurer le principe masculin dans la famille sans faire hurler les louves du f\u00e9minisme). La m\u00e9thode est efficace : \u00e0 coups de recettes \u00e9ternelles et de r\u00e8gles simples, l\u2019intervenante r\u00e9tablit l\u2019ordre en huit jours.<br \/>\nOn r\u00eave \u00e0 l\u2019application du m\u00eame principe dans une \u00e9cole primaire. On pourrait imaginer par exemple d\u2019adjoindre un super instit \u00e0 certaines ma\u00eetresses que M 6 recruterait parmi le pourcentage \u00e9crasant de celles qui font preuve d\u2019une hyst\u00e9rie bavarde et qui ne savent rien exiger. Un plateau illustrerait le rapport entre incomp\u00e9tence \u00e9ducative et violence sociale. Un d\u00e9tenu viendrait expliquer qu\u2019il regrette d\u2019avoir eu des parents cool et des profs inexistants. Mais il faudra sans doute attendre que le concept traverse l\u2019Atlantique.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3567 paru le 8 Avril 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>B\u00e2ton glac\u00e9<br \/>\nGuy Carlier aura beau invoquer l\u2019emportement du direct, la part de l\u2019improvisation malheureuse, le ton humoristique tr\u00e8s balis\u00e9 de sa chronique, il est sorti de la route. Il a m\u00eame enfonc\u00e9 le rail de s\u00e9curit\u00e9 lorsqu\u2019il s\u2019est \u00e9cri\u00e9, \u00e0 propos du prince Rainier mourant : \u00ab C\u2019est triste, c\u2019est vrai, mais on n\u2019est pas vraiment submerg\u00e9 par une \u00e9motion romanesque. \u00bb Il a commis une faute. Non pour avoir fait rire aux d\u00e9pens d\u2019une famille dans l\u2019affliction \u2013 il para\u00eet que c\u2019est le sommet de la modernit\u00e9 \u2013 mais pour avoir cru que tout le monde allait suivre. Quand il n\u2019y aurait eu que le centi\u00e8me des gens \u00e0 l\u2019\u00e9coute, ce soir-l\u00e0, pour songer que les enfants Grimaldi avaient le c\u0153ur gros, croire que le public (le fameux \u201con\u201d) \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 communier dans le ricanement repr\u00e9sentait une stupidit\u00e9.<br \/>\nPour notre chroniqueur, sp\u00e9cialiste du traitement des \u00e9lites fa\u00e7on b\u00e2ton glac\u00e9 (je l\u00e8che d\u2019un c\u00f4t\u00e9, je mords de l\u2019autre), non seulement le public n\u2019a pas toujours raison, mais c\u2019est plut\u00f4t le contraire. Tout ce qui forme la majorit\u00e9 lui r\u00e9pugne. Sur une cha\u00eene du c\u00e2ble, ce serait son droit : Canal Plus vient d\u2019ailleurs d\u2019\u00e9tablir un parall\u00e8le entre le pape et Rainier qui m\u00e9rite de finir dans l\u2019anthologie du mauvais go\u00fbt \u00e0 la fran\u00e7aise. Mais dans le cas de France T\u00e9l\u00e9visions les choses sont diff\u00e9rentes : la cha\u00eene et la France ne font qu\u2019un. France 3 devrait donc se comporter comme une cha\u00eene du peuple, du peuple entier, parce qu\u2019une grande part de ses subsides provient de ceux qui la regardent. Dans un pays normal l\u2019autorit\u00e9 de tutelle devrait donc lui interdire d\u2019offenser son public, sans parler de ses voisins, mais ce pays normal est-ce encore le n\u00f4tre ?<\/p>\n<p>\u201cL\u2019empire<br \/>\nde la t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9\u201d Ce titre est celui d\u2019une remarquable \u00e9tude de Damien le Guay parue aux Presses de la Renaissance sur la sacralisation de la banalit\u00e9 par la t\u00e9l\u00e9vision.<br \/>\nParmi les articulations du raisonnement \u00e0 souligner au feutre rouge, signalons l\u2019incons\u00e9quence des intellectuels, qui d\u00e9daignent la trash t\u00e9l\u00e9 mais qui n\u2019ont jamais cess\u00e9 d\u2019accabler les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la famille, \u00e0 la r\u00e9gion, \u00e0 la nation, comme suspectes de d\u00e9rive identitaire.<br \/>\nFaute de l\u2019ancrage instinctif et traditionnel qui leur est interdit (et que les \u00e9missions culturelles, le cin\u00e9ma, les t\u00e9l\u00e9films d\u00e9binent depuis vingt ans), les gens du peuple et les immigrants se tournent donc vers une mythologie sociale au rabais : castings, t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9, d\u00e9ballages douteux, la liste est longue.<br \/>\nMais pour que l\u2019identification au h\u00e9ros fonctionne dans le nouveau syst\u00e8me social, il faut aussi et surtout changer la nature du h\u00e9ros. Plus de \u201cgrosses t\u00eates\u201d, plus de sup\u00e9riorit\u00e9 r\u00e9elle, plus de caract\u00e8res taciturnes ou originaux : il faut fabriquer des mod\u00e8les qui ressemblent \u00e0 tout le monde, pour pouvoir vendre \u00e0 chacun sa propre image. Cette m\u00e9diocrit\u00e9 militante, qui ob\u00e9it au pr\u00e9cepte \u201cbats-toi pour rester toi-m\u00eame\u201d, est le creuset de la plupart de nos insuffisances, et ce livre la d\u00e9crit \u00e0 merveille.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3568 paru le 15 Avril 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>On a presque tout dit<br \/>\nSur la mort du pape, il para\u00eet que tout a \u00e9t\u00e9 dit mais, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, on a surtout dit n\u2019importe quoi. T\u00e9moin cette perle de concours, ce joyau de collection que j\u2019extrais d\u2019un commentaire en voix off au 20 Heures de TF1 : \u00ab En Inde, pays de religion musulmane (sic), on ne compte que 2 % de catholiques. \u00bb<br \/>\nQuant au reste, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019organisation des c\u00e9r\u00e9monies, les voyages de Jean-Paul II, le protocole, les d\u00e9placements des grands de ce monde\u2026 tout a \u00e9t\u00e9 couvert jusqu\u2019\u00e0 sati\u00e9t\u00e9 en empruntant les autoroutes de la pens\u00e9e. Nous nous contenterons donc, en quelques questions-r\u00e9ponses, d\u2019indiquer au lecteur des chemins vicinaux.<br \/>\nD\u2019abord, l\u2019hypercouverture m\u00e9diatique fut en elle-m\u00eame un sujet de d\u00e9bat : \u00e9tait-il l\u00e9gitime de multiplier les \u00e9ditions sp\u00e9ciales, surtout sur le service public, eu \u00e9gard au caract\u00e8re religieux du sujet ? Pour ce qui est du volume, la mort du pape a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une couverture comparable \u00e0 n\u2019importe quel \u00e9v\u00e9nement de la m\u00eame ampleur.<br \/>\nMais la la\u00efcit\u00e9 ? Justement, les inquisiteurs de la la\u00efcit\u00e9 ont choqu\u00e9 nombre de Fran\u00e7ais. Leur tartuferie souligne \u00e0 quel point notre vie sociale porte l\u2019empreinte du christianisme. Vouloir extirper toute r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette empreinte dans les usages et le vocabulaire, notamment dans les m\u00e9dias, repr\u00e9sente une mutilation. On en vient \u00e0 se demander s\u2019il ne faudrait pas fonder une association pour d\u00e9fendre les 4 284 communes qui ont le malheur de porter un nom de saint.<br \/>\nQuand on voit jusqu\u2019o\u00f9 les commentaires sont all\u00e9s dans la casuistique \u00e0 propos des drapeaux en berne, quand on entend les arguties des uns et des autres, on se dit que les reportages sur la Saint-Nicolas, la Saint-Patrick ou le p\u00e8lerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer seront bient\u00f4t soumis \u00e0 quelque loi de quota gr\u00e2ce \u00e0 la vigilance experte de nos d\u00e9put\u00e9s socialistes. Ce qu\u2019ils ne voient pas, c\u2019est combien l\u2019unanimisme m\u00e9diatique \u00e0 propos du pape d\u00e9signe un sursaut d\u2019identit\u00e9 dans la France discr\u00e8te et secr\u00e8te, celle pour qui la r\u00e9f\u00e9rence au christianisme est en train de redevenir politique.<br \/>\nEnsuite il y a les \u201cprises de position\u201d de l\u2019\u00c9glise sur l\u2019avortement, l\u2019homosexualit\u00e9, l\u2019euthanasie ou la contraception. Le pape, nous a-t-on rappel\u00e9, incarne un catholicisme sans concession. Pour plus d\u2019honn\u00eatet\u00e9, les commentaires auraient d\u00fb nous rappeler les concessions consenties par les musulmans ou les juifs sur les m\u00eames sujets. On n\u2019a rien entendu, et pour cause\u2026<br \/>\nReste la Chine, \u00e9chec de Jean-Paul II, a-t-on soulign\u00e9, l\u2019un des deux ou trois pays qui manquent \u00e0 son tableau de mission. Et l\u00e0, personne ne s\u2019est interrog\u00e9 sur la pers\u00e9cution dont les chr\u00e9tiens sont victimes en Chine, personne n\u2019a voulu voir ce qu\u2019elle d\u00e9signe en termes de g\u00e9opolitique (notamment dans nos rapports futurs avec l\u2019islam) : les autorit\u00e9s chinoises ont lieu de craindre le d\u00e9ferlement d\u2019une religion compatible avec le confucianisme, fond\u00e9e sur l\u2019amour du prochain et le d\u00e9dain de la violence. Et nous, de nous en r\u00e9jouir.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3569 paru le 22 Avril 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Le fardeau de la libert\u00e9<br \/>\nParmi ces films qui jouissent d\u2019une rumeur favorable mais qu\u2019on n\u2019a pas eu le courage d\u2019aller voir \u00e0 leur sortie, le Moi C\u00e9sar, 10 ans, 1 m 39 de Richard Berry s\u2019est hiss\u00e9 en bonne place, ce qui explique la curiosit\u00e9 suscit\u00e9e par son passage \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Il est permis d\u2019en tirer pr\u00e9texte pour illustrer l\u2019escroquerie dont les parents modernes se rendent coupables quand ils infligent \u00e0 des enfants aussi jeunes le fardeau de la libert\u00e9.<br \/>\nQue voit-on dans ce film ? Deux gar\u00e7ons, l\u2019un, C\u00e9sar, accabl\u00e9 par une famille ordinaire, afflig\u00e9 d\u2019un p\u00e8re d\u00e9bord\u00e9 mais s\u00e9v\u00e8re ; l\u2019autre, Morgan, m\u00e9tis issu d\u2019un Anglais et d\u2019une Martiniquaise qui travaille la nuit. Les parents de ce dernier sont divorc\u00e9s. Il vit seul entre l\u2019\u00e9cole, le r\u00e9frig\u00e9rateur et la t\u00e9l\u00e9vision.<br \/>\nAux yeux du jeune C\u00e9sar, dont la famille est tellement ringarde que sa propre m\u00e8re est enceinte et ne travaille pas, Morgan r\u00e9unit tous les avantages : il est trop cool, il porte un pr\u00e9nom \u00e0 la mode, il n\u2019appartient \u00e0 aucun groupe social d\u00e9fini, il passe la journ\u00e9e \u00e0 regarder son portable, il est abonn\u00e9 aux cha\u00eenes du c\u00e2ble et zappe entre foot et porno apr\u00e8s ses devoirs. Car en plus, il travaille bien \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<br \/>\nQue manque-t-il donc \u00e0 ce gar\u00e7on pour atteindre le sommet de la f\u00e9licit\u00e9 ? La pr\u00e9sence de son p\u00e8re.<br \/>\nNos deux amis s\u2019en vont donc \u00e0 Londres pendant vingt-quatre heures par l\u2019Eurostar, pour \u00e9plucher l\u2019annuaire \u00e0 la recherche de tous les homonymes du g\u00e9niteur absent.<br \/>\nJusque-l\u00e0, on se dit que le film pourrait rencontrer une v\u00e9rit\u00e9 immanente, \u00e0 savoir que Morgan a besoin d\u2019une r\u00e8gle. Lui qui ne conna\u00eet que Canal Plus et la PlayStation, il se verrait bien d\u00e9livr\u00e9 de toutes les angoisses que lui inflige sa condition d\u2019affranchi. S\u2019il retrouve son p\u00e8re, avec un peu de chance il va tomber sur un homme exigeant qui le consolera de dix ans de libert\u00e9. Il recommencera \u00e0 prendre de vrais repas, il cessera de composer des SMS pour d\u2019autres analphab\u00e8tes issus de familles monoparentales, il ne dira pas \u201ctrop g\u00e9nial\u201d toutes les trois phrases, bref il aura une chance de devenir adulte avant l\u2019\u00e2ge de la retraite.<br \/>\nH\u00e9las ! quand on voit le genre du p\u00e8re anglais, on mesure \u00e0 quel point le r\u00e9alisateur a choisi de compromettre le destin de son h\u00e9ros plut\u00f4t que de d\u00e9plaire au public. L\u2019Anglais re\u00e7oit donc cet enfant, dont il ignorait l\u2019existence, avec la patience niaise des p\u00e8res \u00e0 la nouvelle mode, ceux qui sont tol\u00e9r\u00e9s par leur prog\u00e9niture \u00e0 condition de faire oublier leur faute originelle.<br \/>\nLaquelle ? Pour r\u00e9sumer, il repr\u00e9sente un principe masculin dans un monde \u00e9mascul\u00e9. Le sc\u00e9nariste nous le d\u00e9crit comme hyper sympa. En tout cas il n\u2019est pas du genre \u00e0 susciter l\u2019aigreur de sa famille en exigeant quoi que ce soit. Il n\u2019est pas comme ces mauvais p\u00e8res de la publicit\u00e9 que nous voyons chaque soir ridiculis\u00e9s en plein acc\u00e8s d\u2019autoritarisme par une conjuration m\u00e8re-fille.<br \/>\nNous voil\u00e0 soulag\u00e9s pour le jeune Morgan. Mais un peu inquiets tout de m\u00eame pour la morale sociale.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3570 paru le 29 Avril 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Immodestie<br \/>\nDepuis dix ans, \u00e0 coups de b\u00eatisiers et de documents oubli\u00e9s, la t\u00e9l\u00e9vision s\u2019attendrit sur les ridicules des \u00e9poques pass\u00e9es. Depuis dix ans, les pr\u00e9sentateurs qui se croient \u00e0 la mode, c\u2019est-\u00e0-dire ceux qui exilent dans la pr\u00e9histoire la \u201ct\u00e9l\u00e9vision de papa\u201d, nous pr\u00e9sentent des morceaux choisis en essayant de prouver que pour leur part ils voyagent \u00e0 bord du train de la modernit\u00e9.<br \/>\nOr quand on y regarde de pr\u00e8s, la plupart sont d\u00e9j\u00e0 tomb\u00e9s sur la voie. Une \u00e9mission comme le Plus Grand Fran\u00e7ais de tous les temps sent le ballast \u00e0 plein nez. Nos plateaux de divertissement para\u00eetront demain aussi grotesques et d\u00e9mod\u00e9s que les chansons d\u2019Ouvrard (\u201cJ\u2019ai la rate qui s\u2019dilate, j\u2019ai le foie qu\u2019est pas droit\u2026\u201d). Par exemple, quand les petits-enfants des participants \u00e0 la Ferme C\u00e9l\u00e9brit\u00e9s reverront leurs a\u00efeux en train de singer l\u2019Am\u00e9rique qui singe elle-m\u00eame les paysans (car on oublie que le concept est sous licence am\u00e9ricaine), quand la France future regardera celle d\u2019aujourd\u2019hui, on s\u2019apercevra que pour rester moderne il aurait fallu \u00e9chapper \u00e0 l\u2019immodestie au sens classique, c\u2019est-\u00e0-dire pratiquer la retenue et ne point sombrer dans l\u2019exc\u00e8s. Au lieu de quoi, que voyons-nous ? L\u2019inverse.<br \/>\nPourtant, c\u2019est justement en rejetant le pass\u00e9 dans le Moyen \u00c2ge que le syst\u00e8me m\u00e9diatique aiguise notre sens du ridicule \u00e0 propos du pr\u00e9sent. Mais il s\u2019en moque. Les producteurs des plateaux les plus complaisants et les plus stupides n\u2019ont que faire de l\u2019apr\u00e8s-d\u00e9luge, puisqu\u2019ils sont dans le nihilisme jusqu\u2019au cou. La modestie et la pudeur ne se con\u00e7oivent que si l\u2019on craint un recours aux archives, Dieu sait pourtant que notre \u00e9poque adore l\u2019indexation. Dieu sait qu\u2019au temps du num\u00e9rique, rien ne se perd. Dans ces conditions, on comprend mal l\u2019impudence des bateleurs et des hommes politiques. Ne craignent-ils pas d\u2019\u00eatre jug\u00e9s un jour ? Au contraire. Ils ne craignent plus rien. Ils croient que les archives seront dispers\u00e9es ou ignor\u00e9es parce que notre \u00e9poque a la m\u00e9moire de plus en plus courte (voir le retour immodeste, toujours au sens classique, de Lionel Jospin). Mais surtout, ils nous donnent, par leur d\u00e9faut de solennit\u00e9, par leur m\u00e9pris de la post\u00e9rit\u00e9, une id\u00e9e indirecte des \u00e9preuves qui nous attendent. Car s\u2019ils sont persuad\u00e9s que personne, de leur vivant, ne leur fera le coup du b\u00eatisier, c\u2019est qu\u2019ils connaissent ces \u00e9preuves et savent qu\u2019elles effaceront la m\u00e9moire de leurs contemporains, ce qui n\u2019est pas tr\u00e8s rassurant.<\/p>\n<p>Beno\u00eetement<br \/>\nIl n\u2019est pas besoin de conna\u00eetre la proph\u00e9tie de saint Malachie pour lire dans le regard de Beno\u00eet XVI l\u2019annonce des tribulations de la chr\u00e9tient\u00e9. Ses propos de 2004 sur l\u2019absurdit\u00e9 de la Turquie europ\u00e9enne, que les journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s n\u2019ont gu\u00e8re voulu rappeler de crainte de peser sur la campagne \u00e9lectorale, \u00e9voquent l\u2019affaire du couloir de Dantzig. Il a dit, fort beno\u00eetement, ce qu\u2019il en pensait. Mais certains, pour prot\u00e9ger leurs illusions, voudraient d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il se taise.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3571 paru le 6 Mai 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>La route du danger<br \/>\n\u00c0 premi\u00e8re vue, tout inspirait la m\u00e9fiance : le titre de l\u2019\u00e9mission (Docs de choc), l\u2019heure tardive, le genre archi-rebattu, hyperbalis\u00e9, auquel appartiennent des programmes comparables comme Incroyable mais vrai, \u00c7a vaut le d\u00e9tour et g\u00e9n\u00e9ralement tous ces plateaux o\u00f9 des pr\u00e9sentateurs envoient des bandes vid\u00e9o californiennes en disant : \u00ab Quand elle sort de son cottage de Boulder City, Pamela ne pense certainement pas qu\u2019elle va conna\u00eetre la frayeur de sa vie. \u00bb<br \/>\nAu sommaire, outre les in\u00e9vitables images de base jump et diff\u00e9rents reportages chez les gens les plus vernis de la plan\u00e8te (dans l\u2019entourage de Schwarzenegger), un document sur une \u201croute du danger\u201d au Kenya, la 109, qui va de Nairobi \u00e0 Mombasa, o\u00f9 les camions se croisent et parfois se heurtent, \u00e7a d\u00e9pend des jours.<br \/>\nSouvent les chargements sont renvers\u00e9s dans le foss\u00e9 et les conducteurs roul\u00e9s h\u00e2tivement dans un drap par la police. On voit bien que l\u2019urgence n\u2019est pas de pr\u00e9venir la famille mais de d\u00e9gager la voie.<br \/>\nSoudain, on nous d\u00e9signe la silhouette triste et maigre de Pascal, un Rwandais de 35 ans qui a fui les massacres dans son pays pour offrir ses services comme m\u00e9canicien le long de cette route. Inlassablement il marche \u00e0 la recherche d\u2019un camion \u00e9chou\u00e9 dont le conducteur le paiera pour r\u00e9parer un essieu.<br \/>\nOn n\u2019en croit pas ses oreilles. En pleine \u00e9mission bas de gamme, entre deux reportages \u00e0 sensation, malgr\u00e9 un niveau de vocabulaire visiblement calcul\u00e9 pour ne pas fatiguer les amateurs de mangas attard\u00e9s devant leur poste un Coca light \u00e0 la main, voici, dans un fran\u00e7ais parfait, la confession bouleversante d\u2019un r\u00e9fugi\u00e9-philosophe : \u00ab Le Kenya, dit-il, est le seul pays d\u2019Afrique o\u00f9 l\u2019on peut encore se sentir humain. \u00bb Sa famille ? \u00ab Ils sont tous morts \u00e0 cause de la guerre, de la maladie, et de la pauvret\u00e9. \u00bb Ses projets ? Aucun. \u00ab Je suis n\u00e9 pour souffrir, je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 heureux dans ma vie. \u00bb Et sa conclusion ? \u00abJ\u2019ai quand m\u00eame des raisons de vivre. Oui je sais pourquoi je vis, mais c\u2019est mon secret.\u00bb<br \/>\nEn voyant s\u2019\u00e9loigner dans le champ de la cam\u00e9ra cette silhouette v\u00eatue de l\u2019\u00e9ternel T-shirt bleu macul\u00e9 qui sert d\u2019uniforme au d\u00e9nuement et au d\u00e9sespoir dans le tiers-monde, la premi\u00e8re r\u00e9action serait de se dire : pourquoi un homme aussi travailleur, aussi \u00e9mouvant, aussi francophone, n\u2019est-il pas accueilli s\u00e9ance tenante par notre pays, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 d\u2019autres y d\u00e9barquent sans qualification, sans apprendre la langue, et sans nous parler d\u2019autre chose que de leurs droits ?<br \/>\nLa deuxi\u00e8me r\u00e9action consiste \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, pour ne pas dire l\u2019escroquerie dont la culture fran\u00e7aise est coupable en Afrique. Apr\u00e8s avoir envoy\u00e9 l\u00e0-bas moult religieuses et instituteurs pendant cinq g\u00e9n\u00e9rations, nous laissons les surdou\u00e9s de l\u2019humanisme sans d\u00e9fense, les uns devant la loi de l\u2019Islam, les autres devant la logique de la machette. Certains jours, en longeant la 109, Pascal le Rwandais doit m\u00e9diter la question avec amertume.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3572 paru le 13 Mai 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>T\u00e9l\u00e9vision sovi\u00e9tique<br \/>\nLes fr\u00e8res Kahn \u00e9taient les invit\u00e9s de St\u00e9phane Bern l\u2019autre semaine sur France Inter. Au milieu de cette conversation \u00e0 cinq ou six qui devient le lot de tous les plateaux, o\u00f9 personne n\u2019\u00e9coute personne, o\u00f9 chacun cherche \u00e0 d\u00e9naturer les propos de son voisin en s\u2019adressant au public et o\u00f9 il s\u2019agit de caricaturer la pens\u00e9e d\u2019autrui, de peur que les gens ne consentent \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, Jean-Fran\u00e7ois Kahn a tir\u00e9 \u00e0 lui non la couverture, mais le tapis. En r\u00e9ponse \u00e0 une r\u00e9flexion banale, il a parl\u00e9 de la campagne t\u00e9l\u00e9visuelle pour le r\u00e9f\u00e9rendum. Afin d\u2019illustrer que, contrairement \u00e0 la plupart des acteurs, des humoristes et des pr\u00e9sentateurs, il n\u2019avait aucune envie d\u2019influencer le choix de l\u2019\u00e9lectorat, il a pr\u00e9cis\u00e9 que les deux tendances \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9es dans sa famille : son fr\u00e8re le Professeur voterait probablement non, et lui sans doute oui, mais l\u00e0 n\u2019\u00e9tait pas la question.<br \/>\n\u2013 Ah bon ? a dit St\u00e9phane Bern, et quelle est la question ?<br \/>\n\u2013 Avez-vous d\u00e9j\u00e0 vu l\u2019\u00e9mission de Christine Ockrent sur la 3 ? C\u2019est de la t\u00e9l\u00e9vision sovi\u00e9tique !, r\u00e9pond abruptement JFK.<br \/>\nOn est oblig\u00e9 de convenir qu\u2019il ne s\u2019abrite pas derri\u00e8re la langue de bois.<\/p>\n<p>Querelle de larrons<br \/>\nOn ne va pas s\u2019\u00e9mouvoir outre mesure sur le sort de Bruno Gaccio, l\u2019homme qui, dans un sketch des Guignols, faisait r\u00e9cemment des pronostics sur l\u2019ordre d\u2019arriv\u00e9e de Rainier et de Jean-Paul II chez saint Pierre. Ses m\u00e9saventures avec Canal Plus ressemblent au monde professionnel qu\u2019il fr\u00e9quente. Les m\u00e9thodes suppos\u00e9es de son employeur ne surprendront personne. Dans cette affaire, le cynisme que l\u2019on pr\u00eate \u00e0 la cha\u00eene ressemble \u00e0 celui qu\u2019elle attribue pour rire \u00e0 ses marionnettes politiques de 19 h 30. On se demande qui a d\u00e9teint sur qui.<br \/>\nQuelle que soit l\u2019issue de l\u2019enqu\u00eate, on peut d\u00e9j\u00e0 y voir une querelle de larrons. L\u2019employeur et l\u2019employ\u00e9 sont dans le m\u00eame sac \u00e0 bien des \u00e9gards. Ils auront durablement contribu\u00e9 \u00e0 discr\u00e9diter, dans notre pays, la vertu et la raison, en essayant de faire passer toute parole solennelle pour un tissu de mensonges, toute nouvelle loi pour un calcul, toute r\u00e9forme pour une sottise, tout acc\u00e8s \u00e0 la notori\u00e9t\u00e9 pour un travail d\u2019attach\u00e9 de presse. Il y a des gens qui rapetissent tout. Ce n\u2019est pas nouveau. La nouveaut\u00e9 tient \u00e0 la puissance qu\u2019on leur conf\u00e8re. L\u2019humour r\u00e9ducteur des Guignols peut \u00eatre compar\u00e9 \u00e0 celui des bouffons de carnaval, ou \u00e0 ces personnages grotesques qui pr\u00e9c\u00e9daient le char du consul dans la Rome antique. Seule diff\u00e9rence, le rire lib\u00e9rateur intervenait, en ces temps lointains, deux fois par an, quand la pression du pouvoir sur le peuple s\u2019\u00e9tait accumul\u00e9e. Aujourd\u2019hui la soupape fonctionne deux fois par jour.<\/p>\n<p>R\u00e9troviseur<br \/>\nLe feuilleton sur Dalida, inspir\u00e9 par son fr\u00e8re, ne manquait pas de qualit\u00e9s. La plus discr\u00e8te \u00e9tait d\u2019illustrer que la France de l\u2019\u00e9poque est minuscule dans le r\u00e9troviseur et que la nostalgie rel\u00e8ve aujourd\u2019hui de la politique.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3394 paru le 14 D\u00e9cembre 2001<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Les \u201czinzins\u201d<br \/>\nL\u2019objet de ce couplet n\u2019a rien de financier comme on s\u2019en doute, il ne s\u2019agit pas d\u2019attirer l\u2019attention sur les investisseurs mais sur les invit\u00e9s institutionnels, ceux dont la pr\u00e9sence est quasi obligatoire \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Certains ont quelque chose \u00e0 vendre de mani\u00e8re r\u00e9currente. D\u2019autres restent la coqueluche pendant des mois, on ne sait trop pourquoi, mais on sait pourquoi c\u2019est trop.<br \/>\nPrenez G\u00e9rard Miller, par exemple. Michel Drucker l\u2019a licenci\u00e9 apr\u00e8s plus d\u2019un an de services (ni bons, ni loyaux, \u00e0 en croire la querelle picrocholine qui vient d\u2019\u00e9clater au sein de l\u2019\u00e9quipe, et qui d\u00e9borde jusque dans les colonnes du Monde).<br \/>\nLe propos n\u2019est pas d\u2019entrer dans ces niaiseries de courtisans mais d\u2019illustrer, \u00e0 travers le cas de ce psychanalyste t\u00eate-\u00e0-claques, que la t\u00e9l\u00e9vision g\u00e9n\u00e9raliste d\u00e9vore ses enfants. Miller, connu pour avoir milit\u00e9 chez les mao\u00efstes (comme la ministresse de la Justice, et tant de ceux qui nous gouvernent), est tellement emprunt\u00e9 dans la fantaisie qu\u2019il met ses voisins mal \u00e0 l\u2019aise sur tous les plateaux. Parall\u00e8lement, ce malheureux exerce son m\u00e9tier de psy avec une telle grossi\u00e8ret\u00e9 dans l\u2019analyse que ses pairs lui reprochent d\u00e9sormais de ruiner leur image. Pour rem\u00e9dier \u00e0 ce double inconv\u00e9nient, quelle id\u00e9e originale a-t-il trouv\u00e9e ? Ecrire un livre.<br \/>\nS\u2019agissait-il de profiter de sa renomm\u00e9e pour toucher un million de francs ? Pas du tout. Qu\u2019allons-nous chercher l\u00e0 ? Il s\u2019agissait de \u00ab jeter un regard critique sur le milieu t\u00e9l\u00e9visuel \u00bb. Le probl\u00e8me est que son patron (Vivement dimanche prochain) n\u2019a pas aim\u00e9 le regard, et encore moins la critique (on murmure que Jean-Marie Messier non plus, \u00e0 qui Miller a tendu, en direct, la feuille de salaire d\u2019un smicard au mois de mai dernier). Drucker a donc signifi\u00e9 \u00e0 Miller son cong\u00e9 d\u00e9finitif, r\u00e9v\u00e9lant lui aussi sa vraie nature, qui n\u2019est pas d\u2019un humoriste patient, humble et philosophe, mais d\u2019un caporal susceptible, qui sait \u00e0 l\u2019occasion se montrer souple avec les puissants.<\/p>\n<p>Le\u00e7ons de fran\u00e7ais<br \/>\nIl fallait voir, sur un plateau dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom, Pierre Perret nous donner des le\u00e7ons de fran\u00e7ais, apr\u00e8s avoir si\u00e9g\u00e9 dans une commission de r\u00e9forme des formulaires administratifs. Il fallait le voir multiplier les fautes : \u00ab J\u2019vous ai amen\u00e9 c\u2019truc-l\u00e0 \u00bb, \u00ab C\u2019est une mesure qui a \u00e9t\u00e9 bienvenue par les utilisateurs \u00bb ; il fallait l\u2019entendre confondre simplification et rel\u00e2chement : \u00ab Y\u2019a des pauv\u2019 gens qui comprennent pas des tas de mots \u00bb. M\u00eame Bernard Pivot, son complice \u00e0 la commission, lui aurait sans doute sugg\u00e9r\u00e9 d\u2019en faire un peu moins ce jour-l\u00e0, c\u2019est tout dire. Certes, le langage administratif manifeste une propension ridicule \u00e0 la complexit\u00e9 (par laquelle les m\u00e9decins de Moli\u00e8re cherchaient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 se prot\u00e9ger du vulgaire), mais en le rappelant trop souvent, on cherche \u00e0 dissimuler que si les gens ne comprennent plus les formulaires, c\u2019est avant tout parce qu\u2019ils ne savent plus lire.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3573 paru le 20 Mai 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Vous permettez que je termine<br \/>\nUne phrase a fait pouffer de rire les invit\u00e9s du \u201cgrand d\u00e9bat\u201d de TF1 sur le r\u00e9f\u00e9rendum pour la Constitution europ\u00e9enne : \u00abJe respecte les choix de chacun, en tout cas ceux de gauche.\u00bb Le d\u00e9faut de respect que confessait ainsi Fran\u00e7ois Hollande, homme d\u2019apparence d\u00e9bonnaire, envers ceux qui ne sont pas de sa famille m\u00e9riterait un d\u00e9bat entier.<br \/>\nCes paroles, m\u00eame si elles ont \u00e9t\u00e9 prof\u00e9r\u00e9es par inadvertance, sont d\u00e9testables. Elles sont lourdes de ce qu\u2019elles impliquent quant au pass\u00e9 et quant \u00e0 l\u2019avenir. Au nom d\u2019un principe identique, celui de la s\u00e9paration du bon grain et de l\u2019ivraie, on a envoy\u00e9 des millions de gens en d\u00e9portation politique \u00e0 travers les \u00e2ges. Les c\u00e9r\u00e9monies du 8 Mai nous l\u2019ont rappel\u00e9, o\u00f9 Poutine s\u2019est invit\u00e9 sans vergogne dans le camp de la libert\u00e9.<br \/>\nPour \u00e9quilibrer la critique du fameux d\u00e9bat, rappelons qu\u2019on a pu entendre le m\u00eame soir, dans la bouche d\u2019un repr\u00e9sentant du camp adverse : \u00ab Vous d\u00e9truisez l\u2019Europe sans aucune id\u00e9e de comment la reconstruire. \u00bb<br \/>\nL\u00e0 nous sommes au c\u0153ur d\u2019une autre forme d\u2019irrespect. Dans un livre r\u00e9cent sur la syntaxe, l\u2019\u00e9crivain Renaud Camus illustrait que, dans le fran\u00e7ais moderne, le \u201csur comment\u201d t\u00e9moigne d\u2019un m\u00e9pris pour l\u2019autre.<br \/>\nNous ne bl\u00e2merons pas un homme public de parler le sabir de ses \u00e9lecteurs (encore qu\u2019on puisse regretter que l\u2019influence s\u2019exerce toujours de la pl\u00e8be vers l\u2019\u00e9lite), mais il est permis de souligner que, lorsque nous entendons dire, par un invit\u00e9 de la t\u00e9l\u00e9vision : \u00ab C\u2019\u00e9-un bouquin sur comment les femmes vivent leur maternit\u00e9 \u00bb, le respect d\u2019autrui est compromis par le d\u00e9dain de la r\u00e8gle.<br \/>\nComme le soulignait Camus, entre le souci de la syntaxe et la facult\u00e9 de se mettre \u00e0 la place de celui qui \u00e9coute, il existe une continuit\u00e9. Quand on entend dire \u201csur comment\u201d ou \u201cde comment\u201d, on s\u2019avise que l\u2019usage de la langue est une politesse sociale bafou\u00e9e comme les autres. Le m\u00e9pris de nos contemporains envers leur langue rel\u00e8ve de l\u2019incivilit\u00e9, comme le saccage des abris d\u2019autobus.<br \/>\nDans ces conditions d\u2019irrespect g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, comment s\u2019\u00e9tonner que le \u201cgrand d\u00e9bat\u201d, pour reprendre l\u2019expression de TF1, se soit inspir\u00e9 de la m\u00e9thode am\u00e9ricaine pour aligner chacun des participants devant un pupitre et dans un esprit de parall\u00e9lisme mou ?<br \/>\nAh certes, on s\u2019est parl\u00e9. On s\u2019est m\u00eame appel\u00e9 par son pr\u00e9nom. Mais il s\u2019agissait avant tout d\u2019utiliser un quota de parole publique. L\u2019\u00e9change \u00e9tait facultatif. Dans la vie professionnelle et sociale en g\u00e9n\u00e9ral, ce sont les m\u00eames r\u00e8gles d\u2019argumentation autistiques qui pr\u00e9valent de plus en plus. Les gens mal \u00e9lev\u00e9s sont nombreux \u00e0 refuser d\u00e9sormais toute objection directe en disant \u201cVous permettez que je termine\u201d et \u201cJe ne vous ai pas interrompu\u201d. Celui qui interrompt des propos l\u00e2ches et ti\u00e8des, celui qui cherche \u00e0 s\u2019illustrer par la vigueur de sa pens\u00e9e, celui qui montre des qualit\u00e9s d\u2019orateur passe aussit\u00f4t pour un mauvais \u00e9l\u00e9ment.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3574 paru le 27 Mai 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Camarade P38<br \/>\n\u00ab \u00c7a nous a paru fou que notre fils ait pu tirer sur un Africain. \u00bb Cette phrase extraite du r\u00e9cit du p\u00e8re d\u2019Audry Maupin est un peu l\u2019anamorphose de l\u2019affaire dite des tueurs de Vincennes. L\u2019\u00e9mission Faites entrer l\u2019accus\u00e9 se posait la question de savoir si Audry Maupin et Florence Rey, 19 et 20 ans, \u00e9taient des tueurs-n\u00e9s. Il suffisait d\u2019entendre le t\u00e9moignage des familles pour r\u00e9tablir le r\u00f4le de l\u2019acquis.<br \/>\nAu fil de l\u2019interview du p\u00e8re Maupin, on reconstituait sans difficult\u00e9 une histoire classique. Celle d\u2019un intellectuel qui, malgr\u00e9 sa cinquantaine, a gard\u00e9 le physique vague et boucl\u00e9 de l\u2019\u00e9tudiant trotskiste. Il nous explique qu\u2019on a promis un monde nouveau \u00e0 sa g\u00e9n\u00e9ration et que son fils Audry s\u2019est senti flou\u00e9 par un d\u00e9ni de r\u00e9volution.<br \/>\nLe fils a donc cru \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e du \u201cgrand soir\u201d. Sauf que ce soir-l\u00e0, devant la pr\u00e9fourri\u00e8re de Vincennes, ils n\u2019\u00e9taient pas douze mille r\u00e9volutionnaires, mais deux. C\u2019est ce qui distingue un coup d\u2019\u00c9tat d\u2019un fait divers. L\u2019affaire n\u2019a jamais atteint la rubrique politique. Elle est rest\u00e9e dans la colonne soci\u00e9t\u00e9. On a m\u00eame essay\u00e9 de nous faire croire que ce qui animait ces jeunes \u00e9tait avant tout le nihilisme de leur \u00e9poque, tel qu\u2019il \u00e9tait v\u00e9hicul\u00e9 par le film d\u2019Oliver Stone Tueurs-n\u00e9s. Or, c\u2019est l\u2019\u00e9poque pr\u00e9c\u00e9dente qui a commis le crime. C\u2019est la p\u00e9riode 1970-1980 : celle qui a tu\u00e9 Georges Besse, celle qui a fait la funeste renomm\u00e9e de Cesare Battisti. Quand on entend le p\u00e8re d\u2019Audry, on est convaincu qu\u2019il s\u2019agissait bien pour lui d\u2019un acte inspir\u00e9 par la logique r\u00e9volutionnaire. Son principal sujet de surprise n\u2019est donc pas que son fils ait tu\u00e9 des policiers, mais qu\u2019il ait tir\u00e9 sur un chauffeur de taxi africain \u2013 entendez : le contraire d\u2019un ennemi de classe.<br \/>\nParall\u00e8lement, l\u2019\u00e9mission nous montrait les efforts de la presse pour dissocier les deux protagonistes. Nous avons entendu t\u00e9moigner des journalistes de Lib\u00e9ration en faveur de Florence Rey. Nous avons presque dout\u00e9 de la d\u00e9termination de la jeune fille en la voyant craquer lors de son proc\u00e8s. Mais personne ne s\u2019est interrog\u00e9 sur ses mobiles politiques \u2013 et pour cause : dans nombre de cas, ceux qui commentent ces \u201cd\u00e9rives\u201d sont ceux qui les ont inspir\u00e9es. Ils n\u2019ont aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 rappeler que, par leurs \u00e9crits, ils ont banalis\u00e9 dans l\u2019imaginaire social le meurtre du bourgeois et du flic. Les voil\u00e0 g\u00ean\u00e9s de s\u2019apercevoir que certains de leurs enfants y ont cru. \u00c0 l\u2019\u00e2ge o\u00f9 ils pantouflaient eux-m\u00eames dans la pub en lisant Kundera, leurs rejetons s\u2019inspiraient des Brigades rouges, honoraient le \u201ccamarade P38\u201d et fondaient des groupuscules dans les squats de Montreuil.<br \/>\n\u00c9coutons encore le p\u00e8re d\u2019Audry Maupin, avec son style psy qui rappelle les assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales de la Mnef, et mesurons son incroyable absence d\u2019autocritique : \u00ab J\u2019\u00e9tais sur une d\u00e9marche d\u2019essayer de comprendre ce qui les avait conduits \u00e0 la pr\u00e9fourri\u00e8re de Vincennes. \u00bb La plupart de ceux qui ont vu le reportage l\u2019ont compris avant lui.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3575 paru le 2 Juin 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Palme du pluralisme<br \/>\nVol de nuit f\u00eatait l\u2019autre semaine son 500e num\u00e9ro. Un \u00e9crivain qui commente la t\u00e9l\u00e9vision dans les journaux se doit doublement d\u2019aborder le sujet. Quel sujet ? Celui de la prescription litt\u00e9raire sur petit \u00e9cran. C\u2019est un domaine o\u00f9 la d\u00e9rive, depuis l\u2019apog\u00e9e de l\u2019\u00e8re Pivot, se mesure en ann\u00e9es-lumi\u00e8re.<br \/>\nContrairement \u00e0 ce que pr\u00e9tendent volontiers les fines gueules du service public, TF1 m\u00e9rite la palme du pluralisme dans ses rapports avec les lettres fran\u00e7aises. Et le m\u00e9rite en revient pour une large part \u00e0 Patrick Poivre d\u2019Arvor, \u00e0 qui il arrive sans doute de c\u00e9der aux pressions, mais qui s\u2019arrange pour maintenir un \u00e9quilibre entre les invit\u00e9s qu\u2019on lui recommande et ceux qu\u2019on l\u2019invite \u00e0 d\u00e9daigner.<br \/>\nSur dix ans, le bilan est tr\u00e8s honorable. Il suffit de comparer son \u00e9ventail \u00e0 ceux d\u2019Ardisson, Giesbert, Field ou Durand pour s\u2019apercevoir que non seulement Vol de nuit ne court pas apr\u00e8s les gens qui ont la faveur g\u00e9n\u00e9rale, mais que l\u2019\u00e9mission n\u2019a pas de pr\u00e9f\u00e9rence pour les \u00e9diteurs qui organisent une telle unanimit\u00e9. En tout cas elle garde une certaine pudeur dans la souplesse.<br \/>\nOn ne peut pas en dire autant de ses concurrentes, qui agissent en propagandistes au point d\u2019ignorer la moiti\u00e9 des parutions : soit qu\u2019elles d\u00e9daignent les auteurs populaires comme Christian Signol, soit qu\u2019elles consultent leur liste noire \u00e0 chaque rentr\u00e9e litt\u00e9raire. On se souvient du cas d\u2019Olivier Barrot, qui, \u00e0 raison d\u2019un livre par jour, a r\u00e9ussi \u00e0 contourner certains auteurs qui publiaient deux livres par an depuis dix ans, ce qui d\u00e9fie toutes les lois de probabilit\u00e9.<br \/>\nQuand on regarde la t\u00e9l\u00e9vision litt\u00e9raire \u00e0 la loupe, il est facile de montrer que, faute de savoir s\u2019\u00e9carter de la pens\u00e9e obligatoire, l\u2019instrument est impuissant \u00e0 rendre compte de ce qui se passe en profondeur.<br \/>\nPatrick Poivre d\u2019Arvor n\u2019est pas assez t\u00e9m\u00e9raire pour organiser une sp\u00e9ciale sur Maurice G. Dantec ou pour commenter les derniers blogs \u00e0 la mode, mais au moins il ne lit pas la presse avant de savoir de qui il faut parler. Il n\u2019invite pas les ministres \u00e0 damer le pion aux \u00e9crivains pour flatter les uns tout en humiliant les autres. Il ne coupe pas les trois quarts des interventions, quitte \u00e0 ne pas \u00eatre \u201craccord\u201d, comme on dit dans le m\u00e9tier, ce qui se produit tr\u00e8s souvent chez ses homologues.<br \/>\nNous avons pu m\u00eame assister en sa compagnie, sur un plateau de France 2, au \u201csucrage\u201d de dix minutes d\u2019\u00e9mission au montage parce que l\u2019invit\u00e9e (Marie de Hennezel) avait \u00e9t\u00e9 mise en difficult\u00e9. Il a retenu ce genre de le\u00e7on depuis longtemps. Il n\u2019envoie pas une poign\u00e9e de jeunes loups mordre ses invit\u00e9s pour leur crier \u201ccouch\u00e9 !\u201dquand les choses vont trop loin. Chez lui, les choses ne vont jamais trop loin. Il sait se tenir. Il sait tenir les siens. Du coup, il arrive qu\u2019on entende sur Vol de nuit des choses originales et intelligentes, alors que les autres \u00e9missions patinent souvent dans le suivisme rive gauche, au m\u00e9pris de la litt\u00e9rature.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3576 paru le 10 Juin 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Papillonnages<br \/>\nLa Croix r\u00e9v\u00e9lait, dans un amusant article consacr\u00e9 au t\u00e9l\u00e9thon politique des soirs d\u2019\u00e9lections, que certains personnages publics n\u2019avaient m\u00eame pas le temps de se d\u00e9maquiller entre deux plateaux, et qu\u2019ils r\u00e9pondaient \u00e0 deux interviews dans la voiture qui les menait d\u2019une cha\u00eene \u00e0 l\u2019autre.<br \/>\nSi le journal avait recueilli les diverses indiscr\u00e9tions et les commentaires qui courent sur Internet apr\u00e8s chaque \u00e9v\u00e9nement, l\u2019auteur de l\u2019article aurait \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par le sentiment de d\u00e9dain qui se d\u00e9gage des r\u00e9actions sur les forums. Nous ne parlons pas des r\u00e9sultats eux-m\u00eames, mais de ces deux heures o\u00f9 chacun joue des coudes devant la cam\u00e9ra pour les commenter. Les journalistes poussent la pignouferie jusqu\u2019\u00e0 couper quelqu\u2019un au milieu d\u2019une phrase pour donner la parole \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019autre qui n\u2019a rien de mieux \u00e0 dire, mais qui est en direct au si\u00e8ge d\u2019un parti.<br \/>\nQuand on voit l\u2019\u00e9mission sur \u00e9cran, on n\u2019a aucune id\u00e9e de la solitude qui s\u2019empare alors de l\u2019invit\u00e9 de plateau, contraint d\u2019attendre ind\u00e9finiment que des gens plus int\u00e9ressants que lui s\u2019expriment dans un vacarme de fin de banquet ponctu\u00e9 par des phrases du genre : \u201cVoil\u00e0, Jean-Michel, ce que l\u2019on pouvait dire \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 nous parlons.\u201d Ajoutez \u00e0 cela un personnel plus pr\u00e9occup\u00e9 de ses fiches que d\u2019\u00e9couter l\u2019invit\u00e9, et vous aurez l\u2019explication des m\u00e9contentements qui se sont manifest\u00e9s \u00e7\u00e0 et l\u00e0. Quelques politiques ont plant\u00e9 leurs h\u00f4tes en se jurant qu\u2019on ne les y prendrait plus. Cette course \u00e0 l\u2019ubiquit\u00e9 est r\u00e9v\u00e9latrice de nos usages courants : ce dont nous disposons est moins int\u00e9ressant que ce qui nous est promis. La crainte de rater quelque chose nous conduit \u00e0 n\u00e9gliger ce que nous avons sous la main. On s\u2019\u00e9tonnera, apr\u00e8s cela, que l\u2019opinion papillonne et s\u2019envole au moindre souffle.<\/p>\n<p>R\u00e9activit\u00e9<br \/>\nCe n\u00e9ologisme d\u00e9signe \u00e0 la fois ce qui pr\u00e9c\u00e8de, et la fr\u00e9n\u00e9sie de commentaires qui saisit l\u2019internaute quelques minutes apr\u00e8s un \u00e9v\u00e9nement. La t\u00e9l\u00e9vision est l\u2019un des creusets d\u2019actualit\u00e9 les plus comment\u00e9s sur Internet, parce que les gens ont le loisir de livrer leurs r\u00e9actions avant d\u2019aller se coucher. La r\u00e9activit\u00e9 de ce nouveau m\u00e9dia est d\u2019ailleurs telle que les \u00e9missions elles-m\u00eames font semblant de le r\u00e9cup\u00e9rer. Tout le monde a vu d\u00e9filer des phrases expurg\u00e9es au bas de l\u2019\u00e9cran, mais il est plus instructif de les lire sur les sites des grandes cha\u00eenes avant l\u2019intervention de la censure. Rien, sur Internet, n\u2019\u00e9chappe plus \u00e0 la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du t\u00e9l\u00e9spectateur lambda.<\/p>\n<p>Politique et num\u00e9rique<br \/>\nCeux qui n\u2019auraient pas vu le sourire fig\u00e9 de Dominique Strauss-Kahn sur la couverture de son DVD de campagne (en vente chez tous les marchands de journaux) ont vraiment manqu\u00e9 quelque chose. Quant au proc\u00e9d\u00e9, nous sommes visiblement \u00e0 la veille d\u2019un d\u00e9ferlement de clips politiques. On peut parier que les professionnels de l\u2019image vont bient\u00f4t inonder les kiosques de ces travaux de circonstance.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3577 paru le 17 Juin 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Le saviez-vous ?<br \/>\n\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 d\u2019autres, sous pr\u00e9texte de d\u00e9noncer les \u201carnaques\u201d, propagent une m\u00e9fiance syst\u00e9matique envers la nature humaine, Jean-Luc Delarue travaille \u00e0 r\u00e9tablir la confiance en nous montrant des gens qui \u201cr\u00e9alisent un travail formidable sur le terrain\u201d.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait le cas des pompiers de Camargue, h\u00e9ros d\u2019un docu-fiction sur le r\u00e9chauffement du climat aussi divertissant qu\u2019un film de la Pr\u00e9vention routi\u00e8re projet\u00e9 en salle polyvalente. L\u2019accumulation des catastrophes qui s\u2019abattaient sur les h\u00e9ros de ce t\u00e9l\u00e9film liminaire donnait envie de rire. Apr\u00e8s avoir vu leur villa dispara\u00eetre sous les flots, apr\u00e8s avoir affront\u00e9 le risque de la malaria, de la dengue et de la leptospirose, les membres de la famille assistaient au d\u00e9ferlement du virus du Nil, \u00e0 l\u2019apparition des allergies respiratoires et j\u2019en passe, le tout en multipliant les gros mots parce que dans la t\u00e9l\u00e9vision moderne on croit que la cl\u00e9 du naturel se trouve dans l\u2019ordure. Suivait un plateau de sommit\u00e9s que dominait l\u2019auguste Pr Montagnier (dont les cures de papaye ont visiblement stimul\u00e9 les pigments capillaires), face \u00e0 un Delarue tr\u00e8s p\u00e9remptoire. Rappelons que la part du r\u00e9chauffement imputable \u00e0 l\u2019activit\u00e9 industrielle est encore tr\u00e8s mal \u00e9valu\u00e9e, mais le probl\u00e8me n\u2019est pas l\u00e0. Il est plut\u00f4t dans l\u2019assurance dont les sp\u00e9cialistes font preuve en nous d\u00e9crivant le pire.<br \/>\nLe principe qui r\u00e9git leur raisonnement est celui du \u201ctoutes choses \u00e9gales par ailleurs\u201d. Or dans la nature, rien n\u2019est jamais \u00e9gal par ailleurs. On pourrait \u00e9voquer dix sc\u00e9narios pour la fin du si\u00e8cle, mais un seul a \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9 : comme nous r\u00e9chauffons le climat, nous allons conna\u00eetre les sept plaies d\u2019\u00c9gypte.<br \/>\nPuisqu\u2019il est question d\u2019impr\u00e9voyance, voici donc de quoi r\u00e9veiller l\u2019imagination de ceux que l\u2019\u00e9mission aura berc\u00e9s d\u2019une inqui\u00e9tude altermondialiste, c\u2019est-\u00e0-dire politiquement correcte. Saviez-vous que la faille g\u00e9ologique qui s\u2019est r\u00e9veill\u00e9e lors du tsunami se situe au large du volcan indon\u00e9sien Toba ? Que le Toba a expuls\u00e9 dans l\u2019atmosph\u00e8re terrestre, il y a 75 000 ans, assez de poussi\u00e8re pour diminuer la temp\u00e9rature moyenne de 3 \u00e0 5 \u00b0C ? S\u2019il est vrai que le Toba est arriv\u00e9 en fin de cycle et qu\u2019une telle \u00e9ruption nous guette, la th\u00e8se du r\u00e9chauffement en prend un coup.<br \/>\nSaviez-vous enfin que la caldeira de Yellowstone, autre monstre inqui\u00e9tant dont la chambre magmatique a hiss\u00e9 le fond du lac volcanique de 30 m\u00e8tres en une dizaine d\u2019ann\u00e9es, aurait d\u00e9j\u00e0 30 000 ans de retard sur son cycle naturel, et qu\u2019une seule de ses \u00e9ruptions est capable de modifier le climat du globe jusqu\u2019\u00e0 la glaciation ? L\u2019\u00e9mission de Delarue, \u00e0 force d\u2019impasses sur l\u2019immensit\u00e9 du possible, est \u00e0 classer d\u00e8s aujourd\u2019hui dans le b\u00eatisier de l\u2019\u00e9cologie.<\/p>\n<p>Avant d\u2019oublier<br \/>\nRelev\u00e9 ce qui suit sur Europe 1 : \u00ab L\u2019andrologie, c\u2019est la gyn\u00e9cologie de l\u2019homme. \u00bb Cette phrase ne r\u00e9sume-t-elle pas l\u2019un des aspects les plus d\u00e9risoires de notre \u00e9volution sociale ?<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3578 paru le 24 Juin 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Nomenclature et polochons<br \/>\nEurope 1 organisait r\u00e9cemment un d\u00e9bat entre quatre sp\u00e9cialistes, dans cette tranche horaire de fin de journ\u00e9e qui semble calcul\u00e9e pour les embouteillages. Th\u00e8me du jour : \u201cLe divorce entre les \u00e9lites du pays et la base est-il consomm\u00e9 apr\u00e8s le r\u00e9f\u00e9rendum ?\u201d<br \/>\nL\u2019influence de la question europ\u00e9enne para\u00eet moins d\u00e9terminante que l\u2019accumulation de facteurs plus sournois. Ainsi quand nous apprenons sur France 2 que la Biennale internationale d\u2019art contemporain de Venise vient d\u2019ouvrir ses portes, et que nous tombons sur un reportage o\u00f9 la seule participante fran\u00e7aise, Annette Messager, nous pr\u00e9sente une installation de polochons cens\u00e9e \u201crevisiter l\u2019histoire de Pinocchio\u201d.<br \/>\nRevisitons. Suivons l\u2019\u00e9quipe de France 2 dans ses d\u00e9couvertes artistiques afin de communier, un instant, avec les \u00e9mois de la nomenclature. Nous comprendrons peut-\u00eatre mieux pourquoi le peuple ne supporte plus ses \u00e9lites. Dans une grotte tapiss\u00e9e de traversins ray\u00e9s, un r\u00e9seau de cordes tra\u00eene au sol un polochon qui semble d\u00e9tach\u00e9 du d\u00e9cor, et sur lequel est ficel\u00e9 un morceau de bois. En voix off, l\u2019artiste nous explique obligeamment que l\u00e0, nous voyons Pinocchio s\u2019avancer vers sa fin in\u00e9luctable et que c\u2019est toute la force du mythe, etc.<br \/>\nIl faut savoir qu\u2019Annette Messager n\u2019est pas n\u2019importe qui. En t\u00e9moignent le s\u00e9rieux de ses explications, les budgets que ses plaisanteries parviennent \u00e0 mobiliser, et surtout le lion d\u2019or qu\u2019elle a remport\u00e9 \u00e0 l\u2019issue de la manifestation. Mais ce qu\u2019il faut savoir aussi, c\u2019est que France 2, pour flatter les 4 % de t\u00e9l\u00e9spectateurs qui partagent ses ravissements moli\u00e9resques, a d\u00e9plu \u00e0 tous les autres. Pendant le journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 ce soir-l\u00e0, le Fran\u00e7ais de base aura confondu, dans un m\u00e9pris haineux, les gens qui prom\u00e8nent des polochons sur un carrelage, ceux qui votent des r\u00e8glements \u00e0 Bruxelles, et ceux qui d\u00eenent en ville en parlant d\u2019am\u00e9nagement du territoire. Dans l\u2019industrie, on parlerait de contre-productivit\u00e9.<br \/>\nAu moins, dans ce cas, n\u2019est-elle pas criminelle. Dans l\u2019affaire du sang contamin\u00e9, sur laquelle est revenu, quelques jours plus tard, le Droit de savoir, elle l\u2019est bel et bien. Quand on pense \u00e0 la tartuferie des commentateurs \u00e0 propos de la canicule, on est stup\u00e9fait de d\u00e9nombrer les l\u00e2chet\u00e9s qui ont conduit le parquet au non-lieu, dans une situation o\u00f9 la mort a \u00e9t\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment inflig\u00e9e.\u201cOui, mais les responsables ne savaient pas nomm\u00e9ment \u00e0 qui\u201d, diront les juges. Ah oui, c\u2019est vrai, \u00e7a change tout.<br \/>\nCette \u00e9mission \u00e9tait cruelle pour l\u2019image du pouvoir. Des parents ont film\u00e9 l\u2019agonie de leurs enfants h\u00e9mophiles afin de nous faire honte, et ils y sont parvenus. Laurent Fabius, premier ministre, nous expliquait qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas au courant. Il n\u2019y a pas de quoi \u00eatre fier, surtout si c\u2019est vrai. Quant \u00e0 la neutralit\u00e9 du reportage, elle reste \u00e0 d\u00e9montrer, car si Fabius garde l\u2019ambition de s\u2019illustrer en politique, l\u2019\u00e9mission nous rappelait qu\u2019\u00e0 maints \u00e9gards, il l\u2019a d\u00e9j\u00e0 fait.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3579 paru le 1 Juillet 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Grand prix de l\u2019horreur<br \/>\nM6 a protest\u00e9 aupr\u00e8s du CSA apr\u00e8s la suppression de la diffusion par TF1 du Grand Prix d\u2019Indianapolis. L\u2019organisme de contr\u00f4le aurait \u00e9t\u00e9 saisi d\u2019une plainte contre cette d\u00e9programmation sauvage et nous apprenons \u00e0 cette occasion que les changements de derni\u00e8re minute sont soumis \u00e0 des r\u00e8gles. Non seulement ils doivent \u00eatre justifi\u00e9s par un cas de force majeure (assez douteux en l\u2019esp\u00e8ce), mais il est pr\u00e9vu une concertation pr\u00e9alable avec les cha\u00eenes concurrentes et le CSA lui-m\u00eame.<br \/>\nPourquoi aborder ici ce probl\u00e8me de proc\u00e9dure ? Parce que le plus grave des manquements qu\u2019a commis TF1 ce soir-l\u00e0 d\u00e9passe largement le cadre r\u00e9glementaire. Il ne sera jamais discut\u00e9 au CSA. Et pourtant lorsqu\u2019un public sans m\u00e9fiance, form\u00e9 pour une large part d\u2019enfants et d\u2019adolescents r\u00e9unis un dimanche soir devant un Grand Prix automobile, se voit infliger une s\u00e9rie de remplacement comme les Experts, la faute est plus s\u00e9rieuse qu\u2019une simple ind\u00e9licatesse envers la concurrence.<br \/>\nIl para\u00eet que la s\u00e9rie les Experts fait un carton. Raison de plus pour faire un carton sur elle. De quoi s\u2019agit-il ? Grossi\u00e8rement, il s\u2019agit, apr\u00e8s un meurtre, de faire parler la viande. Pourquoi cette s\u00e9rie marche-t-elle si bien ? Parce qu\u2019elle joue sur le cynisme du monde m\u00e9dico-l\u00e9gal et la cruaut\u00e9 des images.<br \/>\nLe roman policier \u00e0 l\u2019anglo-saxonne avait d\u00e9j\u00e0 tendance \u00e0 n\u00e9gliger l\u2019homme. La traque aux serial killers pr\u00e9sentait depuis longtemps la particularit\u00e9 de n\u2019accorder aucune importance \u00e0 la victime (laquelle n\u2019est plus le sujet d\u2019une trag\u00e9die, mais le pr\u00e9texte \u00e0 nous d\u00e9crire le profil du tueur et les m\u00e9thodes de l\u2019enqu\u00eate). D\u00e9sormais, avec les Experts et les s\u00e9ries comparables, nous franchissons un pas de plus dans l\u2019horreur antihumaniste : la victime pr\u00e9sente de larges blessures, des mutilations plus ou moins grouillantes (que nous voyons en gros plan), et le cin\u00e9aste nous inflige, au sein d\u2019une \u00e9quipe qui aligne des plaisanteries de machine \u00e0 caf\u00e9, une vision de l\u2019homme que n\u2019e\u00fbt pas d\u00e9savou\u00e9e le Dr Mengele.<br \/>\nCeux qui diffusent une telle ignominie \u00e0 21 heures travaillent \u00e0 la n\u00e9gation de ce qui fut pendant des si\u00e8cles l\u2019objet m\u00eame de la civilisation : faire pousser des fleurs sur le compost de la violence. L\u00e0, c\u2019est le contraire, c\u2019est le fumier qui pousse. Son odeur envahit la soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re. Les enfants des banlieues se racontent les d\u00e9pe\u00e7ages de la veille dans la cour de l\u2019\u00e9cole et le CSA n\u2019y voit aucun inconv\u00e9nient.<br \/>\n\u00c0 22 h 30, sur quoi encha\u00eenait TF 1 ? Sur un autre film qui commen\u00e7ait par un interminable meurtre. Une jeune femme re\u00e7oit un coup de couteau. Elle s\u2019effondre, se rel\u00e8ve, s\u2019enfuit, tombe \u00e0 genoux, nouveau coup de couteau, on lit l\u2019horreur dans ses yeux, elle hoquette, rampe, se retourne, l\u2019assassin la d\u00e9nude et l\u2019\u00e9ventre.<br \/>\nUn jour ou l\u2019autre, le d\u00e9bat sur la l\u00e9gitimit\u00e9 de tout cela soul\u00e8vera les foules. Les participants \u00e0 la marche blanche contre les marchands de barbarie se compteront par millions.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3580 paru le 8 Juillet 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Piti\u00e9 pour la piti\u00e9<br \/>\nTout commence il y a un mois environ sur l\u2019un de ces plateaux o\u00f9 la France de Ruquier inflige ses \u00e9tats d\u2019\u00e2me, ses pr\u00e9f\u00e9rences culturelles et ses \u201ccoups de c\u0153ur\u201d \u00e0 l\u2019autre France, pour qui la bonne humeur agressive des nantis devient chaque jour une offense plus grave.<br \/>\nParmi les invit\u00e9s qui commentaient la fermeture de la Samaritaine ce jour-l\u00e0, Charlotte de Turckheim. Il \u00e9tait question de la cr\u00e9ation du magasin parisien, du tandem Cognacq-Jay, et du prix que les glorieux fondateurs de la Samar avaient imagin\u00e9 r\u00e9compenser une famille \u201cpauvre et m\u00e9ritante\u201d. \u00c0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de ces mots, Charlotte de Turckheim a bondi de mani\u00e8re d\u00e9monstrative : \u00ab Quelle horreur, pauvre ce n\u2019est d\u00e9j\u00e0 pas dr\u00f4le, mais m\u00e9ritante en plus ! \u00bb, etc.<br \/>\nIl faut savoir que Charlotte de Turckheim s\u2019efforce depuis des ann\u00e9es de faire oublier ses origines aristocratiques en nous infligeant la chronique des ridicules de la haute bourgeoisie et en multipliant les gros mots pour nous donner des gages de sa bonne volont\u00e9. En d\u2019autres termes et pour imiter son langage, elle fayote \u00e0 mort. Elle est plus antiroyaliste que les r\u00e9publicains, lesquels ne lui en savent pourtant aucun gr\u00e9, puisque tout le monde persiste \u00e0 l\u2019appeler baronne. Ce fameux jour, son premier trait d\u2019humour \u00e9tant tomb\u00e9 \u00e0 plat, elle a attendu le passage d\u2019une publicit\u00e9 pour y revenir artificiellement, montrant par l\u00e0 qu\u2019elle accordait \u00e0 cette question la plus grande importance ; en quoi, avec la permission du lecteur, nous allons l\u2019imiter.<br \/>\nMme de Turckheim ne supporte pas la pauvret\u00e9 m\u00e9ritante. Elle juge insultante la piti\u00e9 institutionnelle et d\u2019ailleurs la piti\u00e9 tout court. En bonne conformiste du milieu bobo dont elle est l\u2019une des plus consternantes \u00e9g\u00e9ries, elle nous laisse entendre que la piti\u00e9 est un vecteur d\u2019oppression sociale. En d\u2019autres termes, que les gens qui consentent \u00e0 faire piti\u00e9 n\u2019ont aucun sens de leur dignit\u00e9. Par l\u00e0 elle \u00e9vacue la notion de charit\u00e9, suspecte d\u2019appartenir \u00e0 la morale de grand-papa. Il est permis de poser une question corollaire : \u00e0 force de juger la piti\u00e9 ind\u00e9cente, qui peut continuer \u00e0 l\u2019\u00e9prouver ? Quand on pr\u00e9tend qu\u2019il faut donner aux gens les moyens de se prendre en main, que fait-on de ceux qui ont besoin d\u2019\u00eatre pris en main ? On les ignore. On les m\u00e9prise. Et pour finir on les laisse p\u00e9rir. Au nom de quoi ? D\u2019une mauvaise conscience de classe, d\u2019un r\u00e9flexe d\u2019enfant g\u00e2t\u00e9 qui pr\u00e9f\u00e8re la solidarit\u00e9 \u00e0 la charit\u00e9, uniquement pour ne pas \u00eatre trait\u00e9 de \u201cbourge\u201d au festival d\u2019Avignon. C\u2019est donc, avant tout, de l\u2019amour-propre de Mme de Turckheim qu\u2019il est question.<br \/>\nEn vertu de cette philosophie, les trois quarts des n\u00e9cessiteux du tsunami n\u2019ont encore rien touch\u00e9 des 400 millions d\u2019euros qu\u2019ont vers\u00e9s les Fran\u00e7ais. Le Droit de savoir nous montrait le cas d\u2019une antenne locale du Secours populaire incapable, apr\u00e8s huit mois, de percevoir 5 000 euros de sa maison m\u00e8re, laquelle les garde plac\u00e9s en sicav mon\u00e9taires au nom de la dignit\u00e9 des pauvres.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3588 paru le 2 Septembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Tissu social d\u00e9chir\u00e9<br \/>\nLa t\u00e9l\u00e9vision exerce une influence si d\u00e9terminante qu\u2019elle est devenue le royaume de la \u201cmod\u00e9ration\u201d selon la loi Evin. Et pourtant, deux programmes de l\u2019\u00e9t\u00e9 ont pi\u00e9tin\u00e9 les r\u00e8gles de la prudence en mati\u00e8re de prophylaxie sociale : Koh Lanta et Mon incroyable fianc\u00e9.<br \/>\nDans le premier, nous avons assist\u00e9 stup\u00e9faits \u00e0 un psychodrame \u00e0 la fran\u00e7aise sous les cocotiers des Cara\u00efbes : parmi les participants figuraient un gendarme au comportement placide et carr\u00e9 et une jeune banlieusarde d\u2019origine africaine nomm\u00e9e Coumba dont l\u2019agressivit\u00e9 a fait reculer la tol\u00e9rance dans des proportions sans rapport avec l\u2019int\u00e9r\u00eat du jeu.<br \/>\n\u00c0 quoi sert-il en effet de multiplier les plateaux bavards sur le th\u00e8me de l\u2019int\u00e9gration si c\u2019est pour laisser une analphab\u00e8te aggraver les pr\u00e9jug\u00e9s communautaires dans un programme de t\u00e9l\u00e9vision, et crier \u00ab Toi, tu sais pas c\u2019est quoi le respect ! \u00bb (sic) \u00e0 un candidat dont le seul crime est d\u2019\u00eatre gendarme ? La t\u00e2che du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9gration passe par ce genre d\u2019analyse. Quant au r\u00f4le d\u2019une grande cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision, est-il d\u2019accentuer les d\u00e9chirures du tissu social ?<br \/>\nMon incroyable fianc\u00e9 (sous licence am\u00e9ricaine) a pour but avou\u00e9 de nous faire partager le d\u00e9go\u00fbt d\u2019une famille enti\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9gard du pseudo-fianc\u00e9 de l\u2019une des filles, laquelle est cens\u00e9e tromper ses parents contre 100 000 euros.<br \/>\nL\u00e0 encore, on se demande ce qui anime la cha\u00eene, en dehors d\u2019un cynisme de bas \u00e9tage. Depuis le temps qu\u2019on nous pr\u00e9sente des \u00e9missions sur les ob\u00e8ses, on croyait que les pr\u00e9jug\u00e9s \u00e0 leur encontre \u00e9taient hors-la-loi. Eh bien, pas du tout ! On nous d\u00e9signe explicitement comme r\u00e9pugnant un pauvre gar\u00e7on qui a vingt kilos de trop et dont l\u2019aspect physique n\u2019est m\u00eame pas monstrueux.<br \/>\nOn rencontre partout dans notre soci\u00e9t\u00e9 de ces braves gens replets qui lui ressemblent. Leur vie va devenir un peu plus difficile pendant les cinq semaines de diffusion. Leurs coll\u00e8gues de bureau vont les traiter d\u2019incroyables fianc\u00e9s. Ils auront le c\u0153ur gros en rentrant le soir. Mais qu\u2019importe, puisqu\u2019il para\u00eet que \u201c\u00e7a cartonne\u201d.<\/p>\n<p>Une bonne claque<br \/>\nDes rediffusions nous ont permis de retrouver la Super Nanny de M 6, notamment face \u00e0 un certain Dan (4 ans) qui mena\u00e7ait sa m\u00e8re et ses s\u0153urs, sans doute pour illustrer \u00e0 quel point il d\u00e9plorait d\u2019\u00eatre n\u00e9 dans une famille \u00e0 genoux. Pendant toute l\u2019intervention de la nounou, on mesurait qu\u2019il planait sur la situation un interdit absolu : la bonne claque. Toute la France avait envie de l\u2019appliquer \u00e0 ce gosse odieux. Mais ni la nanny, ni les s\u0153urs, ni la m\u00e8re n\u2019osaient la lui donner. Et pourtant, lui, il avait le droit de frapper son entourage. Il n\u2019existait dans son foyer qu\u2019une brutalit\u00e9 l\u00e9gitime : la sienne. Quand on projette la situation, on comprend mieux pourquoi la violence se r\u00e9pand chez les adolescents et l\u2019on se doute que quelque Super Nanny se pr\u00e9sentera un jour aux \u00e9lections pour rassurer la France qui n\u2019ose pas dire non.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3589 paru le 9 Septembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Cyclone en haut d\u00e9bit<br \/>\nAfin d\u2019illustrer qu\u2019\u00e0 l\u2019heure du haut d\u00e9bit, une chronique de t\u00e9l\u00e9vision se doit de pratiquer l\u2019ubiquit\u00e9 culturelle, j\u2019ai test\u00e9 la couverture du cyclone Katrina par les t\u00e9l\u00e9visions de Louisiane et du Mississippi. Le jour o\u00f9 le maire de La Nouvelle-Orl\u00e9ans a ordonn\u00e9 d\u2019\u00e9vacuer la ville, il suffisait de taper les mots cl\u00e9s \u201ctraffic-cams\u201d et \u201cLouisiana\u201d pour suivre l\u2019exode \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de Baton Rouge et le long du lac Pontchartrain. Ensuite, et \u00e0 mesure que la force du vent s\u2019accentuait, les cam\u00e9ras urbaines du centre-ville ont t\u00e9moign\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 la nuit tomb\u00e9e, de l\u2019arriv\u00e9e du monstre climatique. Sur www.nola.com, on voyait passer de rares v\u00e9hicules sur Bourbon Street tandis que le ciel noircissait \u00e0 l\u2019horizon.<br \/>\nUne station de t\u00e9l\u00e9vision locale affili\u00e9e au r\u00e9seau ABC diffusait ses programmes en direct sur www.wlox.com. Pour un Fran\u00e7ais abonn\u00e9 au haut d\u00e9bit, l\u2019image (plein \u00e9cran) \u00e9tait aussi fluide que celle d\u2019un poste hertzien. Des milliers de curieux ont pu assister, de leur bureau ou de leur appartement, \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e du cyclone le matin du 29 ao\u00fbt, jusqu\u2019\u00e0 la destruction du si\u00e8ge de la t\u00e9l\u00e9vision \u00e9mettrice. Comme l\u2019indique son nom (WLOX), la cha\u00eene en question \u00e9tait celle de la cit\u00e9 martyre de Biloxi, o\u00f9 le nombre de morts a d\u00e9pass\u00e9 toutes les craintes.<br \/>\nDans le studio ce jour-l\u00e0, les marathoniens du commentaire, et notamment le chroniqueur m\u00e9t\u00e9o, ont \u00e9t\u00e9 gagn\u00e9s par la panique sous nos yeux, malgr\u00e9 leur sourire sto\u00efque et leur cravate de marque. Non seulement la ville de Biloxi n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9e, mais elle n\u2019\u00e9tait pas cens\u00e9e recevoir la tourmente de plein fouet. Quand le c\u0153ur du cyclone s\u2019est d\u00e9plac\u00e9 vers elle, les journalistes ont compris qu\u2019un d\u00e9sastre leur \u00e9tait promis. Nous avons donc eu le sentiment d\u2019assister \u00e0 quelque chose de comparable au 11 septembre, mais vu du 90e \u00e9tage du World Trade Center. La cam\u00e9ra situ\u00e9e sur le toit de l\u2019immeuble a d\u2019abord film\u00e9 des bureaux \u00e9ventr\u00e9s, l\u2019incendie d\u2019un transformateur, les voitures noy\u00e9es sur le parking. Les commentateurs, sous le coup de l\u2019effroi, nous ont ensuite pr\u00e9venus que l\u2019\u00e9mission pouvait s\u2019interrompre \u00e0 tout instant, non sans envoyer des publicit\u00e9s pour occuper l\u2019antenne. Le sommet du surr\u00e9alisme fut atteint quand le clip publicitaire d\u2019un concessionnaire nous a annonc\u00e9 pour le jeudi suivant \u00ab la plus grande liquidation de voitures d\u2019occasion qu\u2019ait jamais connue l\u2019\u00c9tat du Mississippi \u00bb.<br \/>\nAux derni\u00e8res nouvelles, la liquidation du concessionnaire lui-m\u00eame para\u00eet probable.<br \/>\nIronie \u00e0 part, l\u2019une des le\u00e7ons de tout cela est que, dans la France d\u2019aujourd\u2019hui, l\u2019ampleur des moyens disponibles pour contempler le malheur des autres est devenue stup\u00e9fiante. Nous l\u2019avons vu lors du raz de mar\u00e9e asiatique. La le\u00e7on corollaire est que, si le moral des Fran\u00e7ais a baiss\u00e9 de moiti\u00e9 selon un sondage Ifop depuis l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, c\u2019est moins \u00e0 cause des \u00e9v\u00e9nements eux-m\u00eames qu\u2019\u00e0 cause de la place qu\u2019ils ont conquise dans notre quotidien.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3395 paru le 21 D\u00e9cembre 2001<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>M\u00e9lange des genres<br \/>\nL\u2019animateur Laurent Ruquier s\u2019est nagu\u00e8re pay\u00e9 la t\u00eate du malheureux Andr\u00e9 Santini, d\u00e9put\u00e9-maire d\u2019Issy-les-Moulineaux, au motif qu\u2019\u00ab un homme politique (je cite \u00e0 peu pr\u00e8s) doit rester \u00e0 sa place, et ne pas se commettre sur les plateaux o\u00f9 l\u2019on fait de l\u2019humour \u00bb. Et il concluait : \u00ab Je n\u2019aime pas le m\u00e9lange des genres. \u00bb Ruquier, qui n\u2019a pas un cheveu sur la langue, mais deux, tant elle est fourchue, a trait\u00e9 ce soir-l\u00e0 son invit\u00e9 avec ranc\u0153ur. Andr\u00e9 Santini, habitu\u00e9 \u00e0 \u00eatre bien accueilli, n\u2019en est sans doute toujours pas revenu.<br \/>\nVoil\u00e0 qui prend un relief nouveau apr\u00e8s la visite de Laurent Fabius sur le plateau du m\u00eame Ruquier, dont les pr\u00e9ventions semblent avoir disparu d\u2019un seul coup (probablement d\u2019un seul coup de t\u00e9l\u00e9phone). Le ministre est venu nous donner une le\u00e7on d\u2019euro, entour\u00e9 des chroniqueurs de l\u2019\u00e9mission. Il s\u2019est fait tutoyer par une grand-m\u00e8re en socquettes, taper sur le ventre par un type affubl\u00e9 d\u2019un bonnet rouge, haranguer par un humoriste originaire de sa circonscription qui a d\u00e9barqu\u00e9 sur le plateau d\u00e9guis\u00e9 en loubard, l\u2019a appel\u00e9 \u201cmon pote\u201d et lui a dit : \u00ab Alors, tu t\u2019occupes du pognon ? \u00bb Jusque-l\u00e0, rien que de normal. J\u2019entends, normal pour l\u2019\u00e9poque. Quant \u00e0 savoir ce qu\u2019en penseront nos arri\u00e8re-petits-enfants, leur regard sera d\u2019autant plus s\u00e9v\u00e8re qu\u2019ils sauront o\u00f9 cela nous a men\u00e9s. Mais ce n\u2019est pas le sujet. Du moins, pas avant que nous ne le sachions nous-m\u00eames.<br \/>\nLa compromission de la classe politique fran\u00e7aise avec le monde du divertissement fait d\u00e9sormais l\u2019objet de th\u00e8ses universitaires. Andr\u00e9 Santini est justement le seul qui s\u2019en tire avec dignit\u00e9. On a pu faire la comparaison quand Lionel Jospin a entonn\u00e9 le Temps des cerises chez Patrick S\u00e9bastien, quand les Lang ont particip\u00e9 \u00e0 Tournez man\u00e8ge, quand L\u00e9otard est venu faire le crooner sous les projecteurs, etc.<br \/>\nLa v\u00e9ritable anomalie n\u2019est donc pas le fait qu\u2019un ministre des Finances en exercice consente \u00e0 donner dans le genre \u201ctirelipimpon\u201d, elle tient plut\u00f4t \u00e0 la personnalit\u00e9 de Laurent Fabius. Je ne le voyais pas dans ce r\u00f4le-l\u00e0. D\u00e9j\u00e0, quand j\u2019\u00e9tais son \u00e9l\u00e8ve \u00e0 Sciences Po, je ne me suis jamais avis\u00e9 de ses talents de comique. Et le jour o\u00f9 il a rabrou\u00e9 Jacques Chirac lors d\u2019un d\u00e9bat, en lui rappelant qu\u2019il avait l\u2019honneur de parler \u201cau premier ministre de la France\u201d, l\u2019humble fantaisie du personnage ne m\u2019\u00e9tait pas apparue non plus.<br \/>\nA moins qu\u2019il n\u2019ait choisi de forcer ici sa nature par n\u00e9cessit\u00e9. En ce cas nous avons le droit d\u2019\u00eatre inquiets. Son num\u00e9ro chez Ruquier \u00e9tait politiquement si p\u00e9rilleux qu\u2019il s\u2019explique peut-\u00eatre par l\u2019urgence de sauver la popularit\u00e9 du passage \u00e0 l\u2019euro.<br \/>\nL\u2019inqui\u00e9tude vient de cette pr\u00e9caution h\u00e2tive. Il est vrai que dans l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un cafouillage apr\u00e8s le 1er janvier 2002, l\u2019op\u00e9ration s\u2019annonce plus risqu\u00e9e pour sa future carri\u00e8re qu\u2019une prestation rat\u00e9e sous les cam\u00e9ras.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3590 paru le 16 Septembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Un bon relationnel<br \/>\n\u00ab V\u00e9ro, elle a instaur\u00e9 un relationnel avec Cl\u00e9mence qui est bon. \u00bb Cette phrase ahurissante, tir\u00e9e de la bande-son de Koh-Lanta, est un exemple de ce qu\u2019on a pu entendre, toutes les semaines, chez les naufrag\u00e9s de TF1. Mais dans l\u2019\u00e9quipe, le plus f\u00e9roce ennemi de la langue fran\u00e7aise \u00e9tait encore le pr\u00e9sentateur.<br \/>\n\u00ab Je vous pr\u00e9viens je serai-z-intransigeant avec vous (\u2026)V\u00e9ronique, l\u2019aventure se termine, ils en ont d\u00e9cid\u00e9-r-ainsi (\u2026) Rappelons-le, Mohamed, c\u2019\u00e9tait un monde qui \u00e9tait totalement \u00e9tranger de ce que vous connaissiez. \u00bb (Le jeune Mohamed, \u00e0 qui il s\u2019adressait en ces termes, n\u2019a pas pu s\u2019emp\u00eacher de le corriger).<br \/>\nLe reste, le jeu de piste o\u00f9 les jaunes et les rouges font des patouilles sur la plage pour d\u00e9crocher un repas au Sofitel, la robinsonnade au milieu de trois tonnes de mat\u00e9riel hi-fi et de capteurs CCD, \u00e9tait un r\u00e9v\u00e9lateur des dysfonctionnements du corps social fran\u00e7ais. La production, alert\u00e9e par les commentaires de la presse, a d\u2019ailleurs chapitr\u00e9 Coumba, la jeune Noire, afin qu\u2019elle corrige le tir pendant la finale \u00e0 Paris. \u00ab Pour prouver que J\u00e9r\u00f4me est mon ami, a-t-elle dit, je lui fais la bise. \u00bb<br \/>\nJ\u00e9r\u00f4me, vous savez bien, le gendarme. Elle l\u2019avait trait\u00e9 durant trois semaines avec un d\u00e9dain de principe, en affichant devant Mohamed une solidarit\u00e9 banlieusarde d\u2019un genre poisseux contre les \u201ckeufs\u201d, qu\u2019on ne peut pas \u201ckiffer\u201d, qui manquent de respect, etc. Au moins la France est-elle d\u00e9sormais convaincue que les pr\u00e9jug\u00e9s n\u2019ont pas de couleur de peau.<\/p>\n<p>Sainte transparence<br \/>\nLe fondateur du groupe de production Endemol vient de signer un contrat avec une femme enceinte pour inclure son accouchement dans une \u00e9mission. La m\u00e8re, interrog\u00e9e, s\u2019est dite persuad\u00e9e que son enfant serait fier d\u2019\u00eatre film\u00e9.<br \/>\nElle ferait mieux d\u2019y r\u00e9fl\u00e9chir car rien n\u2019est moins s\u00fbr. Les parents qui prennent ce risque dans le cadre familial suscitent la r\u00e9probation de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de la pubert\u00e9. On pourrait d\u00e9j\u00e0 cr\u00e9er une association pour rassembler les victimes de l\u2019impudeur de leurs proches.<br \/>\nAu train o\u00f9 vont les choses, une cha\u00eene va nous sortir bient\u00f4t un nouveau concept consistant \u00e0 filmer l\u2019agonie de quelqu\u2019un avec le seul accord de ses enfants. O\u00f9 serait la diff\u00e9rence ? Dans les deux cas, il s\u2019agit d\u2019un viol, et de l\u2019irruption du public dans le priv\u00e9, au nom de la sainte transparence.<\/p>\n<p>Sacr\u00e9e tol\u00e9rance<br \/>\nLaurent Ruquier recevait, l\u2019autre soir, les organisateurs des jeux olympiques gays. La candidature de Paris au montage de cette nouvelle usine \u00e0 gaz \u00e9v\u00e9nementielle ressemblait \u00e0 un canular. Mais le s\u00e9rieux de ses auteurs \u00e9tait attest\u00e9 par leur profession de foi : \u00ab \u00e7a participe compl\u00e8tement au lien social \u00bb, nous ont-ils dit. Je suppose qu\u2019il fallait comprendre que cette manifestation se veut un facteur de tol\u00e9rance mais il est permis d\u2019y voir exactement le contraire. Vous imaginez les \u00e9preuves \u00e0 Saint-Denis, au milieu de jeunes supporters qui se traitent de \u201cfiottes\u201d toute la journ\u00e9e ?<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3591 paru le 23 Septembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>D\u00e8s que le vent soufflera<br \/>\nOn h\u00e9site \u00e0 regarder comme intentionnelle la vilaine faute de fran\u00e7ais que nous inflige chaque jour 9 Telecom dans sa derni\u00e8re publicit\u00e9. Elle est tellement grossi\u00e8re qu\u2019on se demande vaguement s\u2019il n\u2019y a pas l\u00e0 quelque provocation, mais il est possible aussi qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une inadvertance. Dans les deux cas, un tel manquement \u00e0 la r\u00e8gle signifie que dans un monde peupl\u00e9 d\u2019ignorants, passer pour un ignorant n\u2019a plus la moindre importance.<br \/>\nPour ceux \u00e0 qui ce petit film aurait \u00e9chapp\u00e9, rappelons qu\u2019on y voit un chevalier en armure d\u00e9barquer dans le salon d\u2019un jeune couple et s\u2019\u00e9crier : \u00ab Moi, Hippolyte de Montoseille, j\u2019ordonne que vous pay\u00e2tes (sic) une gabelle atteignant moult pi\u00e9cettes. \u00bb Nous n\u2019aurons pas l\u2019outrecuidance de rappeler aux auteurs de cette plaisanterie poussive la forme idoine du subjonctif. En revanche, nous aurons bel et bien la cruaut\u00e9 de souligner l\u2019indigence de ce nom propre, qui essaie de se donner une connotation \u201cretour de croisade\u201d mais qui para\u00eet sorti d\u2019un album de Pif le Chien. De m\u00eame, le mot \u201cgabelle\u201d d\u00e9signe un imp\u00f4t sur le sel et non le paiement d\u2019un service.<br \/>\nTout l\u00e0-dedans semble trahir la m\u00e9diocrit\u00e9 de ses concepteurs. Malgr\u00e9 tout, quand on y r\u00e9fl\u00e9chit, on se dit qu\u2019il est impossible que les \u201ccr\u00e9atifs\u201d d\u2019une grande agence parisienne, soient issus du ruisseau linguistique \u00e0 ce point-l\u00e0. Quelle serait donc l\u2019explication ? Ces r\u00e9dacteurs en publicit\u00e9, \u00e9lev\u00e9s dans un milieu lettr\u00e9, form\u00e9s sur les bancs de l\u2019universit\u00e9, ont-ils fait expr\u00e8s de s\u2019abaisser au niveau de langage o\u00f9 ils croient rencontrer leur cible ? Et s\u2019ils le croient, peut-on leur donner tort ? N\u2019est-ce pas leur m\u00e9tier ? Il ne faut peut-\u00eatre voir l\u00e0 aucune maladresse de leur part, mais un comble d\u2019habilet\u00e9 qui consiste \u00e0 flatter le peuple dans son ignorance pour lui vendre un abonnement haut d\u00e9bit en lui faisant croire qu\u2019il est dans le coup.<br \/>\nIl y a quinze ans, Renaud chantait une parodie qui donnait \u00e0 peu pr\u00e8s : \u00ab D\u00e8s que le vent soufflera je repartira, d\u00e8s que les vents tourneront nous nous en allerons. \u00bb Depuis cette \u00e9poque, le pourcentage de nos contemporains capables de r\u00e9tablir la forme correcte de ces deux verbes a d\u00fb baisser de moiti\u00e9. Le langage publicitaire est-il en train d\u2019en prendre acte ? On peut se poser la question.<\/p>\n<p>Autisme<br \/>\nUn reportage diffus\u00e9 par le 13 Heures de TF1 illustrait \u00e0 quel point le journalisme t\u00e9l\u00e9visuel tourne parfois \u00e0 l\u2019autisme. Une jeune femme nous explique que certains m\u00e9dicaments viennent d\u2019\u00eatre \u201cd\u00e9rembours\u00e9s\u201d. Suit l\u2019interview d\u2019un m\u00e9decin. Des tentatives comparables, dit-il, ont eu lieu en Allemagne, mais sans r\u00e9sultat, les m\u00e9decins ayant prescrit des m\u00e9dicaments voisins qui, eux, \u00e9taient rembours\u00e9s. L\u00e0-dessus, la journaliste n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 conclure comme si son interlocuteur n\u2019avait strictement rien dit : \u00ab En attendant, ces \u00e9conomies ne sont pas n\u00e9gligeables, puisque la S\u00e9curit\u00e9 sociale va s\u2019\u00e9pargner chaque ann\u00e9e une d\u00e9pense de 430 millions d\u2019euros. \u00bb<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3592 paru le 30 Septembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Ratissages<br \/>\nEn regardant Taxi 3 l\u2019autre soir, d\u2019une oreille distraite c\u2019est-\u00e0-dire sans cesser de lire le journal, j\u2019ai song\u00e9 que cette s\u00e9rie avait un peu chang\u00e9 de nature depuis ses d\u00e9buts. La seule chose qui pr\u00e9sentait quelque int\u00e9r\u00eat dans le premier num\u00e9ro \u00e9tait le c\u00f4t\u00e9 Rabbi Jacob du sc\u00e9nario. \u00c0 la fin du film de G\u00e9rard Oury, juifs et Arabes se r\u00e9conciliaient dans la cour des Invalides. La R\u00e9publique, int\u00e9gratrice et maternelle, veillait sur le destin de ses \u201ccomposantes\u201d. De m\u00eame, dans Taxi 1, le chauffeur marseillais \u201cissu de l\u2019immigration\u201d faisait \u00e9quipe avec la police, courtisait la fille d\u2019un g\u00e9n\u00e9ral et se retrouvait dans la cour de l\u2019\u00c9lys\u00e9e.<br \/>\nDepuis dix ans le chemin parcouru est prodigieux, mais \u00e0 l\u2019envers. D\u2019abord le film est explicitement parrain\u00e9 par Sylvester Stallone, qui est l\u00e0 pour authentifier sa touche am\u00e9ricaine. Ensuite il n\u2019est plus question des institutions fran\u00e7aises. Les Chinois ont pris la place des Japonais, mais la tendance \u00e0 d\u00e9finir ethniquement les m\u00e9chants s\u2019est accentu\u00e9e. Enfin et surtout, le mythe du rod\u00e9o automobile en zone urbaine est devenu si d\u00e9lirant qu\u2019il invite \u00e0 une r\u00e9flexion sur l\u2019influence exerc\u00e9e par ce genre de films sur la paix sociale.<br \/>\nQui n\u2019a d\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9 des traces de pneus suspectes, le matin, \u00e0 certains carrefours, aux sorties des zones industrielles et sur les \u00e9changeurs ? Qui n\u2019a entendu les soupapes hurler \u00e0 2 heures du matin \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie des villes ? Qui ne s\u2019est d\u00e9j\u00e0 fait doubler, en rentrant d\u2019un d\u00eener, par trois voitures en train de faire la course sur une voie rapide, au son d\u2019une st\u00e9r\u00e9o satur\u00e9e ?<br \/>\nLes vrais observateurs ont pris depuis longtemps la mesure de nos hypocrisies obligatoires. Par exemple, on pr\u00e9tend vous emp\u00eacher de t\u00e9l\u00e9phoner au volant, f\u00fbt-ce avec une oreillette, mais nombre de jeunes conducteurs s\u2019envoient impun\u00e9ment 100 d\u00e9cibels de rap dans le cockpit en regardant les patrouilles de gendarmes d\u2019un air goguenard.<br \/>\nOn pr\u00e9tend d\u00e9plorer la violence routi\u00e8re. Or, dans Taxi, elle est omnipr\u00e9sente. La plupart des adolescents s\u2019\u00e9changent des jeux vid\u00e9o comme GTA San Andreas ou Need for Speed, qui propagent le contraire des prescriptions officielles et v\u00e9hiculent un fascisme de proximit\u00e9 bas\u00e9 sur le culte de la force et le m\u00e9pris des faibles.<br \/>\nDepuis dix ans, les gens de bon sens attirent l\u2019attention sur le message social v\u00e9hicul\u00e9 par ce genre de divertissements implacables. Il \u00e9tait in\u00e9vitable qu\u2019une poign\u00e9e d\u2019intellectuels finissent par braver le politiquement correct et s\u2019en \u00e9meuvent. Finkielkraut vient de rejoindre la r\u00e9sistance sur le plateau d\u2019Edwy Plenel (LCI) et de rappeler une \u00e9vidence : la licence ne saurait aller jusqu\u2019au crime sans rencontrer d\u2019obstacle.<\/p>\n<p>Une citation<br \/>\n\u00ab Dans ma jeunesse, on croyait que les religions c\u2019\u00e9tait d\u00e9pass\u00e9 \u00bb (Alain Souchon).<br \/>\nQui \u00e7a, \u201con\u201d ? Nombre d\u2019entre nous ont v\u00e9cu leur jeunesse \u00e0 l\u2019abri de cette pr\u00e9tendue unanimit\u00e9 dans le doute et ne s\u2019en portent pas plus mal.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3593 paru le 7 Octobre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Tabac tabou<br \/>\nJe n\u2019ai pas tr\u00e8s bien compris si Marc Cohen, qui d\u00e9fendait l\u2019autre jour, sur Europe 1 son recueil de textes Je fume, pourquoi pas vous ? (Pauvert), est m\u00e9decin ou non, mais une chose est certaine, c\u2019est qu\u2019il est courageux. Il nous a rappel\u00e9, avec une indignation ricanante, la campagne t\u00e9l\u00e9visuelle r\u00e9cente o\u00f9 l\u2019on voit des enfants prendre le pouvoir contre les adultes en criant : \u00ab Le tabac, c\u2019est tabou, on en viendra tous \u00e0 bout ! \u00bb<br \/>\nIl suffit de lire sur Internet les r\u00e9actions que suscite ce petit film pour s\u2019apercevoir que Marc Cohen n\u2019est pas le seul \u00e0 y d\u00e9celer une anomalie. L\u2019impudence du bon droit chez les enfants commence \u00e0 sentir le roussi.<br \/>\nQuand on cherche \u00e0 mobiliser la jeunesse contre les mauvaises habitudes de ses a\u00een\u00e9s, on croit faire de la prophylaxie, mais on emprunte un chemin balis\u00e9 par le Diable. Quand on r\u00e9alise une s\u00e9rie comme l\u2019insupportable campagne didactique diffus\u00e9e par les cha\u00eenes publiques cet \u00e9t\u00e9, o\u00f9 l\u2019on voyait des enfants r\u00e9\u00e9duquer leurs parents en faveur de l\u2019\u00e9cologie domestique, on ne se doute pas qu\u2019on est entr\u00e9 en zone rouge. Et pourtant c\u2019est le cas. En 1937, les enfants russes contr\u00f4laient les tendances bourgeoises de leur p\u00e8re dans les m\u00eames conditions. Quand on voit au journal de 13 heures un reportage sur une \u00e9cole mod\u00e8le o\u00f9 les \u00e9l\u00e8ves apprennent le fran\u00e7ais de mani\u00e8re atypique, ce qui leur permet, nous dit-on, d\u2019en remontrer \u00e0 leurs parents le soir, on est stup\u00e9fait d\u2019entendre une m\u00e8re expliquer avec satisfaction que sa fille lui fait chercher la solution de ses exercices, et l\u2019oblige \u00e0 se \u201cremettre en question\u201d.<br \/>\nOn aimerait qu\u2019une fois, une seule fois, quelqu\u2019un se dresse contre nos institutions et nos associations pour rappeler que dans une soci\u00e9t\u00e9 saine les enfants ne r\u00e9\u00e9duquent pas leurs parents. On aimerait que quelqu\u2019un ose dire sur un plateau que la vertu, quand elle est impos\u00e9e par les pr\u00e9-adolescents avec l\u2019approbation explicite et d\u00e9magogue du pouvoir politique, n\u2019a jamais men\u00e9 qu\u2019\u00e0 un seul r\u00e9gime : la tyrannie.<\/p>\n<p>Courage discret<br \/>\nCharles Villeneuve et son Droit de savoir se penchaient r\u00e9cemment sur les actions du Raid. On accuse souvent les cha\u00eenes de rouler pour l\u2019un ou l\u2019autre, mais l\u2019\u00e9mission, quand elle a \u00e9voqu\u00e9 la prise d\u2019otages de Neuilly-sur-Seine, n\u2019a pas cit\u00e9 le nom de Nicolas Sarkozy. Les images le montraient : il \u00e9tait pourtant au c\u0153ur de la n\u00e9gociation.<br \/>\nL\u2019honn\u00eatet\u00e9 oblige donc \u00e0 rappeler, comme l\u2019a fait une autre \u00e9mission d\u2019actualit\u00e9 il y a plusieurs mois, que le maire de Neuilly est entr\u00e9 dans la classe, o\u00f9 il a parlement\u00e9 avec un homme arm\u00e9 pour lui arracher finalement un jeune otage en n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 lui tourner le dos au moment de sortir de la salle. J\u2019ignore quel est le destin politique de Nicolas Sarkory. Mais c\u2019est incontestablement durant cette \u00e9preuve, du 13 au 15 mai 1993, qu\u2019il s\u2019est forg\u00e9 aux yeux du public une stature d\u2019homme d\u2019\u00c9tat.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3594 paru le 14 Octobre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Chantage institutionnel<br \/>\n\u00c0 propos de l\u2019ouverture des n\u00e9gociations avec la Turquie, les cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision et les stations de radio ont fait preuve d\u2019un z\u00e8le impressionnant dans la propagande.<br \/>\nOn a pu entendre un recteur d\u2019acad\u00e9mie, un Turc, nous dire en r\u00e9sum\u00e9 : \u201cDonnez de l\u2019argent et du travail \u00e0 nos jeunes, sans quoi ils vont se f\u00e2cher contre vous.\u201d Nos instances nous disaient \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame chose en nous rappelant que la menace int\u00e9griste \u00e9tait \u00e0 nos portes, et qu\u2019il ne fallait pas m\u00e9contenter des voisins si nombreux et susceptibles.<br \/>\nUne journaliste n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 demander \u00e0 une jeune \u00e9tudiante : \u00ab Quelle opinion vous faites-vous de la France et de son comportement des derniers mois \u00e0 l\u2019\u00e9gard de votre pays ? \u00bb L\u2019emploi du mot \u201ccomportement\u201d est significatif. Il veut dire que la partie qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre jug\u00e9e n\u2019est point celle qui r\u00e9clame, mais celle qui r\u00e9siste.<br \/>\nTout cela est inqui\u00e9tant : d\u2019abord, l\u2019insistance m\u00e9diatique en faveur de la politique de la porte ouverte sent un peu le coup mont\u00e9. Ensuite, toute r\u00e9sistance au chantage \u00e0 l\u2019int\u00e9grisme est d\u00e9sormais per\u00e7ue comme un repli identitaire. Enfin, l\u2019ignorance historique dont t\u00e9moignent nombre de commentaires effraie. La palme revient \u00e0 un pr\u00e9tendu sp\u00e9cialiste qui nous a dit sur Europe 1 : \u00ab La France et la Turquie avaient historiquement de bons rapports et puis soudain, depuis trente ans, on ne sait pas pourquoi, les choses se sont d\u00e9grad\u00e9es. \u00bb<br \/>\nEvidemment, on sait tr\u00e8s bien pourquoi. L\u2019histoire remonte \u00e0 Fran\u00e7ois Ier qui, prisonnier de Charles Quint, a signifi\u00e9 son accord \u00e0 Soliman pour la prise de Budapest afin d\u2019affaiblir le camp allemand. Depuis trente ans nos rapports avec l\u2019Allemagne se sont fortement am\u00e9lior\u00e9s, et la tradition proturque s\u2019est perdue parce que la solidarit\u00e9 europ\u00e9enne est meilleure.<br \/>\nNotre distance avec la Turquie semble donc proportionnelle \u00e0 nos dissensions continentales. Quand les Europ\u00e9ens s\u2019unissent, Istanbul s\u2019\u00e9loigne, quand ils se querellent, elle s\u2019invite. Est-ce de tr\u00e8s bon augure ?<\/p>\n<p>Frime et ch\u00e2timent<br \/>\nLe m\u2019as-tu-vu de la semaine \u00e9tait un jeune homme de 24 ans qui se pr\u00e9tendait producteur \u00e0 Cannes et que nous pr\u00e9sentait le magazine Strip-Tease. On aura rarement vu un tel condens\u00e9 de vanit\u00e9 ! Flanqu\u00e9 d\u2019une attach\u00e9e de production ramass\u00e9e dans un tabac de Meurthe-et-Moselle, il d\u00e9barquait au volant d\u2019une voiture de location dans les soir\u00e9es sur invitation pour vendre un sc\u00e9nario qui r\u00e9clamait le concours de 13 000 figurants au Venezuela !<br \/>\nCe reportage, qui aurait pu \u00eatre tendre si le personnage avait consenti \u00e0 ne croire \u00e0 ses fadaises qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9, nous brossait le portrait d\u2019un mythomane en pleine bouff\u00e9e d\u00e9lirante. Les singeries auxquelles il se livrait pour avoir l\u2019air d\u2019un gagnant sur la Croisette nous emplissaient de piti\u00e9. Elles \u00e9taient surtout accablantes pour le monde auquel il voulait appartenir et qui \u00e9tait incapable de le repousser avec la fermet\u00e9 n\u00e9cessaire.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3595 paru le 21 Octobre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>G\u00e9n\u00e9ration Narcisse<br \/>\nL\u2019autre soir devant la Star Ac\u2019, un vieil ami dont la petite fille est \u00e2g\u00e9e de 17 ans me parlait de l\u2019escroquerie qui consiste \u00e0 pr\u00e9tendre que Johnny Hallyday ou Serge Lama gardent une popularit\u00e9 parmi les adolescents.<br \/>\nL\u2019an pass\u00e9, Michel Sardou parrainait la fameuse acad\u00e9mie et le malentendu sautait aux yeux : la g\u00e9n\u00e9ration du baby-boom n\u2019en finit plus de se regarder dans le miroir. Le public sexag\u00e9naire s\u2019attendrit sur sa propre jeunesse, obligeant enfants et petits-enfants \u00e0 communier dans le culte du rock d\u2019apr\u00e8s-guerre et de la Harley Davidson. Mais les adolescents n\u2019en pensent pas moins que de Brialy \u00e0 Ardisson, ce monde-l\u00e0 est truff\u00e9 de raseurs nostalgiques.<br \/>\nD\u2019ailleurs, paradoxalement, ce qui t\u00e9moigne de l\u2019indiff\u00e9rence des pr\u00e9pub\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9gard des vieilles gloires de la sc\u00e8ne fran\u00e7aise, c\u2019est que les disques de Sardou, Mich\u00e8le Torr ou Aznavour se vendent bien. Ils sont peu pirat\u00e9s sur Internet, la proportion de t\u00e9l\u00e9chargeurs compulsifs \u00e9tant assez faible entre 50 et 70 ans.<\/p>\n<p>Malaise sur la \u201cMarseillaise\u201d<br \/>\nIl n\u2019y a gu\u00e8re que Pierre B\u00e9nichou qui ose ricaner ouvertement de l\u2019intouchable Zidane dans l\u2019\u00e9mission de Ruquier, en singeant son \u00e9ternel \u201cIls nous ont mis la pression\u201d. Le reste des commentateurs est saisi d\u2019un respect stalinien devant cet embl\u00e8me d\u2019int\u00e9gration qui ne chante pas la Marseillaise. Quand on regarde un match de football, il faut \u00eatre vraiment myope pour ne pas mesurer le malaise qui s\u2019installe. La cam\u00e9ra l\u2019illustre de mani\u00e8re impitoyable : pendant que l\u2019entra\u00eeneur et le gardien de but s\u2019\u00e9poumonent, la plupart des autres serrent les l\u00e8vres de mani\u00e8re explicite. La g\u00e9n\u00e9ration d\u2019enfants \u00e0 qui le gouvernement a choisi d\u2019apprendre de nouveau la Marseillaise dans les \u00e9coles va s\u2019inspirer du rejet de l\u2019\u00e9quipe de France au lieu d\u2019\u00e9couter l\u2019institutrice, c\u2019est couru d\u2019avance. La situation est d\u2019autant plus caricaturale qu\u2019un canular vient de nous rappeler une \u00e9vidence : la fermet\u00e9 en la mati\u00e8re aurait pu payer depuis longtemps. En se faisant passer pour le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, en r\u00e9clamant un geste en faveur de la Nation, un imitateur vient d\u2019obtenir un ch\u0153ur patriotique unanime.<br \/>\nEt puisqu\u2019il est question de mauvaises influences, comment ne pas d\u00e9plorer que Zidane crache avant le match sur la moquette verte des vestiaires, devant dix millions de t\u00e9l\u00e9spectateurs ? L\u2019entretien des couloirs dans les coll\u00e8ges \u201cdifficiles\u201d va s\u2019en ressentir. Mais le gouvernement pr\u00e9f\u00e9rera lancer une campagne nationale en faveur du civisme, plut\u00f4t que d\u2019en rappeler les r\u00e8gles \u00e0 qui les ignore.<\/p>\n<p>Dans le texte<br \/>\nEntendu sur France 2, d\u2019une jeune g\u00e9n\u00e9raliste parisienne, ce t\u00e9moignage que j\u2019ai consign\u00e9 d\u2019une plume f\u00e9brile : \u00ab Il y a des gens mal mutualis\u00e9s pour lequel je suis oblig\u00e9e de faire tr\u00e8s attention \u00e0 comment j\u2019oriente les examens. \u00bb On dirait du Martine Aubry.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3596 paru le 28 Octobre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Cosm\u00e9tique de la pens\u00e9e<br \/>\nIl existe \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision un ph\u00e9nom\u00e8ne que l\u2019on remarque de moins en moins mais qui s\u2019installe de plus en plus, c\u2019est la d\u00e9mocratie du micro-trottoir. Quand on veut demander aux gens leur avis, que fait-on ? On leur tend le micro.<br \/>\nCe n\u2019est pas un proc\u00e9d\u00e9 nouveau : les vieux pr\u00e9sentateurs, qu\u2019on appelait encore des speakers, le faisaient d\u00e9j\u00e0 en 1965. Ils pr\u00e9c\u00e9daient une \u00e9quipe technique tr\u00e8s lourde avec une bonnette \u00e0 fil, ils tiraient le passant qu\u2019ils interrogeaient vers un projecteur, ils lui orientaient le visage vers la cam\u00e9ra, c\u2019est \u00e0 peine s\u2019ils ne redressaient pas sa cravate au milieu de la prise. Et pourtant, g\u00e9n\u00e9ralement, on entendait l\u2019interrog\u00e9 prof\u00e9rer une vraie opinion, avec ses h\u00e9sitations et ses incongruit\u00e9s. Non seulement elle n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9natur\u00e9e au montage mais elle avait le droit de rester la seule.<br \/>\nCe qui a chang\u00e9, ce ne sont pas seulement les moyens techniques, mais la cosm\u00e9tique de la pens\u00e9e. Aujourd\u2019hui une opinion n\u2019a pas le droit de rester la seule, il faut absolument trouver quelqu\u2019un qui ne la partage pas, ce qui oblige \u00e0 des acrobaties douteuses. Imaginez que la question (comme souvent d\u2019ailleurs) cherche \u00e0 enfoncer une porte ouverte. Il ne faut pas que la porte c\u00e8de trop vite. Il faut d\u2019abord jouer \u00e0 la d\u00e9mocratie. Un exemple : \u201cCette statue en c\u00e9ramique jaune d\u2019or, qui orne le rond-point d\u2019entr\u00e9e de ce village du XVIe si\u00e8cle, est-elle \u00e0 sa place dans un d\u00e9cor class\u00e9 ?\u201d Pour r\u00e9pondre, on choisit deux personnes qui trouvent la sculpture immonde et qui fournissent des arguments de bon sens. Mais il faut absolument trouver une troisi\u00e8me personne qui d\u00e9clare que \u00e7a ne la choque pas du tout. Peu importe que cette personne repr\u00e9sente un centi\u00e8me de l\u2019opinion, la voil\u00e0 promue, par la t\u00e9l\u00e9vision, \u00e0 un tiers.<br \/>\nVous appliquez le principe qui pr\u00e9c\u00e8de \u00e0 n\u2019importe quoi, le co\u00fbt de la vie, la candidature de Jack Lang ou la popularit\u00e9 du pape, et vous obtenez des affirmations qui, annul\u00e9es en permanence par leur contraire, ne refl\u00e8tent jamais l\u2019\u00e9tat r\u00e9el de l\u2019opinion. Jamais vous n\u2019arrivez \u00e0 d\u00e9gager une impression d\u2019unanimit\u00e9, ou tout au moins de majorit\u00e9 \u00e9crasante. On a l\u2019impression que le journalisme t\u00e9l\u00e9 est toujours l\u00e0 pour mod\u00e9rer le sentiment des Fran\u00e7ais sur tel ou tel sujet au lieu d\u2019en rendre compte. Il se creuse sans cesse pour avoir l\u2019air d\u2019un contre-pouvoir devant les r\u00e9actions de la rue. Quand une indignation se manifeste, il la livre au doute avant qu\u2019elle ne s\u2019affirme.<br \/>\n\u00c0 force, les gens qui la partagent s\u2019en rendent compte. Ils enragent de sentir partout l\u2019empreinte du mod\u00e9rateur, comme on dit sur les forums d\u2019Internet. Ils se plaignent en priv\u00e9 qu\u2019aucun enthousiasme, aucune r\u00e9probation ne sortent intacts de ce laminoir. Quand on temp\u00e8re ainsi la majorit\u00e9 par l\u2019exception au point de donner, \u00e0 l\u2019un et l\u2019autre, par exemple \u00e0 Dominique de Villepin et \u00e0 No\u00ebl Mam\u00e8re, le m\u00eame temps de parole, on agace s\u00e9rieusement la majorit\u00e9, ce qui n\u2019est jamais tr\u00e8s prudent.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3597 paru le 4 Novembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Principe de pr\u00e9caution<br \/>\nGrippe aviaire, r\u00e9cidivistes, violeurs en s\u00e9rie, les campagnes dites de sensibilisation sont toujours justifi\u00e9es par un fond de v\u00e9rit\u00e9. Mais \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, le fond tapisse les murs. La v\u00e9rit\u00e9 est multipli\u00e9e par dix. Or, quand on multiplie la v\u00e9rit\u00e9, elle devient un mensonge.<br \/>\nDans une \u00e9mission qui pr\u00e9tend combattre les arnaques et prendre la d\u00e9fense des consommateurs abus\u00e9s par un agent immobilier ou un assureur, on nous montre certes des gens \u00e9trangl\u00e9s par le syst\u00e8me, ha\u00efs par leurs voisins, harcel\u00e9s par leur employeur. Mais ce qu\u2019on ne nous montre pas, c\u2019est combien, d\u00e8s le lendemain, nous changeons de regard sur notre employeur, notre voisin ou sur notre assureur. Quitte \u00e0 devenir injustes nous-m\u00eames \u00e0 leur \u00e9gard.<br \/>\n\u00c0 la t\u00e9l\u00e9vision, il suffit de quelques minutes pour que l\u2019exception ait valeur d\u2019exemple \u2013 \u00e0 charge. Apr\u00e8s une \u00e9mission sur la criminalit\u00e9, les escrocs, les fili\u00e8res d\u2019immigration clandestine, le principe de pr\u00e9caution exerce une v\u00e9ritable tyrannie sur les esprits.<br \/>\nIl y a un an, en pleine vague terroriste, on interrogeait des grands-m\u00e8res dans un village du Cantal, r\u00e9gion o\u00f9 la menace islamiste, convenons-en, est assez mod\u00e9r\u00e9e. Eh bien les grands-m\u00e8res du Cantal \u00e9taient d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 tout faire pour \u00e9chapper aux terroristes. Elles se promettaient de raser les murs entre l\u2019\u00e9glise et la sup\u00e9rette.<\/p>\n<p>Couverture d\u00e9mocratique<br \/>\nOn parlait l\u2019autre jour des multir\u00e9cidivistes sur Public S\u00e9nat (une cha\u00eene qui gagne \u00e0 \u00eatre regard\u00e9e, comme le souligne son directeur, et je ne dis pas cela uniquement parce qu\u2019il me l\u2019a recommand\u00e9). Le plateau de d\u00e9bat s\u2019appelle Bouge la France, hommage involontaire au slogan de campagne de Fran\u00e7ois Bayrou, qui ajoutait \u00e0 la tendance jeune-sympa le tutoiement super-cool, ce qui donnait \u201cBouge ta France\u201d (d\u00e9fense de pouffer).<br \/>\n\u00c0 part ce l\u00e9ger d\u00e9tail, l\u2019\u00e9mission est tr\u00e8s regardable et la cha\u00eene aussi. Les parlementaires et les autres (qu\u2019on serait presque tent\u00e9 d\u2019appeler les la\u00efques de la politique) ne sont ni interrompus ni malmen\u00e9s par un personnel m\u00e9diatique narcissique et grossier. Les pr\u00e9sentateurs ne gardent pas une oreille en r\u00e9gie et un \u0153il sur l\u2019Audimat. Leurs invit\u00e9s n\u2019en sont que plus d\u00e9tendus.<br \/>\nRappelons que la conduite du personnel t\u00e9l\u00e9visuel exerce une influence consid\u00e9rable sur le comportement de l\u2019invit\u00e9. Ceux qui ont r\u00e9pondu \u00e0 un pr\u00e9sentateur qui regarde ses fiches, ou qui v\u00e9rifie son maquillage sur l\u2019\u00e9cran de contr\u00f4le, savent de quoi il est question. \u00c0 l\u2019inverse, quand l\u2019important est le contenu, \u00e7a finit par se voir. Et sur Public S\u00e9nat, \u00e7a se voit.<br \/>\nReste \u00e0 savoir qui regarde. Quand on n\u2019est pas abonn\u00e9 \u00e0 TPS, quand on n\u2019a pas la TNT, on fait partie des citoyens qui n\u2019ont qu\u2019\u00e0 se d\u00e9brouiller. Le probl\u00e8me est encore plus aigu pour France Info, une station de radio qui n\u2019atteint m\u00eame pas 90 % de couverture dans les villes de plus de 20 000 habitants, sans parler des campagnards et des montagnards, qui la financent sans la recevoir.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3598 paru le 10 Novembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Reverse engineering<br \/>\nApr\u00e8s un reportage montrant une douzaine de voitures retourn\u00e9es, au deuxi\u00e8me jour des incidents dans la banlieue nord, le pr\u00e9fet de Seine-Saint-Denis nous a divertis en d\u00e9clarant textuellement sur TF1 : \u00ab Je ne pense pas qu\u2019on puisse parler d\u2019\u00e9meutes, puisqu\u2019il n\u2019y a pas eu d\u2019affrontement entre les policiers et les jeunes. \u00bb<br \/>\nVoil\u00e0 qui est commode. En somme, pour ne pas avoir \u00e0 qualifier les faits, il suffisait que la police \u00e9vite le contact. Les jours suivants, comme on le sait, la m\u00e9thode s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e insuffisante et le contact fut difficile \u00e0 \u00e9viter. Mais la t\u00e9l\u00e9vision n\u2019est pas avare de ressources. Non seulement elle est capable de modifier la lecture de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, mais elle peut changer sa nature. Nous avons vu des habitantes de l\u2019une des cit\u00e9s en flammes s\u2019adresser aux jeunes pour les conjurer en direct d\u2019arr\u00eater de br\u00fbler des voitures. Au nom de quoi ? De l\u2019ordre public ? De la morale ? De la raison ? Pas le moins du monde. De la solidarit\u00e9 de classe. Je cite l\u2019une d\u2019elles : \u00ab \u00c7a n\u2019a aucun sens de br\u00fbler nos voitures, on n\u2019est pas des bourges, on travaille, nos voitures, on en a besoin. \u00bb<br \/>\nExplication de texte : les bourges, c\u2019est connu, n\u2019ont pas besoin de leurs voitures. Ils ne travaillent pas pour les acheter. C\u2019est pourquoi on peut les br\u00fbler impun\u00e9ment. Pratiqu\u00e9 dans les arrondissements chic, cet exercice peut m\u00eame signifier quelque chose.<br \/>\nQuand on entend prof\u00e9rer un jugement \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, il faut donc toujours en tirer la philosophie implicite, en remontant aux sources id\u00e9ologiques du discours. La m\u00e9thode du reverse engineering s\u2019applique tr\u00e8s bien \u00e0 la psychologie.<\/p>\n<p>Intimidation<br \/>\nDans ce contexte assez particulier on s\u2019interroge beaucoup, comme l\u2019autre soir sur Europe 1, sur les m\u00e9thodes \u00e0 adopter pour juguler la violence juv\u00e9nile. Des sp\u00e9cialistes d\u00e9filent sans arr\u00eat au micro, mais aucun d\u2019eux ne consent \u00e0 nous dire l\u2019essentiel : il s\u2019agit avant tout d\u2019une affaire d\u2019intimidation. Le pouvoir est d\u00e9sormais oblig\u00e9 de parler \u00e0 ces jeunes un langage qui lui r\u00e9pugne, celui du ca\u00efd. C\u2019est pourtant le seul qu\u2019ils veulent entendre. Et ils ont raison de l\u2019exiger puisqu\u2019il s\u2019agit de savoir qui fait la loi, au propre comme au figur\u00e9.<br \/>\nSi la question se r\u00e9sume \u00e0 cela, autant s\u2019inspirer tout de suite des m\u00e9thodes de Supernanny, par exemple. Il faut inviter le pouvoir politique \u00e0 m\u00e9diter l\u2019une des grandes le\u00e7ons de cette \u00e9mission : l\u2019intimidation des enfants est beaucoup plus facile avant l\u2019\u00e2ge de 10 ans qu\u2019apr\u00e8s la pubert\u00e9. Aussi conviendrait-il peut-\u00eatre d\u2019emp\u00eacher le personnel de l\u2019\u00c9ducation nationale de ruiner l\u2019image de l\u2019autorit\u00e9 d\u00e8s l\u2019\u00e9cole maternelle. Une politique efficace de la ville devrait donc commencer par le recrutement de ma\u00eetres d\u2019\u00e9cole capables de donner une \u00e2me, une morale, une discipline aux enfants avant que la rue ne s\u2019en charge. Mais qui, dans la France d\u2019aujourd\u2019hui, osera intimider les enfants de 5 ans contre le lobby des p\u00e9dagogues et celui des parents incapables ?<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3599 paru le 17 Novembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Trois ridicules<br \/>\nDans une certaine g\u00e9n\u00e9ration, la mienne, tout le monde est tomb\u00e9 au moins une fois sur un album de Druillet, g\u00e9n\u00e9ralement chez un ami \u00e9tudiant en m\u00e9decine, ou un \u00e9l\u00e8ve des \u00e9coles scientifiques, enfin quelqu\u2019un qui n\u2019avait pas toujours eu le temps de lire les M\u00e9moires de Saint-Simon. Pourquoi cette pr\u00e9cision qui h\u00e9site au bord du d\u00e9dain ? Parce qu\u2019il faut bien dire que le dessinateur Druillet, malgr\u00e9 un univers graphique \u00e9blouissant fortement inspir\u00e9 des murailles de Piran\u00e8se, n\u2019a jamais pass\u00e9 pour un sc\u00e9nariste de g\u00e9nie. C\u00f4t\u00e9 dialogues, c\u2019\u00e9tait encore pire, son h\u00e9ros couvert de cuir et de clous d\u00e9barquait dans le coin droit d\u2019un palais improbable \u00e9rig\u00e9 en spirale sur un ciel volcanique, une sorte de repr\u00e9sentation architecturale de l\u2019enfer de Dante \u00e9tal\u00e9e sur une double page et il criait un truc banal du genre : \u201cmince alors\u201d.<br \/>\nEh bien, dans les Rois maudits, nous avons vu le contraire. Les dialogues, la mal\u00e9diction, tout cela \u00e9tait hautain et solennel \u00e0 souhait, avec une pinc\u00e9e de vieux fran\u00e7ais, mais le d\u00e9cor de Druillet avait un c\u00f4t\u00e9 \u201cOp\u00e9ra de quat\u2019sous\u201d qui faisait un peu piti\u00e9.<br \/>\nOui, je sais, la presse a paru ravie de voir transformer la France de l\u2019\u00e9poque en \u201cunivers baroque\u201d, et il n\u2019y avait rien l\u00e0 de g\u00eanant, sauf que la production s\u2019est arr\u00eat\u00e9e en route. Si les personnages avaient \u00e9t\u00e9 grim\u00e9s eux-m\u00eames de fa\u00e7on baroque, si on avait confi\u00e9 les costumes \u00e0 Jean-Paul Gaultier comme dans le Cinqui\u00e8me \u00c9l\u00e9ment, c\u2019\u00e9tait coh\u00e9rent (Maurice Druon, qui d\u2019apr\u00e8s la rumeur n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s content, l\u2019aurait \u00e9t\u00e9 encore moins, mais il y a longtemps que l\u2019auteur, dans ce genre d\u2019op\u00e9rations, n\u2019a plus son mot \u00e0 dire).<br \/>\nLe premier ridicule r\u00e9sidait dans le m\u00e9lange entre les costumes \u00e0 tendance Malet-Isaac et le baroque du d\u00e9cor. Il fallait choisir. De m\u00eame, on n\u2019a gu\u00e8re vu de personnages \u00e9dent\u00e9s, scrofuleux, aux cheveux gras, et pour cause : le casting \u00e9tait beaucoup trop rive gauche. C\u2019est le deuxi\u00e8me ridicule. Par moments, on avait l\u2019impression d\u2019\u00eatre sur le plateau d\u2019Ardisson. Jeanne Moreau rayonnait, Brialy avec son bonnet en poil de chat ressemblait \u00e0 un Lapon d\u2019Avignon, Line Renaud \u00e9tait dix fois moins truculente que dans les films de Gabriel Aghion, en r\u00e9sum\u00e9 c\u2019\u00e9tait une boum costum\u00e9e \u00e0 l\u2019usage des people.<br \/>\nMais le plus ridicule de tout, c\u2019est le budget qui a \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9 sur fonds publics pour un machin pareil. En somme, pour la direction de Marc Tessier, non seulement le bouquet final a co\u00fbt\u00e9 cher mais toutes les fus\u00e9es ne sont pas parties. Heureusement qu\u2019avec le couvre-feu, l\u2019audience \u00e9tait au rendez-vous.<\/p>\n<p>Stage de parentalit\u00e9<br \/>\n\u00c0 ce propos, RMC, qui a couvert les \u00e9meutes de fa\u00e7on exemplaire (t\u00e9moignages d\u2019auditeurs, points de vue contradictoires), nous a rapport\u00e9 qu\u2019une certaine Farida M. , d\u00e9pass\u00e9e par ses cinq gar\u00e7ons, avait \u00e9t\u00e9 gard\u00e9e \u00e0 vue puis condamn\u00e9e \u00e0 suivre un stage de \u201cparentalit\u00e9\u201d. \u00c0 tous ceux qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s par une veuve de guerre, cette information doit para\u00eetre offensante.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3397 paru le 4 Janvier 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Catilinaires<br \/>\nQuand on voit l\u2019usage qu\u2019en fait la t\u00e9l\u00e9vision, on comprend que le monde politique fran\u00e7ais se m\u00e9fie de la d\u00e9mocratie directe.<br \/>\nTout a commenc\u00e9 il y a trente ou quarante ans, quand Pierre Tchernia venait pr\u00e9senter aux enfants des extraits de dessins anim\u00e9s le dimanche apr\u00e8s-midi. On votait pour Blanche-Neige. Le standard \u201csautait\u201d. C\u2019\u00e9tait la pr\u00e9histoire, l\u2019Atlantide, l\u2019Antiquit\u00e9 grecque du pl\u00e9biscite cathodique.<br \/>\nEnsuite les standards t\u00e9l\u00e9phoniques sont devenus des instituts de sondage. L\u2019apparition de la touche \u201c\u00e9toile\u201d a permis de raffiner les choix. Le public a pris l\u2019habitude de se regarder dans le poste, comme la m\u00e9chante reine de Perrault, pour \u00eatre flatt\u00e9 toujours davantage. D\u00e9sormais, on commande des sondages partout. On en suscite. Quand bien m\u00eame aucun th\u00e8me particulier ne serait abord\u00e9 sur les plateaux avec le secours de la Sofres, les chiffres d\u2019audience tombent le matin pour nous dire qui a \u201ccartonn\u00e9\u201d la veille.<br \/>\nIl n\u2019y a qu\u2019un seul ennui : nos contemporains sont consult\u00e9s de plus en plus souvent sur des sujets de moins en moins importants. Par exemple, on leur demande leur avis sur Loana mais pas sur les Balkans.<br \/>\nA bien y r\u00e9fl\u00e9chir, ce n\u2019est pas le seul ennui. Parce qu\u2019au bout d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration, ils d\u00e9plorent ce m\u00e9pris jusqu\u2019\u00e0 infliger aux politiciens des gifles du type \u201ccandidature de Coluche\u201d ou \u201cpl\u00e9biscite de Bernard Tapie\u201d.<br \/>\nLa derni\u00e8re s\u2019appelle Jean-Pascal. Elle nous vient de l\u2019affligeant Star Academy, dont les producteurs ont livr\u00e9 la plupart des cl\u00e9s au public. But du jeu : d\u00e9signer une vedette de la chanson au terme d\u2019un processus de s\u00e9lection mal ficel\u00e9, o\u00f9 le vote des t\u00e9l\u00e9spectateurs rev\u00eatait une importance d\u00e9mesur\u00e9e. Le crit\u00e8re dominant devait \u00eatre le talent. Les professeurs de l\u2019\u201cacad\u00e9mie\u201d \u00e9taient l\u00e0 pour le d\u00e9celer. Or l\u2019identification au h\u00e9ros a jou\u00e9 presque jusqu\u2019au bout en sens contraire.<br \/>\nLe sous-dou\u00e9 de la bande, un nomm\u00e9 Jean-Pascal, une sorte de Cantona qui aurait fait un stage chez Patrick S\u00e9bastien, a multipli\u00e9 les foucades et les faux d\u00e9parts. Il a fini par exciter chez le public un d\u00e9sir de revanche contre la m\u00e9canique \u00e9litiste. Son comportement de forte t\u00eate qui n\u2019a d\u2019autre g\u00e9nie que l\u2019appel au peuple a contraint la production \u00e0 changer les r\u00e8gles du jeu pour juguler une popularit\u00e9 \u00e0 la Catilina. Sa vulgarit\u00e9, sa mauvaise humeur, son vocabulaire de cinquante mots ne lui ont pas nui. Dans les derni\u00e8res semaines, le vote l\u2019a remis en selle \u00e0 chaque fois. Il a promis de s\u2019amender, d\u2019\u00eatre moins paresseux, et hop ! 60 % des t\u00e9l\u00e9spectateurs ont r\u00e9clam\u00e9 son retour par t\u00e9l\u00e9phone.<br \/>\nC\u2019est bien fait. Il ne fallait pas donner le micro \u00e0 un crooner de caf\u00e9-tabac qui d\u00e9clare : \u00ab Moi j\u2019aime pas la danse, c\u2019est un truc de p\u00e9d\u00e9s ! \u00bb Il ne fallait pas laisser vibrer la corde de la m\u00e9diocrit\u00e9 vengeresse. En revanche, il faudrait que le personnel politique se procure les cassettes de l\u2019\u00e9mission avant le mois d\u2019avril\u2026<\/p>\n<p>Christian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3600 paru le 25 Novembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Haricots pirates<br \/>\nArte se penchait r\u00e9cemment sur l\u2019affaire du haricot jaune du Mexique, qu\u2019un fermier am\u00e9ricain a fait breveter subrepticement aux \u00c9tats-Unis, obligeant les exportateurs mexicains \u00e0 payer des royalties sur une vari\u00e9t\u00e9 qui remonte chez eux \u00e0 l\u2019\u00e8re pr\u00e9colombienne.<br \/>\nL\u2019\u00e9mission montrait d\u2019autres cas de biopiraterie, comme celui du margousier, qui secr\u00e8te une s\u00e8ve miraculeuse dont le brevet ill\u00e9gal vient d\u2019\u00eatre annul\u00e9, sous la pression du peuple indien, par l\u2019office comp\u00e9tent en Europe.<br \/>\nDe tout cela, il r\u00e9sultait que l\u2019usage des brevets est d\u00e9voy\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 obliger les hommes \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur la philosophie de la propri\u00e9t\u00e9. L\u2019un des Amazoniens interrog\u00e9s pendant le reportage disait fort justement que ce n\u2019est pas nous qui sommes d\u00e9tenteurs de la nature mais \u00ab une force qui nous est sup\u00e9rieure \u00bb.<br \/>\nTout le monde admet pourtant qu\u2019une juste codification de la propri\u00e9t\u00e9 est source de richesse. Dans tous les pays collectivistes o\u00f9 le patrimoine individuel a \u00e9t\u00e9 r\u00e9tabli, le revenu par habitant s\u2019est rapidement \u00e9lev\u00e9. Il reste \u00e0 d\u00e9finir le champ de ce qui peut \u00eatre ali\u00e9n\u00e9. Une firme de papiers peints ne peut tout de m\u00eame pas breveter les rayures du z\u00e8bre !<br \/>\nLes abus les plus graves sont d\u2019ailleurs les moins visibles. Nombre de parents, par exemple, se comportent comme s\u2019ils \u00e9taient les auteurs de la vie de leurs enfants, tout en renon\u00e7ant \u00e0 leurs responsabilit\u00e9s dans leur \u00e9ducation. Ce devrait \u00eatre l\u2019inverse. Chacun commence \u00e0 s\u2019en douter.<\/p>\n<p>\u00c2neries t\u00e9l\u00e9<br \/>\nIl suffit d\u2019ouvrir une page \u201c\u00e2neries t\u00e9l\u00e9\u201d dans son calepin pour qu\u2019elle se comporte comme un attrape-mouche. Voici quelques exemples \u00e0 la vol\u00e9e.<br \/>\nPendant les \u00e9meutes, une Beurette surexcit\u00e9e commente le couvre-feu au micro de TF1 : \u00ab Franchement, j\u2019suis bac +5, Madame, et j\u2019peux plus sortir dehors. \u00bb Avec un style pareil et en vertu de la discrimination positive, elle devrait \u00eatre agr\u00e9g\u00e9e.<br \/>\n(Notons au passage que, lorsqu\u2019une phrase sur deux commence par \u201cfranchement\u201d, il est permis de douter de la franchise de celui qui parle, or dans les \u201cquartiers\u201d c\u2019est devenu la ponctuation ordinaire).<br \/>\nLe lendemain, sur une autre cha\u00eene, nous apprenons que \u00ab neuf personnes ont \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9es, dont presque la moiti\u00e9 n\u2019avait pas 18 ans \u00bb. Traduction : quatre \u00e9taient mineures.<br \/>\nRetour sur TF1 pour une mention particuli\u00e8re : lors d\u2019une \u00e9mission de Julien Courbet, la situation de la malheureuse invit\u00e9e est r\u00e9sum\u00e9e en sous-titre : \u00ab Erreur de diagnostique (sic), son mari d\u00e9c\u00e8de. \u00bb<br \/>\nCertes, tout le monde commet des bourdes. Mais pendant dix minutes devant quatre millions de t\u00e9l\u00e9spectateurs, c\u2019est trop. Le minist\u00e8re de l\u2019\u00c9ducation nationale devrait taxer les cha\u00eenes qui compromettent l\u2019efficacit\u00e9 de son travail dans des proportions aussi effrayantes. Le m\u00eame principe pourrait \u00eatre appliqu\u00e9 \u00e0 la barbarie, qui se propage, elle aussi, par l\u2019exemple. Et Dieu sait qu\u2019en ce moment, les exemples ne manquent pas.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3601 paru le 2 D\u00e9cembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Cet homme va mourir<br \/>\nEn apprenant que Le droit de savoir (TF1) avait d\u00e9cid\u00e9 de revenir sur les images du tsunami, \u00ab au terme d\u2019une enqu\u00eate minutieuse \u00bb, on a craint le pire. L\u2019enqu\u00eate minutieuse a consist\u00e9, principalement, \u00e0 collecter les vid\u00e9os de l\u2019\u00e9v\u00e9nement au prix de transactions qu\u2019il vaut mieux ignorer. Mais par bonheur la v\u00e9rit\u00e9 du t\u00e9moignage a pr\u00e9valu sur le commentaire du style \u201cCet homme va mourir\u201d.<br \/>\nLe plus effarant de ces films montrait une famille indon\u00e9sienne un jour de mariage. Il \u00e9tait tourn\u00e9 d\u2019une terrasse \u00e0 Bandah Aceh. L\u2019op\u00e9rateur a suivi la galopade des rescap\u00e9s sur le torrent de planches qui d\u00e9valait la rue principale, avant une sorte de pont m\u00e9tallique o\u00f9 s\u2019engouffrait la mar\u00e9e des d\u00e9bris. Seul d\u00e9tail g\u00eanant, le reportage n\u2019a montr\u00e9 qu\u2019un seul cadavre au bord d\u2019un chemin. Le sort des innombrables victimes aurait sans doute m\u00e9rit\u00e9 de sortir de l\u2019abstraction. Mais l\u2019\u00e9mission n\u2019aurait pas fait la m\u00eame audience, or son seul but \u00e9tait visiblement de faire le plein.<\/p>\n<p>L\u00e2chet\u00e9<br \/>\nLes journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s ont largement couvert le proc\u00e8s en appel d\u2019Outreau et l\u2019occasion a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e plusieurs fois de revenir sur la cascade d\u2019incoh\u00e9rences dont le juge Burgaud s\u2019est montr\u00e9 coupable. On s\u2019est interrog\u00e9 sur le fait que les trois magistrats de la chambre d\u2019instruction et le procureur de la R\u00e9publique qui dirigeait l\u2019enqu\u00eate n\u2019ont pas d\u00e9cel\u00e9 les anomalies du dossier. L\u2019une des victimes relax\u00e9es lors du premier proc\u00e8s, la jeune Karine, a rappel\u00e9 que \u00ab les accusations partaient de n\u2019importe o\u00f9 \u00bb, et que \u00ab les plaignants se contredisaient d\u2019un jour \u00e0 l\u2019autre \u00bb. Mais tous les commentaires sont all\u00e9s dans le m\u00eame sens, celui d\u2019une distraction coupable, d\u2019une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 scandaleuse de la Justice.<br \/>\nOn a fait grief \u00e0 l\u2019institution de ses d\u00e9fauts d\u2019organisation, de contr\u00f4le et d\u2019expertise. Mais personne n\u2019a \u00e9voqu\u00e9 la simple hypoth\u00e8se de la l\u00e2chet\u00e9. Vous savez, ce sentiment bizarre d\u2019irresponsabilit\u00e9 panique qui vous incite \u00e0 suivre la pente g\u00e9n\u00e9rale. Quand on a jug\u00e9 les poss\u00e9d\u00e9es de Loudun, quand Staline a envoy\u00e9 ses m\u00e9decins juifs au poteau, les faiblesses du dossier n\u2019ont saut\u00e9 aux yeux de personne. Ce que d\u00e9signe le proc\u00e8s d\u2019Outreau c\u2019est avant tout l\u2019aveuglement et la crainte qui se sont empar\u00e9s de la Justice devant un sujet pr\u00e9alablement empoisonn\u00e9 par les m\u00e9dias. Au temps o\u00f9 l\u2019on br\u00fblait les sorci\u00e8res, les experts \u00e9taient, eux aussi, tous formels et les magistrats craignaient de n\u2019en jamais faire assez pour contenter la foule.<\/p>\n<p>Anniversaire<br \/>\nLe site Internet de France 2 nous a montr\u00e9 les nostalgiques du franquisme c\u00e9l\u00e9brant les 60 ans (vous avez bien lu) de la mort du Caudillo. Si c\u2019est un lapsus, il \u00e9tait r\u00e9p\u00e9t\u00e9 cinq fois, sur deux pages diff\u00e9rentes, avec une l\u00e9gende que voici \u00ab Messe de la Phalange espagnole \u00e0 la Vall\u00e9e des Morts, pour les 60 ans de la mort de Franco \u00bb. Le niveau de culture que l\u2019on exige du journalisme audiovisuel rend d\u00e9cid\u00e9ment la carri\u00e8re tr\u00e8s abordable.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3602 paru le 9 D\u00e9cembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Tonicit\u00e9<br \/>\nOn me pardonnera de revenir sur une phrase entendue il y a deux mois \u00e0 la radio, et dont un reportage de France 2 vient de nous fournir, \u00e0 son insu, la philosophie implicite : \u00ab L\u2019andrologie, c\u2019est la gyn\u00e9cologie de l\u2019homme. \u00bb<br \/>\nEh bien le cong\u00e9 paternel, \u00e0 en croire les sp\u00e9cialistes, c\u2019est le cong\u00e9 maternel du mari.<br \/>\nVoil\u00e0 en tout cas ce qui ressortait du sujet trait\u00e9 par le journal d\u2019\u00c9lise Lucet le 30 novembre dernier. Nous avons vu un psychiatre, dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom par charit\u00e9, nous expliquer que, gr\u00e2ce aux quatre mois attribu\u00e9s au p\u00e8re, l\u2019enfant savait d\u00e9sormais qu\u2019il y avait autour de lui deux personnes distinctes. Entre ces deux personnes, nous disait-il encore, le b\u00e9b\u00e9 pouvait observer certaines diff\u00e9rences \u00ab dans la voix et dans la tonicit\u00e9 \u00bb. Enfin, gr\u00e2ce au trio papa-maman-b\u00e9b\u00e9, la femme pouvait \u00e9chapper au huis clos qui l\u2019\u00e9touffait dans son \u00ab rapport \u00e0 l\u2019enfant \u00bb.<br \/>\nL\u2019explication de texte est facile. Dans la premi\u00e8re phrase, il s\u2019agit de se rendre \u00e0 une \u00e9vidence embarrassante : l\u2019enfant a besoin d\u2019un p\u00e8re. Mais, comme certains pourraient en tirer pr\u00e9texte pour r\u00e9tablir son r\u00f4le dans ce qu\u2019il a d\u2019irrempla\u00e7able, d\u2019irr\u00e9ductible, de masculin en somme, on nous explique que la seconde voix qui r\u00e9sonne aux oreilles de l\u2019enfant se caract\u00e9rise par sa \u201ctonicit\u00e9\u201d. Ce mot bizarre refl\u00e8te une forme d\u2019\u00e9nergie qui n\u2019appartient pas sp\u00e9cifiquement au genre masculin. Il pr\u00e9sente tous les avantages. On ne nous dit pas que la voix du p\u00e8re est grave ou grosse, non. Elle est tonique. Dans le couple, chacun \u00e0 sa guise peut donc assumer la charge de cette tonicit\u00e9, ce qui garantit la parit\u00e9 homme-femme. Afin de parfaire cette construction vicieuse, il reste \u00e0 illustrer que le cong\u00e9 paternel est avant tout un instrument de la lib\u00e9ration f\u00e9minine. C\u2019est l\u2019objet de la troisi\u00e8me phrase : la femme respire mieux, nous dit-on, elle \u00e9chappe \u00e0 une relation \u201c\u00e9touffante\u201d avec son enfant.<br \/>\nGr\u00e2ce \u00e0 quel genre de conduite masculine ? Son mari joue-t-il le r\u00f4le de celui qui gronde, rassure, r\u00e9pare les fen\u00eatres, refait le toit du nid conjugal ? Pas du tout. Il change les couches. Il prom\u00e8ne la poussette. Il assume les t\u00e2ches maternelles, afin de montrer qu\u2019aucune d\u2019entre elles n\u2019est sp\u00e9cifiquement f\u00e9minine. \u00c0 l\u2019exception, peut-\u00eatre, de l\u2019allaitement. Mais au train o\u00f9 vont les choses, un fabricant de lait maternis\u00e9 va lui proposer une poche pectorale \u00e9quip\u00e9e d\u2019une t\u00e9tine\u2026<\/p>\n<p>Au pied de l\u2019arbre<br \/>\nRetrouvons le m\u00eame p\u00e8re dix ans plus tard : une publicit\u00e9 pour un op\u00e9rateur Internet nous le montre accabl\u00e9 par des enfants suractifs, exigeants et bruyants, qui l\u2019obligent \u00e0 se r\u00e9fugier au sommet d\u2019un arbre pour avoir la paix. Voil\u00e0 qui surprendra peut-\u00eatre les magazines f\u00e9minins, mais la mode est en train de changer. Cette pub est d\u00e9j\u00e0 en retard. On nous parle souvent des nouveaux p\u00e8res, on nous dit qu\u2019ils sont plus ceci et moins cela. En v\u00e9rit\u00e9, tout le monde sent qu\u2019ils s\u2019appr\u00eatent \u00e0 descendre de l\u2019arbre, et le plus t\u00f4t sera le mieux.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3603 paru le 16 D\u00e9cembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Saint Nicolas priez pour eux<br \/>\nLe 5 d\u00e9cembre, l\u2019animateur m\u00e9t\u00e9o de France 2 nous l\u2019a annonc\u00e9 avec la jovialit\u00e9 contrainte de celui qui a quelque chose \u00e0 cacher : \u00ab Demain nous f\u00eaterons les Nicolas. \u00bb Derri\u00e8re lui, l\u2019\u00e9cran montrait la phase de la lune et le pr\u00e9nom Nicolas.<br \/>\nTrois ou quatre millions de nos concitoyens auront effectu\u00e9 d\u2019eux-m\u00eames la correction : le lendemain, on f\u00eatait la saint Nicolas. La disparition du mot saint devant le pr\u00e9nom sautait aux yeux parce que le 6 d\u00e9cembre ils sont indissociables, notamment dans le Nord. Le p\u00e9ril que j\u2019\u00e9voquais il y a quelques mois se pr\u00e9cise donc. Pardonnez \u00e0 votre serviteur, \u00e9lu d\u2019un village nomm\u00e9 justement Saint-Nicolas (Savoie), de fl\u00e9trir les sournoiseries militantes des la\u00efques obsessionnels. Mais au train o\u00f9 vont les choses, certains vont protester aupr\u00e8s de la pr\u00e9fecture au nom de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des cultes, contre les communes afflig\u00e9es d\u2019un nom de saint. La p\u00e9riode de No\u00ebl \u00e9tant propice \u00e0 toutes les d\u00e9rives cafardes, les cr\u00e8ches dans les vitrines vont dispara\u00eetre sous la pression des esprits faibles. Les cartes postales seront expurg\u00e9es de tout sujet chr\u00e9tien pour ne pas offenser les facteurs issus d\u2019une \u201cautre culture\u201d et nous aurons, un jour ou l\u2019autre, notre affaire Zwarte Piet, comme en Hollande.<br \/>\nDans cet aimable pays qui semble en avance sur nous en mati\u00e8re de mauvaise foi d\u2019importation, le P\u00e8re No\u00ebl est accompagn\u00e9 d\u2019un Pierrot noir qui chante : \u00ab Je suis gentil, m\u00eame si je suis noir comme de la suie. \u00bb Cette coutume, qui remonte \u00e0 des temps imm\u00e9moriaux, offense, para\u00eet-il, les Noirs \u00e9tablis dans ce petit royaume. Certains ont port\u00e9 plainte. L\u2019affaire agite les journaux \u00e0 l\u2019approche des f\u00eates.<br \/>\nChez nous, des protestations se sont \u00e9lev\u00e9es en Guadeloupe et Martinique contre le simple fait qu\u2019on ait voulu rappeler les manuels scolaires au devoir de neutralit\u00e9. On se demande pourquoi, en haut lieu, personne ne rappelle que l\u2019esclavage n\u2019est qu\u2019un sous-produit monstrueux de la colonisation, mais que le destin de Charles de Foucault ou des moines de Tibehirine m\u00e9rite d\u2019\u00eatre plac\u00e9 en regard.<br \/>\nH\u00e9las, il semble que nous soyons entr\u00e9s dans une phase de r\u00e9traction du cr\u00e9dit. Je ne parle pas des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, mais du cr\u00e9dit que, nagu\u00e8re, nous consentions moralement \u00e0 autrui, et qui porte le nom d\u00e9suet de civilisation.<\/p>\n<p>Une certaine t\u00e9l\u00e9vision<br \/>\nLe fait que quatre sp\u00e9cialistes se soient pench\u00e9s dans C dans l\u2019air (TV5) sur la question \u00ab Peut-on cloner le Christ gr\u00e2ce au suaire de Turin \u00bb n\u2019a rien de bl\u00e2mable (encore qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une stupidit\u00e9 scientifique, doubl\u00e9e d\u2019un non-sens religieux). Non, la chose g\u00eanante est que le service public se rende grossi\u00e8rement complice de la promotion d\u2019un roman de Didier Van Cauwelaert sur le m\u00eame sujet. On trouvera probablement des gens qui n\u2019y voient aucun inconv\u00e9nient. Ma remarque s\u2019adresse donc aux autres, qui instruisent le proc\u00e8s d\u2019une certaine t\u00e9l\u00e9vision et qui ont accueilli la nomination de Patrick de Carolis avec espoir et soulagement.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3604 paru le 23 D\u00e9cembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Minuit chr\u00e9tien<br \/>\nFox News, la cha\u00eene conservatrice am\u00e9ricaine, est devenue tr\u00e8s difficile d\u2019acc\u00e8s pour un Fran\u00e7ais, non \u00e0 cause de sa francophobie, mais parce que nous n\u2019y avons plus droit, tout simplement. Les Danois, les Russes, les Su\u00e9dois, les habitants du Venezuela et ceux du Pakistan ont le privil\u00e8ge d\u2019entendre ce que dit de nous l\u2019Am\u00e9rique. Mais pas nous. Gr\u00e2ce \u00e0 la vigilance de TPS, qui nous a priv\u00e9s de ce spectacle il y a plus d\u2019un an sans pr\u00e9venir, nous voil\u00e0 donc prot\u00e9g\u00e9s contre la s\u00e9dition conservatrice.<br \/>\nPour se procurer les \u00e9missions de Fox dont parlent les journaux am\u00e9ricains, il faut passer par le Net. Et pour jeter un coup d\u2019\u0153il sur la derni\u00e8re campagne du p\u00e8re fouettard Bill O\u2019Reilly, dont la presse parle beaucoup outre-Atlantique, il faut aller sur le site de la cha\u00eene. Dans son \u00e9mission The O\u2019Reilly Factor, qui se flatte d\u2019\u00e9carter tous les faux-fuyants, le Kill Bill de l\u2019Am\u00e9rique profonde s\u2019inqui\u00e8te du sort r\u00e9serv\u00e9 aux festivit\u00e9s de No\u00ebl dans les \u00e9coles, les livres et les m\u00e9dias de son pays. Si nous devions suivre un jour, comme il est de coutume, l\u2019exemple de la premi\u00e8re soci\u00e9t\u00e9 multiculturelle du monde, il est bon de savoir ce qui nous attend. Voici quelques traits du tableau qu\u2019il vient de brosser \u00e0 son public et qui prouve que, pour les chr\u00e9tiens, il est plus tard qu\u2019on ne le pense.<br \/>\nLe grand sujet de scandale et le pr\u00e9texte de toute l\u2019\u00e9mission \u00e9tait la controverse au sujet de l\u2019arbre de No\u00ebl du Capitole que les d\u00e9mocrates avaient renomm\u00e9 holiday tree du temps de Clinton, et qui vient de retrouver son nom de Christmas tree. Vous vous rendez compte de l\u2019audace ? USA Today ricane sur les chr\u00e9tiens traditionalistes. La radio CBS d\u00e9nonce leurs men\u00e9es intol\u00e9rables. Pourquoi tant de mauvaise foi soudaine sur ce th\u00e8me ? \u00c0 cause du mot \u201cChrist\u201d dans Christmas. \u00c0 Dodgeville, Wisconsin, les enfants des \u00e9coles ont d\u00fb apprendre \u00e0 chanter \u00ab Cold in the Night \u00bb au lieu de \u00ab Silent Night \u00bb, afin de supprimer toute id\u00e9e de recueillement religieux. Au Texas, les \u00e9l\u00e8ves d\u2019un coll\u00e8ge ont \u00e9t\u00e9 pri\u00e9s de ne pas s\u2019habiller en vert et rouge, pour ne pas faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la f\u00eate de No\u00ebl, qui pouvait offenser les \u00e9l\u00e8ves de religion non chr\u00e9tienne.<br \/>\nDans le m\u00eame esprit, France 2 nous montrait r\u00e9cemment une \u00e9quipe de communicants de la Croix-Rouge qui venait d\u2019inventer le symbole universel destin\u00e9 \u00e0 remplacer croix et croissant sur le terrain, afin de garantir la neutralit\u00e9 religieuse dans l\u2019intervention humanitaire.<br \/>\n\u00c0 premi\u00e8re vue, on dirait un losange rouge, mais la conf\u00e9rence de presse nous apprend qu\u2019il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019un cristal. Oui, parce qu\u2019outre sa neutralit\u00e9 religieuse, le mot \u201ccristal\u201d, nous disait le communicateur-chef, pr\u00e9sente l\u2019avantage d\u2019\u00eatre identique dans la plupart des langues.<br \/>\nAh bon ? On se demande d\u00e8s lors par quel aveuglement les cinquante membres de la commission, apr\u00e8s plusieurs mois de travaux, n\u2019ont pas remarqu\u00e9 que dans le mot \u201ccristal\u201d, il restait une f\u00e2cheuse allit\u00e9ration avec le mot \u201cChrist\u201d !<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3606 paru le 6 Janvier 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Sauce aigre-douce<br \/>\nDevant le spectacle le plus convenu il arrive que l\u2019on connaisse un acc\u00e8s de lucidit\u00e9, comme si la conscience, le jugement, le go\u00fbt se d\u00e9fendaient une derni\u00e8re fois avant de capituler. En ce moment l\u2019\u00e9mission la plus propre \u00e0 susciter la r\u00e9volte des neurones et la r\u00e9vulsion des papilles est la dominicale de Michel Drucker. On a l\u2019impression de contempler un tableau \u00e0 la Fellini. Vivement dimanche, c\u2019est le Ginger et Fred de la flatterie consensuelle \u00e0 la fran\u00e7aise. De temps \u00e0 autre le pr\u00e9sentateur s\u2019esclaffe, bascule en arri\u00e8re, se cache les yeux, tord la bouche avec une telle pr\u00e9cision dans l\u2019encha\u00eenement et un \u0153il tellement froid dans le fou rire qu\u2019on se demande s\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019une parodie. Eh bien pas du tout. Comme dans les derni\u00e8res pages de la Recherche du temps perdu, comme dans ces films qui montrent les fastes de l\u2019Ancien R\u00e9gime avant la chute, les automates du man\u00e8ge dominical continuent \u00e0 hocher la t\u00eate en songeant qu\u2019un jour ou l\u2019autre le ressort va l\u00e2cher. En attendant, de semaine en semaine, il tient toujours. Depuis vingt ans, devant ce genre d\u2019\u00e9missions, la presse hausse les \u00e9paules avec indulgence. Les commentaires insistent sur le professionnalisme et la gentillesse de l\u2019\u00e9quipe. Le tout ressemble pourtant \u00e0 une vente flash dans un supermarch\u00e9 rouge vif qui serait ouvert le dimanche mais justement, on est l\u00e0 pour promouvoir. On brandit un double DVD. On \u201cmet le paquet sur la sortie de l\u2019album\u201d. On rappelle qu\u2019\u201cil y aura une s\u00e9rie de concerts au printemps \u00e0 Bercy\u201d.<br \/>\nIl arrive que l\u2019esprit r\u00e9agisse quand m\u00eame lorsqu\u2019il est confront\u00e9 \u00e0 tant d\u2019exc\u00e8s dans le niaiseux. Ce mot canadien illustre tr\u00e8s bien le ton qui s\u2019est install\u00e9, par exemple, sur le plateau du sp\u00e9cial C\u00e9line Dion. On agrippait l\u2019accoudoir de son fauteuil en se demandant jusqu\u2019o\u00f9 la spirale allait descendre. La production a trouv\u00e9, tout l\u2019apr\u00e8s-midi, de nouvelles ressources pour prolonger ce vertige mais le fond fut atteint par la recette de b\u0153uf de Mme Dion m\u00e8re, servie par Jean-Pierre Coffe sous les piaillements de la chanteuse, compl\u00e8tement ravie-l\u00e0 (en canadien dans le texte).<br \/>\nDans le genre niaiseux, il faut en effet se garder de mettre en phase les tendances de l\u2019\u00e9mission et celles de l\u2019invit\u00e9, sans quoi l\u2019aiguille ne quitte plus la zone rouge du cadran. Une semaine plus tard, Drucker recevait les Bronz\u00e9s, dans un genre certes moins convenu. Mais lorsqu\u2019un gentil invit\u00e9 fait face \u00e0 un gentil pr\u00e9sentateur au milieu d\u2019un gentil plateau, charm\u00e9 par tant de gentillesse, on a l\u2019impression de reprendre quatre fois du dessert chez une tante sourde et radoteuse, un dimanche d\u2019automne pluvieux et sinistre. \u00c0 l\u2019annonce du caf\u00e9, on a envie de briser une vitre et d\u2019aller faire un tour dans le jardin.<br \/>\nPhilippe Geluck a beau verser un filet de vinaigre sur cette m\u00e9lasse, quand on y pense, c\u2019est un peu comme si la gastronomie enti\u00e8re se r\u00e9sumait \u00e0 une sauce aigre-douce. De l\u2019estragon, que diable ! De la coriandre. De la ciboulette. Du poivre. Du talent.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3607 paru le 13 Janvier 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Le ton juste<br \/>\nOn n\u00e9glige souvent de s\u2019apercevoir que les grands succ\u00e8s populaires \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision sont b\u00e2tis sur des fondations sociologiquement stables. Quand on voit ce que pl\u00e9biscitent les t\u00e9l\u00e9spectateurs depuis quelques ann\u00e9es, on est presque g\u00ean\u00e9 de faire la comparaison avec la laideur du tout-venant. Parce que la faveur du public est un v\u00e9ritable bulletin de vote.<br \/>\nOr, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, les gens ne votent plus pour les feuilletons policiers o\u00f9 l\u2019on s\u2019invective en verlan pendant les gardes \u00e0 vue. Il y a pourtant, dans Une famille formidable, un \u201cjeune issu de l\u2019immigration\u201d (le gendre du h\u00e9ros), un fils homosexuel, une fratrie recompos\u00e9e\u2026<br \/>\nMais le principal n\u2019est rien de tout cela. Le succ\u00e8s du feuilleton ne tient pas au c\u00f4t\u00e9 formidable, entendez moderne, branch\u00e9, lib\u00e9r\u00e9, cool du sc\u00e9nario. Il tient plut\u00f4t au fait qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une famille, et d\u2019une famille qui cumule, a priori, tous les handicaps : le p\u00e8re n\u2019essaie pas de se faire pardonner ses humeurs en imitant les vertus f\u00e9minines. La m\u00e8re, \u00e9nergique, passe du rire \u00e0 l\u2019abattement, de la gravit\u00e9 \u00e0 la futilit\u00e9 comme au th\u00e9\u00e2tre. Les enfants portent des chemises \u00e0 carreaux et non des blousons de marque. Le tout donne l\u2019impression d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 recompos\u00e9e elle aussi, c\u2019est-\u00e0-dire qui se donne les apparences du naturel, mais qui est reconstitu\u00e9e dans l\u2019artifice, dans l\u2019ellipse, dans le raccourci permanent.<br \/>\nTout l\u2019\u00e9quilibre de cet aimable feuilleton tient \u00e0 ce paradoxe : les \u00e9pisodes sont invraisemblables, mais les personnages sont d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 parfaite. Les dialogues sont presque litt\u00e9raires mais tout est si juste que les acteurs pourraient jouer en alexandrins. Quand la fillette s\u2019\u00e9crie : \u00ab C\u2019est dommage que vous ne veniez pas ! \u00bb, quand le p\u00e8re observe : \u00ab Je pense qu\u2019il faut que nous gardions une certaine dignit\u00e9 \u00bb, on comprend qu\u2019on n\u2019est ni dans Navarro, ni dans Commissaire Moulin. Les fictions qui essaient de coller au langage de la rue pour ne pas d\u00e9plaire aux QI \u00e0 deux chiffres font un calcul idiot. Ici le compte est bon.<\/p>\n<p>Le ton monte<br \/>\nIl fallait entendre, sur Europe 1, Michel Vauzelle, pr\u00e9sident de la r\u00e9gion o\u00f9 s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e l\u2019affaire du \u201ctrain de l\u2019enfer\u201d, s\u2019exprimer une heure avant le passage de Nicolas Sarkozy sur TF1. Il a essay\u00e9 d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de rejeter la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9pisode barbare du premier de l\u2019an sur la SNCF ou la police, au lieu de se demander si l\u2019op\u00e9ration \u201cun train vers Nice \u00e0 1,20 euro\u201d n\u2019avait pas pour objet de d\u00e9lester Marseille d\u2019une jeunesse encombrante lors d\u2019une nuit difficile. On envoyait le fardeau \u00e0 d\u2019autres communes, et pourquoi pas gouvern\u00e9es \u00e0 droite ? On faisait ainsi d\u2019une pierre deux coups.<br \/>\nQuant aux responsabilit\u00e9s, tout le monde, y compris Nicolas Sarkozy, se contente d\u2019\u00e9voquer les dysfonctionnements de la justice, de la police, de la brigade SNCF, mais personne ne consent \u00e0 admettre que le principal probl\u00e8me r\u00e9side dans le degr\u00e9 de civilisation de la jeunesse concern\u00e9e.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3608 paru le 20 Janvier 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Retour \u00e0 la civilisation<br \/>\nOn se demande si les services charg\u00e9s du d\u00e9briefing de l\u2019ing\u00e9nieur Planche, apr\u00e8s sa lib\u00e9ration, ont fait leur travail dans l\u2019avion. Le jour de son retour \u00e0 Paris, devant une sorte de pupitre mont\u00e9 \u00e0 la h\u00e2te sur un parking, l\u2019ex-otage fran\u00e7ais en Irak s\u2019est adress\u00e9 aux journalistes en leur disant textuellement : \u00ab Je suis heureux d\u2019\u00eatre de retour dans le monde civilis\u00e9. \u00bb<br \/>\nC\u2019est dire l\u2019estime dans laquelle il tient les chiites et les sunnites. Dans un esprit d\u2019apaisement, sa d\u00e9claration a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e lors des \u00e9ditions suivantes du journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 mais on ne peut pas s\u2019emp\u00eacher de penser qu\u2019il exprimait par inadvertance une opinion quasi g\u00e9n\u00e9rale dans le pays.<\/p>\n<p>Fascisme de proximit\u00e9<br \/>\nC\u2019est un nouveau concept, nous dit-on. Le titre de l\u2019\u00e9mission pr\u00eate \u00e0 confusion puisqu\u2019il \u00e9voque le Big Brother hollandais et le Grande Fratello italien. Dans le Grand Fr\u00e8re de TF1, il ne s\u2019agit pas de r\u00e9\u00e9diter le t\u00e9l\u00e9-voyeurisme du Loft, mais de r\u00e9aliser un sauvetage moral, dans le genre Super Nanny. Le b\u00e9n\u00e9ficiaire de l\u2019op\u00e9ration, ou pr\u00e9tendu tel, \u00e9tait un jeune homme de 16 ans que son p\u00e8re avait abandonn\u00e9 et qui vivait dans un pavillon de banlieue, entre une m\u00e8re un peu niaise et un beau-p\u00e8re d\u00e9pass\u00e9. Une brigade de psychologues \u00e9tait charg\u00e9e de remettre ce gar\u00e7on dans le droit chemin. T\u00e2che b\u00e2cl\u00e9e sous les cam\u00e9ras, dans un go\u00fbt qui \u00e9voquait plus les Queer que la brigade des mineurs. Mais l\u2019essentiel se trouvait moins dans le r\u00e9sultat que dans l\u2019analyse des sympt\u00f4mes. Ce gar\u00e7on \u00e9lev\u00e9 dans une maison \u00e0 jardinet sortait en effet toutes les nuits jusqu\u2019\u00e0 5 heures pour casser des voitures. Selon sa m\u00e8re, il choisissait souvent, avec ses copains, un vieux monsieur \u00e0 intimider physiquement dans le voisinage. C\u2019est la premi\u00e8re \u00e9tape du fascisme. De temps en temps, il allait aussi narguer la police avec sa bande. \u00c7a, c\u2019est la deuxi\u00e8me \u00e9tape \u2013 la troisi\u00e8me \u00e9tant l\u2019organisation paramilitaire. Quand le psychologue de service essayait de conna\u00eetre ses raisons, il avouait ne pas avoir support\u00e9 qu\u2019on \u201cparle mal\u201d de son p\u00e8re.<br \/>\nOn aimerait que les femmes qui ont impos\u00e9 leurs droits depuis vingt ans en r\u00e9troc\u00e8dent quelques-uns avant qu\u2019il ne soit trop tard. Avant, par exemple, que leurs enfants m\u00e2les ne les reprennent avec violence au d\u00e9triment du corps social entier.<br \/>\nEn attendant, le vieux monsieur d\u2019en face a quelque souci \u00e0 se faire.<br \/>\nLa production a eu la prudence de ne pas choisir un jeune \u201cissu de l\u2019immigration\u201d, mais le genre verbal de ce gar\u00e7on d\u00e9signait assez ses fr\u00e9quentations ; tant il est vrai que de nos jours, la jeunesse \u00e0 la d\u00e9rive attrape l\u2019accent d\u2019Alger sans m\u00eame s\u2019en rendre compte.<\/p>\n<p>Dissertation<br \/>\nUne suggestion pour les classes de philo : les f\u00eates de l\u2019A\u00efd et celles de No\u00ebl ont fait l\u2019objet d\u2019un traitement t\u00e9l\u00e9visuel quasi \u00e9quivalent en pourcentage, en d\u00e9pit d\u2019une disparit\u00e9 d\u00e9mographique de un \u00e0 dix entre les religions concern\u00e9es.<br \/>\nVous montrerez que la parit\u00e9 n\u2019est pas toujours synonyme de justice.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3609 paru le 27 Janvier 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Casquette et couteau<br \/>\nVoil\u00e0 quelques semaines, un lyc\u00e9en lyonnais qui attendait le bus sous un abri au milieu d\u2019autres voyageurs a \u00e9t\u00e9 surpris par deux agents de police en train de cracher par terre. Les policiers lui ont inflig\u00e9 une amende de 135 euros pour avoir souill\u00e9 \u00ab la d\u00e9pendance d\u2019un service public \u00bb, mais l\u2019affaire ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0. C\u2019est m\u00eame ici qu\u2019elle commence, puisque TF 1 a d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019en m\u00ealer. Le 20 Heures a diffus\u00e9 un reportage au commentaire ironique, pour abonder dans le sens du jeune homme, lequel a pris un avocat bien entendu. Nous avons vu la m\u00e8re du contrevenant, une jeune femme satisfaite d\u2019elle-m\u00eame, nous expliquer que la loi appliqu\u00e9e \u00e0 son fils datait de la France de Vichy. Un adolescent qui crache par terre au milieu des voyageurs devait donc b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019impunit\u00e9, du simple fait que l\u2019interdiction n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 vot\u00e9e par le peuple au bon moment.<br \/>\nCracher en public sous un abri de six m\u00e8tres carr\u00e9s est un acte d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment antisocial qui m\u00e9rite une sanction comme toute provocation, mais la t\u00e9l\u00e9vision s\u2019en moque. Et elle s\u2019en moquera tant qu\u2019on trouvera des m\u00e8res pour contester la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019offense, pour faire appel devant le proviseur en cas de diff\u00e9rend avec un prof, et pour hurler devant la cam\u00e9ra, dans le sabir particulier \u00e0 ce genre de situations : \u00ab Mon fils, je vous jure, il a rien fait, Madame ! \u00bb<br \/>\nLe r\u00e9sultat, nous le connaissons, notamment parce que TF 1 a la tartufferie de d\u00e9plorer, tous les trois jours, dans d\u2019autres reportages, les incivilit\u00e9s (r\u00e9cemment encore lors d\u2019une intervention de la Bac sur la ligne D du RER).<br \/>\nNous avons la chance de ne pas vivre une \u00e9poque l\u00e9gislative sc\u00e9l\u00e9rate. On peut donc sugg\u00e9rer sans risque que les r\u00e8gles \u00e9l\u00e9mentaires soient toilett\u00e9es au Parlement. Quand Zidane crache en direct sur la moquette d\u2019un couloir, l\u2019amende devrait \u00eatre proportionnelle au nombre de t\u00e9l\u00e9spectateurs. Quand de jeunes voyageurs du m\u00e9tro appuient leurs jambes sur la banquette d\u2019en face on devrait d\u00e9chirer leur carte Orange. Et quand un jeune homme se pr\u00e9sente en classe coiff\u00e9 d\u2019une casquette et refuse de l\u2019\u00f4ter, la sanction devrait \u00eatre impitoyable.<br \/>\nOn pourra objecter que c\u2019est du fascisme, mais quand la jeune prof d\u2019\u00c9tampes affirme, dans la presse, que tout a commenc\u00e9 par le coup de la casquette pour finir par celui du couteau, on se demande de quel c\u00f4t\u00e9 est le fascisme.<\/p>\n<p>Le divin<br \/>\nLe m\u00eame journal de TF 1 nous a montr\u00e9 un enfant situ\u00e9 \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 dans le spectre de la civilisation. Il allait donner son premier concert de piano \u00e0 10 ans, et il jouait les yeux ferm\u00e9s, r\u00e9fugi\u00e9 dans un monde o\u00f9 les enfants ne s\u2019\u00e9changent pas de vid\u00e9os douteuses et ne menacent pas leur professeur en disant : \u00ab Tu sais que t\u2019es bonne ? \u00bb.<br \/>\n\u00ab Qu\u2019est-ce que la musique ? demandait la journaliste. \u2013 C\u2019est le divin. \u00bb<br \/>\nSi la t\u00e9l\u00e9vision devait pratiquer une discrimination positive, il est permis de souhaiter qu\u2019elle s\u2019applique \u00e0 ces enfants-l\u00e0, parce qu\u2019ils sont les premiers \u201cen difficult\u00e9\u201d.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3610 paru le 3 F\u00e9vrier 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Embrouiller le peuple<br \/>\nDifficile, la semaine derni\u00e8re, de se soustraire \u00e0 la promotion des Bronz\u00e9s 3. J\u2019ai donc c\u00e9d\u00e9 \u00e0 la paresse et j\u2019ai regard\u00e9 l\u2019une des nombreuses soir\u00e9es d\u2019autoc\u00e9l\u00e9bration de la troupe du Splendid. J\u2019ai c\u00e9d\u00e9 aussi, autant l\u2019avouer, \u00e0 une curiosit\u00e9 sournoise devant cette bande de copains qui ont fait fortune dans la d\u00e9rision graveleuse. Leur carri\u00e8re est issue d\u2019un malentendu qui se perp\u00e9tue au seuil de la vieillesse : enfants des beaux quartiers, anciens \u00e9l\u00e8ves du lyc\u00e9e Pasteur \u00e0 Neuilly, ils ont compt\u00e9 parmi ces jeunes gens qui, pour leur propre gouverne, ont dig\u00e9r\u00e9 le message culturel et moral de leur classe d\u2019origine, mais qui l\u2019ont reni\u00e9 devant le peuple en 1968. En d\u2019autres termes, pendant qu\u2019ils propageaient dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise une indulgence g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 propos des coucheries, de la frime, des p\u00e9tards, des combines et de l\u2019\u201c\u00e9clate\u201d sous les cocotiers, ils menaient pour la plupart une carri\u00e8re de gestionnaires financiers avis\u00e9s, envoyaient leurs enfants dans les meilleures \u00e9coles et suivaient le sillon banal trac\u00e9 par leurs parents.<br \/>\n\u00c0 pr\u00e9sent, la soixantaine les a gagn\u00e9s \u00e0 leur tour. Il est facile de d\u00e9celer l\u2019amertume dont t\u00e9moigne leur sourire au moment o\u00f9 le pr\u00e9sentateur annonce que \u00ab les Bronz\u00e9s 3 vont s\u00fbrement faire un carton \u00bb. Pour commencer, Arthur a presque l\u2019\u00e2ge de leurs enfants. Ensuite, il s\u2019efforce lui-m\u00eame de rester dans l\u2019infantilisme alors qu\u2019il passe des journ\u00e9es au t\u00e9l\u00e9phone pour monnayer son Audimat.<br \/>\nFinalement, le seul qui soit sinc\u00e8re dans cette histoire, le seul qu\u2019on ait flou\u00e9 d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre, de l\u2019adolescence \u00e0 la retraite, c\u2019est le public. Combien de gens se sont abandonn\u00e9s \u00e0 la fr\u00e9n\u00e9sie de libert\u00e9 individuelle qui a caract\u00e9ris\u00e9 l\u2019\u00e9poque Mitterrand, pour s\u2019apercevoir qu\u2019\u00e0 force d\u2019incons\u00e9quence, ils ont ruin\u00e9 leur mariage, perdu l\u2019amour de leurs enfants, leurs illusions devant la vie et parfois jusqu\u2019\u00e0 leur aisance mat\u00e9rielle \u2013 le tout pendant que leurs inspirateurs, repus et contents, lisent Montaigne, collectionnent l\u2019art moderne et nous parlent de leur vieux p\u00e8re professeur de m\u00e9decine ?<br \/>\nDe l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, les gens du peuple, en voyant les promoteurs de l\u2019esth\u00e9tique d\u00e9jant\u00e9e rouler carrosse et sortir du George V, ont l\u2019impression que leurs \u00e9lites ont menti. D\u2019ailleurs, certains membres de l\u2019\u00e9quipe du Splendid semblent sur le point de l\u2019avouer. G\u00e9rard Jugnot confesse qu\u2019il est rest\u00e9 boy-scout. Dominique Lavanant est redevenue la bourgeoise au grand c\u0153ur qu\u2019elle n\u2019a probablement jamais cess\u00e9 d\u2019\u00eatre. Et l\u2019on s\u2019attend \u00e0 ce que Michel Blanc, philosophe inquiet, finisse par balayer le pass\u00e9 pour \u00e9crire un chef-d\u2019\u0153uvre.<br \/>\nVoil\u00e0 donc une parabole \u00e0 la fran\u00e7aise, une \u00e9ni\u00e8me version de la perp\u00e9tuation des privil\u00e8ges par la m\u00e9thode connue qui consiste \u00e0 embrouiller le peuple. \u00c0 travers l\u2019\u00e9quipe du Splendid (mais aussi l\u2019humour de Canal Plus), c\u2019est toute une classe sociale qui s\u2019est arrang\u00e9e pour rester aux affaires, en accentuant le nihilisme g\u00e9n\u00e9ral au d\u00e9triment des gens simples.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3398 paru le 11 Janvier 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>No\u00ebl barbare<br \/>\nUne d\u00e9p\u00eache en provenance de Roumanie nous rapporte que le CSA local s\u2019est f\u00e2ch\u00e9 de ce qu\u2019un op\u00e9rateur de t\u00e9l\u00e9phonie mobile ait trouv\u00e9 malin de mettre en sc\u00e8ne trois P\u00e8res No\u00ebl en plein combat de karat\u00e9. D\u2019apr\u00e8s le Conseil national pour l\u2019audiovisuel \u00e0 Bucarest, cet embl\u00e8me de bont\u00e9 universel subissait l\u00e0 une atteinte de nature \u00e0 choquer le public et \u00e0 alt\u00e9rer la perception de la morale de No\u00ebl.<br \/>\nQuand on voit la publicit\u00e9 qu\u2019un op\u00e9rateur de t\u00e9l\u00e9vision ose infliger au public fran\u00e7ais depuis trois semaines, on se dit que le CSA roumain en deviendrait fou.<br \/>\nUne petite fille descend un escalier d\u2019un air mena\u00e7ant. Gros plan sur son fr\u00e8re se pr\u00e9parant au combat. La m\u00e8re arm\u00e9e fourbit un rouleau \u00e0 p\u00e2tisserie. Le p\u00e8re brandit une pagaie. La famille \u00e9num\u00e8re les nombreux avantages du bouquet satellite convoit\u00e9, \u00ab le cadeau qu\u2019il ne fallait pas oublier cette ann\u00e9e \u00bb. Or le P\u00e8re No\u00ebl l\u2019a visiblement oubli\u00e9. Il est ligot\u00e9, b\u00e2illonn\u00e9 au pied du sapin, les lunettes en d\u00e9route, le regard \u00e9carquill\u00e9 d\u2019effroi. Le p\u00e8re \u00e9l\u00e8ve \u00e0 deux mains sa pagaie pour assommer le vieil homme, et sa famille semble d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 participer au ch\u00e2timent d\u2019un c\u0153ur l\u00e9ger.<br \/>\nJe sais, les trois quarts des gens n\u2019y trouveront rien \u00e0 redire. Et pourtant, nous entrons ici au royaume de la barbarie par la porte de service. Ne parlons m\u00eame pas de l\u2019embl\u00e8me de douceur que repr\u00e9sente le P\u00e8re No\u00ebl, des valeurs qu\u2019il incarne, etc. Cet argument est tout juste bon pour les Roumains. Dans notre pays, il serait balay\u00e9 comme grotesque. Evoquons plut\u00f4t le mobile du sacril\u00e8ge. Ce qu\u2019on nous donne comme passible de cette racl\u00e9e pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e, c\u2019est le crime de l\u00e8se-convoitise. Le P\u00e8re No\u00ebl est coupable de n\u2019avoir pas anticip\u00e9, chez une famille ordinaire, le d\u00e9sir de recevoir dix-huit films par jour et les matchs de premi\u00e8re division en Dolby st\u00e9r\u00e9o. R\u00e9sultat, le m\u00eame ressentiment haineux s\u2019empare du clan tout entier. R\u00e9p\u00e9tons-le, il y a passage \u00e0 l\u2019acte, usage d\u2019une arme, la victime est b\u00e2illonn\u00e9e et entrav\u00e9e. Circonstance aggravante, elle a soixante-quinze ans. Les psychiatres pourraient gloser longtemps sur la \u201csymbolique\u201d de tout cela. La tribu est r\u00e9unie pour proc\u00e9der au meurtre de l\u2019anc\u00eatre au nom de la jouissance imm\u00e9diate.<br \/>\nIci je con\u00e7ois volontiers qu\u2019on m\u2019accuse de manquer d\u2019humour. Alors, comme le sujet s\u2019y pr\u00eate, faisons intervenir une parabole. Par exemple, imaginons un enfant de six ans adopt\u00e9, en Somalie ou en Inde, par une famille fran\u00e7aise. La seule langue qu\u2019il connaisse est encore celle du c\u0153ur. Il vient de d\u00e9barquer \u00e0 Paris pour les f\u00eates de No\u00ebl. Un soir \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, que voit-il ? Un vieil homme chenu semblable \u00e0 ceux qui, dans son pays d\u2019origine, prient et mendient aux marches des temples. Or des enfants aux parents, chacun tombe sur ce vieillard \u00e0 coups de pelle.<br \/>\nEn quoi consiste la parabole ? En ce que malheureusement, pour les quatre-cinqui\u00e8mes de l\u2019humanit\u00e9, le P\u00e8re No\u00ebl, c\u2019est nous.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3380 paru le 7 Septembre 2001<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>\u00c9mission impossible<br \/>\nQuelques ann\u00e9es apr\u00e8s que Fran\u00e7ois Mauriac eut pr\u00e9sid\u00e9 la distribution des prix dans mon coll\u00e8ge, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les \u00e9coliers sortaient le jeudi, o\u00f9 il y avait encore des garages Simca, des k\u00e9pis noirs, je me souviens que lors du Salon de l\u2019enfance, manifestation saisonni\u00e8re assez courue, on pouvait voir et m\u00eame essayer une invention sensationnelle : des patins \u00e0 roulettes en ligne qui permettaient d\u2019ex\u00e9cuter, sur une piste en ciment, la plupart des figures du patinage sur glace.<br \/>\nIl y a donc trente-cinq ans que le roller fut invent\u00e9, probablement par un ing\u00e9nieur europ\u00e9en qui n\u2019a pas d\u00e9pos\u00e9 de brevet. Pendant les vingt premi\u00e8res ann\u00e9es cette invention n\u2019a fait l\u2019objet d\u2019aucune curiosit\u00e9. Pour quelle raison ? Etait-elle dangereuse ? Sa mise au point \u00e9tait-elle b\u00e2cl\u00e9e ? Pas le moins du monde : la vraie raison est que l\u2019Am\u00e9rique n\u2019avait point daign\u00e9 pl\u00e9bisciter ce nouveau patin \u00e0 roulettes. Quand ce fut chose faite, on nous le renvoya, rebaptis\u00e9 et par\u00e9 de la mythologie urbaine de Chicago.<br \/>\nPour certaines \u00e9missions de t\u00e9l\u00e9vision, le principe est identique : il y a vingt ans, le fantaisiste Daniel Pr\u00e9vost pr\u00e9sentait en fin d\u2019apr\u00e8s-midi un jeu dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom, mais o\u00f9 il se montrait, envers les invit\u00e9s, d\u2019une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 incongrue et burlesque. Il rompait ainsi avec le robinet d\u2019eau ti\u00e8de des discours de plateau du style : \u00ab \u00c7a va Marie-H\u00e9l\u00e8ne ? En forme ? \u00bb Son genre \u00e0 lui \u00e9tait plut\u00f4t : \u00ab MarieH\u00e9l\u00e8ne, vous parlerez quand vous y serez invit\u00e9e, \u00f4tez vos mains de la table, je vous prie. \u00bb L\u2019\u00e9mission suscitait douze lettres de protestations par jour mais ravissait les trois quarts des gens normaux. Le pr\u00e9sentateur Arthur (depuis lors rentr\u00e9 dans le rang) pratiquait la m\u00eame politique en s\u2019\u00e9criant sur l\u2019antenne d\u2019Europe 1 : \u00ab Ce que tu nous racontes, Marie-H\u00e9l\u00e8ne, ne pr\u00e9sente aucun int\u00e9r\u00eat, tu nous as fait perdre une demi-minute, je te raccroche au nez, au revoir. \u00bb<br \/>\nOn a compris o\u00f9 je veux en venir : tout l\u2019\u00e9t\u00e9, nous avons vu des Marie-H\u00e9l\u00e8ne livr\u00e9es \u00e0 un adjudant-chef de com\u00e9die (le Maillon faible) dont la gestuelle, l\u2019habillement, le visage impassible ont \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9s \u00e0 Laurence Boccolini, bien qu\u2019en v\u00e9rit\u00e9 cette aimable com\u00e9dienne n\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 que l\u2019instrument d\u2019une op\u00e9ration de marketing. Les moindres d\u00e9tails de son comportement \u00e9taient d\u00e9finis pour tous pays par un bureau californien. A voir se multiplier les pages pour ou contre Boccolini dans les journaux populaires de l\u2019\u00e9t\u00e9, on \u00e9prouvait un peu de peine. Imaginez un r\u00e9f\u00e9rendum sur le th\u00e8me \u201cpour ou contre le Gendarme dans Guignol ?\u201d. La presse en question \u00e9tait inform\u00e9e du cahier des charges et de la n\u00e9cessit\u00e9, pour la pr\u00e9sentatrice, d\u2019adopter le m\u00eame comportement que celui de son mod\u00e8le anglo-saxon.<br \/>\nAlors o\u00f9 est l\u2019honn\u00eatet\u00e9 ? Peut-\u00eatre du c\u00f4t\u00e9 de Vincent Lagaf, qui a repris avec son \u00e9quipe une formule dont il est l\u2019auteur et pour laquelle il ne verse de droits \u00e0 personne.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3499 paru le 19 D\u00e9cembre 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Redevance et r\u00e9v\u00e9rence<br \/>\nDepuis une semaine, on annon\u00e7ait la pr\u00e9sence de Marc Tessier dans une \u00e9mission en direct consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019usage de la redevance. Nous nous promettions de nous glisser parmi la pi\u00e9taille t\u00e9l\u00e9phonique afin de poser la question qui nous agite depuis des semaines : combien a co\u00fbt\u00e9 l\u2019achat d\u2019Alien 4 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise ?<br \/>\nLe jour dit, nous laissons donc un message dans la bo\u00eete d\u2019Yves Calvi (sur Europe 1), pour lui demander d\u2019interroger l\u00e0-dessus son invit\u00e9. Puis nous parlons \u00e0 son adjoint dans les bureaux de La Cinqui\u00e8me, lequel note scrupuleusement notre question.<br \/>\nEn fin d\u2019apr\u00e8s-midi, Yves Calvi est \u00e0 l\u2019antenne en direct. Le premier de ses invit\u00e9s, qui est aussi son patron, le pr\u00e9sident de France T\u00e9l\u00e9visions, le remercie chaleureusement. De quoi ? D\u2019avoir pris l\u2019initiative d\u2019organiser \u201cun d\u00e9bat aussi utile\u201d.<br \/>\nVisiblement, on se fiche de nous et la suite le confirme. La direction de France T\u00e9l\u00e9visions joue la surprise \u00e0 propos d\u2019une \u00e9mission qu\u2019elle a organis\u00e9e depuis trois semaines. L\u2019onction du meneur de jeu frise la complaisance. Il s\u2019agit d\u2019offrir une tribune \u00e0 la direction, pas d\u2019interroger le public. De temps \u00e0 autre, Yves Calvi fronce le sourcil mais c\u2019est pour \u00e9carter les bonnes questions.<br \/>\nLa preuve : la n\u00f4tre ne sera pas pos\u00e9e. Il ne peut pas pr\u00e9tendre qu\u2019elle soit hors sujet. Il ne peut pas dire qu\u2019elle soit trop g\u00e9n\u00e9rale. Il ne peut pas pr\u00e9texter qu\u2019il ne l\u2019a pas re\u00e7ue \u00e0 temps. H\u00e9las, demander ce qu\u2019a co\u00fbt\u00e9 l\u2019achat d\u2019un film \u00e0 une cha\u00eene publique, c\u2019est comme exiger la facture d\u2019une sculpture moderne achet\u00e9e par une municipalit\u00e9 : c\u2019est une faute de go\u00fbt. Alors \u00e0 quoi bon inviter M. Martin-Lalande, rapporteur de la commission des finances \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e (pour l\u2019audiovisuel), si l\u2019on s\u2019offre le luxe de contourner devant lui les zones opaques avec un tel cynisme ?<br \/>\nOn a beaucoup parl\u00e9 de transparence, mais les opacit\u00e9s sont rest\u00e9es nombreuses. Or les simulacres de ce genre d\u00e9bouchent t\u00f4t ou tard sur un ph\u00e9nom\u00e8ne impossible \u00e0 juguler : le mani pulite, l\u2019op\u00e9ration mains propres. La t\u00e9l\u00e9vision publique fran\u00e7aise s\u2019y expose chaque jour davantage.<\/p>\n<p>Mains propres<br \/>\nQuand l\u2019heure de la propret\u00e9 aura sonn\u00e9, Julien Courbet aura beaucoup fait pour attirer l\u2019attention sur le cas de la DDE. Sans aucun doute nous pr\u00e9sentait, l\u2019autre soir, l\u2019histoire d\u2019une famille de cinq personnes r\u00e9fugi\u00e9e dans dix-sept m\u00e8tres carr\u00e9s pour n\u2019avoir pu obtenir le droit de redresser un mur \u00e9croul\u00e9. La mauvaise foi de la direction d\u00e9partementale de l\u2019\u00e9quipement dans cette affaire donnait envie d\u2019envoyer des bataillons de Fouquier-Tinville \u00e0 la recherche des fonctionnaires qui ne \u201cveulent pas le savoir\u201d. Apr\u00e8s deux heures de n\u00e9gociations, Courbet finissait par obtenir une r\u00e9union de conciliation \u00e0 laquelle la DDE, malgr\u00e9 sa promesse devant les cam\u00e9ras, n\u2019a pas daign\u00e9 participer.<br \/>\nIl est temps, pour ces gens-l\u00e0, de se persuader d\u2019une chose : ceux qui \u201cne veulent pas le savoir\u201d, le pays ne veut plus les voir.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3611 paru le 10 F\u00e9vrier 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Plus un sou<br \/>\nUne co\u00efncidence vient de d\u00e9cupler la port\u00e9e du film de Nils Tavernier l\u2019Odyss\u00e9e de la vie, pr\u00e9sent\u00e9 par France 2 il y a quelques jours. La diffusion de ce documentaire a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019une affaire affligeante, celle du Sou m\u00e9dical, organisme qui renoncera bient\u00f4t \u00e0 assurer les m\u00e9decins accoucheurs. Si cette mutuelle, la premi\u00e8re \u00e0 garantir les cliniques priv\u00e9es, baisse les bras devant l\u2019\u00e9normit\u00e9 des cons\u00e9quences juridiques de l\u2019arr\u00eat Perruche (par lequel, rappelons-le, un m\u00e9decin peut avoir \u00e0 indemniser une anomalie naturelle non d\u00e9cel\u00e9e), c\u2019est parce que l\u2019attitude g\u00e9n\u00e9rale devant la procr\u00e9ation rel\u00e8ve du consum\u00e9risme. L\u2019enfant est devenu un produit comme un autre. S\u2019il n\u2019est pas conforme, on se r\u00e9serve le droit de le renvoyer \u00e0 l\u2019usine.<br \/>\nIl n\u2019est donc pas inutile de rappeler ce qui se passe avant la naissance. Le film de Tavernier nous faisait p\u00e9n\u00e9trer dans la matrice. Un d\u00e9ploiement d\u2019images de synth\u00e8se nous persuadait rapidement que l\u2019usine, ce ne sont ni les parents, ni la clinique, mais l\u2019insondable immensit\u00e9 de la Nature. Et quand on s\u2019attaque \u00e0 un m\u00e9decin qui n\u2019a pas pu sonder l\u2019insondable, que fait-il ? Il r\u00e9agit comme le pr\u00e9voyait le docteur G., auteur du fameux Accouchement sans honneur (Le Rocher, 2004), il rend son tablier. \u00ab Au point o\u00f9 nous en sommes, \u00e9crivait ce praticien anonyme, tout peut arriver, y compris le retour \u00e0 la vieille dame du voisinage qui vient d\u00e9livrer la m\u00e8re avec des serviettes chaudes et du savon de Marseille. Les accoucheurs payent, en assurance, le prix de deux voitures neuves par an. Ils sont surveill\u00e9s par le mat\u00e9riel et les parents les traitent, une fois sur deux, comme des ex\u00e9cutants. \u00bb<br \/>\nLe comble du paradoxe, nous l\u2019avons eu sous les yeux la semaine derni\u00e8re. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, un film qui nous laisse assister \u00e0 des \u00e9chographies en couleurs sur fond de commentaires lyriques, de l\u2019autre le cauchemar de risquer la ruine sur une mauvaise lecture du monitoring. Les praticiens sont en train de comprendre que les nouveaux outils sont leurs ennemis et la gestation va retourner \u00e0 son myst\u00e8re, comme en Hollande o\u00f9 un tiers des femmes accouchent d\u00e9j\u00e0 chez elles, faute de sp\u00e9cialistes. \u00c0 moins que la sagesse ne finisse par pr\u00e9valoir. \u00c0 moins que la formation d\u2019un embryon, l\u2019agencement de ses neurones, la proportion de ses membres, ne redeviennent ce que nous montrait le film, c\u2019est-\u00e0-dire un miracle fragile. Personne n\u2019a le droit d\u2019appliquer, \u00e0 un processus aussi al\u00e9atoire, les r\u00e8gles en vigueur contre le risque industriel. Faute de quoi, les hommes finiront par avoir la m\u00eame dignit\u00e9 que les poulets de Bresse.<\/p>\n<p>Traite et m\u00e9moire<br \/>\nCette mention de la dignit\u00e9 humaine me servira de transition pour exprimer un v\u0153u : lors de la retransmission prochaine des c\u00e9r\u00e9monies de la journ\u00e9e anti-esclavage du 10 mai, il serait souhaitable que les repr\u00e9sentants des nombreux pays du tiers-monde qui ont pratiqu\u00e9 la traite des \u00eatres humains dans leur histoire soient pr\u00e9sents eux aussi.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3612 paru le 17 F\u00e9vrier 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Petits juges<br \/>\nLa caf\u00e9t\u00e9ria du tribunal de Cr\u00e9teil telle que nous la montrait le journal de TF 1, la veille de l\u2019audition du juge Burgaud, permettait de comprendre la d\u00e9rive de la magistrature fran\u00e7aise : on y mesurait \u00e0 la fois l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 de femmes et leur extr\u00eame jeunesse. Pour r\u00e9tablir l\u2019\u00e9quilibre, le journaliste prenait soin d\u2019interroger l\u2019un de leurs coll\u00e8gues masculins, mais il ne pouvait nous emp\u00eacher de le trouver, lui aussi, f\u00e2cheusement juv\u00e9nile.<br \/>\nLe lendemain, l\u2019audition du juge Burgaud confirmait ce malaise : si un jeune magistrat fran\u00e7ais ressemble \u00e0 ce que nous avons vu, il faut r\u00e9viser d\u2019urgence les proc\u00e9dures de recrutement.<br \/>\nIl y a un si\u00e8cle, quand on parlait d\u2019un juge, on imaginait un homme quinquag\u00e9naire. Aujourd\u2019hui c\u2019est un godelureau qui semble sorti d\u2019une pi\u00e8ce de Labiche ou \u2013 le plus souvent \u2013 une femme de 30 ans. M\u00eame l\u2019ancien garde des Sceaux s\u2019est aper\u00e7u, en 2003, que l\u2019\u00c9cole de la magistrature avait perdu les cl\u00e9s de la parit\u00e9.<br \/>\nLa soir\u00e9e du 7 f\u00e9vrier sur TF 1 nous a offert, en moins de deux heures, un r\u00e9sum\u00e9 du probl\u00e8me : apr\u00e8s le tribunal de Cr\u00e9teil et son personnel tr\u00e8s peu repr\u00e9sentatif de la r\u00e9partition par genres de la population, nous avons vu un reportage sur l\u2019apprentissage de la m\u00e9canique automobile chez les jeunes filles. Ensuite l\u2019in\u00e9vitable conjuration m\u00e8re-fille s\u2019entendait \u00e0 ridiculiser un pauvre bougre qui ne voulait pas boire de lait (publicit\u00e9 Lactel). Et pour comble, le feuilleton de la soir\u00e9e s\u2019appelait Femmes de loi.<br \/>\nQuant au surnom du magistrat d\u2019Outreau, le \u201cpetit juge\u201d, il donne froid dans le dos. Imagine-t-on de confier ses coronaires aux soins d\u2019un \u201cpetit chirurgien\u201d ? Qu\u2019on nous rende de grands juges, des humanistes qui inspirent le respect. Cela nous \u00e9pargnera des auditions consternantes comme celles du 8 f\u00e9vrier. Avant ce psychodrame national, l\u2019avocat g\u00e9n\u00e9ral aupr\u00e8s de la Cour de cassation, Laurent Davenas, a longtemps appel\u00e9 Fabrice Burgaud \u201cce gar\u00e7on\u201d. Il aurait d\u00fb dire \u201cce petit gar\u00e7on\u201d. Autisme dans l\u2019argumentation, syntaxe rudimentaire : son style personnel serait risible s\u2019il n\u2019avait eu le pouvoir de condamner huit innocents \u00e0 la mort sociale.<\/p>\n<p>Museli\u00e8re<br \/>\nAu dossier de la libert\u00e9 d\u2019expression, dont il est souvent question en ce moment, il faut verser la sc\u00e8ne qui a oppos\u00e9 Salman Rushdie \u00e0 Samy Nac\u00e9ri sur le plateau de Thierry Ardisson en octobre. Le pr\u00e9sentateur le plus honn\u00eate de la profession aurait, selon des rumeurs insistantes, coup\u00e9 au montage des menaces de mort \u00e0 peine voil\u00e9es prof\u00e9r\u00e9es par l\u2019acteur au nom de l\u2019islam. En tout cas son h\u00f4te, l\u2019\u00e9crivain anglais, a quitt\u00e9 le plateau furieux. Il faut consulter un site Internet (www.acrimed.org) pour se faire une id\u00e9e de ce qui s\u2019est pass\u00e9. Visiblement, ce n\u2019est plus sur la presse qu\u2019il faut compter pour le savoir. Le contexte actuel jette une lumi\u00e8re suppl\u00e9mentaire sur les privil\u00e8ges d\u2019extraterritorialit\u00e9 dont jouissent en France les enrag\u00e9s de la museli\u00e8re. Voil\u00e0 un d\u00e9bat qui va finir au porte-voix.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3613 paru le 24 F\u00e9vrier 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Catherine et Caton<br \/>\nIl n\u2019est pas interdit de paraphraser l\u2019article que Patrick Besson vient de consacrer \u00e0 Catherine Ceylac dans le Figaro Magazine, car le sujet rec\u00e8le une des cl\u00e9s de fonctionnement du service public \u00e0 la fran\u00e7aise. La productrice vient de f\u00eater dix ans de rencontres dominicales, soit environ cinq cents entretiens qui collent \u00e0 la pens\u00e9e dominante comme le sparadrap \u00e0 sa paire de ciseaux. Chaque semaine, elle affiche la modestie souriante et primesauti\u00e8re de la fille qui est l\u00e0 par hasard, mais elle a jou\u00e9 des coudes pour \u00eatre sur la photo ; on songe \u00e0 ces commodes h\u00e9riss\u00e9es de clich\u00e9s mondains qui, dans les familles de parvenus, montrent la grand-m\u00e8re en train de serrer la main \u00e0 Reagan ou la tante Micheline en audience priv\u00e9e chez le pape.<br \/>\nCertes la port\u00e9e de tout cela est \u00e0 peu pr\u00e8s nulle, comme le sugg\u00e8re d\u2019ailleurs le titre, Th\u00e9 ou caf\u00e9 ? Autant demander au h\u00e9ros du jour s\u2019il pr\u00e9f\u00e8re la mer ou la montagne. Mais on peut reconna\u00eetre, dans ce babillage, une preuve suppl\u00e9mentaire de la pr\u00e9pond\u00e9rance du m\u00e9dium sur le contenu. Voil\u00e0 qui rappelle une lointaine \u00e9mission de la Cinq nomm\u00e9e l\u2019Esprit du sport o\u00f9 Georges Marchais venait parler de ses promenades \u00e0 v\u00e9lo. Le principe est d\u2019offrir un temps d\u2019antenne aussi consensuel que possible.<br \/>\nParall\u00e8lement, il existe comme on le sait une poign\u00e9e d\u2019autres \u00e9missions qui travaillent en sens contraire, j\u2019entends contraire \u00e0 l\u2019invit\u00e9. Fogiel, Ardisson, Ruquier, si\u00e8gent au sein d\u2019une sorte de commission d\u2019\u00e9puration permanente dont le d\u00e9put\u00e9 Montebourg vient de d\u00e9noncer les activit\u00e9s. Tant\u00f4t ils font tomber de la passerelle les gens capables de gouverner le navire, tant\u00f4t ils cherchent \u00e0 les ridiculiser en les m\u00e9langeant \u00e0 des rappeurs, \u00e0 des humoristes ou \u00e0 des actrices qui disent \u201cMoi j\u2019ai aucun souci par rapport \u00e0 \u00e7a\u201d.<br \/>\nAinsi, au fil des semaines, voit-on clairement se dessiner une fronti\u00e8re entre ceux qui consentent \u00e0 ne rien dire pour rester \u00e0 leur poste et ceux qui prennent le risque du bannissement en annon\u00e7ant les prochaines guerres puniques. Mais m\u00eame en ce cas, n\u2019ayons aucun souci pour Catherine Ceylac : le jour o\u00f9 se r\u00e9glera le sort de Carthage au Parlement, elle va brandir une photo de cocktail en nous disant qu\u2019elle a tr\u00e8s bien connu Caton.<\/p>\n<p>Le tutu sur la glace<br \/>\nS\u2019il fut difficile, ces derniers jours, d\u2019\u00e9viter le compte rendu quotidien des jeux Olympiques sur France 2, il fut pratiquement impossible d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019\u201chumour\u201d de l\u2019\u00e9quipe. La fausse bonne id\u00e9e consistait \u00e0 parodier les \u00e9missions de la cha\u00eene entre deux reportages. Il s\u2019agissait de viser le second degr\u00e9. Dommage que personne n\u2019ait atteint le premier. Nelson Montfort, \u00e0 force de multiplier les triples axels linguistiques, a fini le tutu sur la glace en mainte occasion.<br \/>\nSi l\u2019on confiait le commentaire du patinage \u00e0 un grammairien, sur le plan sportif il n\u2019est pas certain que ce soit pire, mais la syntaxe y gagnerait \u00e9norm\u00e9ment.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3614 paru le 3 Mars 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Banalisation<br \/>\nSur Europe 1, l\u2019autre semaine, Jean Marc Morandini commentait la d\u00e9cision prise par TF 1 de diffuser cinq \u00e9pisodes des Experts, une s\u00e9rie am\u00e9ricaine qui hisse la m\u00e9decine l\u00e9gale au rang des beaux-arts. La seule anomalie qu\u2019il relevait dans cette programmation grotesque \u00e9tait relative \u00e0 l\u2019ordre de passage des \u00e9pisodes \u2013 en quoi il n\u2019avait pas enti\u00e8rement tort, puisque l\u2019un des personnages mourait en d\u00e9but de soir\u00e9e pour ressusciter dans un autre \u00e9pisode, apr\u00e8s 22 h 30.<br \/>\nEn revanche, le journaliste ne disait rien sur la m\u00e9thode qui consiste \u00e0 aligner cinq num\u00e9ros d\u2019une s\u00e9rie sanglante pour bloquer la soir\u00e9e sur une audience pr\u00e9visible, au m\u00e9pris des 40 % de t\u00e9l\u00e9spectateurs qui n\u2019ont aucune envie de voir un spectacle aussi cruel pendant quatre heures \u2013 surtout s\u2019ils n\u2019ont que trois cha\u00eenes \u00e0 leur disposition, ce qui est encore fr\u00e9quent dans la France dite profonde.<br \/>\nLes m\u00e9decins et les policiers new-yorkais qui se penchent sur des corps mutil\u00e9s, ceux qui r\u00e9alisent des pr\u00e9l\u00e8vements sous nos yeux en faisant tinter leur scalpel sur une coupelle de cristal, ceux qui nous expliquent apr\u00e8s quels s\u00e9vices la victime a succomb\u00e9 dans une cave nous rappellent l\u2019affaire Ilan, ses cruaut\u00e9s et ses hypocrisies. Voil\u00e0 dix ans que la t\u00e9l\u00e9vision nous inflige chaque semaine la description des mutilations et des humiliations subies par de pauvres gens tomb\u00e9s par hasard sur un tueur en s\u00e9rie. Voil\u00e0 dix ans que le CSA ne fait strictement rien pour juguler cette banalisation du crime.<br \/>\nSi, en mati\u00e8re de violence, les esprits faibles s\u2019inspirent du tout-venant, c\u2019est avant tout parce que personne n\u2019a voulu contr\u00f4ler la nature du tout venant. On nous dit que le \u201cgang des barbares\u201d \u00e9tait form\u00e9 de gens influen\u00e7ables. On nous dit qu\u2019ils ont accr\u00e9dit\u00e9 le clich\u00e9 de la famille juive qui cache un magot.<br \/>\nMais on ne nous dit pas qu\u2019ils ont imit\u00e9 les films o\u00f9 un chef de bande dit \u00e0 ses hommes \u00ab OK, je vous le laisse \u00bb en d\u00e9signant un captif ensanglant\u00e9. On ne nous dit pas qu\u2019ils ont vu cent fois Scarface, les films de Tarantino, les \u00e2neries sanglantes de Luc Besson et les adaptations de Jean-Christophe Grangi\u00e9. On ne nous dit pas que dans certains jeux vid\u00e9o on voit un otage recroquevill\u00e9 contre un radiateur dans un appartement vide. On ne nous dit pas que les producteurs des machines \u00e0 propager le sang et la haine tirent leur argent des grands groupes et roulent carrosse sous les cocotiers tout en d\u00e9plorant la disparition de la morale sociale.<br \/>\nD\u2019autre part, le fait que la s\u00e9rie le Royaume n\u2019ait pas trouv\u00e9 l\u2019audience escompt\u00e9e ne doit pas nous faire oublier la place insidieuse qu\u2019y tenait la torture. Plonger dans une eau glac\u00e9e des jeunes filles li\u00e9es \u00e0 une roue, les maltraiter de mille mani\u00e8res suppos\u00e9ment moyen\u00e2geuses n\u2019est pas innocent non plus. D\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, toutes les \u00e9missions o\u00f9 l\u2019on inflige \u00e0 autrui un traitement d\u00e9gradant r\u00f4dent autour de la zone interdite en attendant que l\u2019imagination des demeur\u00e9s fasse le reste.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3615 paru le 10 Mars 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Mercredi, c\u2019est barbarie<br \/>\nIl para\u00eet que S\u00e9gol\u00e8ne Royal a un plan m\u00e9dias, qu\u2019elle ne fait rien au hasard, et qu\u2019elle ne r\u00e9pond plus \u00e0 n\u2019importe qui. Du coup on est oblig\u00e9 d\u2019interpr\u00e9ter chacune de ses apparitions \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision comme le fruit d\u2019un calcul. Par exemple, si elle passe dans l\u2019\u00e9mission matinale de Sophie Davant, c\u2019est pour aller chercher, au fond du vivier t\u00e9l\u00e9visuel, les poissons pilotes de son \u00e9ventuel \u00e9lectorat : des femmes qui viennent d\u2019envoyer leur prog\u00e9niture \u00e0 l\u2019\u00e9cole et qui regardent la t\u00e9l\u00e9 pendant le repassage.<br \/>\nEn somme, c\u2019est le public d\u2019\u00c9velyne Thomas. Seulement, si elle veut lui plaire, elle devra le persuader qu\u2019elle n\u2019a pas dix ans de retard dans l\u2019analyse. Un grand nombre de m\u00e8res de famille, d\u00e9\u00e7ues par les pr\u00eachi-pr\u00eacha et les cons\u00e9quences de la licence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, souhaitent aujourd\u2019hui un retour aux \u201cfondamentaux\u201d. De m\u00eame, un grand nombre de p\u00e8res se rendent \u00e0 l\u2019\u00e9vidence que leur prog\u00e9niture r\u00e9clame une r\u00e8gle ; leur navire, un capitaine ; et leur nation, un projet.<br \/>\nOr \u00e0 entendre les ti\u00e8des d\u00e9clarations t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es de S\u00e9gol\u00e8ne Royal, on ne devine aucune perception du raz de mar\u00e9e qui a pris naissance au tr\u00e9fonds de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise pendant les ann\u00e9es de plomb. Elle se propose simplement de s\u2019asseoir sous le tableau noir et de chercher la v\u00e9rit\u00e9 en m\u00eame temps que nous. Elle nous promet une gouvernance \u201cassociative\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019un de ces moments de d\u00e9mocratie qu\u2019ont connu les \u00e9tablissements scolaires il y a une g\u00e9n\u00e9ration, avant que les proviseurs ne consentent \u00e0 retrouver l\u2019essence du m\u00e9tier, en saisissant au collet les fauteurs de chahut.<br \/>\nIl suffit de regarder, tous les mercredis, la matin\u00e9e pour enfants de France 2 pour se demander si une houlette f\u00e9minine du genre \u201cMon papa \u00e9tait militaire, mais je me soigne\u201d est ce que l\u2019on peut souhaiter de mieux dans un pays o\u00f9 pullulent les bandes de ca\u00efds.<br \/>\nUn indice nous est fourni par le clip d\u2019un certain Booba diffus\u00e9 par Top of the Pops \u00e0 destination des 7-15 ans et dont les paroles sont disponibles partout sur Internet. En voici des extraits :<br \/>\n\u00ab Il faut les mettre en taule, dans des ge\u00f4les, si tu parles comme \u00e7a, m\u00eame si t\u2019es personne \u00e2g\u00e9e, ferme ta gueule grosse pute, ou tu vas d\u00e9m\u00e9nager. \u00bb Vous avez bien lu. L\u2019\u00e9mission, servile d\u00e9marquage de son homologue anglais \u00e0 la botte des maquignons de la musique, est diffus\u00e9e sur le service public, le mercredi, pour infliger \u00e0 vos enfants ce style de vocabulaire. Sous pr\u00e9texte qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019album le mieux vendu du moment, on y diffuse un message d\u2019intimidation limpide. Certes, parmi les acheteurs de cette \u201cmusique\u201d une bonne moiti\u00e9 se pr\u00e9cipite sur l\u2019album pour braver un interdit. Le succ\u00e8s du rap dans la jeunesse doit donc \u00eatre \u00e9valu\u00e9 en tenant compte de ce facteur permanent de correction. Mais une autre chose est certaine : Youssouf Fofana et ses copains tortionnaires, dans l\u2019appartement de Bagneux, n\u2019\u00e9coutaient ni Lorie ni Rapha\u00ebl.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3616 paru le 17 Mars 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Du v\u00e9lo avec Sarko<br \/>\nL\u2019autre soir, Canal Plus d\u00e9signait \u201cen clair\u201d l\u2019une des grandes plaies de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, la paralysie inqui\u00e8te qui saisit les m\u00e9dias devant ceux qui pourraient un jour ou l\u2019autre d\u00e9tenir les cl\u00e9s de leur avenir. Un an avant les grandes \u00e9ch\u00e9ances, comme on dit pudiquement en France, la glaciation commence. Tout le monde se m\u00e9nage et chacun se surveille.<br \/>\nL\u2019invit\u00e9 du Grand Journal \u00e9tait Nicolas Sarkozy. Certes, quand on anime un programme du style info-show, il n\u2019est pas interdit d\u2019afficher une sympathie m\u2019as-tu-vu pour l\u2019invit\u00e9. C\u2019est la m\u00e9thode Drucker. Il l\u2019a d\u2019ailleurs appliqu\u00e9e devant nous en posant au pr\u00e9sident de l\u2019UMP une question enregistr\u00e9e : \u00ab Alors, quand la fait-on ensemble, cette prochaine balade \u00e0 v\u00e9lo ? \u00bb On aura compl\u00e9t\u00e9 de soi-m\u00eame : \u00ab Je suis l\u2019ami des stars, j\u2019ai toujours une anecdote \u00e0 raconter sur mon intimit\u00e9 avec les gens c\u00e9l\u00e8bres. Je suis le Zelig du PAF. Je fais du v\u00e9lo avec Sarko, de la b\u00e9cane avec Strauss-Kahn et de la trottinette avec Arlette. \u00bb<br \/>\nMais Beigbeder, Michel Denisot, Ariane Massenet \u00e9taient cens\u00e9s multiplier les vacheries dans l\u2019esprit insolent qui caract\u00e9rise Canal Plus. Or on s\u2019apercevait tr\u00e8s vite qu\u2019en p\u00e9riode pr\u00e9-\u00e9lectorale, l\u2019insolence de la cha\u00eene est r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 ceux qui ne sont pas susceptibles d\u2019arriver au pouvoir. Elle accable les pr\u00e9tendants dont elle n\u2019a rien \u00e0 craindre. Aux autres elle r\u00e9serve un traitement si cl\u00e9ment qu\u2019on finit par se demander pourquoi la perspective d\u2019un changement de r\u00e8gne lui inspire une trouille si profonde. En tout cas, il est certain que l\u2019argumentation de l\u2019invit\u00e9 n\u2019a pas eu \u00e0 franchir de tr\u00e8s grands obstacles pour atteindre le public.<br \/>\nLe contenu des propos de Nicolas Sarkozy importe peu, du moins ici. Il s\u2019agit seulement de souligner que ses interrogateurs se sont d\u00e9gonfl\u00e9s en direct. Comment Fran\u00e7ois Bayrou aurait-il \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 \u00e0 sa place ? Question int\u00e9ressante qui admet un corollaire, comment Beigbeder, qui a sign\u00e9 la campagne pr\u00e9sidentielle de Robert Hue, peut-il manquer de mordant \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un invit\u00e9 aussi \u00e9loign\u00e9 de sa sensibilit\u00e9 ? Dans deux ou trois ans, nous conna\u00eetrons l\u2019explication de ce myst\u00e8re en voyant quel poste occupe Beigbeder.<\/p>\n<p>Menaces obsc\u00e8nes<br \/>\nIl est au moins un th\u00e8me sur lequel le fond des propos de Nicolas Sarkozy concerne cette chronique, c\u2019est l\u2019apparition, sur i-t\u00e9l\u00e9vision, de l\u2019horrible Fofana en train de d\u00e9jeuner dans une prison d\u2019Abidjan. Le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur n\u2019a pas appr\u00e9ci\u00e9 cette latitude offerte \u00e0 un criminel de s\u2019exprimer et d\u2019illustrer devant la jeunesse que l\u2019enl\u00e8vement crapuleux \u00e9tait une pratique sociale juteuse plus ou moins justifiable \u2013 en somme, un business comme un autre. Si, au cours du reportage, il avait menac\u00e9 ses accusateurs de repr\u00e9sailles, comme il l\u2019a fait aupr\u00e8s du p\u00e8re Halimi deux jours apr\u00e8s l\u2019assassinat de son fils, i-t\u00e9l\u00e9vision aurait-elle achet\u00e9, vendu et diffus\u00e9 ses propos comme un scoop ? On ose esp\u00e9rer que non. Dans le cas contraire, l\u2019obsc\u00e9nit\u00e9 menace.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3617 paru le 24 Mars 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Terreur du rejet<br \/>\nQuand on contemple l\u2019agitation m\u00e9diatique avec l\u2019\u0153il pliss\u00e9 du peintre qui cherche \u00e0 d\u00e9gager les grandes lignes, on les reconna\u00eet \u00e0 chaque instant. Pour qui observe la ruche humaine avec froideur, les comportements deviennent de plus en plus pr\u00e9visibles.<br \/>\nOn s\u2019\u00e9tonne de ne jamais trouver de philosophes dans l\u2019entourage des ministres car, si les auteurs du CPE avaient \u00e9t\u00e9 mieux conseill\u00e9s, leur dispositif aurait \u00e9t\u00e9 mieux accueilli. Ils auraient \u00e9vit\u00e9 de donner \u00e0 la jeunesse l\u2019impression qu\u2019elle allait \u00eatre \u00e9valu\u00e9e, alors que la terreur du rejet, le besoin de reconnaissance affective, caract\u00e9risent toute cette g\u00e9n\u00e9ration, sans compter la pr\u00e9c\u00e9dente qui n\u2019a aucune maturit\u00e9 malgr\u00e9 ses cheveux gris. Dans les familles modernes, le d\u00e9faut d\u2019estime de soi fait des ravages.<br \/>\nPour en avoir une id\u00e9e, il faut lire les consternantes Particules \u00e9l\u00e9mentaires de Michel Houellebecq, et certains ouvrages de Christophe Donner, qui trahissent une crainte majeure : celle de ne pas trouver sa place dans le regard et dans l\u2019amour d\u2019autrui. On la d\u00e9c\u00e8le dans toutes les interviews : les jeunes face au CPE n\u2019envisagent jamais l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 leur futur patron serait convaincu de leurs m\u00e9rites. Ils sont plut\u00f4t accabl\u00e9s par la crainte d\u2019\u00eatre mal aim\u00e9s. Osons ajouter : comme ils l\u2019ont \u00e9t\u00e9 en famille \u00e0 cause de l\u2019\u00e9go\u00efsme parental, de la d\u00e9rive mat\u00e9rialiste du corps social entier, des divorces, de l\u2019amoindrissement de la figure du p\u00e8re, tous facteurs qui concourent \u00e0 fabriquer des geignards dont la devise est \u201cCh\u00e9rissez-moi d\u2019abord, je vous donnerai satisfaction apr\u00e8s\u201d.<br \/>\nUn d\u00e9bat sur i-T\u00e9l\u00e9vision r\u00e9unissait r\u00e9cemment, \u00e0 ce propos, des commentateurs d\u2019horizons divers. La pr\u00e9sence de G\u00e9rard Gachet temp\u00e9rait l\u2019agacement que l\u2019on \u00e9prouvait \u00e0 voir le bilieux St\u00e9phane Pocrain s\u2019emparer du sujet, sur le ton p\u00e9remptoire et vengeur qu\u2019il inflige \u00e0 tous ses interlocuteurs. Une id\u00e9e a \u00e9t\u00e9 prof\u00e9r\u00e9e ce jour-l\u00e0 par l\u2019un des participants : certains jeunes de milieu modeste, tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s des protestataires bacheliers, verraient dans la r\u00e9forme de l\u2019embauche une occasion de faire leurs preuves. Les autres, les enfants de la petite bourgeoisie vindicative, ceux qui font la loi chez eux depuis la maternelle, se m\u00e9fient de tout syst\u00e8me d\u2019\u00e9valuation parce qu\u2019il risque de malmener leur amour-propre. Le gouvernement aurait d\u00fb s\u2019adresser aux premiers d\u2019abord. Pour couvrir la voix des mal-sevr\u00e9s, \u00e0 pr\u00e9sent il va falloir hausser le ton.<\/p>\n<p>\u201cAu revoir madame\u201d<br \/>\nDans le m\u00eame d\u00e9bat, il fut question de la campagne \u00e9lectorale italienne et de Silvio Berlusconi. Un lecteur m\u2019\u00e9crit sa satisfaction d\u2019avoir vu Sua Emittenza se lever souriant et dire \u00e0 une journaliste : \u201cVous \u00eates partiale, vous devriez avoir honte, au revoir madame.\u201d On imagine mal Dominique de Villepin dire une chose pareille \u00e0 Christine Ockrent. Et pourtant en pareil cas les sondages r\u00e9v\u00e9leraient, dans l\u2019heure, qu\u2019il aurait d\u00fb le faire depuis longtemps.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3618 paru le 31 Mars 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Nouveau continent<br \/>\nIl existe un ph\u00e9nom\u00e8ne souterrain qui se d\u00e9veloppe depuis des mois mais dont la \u201cgrande presse\u201d va nous dire, un jour ou l\u2019autre, qu\u2019il fait fureur depuis trois semaines : la t\u00e9l\u00e9vision sauvage. Je ne parle pas des quelques cha\u00eenes qui fournissent des sujets vid\u00e9o \u00e0 la demande sur leur site Internet, mais des terres nouvellement \u00e9merg\u00e9es qui agrandissent sans cesse le continent des images.<br \/>\nJe parle de ces archipels qui apparaissent partout et se r\u00e9unissent dans le dos du l\u00e9gislateur d\u00e9pass\u00e9. Il faut d\u2019abord citer les innombrables blogs o\u00f9 figurent des extraits d\u2019\u00e9missions. Ensuite, les clips que l\u2019on s\u2019envoie par courrier \u00e9lectronique, les plaisanteries visuelles, les publicit\u00e9s humoristiques. Les plateaux des grandes t\u00e9l\u00e9visions nationales sont d\u00e9j\u00e0 contraints de nous pr\u00e9senter, la queue basse, \u201cce qui circule sur le net\u201d. Ils ont beau nous pr\u00e9venir \u201cVous allez voir, la qualit\u00e9 n\u2019est pas tr\u00e8s bonne\u201d, il leur est difficile de cacher que la libert\u00e9 et l\u2019imagination sont en train de quitter les studios.<br \/>\nEt puis, il y a cette poudri\u00e8re de l\u2019\u00e9change d\u2019image par BitTorrent. Il s\u2019agit d\u2019un programme de partage de fichiers dont l\u2019usage est impossible \u00e0 juguler, et qui va devenir t\u00f4t ou tard un continent \u00e0 lui seul. Pour r\u00e9sumer, quand on a rat\u00e9 une \u00e9mission, on la trouve sur Internet d\u00e8s le lendemain. Ah, certes, pas les Cordier, mais qui s\u2019en plaindrait ? En revanche, la descente olympique de Deneriaz, le dernier \u00e9pisode de Lost ou de Friends, le d\u00e9bat dont tout le monde a parl\u00e9 \u00e0 Washington, les talk-shows les plus savoureux, tout y est.<br \/>\nMais ce n\u2019est pas tout. Le vrai continent cach\u00e9, le ph\u00e9nom\u00e8ne imminent, surtout en p\u00e9riode \u00e9lectorale, c\u2019est l\u2019originalit\u00e9 future des contenus et leur caract\u00e8re militant. Aujourd\u2019hui, le principal de ce qui s\u2019\u00e9change est compos\u00e9 de films et de documentaires. Demain, ce seront des sujets originaux, des conf\u00e9rences, des colloques politiques, des reportages-samizdats, des enqu\u00eates \u00e0 la Michael Moore. Il suffit de taper le mot Bush dans le moteur de recherche qui figure sur la page www.conspiracycentral.net pour comprendre o\u00f9 nous allons. La facilit\u00e9 de tourner, de monter et de diffuser des images n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi grande. Elle a pour corollaire le besoin de s\u2019affranchir des grands m\u00e9dias, comme en t\u00e9moigne le succ\u00e8s des blogs. La conjonction de ces ph\u00e9nom\u00e8nes induit non seulement une r\u00e9volution num\u00e9rique, mais une r\u00e9volution tout court.<br \/>\nLe probl\u00e8me des droits, qui occupe tant nos parlementaires, va devenir secondaire d\u00e8s que les gens se pr\u00e9cipiteront plut\u00f4t sur les r\u00e9v\u00e9lations douteuses, les reportages du genre t\u00e9l\u00e9-corbeau, et les vid\u00e9os des candidats marginaux \u00e0 la pr\u00e9sidentielle. Les films de propagande d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment introduits dans les circuits d\u2019\u00e9change entre particuliers n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vus par les textes. Le CSA, si oublieux en mati\u00e8re de violence, va se r\u00e9veiller sous la pression des politiques et nous allons assister \u00e0 la plus belle pagaille depuis l\u2019apparition des radios libres.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3619 paru le 7 Avril 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Il est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0<br \/>\nLe t\u00e9l\u00e9film pr\u00e9sent\u00e9 r\u00e9cemment sur la vie de Charles de Gaulle comportait des le\u00e7ons cach\u00e9es. La premi\u00e8re est qu\u2019\u00e0 travers l\u2019agitation et le tumulte se manifeste toujours le profil d\u2019un ordre futur. La France a ceci de particulier qu\u2019elle ne sait pas enfanter de p\u00e9riodes de stabilit\u00e9 sans douleur, ni trouver de majorit\u00e9 sans s\u2019infliger le frisson de l\u2019insurrection. Le film de France 2 nous rendait t\u00e9moins des tractations entre les \u00e9quipes d\u2019Alger et l\u2019entourage du G\u00e9n\u00e9ral sur le th\u00e8me : comment laisser m\u00fbrir une crise pour imposer un nouveau r\u00e9gime ?<br \/>\nPour peu que l\u2019on consente \u00e0 faire le parall\u00e8le avec le pr\u00e9sent, la seconde \u00e9poque du feuilleton \u00e9tait passionnante. Les phrases du G\u00e9n\u00e9ral sur le r\u00e9gime des partis s\u2019appliquaient tr\u00e8s bien \u00e0 ce que nous vivons. Quand on imagine Dominique Strauss-Kahn ou Laurent Fabius dans le bureau du Grand Charles, on les voit encore plus petits que Guy Mollet, c\u2019est dire. Mais surtout, la premi\u00e8re le\u00e7on de notre histoire r\u00e9cente est que la France d\u2019aujourd\u2019hui nourrit d\u00e9j\u00e0 depuis vingt, trente, cinquante ans, ceux qu\u2019elle acclamera demain. Inconnus ou m\u00e9connus, ils sont parmi nous. Ils analysent la vie sociale en attendant l\u2019heure d\u2019agir. Nous nous demanderons bient\u00f4t comment nous avons pu les ignorer si longtemps. Nous sommes semblables \u00e0 ces myriades d\u2019objets c\u00e9lestes dont le tournoiement est influenc\u00e9 par un puits de gravit\u00e9 invisible, dans lequel ils tomberont un jour.<br \/>\nPendant la moiti\u00e9 de sa vie, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle fut un officier obscur qui passait pour un th\u00e9oricien un peu raseur. Personne n\u2019aurait imagin\u00e9 qu\u2019il allait exercer une attraction newtonienne sur le pays entier. Aujourd\u2019hui, c\u2019est cette force dense et secr\u00e8te que nous devons d\u00e9celer autour de nous malgr\u00e9 la m\u00e9diocrit\u00e9 de la com\u00e9die sociale. Il suffit de regarder la t\u00e9l\u00e9vision en se demandant ce qu\u2019on nous cache pour en mesurer l\u2019\u00e9normit\u00e9. Quand nous apprenons sur TF 1 que le taux de f\u00e9condit\u00e9 fran\u00e7ais est l\u2019un des plus \u00e9lev\u00e9s d\u2019Europe, tout le monde sait ce que cela signifie. Quand nous entendons sur France 2 que 62 % des votants du r\u00e9f\u00e9rendum ill\u00e9gal de Saint-Denis sont favorables au droit de vote des \u00e9trangers, personne n\u2019ajoute que la participation a \u00e9t\u00e9 de 30 %. Et pourtant tout le monde s\u2019en doute. Quand on nous dit (sur T\u00e9l\u00e9matin) que \u00ab trois millions de personnes ont d\u00e9fil\u00e9 hier \u00bb, on ne pr\u00e9cise pas que ce chiffre provient de la CGT. Et pourtant tout le monde le sait.<br \/>\nQuand on nous affirme que \u00ab personne n\u2019a la trempe d\u2019un De Gaulle aujourd\u2019hui \u00bb, on ne veut pas admettre que son successeur est l\u00e0, devant nous, perdu dans la foule, et que le pays l\u2019a d\u00e9j\u00e0 pl\u00e9biscit\u00e9 sans le conna\u00eetre.<\/p>\n<p>Propositions<br \/>\nAu journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9, nous voyons un professeur qui fait la navette entre deux classes pour remplacer une coll\u00e8gue gr\u00e9viste : \u00ab Si je vois que \u00e7a bouge, je passe dans l\u2019autre classe pour renouveler les propositions. \u00bb Tout le monde a compris : l\u2019\u00e9cole moderne, c\u2019est un lieu o\u00f9 l\u2019on propose.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3620 paru le 14 Avril 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Effet Doppler<br \/>\nLe personnel m\u00e9diatique n\u2019a rien trouv\u00e9 de mieux, pour devancer et pour influencer les \u00e9ch\u00e9ances fran\u00e7aises, que d\u2019aller chercher \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ses mod\u00e8les et ses sujets d\u2019indignation.<br \/>\nOn se souvient avec quelle insistance les plateaux nous annon\u00e7aient la victoire de John Kerry. On se souvient des louanges de la gauche fran\u00e7aise pour Al Gore. On a vu les t\u00e9l\u00e9s se pr\u00e9cipiter au Chili pour y couvrir la victoire d\u2019une femme, dans l\u2019espoir d\u2019accr\u00e9diter chez nous une candidate en tailleur beige. On a vu des reportages diffus\u00e9s en direct de Minsk o\u00f9 la police embarquait les manifestants. Aux rares Fran\u00e7ais qui s\u00e9journaient dans la ville (parmi lesquels votre serviteur), le journal de 13 heures de France Inter a essay\u00e9 d\u2019arracher des t\u00e9moignages \u00e9pouvant\u00e9s en faveur d\u2019une r\u00e9volution orange \u00e0 la bi\u00e9lorusse, or elle n\u2019a jamais eu lieu. Le m\u00eame dimanche, \u00e0 Kiev, un scrutin sans trucage \u00e9cornait le mythe du miracle ukrainien.<br \/>\nN\u2019importe, les t\u00e9l\u00e9visions \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9es \u00e0 un autre sujet : les \u00e9lections italiennes. Pour nous imposer plus s\u00fbrement l\u2019Internationale du centre gauche (celle qui lit le Guardian et La Reppublica), le Paf fran\u00e7ais d\u00e9couvrait les m\u00e9rites de Romano Prodi.<br \/>\nComme beaucoup de Fran\u00e7ais, j\u2019ai profit\u00e9 de la disponibilit\u00e9 des cha\u00eenes italiennes via Eutelsat pour regarder le d\u00e9bat Prodi-Berlusconi sur la Rai Uno.<br \/>\nLe lendemain, j\u2019ai \u00e9cout\u00e9 les commentaires du plateau radiophonique de Ruquier sur Europe 1, afin de mesurer l\u2019effet Doppler \u2013 vous savez bien, le d\u00e9calage vers le rouge qu\u2019on observe dans l\u2019opinion quand elle s\u2019\u00e9loigne \u00e0 grande vitesse de la r\u00e9alit\u00e9.<br \/>\nD\u00e8s qu\u2019on a prononc\u00e9 le nom de Berlusconi, Steevy Boulay, le politologue du Loft, a devanc\u00e9 ses compagnons pour d\u00e9cr\u00e9ter qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s mauvais. Pierre B\u00e9nichou, plus circonspect, a donn\u00e9 les protagonistes pour \u00e9gaux sans avoir vu le d\u00e9bat, ce qui, apr\u00e8s correction id\u00e9ologique, atteste que Berlusconi a \u00e9t\u00e9 nettement sup\u00e9rieur \u00e0 son adversaire, et j\u2019en t\u00e9moigne : il a \u00e9t\u00e9 dr\u00f4le, mordant, imag\u00e9, notamment quand il a d\u00e9crit les composantes de la gauche italienne. Or, le lendemain, le fait d\u2019avoir caricatur\u00e9 ses ennemis nous fut pr\u00e9sent\u00e9 dans les journaux fran\u00e7ais comme un \u201cd\u00e9rapage\u201d. Avant tout d\u00e9bat, c\u2019est le m\u00eame stratag\u00e8me : la gauche adore priver ses adversaires des avantages qu\u2019elle ne poss\u00e8de pas elle-m\u00eame. Le pittoresque en fait partie. Il suffit d\u2019employer le verbe d\u00e9raper et le tour est jou\u00e9.<br \/>\nCela dit, le personnage de Berlusconi m\u00e9rite une analyse plus fine que celle des oligarques du commentaire \u00e0 la fran\u00e7aise. Parmi les extraits vid\u00e9o que l\u2019on voyait sur les cha\u00eenes italiennes, plusieurs \u00e9taient accablants, notamment celui o\u00f9, dans un curieux acc\u00e8s de parano\u00efa, le Cavaliere pr\u00e9sente sa propre crypte fun\u00e9raire (monumentale) \u00e0 un Gorbatchev stup\u00e9fait. Ou ceux qui \u00e9tablissent les liens de ses fid\u00e8les avec la Mafia. Il faut croire que plus un pays a soif d\u2019ordre, moins il est exigeant sur sa nature, et la France devrait m\u00e9diter l\u00e0-dessus.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3501 paru le 9 Janvier 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>L\u2019archipel des images<br \/>\nPendant les f\u00eates o\u00f9 la t\u00e9l\u00e9vision subit la concurrence d\u2019\u00e9crans rivaux : ordinateurs, jeux vid\u00e9o, t\u00e9l\u00e9phones portables, on a l\u2019impression que l\u2019archipel des images se rassemble pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, \u00e0 condition de poss\u00e9der un peu d\u2019\u00e9ducation et de sens commun, repr\u00e9sente 80 % de l\u2019offre : \u00eeles au tr\u00e9sor sem\u00e9es d\u2019\u00e9nigmes et de merveilles graphiques, courses \u00e0 la barre sur des voiliers mythiques, architectures d\u2019une complexit\u00e9 piran\u00e9sienne, mondes ultragalactiques balay\u00e9s par des temp\u00eates de sable. Le virtuel \u00e9lectronique, avec la complicit\u00e9 des \u00e9crans plats et des techniques sonores immersives (en attendant le relief) est vraiment devenu l\u2019un des beaux arts.<br \/>\nH\u00e9las, il y a aussi le pire. Depuis le premier simulateur de vol sur lequel cent millions de joueurs, au bas mot, ont travers\u00e9 les tours du World Trade Center avant le passage \u00e0 l\u2019acte, le jeu vid\u00e9o est devenu le vecteur de sottise et de m\u00e9chancet\u00e9 le plus puissant qu\u2019on puisse imaginer. Dans l\u2019un des titres que je viens d\u2019examiner, Need for Speed Underground, il s\u2019agit de se livrer \u00e0 une course urbaine et nocturne au milieu du trafic, au volant de voitures \u201ctun\u00e9es\u201d, pour un public de zonards gesticulants. Le d\u00e9part est donn\u00e9 par des rappeuses en bol\u00e9ro de cuir. La notice d\u2019emploi pr\u00e9cise obligeamment : \u00ab Tu auras le temps de conduire comme un bon p\u00e8re de famille quand tu seras vieux. Pour l\u2019instant, conduis comme un malade, ta r\u00e9putation en d\u00e9pend ! \u00bb<br \/>\nJ\u2019ai aussi achet\u00e9 une bluette, Rayman 3, destin\u00e9e aux enfants de quatre \u00e0 douze ans. Apr\u00e8s deux tableaux, que croyez-vous que le petit personnage crie au joueur ? \u00ab Eh ben ? Qu\u2019est-ce que t\u2019as ? T\u2019as fum\u00e9 ou quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Publicit\u00e9 de poche<br \/>\nLes passerelles entre le cin\u00e9ma, la t\u00e9l\u00e9vision et le jeu vid\u00e9o sont d\u00e9j\u00e0 nombreuses, mais l\u2019irruption du t\u00e9l\u00e9phone portable dans cette ronde des images repr\u00e9sente une nouveaut\u00e9 qui n\u2019est pas sans cons\u00e9quences. Pour le b\u00e9n\u00e9fice de t\u00e9l\u00e9phoner en 65 000 couleurs, nous allons bient\u00f4t recevoir publicit\u00e9s et bandes-annonces directement dans nos poches, en attendant que notre cervelet lui-m\u00eame soit \u00e9quip\u00e9 d\u2019une prise bluetooth.<\/p>\n<p>Redondances<br \/>\nDans les entretiens t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, si la plupart des r\u00e9ponses commencent par \u201cC\u2019est vrai que\u201d, c\u2019est parce que les journalistes ont pris l\u2019habitude de caser dans les questions ce qu\u2019ils veulent entendre. D\u2019o\u00f9 une impression de redondance assez p\u00e9nible.<br \/>\nAu m\u00eame chapitre, citons l\u2019habitude de livrer le contenu d\u2019un reportage au moment de l\u2019annoncer. Ce d\u00e9samor\u00e7age ridicule donne \u00e0 peu pr\u00e8s ceci : \u00ab La police est sur la piste d\u2019un trafic de voitures vol\u00e9es qui aurait des ramifications jusqu\u2019en Turquie et en Egypte et qui concernerait des berlines allemandes. Reportage de Fr\u00e9d\u00e9ric Moreau. \u00bb<br \/>\nQue nous dit Fr\u00e9d\u00e9ric Moreau ? Strictement la m\u00eame chose, bien malgr\u00e9 lui. L\u2019autre a parasit\u00e9 son travail, ses arguments et son vocabulaire en \u00e9coutant la bande avant de prendre l\u2019antenne.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3399 paru le 18 Janvier 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Un c\u0153ur simple<br \/>\nL\u2019un des derniers refuges de l\u2019imagination pour un cin\u00e9aste, l\u2019un des exutoires du r\u00eave, dans un monde o\u00f9 les sc\u00e9narios sont devenus aussi lin\u00e9aires que les rayons de supermarch\u00e9, c\u2019est le clip.<br \/>\nDans un clip le projet est circonscrit dans la dur\u00e9e. L\u2019invention devient donc d\u00e9terminante. Avec le clip, le cin\u00e9ma devient elliptique. Impressionniste ou surr\u00e9aliste, il se joue de la physique, de la logique, il multiplie les changements d\u2019\u00e9chelle et les paradoxes. Le clip appartient au royaume des contes et l\u00e9gendes.<br \/>\nLes cha\u00eenes musicales diffusent en ce moment l\u2019une de ces paraboles que j\u2019invite le lecteur \u00e0 traquer pour savourer deux minutes de po\u00e9sie. Il s\u2019agit de l\u2019illustration d\u2019une chanson dont mon seul souvenir est que l\u2019auteur s\u2019appelle Robert, mais l\u2019essentiel n\u2019est pas l\u00e0.<br \/>\nLe film est en noir et blanc, ou presque. On y voit une jeune femme h\u00e9siter \u00e0 un carrefour en plein Manhattan, encombr\u00e9e d\u2019un paquet rouge tellement gros qu\u2019il tra\u00eene par terre et tient \u00e0 peine entre ses bras. La cam\u00e9ra change d\u2019angle pendant que la jeune femme, qui para\u00eet \u00e9puis\u00e9e, essaie de traverser un passage clout\u00e9 dans la foule. Elle se heurte \u00e0 ses voisins. Personne ne l\u2019aide \u00e0 porter son paquet rouge. Elle le tra\u00eene, le pousse, le pose contre un mur. On s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019il s\u2019agit en v\u00e9rit\u00e9 d\u2019un c\u0153ur de plus d\u2019un m\u00e8tre soixante, lisse et gonfl\u00e9 comme un ballon dirigeable.<br \/>\nL\u2019allusion para\u00eet un peu grossi\u00e8re mais elle est d\u00e9chirante. Bouscul\u00e9e dans la rue, ignor\u00e9e dans le m\u00e9tro, vou\u00e9e \u00e0 la laideur et \u00e0 la solitude urbaines, la jeune femme transporte son c\u0153ur qui devient de plus en plus petit. Il est \u00e0 peine gros comme un ballon de foot quand elle arrive en vue de son affreuse maison de Brooklyn. Une aimable et tendre d\u00e9tresse se lit alors sur son visage, si aimable et si tendre qu\u2019un jeune passant lui offre un caf\u00e9.<br \/>\nChangement de plan. Le c\u0153ur est pos\u00e9 entre eux contre la vitre. Sorti du caf\u00e9, le jeune homme raccompagne sa Cendrillon qui a quelque difficult\u00e9 \u00e0 franchir la porte de sa maison, le c\u0153ur ayant retrouv\u00e9 sa taille d\u2019origine.<br \/>\nLe lendemain on guette sur MTV ou FunTV la rediffusion de cette minuscule \u0153uvre d\u2019art qui dure autant que la lecture d\u2019un po\u00e8me, qui n\u2019est pas la seule de son esp\u00e8ce et qui vous r\u00e9concilie \u00e0 jamais avec la vid\u00e9o-minute.<\/p>\n<p>Flics et voyous<br \/>\nEn comparaison, un t\u00e9l\u00e9film policier de TF 1 para\u00eet aussi talentueux qu\u2019un manuel de droit commercial. Prenons la s\u00e9rie marseillaise o\u00f9 Alain Delon joue les redresseurs de torts : sanglante et raisonneuse, cette affaire nous ram\u00e8ne trente ans en arri\u00e8re, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 notre t\u00e9n\u00e9breux sociologue des bas-fonds jouait et produisait des films o\u00f9 les flics se montraient cruels avec les malfrats tout en fomentant des complots contre la R\u00e9publique. La production de Fabio Montale a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e au moment du vote de la loi Guigou. Aujourd\u2019hui tout semble avoir pris l\u2019eau en m\u00eame temps : et la loi, et le film.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3621 paru le 21 Avril 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Humour et d\u00e9rision<br \/>\nLa soir\u00e9e Shirley et Dino pr\u00e9sent\u00e9e par Patrick S\u00e9bastien illustrait tr\u00e8s bien, c\u2019est-\u00e0-dire aussi bien que les plus vigoureuses professions de foi technocratiques, l\u2019existence d\u2019un champ culturel europ\u00e9en. Apr\u00e8s le transformiste Arturo Brachetti, qui nous rappelle \u00e0 la fois le Moulin Rouge et le monde de Fellini, un fantaisiste suisse interpr\u00e9tait Beethoven et Vivaldi \u00e0 l\u2019aide d\u2019une batterie de klaxons, ensuite nos duettistes ringards se livraient \u00e0 une parodie de caf\u2019conc\u2019 et multipliaient les allusions litt\u00e9raires (Cyrano, les Trois Mousquetaires), le tout devant un public non seulement gagn\u00e9 \u00e0 leur humour mais ravi par un spectacle qui relevait de l\u2019histoire de famille. Ce music-hall qui sent la Vieille Europe, qui rappelle les attractions des casinos d\u2019avant-guerre, qui remonte aux saynettes des Tuileries et des Grands Boulevards, c\u2019est notre pass\u00e9, c\u2019est notre \u00e2me.<br \/>\nLe style parodique de Shirley et Dino jouit en France d\u2019une faveur tr\u00e8s grande parce qu\u2019il nous ram\u00e8ne \u00e0 une m\u00e9moire instinctive, celle des jongleurs de foire, du Kid de Chaplin, de Laurel et Hardy, celle des pauvres gens qui essaient de r\u00e9ussir sous la rampe en autodidactes.<br \/>\nBien entendu, on trouvera toujours des grincheux pour parler de ringardise franchouillarde. Ceux-l\u00e0 ne supportent pas les formes d\u2019humour capables de rassembler trois g\u00e9n\u00e9rations. Ils n\u2019aiment ni Shirley, ni Dino, ni Bigard, ni Chevalier, ni Laspal\u00e8s. Ils pr\u00e9f\u00e8rent Guy Bedos, Ruquier, les Deschiens, Laurent Baffie, Karl Z\u00e9ro, etc. Quelle est la diff\u00e9rence ? Dans un cas c\u2019est de l\u2019humour, dans l\u2019autre de la d\u00e9rision. L\u2019humour rassemble. La d\u00e9rision offense et divise. Quand on compare Shirley et Dino aux Deschiens, on s\u2019aper\u00e7oit que les premiers font le plein sur une antenne nationale, tandis que les autres ont fait ricaner une moiti\u00e9 du pays aux d\u00e9pens de l\u2019autre, et de surcro\u00eet sur une cha\u00eene payante.<br \/>\nSi l\u2019on veut pousser l\u2019analyse jusqu\u2019\u00e0 un exc\u00e8s de s\u00e9rieux, on observe que les partisans de la soci\u00e9t\u00e9 sans classes et sans fronti\u00e8res introduisent paradoxalement une guerre civile larv\u00e9e dans les esprits depuis plus de vingt ans, tandis que les humoristes de papa ont la faiblesse de d\u00e9signer ce qui rend les hommes semblables : la ruse, la vanit\u00e9, la convoitise, la l\u00e2chet\u00e9, le machisme, la coquetterie, le snobisme.<br \/>\nVoil\u00e0 ce qui explique la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 des films de Louis de Fun\u00e8s en Europe centrale et dans un grand nombre de pays latins. Voil\u00e0 ce qui a fait de l\u2019acteur italien Toto (le Fernandel transalpin) un personnage culte. Voil\u00e0 la raison pour laquelle les Bronz\u00e9s ne parvient gu\u00e8re \u00e0 s\u2019exporter, sauf chez les inconditionnels de la France, comme le Japon.<br \/>\nLorsqu\u2019on voit Thierry Ardisson recevoir Boutros Boutros-Ghali ou Salman Rushdie pour leur infliger l\u2019ironie de son plateau, lorsqu\u2019on voit que l\u2019\u00e9mission est rediffus\u00e9e dans le monde entier sur TV5, on se dit que le fameux esprit fran\u00e7ais tourne au d\u00eener de cons \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire et que c\u2019est dommage.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3622 paru le 28 Avril 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>La gloire de l\u2019Agneau<br \/>\nQui e\u00fbt dit que CNN serait capable d\u2019arracher une larme au voyageur press\u00e9 lors d\u2019un dimanche pascal, dans une chambre d\u2019h\u00f4tel anonyme ? Et pourtant, en diffusant un documentaire en deux parties sur l\u2019histoire cach\u00e9e de la fin de Jean-Paul II, la cha\u00eene internationale a su comprendre et repr\u00e9senter l\u2019essence de l\u2019\u00e9v\u00e9nement pour un chr\u00e9tien. Certes, elle fut aid\u00e9e en cela par les commentaires intelligents de la plupart des intervenants, mais il fallait parvenir \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 la logique forcen\u00e9e de l\u2019information. C\u2019est-\u00e0-dire ne rien couper au montage sous pr\u00e9texte que le sujet \u00e9tait trop statique ou le commentaire trop abstrait.<br \/>\nL\u2019affaire commen\u00e7ait d\u2019ailleurs assez mal, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e8s la bande-annonce, puisque le soin de pr\u00e9senter le sujet, sous la forme d\u2019un extrait d\u2019entretien, \u00e9tait laiss\u00e9 \u00e0 monseigneur Wilton Gregory, le tr\u00e8s m\u00e9diocre archev\u00eaque d\u2019Atlanta, qui n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 nous livrer un scoop : \u00ab Jean-Paul II \u00e9tait un homme anim\u00e9 d\u2019une tr\u00e8s grande foi \u00bb (sic).<br \/>\nLe sourire ang\u00e9lique de ce Monsignore d\u2019Atlanta faisait un peu froid dans le dos, surtout si l\u2019on se souvient que les journaux progressistes nous le donnaient pour papabile. Un pr\u00e9lat capable de prof\u00e9rer ce genre de sottises nous rendait encore plus noble et plus ch\u00e8re la figure auguste de Jean-Paul II. Et tout le reportage nous a montr\u00e9 combien le pape a voulu incarner, \u00e0 travers son calvaire final, le triomphe de la faiblesse qui est l\u2019essence de la philosophie chr\u00e9tienne. Rendons gr\u00e2ce \u00e0 Ren\u00e9 Girard de nous avoir expliqu\u00e9, dans Des choses cach\u00e9es depuis la fondation du monde, que le christianisme s\u2019\u00e9carte des lois de la nature en se laissant d\u00e9vorer par elles pour signifier qu\u2019il appartient \u00e0 un ordre sup\u00e9rieur. Et remercions Jean-Paul II de l\u2019avoir illustr\u00e9.<br \/>\nPape conqu\u00e9rant, chef d\u2019\u00c9tat, statue du Commandeur, Jean-Paul II s\u2019est livr\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e0 la d\u00e9cr\u00e9pitude, comme ses lointains pr\u00e9d\u00e9cesseurs ont choisi de rester immobiles face aux fauves du Colis\u00e9e.<br \/>\nPuisqu\u2019il est question des cardinaux am\u00e9ricains, un autre pr\u00e9lat interrog\u00e9 par CNN, visiblement tr\u00e8s proche de Jean-Paul II, nous a d\u00e9crit la nature du message et le sens des derniers jours avec toute l\u2019\u00e9motion souhaitable. Il a racont\u00e9 en pleurs que, dans le silence retrouv\u00e9 apr\u00e8s les clameurs, avant le scellement du tombeau, on a \u00f4t\u00e9 sa mitre au Saint-P\u00e8re, et que d\u2019un mouvement unanime, les cardinaux ont enlev\u00e9 leur propre couvre-chef en silence. L\u2019homme qui racontait cette sc\u00e8ne a laiss\u00e9 \u00e9chapper un sanglot tr\u00e8s bref sous la cam\u00e9ra en concluant : \u00ab He was a great guy. \u00bb<br \/>\nIl est bon de rappeler que le fondateur du christianisme, non content de pr\u00f4ner la gloire de l\u2019Agneau, prescrivait le pardon des ennemis quand d\u2019autres proph\u00e8tes, qu\u2019on ne peut plus ni nommer ni dessiner, d\u00e9capitaient les leurs par milliers. La libert\u00e9 de rapporter ce genre de faits est d\u00e9j\u00e0 largement compromise dans les classes d\u2019histoire. Si nous n\u2019y prenons garde, elle finira encadr\u00e9e par les juges.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3623 paru le 5 Mai 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Dans cent cinquante ans<br \/>\nL\u2019une des cha\u00eenes de TPS diffusait l\u2019autre jour un film des ann\u00e9es 1990 dont le seul m\u00e9rite \u00e9tait d\u2019avoir offert sa chance \u00e0 Julia Roberts. Ce n\u2019\u00e9tait pas tout \u00e0 fait le seul, l\u2019autre \u00e9tait son sujet : l\u2019apr\u00e8s-mort. Une \u00e9quipe d\u2019\u00e9tudiants en m\u00e9decine jouait avec les techniques de d\u00e9fibrillation afin de provoquer des arr\u00eats cardiaques de plus en plus longs. Le but de l\u2019op\u00e9ration \u00e9tait de voir ce qu\u2019il y avait de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, de faire l\u2019exp\u00e9rience du fameux tunnel, de la d\u00e9corporation, etc. C\u2019est un tr\u00e8s vieux th\u00e8me mais ce n\u2019est pas celui de cette chronique. Non, il ne s\u2019agit pas de savoir ici s\u2019il y a quelque chose apr\u00e8s, mais de regretter que des sujets aussi f\u00e9conds soient grill\u00e9s par des cin\u00e9astes ou des litt\u00e9rateurs sans talent \u00e0 la recherche d\u2019une id\u00e9e commerciale.<br \/>\nDans les soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 le niveau est faible, la recherche du sujet fort est une catastrophe. Quand on regarde ce film, on a l\u2019impression que ce th\u00e8me, magnifique, a \u00e9t\u00e9 g\u00e2ch\u00e9 par la h\u00e2te d\u2019un sc\u00e9nariste qui croyait \u201ctenir\u201d l\u00e0 quelque chose, malgr\u00e9 une vision de l\u2019existence r\u00e9duite \u00e0 des bredouillages pentec\u00f4tistes. Les \u00e9tudiants du film ne fr\u00f4lent pas des gouffres pascaliens, ils sont prisonniers d\u2019une morale de souriceaux. Leur imaginaire de l\u2019Au-del\u00e0 ne quitte jamais la psychanalyse : l\u2019un d\u2019eux regrette d\u2019avoir abus\u00e9 de la confiance d\u2019une femme, l\u2019autre est obs\u00e9d\u00e9 par le souvenir d\u2019un accident v\u00e9cu dans son enfance, un troisi\u00e8me se souvient d\u2019avoir pers\u00e9cut\u00e9 une petite fille ; bref, on se demande o\u00f9 sont la th\u00e9ologie, le vertige, l\u2019\u00e9blouissement, la r\u00e9v\u00e9lation dans tout cela.<\/p>\n<p>Le grand Rien<br \/>\nLa m\u00eame question se pose \u00e0 l\u2019observateur quand il \u00e9coute avec attention les paroles de l\u2019une des chansons pl\u00e9biscit\u00e9es par la jeunesse fran\u00e7aise cette ann\u00e9e : Dans cent cinquante ans, refrain compos\u00e9 par le chanteur Rapha\u00ebl (Victoire de la musique 2006), lequel nous explique en gros que tout est non seulement pourri mais sans importance et vou\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre. C\u2019est la raison pour laquelle il nous invite \u00e0 trinquer \u00ab \u00e0 la sant\u00e9 des voleurs des rues \u00bb. Passons sur sa morale sociale qui ressuscite l\u2019anarchisme b\u00eata de Georges Brassens, pour nous int\u00e9resser \u00e0 sa m\u00e9taphysique : elle est nulle, tout simplement. \u00ab On ne s\u2019en souviendra pas, nous dit-il, des marchands d\u2019armes, des types qui votent les lois, de leurs signes de croix (notez l\u2019allusion), des salauds de chasseurs, des juges qui condamnent \u00bb, etc. Il conclut \u00e0 l\u2019adresse de son amour : \u00ab Je ne veux rien te faire croire\u00bb.<br \/>\nOn peut observer qu\u2019il essaie au contraire express\u00e9ment de lui faire croire \u00e0 la vanit\u00e9 de toute morale au-del\u00e0 des apparences. Il est donc en pleine propagande nihiliste. Il v\u00e9hicule, avec une foi de charbonnier ath\u00e9e, le message inverse de celui du cin\u00e9aste ci-dessus, mais avec un niveau d\u2019expression tout aussi m\u00e9diocre.<br \/>\nRassurons-nous, dans cent cinquante ans, quoi que nous r\u00e9serve l\u2019Au-del\u00e0, cin\u00e9astes nuls et chanteurs sans syntaxe auront quitt\u00e9 la m\u00e9moire collective.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3624 paru le 12 Mai 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Z\u00e9ro point\u00e9<br \/>\nAvec la gourmandise d\u2019un journaliste de Paris Presse qui aurait d\u00e9croch\u00e9 une interview de la Callas, Jean-Marc Morandini, l\u2019autre matin sur Europe 1, nous annon\u00e7ait qu\u2019il aurait Karl Z\u00e9ro en direct apr\u00e8s son \u00e9viction de Canal Plus. Pour ceux qui n\u2019auraient pas suivi les premi\u00e8res \u00e9tapes, en voici le r\u00e9sum\u00e9 : producteur du Vrai Journal le dimanche sur Canal depuis dix ans, Z\u00e9ro vient d\u2019\u00eatre remplac\u00e9 par une journaliste de TF1, Laurence Ferrari, que le milieu appelle d\u00e9j\u00e0 \u201cZ\u00e9ro virgule cinq\u201d.<br \/>\nKarl Z\u00e9ro accuse express\u00e9ment CanalSatellite d\u2019avoir ainsi scell\u00e9 son rapprochement avec TF1 en se tournant vers ce que les sp\u00e9cialistes appellent le journalisme de r\u00e9v\u00e9rence. \u00c0 l\u2019en croire, la cha\u00eene aurait troqu\u00e9 \u00ab le panache de Zorro pour le charisme de Bernardo \u00bb. C\u2019est assez s\u00e9v\u00e8re pour la pr\u00e9sentatrice, mais ce n\u2019est pas enti\u00e8rement faux. Comme le soulignait au t\u00e9l\u00e9phone un auditeur de l\u2019\u00e9mission, nombre de gens, dans ce m\u00e9tier, sont convaincus que Laurence Ferrari ne poss\u00e8de ni l\u2019envergure ni l\u2019exp\u00e9rience n\u00e9cessaires pour remplacer un bateleur aussi malin que Karl Z\u00e9ro.<br \/>\nMais s\u2019il faut chercher un malin, c\u2019est probablement dans l\u2019organigramme de Canal Plus qu\u2019il se trouve. Cette cha\u00eene, n\u00e9e sur le terreau de la gauche prosp\u00e8re, a compris qu\u2019il faut se recentrer d\u2019urgence. Et la man\u0153uvre permet de souligner les na\u00efvet\u00e9s de la m\u00e9thode Karl Z\u00e9ro.<br \/>\nIl est puni, nous dit-on, pour avoir achet\u00e9 un t\u00e9moignage contre Dominique Baudis dans l\u2019affaire Al\u00e8gre. C\u2019est possible. Mais il est surtout ch\u00e2ti\u00e9 pour avoir pratiqu\u00e9 le fayotage id\u00e9ologique en affichant une horreur m\u2019as-tu-vu \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la droite \u00e0 principes.<br \/>\nEn l\u2019occurrence la cha\u00eene ne lui reproche pas express\u00e9ment son intransigeance envers le Front national. Elle lui reproche de l\u2019avoir compromise dans le registre de l\u2019indignation, en exigeant de la plupart de ses invit\u00e9s qu\u2019ils abjurent toute indulgence envers les id\u00e9es inadmissibles. Or, si l\u2019on \u00e9carte deux ou trois convictions criminelles, la notion de l\u2019inadmissible est tr\u00e8s relative en politique. Par exemple, la r\u00e9pulsion \u00e9pidermique \u00e0 l\u2019\u00e9gard de tout d\u00e9bat sur l\u2019immigration est pass\u00e9e de mode. Mais Karl Z\u00e9ro ne l\u2019a pas compris \u00e0 temps. Il se retrouve dans la position d\u2019un apparatchik russe qui organiserait des r\u00e9unions sur l\u2019imp\u00e9rialisme capitaliste \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 Poutine re\u00e7oit le pr\u00e9sident de Microsoft.<br \/>\nQuand on entendait son argumentation \u00e0 la radio, on \u00e9tait empli de piti\u00e9. En gros il nous disait : \u201cGr\u00e2ce \u00e0 mes impr\u00e9cations dominicales, vous avez tenu le pragmatisme de droite \u00e0 l\u2019\u00e9cart des id\u00e9es r\u00e9publicaines.\u201d Et dans une parodie de dialogue faustien, le groupe Canal semblait lui r\u00e9pondre : \u201cNon mais, sinc\u00e8rement, tu as vraiment cru qu\u2019on \u00e9tait de gauche ?\u201d<\/p>\n<p>Tiendra-t-elle ?<br \/>\n\u00ab C\u2019est, disait S\u00e9gol\u00e8ne Royal sur une radio, la question que les sp\u00e9cialistes politiques se posent \u00e0 mon sujet. \u00bb \u00ab Oui, reprenait-elle, et c\u2019est vous qui peuvent m\u2019aider (sic). \u00bb On peut d\u00e9j\u00e0 sugg\u00e9rer une aide grammaticale.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3625 paru le 19 Mai 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Musique de casbah<br \/>\nLa t\u00e9l\u00e9vision nationale devrait se garder la premi\u00e8re de diviser la nation. Or, pour des raisons incompr\u00e9hensibles, sur un sujet aussi sensible que les mariages franco-musulmans, France 2 vient de verser, sur des braises rouges, un verre d\u2019alcool \u00e0 br\u00fbler. Certes le t\u00e9l\u00e9film \u00c0 la recherche de Sarah, pr\u00e9sent\u00e9 en deux \u00e9pisodes, est inspir\u00e9 d\u2019un fait divers r\u00e9el, il a \u00e9t\u00e9 prim\u00e9 dans plusieurs festivals, mais il fait d\u00e9cid\u00e9ment trop peu de cas des risques d\u2019incendie. Cette histoire d\u2019une femme \u00e0 qui un mari iranien, musulman d\u00e9clar\u00e9, fait subir humiliations, violences, mutilations avant de lui voler sa fille, est diffus\u00e9e dans un contexte social qui exigerait la prudence.<br \/>\nOn la cherche en vain dans le sc\u00e9nario. Comme \u00e0 chaque fois qu\u2019on aborde dans un t\u00e9l\u00e9film un sujet \u00e9pineux (la perception des homosexuels, le racisme, l\u2019injustice \u00e9conomique etc.), on peut parler d\u2019une v\u00e9ritable t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 du bon droit. Le probl\u00e8me, avec cette t\u00e9l\u00e9 qui d\u00e9nonce, qui appuie l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a fait mal, est qu\u2019\u00e0 force de faire r\u00e9agir le peuple, elle le dispose \u00e0 la col\u00e8re. \u00c0 force de souligner l\u2019intol\u00e9rance, elle la propage. En l\u2019occurrence le cingl\u00e9 du film concentre, en un quart d\u2019heure, la plupart des sujets de ranc\u0153ur qui traversent la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise \u00e0 propos des musulmans int\u00e9gristes. \u00c0 la plage, il couvre les jambes de sa femme. Il l\u2019accuse d\u2019\u00eatre \u00ab la putain de l\u2019h\u00f4pital \u00bb (elle est infirmi\u00e8re). Un jour o\u00f9 elle rentre avec une bouteille de vin rouge, il lui crie : \u00ab Je t\u2019ai dit de ne pas faire entrer d\u2019alcool dans cette maison. \u00bb Il charge sa s\u0153ur (voil\u00e9e) de veiller sur leur fille. Et, comble de maladresse sc\u00e9naristique, \u00e0 chaque fois qu\u2019il bat sa femme, l\u2019humilie ou essaie carr\u00e9ment de la saigner avec un couteau de cuisine (sc\u00e8ne r\u00e9aliste qui joue, de mani\u00e8re tr\u00e8s malsaine, sur l\u2019horreur culturellement connot\u00e9e de l\u2019\u00e9gorgement), on entend, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re plan, une musique de casbah.<br \/>\n\u00e7a fait tout de m\u00eame beaucoup pour la simple satisfaction d\u2019avoir raison contre l\u2019obscurantisme. La d\u00e9fense du bon droit, la lutte contre l\u2019injustice ne devraient jamais fr\u00f4ler l\u2019offense \u00e0 ce point-l\u00e0. \u00c0 la t\u00e9l\u00e9vision, le service public et l\u2019ordre public entretiennent des rapports qu\u2019il faudrait rappeler davantage.<\/p>\n<p>La vente continue<br \/>\nSur la RAI, une s\u00e9rie de reportages essaie de nous prouver que les attentats dans les stations baln\u00e9aires de la mer Rouge n\u2019ont eu aucune incidence sur la fr\u00e9quentation touristique. Un retrait\u00e9 nous explique qu\u2019on court plus de risques comme pi\u00e9ton \u00e0 Milan que comme touriste \u00e0 Dahab.<br \/>\nParall\u00e8lement, une campagne publicitaire lanc\u00e9e voil\u00e0 longtemps sur les cha\u00eenes mondiales (CNN et BBC World) nous diffuse du Verdi huit fois par jour sur un clip de fonds marins, de cocktails multicolores et de maillots \u00e9chancr\u00e9s. \u201cRiviera de la mer Rouge, dit le slogan, o\u00f9 le soleil brille tous les jours de l\u2019ann\u00e9e, tous les ans\u201d.<br \/>\nLe jour du dernier attentat, CNN n\u2019a m\u00eame pas pris soin d\u2019interrompre la diffusion 24 heures par \u00e9gard pour les victimes.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3626 paru le 26 Mai 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>L\u00e2ches apostats<br \/>\nAutour du film tir\u00e9 de l\u2019apostasie de Dan Brown, la t\u00e9l\u00e9vision a diffus\u00e9 nombre de documentaires, mais celui que pr\u00e9sentait La Cinq s\u2019en distinguait opportun\u00e9ment.<br \/>\nOn pouvait craindre qu\u2019il ne s\u2019agisse encore de l\u2019un de ces films produits par une cha\u00eene du genre Discovery pour \u201caccompagner\u201d le ph\u00e9nom\u00e8ne Da Vinci Code. Or, pour une fois, le film donnait la parole \u00e0 des Fran\u00e7ais, des conservateurs de mus\u00e9e, des villageois cit\u00e9s comme t\u00e9moins sur une histoire qui leur appartient, celle de Rennes-le-Ch\u00e2teau. Le myst\u00e8re de l\u2019abb\u00e9 Sauni\u00e8re n\u2019est pas une invention mais il s\u2019arr\u00eate avant les maquignonnages antichr\u00e9tiens de Hollywood. La fortune d\u2019un modeste cur\u00e9 de campagne, le fait que l\u2019Europe couronn\u00e9e se soit discr\u00e8tement tenue inform\u00e9e de ses recherches, les symboles bizarres dont son \u00e9glise \u00e9tait couverte, ses relations \u00e0 Paris, l\u2019absolution qu\u2019on lui refusa le jour de sa mort, tout cela est digne d\u2019int\u00e9r\u00eat.<br \/>\nSi l\u2019auteur du livre avait m\u00e9nag\u00e9 la part des t\u00e9n\u00e8bres, il n\u2019aurait offens\u00e9 personne. Mais on peut l\u2019accuser d\u2019avoir condamn\u00e9 les portes qui ne lui convenaient pas, pour accr\u00e9diter une th\u00e8se pu\u00e9rile qui ram\u00e8ne le christianisme \u00e0 un montage et l\u2019histoire de notre civilisation \u00e0 une esp\u00e8ce de thriller grotesque.<br \/>\nLa m\u00eame semaine, une autre \u00e9mission qui n\u2019avait en apparence aucun rapport avec tout cela permettait de retourner la th\u00e8se du complot contre ses auteurs. TF 1 nous pr\u00e9sentait les \u201ccinquante personnes qui ont le plus choqu\u00e9 les Fran\u00e7ais\u201d. \u00c0 condition de changer de focale et d\u2019oublier les Joey Starr, Lolo Ferrari et autres provocateurs qui encombraient le classement, on s\u2019apercevait que parmi les succ\u00e8s mondiaux les plus \u00e9crasants des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es figure un nombre impressionnant de gens qui ont pari\u00e9 sur la perversion du christianisme. De Madonna \u00e0 Marilyn Manson, de l\u2019h\u00e9ro\u00efne sulfureuse de Basic Instinct aux moines criminels d\u2019Umberto Eco, on est frapp\u00e9 de mesurer \u00e0 quel point la culture de la barbarie, de la violence, de la profanation a trouv\u00e9 ce que les commentateurs appellent niaisement \u201cle chemin du public\u201d.<br \/>\nEn tout cas, s\u2019il est permis \u00e0 Dan Brown d\u2019imaginer que l\u2019\u00c9glise romaine, accroch\u00e9e \u00e0 ses privil\u00e8ges terrestres, tient sous le boisseau une v\u00e9rit\u00e9 interdite, il nous sera permis, \u00e0 notre tour, de penser que les z\u00e9lateurs du Diable, en incitant les foules \u00e0 l\u2019apostasie g\u00e9n\u00e9rale, font strictement la m\u00eame chose. Observons en outre que leur message ne concerne jamais le juda\u00efsme ou l\u2019islam.<br \/>\nOn imagine mal en effet Hollywood tournant un film sur les impostures des d\u00e9fenseurs du Coran. On voit mal un \u00e9diteur new-yorkais publier un livre pr\u00e9sentant une cohorte d\u2019imams conjur\u00e9s depuis dix si\u00e8cles pour abuser les foules au nom de pr\u00e9ceptes apocryphes. \u00c0 moins que le producteur et l\u2019\u00e9diteur en question ne soient r\u00e9solus \u00e0 courir le risque de l\u2019\u00e9gorgement \u2013 risque auquel les ennemis du christianisme, rappelons-le, ne s\u2019exposent plus depuis Henri IV.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3627 paru le 2 Juin 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>D\u00e9samor\u00e7age th\u00e9rapeutique<br \/>\nIl aura fallu attendre deux jours pour que le syst\u00e8me m\u00e9diatique nous offre une explication de l\u2019affaire dite du chauffard de Marseille : figurez-vous que le demeur\u00e9 de 15 ans qui a \u00e9cras\u00e9 deux lyc\u00e9ens avant de reculer pour en \u00e9craser deux autres \u00e9tait sous l\u2019emprise du cannabis ! En d\u2019autres termes, il est coupable d\u2019imprudence. Suivait un peu partout, sur France 2, sur Europe 1, un expos\u00e9 relatif aux alt\u00e9rations du jugement provoqu\u00e9es par la drogue, le r\u00e9tr\u00e9cissement du champ visuel, etc.<br \/>\nCe d\u00e9samor\u00e7age th\u00e9rapeutique rappelle les d\u00e9clarations des enqu\u00eateurs lors de l\u2019assassinat \u00e0 coups de hache d\u2019un adolescent du Gard, il y a deux ans. Les t\u00e9l\u00e9spectateurs se souviendront que le magistrat instructeur d\u00e9clarait d\u00e8s le lendemain \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision : \u00ab L\u2019assassin ne jouit vraisemblablement pas de toutes ses facult\u00e9s, car il n\u2019a pas dissimul\u00e9 les pi\u00e8ces \u00e0 conviction. \u00bb<br \/>\nLe cas vient d\u2019\u00eatre jug\u00e9 en cour d\u2019assises. L\u2019\u00e9tat mental du coupable, un clandestin marocain, ne le dispensait nullement d\u2019assumer ses responsabilit\u00e9s si l\u2019on en croit les jur\u00e9s. Mais il a encore fallu que l\u2019avocat de la d\u00e9fense nous d\u00e9clare, au 20 Heures de TF 1 : \u00ab On n\u2019imagine pas le monde culturel d\u2019o\u00f9 il sort. \u00bb Une question est aussit\u00f4t venue \u00e0 l\u2019esprit de chacun : pourquoi n\u2019y est-il pas rest\u00e9 ?<br \/>\nLa relative cl\u00e9mence du verdict a indign\u00e9 la famille et les t\u00e9moins. Nous avons vu des images de pugilat dans le hall du pr\u00e9toire. Elles font partie de celles que nous reverrons dans vingt ans, quand les dossiers sp\u00e9ciaux fleuriront sous le titre \u201cComment avons-nous pu en arriver l\u00e0 ?\u201d.<\/p>\n<p>Bonne question<br \/>\nLa question se pose \u00e0 propos de l\u2019imaginaire de la violence qui semble pr\u00e9parer le corps social entier \u00e0 quelque tribulation f\u00e2cheuse. Le film Doom, tir\u00e9 du jeu vid\u00e9o du m\u00eame nom, est en vente partout \u201cchez votre marchand de journaux\u201d. Pour ceux qui l\u2019ignoreraient encore, rappelons que Doom est ce jeu qui a lanc\u00e9 la mode de tous ses homologues qu\u2019on appelle des Doom-like, des jeux o\u00f9 l\u2019on tire sur tout ce qui bouge dans un d\u00e9lire de f\u00e9rocit\u00e9 hyst\u00e9rique. M 6 nous pr\u00e9sentait un corollaire niais, le film X-Men 2, qui annon\u00e7ait opportun\u00e9ment le lancement \u00e0 Cannes du volet 3 de la s\u00e9rie, pr\u00e9sent\u00e9 au journal de TF 1. L\u00e0 encore, violence grotesque et vocabulaire \u00e9troit. Mais cette fois le tout \u00e9tait assorti d\u2019une nouveaut\u00e9 : le sentiment d\u2019appartenir \u00e0 une humanit\u00e9 sup\u00e9rieure, dot\u00e9e de \u201csuper-pouvoirs\u201d et vou\u00e9e \u00e0 s\u2019affronter dans les rues. Th\u00e8me de la s\u00e9rie : de jeunes Am\u00e9ricains, tir\u00e9s de leur existence quotidienne par un fait divers ou une injustice, deviennent des X-Men, des superh\u00e9ros capables de d\u00e9fier les forces du mal.<br \/>\nQuel est le rapport avec l\u2019incident du chauffard de Marseille ? Ceux qui connaissent l\u2019univers des jeux vid\u00e9o l\u2019ont d\u00e9j\u00e0 compris : la facult\u00e9 de monter sur le trottoir pour faucher tout expr\u00e8s des passants, puis de reculer pour en faucher davantage, est offerte dans une demi-douzaine de jeux vendus en ce moment m\u00eame.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3628 paru le 9 Juin 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>\u00c9den et Chine<br \/>\nZone interdite n\u2019a sans doute jamais autant m\u00e9rit\u00e9 son nom que le soir de la f\u00eate des M\u00e8res. M 6 nous a montr\u00e9 un reportage sur des quadrupl\u00e9s qui rappelait la remise du prix Cognac-Jay dans les ann\u00e9es 1960, mais le clou de la soir\u00e9e fut le tour de piste d\u2019une certaine Sylvie, une m\u00e8re c\u00e9libataire multir\u00e9cidiviste qui nous a dit textuellement : \u00ab Moi, je suis un peu avant-gardiste, je suis de moins en moins un cas isol\u00e9. \u00bb<br \/>\nLa citation textuelle est importante parce qu\u2019elle commence par \u201cmoi je\u201d. Dans le comportement de cette m\u00e8re qui pr\u00e9tendait repr\u00e9senter la norme future, on relevait le narcissisme d\u2019une \u00ab cr\u00e9ative \u00bb Parisienne qui payait le loyer de son appartement gr\u00e2ce une accumulation de pensions alimentaires en nous parlant de sa propre enfance.<br \/>\nLe ridicule commen\u00e7ait d\u00e8s l\u2019\u00e9nonc\u00e9 des pr\u00e9noms de sa tribu. Nous n\u2019en citerons que deux par charit\u00e9, \u00c9den et Chine. Ensuite aucun des quatre enfants n\u2019\u00e9tait du m\u00eame p\u00e8re, ce qui ne l\u2019emp\u00eachait pas de minauder \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019en avoir un cinqui\u00e8me. Enfin, nous citerons la phrase centrale du reportage, cl\u00e9 de vo\u00fbte de toute sa construction psychologique : \u00ab Y\u2019a moi, les enfants, et puis y\u2019a les satellites, c\u2019est les p\u00e8res. \u00bb Ce qu\u2019elle n\u2019a pas compris, ce que la suite lui rappellera certainement, c\u2019est qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 15 ans, ses enfants vont vomir sa bonne conscience de bourgeoise allum\u00e9e qui a des comptes \u00e0 r\u00e9gler avec son propre p\u00e8re. Sa fille a\u00een\u00e9e nous le laissait entendre sans aucun d\u00e9tour. Elle se promettait de conna\u00eetre pour sa part un grand amour, un seul, scell\u00e9 par un vrai mariage. Quelque chose dans son regard disait qu\u2019elle ne compterait jamais parmi les adeptes de la m\u00e9thode \u201csatellites\u201d dans le domaine matrimonial, et nous la comprenons.<\/p>\n<p>Match truqu\u00e9<br \/>\nLe d\u00e9bat qui oppose Thierry Ardisson au service public \u00e0 coups de lettres ouvertes a \u00e9t\u00e9 comment\u00e9 l\u2019autre soir sur Direct 8, o\u00f9 Morandini recevait des repr\u00e9sentants du camp de la vertu : le chroniqueur t\u00e9l\u00e9 du Monde et Jacques S\u00e9gu\u00e9la. Ce dernier a essay\u00e9 de nous convaincre que l\u2019\u00e9mission d\u2019Ardisson \u00e9tait un havre de libert\u00e9, cependant qu\u2019Ardisson lui-m\u00eame accusait son pr\u00e9sident de \u00ab changer les r\u00e8gles pendant le match \u00bb.<br \/>\nLa plupart des pol\u00e9mistes qui ont particip\u00e9 \u00e0 Tout le monde en parle peuvent t\u00e9moigner que les r\u00e8gles y changent jusqu\u2019au matin de l\u2019enregistrement. On annonce six participants, sur le plateau ils sont huit, les deux derniers sont venus avec leur clique et leurs gardes du corps, express\u00e9ment pour descendre l\u2019invit\u00e9, surtout s\u2019il est \u00e9crivain ou homme politique.<br \/>\nQuestion in\u00e9vitable : pourquoi y allez-vous ? Parce qu\u2019en cas de refus, les \u00e9crivains sont de plus en plus nombreux \u00e0 encourir les repr\u00e9sailles de leur \u00e9diteur. Parmi les gens de plume qui osent d\u00e9fendre des id\u00e9es impopulaires, nul ne peut d\u00e9sormais se soustraire \u00e0 la perversit\u00e9 de la t\u00e9l\u00e9vision, faute de quoi leur directeur litt\u00e9raire leur annonce, un jour ou l\u2019autre, qu\u2019ils n\u2019auront pas de contrat l\u2019ann\u00e9e prochaine.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3629 paru le 16 Juin 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>\u00c9norme frustration<br \/>\nIl aura fallu la Coupe du monde de football pour voir surgir \u00e7\u00e0 et l\u00e0 une information qui rel\u00e8ve de la g\u00e9opolitique : l\u2019ampleur du piratage dont les cha\u00eenes crypt\u00e9es sont victimes \u00e0 travers le Maghreb. Voil\u00e0 des ann\u00e9es que les rivages sud de la M\u00e9diterran\u00e9e voient se multiplier les d\u00e9codeurs, les cartes d\u2019acquisition et les cl\u00e9s de contrebande. Mais depuis que les cha\u00eenes ont alt\u00e9r\u00e9 leurs logiciels de cryptage, nous viendrions d\u2019\u00e9chapper, \u00e0 en croire les commentateurs alg\u00e9riens, \u00e0 une explosion sociale. Un responsable interrog\u00e9 par TF1 parlait d\u2019\u201c\u00e9norme frustration\u201d.<br \/>\nOn observe \u00e0 ce sujet une amusante cascade d\u2019hypocrisies dans les journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s : la premi\u00e8re concerne l\u2019importance du ph\u00e9nom\u00e8ne. On appuie volontiers sur le th\u00e8me du trafic de fausses cartes \u00e0 puce qui prosp\u00e8re dans les souks et les caf\u00e9s portuaires, afin de ne pas mentionner le fait qu\u2019aujourd\u2019hui n\u2019importe quel ordinateur \u00e9quip\u00e9 d\u2019un r\u00e9cepteur PCI \u00e0 50 euros est capable de d\u00e9chiffrer un signal crypt\u00e9. C\u2019est une pratique courante partout en Europe. Sur le territoire fran\u00e7ais elle est m\u00eame devenue la r\u00e8gle parmi la jeunesse des \u201cquartiers difficiles\u201d.<br \/>\nEnsuite les commentaires de TF1 \u00e9vitent de souligner l\u2019anomalie qui consiste \u00e0 protester aussi haut et fort parce que la cl\u00e9 de cryptage, ill\u00e9galement obtenue tous les deux mois, change d\u00e9sormais toutes les trente minutes. En d\u2019autres termes, le journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 ne tire pas pour nous la morale de l\u2019histoire : en ce moment, nous voyons des gens r\u00e9clamer le droit de voler des programmes, tout simplement, des gens qui de surcro\u00eet prof\u00e8rent des menaces si l\u2019on persiste \u00e0 infliger aux voleurs contrari\u00e9s une \u201cfrustration\u201d.<br \/>\nDe myst\u00e9rieuses interventions de part et d\u2019autre de la M\u00e9diterran\u00e9e semblent avoir permis de r\u00e9duire la pression \u201cle temps de la Coupe du monde\u201d, mais il reste un probl\u00e8me sur lequel tous les commentaires font l\u2019impasse : on feint de nous faire croire que cette fameuse frustration ne concerne que le seul football, on n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 nous parler de francophonie la main sur le c\u0153ur, de rapports culturels compromis entre l\u2019Alg\u00e9rie et la France (alors que les d\u00e9codeurs flash\u00e9s pr\u00e9sentaient insolemment le drapeau alg\u00e9rien sur leur \u00e9cran d\u2019entr\u00e9e), mais les connaisseurs des bouquets satellite savent qu\u2019il existe une autre frustration dont personne ne consent \u00e0 parler. Le spectacle offert par les cha\u00eenes \u00e0 p\u00e9age apr\u00e8s 23 heures entretient un rapport tr\u00e8s lointain avec la Coupe du monde, et encore plus lointain avec la vertu islamique.<br \/>\nPour parler sans d\u00e9tour, si la suppression de la pornographie vesp\u00e9rale, dans des pays qui pr\u00e9tendent nous donner des le\u00e7ons, constitue r\u00e9ellement une menace \u00e0 l\u2019ordre public, on a le droit d\u2019afficher une certaine ironie. Faudra-t-il r\u00e9gulariser les propri\u00e9taires de d\u00e9codeurs pirates sous pr\u00e9texte qu\u2019ils regardent le porno sur Multivision depuis dix ans ? L\u2019emballement de la surench\u00e8re \u00e9lectorale en France peut nous le laisser craindre.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3503 paru le 16 Janvier 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>\u201cD\u00e9potoir Prod\u201d<br \/>\nLa fin de l\u2019\u00e9mission Scrupules me chagrine.<br \/>\nNon pour sa pr\u00e9sentatrice qui jouit d\u2019appuis solides (puisqu\u2019elle vient de r\u00e9appara\u00eetre avec un concept b\u00e2cl\u00e9 nomm\u00e9 Appels d\u2019urgence) mais pour le psychosociologue de l\u2019\u00e9mission, dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom et dont je m\u2019appr\u00eatais \u00e0 chanter les louanges.<br \/>\nAfflig\u00e9e d\u2019une r\u00e9putation trash-t\u00e9l\u00e9 d\u00e8s son premier num\u00e9ro, Scrupules pr\u00e9sentait des gens qui n\u2019avaient pas agi selon la morale commune.<br \/>\nAu tableau de chasse de l\u2019\u00e9mission : l\u2019\u00e9pouse qui murmure qu\u2019elle va refaire sa vie \u00e0 l\u2019oreille de son mari t\u00e9trapl\u00e9gique (lequel est mort dix jours apr\u00e8s) ; la jeune femme jalouse de sa s\u0153ur jusqu\u2019\u00e0 la n\u00e9vrose ; la femme de quarante ans qui a plac\u00e9 ses deux enfants dans un foyer d\u2019accueil ; la fille de vingt-cinq ans qui vole \u00e0 sa propre m\u00e8re l\u2019homme qui partage d\u00e9sormais sa vie (et dont elle a deux enfants). Toll\u00e9 justifi\u00e9 dans la presse parisienne, ricanements sur les plateaux concurrents, remontrances \u00e0 TF 1.<br \/>\nD\u2019apr\u00e8s la rumeur et les journaux, l\u2019audience de l\u2019\u00e9mission a fait l\u2019objet d\u2019une tentative de sauvetage au milieu de l\u2019automne. Il s\u2019agissait notamment d\u2019\u00e9viter de donner dans la complaisance, afin de r\u00e9cup\u00e9rer la partie du public qui n\u2019a rien contre le voyeurisme \u00e0 condition que la morale soit sauve. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019intervient le psychologue de service. Ce personnage m\u2019a laiss\u00e9 pantois. Entendre quelqu\u2019un s\u2019en prendre aussi fermement \u00e0 la d\u00e9liquescence g\u00e9n\u00e9rale est si rare que j\u2019ai regrett\u00e9 d\u2019avoir rat\u00e9 les num\u00e9ros suivants. La belle-fille quasi incestueuse aurait pu participer \u00e0 C\u2019est mon choix. Le producteur est le m\u00eame. Il se d\u00e9fausse de certains sujets jug\u00e9s trop p\u00e9rilleux pour sa t\u00eate de gondole (\u00c7a se discute) vers des \u00e9missions d\u00e9potoir comme celle d\u2019Evelyne Thomas. En attendant, le correctif apport\u00e9 \u00e0 Scrupules nous a donn\u00e9, par inadvertance et pendant quelques semaines, un \u00e9chantillon de ce que pourrait \u00eatre une t\u00e9l\u00e9vision \u00e9quilibr\u00e9e. Une t\u00e9l\u00e9vision qui jusque dans la fiction nous pr\u00e9senterait alternativement deux familles de sensibilit\u00e9s : la licence militante, revendiqu\u00e9e, ass\u00e9n\u00e9e (le genre Ardisson), et l\u2019indignation rampante, le refus de l\u2019exc\u00e8s, le besoin de retour \u00e0 la raison. Les strat\u00e8ges de l\u2019Audimat ont d\u00fb observer le destin de Scrupules \u00e0 la loupe. Si la moiti\u00e9 seulement du public a r\u00e9agi comme je l\u2019ai fait, le concept d\u2019une \u00e9mission qui inviterait la France \u00e0 \u201cfreiner sur les d\u00e9rives\u201d finit par devenir \u00e9conomiquement viable. Quand le psychologue de Scrupules s\u2019est \u00e9cri\u00e9 : \u00ab Vous n\u2019avez pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 d\u00e9truire votre famille enti\u00e8re pour ne pas r\u00e9fr\u00e9ner vos pulsions, je ne vous approuve pas, c\u2019est la preuve d\u2019un \u00e9go\u00efsme qui m\u00e8nerait la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 sa perte si chacun s\u2019en inspirait \u00bb, on s\u2019est demand\u00e9 un moment si quelque chose changeait dans notre aimable pays.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait m\u00eame \u201climite inqui\u00e9tant\u201d, comme dit la jeunesse. Heureusement, l\u2019\u00e9mission a disparu depuis la mi-d\u00e9cembre et tout est rentr\u00e9 dans l\u2019ordre.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3630 paru le 23 Juin 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Bonjour le niveau !<br \/>\nQuand on entend prof\u00e9rer des sottises \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision il n\u2019est pas toujours facile de prendre des notes, aussi me pardonnera-t-on de commenter de m\u00e9moire les propos qui nous ont \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9s \u00e0 la sortie des \u00e9preuves de philosophie du baccalaur\u00e9at.<br \/>\nLa premi\u00e8re chose qui frappait, c\u2019\u00e9tait l\u2019invraisemblable niveau d\u2019expression des candidats. Pour un \u00e9l\u00e8ve moyen, l\u2019emploi des mots \u201cen fait\u201d remplace pratiquement toutes les conjonctions dans le raisonnement. Afin de donner l\u2019illusion qu\u2019une r\u00e9flexion est intervenue entre \u201cmoi j\u2019pense que\u201d et \u201cc\u2019est clair\u201d, les \u00e9l\u00e8ves utilisent volontiers \u201cen fin de compte\u201d, ce qui les dispense de trouver un terme \u00e0 leur pens\u00e9e, laquelle se pr\u00e9sente g\u00e9n\u00e9ralement comme une simple \u00e9num\u00e9ration d\u2019affirmations et d\u2019impressions.<br \/>\nEnsuite, certains journalistes, notamment \u00e0 la radio, ont organis\u00e9 ce jour-l\u00e0 un plateau de d\u00e9bat autour du th\u00e8me \u201c\u00c0 notre \u00e9poque, la philosophie sert-elle encore \u00e0 quelque chose ?\u201d<br \/>\nLa question elle-m\u00eame t\u00e9moigne de l\u2019\u00e9normit\u00e9 de la t\u00e2che, si nous voulions retrouver ne f\u00fbt-ce que la moiti\u00e9 du niveau de nos p\u00e8res.<br \/>\nIl y a cinquante ans, quand on demandait \u00e0 un cantonnier ce qu\u2019\u00e9tait la philosophie, m\u00eame s\u2019il ne la pratiquait pas, il avait son id\u00e9e. Il lui suffisait d\u2019avoir perdu un fr\u00e8re en bas \u00e2ge ou d\u2019avoir vu mourir sa m\u00e8re et l\u2019existence lui devenait une \u00e9nigme.<br \/>\nAujourd\u2019hui tout se passe comme si les gens r\u00e9pugnaient \u00e0 formuler l\u2019\u00e9nigme. En dehors de la solidarit\u00e9, bonne conscience qui m\u00e8ne souvent \u00e0 la ruine de l\u2019\u00e2me, et de la psychanalyse, qui rel\u00e8ve du bien-\u00eatre consum\u00e9riste, que nous reste-t-il pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la condition humaine ? La philosophie qu\u2019on enseigne \u00e0 l\u2019\u00e9cole est-elle autre chose qu\u2019un exercice rh\u00e9torique sur la r\u00e9partition du savoir, des richesses ou de la libert\u00e9 ? O\u00f9 sont les \u00e9tonnements sur le silence des espaces infinis, o\u00f9 est l\u2019interrogation sur la nature du r\u00e9el, o\u00f9 trouve-t-on des professeurs pour s\u2019interroger, en public, sur la signification du vivant ?<br \/>\nMais restons dans la rh\u00e9torique et penchons-nous sur ce qu\u2019un pr\u00e9tendu sp\u00e9cialiste avait \u00e0 dire au journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 \u00e0 propos du sujet du bac \u00ab Faut-il pr\u00e9f\u00e9rer le bonheur \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 ? \u00bb Il nous a improvis\u00e9 un plan convenu en mordillant son crayon assis \u00e0 un bureau d\u2019\u00e9colier, pour pondre l\u2019in\u00e9vitable th\u00e8se-antith\u00e8se selon laquelle d\u2019un c\u00f4t\u00e9 il y a la v\u00e9rit\u00e9 qui ne m\u00e8ne pas au bonheur, et de l\u2019autre le bonheur qui \u00e9loigne de la v\u00e9rit\u00e9. Pas un instant il n\u2019a envisag\u00e9, m\u00eame de loin, m\u00eame par inadvertance, la possibilit\u00e9 que le bonheur puisse se confondre avec la v\u00e9rit\u00e9. C\u2019est \u00e9videmment faute d\u2019avoir essay\u00e9 de d\u00e9finir le bonheur, et faute d\u2019avoir la moindre id\u00e9e de ce qu\u2019est la v\u00e9rit\u00e9.<br \/>\nLa phrase de conclusion \u00e9tait laiss\u00e9e dans le reportage \u00e0 un autre professeur qui ramassait les copies : \u00ab C\u2019est une fa\u00e7on de se rem\u00e9morer sur les \u00e9preuves (sic) que nous avons pass\u00e9es il y a un demi-si\u00e8cle. \u00bb<br \/>\nComme disent les lyc\u00e9ens eux-m\u00eames, \u201cbonjour le niveau !\u201d<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3400 paru le 25 Janvier 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Un dimanche comme les autres<br \/>\nPuisque la p\u00eache aux id\u00e9es semble ouverte avant les \u00e9lections, voici quelques r\u00e9flexions suscit\u00e9es par un dimanche ordinaire sur France 2.<br \/>\nPour gagner du temps, nous sauterons directement \u00e0 la conclusion : la t\u00e9l\u00e9vision courtise le pouvoir de mani\u00e8re burlesque. TF 1 et France T\u00e9l\u00e9vision, c\u2019est Versailles et Trianon. Les discours qui s\u2019offrent le luxe de l\u2019insolence rel\u00e8vent de l\u2019opposition institutionnelle et les socialistes commencent \u00e0 d\u00e9livrer \u00e0 leurs adversaires une sorte d\u2019agr\u00e9ment pr\u00e9alable. Ces jours-ci, ils ne tendent le micro qu\u2019\u00e0 ceux qu\u2019ils d\u00e9signent eux-m\u00eames comme \u201cpremier-ministrables\u201d en cas de gouvernement de droite, sans doute afin de mieux les circonvenir une fois nomm\u00e9s.<br \/>\nCe dimanche-l\u00e0, France 2 nous a montr\u00e9 six membres du Conseil constitutionnel en bleu, face \u00e0 trois rouges, afin de nous faire comprendre que l\u2019institution n\u2019avait rien d\u2019une juridiction, qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une machine de propagande \u00e0 la solde des r\u00e9actionnaires. A midi, la femme du premier ministre est venue papoter sur France 5 avec l\u2019un des thurif\u00e9raires du r\u00e9gime. A 18 heures, Michel Drucker a rican\u00e9 de Mich\u00e8le Alliot-Marie, ce qui n\u2019est pas interdit, mais il l\u2019a fait en appuyant les propos de son invit\u00e9 avec une hilarit\u00e9 ostentatoire assez p\u00e9nible. Le soir, nous avons \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 un film de Roger Hanin sur son enfance (\u00e0 cause de la mort d\u2019Henri Verneuil), mais pas \u00e0 son portrait sous le titre Roger Hanin, cet inconnu. Il fallait oser le clich\u00e9. D\u2019autant que pour un inconnu, on le voit \u00e9norm\u00e9ment. Ensuite, le journal nous a montr\u00e9 un reportage sur Guy Bedos \u00e0 l\u2019Olympia \u201cen participation avec France 2\u201d, avant de recevoir, devinez qui ? Jacques Attali pour son dernier livre.<\/p>\n<p>C\u2019est tout ? Vous \u00eates s\u00fbrs ? Vous ne voulez pas nous mettre Julien Dray \u00e0 T\u00e9l\u00e9matin, Fran\u00e7ois Hollande chez Sophie Davant, Laurent Fabius chez Patrice Laffont, Strauss-Kahn dans Une famille en or ?<br \/>\nA droite, il serait temps que l\u2019on consente enfin \u00e0 se saisir de ce th\u00e8me pour faire campagne. L\u2019exp\u00e9rience prouve que dans une \u00e9lection pr\u00e9sidentielle, il faut un peu de couleur, un ruban, une note florale, un bouquet dans la corbeille de mariage. Il faut quelque chose qui sorte du discours \u00e9conomique et social. La lib\u00e9ration des ondes a compt\u00e9 pour beaucoup dans l\u2019accession au pouvoir de Fran\u00e7ois Mitterrand. Il reste en France un continent qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert, celui de la t\u00e9l\u00e9vision hertzienne de proximit\u00e9. Un candidat pr\u00e9sident aurait tout \u00e0 gagner en promettant la libert\u00e9 d\u2019\u00e9mettre. Parce qu\u2019en \u00e9mettant on \u00e9met surtout des id\u00e9es. En ce moment, comme ce sont toujours les m\u00eames qui \u00e9mettent, ils \u00e9mettent toujours les m\u00eames id\u00e9es. Il n\u2019y a aucun exemple dans l\u2019histoire o\u00f9 la diversit\u00e9 de la nature et des esp\u00e8ces ait subi une telle atteinte sans recouvrer ses droits. Le probl\u00e8me n\u2019est plus de savoir si le ph\u00e9nom\u00e8ne aura lieu, mais quand, et gr\u00e2ce \u00e0 qui.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3631 paru le 30 Juin 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Pouvoir prescripteur<br \/>\nDans les semaines qui suivirent la disparition de la famille Flactif, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la France s\u2019interrogeait \u00e0 propos d\u2019un v\u00e9hicule tout terrain abandonn\u00e9 dans la for\u00eat, tandis que l\u2019on d\u00e9taillait les acrobaties immobili\u00e8res de la victime et que l\u2019on caressait l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une fuite par l\u2019a\u00e9roport de Gen\u00e8ve, le magazine Sept \u00e0 Huit interrogeait l\u2019un de ceux que l\u2019on juge aujourd\u2019hui aux assises, David Hotyat. L\u2019entretien suintait la jalousie sociale dans des proportions qui ont sans doute \u00e9veill\u00e9 les premiers soup\u00e7ons des enqu\u00eateurs. On y voyait l\u2019interrog\u00e9 \u00e9voquer la diagonale de l\u2019\u00e9cran plat de son voisin avec un d\u00e9dain vengeur, ce qui trahissait la m\u00e9diocre hi\u00e9rarchie de ses valeurs. On l\u2019imaginait tr\u00e8s bien en train de regarder le magazine Sagas et de s\u2019extasier sur des maisons de multimillionnaires avec jacuzzi g\u00e9ant. En tout cas, le t\u00e9moignage de son \u00e9pouse nous apprend que l\u2019id\u00e9e du crime lui est venue d\u2019une autre \u00e9mission de t\u00e9l\u00e9vision, o\u00f9 l\u2019on d\u00e9crivait le cas d\u2019un assassin qui supprimait un couple d\u2019h\u00f4teliers du Cantal pour s\u2019emparer de leurs biens. Pour qui douterait du pouvoir prescripteur de la t\u00e9l\u00e9vision chez les imb\u00e9ciles en mati\u00e8re criminelle, Le Droit de savoir nous racontait la semaine suivante le cas d\u2019un violeur qui s\u2019arrangeait pour laisser, sur sa victime, la trace ADN de l\u2019un de ses voisins. Stratag\u00e8me directement issu, nous disait l\u2019\u00e9mission, du sc\u00e9nario d\u2019un feuilleton policier am\u00e9ricain.<br \/>\nLa plupart des assassins ne poss\u00e8dent, heureusement, ni le jugement ni l\u2019intelligence n\u00e9cessaires pour appliquer les recettes des sc\u00e9naristes sans commettre des erreurs pu\u00e9riles. Mais il est permis de se demander s\u2019il est normal que les m\u00e9thodes pour r\u00e9ussir le crime parfait soient si largement diffus\u00e9es.<\/p>\n<p>18 brumaire<br \/>\nLa fameuse loi Davdsi sur le num\u00e9rique sera bient\u00f4t pr\u00e9sent\u00e9e au vote. C\u2019est le moment d\u2019attirer l\u2019attention sur le fait que l\u2019on peut visionner sur Internet des contenus sous licence sans passer par un programme de pair \u00e0 pair. Il suffit de taper le nom de Christophe Willem, le talentueux gagnant de la Nouvelle Star, dans la case de recherche du site youtube.com, pour le voir interpr\u00e9ter en vid\u00e9o toutes les chansons qui l\u2019ont hiss\u00e9 en finale. Sur le m\u00eame site, le nom Ardisson m\u00e8ne \u00e0 un catalogue d\u2019extraits de ses \u00e9missions.<br \/>\nOn y voit aussi le sujet r\u00e9alis\u00e9 dans Arr\u00eat sur images \u00e0 propos du silence impos\u00e9 aux m\u00e9dias sur l\u2019importance du plagiat litt\u00e9raire dont le m\u00eame Ardisson s\u2019est rendu coupable. Sujet escamot\u00e9 de mani\u00e8re quasi unanime par la presse, ce qui justifie un hommage \u00e0 Daniel Schneidermann, car il a le courage de monter au front quand les autres se d\u00e9gonflent. La suppression de son \u00e9mission, dont il est question, serait per\u00e7ue comme la preuve que le monde m\u00e9diatique est plein d\u2019autoamnistie. Apr\u00e8s l\u2019ancien r\u00e9gime et la r\u00e9volution des ann\u00e9es Mitterrand, un 18 brumaire audiovisuel serait d\u00e9cid\u00e9ment le bienvenu.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3632 paru le 7 Juillet 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Vigilance<br \/>\nLe saviez-vous ? Le cochon de la s\u00e9rie Winnie l\u2019Ourson fut remplac\u00e9, lors de la fabrication du premier film, par un aimable \u00e9cureuil que Walt Disney pr\u00e9f\u00e9rait au Piglet parce qu\u2019il \u00e9tait plus proche des racines campagnardes am\u00e9ricaines. D\u00e8s les num\u00e9ros suivants, le cochon timide, que les Fran\u00e7ais appellent Porcinet, est devenu le grand ami de Winnie \u2013 mais le lecteur se demandera pourquoi je lui inflige ce paragraphe d\u2019ex\u00e9g\u00e8se historique sur un humble personnage de dessin anim\u00e9. Si je le lui dis, il ne voudra pas me croire.<br \/>\nJusqu\u2019ici, Porcinet menait une carri\u00e8re paisible \u00e0 l\u2019ombre de Winnie, mais, au mois de juin 2006, la cha\u00eene d\u2019\u00c9tat turque TRT s\u2019est avis\u00e9e qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un cochon, un animal impur, donc susceptible de d\u00e9cha\u00eener la col\u00e8re des foules islamiques, et l\u2019a supprim\u00e9 de sa grille de programmes.<br \/>\nQuand on lit les commentaires publi\u00e9s sur Internet \u00e0 propos de cette affaire, on s\u2019aper\u00e7oit que la seule justification que la cha\u00eene est capable de fournir est qu\u2019au moment de l\u2019interdiction, \u00ab la n\u00e9gociation avec les Studios Disney n\u2019\u00e9tait pas finalis\u00e9e \u00bb. \u00c0 l\u2019en croire, il ne s\u2019agit donc pas d\u2019une suppression mais d\u2019une erreur de programmation corrig\u00e9e avant la premi\u00e8re diffusion.<br \/>\nSi quelqu\u2019un trouve cette tartufferie rassurante, pas moi.<br \/>\nLa question de savoir si la s\u00e9rie a \u00e9t\u00e9 achet\u00e9e ou non avant d\u2019\u00eatre \u00e9cart\u00e9e par la cha\u00eene nationale de Turquie (un pays qui aspire \u00e0 devenir, rappelons-le, notre \u00e9gal dans le club europ\u00e9en) est \u00e0 peu pr\u00e8s indiff\u00e9rente. En revanche, les Europ\u00e9ens attachent une grande importance \u00e0 la compatibilit\u00e9 des cultures sur leur continent. Si le casting de Winnie l\u2019Ourson d\u00e9pla\u00eet \u00e0 la cha\u00eene turque, on se demande ce qui emp\u00eacherait une Turquie si\u00e9geant \u00e0 Bruxelles d\u2019\u00e9lever en plein Parlement une protestation contre l\u2019impuret\u00e9 de nos usages. On se demande pourquoi, une fois entr\u00e9e au club, elle n\u2019exigerait pas que les autres membres s\u2019amendent pour ne pas l\u2019offenser.<br \/>\nElle critiquera la nudit\u00e9 sur nos plages, la d\u00e9cence sur nos cha\u00eenes \u2013 voire nos publicit\u00e9s Cochonou.<br \/>\nOn aimerait que les adeptes de la sacro-sainte vigilance nous parlent un jour de tout cela. Mais sur cette question, il faut croire qu\u2019ils n\u2019ont rien \u00e0 dire.<\/p>\n<p>En marge<br \/>\nLes marges du chroniqueur sont truff\u00e9es de notations dont il doit se d\u00e9faire avant de changer de carnet. En voici deux avant l\u2019\u00e9t\u00e9.<br \/>\nSur l\u2019anniversaire de la triste fin du petit Sidi Ahmed, tu\u00e9 d\u2019une balle perdue, ce commentaire au 20 heures de France 2 : \u00ab Tout le monde se souvient de ce drame du nettoyage au K\u00e4rcher selon Nicolas Sarkozy \u00bb. \u00c0 ce degr\u00e9 de mauvaise foi et d\u2019amalgame, on peut parler de faute journalistique lourde.<br \/>\nD\u2019une publicit\u00e9 radiophonique sur les Fiat utilitaires, cette phrase : \u00ab Inutile de se faire du mouron, mouron qui, dans le vieux fran\u00e7ais, veut dire cheveux. \u00bb<br \/>\nC\u2019est faux, c\u2019est une herbe des pr\u00e9s qu\u2019on utilisait contre la rage. Mais quel est le poids d\u2019un instituteur contre un publicitaire ?<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3640 paru le 1 Septembre 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Tout le monde le fait<br \/>\nLe feuilleton de l\u2019\u00e9t\u00e9 ne fut ni le Zodiaque de TF1, ni les commentaires sur la canicule qui ont pris le relais de l\u2019affaire Clearstream, mais ce bon vieux Tour de France, un sujet tellement increvable qu\u2019on commence \u00e0 comprendre ce qui permet, chaque ann\u00e9e, de regonfler la baudruche avant les cols alpins.<br \/>\nOn pratique la vertu avant et apr\u00e8s la course, mais jamais pendant. \u00c0 deux jours du d\u00e9part, on cong\u00e9die des vedettes pour transfusions frauduleuses, on nous promet du sang neuf (c\u2019est bien le moins), ensuite la presse interroge les cyclistes du dimanche qui haussent les \u00e9paules en disant \u201cde toute fa\u00e7on tout le monde le fait\u201d, tandis que le bocal m\u00e9diatique met l\u2019accent sur le risque de d\u00e9saffection du public. Enfin on en rajoute sur le th\u00e8me \u201cpersonne ne regarde plus le Tour \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, c\u2019est un d\u00e9sastre\u201d. \u00c0 force de l\u2019affirmer, la zone rouge se rapproche. Au d\u00e9but juillet, dans une \u00e9mission ouverte au public, on pouvait entendre, sur Europe 1, les commentaires d\u2019un membre de la caravane qui pr\u00e9tendait que les coureurs am\u00e9ricains n\u2019\u00e9taient jamais contr\u00f4l\u00e9s. Ils le furent le lendemain. Les m\u00e9decins se sont r\u00e9veill\u00e9s et le maillot jaune s\u2019est endormi.<br \/>\nLors de l\u2019\u00e9tape suivante, ce fut le contraire. Le hasard m\u2019a permis d\u2019assister \u00e0 cette r\u00e9surrection sur les pentes des Aravis. La plupart des spectateurs, des vieilles dames aux enfants de douze ans, ricanaient au passage de Landis en s\u2019\u00e9criant : \u201cIl a chang\u00e9 de pilules\u201d. C\u2019est en mesurant l\u2019importance de la caravane publicitaire que l\u2019on comprenait qu\u2019aucun contr\u00f4le ne serait jamais rendu public avant l\u2019arriv\u00e9e. Il faut se repr\u00e9senter ce d\u00e9ferlement de vulgarit\u00e9 fellinienne \u00e0 travers la montagne, ces chars couverts de personnages gargantuesques, ces haut-parleurs dans le battement des h\u00e9licopt\u00e8res, ces colifichets roses et jaunes jet\u00e9s dans la foule, ces sexag\u00e9naires d\u00e9guis\u00e9s en coureurs disputant aux enfants les \u00e9chantillons Cochonou au milieu des fleurs des champs. Les int\u00e9r\u00eats en jeu sont tellement consid\u00e9rables qu\u2019on n\u2019imagine pas que la v\u00e9rit\u00e9 sportive puisse sortir intacte de ce tourbillon.<br \/>\nDans un tel contexte, les r\u00e9v\u00e9lations concernant les athl\u00e8tes de G\u00f6teborg (flacons et seringues trouv\u00e9s dans les poubelles de l\u2019h\u00f4tel) ne surprendront que les na\u00effs m\u00eame s\u2019ils sont de plus en plus rares. Raison de plus pour faire attention. Nous rel\u00e8verons par exemple l\u2019imprudence de Marc Raquil, champion du monde fran\u00e7ais du relais 4&#215;400 m\u00e8tres, qui, malgr\u00e9 une vertu exemplaire, une droiture \u00e0 toute \u00e9preuve, une probit\u00e9 qui n\u2019est plus \u00e0 d\u00e9montrer, malgr\u00e9 la noirceur des soup\u00e7ons qui p\u00e8sent sur ses rivaux, persiste \u00e0 arborer des cheveux d\u00e9color\u00e9s, alors que tout le monde sait qu\u2019une r\u00e9p\u00e9tition de colorations-d\u00e9colorations permet de masquer les traces des substances interdites. Quand on donne un magnifique exemple \u00e0 la jeunesse, a-t-on le droit de compromettre aussi l\u00e9g\u00e8rement sa r\u00e9putation ? Nous nous poserons la question.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3641 paru le 8 Septembre 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Antiphrases<br \/>\nC\u2019est un proc\u00e9d\u00e9 publicitaire vieux comme le monde, dont les r\u00e8gles d\u2019application se sont raffin\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 faire l\u2019objet d\u2019un paragraphe dans les manuels de marketing : lorsqu\u2019on veut promouvoir un produit qui pr\u00e9sente une faiblesse, il faut lui attribuer ce qui lui manque. Par exemple, si l\u2019on veut vendre des saucisses de Francfort polyphosphat\u00e9es de couleur orange, calibr\u00e9es par une cha\u00eene de production en inox, et vendues sous vide en supermarch\u00e9, on doit montrer un grand-p\u00e8re en chemise \u00e0 carreaux qui fait griller le produit sur un feu de bois. Le slogan sera obligatoirement : \u201cle go\u00fbt de l\u2019authentique\u201d.<br \/>\nEn vertu de ce principe, la production de la nouvelle \u00e9mission de Guillaume Durand n\u2019a pas d\u00fb se creuser longtemps pour s\u2019appeler \u201cEsprits libres\u201d. C\u2019est comme si une soir\u00e9e Ardisson s\u2019intitulait \u201cFranc du collier\u201d, comme si Fogiel recevait ses invit\u00e9s sur un plateau \u201cSp\u00e9cial bienveillance\u201d. Dans notre meilleur des mondes m\u00e9diatiques, l\u2019antiphrase installe son impudence un peu partout. Aldous Huxley, qui a longtemps comment\u00e9 l\u2019\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019apr\u00e8s guerre, insistait de surcro\u00eet sur la m\u00e9thode des pr\u00e9dicateurs qui consiste \u00e0 affaiblir le jugement de l\u2019auditoire en faisant pr\u00e9c\u00e9der le raisonnement d\u2019une \u00e9motion n\u00e9gative. C\u2019est la m\u00e9thode qui fut employ\u00e9e dans le traitement de la guerre du Liban. Apr\u00e8s un reportage qui montrait des femmes en pleurs et des cercueils d\u2019enfants, il devenait difficile d\u2019\u00e9voquer l\u2019\u00e9ventuelle l\u00e9gitimit\u00e9 de la col\u00e8re d\u2019Isra\u00ebl. Il \u00e9tait m\u00eame ind\u00e9cent de l\u2019\u00e9voquer. Les t\u00e9l\u00e9visions ont fait l\u2019impasse (pour la plupart) sur les images des dix ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes o\u00f9 l\u2019on voyait les conjur\u00e9s du Hezbollah, leurs femmes et leurs enfants adolescents, ceints de cartouchi\u00e8res, brandissant des lance-roquettes (financ\u00e9s par qui l\u2019on sait), d\u00e9filer par milliers dans les rues poussi\u00e9reuses du Sud en d\u00e9fiant Isra\u00ebl et en prof\u00e9rant des menaces de mort \u00e0 l\u2019encontre de leurs voisins.<br \/>\nEt c\u2019est probablement en vertu de la loi de l\u2019antiphrase que les miliciens prosyriens, arm\u00e9s par l\u2019Iran, ont drap\u00e9 leurs morts dans le drapeau libanais.<\/p>\n<p>Roche Tarp\u00e9ienne<br \/>\nIl existe une autre loi, qui veut que le Capitole soit proche de la roche Tarp\u00e9ienne. Dans le milieu m\u00e9diatique, entre les deux, on voit r\u00f4der des chroniqueurs impatients de voir tr\u00e9bucher leurs semblables, des sp\u00e9cialistes souvent recrut\u00e9s parmi ceux qui ont tr\u00e9buch\u00e9 eux-m\u00eames. Le plus flamboyant sp\u00e9cimen en est Jean-Marc Morandini, dont la premi\u00e8re des qualit\u00e9s n\u2019est pas la pudeur et qui pose \u00e0 ses invit\u00e9s des questions \u00e9l\u00e9gantes du genre : alors maintenant, est-ce que vous \u00eates devenu tricard dans le monde de la t\u00e9l\u00e9 ?<br \/>\nComme il reprend du service en ce moment sur Europe 1 (et sur un blog narcissique dont il annon\u00e7ait la fermeture d\u00e9finitive avant l\u2019\u00e9t\u00e9 pour le rouvrir deux mois plus tard), on lui souhaite de parvenir \u00e0 juguler cette tendance perverse \u00e0 l\u2019occasion de la rentr\u00e9e.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3642 paru le 15 Septembre 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>La guerre des versions<br \/>\nLa densit\u00e9 des dossiers sp\u00e9ciaux sur les \u00e9v\u00e9nements du 11 septembre n\u2019a gu\u00e8re vari\u00e9 depuis cinq ans, \u00e0 l\u2019exception notable de CNN, qui a d\u00e9cid\u00e9 cette ann\u00e9e d\u2019organiser une journ\u00e9e de rediffusion compl\u00e8te et gratuite sur son site Internet. Cette initiative souligne une nouveaut\u00e9 apparue dans les comm\u00e9morations, nouveaut\u00e9 qui ne concerne pas leur nombre, mais leur nature. Pour une partie des m\u00e9dias, il s\u2019agit visiblement d\u2019asseoir avec fermet\u00e9 la version officielle. Il faut dire que les autres versions, qu\u2019on peut qualifier d\u2019alternatives, ont tendance \u00e0 se multiplier.<br \/>\nAu d\u00e9but, les choses \u00e9taient simples : il y avait, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, ceux que les Am\u00e9ricains appelaient les \u201cconspirationnistes\u201d, et de l\u2019autre, ceux qui haussaient les \u00e9paules quand on leur parlait des nombreuses anomalies de l\u2019enqu\u00eate. Cinq ans apr\u00e8s, la fronti\u00e8re devient floue. Des journalistes s\u00e9rieux commencent \u00e0 d\u00e9plorer la disparition de plusieurs milliers de documents et la mise \u00e0 pied de certains t\u00e9moins. D\u2019autres remontent avec insistance aux origines des relations entre l\u2019Am\u00e9rique et l\u2019Arabie saoudite. Les sites Internet consacr\u00e9s aux failles des rapports officiels se multiplient.<br \/>\nDans une tentative pour enrayer le ph\u00e9nom\u00e8ne, le Pentagone a rendu publique, il y a trois mois, une bande de surveillance montrant un trait de lumi\u00e8re orange derri\u00e8re une station-service (l\u2019appareil qui s\u2019est encastr\u00e9 dans le b\u00e2timent). Quoi que l\u2019on pense des conclusions de l\u2019enqu\u00eate, la r\u00e9v\u00e9lation de ce clip de quatre secondes, annonc\u00e9 tardivement \u00e0 grand fracas, t\u00e9moigne que les m\u00e9dias am\u00e9ricains sont entr\u00e9s \u00e0 reculons dans la guerre des versions, ce qui revient \u00e0 reconna\u00eetre l\u2019existence du camp alternatif. Mais CNN ne lutte pas \u00e0 armes \u00e9gales contre les textes, les photos et les vid\u00e9os conspirationnistes diffus\u00e9s sur Internet. Le lecteur curieux peut t\u00e9l\u00e9charger par exemple deux documentaires disponibles sur Google video, Loose change 2 et surtout Everybody\u2019s Gotta Learn Sometime. Les chiffres de leur diffusion mondiale attestent l\u2019existence d\u2019un cinqui\u00e8me pouvoir, celui de la rumeur sur le Net, qui est capable d\u2019asseoir n\u2019importe quelle th\u00e8se en deux semaines.<br \/>\nC\u00f4t\u00e9 t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise, outre le film des fr\u00e8res Naudet, qu\u2019a diffus\u00e9 TF 1 (sorte de retour sur l\u2019\u00e9v\u00e9nement, dont le principal objet \u00e9tait de paver la voie au film d\u2019Oliver Stone), France 2 rediffusait le Monde selon Bush, seul document qui ne va pas plus loin que les archives. Mais c\u2019est aller d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s loin. Nous avons revu la prestation du doyen du S\u00e9nat, Robert Byrd, 85 ans, qui accablait l\u2019administration Bush en s\u00e9ance solennelle, non seulement au nom de la rigueur et de la diplomatie, mais de la morale et de la v\u00e9rit\u00e9. Un jour ou l\u2019autre, concluait-il, le ch\u00e2teau de cartes du mensonge s\u2019effondrera. Et encore : s\u2019il s\u2019agit de verser du sang am\u00e9ricain, de semer le chaos parmi les civils, hommes, femmes, enfants innocents, une manipulation cynique est inacceptable. Bizarre, tout de m\u00eame.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3643 paru le 22 Septembre 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>La vie \u00e0 la d\u00e9coupe<br \/>\nComment bl\u00e2mer les m\u00e8res qui ont renonc\u00e9 \u00e0 arracher leurs enfants \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision ? Les cha\u00eenes d\u00e9ploient toutes les ruses pour app\u00e2ter les familles d\u00e8s le matin et les annonceurs les y encouragent. Si l\u2019on veut faire patienter les plus jeunes pendant que leurs fr\u00e8res a\u00een\u00e9s se ruent sur le bol de c\u00e9r\u00e9ales, le dessin anim\u00e9 est devenu le recours obligatoire. Dans certains foyers, on voit des bambins de 5 ans hirsutes, recroquevill\u00e9s sur le canap\u00e9, le pouce aux l\u00e8vres et le doudou sous le bras, regarder des histoires de princesses galactiques pendant que la maisonn\u00e9e s\u2019\u00e9veille.<br \/>\nDix ans plus tard, on retrouve les m\u00eames enfants vautr\u00e9s sur le m\u00eame canap\u00e9, mais cette fois ravag\u00e9s par Star Academy tandis que les producteurs commentent la prestation d\u2019un \u00e9l\u00e8ve en s\u2019\u00e9criant : \u00ab C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rationnel \u00bb (sic, entendu d\u00e9but septembre). La t\u00e9l\u00e9vision s\u2019installe comme rivale des parents en toute occasion. Quand ces derniers r\u00e9prouvent certaines fr\u00e9quentations, attitudes ou tenues vestimentaires, des animateurs-copains prescrivent le contraire du message familial : vocabulaire grotesque, rod\u00e9os de banlieue, culte du d\u00e9cibel, cannabis tol\u00e9rable, sexualit\u00e9 hygi\u00e9nique, rock d\u00e9jant\u00e9, les exemples pullulent. Cette ali\u00e9nation devient telle que l\u2019adolescent vraiment moderne s\u2019enferme d\u00e9sormais dans sa chambre avec son propre poste pour se r\u00e9fugier dans un imaginaire de zombie o\u00f9 tout le monde est \u201csupersympa\u201d, \u00e9coute Rapha\u00ebl et communie dans le culte de la \u201cjante alu\u201d.<br \/>\nMais, arr\u00eatons-nous l\u00e0. Pourquoi ressasser toutes ces choses cent fois entendues ?<br \/>\nPour introduire une observation qu\u2019on entend moins souvent : la vieillesse est expos\u00e9e \u00e0 la \u201czombitude\u201d affective et sociale dans les m\u00eames proportions. Les adultes d\u2019\u00e2ge moyen peuvent d\u00e9plorer chaque jour de nouveaux cas de d\u00e9mission de l\u2019esprit chez les plus de 75 ans, par la faute de la t\u00e9l\u00e9vision. Quand on d\u00e9barque \u00e0 l\u2019improviste chez ses vieux parents, il est fr\u00e9quent aujourd\u2019hui d\u2019\u00eatre supplant\u00e9 dans leur c\u0153ur par les h\u00e9ros des feuilletons de l\u2019apr\u00e8s-midi. Le patriarche brandit la t\u00e9l\u00e9commande pour hausser le volume et couvrir la conversation de son entourage en lui infligeant les propos de Rick ou Jason. Les d\u00eeners sont \u00e9court\u00e9s par le journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9. Les coups de fil du matin sont victimes d\u2019Amour, gloire et beaut\u00e9. Et trop souvent, dans les f\u00eates de famille, quand la grand-m\u00e8re s\u2019agite sur sa chaise apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, ce n\u2019est pas parce qu\u2019elle souhaite entendre sa fille en confidence, mais parce qu\u2019elle est en train de rater les Feux de l\u2019amour.<br \/>\nOr justement, il s\u2019agit d\u2019un feuilleton o\u00f9 personne ne regarde jamais la t\u00e9l\u00e9vision, et o\u00f9 toutes les filles parlent \u00e0 leur m\u00e8re apr\u00e8s le d\u00e9jeuner. On dirait donc qu\u2019apr\u00e8s avoir cong\u00e9di\u00e9 la vie sociale, la t\u00e9l\u00e9vision exploite la nostalgie que nous en avons, pour nous la revendre, impudemment, par petits morceaux, \u00e0 coups de Dolmen et de Zodiaque.<br \/>\nEn somme la t\u00e9l\u00e9, c\u2019est de la vie \u00e0 la d\u00e9coupe.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3644 paru le 29 Septembre 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Elle te pla\u00eet ma s\u0153ur ?<br \/>\nNous connaissons tous cette blague que nous qualifierons de \u201cm\u00e9diterran\u00e9enne\u201d pour n\u2019offenser personne : un homme farouche se penche vers un godelureau dans une f\u00eate de village et lui gronde \u00e0 l\u2019oreille : \u00ab Elle te pla\u00eet ma s\u0153ur ? \u00bb L\u2019autre, effray\u00e9, lui r\u00e9pond : \u00ab Mais non, pas du tout. \u00bb Alors le fr\u00e8re susceptible l\u2019intimide de nouveau et dit : \u00ab Comment \u00e7a ? Elle ne te pla\u00eet pas, ma s\u0153ur ? \u00bb<br \/>\nDans nos rapports s\u00e9mantiques avec l\u2019islam, le tableau est identique. Le pr\u00e9tendu d\u00e9rapage du pape aura beau \u00eatre analys\u00e9 sous tous les angles au journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9, l\u2019analyse, au sens psychiatrique, devrait s\u2019appliquer d\u2019abord aux accusateurs. La mauvaise foi des querelleurs enjambe les tentatives d\u2019explication jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils parviennent \u00e0 entra\u00eener leur interlocuteur sur le terrain de la guerre. Une fois qu\u2019ils y sont parvenus, le sch\u00e9ma psychologique rappelle une autre sc\u00e8ne c\u00e9l\u00e8bre, issue du cin\u00e9ma : dans les Aventuriers de l\u2019arche perdue, film dont le h\u00e9ros est devenu un mythe au point que sa psychologie se confond dans l\u2019imaginaire plan\u00e9taire avec celle de l\u2019Am\u00e9ricain moyen, on voit un guerrier menacer Indiana Jones d\u2019un sabre qui \u00e9tincelle au soleil. La sc\u00e8ne se passe au fond d\u2019un souk. Ce d\u00e9tail n\u2019est pas sans importance. L\u2019enturbann\u00e9 a l\u2019air vraiment tr\u00e8s m\u00e9chant. Il fait virevolter son instrument pour impressionner l\u2019adversaire, lequel, exc\u00e9d\u00e9 par tant d\u2019orgueil inutile, d\u00e9gaine finalement son revolver et l\u2019abat.<br \/>\nAlors quoi ? Alors rien. Mais de nos jours, celui qui a le don de d\u00e9chiffrer les images poss\u00e8de celui de divination.<\/p>\n<p>Enterrement \u00e0 Montr\u00e9al<br \/>\nOn a vu sur TV 5 Monde l\u2019enterrement de la jeune femme tu\u00e9e par Kimveer Gill, le tireur fou du coll\u00e8ge Dawson. Une journaliste idiote du Globe and Mail attribue la pulsion violente du tireur aux \u201ctensions intercommunautaires\u201d, et notamment au fait qu\u2019\u00e9tant d\u2019origine extracanadienne pour parler pudiquement, il \u00e9tait trait\u00e9 de mani\u00e8re injuste par les Qu\u00e9b\u00e9cois \u201cpur laine\u201d \u2013 oui c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on dit au Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p>Aucun rapport<br \/>\nUn universitaire fran\u00e7ais m\u2019envoie plut\u00f4t la liste des jeux vid\u00e9o et des films qu\u2019il aimait entre tous et qu\u2019il classait pieusement sur son blog, liste qui a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e par le site watercoolergames.com. On y retrouve toutes les bluettes habituelles, Postal, GTA, etc. et les films du genre Scarface, qui visent le public des sinistr\u00e9s du lobe frontal. Bien s\u00fbr les psychiatres mous, calibr\u00e9s pour les d\u00e9bats sur la Cinq, viendront nous expliquer que tout cela n\u2019a aucun rapport. Ils nous diront aussi que le succ\u00e8s du jeu Super Columbine Massacre RPG, dont le tireur \u00e9tait un adepte, n\u2019a aucun lien non plus avec la r\u00e9alit\u00e9.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3645 paru le 6 Octobre 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>On se l\u00e2che<br \/>\nOn s\u2019est demand\u00e9 un moment si le Droit de savoir se prenait pour Capital, mais au bout de dix minutes on a compris qu\u2019il n\u2019en \u00e9tait rien : naturistes camarguais r\u00e9pondant aux interviews en nu int\u00e9gral, femmes sans soutien-gorge pr\u00e9parant la salade de tomates entre deux bottes de persil, tr\u00e8s vite les consid\u00e9rations sociologiques sur les neuf millions de campeurs fran\u00e7ais se sont \u00e9loign\u00e9es pour faire place \u00e0 une tranche de vie \u00e9paisse, en liaison avec la promotion d\u2019un film, mais surtout en pr\u00e9lude \u00e0 un exercice de voyeurisme d\u00e9guis\u00e9 en enqu\u00eate s\u00e9rieuse sur la \u201cnouvelle fi\u00e8vre des Fran\u00e7ais\u201d. En v\u00e9rit\u00e9 l\u2019enqu\u00eate tournait autour de l\u2019essentiel avec un ent\u00eatement assez divertissant dans la mauvaise foi.<br \/>\nLa vraie raison pour laquelle neuf millions de nos contemporains partagent la promiscuit\u00e9 sous les pins ou les palmiers, ce ne sont ni les \u00e9lections de miss Camping, ni l\u2019attente le savon \u00e0 la main devant les douches, ni la vaisselle dans le chant des cigales, mais la nostalgie de la vie sociale d\u2019avant.<br \/>\nAvant quoi ? Avant la solitude g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Ce qui est tendance, comme disait le reportage, ce n\u2019est pas \u201cla marche des tongs\u201d ou \u201cla danse des canards\u201d, mais la simplification des codes sociaux, la red\u00e9couverte brutale du corps d\u2019autrui, la vari\u00e9t\u00e9 des \u00e2ges et des physiques, en somme la vie.<br \/>\nDans Koh Lanta ou l\u2019\u00cele de la tentation, on observe le m\u00eame \u00e9tonnement ravi chez le spectateur : c\u2019est une m\u00e9moire lointaine de l\u2019esp\u00e8ce qui revient, quelque chose qui rappelle la loi de la meute, avec ses dominants et ses domin\u00e9s, ses vieux m\u00e2les, ses jeunes pr\u00e9somptueux, ses femmes farouches, attirantes ou jalouses.<br \/>\nDepuis un si\u00e8cle que les plages attirent du monde, on finit par se douter que ce n\u2019est pas pour la satisfaction de passer huit heures sous un parasol. Il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019un lieu o\u00f9 les codes changent, comme on dit pudiquement. Si l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la pudeur, on avoue plut\u00f4t qu\u2019on y va pour se l\u00e2cher.<\/p>\n<p>Points de suspension<br \/>\nUne activit\u00e9 de repr\u00e9sentation hors fronti\u00e8res m\u2019oblige \u00e0 interrompre cette chronique que je tenais depuis huit ann\u00e9es. De nombreux lecteurs m\u2019ont fait la confiance de me lire avec assiduit\u00e9, quelques-uns me l\u2019ont \u00e9crit, je les remercie avec chaleur. Les liens tiss\u00e9s par cette familiarit\u00e9 d\u2019esprit hebdomadaire sont souvent tr\u00e8s solides. Aujourd\u2019hui ils sont de surcro\u00eet ais\u00e9s \u00e0 entretenir gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019Internet qui permet d\u2019envoyer huit lignes quand on h\u00e9site \u00e0 \u00e9crire huit pages.<br \/>\nEn attendant de retrouver ici une tribune sans doute diff\u00e9rente, en tout cas plus compatible avec le devoir de r\u00e9serve que m\u2019imposent mes nouvelles fonctions, je me permets de recommander, \u00e0 ceux qui souhaitent poursuivre notre commerce en coulisse, de m\u2019\u00e9crire sur christian@combaz.com<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3401 paru le 1 F\u00e9vrier 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>La famille \u00e0 dos<br \/>\nAu mois de novembre, le pr\u00e9sident de TF 1, dans un entretien accord\u00e9 au Monde, s\u2019alarmait du jugement port\u00e9 sur sa cha\u00eene par la ministresse de la Culture. \u00ab Un ministre de la R\u00e9publique, disait-il, n\u2019a pas le droit de d\u00e9tester une entreprise. \u00bb Et il ajoutait un peu hypocritement : \u00ab Comment peut-on dire que les t\u00e9l\u00e9spectateurs vont \u00eatre condamn\u00e9s \u00e0 regarder une cha\u00eene qui r\u00e9alise 95 % des meilleures audiences chaque ann\u00e9e ? \u00bb<br \/>\nEh bien, la r\u00e9ponse est claire : on peut le dire quand on s\u2019appelle Catherine Tasca. On peut le dire quand on pratique une m\u00e9thode qui ne consiste pas \u00e0 analyser le r\u00e9el mais \u00e0 lui pr\u00e9f\u00e9rer les d\u00e9lices du fantasme. On peut le dire quand on est la seule titulaire du poste \u00e0 avoir menac\u00e9 un \u00e9crivain de l\u2019envoyer au tribunal. Renaud Camus a \u00e9t\u00e9 soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019antis\u00e9mitisme par des gens sans innocence \u00e0 qui, visiblement Mme Tasca voulait plaire. Conseill\u00e9e dans cette affaire par de vrais techniciens, ou qui sait ? par de vrais lecteurs, elle s\u2019est arr\u00eat\u00e9e de justesse au bord de la forfaiture. Mais ce jour-l\u00e0, elle a durablement discr\u00e9dit\u00e9 sa fonction et incit\u00e9 une poign\u00e9e d\u2019artistes, dont je fais partie, \u00e0 se souvenir de Lyssenko, ministre de l\u2019Agriculture stalinien qui d\u00e9clarait : \u00ab Un ennemi de classe est toujours un ennemi, qu\u2019il soit ou non savant. \u00bb<br \/>\nVoil\u00e0 qu\u2019elle recommence, \u00e0 propos de Silvio Berlusconi, dont elle r\u00e9prouve, nous dit-on, la politique culturelle, jusqu\u2019\u00e0 refuser d\u2019inaugurer avec lui le Salon du livre. T\u00e9l\u00e9visions et radios se font timidement l\u2019\u00e9cho de cette susceptibilit\u00e9 embarrassante, sans souligner vraiment ce qu\u2019elle signifie : nous avons l\u00e0 un exemple clinique de \u201cm\u2019as-tu-vuisme\u201d id\u00e9ologique. En d\u2019autres termes il devient moins important d\u2019analyser les dossiers, voire d\u2019adresser des remontrances \u00e0 ceux qu\u2019on n\u2019approuve pas, que de refuser de figurer avec eux sur la photo. Il ne s\u2019agit plus de gouverner, mais de pr\u00e9senter son meilleur profil et d\u2019en remontrer \u00e0 la terre enti\u00e8re par une apparence de vertu. Laquelle d\u00e9signe, en fait, une n\u00e9vrose d\u2019autosatisfaction. Quand Martine Aubry refuse de si\u00e9ger quelque part o\u00f9 l\u2019on annonce la pr\u00e9sence d\u2019un ministre de J\u00f6rg Haider, quand Catherine Tasca fait son caprice contre l\u2019Europe qui pense \u201cmal\u201d, quand S\u00e9gol\u00e8ne Royal claironne sa \u00ab vigilance \u00bb, elles ressemblent \u00e0 ces fillettes qui, jusque dans le salon familial, ne disent plus bonjour \u00e0 l\u2019oncle de Corr\u00e8ze depuis qu\u2019il vote Front national.<br \/>\nD\u2019abord, ce n\u2019est pas le meilleur moyen de l\u2019en dissuader. Ensuite, elles se mettent \u00e0 dos toute la famille. Enfin, prisonni\u00e8res de leur bon droit, par esprit de syst\u00e8me et par orgueil, elles finissent par tomber dans le d\u00e9lire. Contre toute esp\u00e8ce de politesse, c\u2019est-\u00e0-dire de respect d\u2019autrui (ce respect qu\u2019elles exigent des autres \u00e0 la moindre occasion), elles pr\u00e9f\u00e8rent claquer la porte.<br \/>\nIl arrive aussi, Dieu merci, que la famille la leur d\u00e9signe. On appelle \u00e7a une \u00e9lection.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3504 paru le 23 Janvier 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>La France de Papa<br \/>\nLa publication des meilleures audiences pour l\u2019ann\u00e9e \u00e9coul\u00e9e permet de s\u2019apercevoir que le succ\u00e8s est moins facile \u00e0 induire en t\u00e9l\u00e9vision qu\u2019en litt\u00e9rature. Certes on voit bien de temps \u00e0 autre surgir un produit marketing destin\u00e9 au petit \u00e9cran, mais il est rare qu\u2019il fasse recette aussi vite qu\u2019un livre de Beigbeder. La t\u00e9l\u00e9vision ne peut pas compter sur les r\u00e9seaux pour assurer la promotion de ses \u201ccoups\u201d. Il ne suffit pas d\u2019apposer un panneau \u201cNous avons beaucoup aim\u00e9\u201d, comme on le voit souvent \u00e0 l\u2019entr\u00e9e des librairies, pour conjurer l\u2019effet \u201ctemps r\u00e9el\u201d et la sanction par la t\u00e9l\u00e9commande.<br \/>\nQuand on parle de temps r\u00e9el, on a l\u2019impression qu\u2019il est facile d\u2019accrocher l\u2019int\u00e9r\u00eat en improvisant, mais quand on voit les chiffres, on s\u2019aper\u00e7oit que le temps r\u00e9el ram\u00e8ne au pays r\u00e9el. Le public t\u00e9l\u00e9visuel a l\u2019inertie d\u2019un p\u00e9trolier. Pour le mouvoir, pour l\u2019\u00e9mouvoir, il ne suffit pas de donner de la corne de brume et d\u2019agiter les bras. Quand il entend dire : \u201cNous avons beaucoup aim\u00e9\u201d, le public r\u00e9pond : \u201cMoi j\u2019aime ce que je veux.\u201d<br \/>\nEt l\u2019an pass\u00e9, il a tourn\u00e9 le dos aux choix parisiens. L\u2019Affaire Dominici finit en t\u00eate du classement. On peut \u00e9piloguer sur le fond et pr\u00e9tendre que les t\u00e9l\u00e9spectateurs ont aim\u00e9 le genre \u201cfilm \u00e0 th\u00e8se\u201d, il est probable qu\u2019ils aient surtout aim\u00e9 le rappel \u00e0 la \u201cFrance de Papa\u201d. De m\u00eame, il serait int\u00e9ressant de montrer la continuit\u00e9 qui existe entre Maigret, le commissaire Bourrel, Julie Lescaut et le juge Cordier (les deux derniers \u00e9tant class\u00e9s tr\u00e8s haut dans le palmar\u00e8s 2003). Pour qui douterait encore de cette tendance, on peut pr\u00e9dire un succ\u00e8s identique au Dirlo, une s\u00e9rie tr\u00e8s bien \u00e9crite qui pr\u00e9sente Bigard en directeur d\u2019\u00e9cole (dix millions de t\u00e9l\u00e9spectateurs). D\u2019abord, le d\u00e9cor \u00e9voque la communale de Jules Ferry (nous sommes loin des pr\u00e9fabriqu\u00e9s de l\u2019Instit). Ensuite, la popularit\u00e9 de Bigard s\u2019appuie sur le pays r\u00e9el depuis longtemps.<br \/>\nMais le clou de ce bilan est que 95 % des meilleures audiences 2003 soient le fait de TF 1. Qu\u2019une cha\u00eene priv\u00e9e fasse la part belle au pays profond, et que le service public d\u00e9daigne le peuple, quoi de plus jacobin, et quoi de plus fran\u00e7ais ?<\/p>\n<p>Camarade Fogiel<br \/>\nLa fa\u00e7on dont Marc-Olivier Fogiel (toujours sur le service public) a rendu compte des succ\u00e8s litt\u00e9raires de l\u2019ann\u00e9e illustre le ph\u00e9nom\u00e8ne. Pendant l\u2019\u00e9mission, nous aurons guett\u00e9 en vain la mention du dernier livre de Brigitte Bardot, dont les \u00e9ditions du Rocher ont vendu, gr\u00e2ce \u00e0 lui, 275 000 exemplaires. Elle est l\u2019une des trois meilleures ventes de 2003. M\u00eame si l\u2019on s\u2019attendait \u00e0 peu de commentaires (ils sont en proc\u00e8s), il suffisait d\u2019une allusion goguenarde, et Fogiel \u00e9tait quitte.<br \/>\nOr le nom de l\u2019actrice n\u2019a pas franchi ses l\u00e8vres. Voil\u00e0 qui rel\u00e8ve de la psychiatrie. Rappelons que les dissidents \u00e9taient gomm\u00e9s dans les portraits de groupe au temps du camarade Staline. Un coup de Photoshop, et hop, Bardot va bient\u00f4t quitter les archives de l\u2019\u00e9mission dans les agences de presse.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3402 paru le 8 F\u00e9vrier 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Sauvons les saucisses<br \/>\nUn r\u00e9cent couplet sur les rapports entre publicit\u00e9 et barbarie m\u2019a valu un courrier abondant. (Je veux dire qu\u2019il abondait dans mon sens.) Une dame me rappelle qu\u2019une marque de saucisses mettait r\u00e9cemment en sc\u00e8ne quatre jeunes gens dans une montgolfi\u00e8re : apr\u00e8s avoir jet\u00e9 par-dessus bord le lest disponible, les a\u00e9ronautes avaient le choix entre le plus faible de leurs compagnons et un paquet de saucisses. Trois d\u2019entre eux sacrifiaient le quatri\u00e8me pour garder les saucisses.<\/p>\n<p>Le triomphe de Scapin<br \/>\nPuisque l\u2019occasion m\u2019est donn\u00e9e de revenir aux d\u00e9rives publicitaires, un proc\u00e9d\u00e9 tr\u00e8s \u00e0 la mode consiste \u00e0 pervertir le regard des enfants sur leurs parents. Quand, pour se venger de leur propre enfance chez les pr\u00eatres, des directeurs d\u2019agence qui se sont partag\u00e9 le festin de l\u2019apr\u00e8s-68 nous infligent des campagnes o\u00f9 l\u2019on voit bafouer l\u2019image de l\u2019adulte, de l\u2019a\u00eenesse, de la masculinit\u00e9, ils ne font rien d\u2019innocent. Une mode tyrannique exige aujourd\u2019hui que le p\u00e8re de famille soit ridicule, de pr\u00e9f\u00e9rence devant une conjuration m\u00e8re-fille. \u00ab Je ne sais plus quoi faire de ton p\u00e8re \u00bb, dit une femme exc\u00e9d\u00e9e par son mari coureur de jupons. Une fille de six ans explique \u00e0 son g\u00e9niteur qu\u2019avec le nouveau produit Candia il peut recommencer \u00e0 dig\u00e9rer le lait. L\u2019\u00e9pouse appuie avec une vague ironie. Apr\u00e8s la premi\u00e8re gorg\u00e9e, le papa se retrouve en culottes courtes.<br \/>\nOn ignore si la campagne est un succ\u00e8s, mais le message sociologique, lui, est re\u00e7u cinq sur cinq par les enfants et les \u00e9pouses : les p\u00e8res sont ridicules. S\u2019ils affectent la fermet\u00e9 elle est tourn\u00e9e en d\u00e9rision. Partout dans la publicit\u00e9 ils sont bern\u00e9s par leurs enfants, comme les g\u00e9rontes de Moli\u00e8re l\u2019\u00e9taient par leurs valets. Sauf que les Scapin d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019ont pas l\u2019\u00e2ge de raison. Les seuls adultes tol\u00e9rables \u00e0 leurs yeux sont ceux qui c\u00e8dent \u00e0 leurs caprices.<br \/>\nParall\u00e8lement, la campagne t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e relative \u00e0 la p\u00e9dophilie tend \u00e0 \u00e9tablir une conjonction douteuse entre l\u2019autorit\u00e9 et l\u2019abus d\u2019autorit\u00e9, entre le priv\u00e9 et l\u2019abus du priv\u00e9. L\u2019intimit\u00e9 familiale est suspecte de favoriser le viol. On a introduit, qu\u2019on le veuille on non, le ferment d\u2019un doute syst\u00e9matique dans les esprits juv\u00e9niles, \u00e0 propos de ce qui est domestique, masculin et autoritaire. \u201cL\u2019id\u00e9e\u201d, comme disent les branch\u00e9s, c\u2019est de pr\u00e9venir. Mais la pr\u00e9vention se traduit par une exigence excessive de transparence, par une n\u00e9gation du secret familial, lequel est pourtant le lieu m\u00eame o\u00f9 se forgent l\u2019identit\u00e9, le caract\u00e8re et la volont\u00e9.<br \/>\nL\u2019autre id\u00e9e consiste \u00e0 \u00e9pargner \u00e0 l\u2019enfant toute r\u00e9sistance. Du coup il est contraint \u00e0 la chercher hors du foyer. Il affronte tout ce qui porte un uniforme. Il pi\u00e9tine le territoire de ses rivaux. Sa violence rend hommage \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 jamais subie, en cherchant \u00e0 la r\u00e9inventer. Les deux courbes, violence en hausse, autorit\u00e9 en baisse, se sont crois\u00e9es autour de 1990. Elles vont se croiser dans l\u2019autre sens in\u00e9vitablement. Jusqu\u2019o\u00f9 ?<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3403 paru le 15 F\u00e9vrier 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>M\u00e9taphore fil\u00e9e<br \/>\nDans le domaine des id\u00e9es, c\u2019est connu, il y a la confection et le pr\u00eat-\u00e0-porter. Cette m\u00e9taphore qui rel\u00e8ve du lieu commun n\u2019est pourtant pas assez exploit\u00e9e. On peut la filer comme une laine, on peut accumuler ind\u00e9finiment les traits de ressemblance entre le monde de la pens\u00e9e et celui de la couture.<br \/>\nPar exemple il existe sur France 2 un atelier dominical nomm\u00e9 J\u2019ai rendez-vous avec vous dont le patron, Rachid Arhab, vient de quitter le pr\u00eat-\u00e0-porter pour se lancer dans le sur mesure. C\u2019est dommage, car il \u00e9tait meilleur que son rempla\u00e7ant au journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9. Et c\u2019est regrettable pour lui car il a beau essayer de recoudre sa formule, elle s\u2019en va de tous les c\u00f4t\u00e9s.<br \/>\nIl faut dire qu\u2019il travaille beaucoup aux ciseaux et tr\u00e8s peu \u00e0 l\u2019aiguille. Son \u00e9mission a pour objet d\u2019\u00e9voquer des questions d\u2019actualit\u00e9 avec l\u2019aide de la rue et le concours des t\u00e9l\u00e9spectateurs. Th\u00e8me du jour : \u201cCritiquer la politique de Sharon, est-ce faire preuve d\u2019antis\u00e9mitisme ?\u201d Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question h\u00e9risson, pos\u00e9e \u00e0 des habitants de la Goutte-d\u2019Or \u00e0 Paris, qui croyez-vous que la cam\u00e9ra ait interrog\u00e9 ? Un imam ? Un Beur de la banlieue ? Un \u201cgrand fr\u00e8re\u201d qui circule en Mercedes \u00e0 vingt-deux ans ?<br \/>\nPas du tout : Madeleine de Grenoble, Andr\u00e9 de Paris, Marc d\u2019Etr\u00e9pagny et Jeanine d\u2019Evreux. Ils sont invit\u00e9s \u00e0 se prononcer sur une \u00e9ventuelle r\u00e9surgence de l\u2019antis\u00e9mitisme en France comme s\u2019ils devaient r\u00e9pondre, au nom de notre \u201cterre d\u2019accueil\u201d, d\u2019exactions dont nous avons surtout accueilli, il faut le rappeler, la plupart des auteurs.<br \/>\nLe clou du d\u00e9fil\u00e9 fut cette dame qui est venue r\u00e9clamer davantage de mosqu\u00e9es \u00ab parce que les imams en train de noter les noms sur les bo\u00eetes aux lettres, \u00e0 six heures du matin dans les immeubles, \u00e7a fait mauvais effet, \u00e7a donne une mauvaise image de l\u2019islam \u00bb (sic).<br \/>\nDevant tant de pesanteur propagandiste, on se dit que ces archives devenues inalt\u00e9rables avec l\u2019av\u00e8nement du num\u00e9rique serviront au moins aux historiens. Elles illustreront que les propri\u00e9taires du discours, au tournant du mill\u00e9naire, ont perdu les p\u00e9dales avant les \u00e9lections.<br \/>\nIl n\u2019est que de citer la sc\u00e8ne finale de ce Rendez-Vous o\u00f9 le pr\u00e9sentateur, toujours brandissant son micro comme un animateur de vente flash au rayon chemisiers, nous annonce qu\u2019une dame a tenu \u00e0 apporter un t\u00e9moignage sur l\u2019affaire Schuller \u00ab sous la forme d\u2019une chanson \u00bb.<br \/>\nUne passante, qui attend en effet depuis vingt minutes derri\u00e8re lui, se rengorge \u00e0 l\u2019id\u00e9e de nous faire une bonne blague. Elle nous chante sur l\u2019air du Furet : \u00ab Il court il court, le Schuller, le Schuller du RPR. \u00bb A quoi le meneur de jeu croit bon d\u2019ajouter \u00ab Eh bien merci Genevi\u00e8ve, c\u2019est une fa\u00e7on de lancer le d\u00e9bat. \u00bb<br \/>\nL\u00e0-dessus, g\u00ean\u00e9 de voir tailler du sur mesure dans une \u00e9toffe aussi grossi\u00e8re, Michel Drucker reprend l\u2019antenne et se demande, en sp\u00e9cialiste, si le surpiquage ne se voit pas un peu trop.<br \/>\nNous nous le demanderons avec lui.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3404 paru le 21 F\u00e9vrier 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>T\u00eate de gondole<br \/>\nQue penserait-on d\u2019une agence publicitaire qui se mettrait \u00e0 fabriquer les produits qu\u2019elle promeut ? Que dirait-on si les \u201ccr\u00e9atifs\u201d construisaient des usines ?<br \/>\nToutes proportions gard\u00e9es, c\u2019est ce qui se passe dans l\u2019audiovisuel. Radios et t\u00e9l\u00e9visions jouent les deux r\u00f4les \u00e0 la fois : celui de vecteur de promotion et celui d\u2019agent de production.<br \/>\nQuand on visionne un DVD dont le g\u00e9n\u00e9rique porte le logo \u201cTF 1 Vid\u00e9o\u201d, on s\u2019avise rapidement que l\u2019effort publicitaire, les plateaux de complaisance, les invit\u00e9s vedettes, les bandes-annonces diffus\u00e9es jusque dans les \u00e9missions du matin, tout cela est rendu indispensable par cette confusion des genres.<br \/>\nCanal Plus a longtemps pratiqu\u00e9 la m\u00eame m\u00e9thode, laquelle a contribu\u00e9, nous dit-on, \u00e0 am\u00e9liorer les chiffres du cin\u00e9ma fran\u00e7ais. Mais c\u2019est une sant\u00e9 illusoire. Avec dix millions de spectateurs pour Ast\u00e9rix, le magasin France r\u00e9alise tout son chiffre de l\u2019ann\u00e9e sur un seul produit plac\u00e9 en \u201ct\u00eate de gondole\u201d.<br \/>\nNous obtenions nagu\u00e8re des chiffres voisins (enfin, les bonnes ann\u00e9es) sur dix films \u00e0 un million d\u2019entr\u00e9es. Cela r\u00e9pondait davantage aux exigences de l\u2019art et de la diversit\u00e9. Mais c\u2019\u00e9tait aussi plus risqu\u00e9 pour la tr\u00e9sorerie. Tandis que, d\u00e9sormais, le lancement \u00e0 la Harry Potter est devenu la r\u00e8gle : les recettes sont encaiss\u00e9es massivement en quelques semaines, au m\u00e9pris du reste de la production. Le pouvoir d\u2019achat culturel est aspir\u00e9 par une pompe \u00e0 finances dont l\u2019\u00e9chelle est continentale.<br \/>\nC\u00f4t\u00e9 chansonnette, le tableau est identique. Chaque ann\u00e9e, TF 1 s\u2019arrange pour lancer un \u201ctube\u201d qui rafle, en quinze jours, les 15 euros du budget que l\u2019adolescent moyen consacre \u00e0 la musique.<br \/>\nDerni\u00e8re \u00e9tape : Star Academy. A quoi bon parier sur une nouveaut\u00e9 ? Il suffit de reprendre un vieux succ\u00e8s assaisonn\u00e9 \u00e0 la sauce boum-boum. Le matraquage fait le reste.<br \/>\nEn radio, le ph\u00e9nom\u00e8ne existe aussi. C\u2019est la \u201cco\u00e9dition France-Inter\u201d. Evidemment nous ne parlons pas des m\u00eames chiffres, ni d\u2019ailleurs du m\u00eame produit. Il s\u2019agit de librairie. M\u00eame si une grande part du catalogue consiste encore en des livres du genre M\u00e9moires de poilus pendant la Grande Guerre, il est bon de rappeler que des radios financ\u00e9es par l\u2019argent public n\u2019ont aucune vocation \u00e0 jouer les \u00e9diteurs. Or cette vocation est de plus en plus apparente. Il existe \u00e0 pr\u00e9sent des \u201clivres Inter\u201d dont on nous dit qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 \u201c\u00e9lus par le public\u201d (bien qu\u2019en v\u00e9rit\u00e9 le public ait le choix entre douze titres, dont la liste a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie par cinq personnes, lesquelles, en g\u00e9n\u00e9ral, aiment bien le Monde et T\u00e9l\u00e9rama).<br \/>\nInt\u00e9ressante \u00e9volution du m\u00e9tier d\u2019\u00e9diteur, puisque, en cas de mauvaises recettes, c\u2019est le contribuable qui paie. Les artistes n\u2019ont pas de quoi s\u2019en r\u00e9jouir, ni les vrais \u00e9diteurs, qui eux prennent des risques. Pourquoi ne le disent-ils pas ? Parce qu\u2019ils craignent de se voir interdire la t\u00eate de gondole.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3405 paru le 1 Mars 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>L\u00e9ger probl\u00e8me de niveau<br \/>\nDeux cent mille candidats (!) se sont pr\u00e9sent\u00e9s, dans une dizaine de villes, aux \u00e9liminatoires de la deuxi\u00e8me session de Loft Story, l\u2019\u00e9mission de \u201ct\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9\u201d qui sera diffus\u00e9e en avril sur M6. Quarante-cinq mille postulants \u00e2g\u00e9s de dix-huit \u00e0 trente ans ont \u00e9t\u00e9 auditionn\u00e9s. Voici un condens\u00e9 des commentaires que l\u2019\u00e9mission suscite sur les forums de discussion d\u2019Internet. Nous offrons au producteur un crit\u00e8re de s\u00e9lection suppl\u00e9mentaire : jauger les candidats \u00e0 l\u2019aune de leur niveau en orthographe\u2026<br \/>\n\u00ab Il passe des pubs pour s\u2019inscrire mais il ne dise pas quand cela aura lieue.<br \/>\nSi vous savez des choses \u00e9crivaient moi. Merci. Mathilde.<br \/>\nTu aurais u l\u2019occasion d\u2019y participer tu y serait aller.<br \/>\nPersonne ne vous a demander de regarder ou de participer au casting, je suis sur ke vous serait tous les premier a le regarder en disant c cool mais alors ne regarder pas. J\u2019ai passer le casting et j\u2019en suis fiere et je pense bien reussir l\u2019experience aller bon courage a tous les lofteurs.<br \/>\nR\u00e9aliser un tel concept r\u00e9sulte du d\u00e9lire des esprits compl\u00e8tement tordus et &#8220;d\u00e9gent\u00e9s&#8221; d\u2019individus profond\u00e9ment frustr\u00e9s par leur carence de voir un jour leur nom affich\u00e9 sur tous les ecrans \u00bb.<br \/>\nCette collecte a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e sur une seule page, \u00e0 la vol\u00e9e, sans volont\u00e9 de noircir le tableau : 90 % des interventions sont de la m\u00eame eau. Quand on parle du niveau des participants au \u201cLoft\u201d, on oublie de dire qu\u2019il n\u2019a aucune raison d\u2019\u00eatre plus \u00e9lev\u00e9 que celui du reste de la population.<br \/>\nM\u00e9dailles en chocolat<br \/>\n\u2030 L\u2019autre soir, les duettistes Bataille et Fontaine \u00e9taient en piste pour Dr\u00f4les de petits champions (quatre heures d\u2019antenne \u00e0 trois jours d\u2019intervalle, la lassitude s\u2019installe). Enthousiasmes t\u00e9l\u00e9phon\u00e9s, petits gar\u00e7ons \u00e9lev\u00e9s dans le milieu du \u201cski de haut niveau\u201d, fillettes pomponn\u00e9es qui chantent comme C\u00e9line Dion, danseurs de dix ans en costume lam\u00e9, etc. Ces vedettes pr\u00e9coces aux talents outrageusement surestim\u00e9s par l\u2019orgueil parental m\u2019ont tellement exc\u00e9d\u00e9 que j\u2019ai regard\u00e9 un DVD, Buena Vista Social Club. Par une aimable fantaisie du hasard, ce film de Wim Wenders racontait l\u2019histoire inverse : une demi-douzaine de musiciens cubains octog\u00e9naires ayant appris \u00e0 jouer dans les arri\u00e8re-cours du Cuba d\u2019avant-guerre ont men\u00e9 leurs carri\u00e8res d\u2019artistes parfois si obscur\u00e9ment, qu\u2019ils ont d\u00fb abandonner la pratique de leur instrument faute de moyens.<br \/>\nUn musicien am\u00e9ricain les d\u00e9cide \u00e0 faire un disque ensemble, gloire mondiale, Grammy Awards, Carnegie Hall, etc.Ces pauvres gens d\u00e9couvrent le bonheur d\u2019\u00eatre honor\u00e9s \u00e0 quatre-vingts ans. Les voil\u00e0 m\u00e9daill\u00e9s par la providence juste avant de tirer leur chapeau. Leurs m\u00e9rites sont reconnus par tous au moment o\u00f9 ils y songeaient le moins.<br \/>\nDans le cas des \u201cpetits champions\u201d les m\u00e9dailles sont en chocolat, les dons souvent imaginaires, la reconnaissance pr\u00e9alable \u00e0 tout le reste. On nous fait croire qu\u2019ils peuvent tutoyer l\u2019accomplissement avant la pubert\u00e9. H\u00e9las, cette d\u00e9magogie a besoin de tricher sur la nature de l\u2019exploit : l\u2019\u00e9mission pr\u00e9f\u00e8re donc les skaters aux musiciens prodiges.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3407 paru le 15 Mars 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>G\u00e9n\u00e9ration Hulot<br \/>\nLe nom de Nicolas Hulot sonne si bien qu\u2019il semblait promis d\u00e8s le d\u00e9but de sa carri\u00e8re \u00e0 quelque forme de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9. Laquelle exigeait toutefois d\u2019\u00eatre l\u00e9gitim\u00e9e par autre chose que son aimable sourire et ses activit\u00e9s ludiques \u00e0 travers la plan\u00e8te : c\u2019est fait. Il vient de passer un dimanche \u00e0 nous raconter sa vie, qui est un peu la n\u00f4tre : compliments !<br \/>\nEn vingt ans nous avons assist\u00e9 \u00e0 l\u2019heureuse m\u00e9tamorphose de l\u2019explorateur-copain en une sorte de philosophe tranquille dont la syntaxe s\u2019est affin\u00e9e, dont le vocabulaire s\u2019est enrichi, dont les connaissances se sont affermies. Si toute la g\u00e9n\u00e9ration Hulot avait suivi la m\u00eame pente dans les m\u00eames ann\u00e9es, la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise n\u2019en serait pas l\u00e0. A le voir s\u2019expliquer chez Drucker et surtout \u00e0 entendre les commentaires du lendemain on comprend mieux ce que lui reprochent les aigris, les sceptiques et ceux qui ne croient en rien g\u00e9n\u00e9ralement : il s\u2019est construit. Il a empil\u00e9 le savoir dans la r\u00e9gion de l\u2019esprit o\u00f9 se forment les cristaux. Ceux qui feuillettent leur vie comme une poign\u00e9e d\u2019instantan\u00e9s dans une bo\u00eete \u00e0 chaussures ne supportent pas les gens qui font un album. Pourtant c\u2019est le degr\u00e9 le plus \u00e9l\u00e9mentaire de la sagesse. Dans le cas d\u2019Hulot, l\u2019album est couvert de plages et de palmiers, mais l\u2019essentiel est ailleurs. On sent chez lui un honn\u00eate d\u00e9sir de payer la Providence apr\u00e8s tant de bienfaits.<br \/>\nIl a raison de remercier le ciel, car il revient de loin. Non seulement il aurait d\u00fb cent fois laisser sa vie sur le terrain, mais \u00e0 ses d\u00e9buts il manquait gravement de qualification. On avait piti\u00e9 de ses propos, de ses liaisons fautives, de ses approximations. On le croyait vou\u00e9 au fun. On le voyait finir l\u2019\u0153il et le cheveu d\u00e9lav\u00e9s comme un surfeur, tann\u00e9 par le soleil des tropiques, consum\u00e9 par l\u2019attente de la vague. Or le voil\u00e0 plut\u00f4t paisible et gai. Accompli, en somme.<br \/>\nReste un d\u00e9tail naturellement mont\u00e9 en \u00e9pingle par les commentaires du lendemain : Hulot \u201ct\u00e9l\u00e9phone \u00e0 Chirac\u201d. Vous vous rendez compte ? France Inter, f\u00e9brile \u00e0 l\u2019id\u00e9e que vingt ans d\u2019oligarchie audiovisuelle vont peut-\u00eatre enfin voler en \u00e9clats dans quelques semaines, nous affirme tranquillement que Jacques Chirac a \u00ab envoy\u00e9 Nicolas Hulot sur le plateau pour assurer sa publicit\u00e9 personnelle \u00bb. La cha\u00eene de radio pr\u00e9tend m\u00eame qu\u2019on l\u2019a donn\u00e9 comme futur ministre de l\u2019Environnement, ce qui m\u2019a \u00e9chapp\u00e9 pendant l\u2019\u00e9mission, mais ce n\u2019est pas forc\u00e9ment une mauvaise id\u00e9e.<\/p>\n<p>En qu\u00e9b\u00e9cois dans le texte<br \/>\nIl faudrait en finir avec le mythe de la vertueuse francophonie qu\u00e9b\u00e9coise. D\u00e9sormais quand on visionne un DVD am\u00e9ricain doubl\u00e9 \u00e0 Montr\u00e9al, on entend des dialogues du genre : \u00ab Tu dis \u00e7a pour vrai (sic) ? \u2013 Oui J\u00e9r\u00e9mie, il faut apprendre \u00e0 faire tes propres d\u00e9cisions pour rester en contr\u00f4le de ta vie. \u00bb<br \/>\nRappelons que dans les rues de Qu\u00e9bec, No parking at all times se traduit par : \u201cPas de parking en tous temps\u201d.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3408 paru le 22 Mars 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>En piste avec le CSA<br \/>\nLe film du dimanche soir est une institution et une grand-messe. Il y a vingt ans \u00e0 peine, il r\u00e9unissait les familles et rassemblait la nation. Cette vocation lui est rest\u00e9e peu ou prou, mais de temps \u00e0 autre le pays entier, des grands-m\u00e8res aux enfants pr\u00e9pub\u00e8res, \u00e0 cause d\u2019une aberration de programmation, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 l\u2019usage veut que l\u2019on passe le Corniaud, Nuit d\u2019ivresse ou Independence Day, se retrouve devant une ignominie.<br \/>\nL\u00e9on appartient \u00e0 cette cat\u00e9gorie. Ecrit et r\u00e9alis\u00e9, nous dit le g\u00e9n\u00e9rique, par Luc Besson, ce film tire la quintessence du pire cin\u00e9ma am\u00e9ricain et nous la ressert sous label fran\u00e7ais. Le cin\u00e9aste du Grand Bleu est devenu le pape noir du mim\u00e9tisme culturel. Quand L\u00e9on est sorti, la mode \u00e9tait aux rues de New York, aux massacres et aux lolitas : il a r\u00e9uni les trois.<br \/>\nImaginons maintenant une famille rentrant d\u2019un dimanche \u00e0 la campagne. Dans la voiture, les enfants r\u00e9clament sur tous les tons l\u2019autorisation de \u201cvoir le film de TF 1\u201d. Apr\u00e8s une demi-heure d\u2019insistance et quelques conditions pr\u00e9alables (devoirs, affaires rang\u00e9es, douche, etc.), ils obtiennent gain de cause. Deux heures plus tard, tout le monde s\u2019installe devant le poste. L\u2019apparition du triangle orange (\u201c\u0153uvres cin\u00e9matographiques interdites aux mineurs de douze ans pouvant troubler le jeune public, notamment lorsque le sc\u00e9nario recourt de fa\u00e7on syst\u00e9matique et r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 la violence\u201d) n\u2019impressionne personne.<br \/>\nG\u00e9n\u00e9rique. Une bande de trafiquants de drogue canarde une famille dans son appartement. Sauvagerie \u00e0 bout portant dans une baignoire, dans un couloir, murs constell\u00e9s de sang, le p\u00e8re se tra\u00eene sur le carrelage, cinq balles successives sur cet homme qui rampe. \u00c7a d\u00e9gouline de partout, dans une atmosph\u00e8re de r\u00e9alisme intol\u00e9rable. Un des hommes d\u00e9signe une photo de famille : \u00ab Il y a trois gamins ici. Stan a tu\u00e9 la grande, Bill le petit (quatre ans), il manque celle-l\u00e0 : trouve-la ! \u00bb<br \/>\nLe film raconte la tentative de survie de la derni\u00e8re enfant du couple massacr\u00e9. Un tueur la prend en piti\u00e9, et lui apprend \u00e0 tuer elle-m\u00eame.<br \/>\nCes sc\u00e8nes d\u2019une cruaut\u00e9 d\u00e9j\u00e0 difficilement supportable par un quadrag\u00e9naire sont jug\u00e9es tol\u00e9rables pour des enfants entre douze et seize ans. On aimerait que le CSA nous explique quels sont ses crit\u00e8res, surtout dans le contexte social actuel.<br \/>\nOn peut m\u00eame sugg\u00e9rer le principe d\u2019une \u00e9mission \u201cEn piste avec le CSA\u201d. Les membres de l\u2019institution r\u00e9unis au complet sur des gradins seraient somm\u00e9s de r\u00e9agir en gros plan apr\u00e8s visionnage de la sc\u00e8ne, puis de justifier la cotation du film et l\u2019opportunit\u00e9 de sa diffusion.<br \/>\nA la fin de la saison, les membres du CSA dont les arguments se seraient r\u00e9v\u00e9l\u00e9s insuffisants ou sp\u00e9cieux seraient \u00e9limin\u00e9s et priv\u00e9s de leur salaire par les t\u00e9l\u00e9spectateurs, comme de vulgaires candidats \u00e0 Star Academy.<br \/>\nAu prix de ce r\u00e9gime, en mati\u00e8re de violence, les cha\u00eenes auraient vite fait de trouver le point d\u2019\u00e9tiage.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3409 paru le 29 Mars 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Show platonicien<br \/>\nPour ceux qui auraient rat\u00e9 la diffusion de l\u2019excellent Truman Show, voici un r\u00e9sum\u00e9 de l\u2019action et quelques r\u00e9flexions \u00e0 l\u2019adresse des happy few.<br \/>\nC\u2019est un film \u00e0 plusieurs lectures, comme on dit g\u00e9n\u00e9ralement dans les journaux qui ont choisi la leur. La premi\u00e8re, c\u2019est une critique f\u00e9roce de la t\u00e9l\u00e9vision r\u00e9alit\u00e9. Un pauvre gar\u00e7on, parvenu \u00e0 l\u2019\u00e2ge de vingt ans dans un univers provincial harmonieux, employ\u00e9 mod\u00e8le d\u2019une banque modeste, dans une ville am\u00e9ricaine d\u2019op\u00e9rette, s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019il est manipul\u00e9 depuis sa naissance. Un producteur, l\u2019ayant arrach\u00e9 \u00e0 un orphelinat d\u00e8s le premier \u00e2ge, a choisi de cr\u00e9er un monde de figurants autour de lui afin que son \u00e9volution, ses \u00e9mois, ses passions, soient livr\u00e9s en p\u00e2ture quotidienne \u00e0 la terre enti\u00e8re par le biais d\u2019un impitoyable r\u00e9seau de cam\u00e9ras. L\u2019\u00e9mission s\u2019appelle le Truman Show. Son succ\u00e8s est plan\u00e9taire.<br \/>\nVoil\u00e0 pour la premi\u00e8re lecture, celle qui bl\u00e2me le spectateur de son go\u00fbt pour le voyeurisme et ressortit plus ou moins \u00e0 la satire sociale. Elle permet de faire un dossier magazine \u00e0 la sortie du film et de s\u2019extasier sur cette Am\u00e9rique qui sait si bien fustiger ses d\u00e9fauts. Mais le sc\u00e9nariste, tout en respectant le cahier des charges, semble s\u2019adresser, par-dessus l\u2019\u00e9paule de la production, \u00e0 ce spectateur id\u00e9al que tout artiste vise \u00e0 l\u2019insu de son commanditaire.<br \/>\nCertains auront \u00e9prouv\u00e9, en voyant ce film, un vertige philosophique \u00e0 l\u2019id\u00e9e que nous sommes abus\u00e9s par le r\u00e9el lui-m\u00eame. Notre univers n\u2019est probablement qu\u2019une s\u00e9ance de diapositives sur les parois d\u2019on ne sait quelle caverne platonicienne. Plus les illusions se multiplient et se r\u00e9pondent dans nos soci\u00e9t\u00e9s, plus le ballet des images s\u2019acc\u00e9l\u00e8re, plus le vacarme s\u2019accentue, et plus l\u2019id\u00e9e que nous sommes issus d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 sup\u00e9rieure, immobile, silencieuse, \u00e0 quoi nous devrons retourner un jour, s\u2019impose aux esprits avis\u00e9s.<br \/>\nLa fin de Truman Show est miraculeuse d\u2019intelligence : on y voit ce pauvre type affronter ses traumatismes d\u2019enfant (la crainte de la noyade) pour voguer sur une mer artificielle d\u00e9mont\u00e9e, rompre ses cha\u00eenes et se retourner, triomphant, sur celui qui projette les ombres au fond de la caverne. The show is over, la vraie vie est au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9cran, il faut remonter la lumi\u00e8re du projecteur pour savoir qui nous sommes.<\/p>\n<p>Sacr\u00e9e Florence<br \/>\nDans les d\u00eeners en ville, l\u2019allusion \u00e0 l\u2019\u00e9mission de Patrick de Carolis sur Florence (Des racines et des ailes, fin f\u00e9vrier) est devenue si fr\u00e9quente, et l\u2019\u00e9blouissement de ceux qui l\u2019ont vue si constant, que je lui dois une mention. Florence est une ville que l\u2019on r\u00e9pugne \u00e0 voir livr\u00e9e \u00e0 des curiosit\u00e9s profanes, mais l\u2019\u00e9mission m\u00e9nageait la part du sacr\u00e9. On n\u2019oubliera pas le fran\u00e7ais remarquable parl\u00e9 par les Corsini, on r\u00eavera longtemps de ce jardin \u00e0 colonnes o\u00f9 les enfants sont pri\u00e9s de ne pas monter sur les statues romaines. On ne se plaindra pas qu\u2019on nous juge encore dignes de ce genre de spectacle.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3379 paru le 31 Ao\u00fbt 2001<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>L\u2019aventure au coin du hamac<br \/>\nIl para\u00eet que le service public va p\u00e2tir de la t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est probable et alors ? A-t-il vocation \u00e0 ench\u00e9rir sur le march\u00e9 mondial aux c\u00f4t\u00e9s de TF 1 ?<br \/>\nEst-il moral de d\u00e9barquer au Four Seasons Hotel de Beverly Hills, et d\u2019acheter une s\u00e9rie pu\u00e9rile o\u00f9 une bande de flics plaisante lourdement entre la salle de gym et la machine \u00e0 caf\u00e9, au prix d\u2019un million par \u00e9pisode, quand on prend la moiti\u00e9 de cet argent dans la poche des t\u00e9l\u00e9spectateurs ? Le d\u00e9faut de recettes que l\u2019on pr\u00e9voit cet automne chez France 2 est un d\u00e9sastre, nous dit-on, parce que la t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise ne pourra plus s\u2019aligner. Est-ce vraiment un d\u00e9sastre ? Avons-nous vocation \u00e0 nous aligner, \u00e0 acheter cl\u00e9s en main des programmes aussi franchis\u00e9s que le Maillon faible ou Survivor ?<br \/>\nEvidemment non. Pourtant la nouveaut\u00e9, le scandale ne se trouvent pas, comme on nous l\u2019affirme, dans le niveau \u00e0 peine croyable de ces \u00e9missions, ni dans le principe de l\u2019\u00e9viction sur lequel elles reposent : la pl\u00e8be romaine avait elle aussi droit de vie ou de mort sur les champions du cirque, et le radio crochet existait d\u00e9j\u00e0 il y a quarante ans. Non, le vrai scandale consiste \u00e0 nous faire passer une exp\u00e9dition \u00e0 peine digne du Manuel des castors juniors pour une grande aventure humaine. Ces gens \u00e0 demi-nus qui courent apr\u00e8s un fanion sur la plage en deux \u00e9quipes (les jaunes et les rouges), sous les ordres d\u2019un chef de meute entour\u00e9 de trois tonnes de mat\u00e9riel, c\u2019est un peu comme si le plus fastidieux de nos jeux de piste chez les louveteaux \u00e9tait sponsoris\u00e9 par une firme pharmaceutique.<br \/>\nLa vraie aventure consisterait \u00e0 priver de leurs papiers huit personnes pour les d\u00e9barquer au c\u0153ur de Sao Paolo avec trois sous en poche, puis \u00e0 les suivre dans les rues pendant six semaines, \u00e0 la recherche de leur nourriture et de leur g\u00eete. Le vrai d\u00e9fi consisterait \u00e0 fournir une carte verte \u00e0 dix jeunes gens de toutes origines et \u00e0 leur donner un an pour fonder une entreprise \u00e0 New York.<br \/>\nNous avons connu, il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, des tentatives voisines du genre la Course autour du monde. Elles ont co\u00fbt\u00e9 le vingti\u00e8me de ce que co\u00fbte la logistique grotesque de Koh-Lanta (o\u00f9 l\u2019exploit, quoi qu\u2019on veuille, reste au coin du hamac). En ce temps-l\u00e0, le service public comptait une poign\u00e9e de g\u00e9n\u00e9raux qui avaient une strat\u00e9gie personnelle et savaient compenser la suppression d\u2019un budget par un coup de g\u00e9nie. Le r\u00e8gne du marketing a suivi. Or dans ce domaine, le priv\u00e9 a toujours joui d\u2019une avance consid\u00e9rable. Personne ne s\u2019\u00e9tonnera qu\u2019elle soit devenue \u00e9crasante.<br \/>\nQue fait France T\u00e9l\u00e9vision ? Faute de pouvoir s\u2019aligner, elle ne cherche pas \u00e0 d\u00e9tourner les humbles de ces jeux du cirque en leur proposant mieux, moins cher et tout aussi populaire : elle pr\u00e9f\u00e8re investir dans une d\u00e9rision tr\u00e8s parisienne (Laurent Ruquier-Thierry Ardisson), c\u2019est-\u00e0-dire le d\u00e9dain de ceux qui la font vivre et qu\u2019on appelle le peuple.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3410 paru le 5 Avril 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>S\u00e9curit\u00e9 passive<br \/>\nQuand on regarde la t\u00e9l\u00e9vision en entomologiste ou en philosophe, on voit s\u2019agr\u00e9ger des modes de pens\u00e9e qui conditionnent d\u00e9j\u00e0 la vie des g\u00e9n\u00e9rations futures.<br \/>\nOn ne compte plus les reportages sur la s\u00e9curit\u00e9 passive. Ici, le maire d\u2019une commune de dix mille habitants fait voter un budget d\u2019\u00e9quipement pour une protection vid\u00e9o. L\u00e0, on installe un portique \u00e9lectromagn\u00e9tique \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019un coll\u00e8ge, d\u2019un tribunal ou d\u2019une prison. L\u00e0 encore, on obtient des constructeurs d\u2019avions qu\u2019ils fassent \u00e9quiper leurs futurs appareils d\u2019un poste de pilotage blind\u00e9. Partout se multiplient les syst\u00e8mes d\u2019identification par l\u2019iris, par la voix, par les empreintes digitales. Partout on r\u00e9clame la surveillance de vos faits et gestes et la dissuasion g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e.<br \/>\nOr, c\u2019est toujours en aval.<br \/>\nIl s\u2019agit en effet d\u2019intervenir afin qu\u2019un malfaiteur, ayant con\u00e7u le projet d\u00e9raisonnable de tirer aveugl\u00e9ment dans la foule, en soit dissuad\u00e9 par la pr\u00e9sence d\u2019un portique, d\u2019une cam\u00e9ra ou d\u2019un agent de police.<br \/>\nObservons qu\u2019il n\u2019est jamais question, en revanche, de l\u2019emp\u00eacher de concevoir son funeste dessein. Il ne s\u2019agit jamais de lui donner une \u00e9ducation qui sache exclure jusqu\u2019\u00e0 l\u2019imagination du crime. Ce serait attenter gravement \u00e0 sa libert\u00e9. Moyennant quoi, vingt ans apr\u00e8s, il ach\u00e8te des armes de guerre, viole les femmes, d\u00e9fie l\u2019autorit\u00e9, menace d\u2019un couteau quiconque le regarde dans les yeux, etc.<br \/>\nEn se livrant \u00e0 ce genre de fantaisies d\u00e9rogatoires \u00e0 l\u2019ordre commun, il exerce sa libert\u00e9 mais limite celle des autres dans des proportions spectaculaires. En sorte que dix ans plus tard, si aucune r\u00e9forme brutale de l\u2019\u00e9ducation n\u2019est intervenue, on assiste \u00e0 l\u2019apparition d\u2019une caste de 5 % de citoyens dont le comportement \u201c\u00e0 risques\u201d justifie p\u00eale-m\u00eale et pour tout le monde : le quintuplement des rails de s\u00e9curit\u00e9, la pr\u00e9sence d\u2019agents de la force publique dans chaque wagon de chemin de fer, l\u2019identification dans tous les a\u00e9roports, la protection magn\u00e9tique dans tous les h\u00f4pitaux, \u00e9coles, mus\u00e9es, etc. On ne peut plus prendre un avion sans d\u00e9cliner son pedigree, prendre le bus sans \u00eatre film\u00e9, monter dans le TGV sans garder sa valise sur les genoux. La libert\u00e9 des 5 % devient tyrannie.<br \/>\nLa t\u00e9l\u00e9vision aura beau nous seriner que l\u2019omnisurveillance repr\u00e9sente l\u2019avenir, il suffit d\u2019un effort de jugement pour se convaincre de l\u2019inverse. Dans une soci\u00e9t\u00e9 ouverte, comme on l\u2019a vu le 11 septembre 2001, la s\u00e9curit\u00e9 passive a ses limites. Les premi\u00e8res sont budg\u00e9taires : personne n\u2019aura jamais assez d\u2019argent pour rendre s\u00fbre une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique si ses habitants ne le sont plus. Les autres tiennent aux capacit\u00e9s mat\u00e9rielles dont nous disposons pour juguler une aberration : jamais personne n\u2019emp\u00eachera un anonyme de se promener dans la foule avec un d\u00e9tonateur et du plastic.<br \/>\nMoralit\u00e9 : plut\u00f4t que de multiplier les garde-fous, diminuons le nombre de fous.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3411 paru le 12 Avril 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Imp\u00e9ratrice d\u2019un jour<br \/>\nUne cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision (TF1) se met en quatre pour exaucer le v\u0153u d\u2019un laur\u00e9at choisi sur dossier. Dans R\u00eave d\u2019un jour, l\u2019application de ce principe fr\u00f4le souvent le mauvais go\u00fbt sans y tomber jamais. Ce conte de f\u00e9es lyophilis\u00e9 force l\u2019int\u00e9r\u00eat, parvient \u00e0 vaincre nos r\u00e9sistances, et nous oblige \u00e0 l\u2019indulgence devant le bonheur d\u2019autrui, tout l\u2019art (ou le cynisme) de la production consistant \u00e0 choisir des b\u00e9n\u00e9ficiaires \u00e0 qui la foule peut s\u2019identifier.<br \/>\nIl y a quelques mois, on offrait un voyage au Portugal \u00e0 un couple de braves gens. Pendant leur absence, leur appartement \u00e9tait enti\u00e8rement refait, d\u00e9cor\u00e9, \u00e9quip\u00e9. C\u2019est la version consum\u00e9riste de Surprise sur prise. Pendant la deuxi\u00e8me \u00e9mission, l\u2019histoire continue. La production ayant appris qu\u2019en vingt-huit ans de vie commune les b\u00e9n\u00e9ficiaires de ses largesses (d\u00e9cid\u00e9ment tr\u00e8s occup\u00e9s) n\u2019ont jamais trouv\u00e9 le temps de se marier, TF 1 organise un mariage sous les stucs de la mairie de Levallois avec la complicit\u00e9 de leurs trois filles et de leurs amis. C\u2019est l\u00e0 que nous atteignons les limites du syst\u00e8me TF 1 : non seulement les sommes investies suffiraient \u00e0 \u00f4ter toute authenticit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement (traiteur prestigieux, buffets tape-\u00e0-l\u2019\u0153il, personnel pl\u00e9thorique), mais le mariage, b\u00e2cl\u00e9 par une adjointe, ne comportait aucune mention de l\u2019\u00e9tat civil des \u00e9poux, aucun nom de famille, rien. C\u2019est \u00e0 se demander si nous n\u2019avons pas \u00e9t\u00e9 abus\u00e9s.<br \/>\nLe deuxi\u00e8me sujet du jour ressemblait \u00e0 une fable sociale. Dans un pays o\u00f9 les rejetons de l\u2019aristocratie portent la casquette en arri\u00e8re et parlent le verlan jusque chez les j\u00e9suites, on voyait une \u00e9l\u00e8ve de terminale, au physique tr\u00e8s ordinaire, d\u00e9couvrant les fastes de Sch\u00f6nbrunn avec un prince autrichien de location, avant de participer, \u00e0 son bras, au bal des d\u00e9butantes de la Hofburg.<br \/>\nOn a le droit de pr\u00e9f\u00e9rer les fantasmes qui montent \u00e0 ceux qui descendent, et les imp\u00e9ratrices d\u2019un soir aux rappeurs de la rue de la Pompe.<\/p>\n<p>Fin de r\u00e8gne<br \/>\nOn persiste \u00e0 nous parler de la \u201creine Christine\u201d \u00e0 propos de Christine Ockrent, mais le r\u00e8gne s\u2019ach\u00e8ve dans la crispation. J\u2019allais renoncer \u00e0 souligner l\u2019anomalie qui consiste \u00e0 pr\u00e9senter une \u00e9mission \u00e9lectorale quand on est la femme d\u2019un ministre en exercice. Mais la conjonction de trois \u00e9v\u00e9nements m\u2019y oblige. Le premier, c\u2019est que Bernard Kouchner a refus\u00e9 l\u2019acc\u00e8s d\u2019un h\u00f4pital parisien \u00e0 Jean-Pierre Chev\u00e8nement. Le deuxi\u00e8me, que Chev\u00e8nement, offens\u00e9, a renonc\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mission de la reine Christine \u201cpour raison familiale\u201d en s\u2019excusant une semaine \u00e0 l\u2019avance. Le troisi\u00e8me est l\u2019hypocrisie avec laquelle la reine a dard\u00e9 son \u0153il de dauphin sur Max Gallo au d\u00e9but de l\u2019\u00e9mission, en lui demandant si par hasard son patron \u00e9tait \u201cmalade\u201d.<br \/>\nNon seulement le journalisme am\u00e9ricain, \u00e0 qui l\u2019on pr\u00e9tend que notre h\u00e9ro\u00efne doit son \u201cprofessionnalisme\u201d, n\u2019aurait jamais tol\u00e9r\u00e9 pareille confusion des genres, mais il l\u2019aurait fusill\u00e9e pour cette mascarade.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3505 paru le 30 Janvier 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Nouvel an chinois<br \/>\nVu dans Capital, un reportage sur un Fran\u00e7ais \u201cashramis\u00e9\u201d pr\u00e8s de Madras, un homme de soixante ans converti \u00e0 l\u2019hindouisme et qui vit comme un sadhu. Jusque-l\u00e0, rien de tr\u00e8s singulier, sauf que cet homme dirige un empire commercial (dont il ne poss\u00e8de rien). Il centralise l\u2019offre des manufactures de v\u00eatements de sa r\u00e9gion vers les marques de pr\u00eat-\u00e0-porter europ\u00e9ennes. Ses associ\u00e9s indiens le v\u00e9n\u00e8rent comme un saint homme et il se prom\u00e8ne pieds nus en sari jaune dans les d\u00e9cors high-tech de son empire textile, o\u00f9 il rend hommage aux dieux dans un petit temple.<br \/>\nVus aussi, dans les journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, de nombreux reportages sur le nouvel an chinois, avec ses coutumes culinaires et sa r\u00e9f\u00e9rence pittoresque au bouddhisme, son lien avec les anc\u00eatres et la famille, etc.<br \/>\nDans tous ces sujets, les signes religieux distinctifs sont parfois extr\u00eamement visibles (comme ils le sont lorsqu\u2019une bonne s\u0153ur traverse la rue de Vaugirard), et pourtant nul ne songerait \u00e0 s\u2019en offenser. Pourquoi ? Parce que ni les adeptes de Krishna, ni les adorateurs du Grand V\u00e9hicule, ni les confucianistes, ni les chr\u00e9tiens, ni les juifs ne font de leur religion une machine de guerre.<br \/>\nPeut-on en dire autant de tout le monde ? C\u2019est une question qu\u2019il faudra se poser un jour ou l\u2019autre. Quant \u00e0 traquer les signes ostentatoires, le bon sens permet d\u00e9j\u00e0 de penser que la m\u00e9thode a ses limites. Le ruban rouge de la lutte contre le Sida ou l\u2019\u00e9pingle de la Croix-Rouge les jours de qu\u00eate vont-ils entrer dans le champ d\u2019application de la loi ? Et si les musulmans militants d\u00e9cident de porter un pull vert \u00e0 l\u2019\u00e9cole, qui le leur interdira ?<\/p>\n<p>PPP<br \/>\nIl suffit de suivre les d\u00e9bats d\u2019id\u00e9es sur LCI, France 5, etc., pour s\u2019aviser qu\u2019il existe un Parti des penseurs patent\u00e9s qui a seul le droit de reprendre publiquement \u00e0 son compte ce que des intellectuels sans attach\u00e9e de presse ont \u00e9crit de plus sens\u00e9 depuis des ann\u00e9es.<br \/>\nLe portrait-robot des oligarques de la causerie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e est assez facile \u00e0 tracer : ils sont pass\u00e9s par le militantisme rocardien \u00e0 vingt ans, ils ont connu leur p\u00e9riode californienne, ils ont largement profit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque Mitterrand, ils se font appeler philosophes avec la complicit\u00e9 des \u00e9diteurs scolaires, ils communient dans la d\u00e9testation de Bush (ce qui est une fa\u00e7on commode de faire excuser leur \u201cretour aux valeurs\u201d) et ils tiennent des propos contraires \u00e0 ceux qu\u2019ils prof\u00e9raient il y a dix ans.<br \/>\nCes raisonnables de la vingt-cinqui\u00e8me heure qui froncent le sourcil sur les plateaux en nous parlant des nouveaux barbares commencent \u00e0 \u00e9prouver notre patience. Sur les familles recompos\u00e9es, l\u2019image du p\u00e8re, l\u2019\u00e9cole au rabais, le communautarisme, etc., nous sommes nombreux \u00e0 pouvoir attester qu\u2019ils ont pr\u00each\u00e9 dans le sens du d\u00e9sastre.<br \/>\nAlors d\u2019o\u00f9 vient que les journalistes de t\u00e9l\u00e9vision se pr\u00e9cipitent vers eux d\u00e8s qu\u2019ils \u00e9mettent leurs premiers doutes ?<br \/>\nDe ce qu\u2019ils ont commis pour la plupart les m\u00eames erreurs.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3412 paru le 19 Avril 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Semaine du cuir<br \/>\nLe soir du grand d\u00e9bat approche, celui o\u00f9 notre d\u00e9mocratie se r\u00e9jouit de ressembler toujours davantage \u00e0 son mod\u00e8le am\u00e9ricain. Une fois de plus, trois mimiques et deux hochements de t\u00eate \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision vont suffire \u00e0 balayer cinq ans de gouvernement et six semaines de sondages. La France s\u2019appr\u00eate \u00e0 passer une heure \u00e0 l\u2019aff\u00fbt du moindre signe de faiblesse, comme s\u2019il s\u2019agissait moins d\u2019\u00e9lire le vainqueur que d\u2019accabler le vaincu.<br \/>\nEt dans le r\u00f4le du vaincu, qui voit-on d\u2019embl\u00e9e tr\u00e9bucher devant l\u2019obstacle, bl\u00eamir sous l\u2019allusion, bafouiller apr\u00e8s l\u2019outrage ?<br \/>\nDevinez.<br \/>\nCertes, on devrait faire cr\u00e9dit aux deux candidats des m\u00eames chances avant l\u2019oral. Toutefois il est permis d\u2019observer que Lionel Jospin s\u2019arrange toujours pour rater une marche au sommet de l\u2019escalier. Appartient-il \u00e0 cette cat\u00e9gorie de convives qui s\u2019\u00e9talent dans les gla\u00efeuls les jours de c\u00e9r\u00e9monie ? Nous le saurons bient\u00f4t. Mais il existe un faisceau d\u2019indices. Par exemple il a \u00e9chapp\u00e9, les lunettes sur l\u2019oreille, \u00e0 la gifle d\u2019une \u00e9lue au pied de la tribune de l\u2019Assembl\u00e9e. Il a re\u00e7u des cailloux en Isra\u00ebl. Il s\u2019est mis \u00e0 bafouiller au milieu de la seule phrase qui devait ramener le calme apr\u00e8s la gr\u00e8ve des routiers. Pendant cinq ans il a multipli\u00e9 les cuirs dans ses d\u00e9clarations au point que nos arri\u00e8re-petits-enfants ne croiront pas qu\u2019un styliste aussi m\u00e9diocre ait pu atteindre, dans l\u2019Etat, un niveau si \u00e9lev\u00e9.<br \/>\nUn exemple (\u00e0 propos des cinq cents signatures) : \u00ab Il semble quand m\u00eame cette fois-ci qu\u2019il y ait eu des pes\u00e9es qui aient \u00e9t\u00e9 faites de fa\u00e7on syst\u00e9matique pour interdire \u00e0 certains de pouvoir \u00eatre candidat. \u00bb<br \/>\nOn a envie d\u2019\u00e9crire le mot sic en majuscules.<br \/>\nNous avons appris en outre, stup\u00e9faits, qu\u2019il \u00e9tait capable de d\u00e9biner la forme physique de ses adversaires. Nous l\u2019avons vu commettre les lapsus les plus f\u00e2cheux : au temps \u00ab o\u00f9 la Corse gouvernait \u00bb, ce changement que j\u2019appelle \u00ab de mes vieux \u00bb, la \u00ab privation des retraites \u00bb (au lieu de privatisation), etc.<br \/>\nIl serait \u00e9tonnant que le grand d\u00e9bat ne finisse enfin par r\u00e9v\u00e9ler chez lui le d\u00e9sir cach\u00e9 de l\u2019\u00e9chec, comme s\u2019il n\u2019aspirait qu\u2019\u00e0 une chose : expier son pass\u00e9, \u00eatre confondu comme l\u2019ancien conjur\u00e9 qu\u2019il fut, \u00eatre jug\u00e9 indigne du r\u00f4le de P\u00e8re de la nation auquel il pr\u00e9tend, contre toute logique psychanalytique et donc probablement contre l\u2019avis de sa femme. S\u2019il bafouille une fois de plus, s\u2019emporte, fr\u00f4le le mauvais go\u00fbt, ruine sa propre image pendant le dernier tour de piste, il faudra savoir interpr\u00e9ter le message. Il y a toutes les chances pour qu\u2019il signifie \u201cNe votez pas pour moi\u201d.<\/p>\n<p>La peur du facteur<br \/>\nTF1 a eu la faiblesse d\u2019esprit d\u2019importer le concept d\u2019\u00e9mission-r\u00e9alit\u00e9 Fear Factor sans en modifier le titre (clause probablement impos\u00e9e par le producteur am\u00e9ricain), de sorte qu\u2019une forte proportion de Fran\u00e7ais vont \u00eatre tent\u00e9s de le traduire par \u201cla peur du facteur\u201d. Les services de la Poste devraient songer \u00e0 s\u2019en \u00e9mouvoir.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3413 paru le 26 Avril 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>L\u2019heure des comptes<br \/>\nPatrick Poivre d\u2019Arvor a rappel\u00e9, lors d\u2019une r\u00e9cente \u00e9dition de son journal, que sa cha\u00eene avait \u00ab souvent \u00e9voqu\u00e9 la th\u00e8se de l\u2019arc \u00e9lectrique \u00bb comme d\u00e9clencheur de la catastrophe de Toulouse (reprenant ainsi explicitement et fort honn\u00eatement les conclusions de Valeurs Actuelles). Il a bien fait de pr\u00e9voir que l\u2019heure des comptes sonnerait un jour ou l\u2019autre car dans quelques mois les responsabilit\u00e9s seront r\u00e9parties entre AZF et EDF. Celles des journalistes deviendront embarrassantes. La Fondation nationale des sciences politiques, les principaux historiens de la p\u00e9riode, les sp\u00e9cialistes des m\u00e9dias, les universitaires am\u00e9ricains qui suivent la vie publique fran\u00e7aise \u00e0 la loupe, tout le monde se demandera pourquoi le reste de la presse dans notre pays n\u2019a pas montr\u00e9 le m\u00eame courage. Il est m\u00eame possible (allez savoir) qu\u2019on parle de l\u00e2chet\u00e9.<\/p>\n<p>Les \u201cfeuj\u201d, le soleil et ta m\u00e8re<br \/>\nD\u00e9cid\u00e9ment, nombreuses sont les \u00e9vidences qui ont du mal \u00e0 faire surface. Cependant, comme la p\u00e9riode semble propice aux r\u00e9v\u00e9lations, on peut rappeler que la t\u00e9l\u00e9vision a pr\u00e9sent\u00e9 il y a six mois un film nomm\u00e9 le ciel, les oiseaux, et ta m\u00e8re o\u00f9 l\u2019on voyait Djamel tombant amoureux d\u2019une jeune fille et s\u2019apercevant, avec un haut-le-corps, qu\u2019elle portait sous son corsage une \u00e9toile de David.<br \/>\nLors de la sortie du film (et \u00e0 maints autres indices ant\u00e9rieurs), on aurait pu s\u2019apercevoir qu\u2019il existait chez nous un antis\u00e9mitisme sans rapport avec Drumont. Depuis une d\u00e9cennie, dans les lyc\u00e9es de la couronne parisienne, le mot feuj (verlan pour juif) est employ\u00e9 avec une d\u00e9rision haineuse dont personne, jusqu\u2019ici, n\u2019a sembl\u00e9 s\u2019\u00e9mouvoir. Pendant les ann\u00e9es Mitterrand on a longtemps essay\u00e9 de nous faire croire que les braises de l\u2019entre-deux-guerres rougeoyaient dans l\u2019ombre, mais c\u2019\u00e9tait un mensonge.<br \/>\nTout indique que l\u2019antis\u00e9mitisme nouveau ne m\u00e9rite plus ce nom-l\u00e0. Il n\u2019est que l\u2019importation r\u00e9cente d\u2019une guerre civile \u00e9trang\u00e8re. L\u2019animosit\u00e9 que l\u2019on observe contre les synagogues peut se retourner demain contre une autre communaut\u00e9, voire contre une pratique sociale. (A quand les commandos sur les plages contre l\u2019ind\u00e9cence, ou dans les boucheries contre la viande de porc ?)<br \/>\nIl convient donc de corriger les commentateurs sans innocence qui parlent de \u201cr\u00e9surgence de l\u2019antis\u00e9mitisme\u201d. \u201cR\u00e9surgence\u201d signifie qu\u2019un courant souterrain alimentant cette source proviendrait des couches profondes de l\u2019histoire de France. Chacun sait qu\u2019il n\u2019en est rien.<\/p>\n<p>Livre noir<br \/>\nInterview de Fran\u00e7oise Sagan, prise dans la toile d\u2019araign\u00e9e du fisc. Des dizaines de \u201credress\u00e9s\u201d se suicident chaque ann\u00e9e en France pour des montants plus modestes, apr\u00e8s une proc\u00e9dure au hachoir. Pour ceux-l\u00e0 aucune \u00e9mission, aucune p\u00e9tition. Peut-\u00eatre qu\u2019un jour un \u00e9diteur aura le courage de faire t\u00e9moigner leur entourage et de publier le livre noir de l\u2019imp\u00f4t \u00e0 la fran\u00e7aise.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3414 paru le 3 Mai 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Fayotages<br \/>\nLa p\u00e9riode que nous traversons s\u2019annon\u00e7ait propice \u00e0 la carri\u00e8re (d\u00e9sormais compromise) d\u2019un certain nombre de nouveaux Vychinski du Paf. D\u00e8s la semaine qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le premier tour de la pr\u00e9sidentielle, plusieurs journalistes au sourire aigu, dont les apparitions \u00e0 l\u2019\u00e9cran restaient jusqu\u2019alors discr\u00e8tes, se sont distingu\u00e9s par un z\u00e8le de procureur excessivement voyant. A l\u2019\u00e9poque o\u00f9 l\u2019on donnait pour seuls en lice les partis \u201cclassiques\u201d, ils se sont acharn\u00e9s sur les autres, afin de montrer aux futurs vainqueurs qu\u2019ils savaient mordre en public.<br \/>\nCertains chiens de meute font de m\u00eame : ils ne provoquent les fauves, ils n\u2019osent leur agacer les moustaches, qu\u2019une fois le gibier entrav\u00e9 ou bless\u00e9. On les voit rarement aux avant-postes avant l\u2019hallali.<br \/>\nDans les cas qui nous occupent, ces commentateurs ont non seulement vendu la peau de l\u2019ours un peu t\u00f4t mais ils ont pr\u00e9tendu donner le signal de la cur\u00e9e avant que la b\u00eate soit morte. Une semaine avant le premier tour, la froide courtoisie de Bruno M\u00e9gret face \u00e0 l\u2019un d\u2019entre eux laissait d\u00e9j\u00e0 para\u00eetre le caract\u00e8re fielleux de son inquisiteur dans des proportions g\u00eanantes. C\u2019est toute la diff\u00e9rence entre l\u2019analyse politique et le fayotage : le courtisan doit d\u2019abord donner des gages \u00e0 ceux qui l\u2019ont nomm\u00e9.<br \/>\nIl y a pire : on peut affirmer que lors de l\u2019interrogatoire de Jean-Marie Le Pen men\u00e9 en vue du second tour, les journalistes qui lui faisaient face, par leurs mimiques de procureur, par la fr\u00e9quence de leurs interruptions, la mauvaise foi qui \u00e9manait de leur attitude militante, ont fini par rendre sympathique, aux yeux d\u2019un grand nombre de Fran\u00e7ais, le tribun qu\u2019ils voulaient accabler.<\/p>\n<p>Vieux monsieur d\u00e9favoris\u00e9<br \/>\nJ\u2019ai eu les larmes aux yeux, comme cinq millions de personnes au bas mot, en voyant la silhouette vo\u00fbt\u00e9e de Paul Voise, soixante-douze ans, visitant les ruines calcin\u00e9es de sa maison d\u2019Orl\u00e9ans. Cet homme au visage tum\u00e9fi\u00e9 par de jeunes brutes venues des \u201cquartiers d\u00e9favoris\u00e9s\u201d nous a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 au journal deux soirs de suite avant le premier tour. Il est donc difficile de ne pas supposer que ce vieux monsieur (assez peu favoris\u00e9 lui-m\u00eame, on en conviendra) ait influenc\u00e9 le vote. Il l\u2019a certainement influenc\u00e9 par son malheur bien davantage qu\u2019un \u00e9ventuel sondage de derni\u00e8re minute n\u2019e\u00fbt pu le faire. Faut-il pour autant l\u2019en bl\u00e2mer ?<br \/>\nLes uns disent qu\u2019il est scandaleux de flatter les peurs de la population en montrant cela avant un scrutin. Les autres font observer qu\u2019il n\u2019est pas l\u00e9gitime non plus de dissimuler ce genre de faits au seul motif qu\u2019ils infl\u00e9chissent le vote. Les uns et les autres ont peut-\u00eatre raison. Pour ma part, je penche pour la compassion sans autre calcul.<br \/>\nEst-il tol\u00e9rable d\u2019exiger de la r\u00e9alit\u00e9 sociale un effort de neutralit\u00e9 avant l\u2019\u00e9lection ? Ne serait-il pas ind\u00e9cent d\u2019ignorer un vieillard battu, sous pr\u00e9texte que \u201c\u00e7a fait monter Le Pen\u201d ?<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3415 paru le 10 Mai 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Supports mobilis\u00e9s<br \/>\n\u00ab Vous avez de la chance, me disait pendant l\u2019\u00e9lection un \u00e9crivain rive gauche, vous devez \u00eatre moins submerg\u00e9 de p\u00e9titions que moi en ce moment \u00bb. A l\u2019instant o\u00f9 j\u2019h\u00e9sitais \u00e0 en convenir, il m\u2019a expliqu\u00e9 que la situation \u00e9tait devenue insupportable. Pour quiconque gardait un peu de sens commun le concert des m\u00e9dias, le d\u00e9bordement des mises en garde jusque dans les \u00e9missions de vari\u00e9t\u00e9s, les rassemblements, les protestations symboliques, tout faisait froid dans le dos. Cet unanimisme, cette rage d\u2019arracher \u00e0 autrui son indignation, cette adh\u00e9sion forc\u00e9e au club des gens honn\u00eates, sentaient le roussi pour la d\u00e9mocratie.<br \/>\nOn s\u2019en veut, dans ces conditions, d\u2019\u00e9mettre la moindre critique \u00e0 son tour (surtout si l\u2019on ne re\u00e7oit pas les p\u00e9titions). On n\u2019ose pas ricaner des uns sans craindre d\u2019\u00eatre class\u00e9 parmi les autres. Pourtant, il faut dire que certains journalistes ont t\u00e9moign\u00e9, pendant ces quinze jours, d\u2019un manque de mesure, de courage et d\u2019honn\u00eatet\u00e9 qui a rappel\u00e9 les pires heures de notre histoire. On ne peut pas se r\u00e9jouir d\u2019entendre r\u00e9p\u00e9ter \u00ab sus \u00e0 l\u2019ennemi \u00bb aussi fort, aussi souvent, aussi absolument. On ne peut pas aimer ces d\u00e9bats qui n\u2019en sont pas. On ne peut pas hurler avec les chasseurs de loups. Demain qui traitera-t-on ainsi ? Quelles campagnes lancera-t-on ? A qui nos grands humanistes, adversaires de la peine capitale, destineront-ils leurs banderoles \u201cA mort\u201d ?<br \/>\nEntre les deux tours, Arte nous a rediffus\u00e9 une soir\u00e9e enti\u00e8re sur l\u2019extr\u00eame-droite. France Info interrogeait dans la rue les enfants de six ans qui r\u00e9p\u00e9taient en z\u00e9zeyant le nom de leur candidat favori. Tous les \u201csupports\u201d (comme on dit aujourd\u2019hui) ont \u00e9t\u00e9 \u201cmobilis\u00e9s\u201d (comme on dit encore). J\u2019invite le lecteur \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur ces deux mots. Ils en disent plus long que ce qui pr\u00e9c\u00e8de et me dispenseront de l\u2019illustrer davantage.<\/p>\n<p>La grande muette<br \/>\nIl n\u2019est pas question ici de l\u2019arm\u00e9e mais de l\u2019\u00e9quipe de France de football qui a rencontr\u00e9 la Russie il y a quelques semaines. Chanter la Marseillaise lui est un exercice visiblement douloureux. Les joueurs s\u2019en dispensent, pour la moiti\u00e9 d\u2019entre eux, sans doute afin de m\u00e9nager leurs forces avant le match. Le fait que la cam\u00e9ra leur passe sous le nez ne les trouble m\u00eame pas. Ce fut le cas de Zidane et d\u2019Anelka. Quant \u00e0 Zidane, qui a donn\u00e9 au pays une le\u00e7on de citoyennet\u00e9 fort applaudie entre les deux tours, cette r\u00e9serve est incompr\u00e9hensible. Quelques semaines apr\u00e8s, les t\u00e9l\u00e9visions nous montraient une centaine de personnalit\u00e9s r\u00e9unies au Trocad\u00e9ro pour entonner \u00ab Aux armes citoyens \u00bb. Zidane allait-il s\u2019y rendre afin de se faire pardonner son mutisme sur le stade ? Ne r\u00eavons pas, tout de m\u00eame.<\/p>\n<p>Un brin de cynisme<br \/>\n\u00ab Avec nous, disait au journal de TF un vendeur de muguet du parti communiste, vous savez o\u00f9 va l\u2019argent \u00bb.<br \/>\nUne dame lui a r\u00e9pondu \u00ab justement ! \u00bb, avant de passer son chemin.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3416 paru le 17 Mai 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Recours cathodiques<br \/>\nPuisque la \u201cFrance d\u2019en bas\u201d est \u00e0 l\u2019honneur, l\u2019autre devrait prendre le temps de regarder la t\u00e9l\u00e9vision. La mode est \u00e0 l\u2019audit : nos ministres devraient passer trois semaines \u00e0 enregistrer les programmes o\u00f9 l\u2019on se plaint, o\u00f9 l\u2019on r\u00e9crimine, o\u00f9 l\u2019on prend la France \u00e0 t\u00e9moin. Au lieu de d\u00eener entre eux d\u2019un plat surgel\u00e9 sur une table encombr\u00e9e de dossiers, les secr\u00e9taires d\u2019Etat et les directeurs techniques des minist\u00e8res devraient se faire un plateau-t\u00e9l\u00e9 devant Julien Courbet.<br \/>\nDepuis dix ans, le peuple remplit ses cahiers de dol\u00e9ances \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision dans des \u00e9missions du genre Combien \u00e7a co\u00fbte, Sans aucun doute, \u00c7a peut vous arriver, les Sept P\u00e9ch\u00e9s capitaux, etc\u2026 On y voit des gens \u00e9cras\u00e9s par l\u2019administration, le fisc, les juges, les r\u00e8gles d\u2019urbanisme, la l\u00e9gislation du travail, et pour qui la derni\u00e8re solution est d\u2019appeler la cam\u00e9ra au secours.<br \/>\nQuand on a v\u00e9cu les vingt derni\u00e8res ann\u00e9es en province, on peut t\u00e9moigner que partout le r\u00e9flexe m\u00e9diatique a pris le pas sur les recours hi\u00e9rarchiques ou administratifs. En cas d\u2019abus de pouvoir, il est plus efficace de menacer les gens d\u2019un reportage que d\u2019un contentieux. Tous les \u00e9lus, tous les pr\u00e9fets savent d\u00e9sormais qu\u2019il est plus utile d\u2019avoir des relations \u00e0 France 3 qu\u2019au Parlement.<br \/>\nD\u00e8s qu\u2019un agriculteur rencontre l\u2019opposition de ses voisins pour s\u2019installer, d\u00e8s qu\u2019un permis de construire est retir\u00e9, d\u00e8s qu\u2019un droit de passage l\u00e9gitime est refus\u00e9, il suffit de laisser entendre que la t\u00e9l\u00e9vision va interroger tout le monde pour que l\u2019on commence \u00e0 n\u00e9gocier. Si les \u00e9quipes posent des questions en cam\u00e9ra cach\u00e9e, c\u2019est la d\u00e9bandade, l\u2019abandon de poste, la capitulation : la puissance publique parvient \u00e0 r\u00e9gler en quatre jours un contentieux de dix ans, donnant au t\u00e9l\u00e9spectateur l\u2019impression qu\u2019il suffit d\u2019intimider un \u00e9lu ou un chef de bureau pour avoir gain de cause. En quelques minutes de reportage la France est donc convaincue qu\u2019\u201cil n\u2019y a plus que \u00e7a qui marche\u201d. Accessoirement, elle prend la mesure des pesanteurs, des l\u00e2chet\u00e9s, des vanit\u00e9s personnelles qui r\u00e9gissent certains secteurs de la vie publique, et qui rendent, \u00e0 tant d\u2019\u00e9gards, notre administration et notre justice comparables \u00e0 celles du tsar en 1910.<br \/>\nL\u2019illustration la plus \u00e9mouvante de ce ph\u00e9nom\u00e8ne nous a \u00e9t\u00e9 fournie par l\u2019\u00e9mission Confessions intimes, qui pr\u00e9sentait r\u00e9cemment les d\u00e9boires d\u2019une m\u00e8re malade et d\u2019une grand-m\u00e8re courageuse \u00e0 qui la Dass cherchait \u00e0 arracher deux enfants de huit ans apr\u00e8s une d\u00e9cision de justice. Les enfants se cachaient en hurlant sous les meubles pour \u00e9chapper \u00e0 l\u2019obligation d\u2019aller \u201cen foyer\u201d pendant que l\u2019affaire \u00e9tait jug\u00e9e en appel. Il para\u00eet que la juge \u00e9tait intraitable. On n\u2019a pas vu cette magistrate, mais on l\u2019imaginait s\u00fbre de son droit (genre Martine Aubry sur les 35 heures).<br \/>\nIl ne faut pas l\u2019oublier, c\u2019est avant tout la nature de nos \u00e9lites qui est \u00e0 l\u2019origine de la multiplication des recours cathodiques.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3418 paru le 31 Mai 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Le gui empoisonn\u00e9<br \/>\nUne rediffusion de la Grande Vadrouille est-elle un sujet de chronique int\u00e9ressant ? A premi\u00e8re vue, non. A moins qu\u2019on ne se demande pourquoi, au fil des ann\u00e9es, le comique au cin\u00e9ma a perdu un peu de son universalit\u00e9 et beaucoup de son indulgence.<br \/>\nG\u00e9rard Oury peint le r\u00e9el aux couleurs de la satire sans jamais utiliser de solvants, sans alt\u00e9rer le vernis, sans \u201cd\u00e9caper\u201d. Quelques autres ont suivi son exemple, comme Francis Veber. Mais la plupart excitent chez le spectateur le ricanement au lieu de provoquer le rire.<br \/>\nD\u2019abord ils pratiquent une satire sociale trop allusive, trop dat\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire vou\u00e9e \u00e0 dispara\u00eetre avec son mod\u00e8le. (Quand un roman commence par \u201cA l\u2019\u00e9poque Marie-C\u00e9cile \u00e9tait tr\u00e8s Golf GTI\u201d, on sait qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un livre jetable et d\u2019un auteur \u00e0 courte vue. Lorsque, dans un film comme Ast\u00e9rix, on fait allusion \u00e0 la publicit\u00e9 Itin\u00e9ris, l\u2019ambition du sc\u00e9nariste n\u2019est pas non plus de franchir les g\u00e9n\u00e9rations. Il entend plut\u00f4t \u201cfaire le plein\u201d sur une saison.)<br \/>\nEnsuite la f\u00e9rocit\u00e9 est devenue le genre obligatoire. Revoir la Grande Vadrouille permet de mesurer la distance entre l\u2019humour de G\u00e9rard Oury et celui des films comiques qui remplissent les salles aujourd\u2019hui. Le propre des Oury et autres Veber est de pr\u00e9server l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 laquelle ils s\u2019attaquent. L\u2019humour est une sorte de parasite. Il s\u2019accroche, comme le gui, \u00e0 la stature majestueuse d\u2019un peuplier ou d\u2019un ch\u00eane pour lui donner un air ridicule. Mais il n\u2019a aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 tuer l\u2019arbre.<br \/>\nOr depuis vingt ans le gui est empoisonn\u00e9. Le P\u00e8re No\u00ebl est une ordure, film d\u2019une dr\u00f4lerie incontestable, est en m\u00eame temps si corrosif que l\u2019\u00e9corce est attaqu\u00e9e. En ce moment un humoriste canadien triomphe avec un spectacle o\u00f9, pour se moquer du langage politiquement correct, il pr\u00e9tend qu\u2019\u00ab on ne dit plus un p\u00e9dophile, mais Monsieur le cur\u00e9 \u00bb.<br \/>\nL\u00e0, nous sommes dans l\u2019humour Canal Plus, lequel va finir par trouver ses limites parce qu\u2019au-del\u00e0 il n\u2019y a plus grand-chose, \u00e0 part la guerre civile.<br \/>\nEntre les bonnes s\u0153urs de G\u00e9rard Oury et ce qui pr\u00e9c\u00e8de, on mesure qu\u2019un gouffre s\u2019est ouvert. On imagine ce qu\u2019un cin\u00e9aste de la g\u00e9n\u00e9ration P\u00e9dale douce e\u00fbt fait de la sc\u00e8ne du bain o\u00f9 Bourvil et Louis de Fun\u00e8s cherchent un officier traitant, en sifflotant autour d\u2019un moustachu. Pour se livrer \u00e0 ce genre d\u2019\u00e9quilibrisme, il faut non seulement que les militaires trouvent \u00e7a dr\u00f4le, mais les homosexuels aussi.<br \/>\nAvec les nouveaux comiques, ce serait plut\u00f4t les uns ou les autres. Il y aurait, de toutes fa\u00e7ons, un c\u00f4t\u00e9 offens\u00e9. Certains trouveraient le moyen d\u2019accabler les deux. De d\u00e9noncer \u201cl\u2019odieux et l\u2019inadmissible\u201d, d\u2019inviter \u00e0 une \u201cprise de conscience\u201d, d\u2019\u00e9voquer les \u201cnon-dits\u201d.<br \/>\nFinalement la Grande Vadrouille inspire notre nostalgie parce qu\u2019elle dessine le portrait d\u2019un pays lointain o\u00f9 l\u2019on s\u2019entendait sur l\u2019essentiel et qui nous manque beaucoup.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3419 paru le 7 Juin 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Chroniques larzaciennes<br \/>\nSous le titre \u00ab le Paysan et la Comtesse \u00bb, la t\u00e9l\u00e9vision (TF1, Sept \u00e0 huit) vient de nous infliger l\u2019une de ces enqu\u00eates h\u00e2tives par lesquelles elle choisit d\u2019abonder dans le sens de l\u2019opinion aux d\u00e9pens de la v\u00e9rit\u00e9.<br \/>\nL\u2019affaire se passe \u00e0 Saint-Maurice-de-Navacelles (et non Sainte-Marie, comme le disait le commentaire), un petit village de l\u2019H\u00e9rault. Le journaliste la r\u00e9sume ainsi : \u00ab C\u2019est le droit au travail contre le droit de propri\u00e9t\u00e9 \u00bb et il affirme : \u00ab Une nouvelle guerre du Larzac a commenc\u00e9. \u00bb<br \/>\nUn pauvre petit paysan sans terre, soutenu par Jos\u00e9 Bov\u00e9, s\u2019installe chez une comtesse qui poss\u00e8de 26 % de la commune. Avec cette goguenardise qui caract\u00e9rise la jeune garde journalistique quand elle \u00e9voque les malheurs de \u201cla Haute\u201d, l\u2019auteur du reportage nous apprend que \u00ab le domaine de la comtesse, horreur ! s\u2019est transform\u00e9 en squat \u00bb.<br \/>\nL\u00e0-dessus, interview de Mme de Montcalm \u00e0 Paris. Le reporter qui se croit malin lui demande s\u2019il doit l\u2019appeler Madame la Comtesse, ce qui prouve que le niveau a beaucoup baiss\u00e9 \u00e0 TF1 depuis Yves Mourousi. Elle lui r\u00e9cite une partie de ses titres. Le jeune homme, qui cette fois se croit non seulement malin mais dr\u00f4le, lui r\u00e9pond \u00ab c\u2019\u00e9-un nom \u00e0 rallonge, \u00e7a ! \u00bb.<br \/>\nSi rien n\u2019oblige un reporter \u00e0 poss\u00e9der des usages, tout lui conseille de faire son m\u00e9tier honn\u00eatement. Or il aura fallu cinq minutes de ces pitreries pour apprendre qu\u2019en v\u00e9rit\u00e9 Mme de Montcalm louait ses terres \u00e0 un \u00e9leveur local, lequel venait d\u2019\u00eatre priv\u00e9 de ses droits par le coup de force de Jos\u00e9 Bov\u00e9. La th\u00e8se \u201cpaysan contre comtesse\u201d \u00e9tait donc un mensonge par omission.<br \/>\nMais surtout, si le journaliste avait fait preuve d\u2019une conscience professionnelle \u00e0 peine sup\u00e9rieure au z\u00e9ro absolu, il aurait enqu\u00eat\u00e9 sur le fait que, pendant cinq ans, le jeune squatter avait essay\u00e9, en vain, de louer des p\u00e2turages sur le plateau.<br \/>\nLe journaliste se serait rendu au Clapier et \u00e0 Cornus (moins de dix kilom\u00e8tres \u00e0 vol d\u2019oiseau) o\u00f9 un autre jeune paysan, M. Van Villingen, qui a achet\u00e9 son domaine \u00e0 la Safer locale et qui est soutenu, lui aussi, par Jos\u00e9 Bov\u00e9, se bat contre ses voisins paysans (eh oui !) pour leur faire admettre son installation.<br \/>\nLa v\u00e9ritable explication de l\u2019affaire de la comtesse, la voici : dans un pays rural o\u00f9 tout est verrouill\u00e9 par un droit coutumier qui rappelle les d\u00e9boires d\u2019Ugolin dans Jean de Florette, la solution la plus ais\u00e9e, pour un jeune \u00e9leveur, est de s\u2019installer ill\u00e9galement sur les terres d\u2019une aristocrate. (Au besoin on la ridiculisera dans les m\u00e9dias pour faire passer le coup de force).<br \/>\nParce que, pour s\u2019installer l\u00e9galement apr\u00e8s avoir achet\u00e9 sa terre, au pays des \u00e9leveurs de droit divin et des Papet tout-puissants du Larzac, c\u2019est une autre affaire. La preuve, m\u00eame Jos\u00e9 Bov\u00e9 est en train d\u2019\u00e9chouer contre la paysannerie du coin, laquelle n\u2019a aucune amiti\u00e9 pour les jeunes qui s\u2019installent. Ce sujet m\u00e9ritait un autre reportage que nous attendons.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3420 paru le 14 Juin 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>La cantine de l\u2019audiovisuel<br \/>\nUn compliment n\u2019est jamais tout \u00e0 fait utile s\u2019il ne permet pas de faire honte \u00e0 ceux qui ne l\u2019ont pas m\u00e9rit\u00e9.<br \/>\nA regarder l\u2019excellent Une famille formidable, feuilleton fleuve souvent dr\u00f4le, parfois profond, jamais convenu, on a l\u2019impression qu\u2019il n\u2019est pas sorcier d\u2019int\u00e9resser tout le monde sans rebuter personne, de trouver un dialoguiste qui connaisse son m\u00e9tier, de r\u00e9unir des acteurs qui poss\u00e8dent une \u00e2me, et d\u2019amuser les gens sans leur taper sur le ventre.<br \/>\nC\u2019est pourtant si difficile qu\u2019en vingt ans de socialisme, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s comme les Quatre-Vingt-Unards qui racontaient la vie d\u2019une chorale de quartier, les chroniques sociales sur petit \u00e9cran auront \u00e9t\u00e9 noy\u00e9es, englu\u00e9es, caram\u00e9lis\u00e9es dans le pr\u00eachi-pr\u00eacha, les fictions polici\u00e8res et les drames \u00e9crits sur mesure pour illustrer les turpitudes bourgeoises.<br \/>\nLes sc\u00e9naristes qui ont leur rond de serviette \u00e0 la cantine de l\u2019audiovisuel ont appris \u00e0 compter davantage sur leur carnet d\u2019adresses que sur leur inspiration. On se demande comment tant de dialogues poussifs, tant de plaisanteries lourdes, tant de situations jobardes peuvent se retrouver dans un film alors qu\u2019aucun \u00e9diteur ne les publierait. L\u2019explication tient \u00e0 la conjonction de deux ph\u00e9nom\u00e8nes : le feuilleton t\u00e9l\u00e9, de nos jours, est calibr\u00e9 id\u00e9ologiquement comme les poires passe-crassane, qui doivent entrer t\u00eate-b\u00eache dans une barquette de polystyr\u00e8ne. La qualit\u00e9 est moins importante que la norme, mais surtout les sommes en jeu sont consid\u00e9rables. Elles sont sup\u00e9rieures \u00e0 celles auxquelles pourraient pr\u00e9tendre la plupart des \u00e9crivains. Si sup\u00e9rieures qu\u2019on peut se demander s\u2019il ne s\u2019agit pas de pr\u00e9bendes d\u00e9guis\u00e9es. Le fait que les \u201c\u0153uvres\u201d issues de ce creuset soient conformes \u00e0 l\u2019esprit du temps, \u00e0 la couleur politique du pouvoir (Navarro, Le juge est une femme, l\u2019Instit, etc.) s\u2019explique ainsi plus ais\u00e9ment. Quant aux manifestations de soutien \u00e0 Lionel Jospin qui se sont multipli\u00e9es dans le milieu des Sept d\u2019or avant les \u00e9lections, nombre d\u2019entre elles ont eu pour origine une banale reconnaissance du ventre.<br \/>\nSi l\u2019une des cons\u00e9quences du prochain changement de majorit\u00e9 pouvait \u00eatre de nous \u00e9pargner la douzi\u00e8me saison de l\u2019Instit, ce serait d\u00e9j\u00e0 quelque chose. Mais si l\u2019attribution des budgets de cr\u00e9ation \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision pouvait faire l\u2019objet d\u2019une proc\u00e9dure contradictoire fond\u00e9e sur des crit\u00e8res artistiques, au sein d\u2019une commission multipartite, ce serait encore mieux.<\/p>\n<p>Les in\u00e9dits de Zidane<br \/>\nLes sorties de DVD du genre Les Bleus se racontent, les In\u00e9dits de Zidane, Marcel Desailly par lui-m\u00eame, inspirent en ce moment quelque piti\u00e9 au point que le journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 de France 2, apr\u00e8s le premier match, a os\u00e9 poser la question suivante : \u00ab Est-ce que l\u2019\u00e9chec ne s\u2019explique pas par une confiance exag\u00e9r\u00e9e, par un unanimisme m\u00e9diatique qui semblait consid\u00e9rer la victoire comme une formalit\u00e9 ? \u00bb<br \/>\nAyant pris le journal en route, j\u2019ai cru un instant que le pr\u00e9sentateur nous parlait des socialistes et des \u00e9lections.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3381 paru le 13 Septembre 2001<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Aboiements<br \/>\nLe hasard a voulu que la diffusion d\u2019un long m\u00e9trage du d\u00e9licieux Jamel pr\u00e9c\u00e9d\u00e2t d\u2019une soir\u00e9e celle du Droit de savoir consacr\u00e9 \u00e0 la d\u00e9linquance des banlieues d\u00e9barquant sur la c\u00f4te. Le th\u00e8me \u00e9tait identique : une bande \u201cmet le souk\u201d sur la plage. Dans un cas \u00e0 Biarritz, dans l\u2019autre \u00e0 La Grande-Motte.<br \/>\nOn ne peut pas dire que le film ait \u00e9t\u00e9 de nature \u00e0 attendrir le regard du spectateur. Il expliquait pourtant tr\u00e8s bien pourquoi la jeunesse qui grandit d\u2019Abribus en services sociaux se heurte aux barreaux de sa cage, d\u00e9t\u00e9riore le mat\u00e9riel, mord ses gardiens, et cherche \u00e0 se d\u00e9grader par tous les moyens : ce n\u2019est pas qu\u2019elle soit maltrait\u00e9e puisque tout le monde se penche sur elle, les m\u00e9dias, les maisons de disques, les \u201cgrands fr\u00e8res\u201d, les agents d\u2019ambiance, les juges d\u2019instruction et d\u00e9sormais les marchands d\u2019armes kosovars. Non, son vrai drame, la source de tous ses ennuis, c\u2019est qu\u2019elle dispose d\u2019un vocabulaire de trente mots. Dans le film le glossaire monte \u00e0 quarante, avec des r\u00e9currences sur lesquelles il n\u2019est pas permis d\u2019insister ici. Le mot est per\u00e7u comme un signal, un aboiement, un grognement au sein de la meute. Il ne d\u00e9signe plus rien, il sert \u00e0 flairer le derri\u00e8re de ses ennemis. Seul compte le ton sur lequel on \u00e9ructe. Et le ton est effarant, comme dans ce passage de la Haine, o\u00f9 l\u2019un des protagonistes r\u00e9p\u00e8te devant sa glace : \u00ab Non mais t\u2019as vu comment tu me parles ? \u00bb Quand on a vu \u201ccomment ils se parlent\u201d, on n\u2019a pas envie de leur dire quoi que ce soit. Mais surtout on se demande comment, apr\u00e8s l\u2019incident de B\u00e9ziers, la puissance publique pourra se garder d\u2019aboyer \u00e0 son tour.<\/p>\n<p>Paix civile<br \/>\nLe plus irritant, quand on conna\u00eet quelques-uns de ces Fran\u00e7ais de base \u00e0 qui personne ne demande jamais leur avis, est d\u2019imaginer ce qu\u2019ils peuvent penser d\u2019un film pareil \u00e0 20 h 50 sur la principale cha\u00eene nationale. Il aurait fallu proc\u00e9der \u00e0 des tests dans les locaux de France 2, convoquer une salle correspondant \u00e0 la pyramide des \u00e2ges, et compter le nombre de ceux qui, dans le meilleur cas, ne comprenaient strictement rien \u00e0 ce qui se disait \u00e0 l\u2019\u00e9cran, et dans le pire, le r\u00e9prouvaient avec violence. C\u2019\u00e9tait du langage ghetto, pour un film ghetto, propre \u00e0 propager ce qu\u2019il d\u00e9nonce : l\u2019exclusion absolue, r\u00e9solue, d\u2019une jeunesse qui ne reconna\u00eet ni la langue, ni la morale communes de ceux qui ne pratiquent pas ses usages, et qui repr\u00e9sentent, quoi qu\u2019on veuille, les trois quarts du pays. Quand on pense que c\u2019est le service public qui par faiblesse d\u2019esprit se rend complice de cette op\u00e9ration de division civile, on est confondu de voir commettre une telle imprudence. Et on aimerait voir confondre ses auteurs.<\/p>\n<p>Post-scriptum<br \/>\nSera-t-on surpris de reconna\u00eetre dans ce film l\u2019un des visages d\u2019une s\u00e9rie publicitaire pour un yaourt qui vous invite \u00e0 \u00ab parfumer la tuyauterie \u00bb ? Pour ma part, j\u2019ai chang\u00e9 de marque.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3506 paru le 6 F\u00e9vrier 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Cathodic Park<br \/>\nLorsqu\u2019on consent \u00e0 s\u2019attarder devant la t\u00e9l\u00e9vision en compagnie des plus de soixante-cinq ans (qui repr\u00e9sentent un pourcentage \u00e9crasant de l\u2019audience), on s\u2019avise qu\u2019il existe un Jurassic Park cathodique, o\u00f9 des esp\u00e8ces de t\u00e9l\u00e9spectateurs et d\u2019animateurs qu\u2019on croyait \u00e9teintes survivent comme dans les romans de Jules Verne. De temps \u00e0 autre, l\u2019existence de ce monde parall\u00e8le nous est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par le succ\u00e8s d\u2019une \u00e9mission du genre le Plus Grand Cabaret du monde. Elle vient de distancer un pr\u00e9tendu divertissement (les NRJ Music Awards) pr\u00e9sent\u00e9 comme \u201c\u00e0 ne pas manquer\u201d, mais que nous avons manqu\u00e9 massivement sans aucun scrupule.<br \/>\nPour mesurer l\u2019\u00e9paisseur de ce qu\u2019on nous cache, il n\u2019est que de regarder la t\u00e9l\u00e9vision aux heures o\u00f9 la population active est au travail : il existe encore des gens bien \u00e9lev\u00e9s, cultiv\u00e9s, talentueux. Ils d\u00e9filent tout l\u2019apr\u00e8s-midi sur France 2, ils ont leurs habitudes apr\u00e8s la messe chez Pascal Sevran, ils font le succ\u00e8s de Shirley et Dino, ils aiment Ushua\u00efa nature et ils ont r\u00e9ussi \u00e0 perp\u00e9tuer quelques usages comme la politesse et la r\u00e9serve. C\u2019est \u00e0 cause d\u2019eux qu\u2019il flotte parfois un silence g\u00ean\u00e9 dans les \u00e9missions d\u2019Arthur. Par exemple quand Jamel s\u2019\u00e9crie devant un chanteur am\u00e9ricain : \u00ab Qu\u2019est-ce que j\u2019ai pu niquer gr\u00e2ce \u00e0 vot\u2019musique ! \u00bb Ou bien encore quand l\u2019actrice Mich\u00e8le Laroque, \u00e9perdue de l\u00e2che approbation devant un sketch du m\u00eame Jamel, relatant une \u201ctournante\u201d sur Adriana Karambeu, s\u2019\u00e9crie : \u00ab Il est g\u00e9nial, quand m\u00eame, non ? \u00bb<br \/>\nNon.<\/p>\n<p>Mont\u00e9e des p\u00e9rils<br \/>\nLe t\u00e9l\u00e9film canadien pr\u00e9sent\u00e9 par TF 1 sur l\u2019accession au pouvoir d\u2019Hitler mettait l\u2019accent sur le destin personnel du F\u00fchrer puis sur la fascination qu\u2019il a exerc\u00e9e sur les foules, mais beaucoup moins sur les ph\u00e9nom\u00e8nes de mim\u00e9tisme et de mutuelle intimidation dont ses partisans auront \u00e9t\u00e9 tant\u00f4t victimes et tant\u00f4t coupables. Une seule phrase les r\u00e9sume : \u201cNous n\u2019avons pas su r\u00e9agir avant qu\u2019il soit trop tard.\u201d<br \/>\nL\u2019actualit\u00e9 du d\u00e9bat \u00e9tait illustr\u00e9e le jour m\u00eame par le journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9, lors d\u2019un reportage sur la pression endur\u00e9e par les jeunes femmes non voil\u00e9es dans \u201ccertaines cit\u00e9s\u201d.<br \/>\nD\u00e9cid\u00e9ment, l\u2019esprit de Munich devant les chefs de bande ne vaut rien \u00e0 la paix. Ni \u00e0 Dantzig, ni \u00e0 Saint-Denis.<\/p>\n<p>Registre naturel<br \/>\nArthur, dont la lourdeur amphigourique aux Enfants de la t\u00e9l\u00e9 et sur le plateau de Nice People a souvent battu des records, revient avec un jeu quotidien. Il s\u2019y rapproche de son registre naturel, qui semble plus acceptable : humour d\u00e9sinvolte, insolence sans m\u00e9chancet\u00e9, aisance r\u00e9elle (probablement due \u00e0 l\u2019\u00e9troitesse de son plateau). L\u2019atmosph\u00e8re tr\u00e8s peu solennelle de ce divertissement lui va bien. Le jeu n\u2019a rien de culturel, mais justement, lui non plus. Quand il pose une question niaise \u00e0 un acteur ou quand il s\u2019\u00e9crie \u00ab C\u2019est que du bonheur ! \u00bb, il nous fait un peu de peine. Mais quand il plaisante avec ses candidats, il parvient \u00e0 nous convaincre qu\u2019il s\u2019amuse, donc \u00e0 nous amuser aussi.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3421 paru le 21 Juin 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Menott\u00e9s au radiateur<br \/>\nUn billettiste de t\u00e9l\u00e9vision exer\u00e7ant son apostolat quotidien \u00e0 la radio \u00e9crivait r\u00e9cemment une \u201clettre ouverte \u00e0 une action de TF1\u201d o\u00f9 il se r\u00e9jouissait de l\u2019\u00e9chec de l\u2019\u00e9quipe de France parce qu\u2019il allait faire plonger le titre de la cha\u00eene, et que \u201cles petits porteurs portent \u00e0 droite\u201d.<br \/>\nApr\u00e8s avoir accabl\u00e9 tous ceux qui d\u00e9fendaient \u201cle patronat et les licenciements\u201d, il a bl\u00e2m\u00e9, p\u00eale-m\u00eale, les jeux o\u00f9 l\u2019on gagne une auto, les \u00e9missions-d\u00e9ballage (Combien \u00e7a co\u00fbte ?), a accus\u00e9 la cha\u00eene de coprophagie (en termes moins choisis). En somme il nous a donn\u00e9 un avant-go\u00fbt de l\u2019honn\u00eatet\u00e9 avec laquelle les journalistes qui sont en train de se menotter aux radiateurs du service public vont accomplir leur t\u00e2che au cours des cinq prochaines ann\u00e9es (\u00e0 moins que la direction de Radio France ne change les radiateurs, mais il faudrait pour cela qu\u2019elle change elle-m\u00eame).<br \/>\nEncore peut-on conc\u00e9der au chroniqueur dont je parle un certain humour. Quand l\u2019humour vient \u00e0 manquer, quand la tartuferie partisane, l\u2019amphigouri \u00e0 la Bourdieu et le n\u00e9potisme s\u2019en m\u00ealent, cela donne le reportage r\u00e9alis\u00e9 par Jean-Jacques Beneix sur la t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 (Arte). Ce cin\u00e9aste au talent surestim\u00e9 a promen\u00e9 sa cam\u00e9ra sur les visages d\u2019Edwy Plenel, Philippe Sollers, G\u00e9rard Miller, Julien Dray, le Professeur Choron, etc, ce qui prouve que chez les subventionn\u00e9s le d\u00e9faut d\u2019imagination commence au stade du carnet d\u2019adresses. Ensuite, pour nous parler de la t\u00e9l\u00e9-poubelle, qu\u2019a fait notre g\u00e9nie du cin\u00e9ma ? Il nous a montr\u00e9 des images de bennes \u00e0 ordures, avec un \u00e9cran mauve en surimpression pour nous faire comprendre que c\u2019\u00e9tait du second degr\u00e9. Le visage des interview\u00e9s lui-m\u00eame \u00e9tait couvert de carr\u00e9s transparents de couleurs diff\u00e9rentes, un peu dans le genre Mondrian. Or on n\u2019avait pas besoin du proc\u00e9d\u00e9 pour naviguer dans le second degr\u00e9. La quatri\u00e8me dimension du raisonnement, l\u2019analyse pharisienne sur le ton \u201cle Loft nous interpelle\u201d, on \u00e9tait en plein dedans.<\/p>\n<p>Crime et discernement<br \/>\nLes m\u00eames tartuffes ne sont jamais \u201cinterpell\u00e9s\u201d, en revanche, par l\u2019indulgence des cha\u00eenes envers le cin\u00e9ma violent. Apr\u00e8s le meurtre au couteau d\u2019une jeune fille par un adolescent de Nantes qui se r\u00e9clamait du film Scream (deuxi\u00e8me attentat du genre, un adolescent ayant poignard\u00e9 ses parents l\u2019an pass\u00e9 sous la m\u00eame influence), qu\u2019on me permette de citer ce que j\u2019\u00e9crivais dans le num\u00e9ro de Valeurs Actuelles du 2 mai 1998 : \u00ab Le commentaire de Canal Plus, parfaitement servile, nous renvoie aux sites Internet qui font de Scream une saga culte : on y apprend que dans Scream 2 le nomm\u00e9 Phil Stevens re\u00e7oit un coup de couteau dans la figure, que Casey Becker est \u00e9ventr\u00e9e, Maureen Evans hach\u00e9e menu, Derek crucifi\u00e9, Hallie \u00e9gorg\u00e9, Rendy d\u00e9pec\u00e9, Cicci d\u00e9fenestr\u00e9e, etc.<br \/>\nL\u2019\u00e9mission est diffus\u00e9e en clair \u00e0 une heure o\u00f9 le public jeune est vis\u00e9. Bravo \u00e0 toute l\u2019\u00e9quipe, et compliments \u00e0 Canal Plus pour son discernement. \u00bb<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3422 paru le 28 Juin 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Une visite \u00e0 la passerelle<br \/>\nLe best of est un genre saisonnier assez p\u00e9nible dont je n\u2019aurais pas eu l\u2019id\u00e9e de parler si je n\u2019avais \u00e9t\u00e9, \u00e0 mon tour, \u201ccoup\u00e9-coll\u00e9\u201d dans l\u2019un de ces fourre-tout de l\u2019\u00e9t\u00e9.<br \/>\nIl y a quelques mois j\u2019ai accept\u00e9 de participer \u00e0 une \u00e9mission que je ne citerai pas, non pour la m\u00e9nager mais pour pr\u00e9server mes chances d\u2019\u00eatre invit\u00e9 ailleurs. Ce best of, cette t\u00e9l\u00e9 en conserve, o\u00f9 tout s\u2019encha\u00eene sans temps morts, sans h\u00e9sitations, est l\u2019\u00e9cr\u00e9mage de l\u2019\u00e9cr\u00e9mage, la remise en bo\u00eete d\u2019un produit d\u00e9j\u00e0 calibr\u00e9. D\u00e8s l\u2019enregistrement initial, les m\u00e9canismes de s\u00e9lection et de censure fonctionnent dans des proportions que le public ignore.<br \/>\nVoici donc le t\u00e9moignage d\u2019un humble visiteur de la passerelle sur le fonctionnement du navire.<br \/>\nUne demoiselle appartenant au secr\u00e9tariat d\u2019une \u00e9mission vous poursuit d\u2019abord au t\u00e9l\u00e9phone afin d\u2019obtenir votre participation. \u00ab Il faudrait qu\u2019on se voie pour que je vous explique comment fonctionne le plateau \u00bb, vous dit-elle. Profitant d\u2019un s\u00e9jour \u00e0 Paris, vous passez, \u00e0 sa demande, dans les bureaux du producteur pour bavarder une heure avec elle. L\u2019enregistrement a lieu cinq jours plus tard. Retour en province. Trois jours avant l\u2019enregistrement, coup de t\u00e9l\u00e9phone de la demoiselle : vous venez d\u2019\u00eatre r\u00e9cus\u00e9 par sa patronne comme un vulgaire jur\u00e9 d\u2019assises. Votre pr\u00e9sence sur le plateau n\u2019est \u201cplus n\u00e9cessaire\u201d. (A en croire certains t\u00e9moignages, cette \u00e9mission enregistre jusqu\u2019\u00e0 cinq heures pour n\u2019en garder que deux.)<br \/>\nAutre cha\u00eene, autre sujet. Cette fois pas d\u2019annulation mais le d\u00e9bat, vaguement agit\u00e9, inspire \u00e0 la production un tripatouillage au montage. Oh ! ce n\u2019est presque rien. Une phrase par ici, une autre par l\u00e0. Et pourtant, ce petit rien fait toute la diff\u00e9rence entre le direct et le surgel\u00e9-pasteuris\u00e9\u2026<br \/>\nIl r\u00e9tablit un ti\u00e8de \u00e9quilibre entre les invit\u00e9s, les arguments, les th\u00e8ses en pr\u00e9sence. Ainsi, sur le plateau de mon best of, l\u2019un des participants assommait les pr\u00e9sents de mots tir\u00e9s de l\u2019\u0153uvre de Freud. Je lui a fait courtoisement observer que cet \u00e9talage ne servait \u00e0 rien car nous avions eu les m\u00eames lectures. La phrase a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e avant diffusion. Un peu plus tard, une des personnalit\u00e9s pr\u00e9sentes (une com\u00e9dienne) se tournait vers l\u2019un des invit\u00e9s pour s\u2019\u00e9crier, admirative : \u00ab C\u2019est g\u00e9nial, ce que vous venez de dire ! \u00bb, apportant \u00e0 un propos r\u00e9actionnaire un cr\u00e9dit que la production a jug\u00e9 exag\u00e9r\u00e9. Toujours est-il que la phrase a disparu dans l\u2019\u00e9puisette du monteur.<\/p>\n<p>Disparition progressive de l\u2019opinion<br \/>\nTout cela est le sympt\u00f4me de la disparition progressive du direct, de la spontan\u00e9it\u00e9, en somme de l\u2019opinion. Pour restaurer la v\u00e9rit\u00e9 du discours \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, des recettes existent, des solutions appliqu\u00e9es par de nombreuses cha\u00eenes am\u00e9ricaines ou italiennes, faute desquelles la France d\u2019en bas risque un jour de ne plus se reconna\u00eetre dans le poste. Comme la moiti\u00e9 du sentiment d\u00e9mocratique passe aujourd\u2019hui par l\u00e0, il faudrait d\u2019urgence r\u00e9tablir la ressemblance.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3433 paru le 13 Septembre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Bacheliers \u00e0 l\u2019arrach\u00e9<br \/>\nLa production de Qui veut gagner des millions ? a eu grandement raison d\u2019organiser, au creux de l\u2019\u00e9t\u00e9, un \u201cSp\u00e9cial nouveaux bacheliers\u201d : il nous aura permis d\u2019envoyer un coup de chalut dans les abysses. L\u2019ann\u00e9e prochaine on peut sugg\u00e9rer que l\u2019oral du bac ait lieu dans le m\u00eame d\u00e9cor, sur l\u2019air des P\u00eacheurs de perles de Bizet.<br \/>\nLe minist\u00e8re a-t-il entendu r\u00e9sonner la corne de brume quand, \u00e0 la question \u00ab Rousseau a-t-il \u00e9crit le Contrat moral, f\u00e9odal, social ou national ? \u00bb, la bacheli\u00e8re candidate a r\u00e9pondu (sur le ton d\u2019une toiletteuse pour chiens dans un sketch de Sylvie Joly) : \u00ab Ah ben alors \u00e7a tombe mal, j\u2019y connais rien en litt\u00e9rature, mais j\u2019dirais : moral ? \u00bb<br \/>\nLe minist\u00e8re va-t-il se d\u00e9cider \u00e0 envoyer des abeilles sur zone, comme on dit dans le sabir du sauvetage en mer, apr\u00e8s avoir entendu que, selon un autre bachelier (section sciences \u00e9conomiques), d\u2019ailleurs aid\u00e9 par dix personnes au t\u00e9l\u00e9phone (dont le porte-parole \u00e9tait \u201cabsolument s\u00fbr\u201d de sa r\u00e9ponse), Odessa se trouvait en Pologne ? Pour peu que l\u2019un de ses conseillers ait vu, pendant l\u2019\u00e9mission, une bacheli\u00e8re (mention bien) h\u00e9siter devant la question \u00ab Le Niagara est-il une rivi\u00e8re ou un d\u00e9sert ? \u00bb, et r\u00e9pondre : \u00ab Un d\u00e9sert ! \u00bb<br \/>\nLuc Ferry a-t-il entendu le tocsin ? Va-t-il sonner les cloches, \u00e0 son tour, aux syndicats de professeurs, lorsqu\u2019on lui dira que la candidate suivante a situ\u00e9 l\u2019assassinat de R\u00e9mus par Romulus sur les bords du Tage ?<br \/>\nQuant \u00e0 Sophie Thalmann dans un num\u00e9ro suivant du m\u00eame jeu, \u00e0 la question : \u00ab Du rosier, de la tulipe, du dahlia, de la pomme de terre, quelle plante n\u2019a pas de bulbe ? \u00bb, elle a r\u00e9pondu qu\u2019elle ne savait pas, illustrant pourtant par l\u00e0, fort ing\u00e9nument, qu\u2019il y a de tr\u00e8s belles plantes qui n\u2019en ont pas.<\/p>\n<p>Injurieux parrainage<br \/>\nL\u2019ai-je r\u00eav\u00e9, ou parmi les sponsors publicitaires de l\u2019\u00e9mission l\u2019Ile de la tentation (servilement d\u00e9marqu\u00e9e de son mod\u00e8le am\u00e9ricain) figurait \u201cle Thon au naturel\u201d ?<\/p>\n<p>Un voile de cirage<br \/>\nEncore un r\u00eave sans doute : Michel Drucker interrog\u00e9 par Guillaume Durand sur la notion de service public (Europe 1). Apr\u00e8s avoir appliqu\u00e9, comme toujours, un l\u00e9ger voile de cirage sur les Weston de son h\u00f4te (\u00ab votre excellente \u00e9mission \u00bb, etc.), Drucker \u00e9nonce abruptement : \u00ab France 2 a fait deux cent mille personnes avec le Rom\u00e9o et Juliette du th\u00e9\u00e2tre antique d\u2019Orange cet \u00e9t\u00e9. Moi j\u2019\u00e9chappe \u00e0 l\u2019\u00e9litisme, en invitant Fran\u00e7oise Giroud et Bernard-Henri L\u00e9vy. \u00bb<\/p>\n<p>Moulin \u00e0 clich\u00e9s<br \/>\nDe l\u2019avis unanime, l\u2019Et\u00e9 rouge fut la surprise la plus heureuse de ces vacances. Et le feuilleton Garonne la plus d\u00e9cevante. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 une m\u00e9canique adroite qui exploite avec habilet\u00e9 les ressorts de la vengeance. De l\u2019autre un moulin \u00e0 clich\u00e9s dont le sc\u00e9nario semble sorti d\u2019une r\u00e9union de conseil g\u00e9n\u00e9ral. Le service public t\u00e9l\u00e9visuel, c\u2019est \u00e7a aussi.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3434 paru le 20 Septembre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Savonarole et Catilina<br \/>\nArgument de vente de Bernard Tapie, pour son \u00e9mission A tort ou \u00e0 raison : \u00ab Que vous soyez pour ou contre, je vous aiderai \u00e0 y voir clair. \u00bb<br \/>\nDurant les dix derni\u00e8res ann\u00e9es, comme chacun sait, nous avons toujours pu compter sur Bernard Tapie pour y voir clair.<br \/>\nIl nous aura \u00e9clair\u00e9s sur tout : l\u2019origine de sa fortune, les dessous de ses \u00e9lections, les pratiques de la banlieue, les myst\u00e8res de la coupe d\u2019Europe, la mansu\u00e9tude du pr\u00e9sident Mitterrand \u00e0 son \u00e9gard. Il aura jet\u00e9 une lumi\u00e8re in\u00e9dite sur les m\u00e9canismes de l\u2019intimidation en politique. Un documentaire de M 6 nous l\u2019a montr\u00e9, r\u00e9cemment, en train de s\u2019\u00e9crier : \u00ab Qui peut croire ? Mais qui peut croire que j\u2019aie achet\u00e9 le match OM-Valenciennes ? \u00bb Pendant le m\u00eame reportage, le procureur de Montgolfier nous confiait l\u2019avoir entendu dire au t\u00e9l\u00e9phone : \u00ab Monsieur le juge, je ne voudrais pas qu\u2019il vous arrive quelque chose\u2026 \u00bb Dans une autre s\u00e9quence, on voit notre Catilina se tourner vers la cam\u00e9ra et demander : \u00ab Est-ce que c\u2019est \u00e7a, la justice de ce pays ? \u00bb<br \/>\nQuand on le voit statuer \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision sur nos probl\u00e8mes de soci\u00e9t\u00e9, on est fond\u00e9, tout de m\u00eame, \u00e0 retourner la question : est-ce que c\u2019est \u00e7a qu\u2019on appelle, chez nous, une autorit\u00e9 morale ? Est-ce que nous m\u00e9ritons vraiment d\u2019\u00eatre invit\u00e9s \u00e0 la r\u00e9flexion par un homme qui s\u2019est fait une sp\u00e9cialit\u00e9 de culbuter la v\u00e9rit\u00e9 en public ?<br \/>\nLa question n\u2019est pas sans rapport avec le sujet de sa premi\u00e8re \u00e9mission puisqu\u2019on s\u2019interrogeait sur la prostitution. Introduction : \u00ab M. Rigourd, patron de la brigade antiprox\u00e9n\u00e9tisme, a accept\u00e9 de venir. \u00bb A peine cinq minutes se sont \u00e9coul\u00e9es, et d\u00e9j\u00e0 un premier mensonge. En effet, ce fonctionnaire, qui avait d\u2019abord refus\u00e9 de se commettre sur le plateau, y a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 par sa hi\u00e9rarchie (si l\u2019on en croit France Info).<br \/>\nEnsuite, Tapie nous pr\u00f4ne l\u2019interdiction pure et simple de la prostitution. Si, vous avez bien lu.<br \/>\nSavonarole commence \u00e0 percer sous Catilina. En tout cas, il s\u2019est arrang\u00e9 pour que ses invit\u00e9s, en s\u2019interrogeant sur la multiplication des prostitu\u00e9es bulgares, ne remettent jamais en question les conditions de leur immigration. Le policier pr\u00e9sent nous a rappel\u00e9 que la plupart ont des passeports en r\u00e8gle. On s\u2019est gard\u00e9 de d\u00e9noncer la suppression des visas, de nous parler de Schengen, etc.<br \/>\nInterrog\u00e9 par la presse avant la premi\u00e8re, Tapie-Savonarole a d\u00e9clar\u00e9 que sa s\u00e9rie de d\u00e9bats serait \u00ab rock and roll \u00bb. Eh bien, c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t le genre \u201cCh\u00e9ri, j\u2019ai endormi le public\u201d. Bernard Kouchner n\u2019a pas dit un mot sur la mafia des prox\u00e9n\u00e8tes kosovars. L\u2019\u00e9mission a interrog\u00e9 l\u2019in\u00e9vitable Ulla, une ex-prostitu\u00e9e en col\u00e8re qui avait l\u2019air de brandir sa carte Vermeil toutes les cinq minutes. Quant \u00e0 Philippe Sollers, qui semblait avoir \u00e9gar\u00e9 la sienne, il a marmonn\u00e9 des choses obscures jusqu\u2019au moment o\u00f9 quelqu\u2019un lui a probablement demand\u00e9 d\u2019\u00e9teindre le studio en partant.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3435 paru le 27 Septembre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>En direct du front<br \/>\nLe magazine Reportages nous entra\u00eenait il y a peu sur les lignes de banlieue desservant le nord de Paris, \u00e0 la suite de la brigade antid\u00e9linquance des chemins de fer. Atmosph\u00e8re : n\u00e9ons bl\u00eames, moleskine marron gribouill\u00e9e au feutre violet, vitres couvertes de tags, squatters, voyageurs \u00e9puis\u00e9s prenant le dernier train\u2026 Le fonctionnaire interrog\u00e9 par la production d\u00e9crivait calmement les man\u0153uvres de l\u2019adversaire sur le terrain : dans une s\u00e9rie de gares de la ligne B, les \u201cjeunes\u201d saisissent leurs portables pour se rassembler toujours plus nombreux afin d\u2019intimider directement la brigade. \u00ab Leur but, disait le policier, c\u2019est de nous obliger \u00e0 partir, tout simplement. \u00bb Et le pire, c\u2019est qu\u2019il avouait y \u00eatre contraint dans de nombreux cas. Il confiait n\u2019avoir plus, depuis douze ans, aucune illusion sur l\u2019utilit\u00e9 de sa vocation, et se demandait o\u00f9 \u00e9tait pass\u00e9 le courage des politiques (il est bon de pr\u00e9ciser que le tournage datait de quelques mois avant les \u00e9lections).<br \/>\nMais le pire du pire se trouvait dans le volet suivant du m\u00eame reportage : autre op\u00e9ration, r\u00e9alis\u00e9e cette fois \u00e0 l\u2019heure du premier train. Et l\u00e0 (il fallait l\u2019enregistrer pour le croire, et le repasser en boucle), que nous disait ce policier ordinaire ? \u00ab Il faut \u00eatre vigilant, \u00e0 cette heure-l\u00e0, ils descendent en bandes et ils agressent tous les voyageurs de type europ\u00e9en. \u00bb<br \/>\nLa premi\u00e8re partie sentait d\u00e9j\u00e0 la guerre civile mais cette fois, c\u2019\u00e9tait \u201cbienvenue au Zimbabwe\u201d. Les policiers de la brigade SNCF semblaient d\u00e9tach\u00e9s par on ne sait quelle force d\u2019interposition sur le front de la banlieue Nord pour venir en aide aux petits Blancs transform\u00e9s en gibier. On ignore pourquoi ce sujet, tourn\u00e9 il y a plusieurs mois, a fait si peu de bruit. Que ce soit vrai ou faux, dans les deux cas il faut sonner l\u2019alarme.<\/p>\n<p>Babylone future<br \/>\nLa sc\u00e8ne repr\u00e9sente un enfant aidant son p\u00e8re \u00e0 d\u00e9charger la voiture familiale. Tout en portant les paquets le quadrag\u00e9naire explique \u00e0 son fils combien l\u2019abonnement Canal Satellite est riche de possibilit\u00e9s. L\u2019enfant laisse rouler quelque chose sur le trottoir et s\u2019\u00e9crie : \u00ab Sorry Daddy ! \u00bb<br \/>\nPour ce trait de niaise soumission \u00e0 l\u2019esprit du temps le gamin m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre r\u00e9primand\u00e9, mais au contraire, son p\u00e8re le f\u00e9licite et lui dit : \u00ab Tu vois ? Tu parles d\u00e9j\u00e0 anglais. \u00bb<br \/>\nEt sur quoi, je vous prie, anticipe ce d\u00e9j\u00e0 ?<br \/>\nCe p\u00e8re de famille \u00e9voque l\u2019av\u00e8nement d\u2019une Babylone future o\u00f9 des adolescents portant la casquette en arri\u00e8re iraient d\u00e9poser des citrouilles dans les cimeti\u00e8res \u00e0 la Toussaint, et o\u00f9 Petit Papa No\u00ebl serait, \u00e0 jamais, remplac\u00e9 par les clochettes de Jingle Bells. On y communierait, d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de dix ans, dans la pratique de l\u2019anglais bas de gamme, en disant yes ! okay, super, wow, cool, just-too-cool, \u00e0 tout bout de champ. Bref tout se passerait, dans cette cit\u00e9 id\u00e9ale, comme sur Canal Plus \u00e0 la belle \u00e9poque, celle o\u00f9 Jean-Marie Messier menait grand train aux frais du capitalisme fran\u00e7ais.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3436 paru le 4 Octobre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Filigrane<br \/>\nL\u2019une de ces \u00e9missions d\u2019information th\u00e9matiques du dimanche apr\u00e8s-midi pr\u00e9sentait, il y a peu, un reportage affligeant sur le divorce apr\u00e8s soixante-cinq ans. On y voyait une vieille dame nomm\u00e9e Bernadette qui allait en bo\u00eete de nuit. On se penchait sur le sort de divers personnages du m\u00eame genre. Mais surtout, on entendait t\u00e9moigner une grand-m\u00e8re qui venait de quitter son mari septuag\u00e9naire lequel r\u00e9p\u00e9tait, la gorge nou\u00e9e et l\u2019\u0153il humide, qu\u2019il aimait toujours sa femme et qu\u2019il n\u2019avait encore rien compris.<br \/>\n\u00ab Il y a tout de m\u00eame des souvenirs entre vous, des moments heureux ? \u00bb, demandait le journaliste, insistant, \u00e0 la vieille dame \u00e9vasive. \u00ab Oui, r\u00e9pondait-elle, mais des souvenirs gomm\u00e9s, des souvenirs dans la brume, enfin pas grand-chose. \u00bb Les enfants du couple, navr\u00e9s, hochaient la t\u00eate. On revoyait le regard d\u2019\u00e9pagneul du mari, un ing\u00e9nieur, souvent absent certes, mais pas plus que les autres, et qui disait : \u00ab C\u2019est comme \u00e7a. \u00bb<br \/>\nAlors au bout d\u2019un quart d\u2019heure, un doute surgissait. On voyait appara\u00eetre en filigrane le dessin d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 importune. Cette vieille dame r\u00e9p\u00e9tait tout le temps \u00ab quelque part \u00bb comme une intellectuelle rive gauche. Elle hochait la t\u00eate d\u2019un air d\u00e9termin\u00e9. A bien la regarder, sa d\u00e9termination avait un c\u00f4t\u00e9 masculin qui attirait l\u2019attention sur le reste : la coiffure grise, d\u00e9gag\u00e9e sur les oreilles et d\u00e9grad\u00e9e sur la nuque. L\u2019absence de maquillage et de bijoux. Le profil d\u2019oiseau de proie. Les gestes brefs, la voix grave, la veste grise, le gilet sans manches. On n\u2019en apprenait pas davantage mais soudain on se disait que sa vocation tardive pour le c\u00e9libat avait d\u00fb \u00eatre induite par une rencontre ou une lecture. Une biographie de Nathalie Barney par exemple.<\/p>\n<p>L\u2019ai-je bien entendu ?<br \/>\nChez Julien Courbet lors d\u2019une \u00e9mission sur les cambriolages, un malfaiteur de dos : \u00ab Oui j\u2019ai tir\u00e9, lors d\u2019un braquage, c\u2019\u00e9tait un pompiste, je ne sais pas s\u2019il est mort ou vivant, je pr\u00e9f\u00e8re ne pas y penser\u2026 c\u2019est s\u00fbr, c\u2019est de l\u2019argent facile, je fais aussi des distributeurs, \u00e7a me rapporte 70 000 par mois environ, mais je vois mal mon avenir, c\u2019est un m\u00e9tier \u00e0 risques. \u00bb<br \/>\nAutre morceau d\u2019anthologie, sur le viol en banlieue : \u00ab Delphine a d\u00e9cid\u00e9 de porter plainte contre ses agresseurs. Ses parents, martyris\u00e9s par les amis des violeurs, ont d\u00fb changer de quartier mais l\u2019entourage des jeunes gens ayant retrouv\u00e9 leur trace, ils vont devoir d\u00e9m\u00e9nager de nouveau. \u00bb<br \/>\nEt si on se d\u00e9cidait, en cas de repr\u00e9sailles de ce genre, \u00e0 menacer l\u2019entourage des violeurs de peines spectaculaires, \u00e9crasantes, afin de montrer que l\u2019intimidation de proximit\u00e9 est r\u00e9solument hors la loi en France ?<br \/>\nFaute de montrer ce courage, nous nous exposons \u00e0 voir l\u2019av\u00e8nement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 tout repose sur le principe de l\u2019omerta et du r\u00e8glement de comptes. Apr\u00e8s deux cents ans de droits de l\u2019homme, il y a peut-\u00eatre un meilleur sort que d\u2019\u00eatre attendu le matin par une \u201cbande de jeunes\u201d au pied de son escalier.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3437 paru le 11 Octobre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Faut-il consulter ?<br \/>\nLe bouquet TPS vient d\u2019accueillir Fox News (cha\u00eene 206), le pendant populiste de CNN. Les anglophones de chez nous devraient regarder vivre ce monde-l\u00e0, afin qu\u2019il ne devienne jamais le n\u00f4tre. Voici pourquoi.<br \/>\nNouvelles du matin. On nous annonce la diffusion d\u2019une s\u00e9quence tourn\u00e9e sur le parking d\u2019un supermarch\u00e9. Une m\u00e8re de famille approche de sa voiture une cl\u00e9 \u00e0 la main. L\u2019autre bras est charg\u00e9 d\u2019un sac en papier rempli de produits alimentaires. Autour d\u2019elle, sa fillette de quatre ans bondit et lui \u00e9chappe au lieu d\u2019entrer dans la voiture. La m\u00e8re pose les paquets en h\u00e2te sur le si\u00e8ge, rattrape la fillette au moment o\u00f9 elle s\u2019appr\u00eate \u00e0 courir dans l\u2019all\u00e9e du parking. L\u2019enfant est agripp\u00e9e sans m\u00e9nagement, gifl\u00e9e, pouss\u00e9e dans la voiture o\u00f9 elle se livre \u00e0 ce qu\u2019on appelle chez nous un caprice, ce qui lui vaut une nouvelle vol\u00e9e parmi les yaourts. La m\u00e8re claque la porte et s\u2019installe au volant. Dur\u00e9e de la sc\u00e8ne : dix secondes.<br \/>\nDur\u00e9e de la garde \u00e0 vue : dix heures. La m\u00e8re est priv\u00e9e de ses trois enfants, aussit\u00f4t plac\u00e9s en foyer d\u2019accueil malgr\u00e9 l\u2019existence d\u2019une famille et d\u2019une belle-famille l\u00e9gitimes. Elle est lib\u00e9r\u00e9e sous caution pour \u00eatre livr\u00e9e en p\u00e2ture aux cam\u00e9ras le jour suivant, entretien qui fait l\u2019objet de bandes-annonces pendant plusieurs heures sur le ton : ne manquez pas, ce soir, les explications de la m\u00e8re indigne, en exclusivit\u00e9. Le soir venu, la malheureuse en pleurs explique : \u00ab Je n\u2019ai rien d\u2019un monstre, ce jour-l\u00e0 Martha sautait partout, elle ouvrait toutes les bo\u00eetes de Barbie, j\u2019ai perdu patience, je n\u2019aurais pas d\u00fb, d\u2019ailleurs je me suis excus\u00e9e d\u00e8s la sortie du parking. \u00bb<br \/>\nLe lendemain, m\u00eame cirque (reportages en direct, interviews f\u00e9briles) sur le cas d\u2019un passager a\u00e9rien jet\u00e9 en prison pour avoir transport\u00e9 dans sa trousse de toilette une paire de ciseaux plant\u00e9e dans un savon. Le malfaiteur a eu beau expliquer qu\u2019ainsi ses ciseaux ne risquaient pas de percer le tissu, le montant de sa caution a \u00e9t\u00e9 fix\u00e9 \u00e0 100 000 dollars et le juge n\u2019a rien voulu savoir. Idem pour le steward fran\u00e7ais de Virgin qui a signal\u00e9 une menace d\u2019attentat gribouill\u00e9e sur la glace des toilettes lors d\u2019un vol Londres-Miami : Sept \u00e0 huit nous le montrait en train de bachoter son proc\u00e8s. Son avocat lui conseillait explicitement de plaider non sur les faits, mais sur son amour de l\u2019Am\u00e9rique.<br \/>\nEn refermant le livre de Jean-Fran\u00e7ois Revel sur \u201cl\u2019obsession antiam\u00e9ricaine\u201d on avait presque envie d\u2019aller se faire soigner, mais apr\u00e8s cette s\u00e9rie d\u2019indices j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9, pour ma part, de ne pas consulter imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>Ancien R\u00e9gime<br \/>\nOn ignore si le policier S\u0153ur Th\u00e9r\u00e8se.com (avec Dominique Lavanant et Martin Lamotte) est destin\u00e9 \u00e0 devenir une s\u00e9rie, mais c\u2019est \u00e9crit et jou\u00e9 par des pros qui s\u2019amusent, et non par des amateurs qui p\u00e9rorent. En d\u2019autres termes, les productions tourn\u00e9es sous Lionel Jospin (Le juge est une femme, Cordier juge et flics, etc.) commencent \u00e0 faire Ancien R\u00e9gime.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3438 paru le 18 Octobre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Tapie \u00e0 la \u201cStarac\u201d<br \/>\nQuelle piti\u00e9 que de voir Bernard Tapie parasiter l\u2019audience de Star Academy ! On finirait par croire que la sienne s\u2019\u00e9puise et on aurait raison. L\u2019expression \u201cglisser dans les profondeurs du classement\u201d, qui s\u2019applique au football, risque de s\u2019\u00e9tendre \u00e0 son Audimat s\u2019il continue \u00e0 apostropher les invit\u00e9s d\u2019A tort ou \u00e0 raison sur le ton : \u201cEcoutez, je vais vous dire, hein, moi, ce que j\u2019en pense.\u201d Visiblement, il ne se doute pas que tout le monde se fiche de l\u2019apprendre. En tout cas, les pensionnaires du prytan\u00e9e de la chansonnette (que son pr\u00e9sentateur appelle d\u00e9sormais la Starac) n\u2019en revenaient pas de le voir d\u00e9barquer, dans leur salle \u00e0 manger, pour une le\u00e7on express sur le th\u00e8me : \u201cIl importe de savoir communiquer avec ceux qui vont vivre l\u2019\u00e9chec.\u201d<br \/>\nExcellent sujet en effet. Le propos \u00e9tait tellement t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 et la s\u00e9quence si br\u00e8ve que la direction de TF1 a d\u00fb inspirer cette visite \u00e9clair de Tapie afin de sauver les meubles (nous savons qu\u2019il s\u2019y entend). Le pr\u00e9sentateur nous a obligeamment rappel\u00e9 que l\u2019\u00e9mission A tort ou \u00e0 raison attendait notre visite.<br \/>\nPuis il a lanc\u00e9 C\u00e9line Dion dans une s\u00e9rie de duos avec les \u00e9l\u00e8ves de la Starac v\u00e9ritable \u00e9preuve car ils chantent faux pour la plupart. Ensuite, entre deux couacs, le s\u00e9millant Nikos a pouss\u00e9 des \u201cWou !\u201d qui rappelaient, de mani\u00e8re affligeante, les habitudes des chauffeurs de salle \u00e0 Las Vegas. La pr\u00e9sence de C\u00e9line Dion lui a permis de donner dans le clich\u00e9 en anglais (\u201cThe show must go on\u201d). Il a dit, \u00e0 un autre chanteur \u00ab ne changez rien, c\u2019est top \u00bb et lui a demand\u00e9, toujours en anglais, s\u2019il \u00e9tait plus facile de jouer au basket que de chanter en direct \u00e0 la Starac, le tout avec traduction simultan\u00e9e \u00e0 l\u2019usage des maladroits qui seraient rest\u00e9s francophones.<br \/>\nApr\u00e8s quoi, les \u00e9l\u00e8ves ont pos\u00e9 \u00e0 C\u00e9line Dion des questions originales, du genre : \u201cDurant toute votre carri\u00e8re, quel est votre plus beau souvenir ?\u201d (sic) La r\u00e9ponse \u00e9voquait de si pr\u00e8s les sketches de Laurent Gerra qu\u2019on finissait par se demander s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas l\u2019auteur du sc\u00e9nario de la soir\u00e9e.<\/p>\n<p>Belle marquise<br \/>\nPhilippe Barthelet a-t-il d\u00e9j\u00e0 relev\u00e9 la propension \u00e0 l\u2019inversion des termes, des adverbes et des propositions dans le bavardage t\u00e9l\u00e9visuel ? Voici des exemples r\u00e9cents pour nourrir le dossier : \u00ab Une carcasse qu\u2019ils aimeraient voir dispara\u00eetre, pour un jour pouvoir oublier. \u00bb<br \/>\nEt pourquoi pas \u00ab pour pouvoir oublier un jour \u00bb ?<br \/>\nM\u00eame verlan syntaxique dans l\u2019expression \u00ab sans pour l\u2019instant l\u2019aide de l\u2019Etat \u00bb ou dans \u00ab pour d\u00e9finitivement marcher sur les traces de leurs illustres a\u00een\u00e9s \u00bb.<br \/>\nOn a pu relever, au journal de TF1, la phrase suivante, qui se voulait une conclusion et s\u2019achevait par un point : \u00ab Une chose est certaine, ce sont dans ces quartiers populaires o\u00f9 les stigmates restent le plus visibles. \u00bb<br \/>\nBelle marquise, d\u2019impatience vos pataqu\u00e8s tr\u00e9pigner me font.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3439 paru le 25 Octobre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Absolu et r\u00e9solu<br \/>\nL\u2019\u00e9mission s\u2019appelle \u00c7a peut vous arriver. Elle n\u2019est pas m\u00e9chante en apparence, puisqu\u2019elle nous montre des maux auxquels nous sommes, pour la plupart, convaincus de pouvoir \u00e9chapper : la soumission aveugle \u00e0 une secte par exemple. Il s\u2019agit de m\u00e9saventures si exceptionnelles qu\u2019on les \u00e9carte ais\u00e9ment de son imagination.<br \/>\nDu titre, on se d\u00e9fait moins vite. Il est difficile de ne pas l\u2019appliquer aux attentats dont il est question aujourd\u2019hui : celui du RER dont le proc\u00e8s est en cours, celui de Bali. Certes l\u2019\u00e9normit\u00e9 de ces \u00e9v\u00e9nements les rend encore faciles \u00e0 conjurer par l\u2019inconscient collectif, mais il est une autre forme de danger que l\u2019esprit se repr\u00e9sente de mieux en mieux. Ce danger est de loin, et de tous, le plus pr\u00e9occupant : le besoin d\u2019enrayer la machine se d\u00e9mocratise \u00e0 toute allure.<br \/>\nLes cha\u00eenes am\u00e9ricaines, T\u00e9l\u00e9matin et le journal de TF1 se penchent en ce moment avec une horreur compr\u00e9hensible sur le cas du tireur fou de Washington. Quiconque r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 cette histoire est saisi de vertige. D\u2019abord l\u2019assassin, qui signe \u201cJe suis Dieu\u201d, s\u2019inspire d\u2019un film diffus\u00e9 trois jours avant le premier meurtre, nous rappelant ainsi la longue liste des crimes perp\u00e9tr\u00e9s en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une \u0153uvre de fiction.<br \/>\nMais surtout, si \u00e7a peut vous arriver, ce n\u2019est plus seulement en tant qu\u2019individus. Les soci\u00e9t\u00e9s commencent \u00e0 mesurer qu\u2019elles ne peuvent rien contre un d\u00e9sir de nuire absolu et r\u00e9solu. Le seul rem\u00e8de qu\u2019elles aient trouv\u00e9 pour l\u2019instant est de rebaptiser malveillance les actes criminels. C\u2019est la m\u00e9thode fran\u00e7aise. Elle se pratique beaucoup dans les chemins de fer. La m\u00e9thode am\u00e9ricaine consiste \u00e0 demander (sans rire) aux cinq millions d\u2019habitants de Washington de se d\u00e9placer en zigzag dans la rue. Si les snipers se multiplient, il va falloir zigzaguer entre les sacs de sable. Et si le risque bact\u00e9riologique ressurgit, ce sera avec un masque \u00e0 gaz. Mais personne n\u2019aura le droit de parler de guerre civile pour autant.<\/p>\n<p>Sous Ponce Pilate<br \/>\nRetour des Bogdanoff, les duettistes high-tech en combinaison alu. La presse r\u00e9v\u00e8le un d\u00e9tail int\u00e9ressant : dans leur jeunesse leur famille \u00e9tait fort li\u00e9e \u00e0 celle de Guy B\u00e9art lequel, comme on le sait, fut d\u2019abord ing\u00e9nieur avant d\u2019\u00e9crire de jolies chansons et d\u2019\u00eatre invit\u00e9 chez les Pompidou (peut-on cumuler \u00e0 ce point les imprudences !). Banni des plateaux pendant les ann\u00e9es de plomb, il fut r\u00e9put\u00e9 n\u2019avoir aucun talent par d\u00e9cret de Ponce Pilate. Les jumeaux Bogdanoff, chass\u00e9s comme lui, reconnus comme surdou\u00e9s (apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s dans un ch\u00e2teau, pour comble de scandale), furent livr\u00e9s \u00e0 la populace et accus\u00e9s de plagiat. Je n\u2019ai pas la date en t\u00eate et n\u2019ai gu\u00e8re eu acc\u00e8s au dossier. Mais que l\u2019on consid\u00e8re la bonne foi qui r\u00e9gnait en France dans ces ann\u00e9es-l\u00e0 et le doute leur devient favorable.<br \/>\nIl l\u2019est encore davantage si l\u2019on songe qu\u2019ils faisaient de la cosmologie sur la cha\u00eene d\u2019On a tout essay\u00e9.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3440 paru le 1 Novembre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>\u201cMani pulite\u201d<br \/>\nIl y a les d\u00e9bout\u00e9s du droit d\u2019asile et ceux du droit de savoir. C\u2019est ce que nous expliquait, \u00e0 propos de l\u2019immobilier sur la C\u00f4te d\u2019Azur, l\u2019\u00e9mission de Charles Villeneuve dont le titre n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi bienvenu. On a vu un maire se plaindre de la paresse de la DDE, administration au fonctionnement myst\u00e9rieux qui se d\u00e9place \u00e0 contrec\u0153ur pour constater les infractions une fois sur quatre et qui laisse acheter, par des innocents, des terrains inconstructibles pourtant d\u00e9j\u00e0 construits b\u00e2timents dont elle n\u2019a pas su emp\u00eacher l\u2019\u00e9rection, mais dont elle exige la destruction dix ans plus tard, quand les propri\u00e9taires ont chang\u00e9 et quand l\u2019application de la loi \u00e9quivaut pour eux \u00e0 une spoliation.<br \/>\nIl est fr\u00e9quent toutefois qu\u2019elle fasse preuve de z\u00e8le quand les cam\u00e9ras tournent : \u00ab Quelques jours apr\u00e8s notre premi\u00e8re visite, disait le commentaire, gendarmes et DDE viennent recenser les constructions ill\u00e9gales. \u00bb<br \/>\nOn voit en effet appara\u00eetre une \u00e9quipe de messieurs dont le chef se f\u00e2che contre l\u2019\u00e9quipe de tournage. La sc\u00e8ne respire la mauvaise foi, le corporatisme administratif et la raison d\u2019Etat.<br \/>\nLorsque la mode mani pulite aura d\u00e9barqu\u00e9 en France, les juges sauront certainement par quoi commencer, mais on aimerait aussi qu\u2019ils sachent par qui. Si la puissance publique ne consent pas \u00e0 restaurer l\u2019image de vertu et d\u2019\u00e9quilibre chez les agents de l\u2019Etat, elle s\u2019expose aux m\u00eames d\u00e9boires que les parents d\u00e9pass\u00e9s par leurs enfants. Car le plus souvent, insolence et violence n\u2019expriment pas la haine de l\u2019ordre \u00e9tabli mais le d\u00e9sir de le faire r\u00e9tablir.<\/p>\n<p>Finesse n\u00e9anderthalienne<br \/>\nA dix minutes d\u2019intervalle, TF 1 vient de nous offrir un condens\u00e9 des contradictions dans lesquelles se d\u00e9bat notre soci\u00e9t\u00e9 en mati\u00e8re de violence.<br \/>\nPremi\u00e8re s\u00e9quence, un reportage complet au journal sur un couple de policiers oblig\u00e9s de d\u00e9m\u00e9nager pour \u00e9chapper aux menaces, repr\u00e9sailles et insultes dont les accablent ceux qu\u2019ils sont cens\u00e9s poursuivre.<br \/>\nDeuxi\u00e8me s\u00e9quence, un homme humili\u00e9 par les quolibets de ses voisins. Au march\u00e9, au caf\u00e9, il subit tous les affronts. On le voit h\u00e2ter le pas sur le trottoir et se pr\u00e9cipiter vers une cabine t\u00e9l\u00e9phonique, d\u2019o\u00f9, toujours poursuivi par ses voisins haineux, il appelle son agent pour lui dire : \u00ab Les r\u00f4les de salauds dans les feuilletons, je n\u2019en veux plus. \u00bb Et l\u2019agent lui r\u00e9pond, furieux : \u00ab Va expliquer \u00e7a au juge, enfoir\u00e9 ! \u00bb<br \/>\nBr\u00e8ve explication de texte : par ce film d\u2019une finesse n\u00e9anderthalienne, TF 1 pr\u00e9tend assurer la promotion de son \u201cpolar du jeudi\u201d en banalisant des rapports sociaux de type mafieux \u00e0 une heure de grande \u00e9coute. Si on leur reproche de pratiquer les usages de la meute, les adolescents \u201cen difficult\u00e9\u201d devraient pouvoir en tirer argument devant le juge. Mais je me demande si le r\u00f4le d\u2019une cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision est de les r\u00e9pandre aussi ing\u00e9nument.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3507 paru le 13 F\u00e9vrier 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>La princesse d\u2019Aubervilliers<br \/>\nL\u2019interview que Clotilde Courau, princesse de Savoie, a livr\u00e9e \u00e0 Sept \u00e0 huit m\u2019a rappel\u00e9 un souvenir d\u00e9sagr\u00e9able. Le petit scoop qui va suivre en dit long sur les rapports de la nouvelle altesse avec<br \/>\nla morale ordinaire qu\u2019on appelle civilit\u00e9. Sans parler de l\u2019autre, plus g\u00e9n\u00e9rale, plus g\u00e9n\u00e9reuse, \u00e0 laquelle on se doit d\u2019ob\u00e9ir quand on fait partie du gotha, et qui devrait refl\u00e9ter une vision sereine, \u00e9gale, impartiale, de l\u2019\u00e9difice social.<br \/>\nIl y a quelques mois, nous avons fait partie du m\u00eame plateau chez Ardisson. Moi, pour un pamphlet sur la violence juv\u00e9nile ; elle, pour un film dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom. Celle qui n\u2019\u00e9tait pas encore la \u201cprincesse rebelle\u201d m\u2019a contredit s\u00e8chement sur le th\u00e8me : \u201cJe n\u2019ai jamais subi d\u2019autorit\u00e9, et pourtant voyez comme je suis devenue recommandable.\u201d A quoi j\u2019ai r\u00e9pondu : \u00ab Vous \u00eates com\u00e9dienne, vous avez donc d\u00e9j\u00e0 subi l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un metteur en sc\u00e8ne. \u00bb Cette r\u00e9plique a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e au montage.<br \/>\nChez Ardisson, la balance penche toujours du c\u00f4t\u00e9 des favoris de la production. Clotilde Courau a communi\u00e9 dans le m\u00e9pris avec le chanteur de NTM, Joey Starr, lequel s\u2019est adress\u00e9 \u00e0 moi en disant textuellement : \u00ab J\u2019vais t\u2019dire, mon fr\u00e8re, t\u2019as un p\u2019tit slip ! \u00bb Ensuite la jeune actrice s\u2019est pench\u00e9e vers lui d\u2019un air de contentement goguenard, elle lui a dit un mot, elle m\u2019a d\u00e9sign\u00e9 du menton et son regard a balay\u00e9 le plateau en qu\u00eate d\u2019approbation.<br \/>\nApr\u00e8s quoi encore Ardisson a jug\u00e9 bon de l\u2019asseoir \u00e0 ma droite o\u00f9 elle a remplac\u00e9 Olivier de Kersauson qui a d\u00fb quitter l\u2019\u00e9mission. Mlle Courau a aussit\u00f4t requis contre moi un surcro\u00eet de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la part<br \/>\ndes procureurs qui m\u2019entouraient.<br \/>\nOn e\u00fbt dit une imp\u00e9ratrice romaine r\u00e9clamant la mise \u00e0 mort d\u2019un philosophe. Mais tout cela n\u2019est rien encore aupr\u00e8s de la conclusion. Quand j\u2019ai quitt\u00e9 \u00e0 mon tour mon tabouret apr\u00e8s un quart d\u2019heure, sa future altesse m\u2019a tourn\u00e9 le dos comme une fillette qui ne veut pas dire bonjour. Je lui ai tendu la main, elle l\u2019a refus\u00e9e.<br \/>\nSi je raconte cet \u00e9pisode, c\u2019est afin de mettre cette grossi\u00e8ret\u00e9 en rapport avec ses propos de l\u2019autre dimanche sur le r\u00f4le et la dignit\u00e9 des princesses. \u00ab Princesse, j\u2019ai encore du mal avec cette information \u00bb, nous a-t-elle confi\u00e9. Nous aussi. (Nous avons d\u00e9j\u00e0 du mal avec sa syntaxe.) Quand elle explique qu\u2019elle est g\u00ean\u00e9e de voir des femmes \u00e2g\u00e9es lui faire la r\u00e9v\u00e9rence, c\u2019est qu\u2019elle n\u2019a pas compris grand-chose \u00e0 la nature<br \/>\ndu prince.<br \/>\nQuand elle nous dit \u00ab chui pas \u00e9vidente \u00e0 vivre tous les jours, mais ch\u2019trouve \u00e7a chouette de la part d\u2019Emmanuel de m\u2019avoir \u00e9pous\u00e9e \u00bb, on a envie de croire qu\u2019elle plaisante. Et quand, du haut de ses trente-quatre ans, elle pr\u00e9tend \u201crester elle-m\u00eame\u201d, on se demande au nom de quoi. Si rester soi-m\u00eame consiste \u00e0 hurler avec les loups quand un agneau vient de tomber dans l\u2019ar\u00e8ne, on n\u2019aimerait pas voir cette princesse d\u2019Aubervilliers r\u00e9gner sur l\u2019Italie. Parce qu\u2019elle en a parl\u00e9 aussi, figurez-vous\u2026<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3382 paru le 21 Septembre 2001<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Le film des \u00e9v\u00e9nements<br \/>\nUne comparaison h\u00e2tive avec les \u00e9missions sp\u00e9ciales sur l\u2019attentat de New York r\u00e9v\u00e8le les insuffisances de la m\u00e9thode fran\u00e7aise : aux Etats-Unis, le texte est souvent pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019image, il n\u2019est pas rare que le rappel des faits fasse l\u2019objet d\u2019un banc-titre entre les plans (CNN). Sur NBC, ABC et Fox, c\u2019est parfois un tiers de l\u2019image qui est consacr\u00e9 aux d\u00e9p\u00eaches pendant que le pr\u00e9sentateur parle, et quand on nous propose de \u00ab revoir le film des \u00e9v\u00e9nements \u00bb, on sait qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9capitulation.<br \/>\nDurant le direct de Patrick Poivre d\u2019Arvor, la premi\u00e8re tour du World Trade Center s\u2019est effondr\u00e9e sans que visiblement les gens sur le plateau comprennent ce qui se passait. Ensuite, on a revu dix fois l\u2019arriv\u00e9e du deuxi\u00e8me avion, puis l\u2019effondrement de la deuxi\u00e8me tour. Et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019on apprenait que l\u2019autre \u00e9tait tomb\u00e9e aussi. A quoi il fallait comprendre encore que le plan fixe, interminable, sur les malheureux employ\u00e9s enjambant les fen\u00eatres, n\u2019\u00e9tait pas du direct mais datait d\u2019une demi-heure. Ils \u00e9taient donc tous morts. L\u2019ennui c\u2019est que la cha\u00eene \u00ab venait de recevoir les images \u00bb. C\u2019est cela, sans doute, qu\u2019elle appelait du direct. Un t\u00e9l\u00e9spectateur d\u00e9barquant sur la cha\u00eene vers 16 heures ce jour-l\u00e0 d\u00e9clarait encore \u00ab il faut faire quelque chose pour ces gens \u00bb, alors qu\u2019il n\u2019y avait plus rien \u00e0 faire. Il aurait suffi d\u2019un bandeau pour nous le dire. Mais comment exiger pareille prouesse de la r\u00e9daction alors qu\u2019elle n\u2019est pas capable d\u2019employer, \u00e0 l\u2019incrustation vid\u00e9o, quelqu\u2019un qui sache orthographier les noms propres ? Pendant toute la soir\u00e9e, Newark est devenu Newarck sur les cartes, ce qui n\u2019est pas un crime mais une faute : il suffisait de taper le d\u00e9but du nom sur Internet pour savoir comment l\u2019\u00e9peler. Mais en r\u00e9gie, sait-on seulement consulter Internet ?<\/p>\n<p>La le\u00e7on du film<br \/>\nDans quelques semaines, apr\u00e8s bien des plateaux et des d\u00e9bats, les commentateurs finiront par trouver le grand rem\u00e8de \u00e0 ce genre de crises.<br \/>\nMultiplier les repr\u00e9sailles ? Red\u00e9finir notre politique \u00e9trang\u00e8re ? Mettre les r\u00e9servistes en alerte ? Chercheront-ils \u00e0 nous convaincre que les sc\u00e9narios de destruction de villes enti\u00e8res par l\u2019atome sont devenus plausibles ? Prescriront-ils un retour des enqu\u00eates s\u00e9rieuses sur l\u2019immigration ? Critiqueront-ils le plan Vigipirate (qui prot\u00e8ge les poubelles, les gares, les a\u00e9roports, les Galeries Lafayette et la tour Eiffel mais n\u2019emp\u00eache personne de faire sauter trente sup\u00e9rettes de villes moyennes en un quart d\u2019heure) ? Non : il est probable que la grande d\u00e9couverte, ce sera l\u2019avion au cockpit dot\u00e9 d\u2019un guichet blind\u00e9 comme les banques. On nous a d\u00e9j\u00e0 fait le coup dans les autobus de banlieue : extirper la violence suppose d\u2019avoir compris qu\u2019on est malade, donc de montrer du courage. Installer des cages de verre pour prot\u00e9ger les chauffeurs, c\u2019est l\u00e2che, peut-\u00eatre, mais quel soulagement de croire qu\u2019on est gu\u00e9ri !<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3441 paru le 8 Novembre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Chiens d\u2019infid\u00e8les<br \/>\nIl est parfois utile de regarder les cha\u00eenes am\u00e9ricaines pour corriger les oublis des n\u00f4tres. Au sujet des \u201ccombattants tch\u00e9tch\u00e8nes\u201d, l\u2019exercice devient indispensable. Le fait que les membres du commando de Moscou aient lib\u00e9r\u00e9, dans les premi\u00e8res heures, outre quelques femmes enceintes et une poign\u00e9e d\u2019enfants, les musulmans pr\u00e9sents dans la salle, a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 scrupuleusement par CNN. La pr\u00e9cision n\u2019a pas effray\u00e9 non plus les radios fran\u00e7aises, lesquelles ont pourtant laiss\u00e9 s\u2019exprimer nombre d\u2019auditeurs sur le th\u00e8me : \u201cPourquoi accabler l\u2019islam ? Ce n\u2019est pas parce que les femmes du commando portent une cagoule qu\u2019il faut parler de tchador\u201d etc. A quoi Michel Field (Europe 1) n\u2019a pas cru bon de r\u00e9pondre que la lib\u00e9ration de musulmans \u00e9tait un puissant indice, mais passons.<br \/>\nEn tout cas cette lib\u00e9ration r\u00e9v\u00e9lait le peu de cas que font les activistes des \u201cchiens d\u2019infid\u00e8les\u201d que nous sommes. Quant \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, on ne peut pas dire qu\u2019elle en ait beaucoup parl\u00e9. On peut m\u00eame dire le contraire. Sauf erreur de ma part, elle n\u2019en a pas parl\u00e9 du tout.<br \/>\nPour conna\u00eetre la vraie nature du combattant tch\u00e9tch\u00e8ne, il fallait donc se reporter une fois du plus au remarquable reportage de Christiane Amampour sur CNN : pendant plus d\u2019une heure nous avons eu droit \u00e0 des confessions de soldats russes qui t\u00e9moignaient que leurs compagnons tomb\u00e9s aux mains de l\u2019ennemi \u00e9taient d\u00e9coup\u00e9s en morceaux tout vivants, \u00e9ventr\u00e9s au soleil, pendus avec leurs tripes, etc., le tout fort explicitement au nom de l\u2019islam, et aux cris d\u2019Allah Akhbar par des gens qui, par ailleurs, se livrent au trafic de drogue, de femmes, de mati\u00e8res radioactives et de pi\u00e8ces de rechange jusqu\u2019au Pakistan. Ils infestent la vie sociale russe d\u2019une criminalit\u00e9 end\u00e9mique depuis deux si\u00e8cles et Dosto\u00efevski rapportait d\u00e9j\u00e0 qu\u2019ils \u00e9corchaient vifs les agents de l\u2019empire. Ce qui n\u2019emp\u00eache pas nos m\u00e9dias de nous parler \u00e0 tout bout de champ de la barbarie russe et du martyre tch\u00e9tch\u00e8ne.<\/p>\n<p>Rebelles de salon.<\/p>\n<p>Causerie matinale sur Europe 1 entre Benjamin Castaldi et son invit\u00e9e. L\u2019\u00e9mission est fond\u00e9e sur un test en direct. Par chance pour les participants il ne s\u2019agit pas d\u2019un test d\u2019intelligence mais de personnalit\u00e9. Et ce jour-l\u00e0 le th\u00e8me \u00e9tait : \u201cEtes-vous rebelle ?\u201d<br \/>\nIl fallait entendre l\u2019invit\u00e9e, r\u00e9dactrice en chef sur une cha\u00eene publique de t\u00e9l\u00e9vision, qui nagu\u00e8re n\u2019h\u00e9sitait pas, dans son \u00e9mission matinale, \u00e0 recevoir quatre ministres de Lionel Jospin dans la m\u00eame semaine, conclure qu\u2019elle \u00e9tait \u00ab plut\u00f4t du genre rebelle \u00bb. Pour vous donner l\u2019\u00e9chelle, ce serait comme si Philippe Sollers se pr\u00e9sentait comme un \u00e9crivain pauvre et maudit.<br \/>\nMais surtout, quand on y r\u00e9fl\u00e9chit, il conviendrait de se demander si la r\u00e9bellion permanente, v\u00e9cue, d\u00e9crite, promue comme une n\u00e9cessit\u00e9 par toute une g\u00e9n\u00e9ration (celle de 68), n\u2019explique pas qu\u2019une grande partie des enfants d\u2019aujourd\u2019hui soit incontr\u00f4lable.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3442 paru le 15 Novembre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Chantiers de jeunesse<br \/>\nImaginez un pensionnat qui recevrait des post-adolescents ou de jeunes adultes \u201cen recherche\u201d. A l\u2019arriv\u00e9e, une seule valise autoris\u00e9e. Confort d\u00e9cent mais spartiate : dortoirs de six. Gar\u00e7ons et filles s\u00e9par\u00e9s. D\u00e9coration de style r\u00e9fectoire.<br \/>\nA 7 heures, r\u00e9veil au clairon. Le professeur d\u2019\u00e9ducation physique tirerait tout le monde du lit avant le jour, pour obliger les pensionnaires \u00e0 courir dans le parc, qu\u2019il vente ou qu\u2019il pleuve. Une demi-douzaine de professeurs seraient charg\u00e9s des apprentissages en tous domaines. D\u00e8s le d\u00e9but des cours, ils harangueraient leurs \u00e9l\u00e8ves sur un ton l\u00e9g\u00e8rement pass\u00e9 de mode : ici la paresse, la m\u00e9diocrit\u00e9, le d\u00e9faut de volont\u00e9 ne jouiront d\u2019aucune indulgence. Ceux qui s\u2019abandonneront \u00e0 la pente du d\u00e9couragement seront aussit\u00f4t \u00e9limin\u00e9s. Vous serez not\u00e9s, compar\u00e9s, \u00e9valu\u00e9s en permanence. Le degr\u00e9 d\u2019exigence que nous vous imposerons doit vous obliger \u00e0 exiger le meilleur de vous-m\u00eame. Les contacts avec votre famille et votre entourage seront limit\u00e9s au strict n\u00e9cessaire. Le soir, extinction des feux \u00e0 22 heures. Toutes les semaines, vous subirez un examen. Votre existence enti\u00e8re en d\u00e9pendra peut-\u00eatre. Rompez !<br \/>\nA l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, un adolescent d\u2019aujourd\u2019hui haussera certainement les \u00e9paules en s\u2019\u00e9criant : \u201cEt pourquoi ne leur donnerait-on pas un uniforme, tant qu\u2019on y est ?\u201d avant de retourner s\u2019infliger sa dose quotidienne de Star Academy.<br \/>\nOr dans ce qui pr\u00e9c\u00e8de, il est justement question du Saint-Cyr de la chansonnette, de la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re des pousseurs de romance : la Star Academy. On aura beau pr\u00e9tendre que la jeunesse pl\u00e9biscite l\u2019\u00e9mission parce qu\u2019elle aime les paillettes, il est permis de se demander s\u2019il n\u2019y a pas autre chose de plus profond l\u00e0-dessous.<br \/>\nPour ma part, j\u2019observe que les jeunes gens qui vont se coucher \u00e0 contrec\u0153ur, qu\u2019on n\u2019arrive pas \u00e0 tirer du lit, qui d\u00e9plorent la s\u00e9lection \u00e0 l\u2019\u00e9cole, qui sont insolents avec leurs profs et n\u2019ont aucune ardeur \u00e0 la t\u00e2che, passent d\u00e9sormais une heure par jour devant la Starac, \u00e9perdus d\u2019admiration pour un univers o\u00f9 douze de leurs homologues se font botter les fesses du matin au soir. Il faut sans doute y voir le signe que les temps vont changer.<\/p>\n<p>Un pour cent, cent pour un<br \/>\nCombien \u00e7a co\u00fbte se penchait r\u00e9cemment sur les avatars du \u201cun pour cent culturel\u201d. On nous apprenait que ce pourcentage \u00e9tait vou\u00e9 \u00e0 l\u2019art contemporain. Entendez abstrait, moderne ; car si un sculpteur se m\u00ealait de proposer \u00e0 sa ville une statue de jeune fille, son art serait indiscutablement contemporain sans \u00eatre pour autant capable de d\u00e9crocher la timbale, faute de modernit\u00e9.<br \/>\nDans le cas de la double parabole incrust\u00e9e de chaises m\u00e9talliques qui enlaidit la gare de tramway de Montpellier, le prix de la timbale est de 300 000 euros. On s\u2019aper\u00e7oit vite que le \u201cun pour cent\u201d profite moins \u00e0 l\u2019art qu\u2019au commerce et moins au citoyen qu\u2019\u00e0 l\u2019artiste.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3443 paru le 22 Novembre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>G\u00e9n\u00e9ration \u201cValseuses\u201d<br \/>\nImaginez un film diffus\u00e9 sur le service public o\u00f9 deux comp\u00e8res de vingt ans terrorisent des m\u00e9nag\u00e8res dans un parking, leur disent \u00ab casse-toi la vieille \u00bb, intimident un couple de bourgeois sur la route des vacances, leur arrachent leur fille, leur voiture, et parviennent \u00e0 convaincre la demoiselle de les mener jusqu\u2019\u00e0 la maison de campagne familiale. En arrivant dans ce pavillon forestier, apr\u00e8s avoir comment\u00e9 la d\u00e9coration des lieux sur le ton du m\u00e9pris dont les oisifs et les jouisseurs accablent ceux qui ach\u00e8tent leur confort \u00e0 cr\u00e9dit, ils d\u00e9cident de \u201cse taper la nana\u201d, \u00e0 tour de r\u00f4le avec son consentement lass\u00e9, il est vrai, ce qui permet de pr\u00e9tendre qu\u2019on assiste \u00e0 un d\u00e9niaisement plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 un viol, mais la limite est aussi mince qu\u2019une pelure d\u2019oignon. La sc\u00e8ne entend illustrer que la jeunesse ob\u00e9it \u00e0 ses propres codes, lesquels pr\u00e9valent toujours sur ceux des adultes, et qu\u2019elle est, par d\u00e9finition, solidaire contre l\u2019ordre \u00e9tabli.<br \/>\nCe film, qui nous a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 sur fonds publics pour la ni\u00e8me fois par France 3 et en plein vote de la loi Sarkozy, s\u2019appelle les Valseuses. On le qualifie d\u2019\u201c\u0153uvre culte\u201d mais il aura fonctionn\u00e9 pour toute une g\u00e9n\u00e9ration, la mienne, comme une invitation \u00e0 la barbarie. Il prescrit \u00e0 la jeunesse de s\u2019affranchir de toute biens\u00e9ance, par la menace si n\u00e9cessaire, et nous montre des voyous abordant des gens ordinaires avec le sourire du tortionnaire. Il nous pr\u00e9sente une humanit\u00e9 juv\u00e9nile s\u00fbre de son droit, celui du plus fort, pr\u00eate \u00e0 l\u2019appliquer, pr\u00eate \u00e0 pratiquer sur autrui ce que Platon appelait le d\u00e9but de la tyrannie.<br \/>\nParall\u00e8lement Paris-Match nous annonce les retrouvailles entre Depardieu et son fils, apr\u00e8s trente ans de n\u00e9gligences et d\u2019indiff\u00e9rence. Un film \u201cd\u00e9rangeant\u201d nous dit-on, les r\u00e9unit, qui aide \u00e0 mieux comprendre le chemin parcouru, \u00e0 lever les malentendus, \u00e0 faire le point, etc. On aimerait que notre Falstaff, d\u00e9sormais abonn\u00e9 \u00e0 la Gazette de Drouot, propri\u00e9taire de vignobles et membre de la jet-set, nous dise ce qu\u2019il compte faire pour restaurer l\u2019\u00e9quilibre de la g\u00e9n\u00e9ration \u201cValseuses\u201d.<br \/>\nS\u2019il d\u00e9savouait le film et si le service public renon\u00e7ait \u00e0 le programmer, ce serait d\u00e9j\u00e0 un commencement.<\/p>\n<p>Bo\u00eete \u00e0 id\u00e9es<br \/>\nLe ministre de la Culture semble chercher des id\u00e9es pour sa t\u00e9l\u00e9vision de service public. S\u2019il est permis de distraire quelques lignes de cette chronique pour donner de l\u2019imagination \u00e0 ceux qui garnissent la bo\u00eete \u00e0 images, pourquoi France T\u00e9l\u00e9vision ne ratisse-t-elle pas dans le jardin de la Star Academy en organisant un concours de cr\u00e9ation, dans un esprit voisin de la d\u00e9funte Course autour du monde, afin de r\u00e9v\u00e9ler les g\u00e9nies de la r\u00e9alisation et de la mise en sc\u00e8ne dont elle a tant besoin ? Quand on mesure le talent d\u00e9ploy\u00e9 pour un simple clip musical, quand on voit la modicit\u00e9 des co\u00fbts du mat\u00e9riel num\u00e9rique, on se demande pourquoi la production t\u00e9l\u00e9visuelle publique chez nous reste molle et oligarchique.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3444 paru le 29 Novembre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Clark a quitt\u00e9 la ville<br \/>\nNombreux sont les lecteurs qui par lettre auront essay\u00e9 d\u2019orienter cette chronique vers un sujet qu\u2019elle n\u2019a jamais abord\u00e9 : les feuilletons \u00e0 l\u2019eau de rose, qu\u2019\u00e0 bien des \u00e9gards on pourrait pr\u00e9tendre \u00e0 l\u2019eau de boudin car c\u2019est ainsi qu\u2019ils tournent en g\u00e9n\u00e9ral.<br \/>\nDans ce genre difficile, ce ne sont pas les artifices de sc\u00e9nario qui sont int\u00e9ressants \u00e0 relever, mais les tics comportementaux et verbaux qui finissent par acclimater chez nous des usages ridicules. En voici quelques exemples.<br \/>\nSharon et Victoria sont seules dans une pi\u00e8ce meubl\u00e9e comme un appartement t\u00e9moin. Sharon, debout, le coude dans une main, affecte une attitude de perplexit\u00e9 profonde, Victoria, assise, rumine des pens\u00e9es sombres en lui tournant le dos. Soudain Sharon d\u00e9cide de crever l\u2019abc\u00e8s : \u00ab Vic, veux-tu qu\u2019on en parle ? \u00bb Pour inciter son amie Victoria \u00e0 lui ouvrir son c\u0153ur, elle lui masse d\u00e9licatement les muscles trap\u00e8zes des deux pouces et prof\u00e8re une allusion obscure.<br \/>\nVictoria se retourne et r\u00e9plique : \u00ab H\u00e9, attends une minute ! Qu\u2019est-ce que tu veux dire ? \u00bb<br \/>\nA quoi Sharon protestant de sa bonne foi r\u00e9pond : \u00ab Mais je t\u2019assure, je croyais que Clark avait quitt\u00e9 la ville. \u00bb<br \/>\nPour le quadrag\u00e9naire press\u00e9 qui vient embrasser ses parents entre deux rendez-vous et qui les trouve plant\u00e9s devant le poste \u00e0 14 h 30, le caract\u00e8re sibyllin de la situation est toujours le m\u00eame depuis neuf ou dix ans. Ce qui a chang\u00e9, c\u2019est qu\u2019on commence \u00e0 dire \u00ab H\u00e9, attends une minute ! \u00bb dans les caf\u00e9s, que les adolescents menacent de quitter la ville quand on leur dit d\u2019aller r\u00e9viser leurs math\u00e9matiques et que les filles de quinze ans trouvent leur petit ami \u201ctr\u00e8s sp\u00e9cial\u201d comme dans les Feux de l\u2019amour. Ce qui a chang\u00e9, c\u2019est que le couple id\u00e9al, la grand-m\u00e8re intrigante, la demoiselle qui veut se faire \u00e9pouser, l\u2019avocate brillante finissent par rev\u00eatir, dans l\u2019imaginaire g\u00e9n\u00e9ral, les traits de ces h\u00e9ro\u00efnes qu\u2019on dirait coiff\u00e9es de laitues et qui respirent fort en pressant une main couverte de bijoux fantaisie sur un d\u00e9collet\u00e9 fuschia. Ce qui devient ennuyeux, c\u2019est d\u2019entendre valser les millions de dollars dans les lounge-bars des grands h\u00f4tels.<br \/>\nOn aimerait que pour une fois les protagonistes s\u2019appellent Suzette ou L\u00e9on. On aimerait qu\u2019ils montent une brasserie dans le vieux Colmar. Pour leurs vacances ils iraient passer une semaine \u00e0 Budapest au lieu d\u2019Atlantic City. \u00c7a nous ferait des vacances, \u00e0 nous aussi.<\/p>\n<p>Renvoyons la censure<br \/>\nElisabeth L\u00e9vy, auteur des Ma\u00eetres censeurs, pr\u00e9f\u00e8re les v\u00e9rit\u00e9s qu\u2019elle observe \u00e0 celles qu\u2019on lui recommande. Lors d\u2019une \u00e9mission d\u2019Ardisson sur Paris Premi\u00e8re, \u00e0 l\u2019instant d\u2019interroger l\u2019\u00e9crivain Renaud Camus, elle a tenu \u00e0 pr\u00e9ciser qu\u2019\u00e0 son avis il ne m\u00e9ritait nullement d\u2019\u00eatre soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019antis\u00e9mitisme. Cette pr\u00e9cision liminaire a saut\u00e9 au montage. C\u2019est un peu comme si la gr\u00e2ce du duc d\u2019Enghien avait servi \u00e0 cirer les bottes du peloton : l\u2019histoire s\u2019en serait souvenue. Nous nous en souviendrons.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3445 paru le 6 D\u00e9cembre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>La noblesse du direct<br \/>\nLa semaine pass\u00e9e je r\u00e9v\u00e9lais, pour l\u2019avoir entendu raconter par sa victime, la m\u00e9saventure suivante : un \u00e9crivain fran\u00e7ais, invit\u00e9 chez Ardisson sur Paris Premi\u00e8re, voit couper au montage une d\u00e9claration d\u2019Elisabeth L\u00e9vy, laquelle balayait l\u2019accusation d\u2019antis\u00e9mitisme qui pesait sur son invit\u00e9. Alain Finkielkraut se r\u00e9pand lui aussi dans la presse depuis deux ans pour lever la fatwa lanc\u00e9e sur Renaud Camus car c\u2019est de lui qu\u2019il s\u2019agit. Mais les ayatollahs de Saint-Germain-des-Pr\u00e9s ont des agents jusque chez Rive droite Rive gauche, et la production vient donc de d\u00e9truire une pi\u00e8ce essentielle \u00e0 la d\u00e9fense (dans une affaire qui, rappelons-le, \u00e9quivaut pour un \u00e9crivain \u00e0 une sentence de mort sans jugement).<br \/>\nCette omission d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, qui ressemble au faux patriotique destin\u00e9 \u00e0 accabler Dreyfus, a fait quelque bruit d\u00e8s le lendemain. Pour apaiser les premi\u00e8res rumeurs, Thierry Ardisson a d\u00e9croch\u00e9 son t\u00e9l\u00e9phone afin de proposer \u00e0 l\u2019accus\u00e9 une autre invitation, dans l\u2019\u00e9mission Tout le monde en parle (de plus en plus mal nomm\u00e9e). J\u2019ai interrog\u00e9 Camus sur le d\u00e9roulement de ce deuxi\u00e8me enregistrement. Voici sa r\u00e9ponse : \u00ab J\u2019ai cit\u00e9 les propos d\u2019Elisabeth L\u00e9vy et j\u2019ai ajout\u00e9, \u00e0 l\u2019adresse d\u2019Ardisson : \u201cVous avez fait dispara\u00eetre son intervention en ma faveur\u201d. \u00bb<br \/>\nOr cet \u00e9change-l\u00e0, personne ne l\u2019a vu non plus dans Tout le monde en parle. Eh bien, il faudrait justement qu\u2019on en parle. Il faudrait que les intellectuels fran\u00e7ais qui gardent un peu de courage \u00e9crivent une adresse au ministre de la Culture afin de lui signaler que la t\u00e9l\u00e9vision, dont l\u2019importance est consid\u00e9rable dans la vie intellectuelle du pays, proc\u00e8de d\u00e9sormais \u00e0 une d\u00e9naturation, \u00e0 une castration syst\u00e9matique des propos qu\u2019elle recueille.<br \/>\nLors d\u2019une autre \u00e9mission qui nous r\u00e9unissait r\u00e9cemment sur France 3, de nombreux passages d\u2019un entretien avec Jean-Jacques Aillagon ont saut\u00e9 pour ainsi dire sous son nez.<br \/>\nExit la mention d\u2019une th\u00e8se universitaire ayant servi de base \u00e0 l\u2019un des livres pr\u00e9sent\u00e9s ce soir-l\u00e0 (livre dont l\u2019un des objets \u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment de la tirer des oubliettes de la Sorbonne. On peut la trouver sur www.editions-universelles.net\/these-histoire.html).<br \/>\nExit la mention du fait qu\u2019un affairiste fran\u00e7ais ait achet\u00e9 la vid\u00e9o de l\u2019ex\u00e9cution des Ceausescu pour la revendre au monde entier. Cette pr\u00e9cision utile au d\u00e9bat a saut\u00e9 au montage bien qu\u2019elle f\u00fbt parfaitement en rapport avec le sujet.<br \/>\nComment peut-on croire que les universitaires et les chercheurs de demain, lorsqu\u2019ils se pencheront sur la vie de l\u2019esprit \u00e0 notre \u00e9poque, ne jetteront pas une lumi\u00e8re crue, f\u00e9roce sur les l\u00e2chet\u00e9s d\u00e9crites ci-dessus ? Leurs auteurs seront confondus comme Du Paty de Clam pendant l\u2019affaire Dreyfus. Si ces quelques lignes y contribuent j\u2019aurai fait \u0153uvre pie.<br \/>\nMais si le minist\u00e8re, par circulaire, restaurait la noblesse du direct, ce serait encore mieux.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3446 paru le 13 D\u00e9cembre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>De Dumas \u00e0 Pouchkine<br \/>\nL\u2019entr\u00e9e au Panth\u00e9on d\u2019Alexandre Dumas fut un coup de tonnerre dont l\u2019\u00e9cho r\u00e9sonne encore dans nos m\u00e9moires abasourdies.<br \/>\nD\u2019abord nous avons appris que Dumas fut un grand m\u00e9tis autant qu\u2019un grand \u00e9crivain. Nos historiens de la litt\u00e9rature croyaient qu\u2019il suffisait de l\u2019honorer pour son g\u00e9nie mais non, il fallait encore qu\u2019il le f\u00fbt malgr\u00e9 ses cheveux cr\u00e9pus. Pour un peu, on nous convaincrait que sa carri\u00e8re a failli \u00eatre compromise par la couleur de son teint. Il a triomph\u00e9 pendant un si\u00e8cle et demi, il v\u00e9cut longtemps comme un nabab, il est encore unanimement consid\u00e9r\u00e9 comme un prince des lettres, mais il s\u2019en est fallu d\u2019un poil pour que ce f\u00fbt le contraire.<br \/>\nOn pourrait appliquer le m\u00eame raisonnement sp\u00e9cieux aux Russes et \u00e0 Pouchkine. Certes, de Moscou \u00e0 Vladivostok on adore le grand po\u00e8te, mais on va nous expliquer \u00e0 pr\u00e9sent qu\u2019avec leur vieux fond x\u00e9nophobe et orthodoxe, les Russes (ces quasi-Serbes !) ne devraient pas v\u00e9n\u00e9rer un homme de g\u00e9nie qui avait un quart de sang noir. En somme, ils auraient pu faire un effort pour coller davantage \u00e0 leur mauvaise r\u00e9putation.<br \/>\nLa v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est qu\u2019il n\u2019existe aucune r\u00e9ticence des Fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ceux qui font la grandeur de la France, quelle que soit leur couleur. Pr\u00e9tendre le contraire, c\u2019est souffler sur un tas de cendres. C\u2019est vouloir rallumer le feu pour jouer les pompiers.<br \/>\nPar ailleurs l\u2019\u00e9v\u00e9nement du Panth\u00e9on nous aura permis de revoir, grav\u00e9e sur le cercueil de Dumas, la phrase c\u00e9l\u00e8bre : \u00ab Tous pour un, un pour tous. \u00bb<\/p>\n<p>Tous contre un<br \/>\nQuand on y r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 la lumi\u00e8re de ce qui se passe \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, le pr\u00e9cepte \u00e0 la mode est exactement le contraire. Il y a trente ans et depuis plusieurs si\u00e8cles, la source de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme \u00e9tait le sacrifice pour le salut d\u2019autrui. Une escouade de soldats pouvait affronter les plus graves p\u00e9rils pour sauver l\u2019un des siens.<br \/>\nOr depuis le Maillon faible et autres Star Academy le principe ne consiste plus \u00e0 r\u00e9int\u00e9grer l\u2019\u00e9l\u00e9ment en danger, mais \u00e0 le mettre en danger davantage afin de l\u2019exclure plus s\u00fbrement.<br \/>\nC\u2019est une loi observable chez la plupart des animaux. Les canaris qui blessent leurs cong\u00e9n\u00e8res malades vont jusqu\u2019\u00e0 les tuer pour affermir la structure du groupe. Dans Koh Lanta, c\u2019est la m\u00eame chose. Quand on voit la faveur dont jouissent les \u00e9missions-jeu-de-massacre, il est permis de s\u2019inqui\u00e9ter.<br \/>\nLe principe de la civilisation chr\u00e9tienne, dont notre syst\u00e8me est issu, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 \u201ctous contre un\u201d. C\u2019est pourtant celui qui triomphe dans les esprits. Il n\u2019est que de mesurer le sort m\u00e9diatique fait \u00e0 l\u2019octog\u00e9naire qui a caus\u00e9 le dramatique accident de Loriol. Son emprisonnement rel\u00e8ve de l\u2019exorcisme et l\u2019accusation d\u2019assassinat, en l\u2019esp\u00e8ce, de l\u2019abus de droit.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3447 paru le 20 D\u00e9cembre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Le sens contamin\u00e9<br \/>\nLes rapports pleuvent sur le bureau de Jean-Jacques Aillagon \u00e0 propos de la violence t\u00e9l\u00e9visuelle : Blandine Kriegel, Catherine Cl\u00e9ment, et d\u00e9sormais Claire Brisset. Le cas de la derni\u00e8re m\u00e9rite une attention particuli\u00e8re, non seulement parce que ses conclusions ont \u00e9t\u00e9 command\u00e9es par le minist\u00e8re de la Justice, mais parce que son titre officiel est \u201cd\u00e9fenseure des enfants\u201d.<br \/>\nOui, vous avez bien lu. Nous faill\u00eemes, nous-m\u00eame, en tomber par terre. Ce titre qui m\u00e9prise l\u2019usage au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019on ne sait quelle parit\u00e9 grammaticale, rappelle tellement la France niaise et raisonneuse de Lionel Jospin que nous lui pr\u00e9f\u00e9rerons celui d\u2019avocate.<br \/>\nClaire Brisset, avocate de l\u2019enfance, se propose, nous dit-on, de \u00ab cr\u00e9er un nouveau seuil de classification des produits audiovisuels, situ\u00e9 \u00e0 six ou sept ans \u00bb, en plus de ceux d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9s.<br \/>\nApr\u00e8s bien des t\u00e2tonnements, on approche donc de l\u2019essentiel. La perception que la jeunesse se forge du monde qui l\u2019entoure commence \u00e0 l\u2019\u00e2ge le plus tendre. Autrefois il \u00e9tait d\u2019usage dans les familles de ne juger personne devant les enfants, de ne dire aucun mal de ses voisins en leur pr\u00e9sence, de leur \u00e9pargner l\u2019\u00e9cho des querelles de famille. Aujourd\u2019hui, c\u2019est par millions que les moins de cinq ans sont abreuv\u00e9s de laideurs. Certains parents divorc\u00e9s, non contents d\u2019avoir inflig\u00e9 leurs disputes \u00e0 leur prog\u00e9niture, essaient de s\u2019en justifier devant elle. Ils prennent leurs bambins pour confidents de leurs mis\u00e8res et de leurs doutes. Cela rel\u00e8ve du viol.<br \/>\nDans ce contexte, que fait la t\u00e9l\u00e9vision ? Pour parler cr\u00fbment, elle en rajoute une couche. Le scandale du sens contamin\u00e9 m\u00e9riterait un proc\u00e8s fleuve. On devrait construire un palais de justice sp\u00e9cial, dot\u00e9 d\u2019une salle de projection, pour visionner l\u2019audit des trente derni\u00e8res ann\u00e9es. Il ne suffit pas de d\u00e9plorer la violence, ni de d\u00e9nombrer les sc\u00e8nes o\u00f9 l\u2019on brandit une arme.<\/p>\n<p>Morale sociale sp\u00e9cieuse<br \/>\nIl faudrait aussi analyser l\u2019influence d\u2019un film comme Elisa, diffus\u00e9 un dimanche soir sur la premi\u00e8re cha\u00eene fran\u00e7aise. Un film o\u00f9 l\u2019on voit une lolita s\u00e9duire son p\u00e8re naturel pour le punir de l\u2019avoir abandonn\u00e9e. Un film o\u00f9 elle humilie ses grands-parents pour bl\u00e2mer leur aveuglement. Un film o\u00f9 elle fait chanter un p\u00e8re de famille en jouant les prostitu\u00e9es mineures. Les enfants ont vite fait de comprendre ce genre de messages. A sept ans le mal est fait : leur vision du monde est alt\u00e9r\u00e9e au nom de cette morale sociale sp\u00e9cieuse qui consiste \u00e0 leur montrer le pire pour les rendre plus forts. En v\u00e9rit\u00e9 dans la plupart des cas la t\u00e9l\u00e9vision les rend plus faibles. Quand elle ne banalise pas le crime, elle r\u00e9pand le soup\u00e7on. Elle donne l\u2019exception pour la r\u00e8gle. Elle empoisonne le jugement des plus jeunes sur leur entourage.<br \/>\nIra-t-elle jusqu\u2019\u00e0 leur inspirer des id\u00e9es de vengeance ? Le film Elisa s\u2019y emploie fort express\u00e9ment.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3449 paru le 3 Janvier 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Un plan m\u00e9dias<br \/>\nUn lecteur m\u2019adresse l\u2019extrait d\u2019un num\u00e9ro de Marianne o\u00f9 Guillaume Durand reproche \u00e0 Thierry Ardisson sa libert\u00e9 d\u2019allures. Il le rappelle \u00e0 la modestie (ce qui ne manque pas de sel) et l\u2019invite au respect du service public en lui demandant, \u00e0 peu pr\u00e8s : \u201cQui t\u2019a fait roi ?\u201d<br \/>\nLa question peut \u00eatre retourn\u00e9e \u00e0 l\u2019envoyeur. Nous y joindrons un post-scriptum quant \u00e0 l\u2019avant-dernier Campus. Cette \u00e9mission pulv\u00e9rise l\u2019indice de suivisme rive gauche tol\u00e9rable sur une antenne nationale. La neutralit\u00e9 douteuse de Thierry Ardisson m\u2019a nagu\u00e8re inspir\u00e9 quelques lignes s\u00e9v\u00e8res mais il aura donn\u00e9 la preuve d\u2019un certain pluralisme m\u00eame s\u2019il reste \u00e9quivoque. Guillaume Durand, lui, travaille dans l\u2019univoque, \u00e0 fond et sans complexes. Prenons un cas d\u2019\u00e9cole, le livre sur les \u201cnouveaux r\u00e9acs\u201d dont il est fort recommand\u00e9 de parler en ce moment. C\u2019est m\u00eame un mot d\u2019ordre. Cette campagne de promotion de style Harry Potter s\u2019explique ais\u00e9ment : la gauche entend s\u2019arroger la totalit\u00e9 du discours sur ses propres erreurs. Elle nous a mitonn\u00e9 un examen de conscience public sur le th\u00e8me : \u201cN\u2019avons-nous pas \u00e9t\u00e9 trop loin dans la permissivit\u00e9 ?\u201d et elle entend qu\u2019on le sache.<\/p>\n<p>Les barons du bonneteau<br \/>\nGuillaume Durand est l\u00e0 pour nous le faire savoir. Pas lui seul, et pas seulement, mais un peu tout de m\u00eame, et surtout un peu trop. Le dispositif m\u00e9diatique mis en place par la gauche se resserre autour de ce genre de \u201cbons \u00e9l\u00e9ments\u201d afin d\u2019asseoir l\u2019illusion que ceux qui ont commis les pires sottises depuis trente ans sont les seuls \u00e0 pouvoir les interpr\u00e9ter. Leurs adversaires sont r\u00e9put\u00e9s disqualifi\u00e9s pour le faire. On se croirait en Chine dans les ann\u00e9es 1960. Pour en revenir \u00e0 Durand, la fa\u00e7on dont son \u00e9mission titr\u00e9e Tous r\u00e9acs ? a servi ce dessein m\u00e9rite la mention \u201cm\u00e9diocre\u201d. Il s\u2019agissait de d\u00e9rouler le sc\u00e9nario de l\u2019autocritique pour dissuader quiconque de r\u00e9fl\u00e9chir hors du script. On a eu soin d\u2019inviter les obligatoires (Julien Dray, Daniel Rondeau, Jean-Claude Carri\u00e8re, etc.) qui ont jou\u00e9, devant l\u2019opinion, le r\u00f4le des barons au bonneteau.<br \/>\nLes auteurs de ce genre d\u2019op\u00e9rations ridicules ne s\u2019arr\u00eatent pas l\u00e0 ; ils placent leurs agents et leurs relais jusque dans les journaux conservateurs, lesquels affectent en ce moment de leur r\u00e9pondre : Vous avez plastiqu\u00e9 l\u2019\u00e9cole jusqu\u2019\u00e0 compromettre les chances de r\u00e9ussir chez les enfants de prol\u00e9taires, mais c\u2019\u00e9tait une erreur de jeunesse. La preuve, vous nous soutenez d\u00e9sormais quand nous leur envoyons la police.<br \/>\nEt si le but de ce faux d\u00e9bat sur les r\u00e9acs \u00e9tait banalement, au prix de tous les reniements, de tous les subterfuges, de garder la vedette ? B\u00e9b\u00e9 Cadum, nouvelle vague, mao\u00efsme, nouvelle modernit\u00e9, r\u00e9alisme des ann\u00e9es 1980, nouveaux r\u00e9acs, nos parvenus sexag\u00e9naires vont bient\u00f4t red\u00e9couvrir le g\u00e9nie du christianisme.<br \/>\nQuant \u00e0 savoir si le peuple va mordre \u00e0 l\u2019hame\u00e7on une fois de plus, \u00e0 mon sens c\u2019est une fois de trop.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3450 paru le 10 Janvier 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>V\u0153ux pieux<br \/>\nQue l\u2019ann\u00e9e nouvelle permette \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision de devenir le reflet de la nation jusqu\u2019\u00e0 \u201cautoriser le d\u00e9bat\u201d, comme on dit dans les sections CGT. Que parmi les grandes r\u00e9solutions pour 2003, on inscrive le projet de remplacer les \u00e9missions du genre France Europe Express pour donner une chance aux journalistes de poser les vraies questions. Que France T\u00e9l\u00e9visions instaure, tous les samedis matin pendant trois heures sur France 3, une s\u00e9rie Expression directe qui traiterait un seul th\u00e8me par mois et qui laisserait aux partis, associations et groupes de pens\u00e9e le loisir de se r\u00e9pondre, de semaine en semaine, sur la base de reportages et par le biais de d\u00e9monstrations raisonn\u00e9es, au lieu de se couper la parole apr\u00e8s minuit pour un demi pour cent de part de march\u00e9.<br \/>\nVoil\u00e0, direz-vous, des v\u0153ux bien utopiques. Et pourtant ce syst\u00e8me a d\u00e9j\u00e0 eu cours \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, il y a vingt ou trente ans (on se souvient du fameux film qui permit \u00e0 Maurice Clavel de caser sa c\u00e9l\u00e8bre r\u00e9plique \u00ab Messieurs les censeurs, bonsoir \u00bb). Alors que s\u2019est-il pass\u00e9, depuis cette \u00e9poque dont personne ne soup\u00e7onnait qu\u2019on p\u00fbt la regretter un jour ? Nous avons assist\u00e9 \u00e0 une r\u00e9gression de la libert\u00e9 d\u2019expression. Les \u00e9missions d\u2019opinion louvoient d\u00e9sormais entre les sujets \u00e0 ne pas aborder, elles se r\u00e9f\u00e8rent sans cesse \u00e0 la liste des personnes \u00e0 ne pas inviter, elles doivent se garder des mots \u00e0 ne pas prononcer. Pour revenir au film r\u00e9alis\u00e9 par Bernard Clavel en 1971, il s\u2019achevait par l\u2019image d\u2019une main tentant de r\u00e9sister au d\u00e9bit d\u2019une fontaine. Ce geste finissait par d\u00e9cupler la pression de l\u2019eau : au bout de deux secondes elle jaillissait jusqu\u2019\u00e0 \u00e9clabousser la cam\u00e9ra.<br \/>\nEh bien, en 2003 les producteurs devraient songer \u00e0 s\u2019\u00e9quiper de cam\u00e9ras \u00e9tanches.<\/p>\n<p>La d\u00e9mocratie de l\u2019insignifiant<\/p>\n<p>Pour s\u2019\u00e9pargner l\u2019\u00e9ternel argument : \u201cVous critiquez mais vous ne proposez rien\u201d, allons plus loin dans l\u2019utopie. Pourquoi ne pas adapter l\u2019instrument t\u00e9l\u00e9vision \u00e0 l\u2019exercice m\u00eame de la d\u00e9mocratie ? Ce qui est frappant, en ce moment, dans la t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est sa propension \u00e0 consulter le pays dans le domaine de l\u2019insignifiant et lui seul. On demande aux gens leur avis sur Nolwenn mais pas sur les Balkans.<br \/>\nOn objectera sans doute qu\u2019\u00e0 propos des candidats de Star Academy, les gens ont eu le temps de se faire une opinion, alors que sur les Balkans, le voile islamique, la fiscalit\u00e9, la Turquie, etc. ils n\u2019ont jamais eu ce loisir. Eh bien, admettons qu\u2019ils puissent s\u2019en forger une, gr\u00e2ce \u00e0 des reportages contradictoires (\u00e7a nous changerait), sur les sujets qui nous int\u00e9ressent.<br \/>\nH\u00e9las, personne ne veut croire que le peuple soit capable de jugement sur autre chose que le sourire de Miss France. Personne ne veut le croire, sauf le peuple lui-m\u00eame. Quand il choisit de l\u2019illustrer, on appelle \u00e7a l\u2019histoire et il est d\u00e9j\u00e0 un peu tard pour la raison.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3508 paru le 20 F\u00e9vrier 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Comme dans un moulin<br \/>\nLa France clandestine : ce titre d\u2019un reportage de Droit de savoir avait l\u2019air de coller au sujet \u00e0 un d\u00e9tail pr\u00e8s : il s\u2019agissait tr\u00e8s peu de la France. Dans la plupart des cas pr\u00e9sent\u00e9s, notre pays n\u2019avait rien \u00e0 voir avec ce qu\u2019on montrait \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Par exemple une coiffeuse de Shanghai qui, m\u00e9contente de son sort et soucieuse, disait-elle, de remplir son devoir de m\u00e8re en permettant \u00e0 sa fille d\u2019aller \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de P\u00e9kin, s\u2019installait \u00e0 Paris avec un visa de tourisme, pour coiffer la communaut\u00e9 chinoise, au noir, et en chinois.<br \/>\nAutre exemple, une bande de passeurs irakiens qui ran\u00e7onnaient leurs compatriotes \u00e0 Calais pour leur permettre de franchir la Manche sur l\u2019essieu d\u2019un camion. Et enfin une poign\u00e9e d\u2019ouvriers portugais, employ\u00e9s sur un chantier parisien par un n\u00e9grier de Lisbonne. Ce qui frappe, c\u2019est que dans le meilleur des cas, tous ces int\u00e9r\u00eats exog\u00e8nes sont parall\u00e8les aux n\u00f4tres. En d\u2019autres termes, ils ne convergent jamais avec eux, sauf quand la travailleuse chinoise ach\u00e8te sa baguette \u00e0 la boulangerie. Et dans le pire des cas, les int\u00e9r\u00eats de ces immigrants sont contraires \u00e0 ceux du pays o\u00f9 ils sont entr\u00e9s \u2013 comme dans un moulin. On voyait un garagiste turc qui se faisait payer par les Assedic la constitution de sa soci\u00e9t\u00e9 de r\u00e9paration automobile. Mais on voyait aussi qu\u2019il ne versait rien \u00e0 la S\u00e9curit\u00e9 sociale. Non plus que la coiffeuse chinoise, laquelle, pendant que son salaire clandestin est vir\u00e9 en Chine, trouvera probablement dix associations pour d\u00e9fendre son droit \u00e0 la couverture sociale \u00e0 Paris.<br \/>\nIl est un droit que le peuple fran\u00e7ais exerce avec beaucoup de constance en ce moment, c\u2019est celui de se taire, mais on peut se demander si son z\u00e8le ne va pas s\u2019\u00e9mousser.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3451 paru le 17 Janvier 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Qui veut rembourser des millions ?<br \/>\nLors d\u2019une r\u00e9union de Sivom \u00e0 laquelle j\u2019assistais comme \u00e9lu d\u2019un humble village, un nouveau concept d\u2019\u00e9mission m\u2019a travers\u00e9 l\u2019esprit. Devant l\u2019accablement de certains maires qui ont h\u00e9rit\u00e9 d\u2019un endettement vertigineux contract\u00e9 dans les ann\u00e9es Jospin, il faudrait sugg\u00e9rer \u00e0 Jean-Pierre Pernaut de s\u2019entendre avec Jean-Pierre Foucault pour cr\u00e9er un jeu destin\u00e9 \u00e0 renflouer les caisses communales d\u00e9vast\u00e9es par vingt ans de subventions pousse-au-crime, de projets m\u2019as-tu-vu, de d\u00e9chetteries hors de prix, de rapports surfactur\u00e9s, de logiciels informatiques d\u00e9pass\u00e9s, de commandes de mat\u00e9riel obsol\u00e8te obtenu gr\u00e2ce \u00e0 un \u201cproche de la mairie\u201d.<br \/>\nApr\u00e8s avoir donn\u00e9 le nom d\u2019un affluent de la Seine et r\u00e9pondu \u201cC\u2019est mon dernier mot, Jean-Pierre\u201d, les \u00e9lus raconteraient comment, dans l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un triomphe, ils emploieraient le bel argent de la t\u00e9l\u00e9vision. Pour commencer ils pourraient sortir de la tutelle de la Cour des comptes. Ensuite ils recruteraient leurs agents municipaux sur la seule foi de leur efficacit\u00e9 sans se soucier de client\u00e9lisme. Ils pourraient choisir leurs fournisseurs, r\u00e9sister aux pressions qui les accablent lors des appels d\u2019offres, \u00e9viter de se faire plumer sur recommandation du conseil g\u00e9n\u00e9ral par des officines qui proposent des contrats de maintenance dix fois plus chers qu\u2019ailleurs. Ils r\u00e9sisteraient aux repr\u00e9sentants qui cherchent \u00e0 caser des cascades de leasing (photocopieuses, v\u00e9hicules, etc.) \u00e0 des communes de moins de mille habitants qui ont d\u00e9j\u00e0 du mal \u00e0 payer leur assainissement. Ils feraient fructifier un p\u00e9cule en pr\u00e9vision des proc\u00e8s intent\u00e9s par les touristes pour d\u00e9faut de panneau \u201cAttention, \u00e7a mouille\u201d au bord de la rivi\u00e8re.<br \/>\nEn un mot, ils seraient \u00e0 l\u2019abri du sort qui guette les communes quand elles sont gouvern\u00e9es par les esprits faibles, lesquels ne connaissent qu\u2019une devise : \u201cD\u00e9j\u00e0 qu\u2019on est pauvre, y manquerait plus qu\u2019on se prive !\u201d<\/p>\n<p>Service compris<br \/>\nIl reste une autre solution \u00e0 la disposition de ceux qui auront \u00e9chou\u00e9 aux \u00e9liminatoires : renflouer les finances publiques en invitant leurs administr\u00e9s \u00e0 faire de la figuration dans une \u00e9mission de t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 am\u00e9ricaine. D\u00e9j\u00e0 auteur de l\u2019Ile de la tentation, Fox a lanc\u00e9 Qui veut \u00e9pouser un millionnaire ? qui n\u2019a pas connu la m\u00eame fortune. L\u2019\u00e9mission proposait \u00e0 douze candidates de d\u00e9crocher un homme riche. Le concept nous revient mais d\u00e9sormais la France fait partie du casting ; ce n\u2019est pas nous qui \u00e9pousons, mais nous fournissons le ch\u00e2teau et le personnel en livr\u00e9e (avec lequel notre pays se confond plus ou moins). L\u2019\u00e9mission s\u2019appelle Joe Millionnaire. On a choisi un bel homme qui joue les wonderboys exil\u00e9s chez nous. En fait il n\u2019a pas un sou : la gagnante verra son prince charmant se transformer en crapaud en direct. On esp\u00e8re que l\u2019amour triomphera, que les recettes seront cons\u00e9quentes et que le pourboire du personnel ne sera pas oubli\u00e9.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3383 paru le 28 Septembre 2001<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Une balle dans le sac<br \/>\nC\u2019\u00e9tait une image si \u00e9mouvante et symbolique qu\u2019on nous l\u2019a resservie deux fois en une semaine : celle d\u2019une femme afghane couverte de cette \u00e9toffe grossi\u00e8re et d\u00e9lav\u00e9e qui ressemble \u00e0 un sac postal, et qu\u2019on tuait \u00e0 bout portant dans un stade bond\u00e9, comme \u00e7a, d\u2019une simple balle dans le sac. L\u2019\u00e9motion naissait non seulement des circonstances, abjectes, du sourire de ces hommes aux dents blanches (dont, rappelons-le, l\u2019un des sports nationaux consiste \u00e0 jouer au polo avec un cadavre de mouton), mais du fait que cette femme, d\u00e9j\u00e0 priv\u00e9e de visage pendant sa vie, le f\u00fbt dans la mort. Ce n\u2019est pas nouveau, dira-t-on. Maintenant que l\u2019\u00e9motion a fait une place l\u00e9gitime \u00e0 la col\u00e8re, on nous rab\u00e2che les innombrables traits de barbarie dont certaines philosophies politiques et religieuses se rendent encore coupables, fid\u00e8les \u00e0 leur tradition mill\u00e9naire, elle-m\u00eame flatt\u00e9e par une d\u00e9magogie beaucoup plus r\u00e9cente. On nous rappelle que la corruption et la cruaut\u00e9 avaient cours depuis des ann\u00e9es en Arabie saoudite. Mais qui les a laiss\u00e9s s\u2019autofinancer pendant quarante ans ? Qui a fait, de cette famille Ben Laden, la version djellaba du clan des Siciliens ? Qui a donn\u00e9, comme dans James Bond, les cl\u00e9s du monde moderne \u00e0 des maniaques richissimes qui vivent dans des grottes et qui concilient la pratique d\u2019Internet avec celle de la torture ?<br \/>\nL\u2019amour aura certainement raison de ceux qui le ha\u00efssent. C\u2019est \u00e9crit, l\u2019histoire le veut, le raffinement de la conscience humaine depuis vingt ou trente si\u00e8cles exige que ce qui l\u2019entrave soit balay\u00e9, retourn\u00e9, ce qui rend la perspective de cette guerre un peu vaine, parce qu\u2019on sait que la haine s\u2019apaisera, comme tous les cinquante ans, apr\u00e8s quelques corv\u00e9es pr\u00e9alables. Le moment venu les historiens devront toutefois se demander pourquoi, au nom du droit des peuples \u00e0 disposer d\u2019eux-m\u00eames, on a tant incit\u00e9 de peuples \u00e0 disposer d\u2019autrui, et qui l\u2019a fait, et pour quel b\u00e9n\u00e9fice. Mais pour l\u2019instant, il est malvenu de poser la question.<\/p>\n<p>Cafouillages<br \/>\nCertains \u201cdirects du Pentagone\u201d de France 2 sentaient l\u2019amateurisme : on voyait par exemple Etienne Leenhardt aviser un passant par hasard et lui taper sur l\u2019\u00e9paule. L\u2019inconnu se retournait, manifestait une surprise enti\u00e8rement affect\u00e9e, r\u00e9pondait \u00e0 la question avant que le journaliste ait fini de la poser (de crainte sans doute d\u2019oublier la r\u00e9ponse qu\u2019il avait pr\u00e9par\u00e9e), on s\u2019apercevait alors que l\u2019interview\u00e9 portait de surcro\u00eet une chemise patriotique assez burlesque, genre \u201cstars and stripes\u201d, qui \u00e9tait certainement la seule raison pour laquelle on l\u2019avait distingu\u00e9 dans la foule. Tout cela faisait un peu piti\u00e9 pour la premi\u00e8re cha\u00eene publique. Quant \u00e0 Daniel Bilalian, cens\u00e9 visionner les reportages de son journal avant de le pr\u00e9senter, il nous a donn\u00e9 du \u00ab Roudi Gouliani \u00bb pendant une demi-heure (pour Rudi Giuliani), alors que tous ses journalistes pronon\u00e7aient le nom correctement. L\u2019oreillette \u00e9tait sans doute en panne\u2026<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3452 paru le 24 Janvier 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Tribu majoritaire<br \/>\nD\u00e9sormais, lorsqu\u2019on f\u00e9licite un producteur de ce qu\u2019il n\u2019a pas fait ses courses \u00e0 Los Angeles ou \u00e0 Sydney, il faut rester prudent car m\u00eame les \u00e9missions qui passent pour franchouillardes (Lagaf) peuvent dissimuler une licence am\u00e9ricaine.<br \/>\nA premi\u00e8re vue, ce n\u2019est pas le cas de Vis ma vie ou de Stars \u00e0 domicile. Les deux id\u00e9es sont intelligentes. La premi\u00e8re pourrait sans doute l\u2019\u00eatre un peu plus, la seconde souffrirait de l\u2019\u00eatre davantage. Dans Vis ma vie, un directeur de salon de coiffure passe une semaine chez un \u00e9leveur de porcs (et inversement), un mondain fr\u00e9quente des motards ou des dockers, une m\u00e8re de neuf enfants fait les boutiques de la place Vend\u00f4me avec un mannequin vedette, etc. La pr\u00e9sence de la cam\u00e9ra est un peu encombrante et les dialogues d\u2019un naturel douteux. Mais le choc est indiscutable. Il divertit et fait r\u00e9fl\u00e9chir. En tout cas, l\u2019\u00e9mission s\u2019est donn\u00e9 pour ambition de r\u00e9duire les pr\u00e9jug\u00e9s entre les diff\u00e9rentes tribus \u2013 terme qu\u2019emploie Thierry Ardisson sur son nouveau plateau, pour dresser, lui, le portrait de la population fran\u00e7aise dans sa diversit\u00e9. Or la diversit\u00e9 dont il nous parle n\u2019affecte qu\u2019un milli\u00e8me de nos contemporains. Les autres sont invit\u00e9s \u00e0 la regarder en silence. La tribu la plus nombreuse en France (et de loin) rassemble des gens qui ne portent pas d\u2019anneaux dans le nez ou de plumes dans le derri\u00e8re. On l\u2019appelle la majorit\u00e9. Elle est silencieuse, mais ce n\u2019est pas par l\u00e2chet\u00e9. C\u2019est par politesse. On y retrouve des gens fort divers eux aussi, mais qui refusent d\u2019infliger leurs particularit\u00e9s \u00e0 leurs contemporains.<br \/>\nL\u2019\u00e9mission Tribus, par son \u00e9talage d\u2019extravagances assez p\u00e9nible, pr\u00e9sent\u00e9 sur un ton docte qui l\u2019est encore plus, a pour objet principal de heurter la majorit\u00e9. Elle le fait, de surcro\u00eet, sur le service public, c\u2019est-\u00e0-dire avec son propre argent. C\u2019est un peu comme si l\u2019on proc\u00e9dait \u00e0 une qu\u00eate aupr\u00e8s des associations religieuses pour doubler la surface d\u2019un sex-shop. Dans le priv\u00e9, on donnerait trois semaines \u00e0 un concept aussi stupide. Mais le secteur public est si d\u00e9mocratique que l\u2019\u00e9mission Tribus peut durer trois ans.<br \/>\nStars \u00e0 domicile a choisi de flatter plut\u00f4t ce qui r\u00e9unit les gens que ce qui les divise. Dans le contexte actuel, c\u2019est \u00e0 la fois plus l\u00e9gitime et moins t\u00e9m\u00e9raire. Il s\u2019agit d\u2019inviter une vedette \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer, par surprise, dans la vie quotidienne d\u2019un de ses admirateurs. Tr\u00e8s orient\u00e9 bourgeoisie moyenne (on ne voit gu\u00e8re de petites gens), ce divertissement ne manque pas d\u2019heureux moments parce que l\u2019\u00e9motion qui s\u2019en d\u00e9gage est plus profonde qu\u2019il n\u2019y para\u00eet d\u2019abord.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de chez Mickey<br \/>\nD\u2019une journaliste de France Info, cette pr\u00e9cision \u00e0 propos d\u2019une localit\u00e9 o\u00f9 l\u2019on d\u00e9plore une disparition : \u00ab Guermantes est un petit village \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Disneyland. \u00bb<br \/>\nC\u2019est connu, l\u2019\u0153uvre de Proust annonce le Roi Lion. Dans le genre cuir, Mme de Saint-Euverte n\u2019e\u00fbt pas fait mieux.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3453 paru le 30 Janvier 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Rien \u00e0 cacher<br \/>\nEnvoy\u00e9 sp\u00e9cial nous d\u00e9crivait r\u00e9cemment un cas exemplaire, celui de l\u2019affaire Gemplus. L\u2019espionnage industriel ne prend m\u00eame plus la peine de se cacher, tant l\u2019ang\u00e9lisme et l\u2019aveuglement sont devenus la r\u00e8gle dans nos rapports avec les Am\u00e9ricains. Chez nous, un auteur peut encore se hisser en t\u00eate des ventes avec un titre du genre De l\u2019antiam\u00e9ricanisme consid\u00e9r\u00e9 comme une maladie mentale. Certes, il y a aussi Apr\u00e8s l\u2019empire, d\u2019Emmanuel Todd, qui conna\u00eet un grand succ\u00e8s, mais peu de gens s\u2019en font l\u2019\u00e9cho dans les m\u00e9dias, pour ne pas attirer l\u2019attention sur les errements de la morale am\u00e9ricaine. On pr\u00e9f\u00e8re produire sous les cam\u00e9ras la parano\u00efa de Jean-Pierre Petit, auteur d\u2019un livre ahurissant sur les armes secr\u00e8tes du Pentagone. Il est venu nous effrayer dans l\u2019\u00e9mission de Bernard Tapie sur le ton : \u201cIls sont d\u00e9j\u00e0 parmi nous.\u201d On ne savait trop s\u2019il parlait des petits hommes verts ou des agents secrets.<br \/>\nOr, quand on y r\u00e9fl\u00e9chit, il n\u2019est pas besoin d\u2019avoir recours aux rumeurs sur la zone 51 pour s\u2019apercevoir que les Am\u00e9ricains ont quelque chose \u00e0 nous cacher. Ce qui devrait nous pr\u00e9occuper, c\u2019est que, pour notre part, nous n\u2019ayons plus aucun secret pour eux. Comme en t\u00e9moigne l\u2019affaire Gemplus, le degr\u00e9 de transparence qu\u2019on nous impose au nom du lib\u00e9ralisme est sans commune mesure avec l\u2019opacit\u00e9 qu\u2019on nous oppose au nom de la raison d\u2019Etat.<\/p>\n<p>Plus de secrets<br \/>\nL\u2019exemple le plus criant, qui n\u2019a fait l\u2019objet pour l\u2019instant d\u2019aucune \u00e9mission, qui laisse nos d\u00e9put\u00e9s indiff\u00e9rents, est celui d\u2019un fournisseur d\u2019acc\u00e8s Internet, une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019origine am\u00e9ricaine qui jouit du privil\u00e8ge exorbitant de pouvoir envoyer \u00e0 l\u2019\u00e9tranger les courriers, les relev\u00e9s de connexion, les informations marketing, en somme tout ce qui s\u2019\u00e9change sous sa banni\u00e8re et sur notre territoire. Il suffit de demander ce qu\u2019on appelle un traceroute pour s\u2019aviser que la m\u00e9nag\u00e8re du Havre qui commande \u00e0 La Redoute, le scientifique de Grenoble qui adresse un rapport \u00e0 douze coll\u00e8gues du CNRS, et jusqu\u2019\u00e0 votre serviteur lorsqu\u2019il envoie sa chronique de la semaine, font un d\u00e9tour par\u2026 la ville de Reston, en Virginie. La soci\u00e9t\u00e9 a d\u2019ailleurs l\u2019honn\u00eatet\u00e9 de vous en pr\u00e9venir. Non seulement par contrat, mais parce qu\u2019elle pratique la transparence : la preuve, elle est le deuxi\u00e8me fournisseur d\u2019acc\u00e8s en France, mais elle s\u2019appelle toujours America Online.<\/p>\n<p>Destins felliniens<br \/>\nL\u2019\u00e9mission le Plus Grand Cabaret du monde pr\u00e9sente depuis plusieurs ann\u00e9es ce qu\u2019on appelle des num\u00e9ros internationaux, notamment gr\u00e2ce \u00e0 la multiplication des artistes venus de l\u2019Est. En voil\u00e0 qui n\u2019ont que leur talent pour conqu\u00e9rir le monde. Au cours de l\u2019hommage rendu \u00e0 deux magiciens disparus, on a pu \u00e9prouver la po\u00e9sie de ces destins<br \/>\nfelliniens qui s\u2019interrompent sur un coup de chapeau et qui nous rappellent au n\u00f4tre, un peu abruptement.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3454 paru le 7 F\u00e9vrier 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Un temps pour tout<br \/>\nS\u2019il en \u00e9tait besoin, l\u2019histoire d\u2019AZF prouverait qu\u2019il y a un temps pour tout, et surtout pour avoir raison. On nous expliquera bient\u00f4t que le public n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9par\u00e9, il y a un an, \u00e0 lire les rapports d\u2019expertise, \u00e0 affronter l\u2019\u00e9vidence d\u2019une d\u00e9rive conformiste du syst\u00e8me m\u00e9diatico-judiciaire. Le peuple n\u2019\u00e9tait pas m\u00fbr pour entendre parler d\u2019aveuglement, de v\u00e9rit\u00e9s recommand\u00e9es, de recherche d\u2019un coupable id\u00e9al, d\u2019instruction men\u00e9e sur des mots d\u2019ordre orient\u00e9s \u00e0 propos des \u201cprofits\u201d plus que sur les faits.<br \/>\nCe n\u2019est pas le seul sujet sur lequel Valeurs Actuelles aura tourn\u00e9 le dos \u00e0 la pens\u00e9e unique. Il y eut aussi le r\u00f4le social n\u00e9gatif de la s\u00e9rie Taxi \u00e0 propos duquel on pouvait lire dans cette humble chronique : \u00ab Un pays qui laisse tourner et vendre des films o\u00f9 l\u2019on circule dans les rues de Paris \u00e0 200 \u00e0 l\u2019heure a-t-il le droit de se plaindre que les voyous fassent la course le samedi sur les bretelles d\u2019autoroute ? \u00bb<br \/>\nC\u2019\u00e9tait il y a dix-huit mois. A cette \u00e9poque-l\u00e0, remettre en question le degr\u00e9 de civilisation v\u00e9hicul\u00e9 par la mythologie Taxi relevait de la provocation r\u00e9actionnaire. La plupart des magazines consacraient des doubles pages \u00e0 la voiture et au film. M\u00eame dans les journaux conservateurs, le nombre d\u2019entr\u00e9es des produits Besson semblait justifier \u00e0 lui seul des sc\u00e8nes comme celle o\u00f9 le h\u00e9ros avance \u00e0 la hauteur d\u2019une voiture de police \u00e0 bord de son propre v\u00e9hicule et lance \u00e0 ses occupants : \u00ab Alors, \u00e7a va, les p\u2019tits p\u00e9d\u00e9s ? \u00bb<br \/>\nTant qu\u2019on y est, prenons date pour les revirements futurs : c\u2019est ici aussi que l\u2019on d\u00e9non\u00e7ait les jeux vid\u00e9o o\u00f9 l\u2019on torture ses adversaires. C\u2019est ici que l\u2019on r\u00e9clamait de soigner la tentation de la violence au stade de la maternelle.<\/p>\n<p>La mode change<br \/>\nSous la pression des \u00e9v\u00e9nements, la mode est en train de changer. VSD prend la t\u00eate d\u2019une croisade antiviolence routi\u00e8re \u00e0 propos de la sortie de Taxi 3. M 6 organise une soir\u00e9e sp\u00e9ciale. France 2 nous inflige un genre de Grand Echiquier \u00e0 la sauce pr\u00e9vention routi\u00e8re. Que se passe-t-il ?<br \/>\nC\u2019est tout simple, les promoteurs de la violence au cin\u00e9ma, de l\u2019esth\u00e9tique d\u00e9jant\u00e9e sont en train de subtiliser le discours de la raison \u00e0 ceux qui le tiennent d\u00e9j\u00e0 depuis vingt ans. L\u2019opinion publique r\u00e9clame plus de civisme, d\u2019ordre et de sagesse. Les gens commencent \u00e0 s\u2019apercevoir qu\u2019il n\u2019est pas indiff\u00e9rent d\u2019infliger tant de laideurs aux enfants, de traiter les p\u00e8res comme des toutous dans la publicit\u00e9, de rendre les adultes ridicules, les institutions ha\u00efssables, les hommes politiques cupides, etc.<br \/>\nIl devient donc urgent de doubler ceux qui l\u2019avaient bien dit. Comment faire ? Il suffit de le dire \u00e0 leur place afin de ne pas avoir \u00e0 leur c\u00e9der le micro. Pour s\u2019arroger la paternit\u00e9 d\u2019un discours qu\u2019on n\u2019a jamais tenu, il ne suffit pas d\u2019en d\u00e9pouiller les auteurs, il faut occuper le terrain. Certains s\u2019y entendent \u00e0 merveille, mais pour combien de temps ?<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3455 paru le 14 F\u00e9vrier 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Icare et les \u201csunlights\u201d<br \/>\nL\u2019un des ph\u00e9nom\u00e8nes les plus constants des dix derni\u00e8res ann\u00e9es \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision est le besoin de faire acc\u00e9der n\u2019importe qui \u00e0 la gloire en quelques jours, comme la berg\u00e8re acc\u00e8de au ch\u00e2teau royal, ou le crapaud \u00e0 la fille du roi, dans les contes de Grimm. Or le fond de morale qui subsiste en chacun de nous veut s\u2019entendre rappeler que les contes de f\u00e9es sont une illusion, principe qu\u2019ont bien compris les \u201cgens des m\u00e9dias\u201d puisqu\u2019apr\u00e8s avoir promu les nouvelles gloires ils les descendent, avant de leur tendre le micro sur le ton : \u201cQue vous est-il arriv\u00e9 ?\u201d ou, pire encore : \u201cIl nous revient avec un nouveau spectacle apr\u00e8s dix ans de gal\u00e8re.\u201d<br \/>\nJean Roucas vient de faire l\u2019objet de ce traitement dans l\u2019\u00e9mission de Julien Courbet.<br \/>\n\u00ab Il \u00e9tait au sommet, il vendait des millions de disques, tout s\u2019est \u00e9croul\u00e9 dans sa vie, il est avec nous sur ce plateau \u00bb (Applaudissements).<br \/>\nSoyons justes, le concept a \u00e9t\u00e9 largement exploit\u00e9 aussi par Thierry Ardisson, Mireille Dumas et les autres, mais pourquoi avec tant d\u2019insistance ? Parce qu\u2019apr\u00e8s avoir promu, f\u00eat\u00e9, adul\u00e9 une vedette il faut donner au peuple son content de retour \u00e0 la morale en montrant que le chanteur \u201ca pris la grosse t\u00eate\u201d, qu\u2019il a donc tr\u00e9buch\u00e9 et que tout est rentr\u00e9 dans l\u2019ordre. C\u2019est alors seulement que l\u2019identification, cl\u00e9 de l\u2019Audimat et des recettes publicitaires, peut fonctionner \u00e0 fond. Observons cependant que la fable \u00e9ternelle du voyage d\u2019Icare tend \u00e0 nous \u00eatre projet\u00e9e en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, de sorte que nous n\u2019aurons bient\u00f4t plus qu\u2019un condens\u00e9 de l\u2019ascension et de la chute, qui se d\u00e9roulera sous nos yeux pratiquement en direct. C\u2019est Reine d\u2019un jour \u00e0 la sauce Starac. Prenez Jean-Pascal, l\u2019antih\u00e9ros de la Star Academy n\u00b0 1. Nous apprenons en ce moment (non sans satisfaction) que sa tourn\u00e9e fait un bide. Son personnage commence \u00e0 lasser \u201cgrave, et m\u00eame limite super-grave\u201d, comme dit son public. On peut donc s\u2019attendre \u00e0 ce que la production de TF 1, avant la fin de l\u2019ann\u00e9e, organise un \u201csp\u00e9cial d\u00e9ch\u00e9ance de Jean-Pascal\u201d. Celui qui se fait appeler Jip\u00e9 viendra analyser les cons\u00e9quences de son humour \u00e0 la Cantona. On lui donnera une chance de faire un come-back avec un dernier single, il promettra en vain de s\u2019amender et hop ! rendez-vous dans dix ans, quand il sera devenu agent immobilier. En attendant, vous pouvez consulter le chapelet de ses idioties sur le site de ses d\u00e9tracteurs : http:\/\/membres.lycos.fr\/jpascal2\/<\/p>\n<p>Cro-Magnon<br \/>\nIncidemment une \u00e9mission r\u00e9cente me revient en m\u00e9moire : un \u201cb\u00eatisier du direct\u201d o\u00f9 justement Cantona prenait \u00e0 partie deux journalistes sur un plateau, \u00e0 l\u2019aide d\u2019un vocabulaire du genre \u201cj\u2019te pisse \u00e0 la raie, toi\u201d (sic). Cette s\u00e9quence (applaudie chez Arthur) en dit long sur le degr\u00e9 de complaisance des m\u00e9dias \u00e0 l\u2019\u00e9gard des invit\u00e9s dont le QI rel\u00e8ve des travaux d\u2019Yves Coppens. Nous ne manquerons pas le come-back de Cantona chez Courbet, d\u00e8s qu\u2019il aura effectu\u00e9 ses dix ans de gal\u00e8re.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3456 paru le 21 F\u00e9vrier 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Revue de mauvaise presse<br \/>\nQuand on pratique suffisamment l\u2019Am\u00e9rique pour se garder des pratiques am\u00e9ricaines, quand on comprend l\u2019anglais sans toujours comprendre les Anglais, on passe en ce moment des apr\u00e8s-midi formidables devant la t\u00e9l\u00e9vision. Des apr\u00e8s-midi, parce que le d\u00e9calage horaire oblige \u00e0 regarder les chroniques de Fox News aux heures de bureau. A moins qu\u2019on ne veille au-del\u00e0 de minuit, pour assister aux impr\u00e9cations de Bill O\u2019Reilly, sorte de p\u00e8re Fouettard \u00e0 la sauce Stars and Stripes.<br \/>\nNous faisons l\u2019objet sur les ondes am\u00e9ricaines d\u2019un tir nourri et convergent. Les diatribes se rapportent pour la plupart \u00e0 notre dette historique apr\u00e8s la chute du nazisme, mais on voit se dessiner un autre sujet d\u2019aigreur \u00e0 propos de la France : la question qui revient souvent n\u2019est pas \u201cQu\u2019est-ce qui lui prend ?\u201d mais \u201cPour qui se prend-elle ?\u201d<br \/>\nNotre pays joue les redresseurs de torts, nous dit-on, mais pour que l\u2019offense soit per\u00e7ue comme si grande, il faut qu\u2019il y ait des torts. La contre-attaque est si vive qu\u2019on pourrait croire que le monde m\u00e9diatique am\u00e9ricain est install\u00e9 dans une v\u00e9rit\u00e9 totalitaire. Afin de nous convaincre davantage de notre erreur (pour un peu, on nous dirait qu\u2019elle rel\u00e8ve de la psychiatrie), on nous cite les Etats europ\u00e9ens qui ont apport\u00e9 leur soutien \u00e0 George W. Bush. Et comme par hasard, les plus obligeants d\u2019entre eux ach\u00e8tent leurs avions de chasse \u00e0 Washington.<br \/>\nCharles Krauthammer, \u00e9ditorialiste \u00e0 Fox, ne voit aucun inconv\u00e9nient \u00e0 ce qu\u2019on mette la France au ban des nations, car notre pays est selon lui coupable d\u2019avoir \u201cprovoqu\u00e9\u201d le sien.<br \/>\nQuant \u00e0 O\u2019Reilly, qui pr\u00e9sente un billet quotidien \u00e0 20 h 30, il appelle carr\u00e9ment \u00e0 faire le si\u00e8ge de l\u2019ambassade et de toutes les repr\u00e9sentations fran\u00e7aises.<br \/>\nNotre ambassadeur fut d\u2019ailleurs convoqu\u00e9 sur PBS (l\u2019Arte am\u00e9ricain) pour justifier notre position ; t\u00e2che dont il s\u2019est acquitt\u00e9 avec un flegme qu\u2019on ne manquera pas de trouver arrogant, car nous sommes en pleine spirale antifran\u00e7aise : le New York Times propose carr\u00e9ment \u00e0 ses lecteurs un \u201cglossaire de la francophobie\u201d et Chirac est trait\u00e9 de \u201cpygm\u00e9e\u201d par le Wall Street Journal.<\/p>\n<p>Sourire non compris<br \/>\nL\u2019\u00e9mission Compl\u00e9ment d\u2019enqu\u00eate s\u2019est pench\u00e9e sur une autre mauvaise presse, celle des Antilles fran\u00e7aises, qui souffrent en ce moment de la comparaison avec la R\u00e9publique dominicaine. Les cam\u00e9ras de France 2 ont suivi une famille de vacanciers de Bar-le-Duc dans un h\u00f4tel tout-compris. Le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est que l\u2019\u00e9quivalent en Guadeloupe n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 forc\u00e9ment assorti du m\u00eame sourire. Les dol\u00e9ances du groupe Accor n\u2019ont fait qu\u2019ent\u00e9riner une d\u00e9rive qu\u2019un bon million de vacanciers m\u00e9tropolitains avaient d\u00e9j\u00e0 constat\u00e9e sur place et qui, dans la France socialiste sourcilleuse des ann\u00e9es 1980, se r\u00e9sumait en priv\u00e9 par la phrase : \u201cOn ne peut plus rien leur dire.\u201d<br \/>\nA force de ne plus rien pouvoir leur dire, on n\u2019y va plus.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3457 paru le 28 F\u00e9vrier 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Madame de<br \/>\nCommentaire admiratif d\u2019un reportage sur Mme de Fontenay : \u00ab Genevi\u00e8ve conduit sa voiture avec dext\u00e9rit\u00e9. \u00bb Vous vous rendez compte ? Madame conduit \u201celle-m\u00eame\u201d sa voiture, et de surcro\u00eet avec dext\u00e9rit\u00e9 ! L\u2019\u00e9mission de Mireille Dumas nous a inflig\u00e9 le dix-huiti\u00e8me portrait de l\u2019imp\u00e9ratrice du tour de taille, en lui posant des questions du genre : \u00ab Le c\u00f4t\u00e9 vieille France-bonnes mani\u00e8res, vous n\u2019avez pas trop de mal \u00e0 l\u2019imposer ? \u00bb<br \/>\nIl suffisait d\u2019\u00e9couter l\u2019\u00e9mission du fond de son salon pour se rendre compte, \u00e0 l\u2019oreille, du ridicule de cette question. Car la voix gouailleuse et tra\u00eenante de Mme de Fontenay ne plaide pas pour la vieille France stricto sensu, \u00e0 moins qu\u2019on ne parle de celle de Marcel Carn\u00e9 ou de Pierre Mac Orlan. Non plus que sa tenue vestimentaire : voil\u00e0 trente ans qu\u2019elle semble appr\u00eat\u00e9e pour le Derby d\u2019Epsom dans le film My Fair Lady, o\u00f9 les dames affectent l\u2019\u00e9l\u00e9gance anglaise pour flatter l\u2019imagination am\u00e9ricaine. Quant au penchant de Genevi\u00e8ve de Fontenay pour Arlette Laguiller, il n\u2019\u00e9voque pas non plus la France des ch\u00e2teaux mais plut\u00f4t celle des plateaux.<\/p>\n<p>Chienne de vie<br \/>\nSur la cha\u00eene voisine, \u00e0 la m\u00eame heure, des histoires de ma\u00eetres domin\u00e9s par leurs chiens nous rappellent de mani\u00e8re anecdotique mais inqui\u00e9tante que les hommes ont perdu les r\u00e8gles de la hi\u00e9rarchie, tandis que les animaux, eux, en ont gard\u00e9 l\u2019usage. En d\u2019autres termes, les animaux connaissent le moyen de reconna\u00eetre le dominant et le domin\u00e9 afin d\u2019asseoir une vie communautaire pacifique. Et quand, dans une relation entre l\u2019homme et le chien, pour ob\u00e9ir \u00e0 une mode sociale ha\u00efssable, l\u2019homme d\u00e9cide d\u00e9sormais de ne rien imposer \u00e0 l\u2019animal pour ne pas jouer les r\u00e9actionnaires, le chien montre les dents parce qu\u2019il n\u2019a pas les m\u00eames valeurs en politique.<\/p>\n<p>Vertige instantan\u00e9<br \/>\nVue dans Strip-Tease, une jeune femme de vingt ans qui quittait sa m\u00e8re pour se mettre en m\u00e9nage avec un jeune Corentin, un petit brun \u00e0 casquette qu\u2019on devinait d\u2019origine maghr\u00e9bine en d\u00e9pit de son pr\u00e9nom. On soup\u00e7onnait qu\u2019il s\u2019agissait peut-\u00eatre d\u2019un enfant adopt\u00e9, ou n\u00e9 dans une famille ultra-int\u00e9gr\u00e9e, mais soudain l\u2019\u00e9mission, dont c\u2019est le principe, nous livrait un instantan\u00e9 qui donnait le vertige. La jeune fille disait se m\u00e9fier du mariage. \u00ab Tout de m\u00eame, r\u00e9pondait Corentin, il nous faudrait en discuter plus s\u00e9rieusement, parce que dans ma religion, le mariage c\u2019est sacr\u00e9. \u00bb<br \/>\n\u00ab Ta religion ? s\u2019\u00e9criait-elle. Mais tu n\u2019en as aucune, ne fais pas ton malin. \u00bb Et en quelques secondes, on comprenait qu\u2019en effet, il n\u2019avait probablement aucune religion, et qu\u2019il se r\u00e9f\u00e9rait au caract\u00e8re sacr\u00e9 du mariage pour plaire aux musulmans et parce que la cam\u00e9ra tournait.<br \/>\nVoil\u00e0 qui n\u2019annonce rien de bon pour la la\u00efcit\u00e9 dans la vie sociale des g\u00e9n\u00e9rations futures.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3458 paru le 7 Mars 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Semaine italienne<br \/>\nTrois amis transalpins m\u2019auront incit\u00e9, cette semaine, \u00e0 exploiter l\u2019extraordinaire vari\u00e9t\u00e9 des cha\u00eenes italiennes sur TPS et \u00e0 zapper de Rome \u00e0 Milan presque chaque soir. Impression g\u00e9n\u00e9rale : leur spontan\u00e9it\u00e9 laisse pantois. (Chez nous, \u00e0 l\u2019exception des \u00e9missions politiques, Marc-Olivier Fogiel est \u00e0 peu pr\u00e8s le seul \u00e0 prendre le risque du direct comme on l\u2019a vu face \u00e0 Alain Delon, lequel ne d\u00e9daigne pas ce genre d\u2019exercice et s\u2019en est fort bien tir\u00e9.)<br \/>\nMa d\u00e9couverte est une \u00e9mission de Canale 5 nomm\u00e9e Stricia la Notizia (\u201cNouvelles br\u00e8ves\u201d), qui propose tous les soirs un commentaire de l\u2019actualit\u00e9 sous un angle divertissant. D\u2019abord, elle a recours \u00e0 deux pr\u00e9sentatrices en string qui rel\u00e8vent l\u2019int\u00e9r\u00eat du journal en montant sur le bureau pour jouer les cariatides de l\u2019information. Ensuite, l\u2019un des journalistes poss\u00e8de un aimable petit chien, Willy, qui se prom\u00e8ne lui aussi sur le bureau de temps \u00e0 autre, ce qui fait beaucoup de monde, car derri\u00e8re le bureau il y a les duettistes Greggio et Iacchetti, qui pratiquent un humour \u00e0 la Vialatte.<br \/>\nLe clou du spectacle est l\u2019attribution du Tapir d\u2019or. Derri\u00e8re le d\u00e9cor, sur une \u00e9tag\u00e8re, on voit des statuettes stylis\u00e9es comme un oscar hollywoodien repr\u00e9sentant cet animal qui ne passe pas pour un ph\u00e9nix chez les mammif\u00e8res.<br \/>\nLe champion de la sottise une fois d\u00e9sign\u00e9, un journaliste lui tombe dessus pour lui remettre son Tapir d\u2019or sous la cam\u00e9ra. Certains protestent, d\u2019autres essaient de faire bonne figure, la m\u00e9saventure ressemble aux \u201centartages\u201d, en moins bref mais en plus cruel. (Alberto Tomba, le champion de ski, vient d\u2019\u00eatre r\u00e9compens\u00e9 pour avoir falsifi\u00e9 grossi\u00e8rement la date de son passeport apr\u00e8s une rebuffade \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Rome. Et le ministre de la Culture italien pour avoir confondu Michel-Ange et Rapha\u00ebl.)<br \/>\nOn se prend \u00e0 imaginer qui, chez nous, m\u00e9riterait le Tapir du jour. L\u2019actualit\u00e9 politique et la vie des m\u00e9dias fourmillent de candidats, mais j\u2019aimerais sugg\u00e9rer, au d\u00e9bott\u00e9, le nom d\u2019Evelyne Thomas.<\/p>\n<p>Tapir de platine<br \/>\nJe lui d\u00e9cernerais m\u00eame le Tapir de platine incrust\u00e9 de diamants pour son num\u00e9ro de C\u2019est mon choix intitul\u00e9 : \u201cSon p\u00e8re a choisi un homme pour elle, va-t-elle craquer pour lui ?\u201d, sorte de r\u00e9\u00e9dition de Tournez man\u00e8ge \u00e0 la sauce psy. En r\u00e9sum\u00e9, il s\u2019agit pour une jeune fille de choisir son fianc\u00e9 parmi une douzaine de jeunes gens qui doivent plaire \u00e0 son p\u00e8re\u2026 L\u2019\u00e9mission est une singerie des \u00e9tapes sociales qui pr\u00e9ludent au mariage, film\u00e9es en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 sur le ton du Maillon faible et pr\u00e9sent\u00e9es par une femme dont la popularit\u00e9 ne laisse pas d\u2019inqui\u00e9ter.<br \/>\nPourquoi ? parce qu\u2019elle ressemble \u00e0 Martine Aubry. Une Martine Aubry qui aurait chang\u00e9 de coiffeur, qui travaillerait \u00e0 l\u2019oreillette pour corriger ses fautes de fran\u00e7ais (la vraie ne s\u2019y est jamais r\u00e9solue) et qui se prendrait pour une missionnaire de la modernit\u00e9 sous pr\u00e9texte que les sondages lui sont favorables.<\/p>\n<p>Christian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3459 paru le 14 Mars 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>T\u00e9l\u00e9vision domestique<br \/>\nOn se demande quelle pudeur a saisi Edwy Plenel \u00e0 l\u2019instant d\u2019organiser la d\u00e9fense de son journal et celle de ses coaccus\u00e9s dans l\u2019affaire du livre de P\u00e9an-Cohen. Oui, on se demande pourquoi il a \u00e9prouv\u00e9 le besoin de se faire inviter par Guillaume Durand, puisqu\u2019il nous a donn\u00e9 la preuve, en maintes circonstances, qu\u2019il lui suffisait d\u2019organiser un d\u00e9bat \u00e0 la d\u00e9votion de ses th\u00e8ses sur LCI, dans l\u2019\u00e9mission qu\u2019il dirige (le Monde des id\u00e9es), et d\u2019y convier \u00e0 la fois Alain Minc et Jean-Marie Colombani. Ils auraient pu se livrer sous son regard p\u00e9tillant de malicieuse indulgence \u00e0 une discussion hautement contradictoire sur le ton : \u201cCe qu\u2019il y a d\u2019inadmissible dans le livre de P\u00e9an, etc.\u201d \u2013 \u00e0 quoi l\u2019autre aurait r\u00e9pondu : \u201cJe ne suis pas du tout d\u2019accord avec vous, ce n\u2019est pas inadmissible, c\u2019est scandaleux.\u201d<br \/>\nCeux qui ne croient pas qu\u2019une telle mascarade soit possible en France n\u2019ont jamais vu le Monde des id\u00e9es, cette \u00e9mission de t\u00e9l\u00e9achat id\u00e9ologique que le monde m\u00e9diatique envie \u00e0 LCI, au point que Guillaume Durand \u00e9tait tout content, l\u2019autre soir, de s\u2019inspirer des m\u00eames m\u00e9thodes dans Campus en invitant un journaliste du Nouvel Observateur et un chroniqueur de Marianne \u00e0 mettre le triumvirat du Monde sur le gril. Vous parlez d\u2019un gril. Quelqu\u2019un aurait d\u00fb s\u2019excuser d\u2019avoir oubli\u00e9 les allumettes.<br \/>\nIl ne s\u2019agit pas ici de commenter l\u2019affaire sur le fond. Malgr\u00e9 le livre, elle est loin d\u2019\u00eatre instruite. Mais il est permis de commenter la forme. On a le droit de souligner le r\u00f4le douteux que joue Campus, depuis sa cr\u00e9ation, dans le relais t\u00e9l\u00e9visuel des pr\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires du Monde. Une n\u00e9buleuse de sp\u00e9cialistes du \u201ccoup de c\u0153ur\u201d s\u2019est constitu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cran au fil des ans. Elle promeut toujours les m\u00eames livres, les m\u00eames th\u00e8ses, les m\u00eames auteurs. Dans le cas d\u2019Alain Minc, l\u2019affaire est encore plus caricaturale puisque la condamnation dont il a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet pour plagiat est pass\u00e9e sous silence d\u2019un accord unanime. Certes, elle n\u2019est pas la seule \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e dans les dix derni\u00e8res ann\u00e9es, mais elle est la plus grave. L\u2019omnipr\u00e9sence de l\u2019auteur sur les plateaux permet de souligner combien la domestication de la t\u00e9l\u00e9vision est un fait historique. Quand on se souvient des d\u00e9buts de Guillaume Durand et de la campagne d\u2019affichage qui vantait son insolence sur La Cinq, on s\u2019esclaffe.<\/p>\n<p>Le cormoran et l\u2019olivier<br \/>\nOn s\u2019esclaffe aussi devant les acrobaties des journalistes pour trouver une sortie de reportage. Maryse Burgos, \u00e0 Bagdad, en concluant un sujet sur la guerre, n\u2019a rien trouv\u00e9 de mieux que de faire une allusion appuy\u00e9e \u00e0 la colombe de la paix pendant que l\u2019op\u00e9rateur filmait, dans les bras d\u2019un enfant\u2026 un cormoran de trente centim\u00e8tres ! A ce degr\u00e9 d\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s, on peut imaginer n\u2019importe quoi : tourner un sujet sur le Kowe\u00eft \u00e0 Marseille, par exemple. Ou faire passer Campus pour une \u00e9mission impertinente.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3508 paru le 20 F\u00e9vrier 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Acte manqu\u00e9<br \/>\nNous avons appris que la r\u00e9daction de France 2 bl\u00e2mait sa direction au motif que cette derni\u00e8re aurait commis une erreur dans l\u2019affaire Jupp\u00e9. Lorsqu\u2019Olivier Mazerolle (qui n\u2019a pas vraiment la t\u00eate d\u2019un \u00e9tourdi) laisse annoncer le \u201cretrait progressif\u201d d\u2019Alain Jupp\u00e9, c\u2019est donc par inadvertance. Et la r\u00e9daction tout enti\u00e8re dans son communiqu\u00e9 pr\u00e9tend y voir \u00ab un effet pervers de la course \u00e0 l\u2019audience \u00bb.<br \/>\nEt si cette histoire relevait plut\u00f4t de ce qu\u2019on d\u00e9signe en psychiatrie un acte manqu\u00e9 ? Certaines inadvertances expriment parfois un v\u0153u cach\u00e9 (en l\u2019occurrence celui qu\u2019Alain Jupp\u00e9 quitte la vie publique). Qui s\u2019\u00e9tonnerait de voir France 2 devancer les faits sur ce th\u00e8me ? La partialit\u00e9 de la cha\u00eene explique, depuis longtemps, la faible audience de ses journaux. (Souvenons-nous par exemple de ses comptes rendus de campagne en faveur d\u2019Al Gore.) Cette t\u00e9l\u00e9vision, pay\u00e9e par le peuple en son entier, flatte les pr\u00e9f\u00e9rences politiques de la seule moiti\u00e9 qui l\u2019int\u00e9resse. Le soir de la motion de d\u00e9fiance, l\u2019\u00e9quipe du journal s\u2019est d\u2019ailleurs offert le luxe d\u2019un silence stalinien, illustrant davantage encore la r\u00e9alit\u00e9 de ce qu\u2019on lui reproche et la profondeur du changement qui s\u2019impose.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3460 paru le 21 Mars 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Le lundi au soleil<br \/>\nCertains soirs, on commet l\u2019imprudence de lire son journal en regardant la t\u00e9l\u00e9vision par-dessus ses lunettes. On \u00e9coute trois mesures d\u2019une chanson et on passe une heure \u00e0 r\u00eavasser devant un scintillement de paillettes, incapable de lire, de se lever, de couper le poste\u2026<br \/>\nLa soir\u00e9e sp\u00e9ciale de TF 1 consacr\u00e9e \u00e0 Claude Fran\u00e7ois suscitait une vague nostalgie. Nostalgie ne veut pas dire regret. Il n\u2019y a pas lieu de regretter cette \u00e9poque ridicule mais, pour nombre d\u2019entre nous, les ann\u00e9es 1970 ont \u00e9t\u00e9 des ann\u00e9es de jeunesse. Nous avions beau maudire l\u2019insignifiance des vari\u00e9t\u00e9s, pr\u00e9f\u00e9rer tout et n\u2019importe quoi au vacarme des 45 tours, force est de constater que les chansons de Claude Fran\u00e7ois s\u2019accrochent aux moindres \u00e9pisodes de notre vie comme les graines de bardane aux manches des pull-overs. Le matraquage musical comporte les m\u00eames effets que son \u00e9quivalent id\u00e9ologique. Au moment o\u00f9 nous apprenons que 40 % des Russes trouvent Staline pas si mal, nous nous prenons \u00e0 fredonner le Lundi au soleil qui nous rappelle la France o\u00f9 les patrons roulaient en DS et les ouvriers en Simca.<br \/>\nLa chansonnette \u00e0 la Clo-Clo a disparu, comme le \u201ctut-tut-tut\u201d de la recherche du correspondant t\u00e9l\u00e9phonique, le \u201cding\u201d des portes de m\u00e9tro, les V\u00e9losolex, les Mobylette bleues, le caf\u00e9 Mokarex et le V\u00e9g\u00e9cao. D\u00e9sormais, c\u2019est la chanson marketing qui tient le pompon. Le producteur est devenu chef de produit. L\u2019un des rares m\u00e9rites de la r\u00e9trospective pr\u00e9sent\u00e9e sur TF 1 \u00e9tait de faire d\u00e9filer les t\u00eates de gondole d\u2019aujourd\u2019hui comme interpr\u00e8tes des \u201cclo-cloteries\u201d d\u2019hier : de Priscilla, gamine extr\u00eamement p\u00e9nible qui commence toutes ses phrases par moi je, aux candidats de la Star Academy qui r\u00e9p\u00e8tent : \u00ab C\u2019est clair quoi \u00bb, on avait l\u2019impression d\u2019une continuit\u00e9 parfaite avec la d\u00e9marche du h\u00e9ros posthume de la soir\u00e9e. Claude Fran\u00e7ois, fondateur d\u2019un magazine nomm\u00e9 Podium, visait d\u00e9j\u00e0, en 1978, les analphab\u00e8tes de treize ans \u00e9perdus de fascination pour les stars, les bombardait de wow, de tutoiements, de questionnaires pour d\u00e9signer la \u201csuper-fav\u201d (favorite). Il a compt\u00e9, dans ses derni\u00e8res ann\u00e9es, parmi les marchands de renomm\u00e9e les plus cyniques. Il fut l\u2019un des pr\u00e9curseurs du syst\u00e8me o\u00f9 les adolescents croient qu\u2019il n\u2019y a plus qu\u2019une seule fa\u00e7on d\u2019\u00eatre aim\u00e9, c\u2019est de devenir c\u00e9l\u00e8bre. Alors nostalgie, oui, peut-\u00eatre, mais reconnaissance certainement pas !<\/p>\n<p>SOS imp\u00f4ts<br \/>\nVu chez Jean-Marc Sylvestre sur LCI, Robert Matthieu, ancien apparatchik du syst\u00e8me fiscal fran\u00e7ais, qui fait une seconde carri\u00e8re en permettant au grand public de d\u00e9jouer les abus des contr\u00f4leurs. Il \u00e9tait venu parler de son livre SOS imp\u00f4ts, o\u00f9 l\u2019on peut lire notamment : \u00ab La loi sur la d\u00e9lation r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e sort tout droit du marais, du sordide, de la m\u00e9diocrit\u00e9 humaine. \u00bb Voil\u00e0 un sujet qu\u2019on n\u2019a gu\u00e8re abord\u00e9 chez Delarue ce me semble, et qui ne tente pas non plus Julien Courbet.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3461 paru le 28 Mars 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Concours g\u00e9n\u00e9ral particulier<br \/>\n\u00ab Ma sp\u00e9cialit\u00e9 sera le scoutisme \u00bb, annonce un \u00e9l\u00e8ve de troisi\u00e8me intimid\u00e9 par les projecteurs. Les autres d\u00e9filent en clignant des yeux dans la lumi\u00e8re. Ils \u00e9noncent \u00e0 leur tour leur sp\u00e9cialit\u00e9 : les jeux de soci\u00e9t\u00e9, les \u0153uvres de Tolkien, les Beatles, Tintin. En fin de liste, un adolescent s\u2019annonce sp\u00e9cialiste de mythologie \u00e9gyptienne et un autre des Incas. Ils se sentent un peu g\u00ean\u00e9s, forc\u00e9ment, au milieu de tous ces \u00e9rudits \u00e0 la mode nouvelle, imbattables sur les groupes de rock et les championnats de foot. Par chance, ils sont \u00e9limin\u00e9s tout de suite, sur des questions du genre \u201ccompl\u00e9tez le refrain de la chanson de Jean-Pascal\u201d. Oui, vous avez bien lu, pour avoir le droit de rivaliser de culture avec les finalistes du Grand Concours des enfants, il fallait savoir des choses aussi indispensables et universelles que celle-l\u00e0. (Pour ceux qui n\u2019auraient pas suivi, Jean-Pascal est ce gar\u00e7on qui a \u00e9t\u00e9 propuls\u00e9 par le public jusqu\u2019\u00e0 la finale de Star Academy, malgr\u00e9 des dispositions assez rares, je veux dire d\u2019une telle raret\u00e9 qu\u2019on les a cherch\u00e9es en vain pendant dix semaines. On lui a \u00e9crit une chanson, un tube de plage pour cerveaux spongiformes, et c\u2019est donc sur les paroles de ce chef-d\u2019\u0153uvre que les vingt-quatre candidats au concours g\u00e9n\u00e9ral fa\u00e7on TF 1 ont d\u00fb plancher pour franchir le premier tour.)<br \/>\nCarole Rousseau, la pr\u00e9sentatrice, avait ouvert l\u2019\u00e9mission sur les mots : \u00ab Il est temps de c\u00e9l\u00e9brer l\u2019intelligence et la connaissance. \u00bb On a esp\u00e9r\u00e9 l\u2019une et l\u2019autre en vain toute la soir\u00e9e. Chaque candidat est venu d\u00e9biter un discours liminaire fa\u00e7on Miss France, et je ne r\u00e9siste pas au cruel plaisir de vous citer celui-ci : \u00ab J\u2019pense que les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir auront encore plus besoin de savoir des choses que nous. \u00bb<br \/>\n\u00c7a para\u00eet \u00e9vident, ne f\u00fbt-ce que par instinct de conservation, mais est-on vraiment sur la bonne voie ? Parmi les finalistes, il y a eu un sp\u00e9cialiste des Beatles et un de Tintin. Je ne me souviens plus de la sp\u00e9cialit\u00e9 de la gagnante, mais une chose est certaine, ce n\u2019\u00e9tait ni la peinture baroque, ni la vie de Gabriel Faur\u00e9. A la question : \u00ab Est-ce que tu pensais que tu serais laur\u00e9ate ? \u00bb, elle a r\u00e9pondu : \u00ab J\u2019sais pas, j\u2019r\u00e9alise pas, de toute fa\u00e7on. \u00bb Nous non plus.<\/p>\n<p>Peloton de marine<br \/>\nAu journal de TF 1, le 19 mars, un banc-titre int\u00e9ressant : \u201cles fusill\u00e9s marins britanniques\u201d. Le 20 Heures doit recruter ses stagiaires parmi les laur\u00e9ats du Grand Concours des enfants.<\/p>\n<p>Un dimanche comme les autres<br \/>\nPrime time sur les trois cha\u00eenes principales, l\u2019autre dimanche : TF 1, Une journ\u00e9e en enfer (les chantages d\u2019un maniaque de l\u2019explosif en milieu urbain) ; France 2, le Collectionneur (un policier traque un tueur en s\u00e9rie) ; France 3, Inspecteur Barnaby (un autre policier traque un autre tueur en s\u00e9rie).<br \/>\nQuand on pense que le moindre micro-trottoir d\u00e9plore la g\u00e9n\u00e9ralisation de la violence, on se demande o\u00f9 les gens vont chercher tout \u00e7a.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3384 paru le 5 Octobre 2001<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Une lacune<br \/>\nLa tendance \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer les fictions polici\u00e8res \u00e0 toutes les autres, \u00e0 se repa\u00eetre sans cesse du spectacle, de l\u2019analyse et de la sociologie du crime, la propension g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 confondre litt\u00e9rature et suspense, art et polar, trag\u00e9die et documentaire, ont fait la fortune des producteurs d\u2019histoires de flics \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision.<br \/>\nLe nombre des s\u00e9ries d\u00e9crivant un service de la police judiciaire, un commissariat, une brigade sp\u00e9cialis\u00e9e, un cabinet de juge devient non seulement \u00e9crasant mais pr\u00e9occupant. Il introduit en effet dans l\u2019offre de programmes une distorsion au b\u00e9n\u00e9fice des \u0153uvres qui donnent de la nature humaine une vision d\u00e9testable. L\u2019humanit\u00e9 finit par se r\u00e9duire \u00e0 une poign\u00e9e de psychopathes violents, de petits dealers, de go-go girls qui veulent tout arr\u00eater pour ouvrir une boutique d\u2019esth\u00e9ticienne, de travailleurs sociaux sp\u00e9cialistes de la r\u00e9insertion, etc.<br \/>\nDu c\u00f4t\u00e9 des flics, c\u2019est pareil : nous finissons par savoir davantage comment fonctionne un commissariat qu\u2019une laverie automatique. (Le vocabulaire de ces gens-l\u00e0, ordurier du haut en bas de la hi\u00e9rarchie, permet d\u2019ailleurs de constater que le concours de commissaire de police est incompatible avec la vocation de grammairien.) A moins que la faute n\u2019en revienne aux sc\u00e9naristes. Si c\u2019est le cas, ce n\u2019est pas la seule.<br \/>\nLa distorsion dans la perception du r\u00e9el s\u2019exerce en effet tr\u00e8s en amont. Il existe des brigades sp\u00e9cialis\u00e9es qui ne font jamais l\u2019objet d\u2019aucun feuilleton. Prenons le GIGN, ses homologues antiterroristes et les services d\u2019enqu\u00eate de la DST. Leur popularit\u00e9 est tr\u00e8s grande. Elle s\u2019accro\u00eet sans cesse \u00e0 la faveur des \u00e9v\u00e9nements. Les sc\u00e9narios d\u00e9crivant la r\u00e9alit\u00e9 de leur m\u00e9tier feraient des films passionnants. Ils voyagent, jouent avec leur vie pour prot\u00e9ger les n\u00f4tres, r\u00e9v\u00e8lent des r\u00e9seaux insoup\u00e7onn\u00e9s, des pratiques effroyables, des risques vertigineux, et pourtant aucun feuilletonniste ne s\u2019int\u00e9resse \u00e0 eux. On serait tent\u00e9 de croire que la curiosit\u00e9 des sc\u00e9naristes a pour limites les imp\u00e9ratifs de la d\u00e9fense du territoire. En v\u00e9rit\u00e9, il est probable que cette lacune trahit une volont\u00e9 de dissimuler une partie du r\u00e9el.<br \/>\nPar exemple, depuis cinq semaines, quand les policiers ne ramassent pas des armes de guerre dans les coffres de voiture, les garages de banlieue et m\u00eame en plein Paris \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un contr\u00f4le d\u2019identit\u00e9, ils sont oblig\u00e9s d\u2019essuyer des tirs de roquettes ou de mitraillette entre le pressing et la boulangerie.<br \/>\nSituation nouvelle ? Tout le monde sait que si l\u2019on canardait moins il y a cinq ans, les armes circulaient tout autant. Les moindres chasseurs de la r\u00e9gion de B\u00e9ziers connaissaient le prix des kalachnikovs.<br \/>\nAlors pourquoi aucun sc\u00e9nario n\u2019a-t-il jamais mentionn\u00e9 ces march\u00e9s clandestins, ces rites barbares qui se d\u00e9veloppent \u00e0 nos portes, ces marchands de femmes du Kosovo qui mutilent les Ukrainiennes dans la banlieue de Strasbourg ?<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>L&#8217;auteur tient \u00e0 remercier le jeune &#8220;Shane&#8221; Fenton pour s&#8217;\u00eatre donn\u00e9 la peine de collecter sur internet, et de lui adresser, apr\u00e8s sept ans, ces chroniques t\u00e9l\u00e9visuelles.<\/p>\n<p>Manque de respect<br \/>\nLes gens les plus soucieux de varier leurs curiosit\u00e9s ne regardent pas la Star Academy plus de deux fois par an, ce qui leur permet de percevoir certaines \u00e9volutions de mani\u00e8re brutale. Disons-le : le programme vedette de TF 1 n\u2019a plus rien \u00e0 voir avec la t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 des d\u00e9buts. Il fonctionne comme une v\u00e9ritable perversion du r\u00e9el. Il s\u2019\u00e9carte de son objet jusqu\u2019\u00e0 relever du fantasme.<br \/>\nCette t\u00e9l\u00e9vision-l\u00e0 essaie d\u2019\u00e9loigner la jeunesse de sa propre image en lui pr\u00e9sentant tous les soirs une poign\u00e9e de sinistr\u00e9s qui s\u2019invectivent dans le sabir des cit\u00e9s. Or quand on y r\u00e9fl\u00e9chit, la majorit\u00e9 de la jeunesse ne croit pas vraiment qu\u2019elle ressemble \u00e0 \u00e7a. Elle ne croit pas que la casquette en arri\u00e8re, que le vocabulaire du genre \u201celle me fait kiffer c\u2019te fille\u201d, que l\u2019allusion permanente au \u201cmanque de respect\u201d soient autre chose que des simulacres agit\u00e9s par les vendeurs de disques pour amadouer la banlieue. La jeunesse r\u00e9elle ne croit pas que la notori\u00e9t\u00e9 d\u00e9volue aux laur\u00e9ats de cette \u00e9mission soit de nature \u00e0 faire illusion tr\u00e8s longtemps \u2013 comme en t\u00e9moignait un reportage de Sept \u00e0 huit sur Michal, l\u2019un des gagnants laiss\u00e9s pour compte.<br \/>\nQuelques indices permettent de jauger l\u2019\u00e9paisseur de ce mensonge : on nous montre par exemple les participants en plein concert \u00e0 Rouen, dans un coll\u00e8ge o\u00f9 la moyenne d\u2019\u00e2ge est de 12 ans, ce qui prouve que la production ratisse de plus en plus bas pour recueillir les ovations qu\u2019elle esp\u00e8re. Ensuite le directeur de l\u2019acad\u00e9mie, une sorte de Tapie du show-biz, se vautre dans la d\u00e9magogie, se coule dans le langage de ceux qu\u2019il est cens\u00e9 former, le tout entre deux \u201cwou ! elle a tout donn\u00e9\u201d. Son personnel fayote dans le m\u00eame go\u00fbt, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il pratique aveugl\u00e9ment le vocabulaire maison. Cela donne des dialogues ahurissants du genre : \u201cBon alors l\u00e0, vous avez deux leaders qui vont vous driver, ok les gars, not so bad hein, pour chercher des hamburgers dans le parc.\u201d \u00c0 quoi les \u00e9l\u00e8ves r\u00e9pondent \u201cyes !\u201d dans un ch\u0153ur unanime.<br \/>\n\u00c0 force d\u2019entendre parler de \u201cmanque de respect\u201d, la jeunesse va s\u2019apercevoir que cette \u00e9mission en constitue un exemple institutionnel. Comme elle n\u2019a aucune indulgence pour ceux qui la m\u00e8nent en bateau, le navire TF 1 risque de tanguer un peu.<\/p>\n<p>Un voile sur nos otages<br \/>\nLe d\u00e9bat sur le voile islamique a fait long feu. On peut m\u00eame dire que dans les lyc\u00e9es la querelle n\u2019a laiss\u00e9 qu\u2019un tas de cendres. Mais \u00e0 cause de deux \u00e9l\u00e8ves r\u00e9calcitrantes \u00e0 Mulhouse, la t\u00e9l\u00e9vision nationale a souffl\u00e9 sur la cendre et ranim\u00e9 la braise : reportages, gros plan sur le p\u00e8re des fillettes en train de hurler son d\u00e9dain de nos institutions dans un fran\u00e7ais approximatif, tout donne l\u2019impression qu\u2019entre le sensationnel et la paix civile, France 2 a choisi. Elle a choisi de rouvrir le d\u00e9bat, quoi qu\u2019il en co\u00fbte. Et cela risque de co\u00fbter tr\u00e8s cher, puisque cette affaire de voile constitue peut-\u00eatre encore une question de vie ou de mort pour nos otages.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3545 paru le 5 Novembre 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Par la bande<br \/>\nIl y a mille et une mani\u00e8res de faire de la politique fran\u00e7aise \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Nos cha\u00eenes l\u2019ont illustr\u00e9 en nous pr\u00e9sentant, pendant trois semaines, des reportages sur l\u2019Am\u00e9rique qui pense mal. Entendez, celle des conservateurs. En maintes occasions les journalistes n\u2019ont pu se garder d\u2019appuyer le trait, sur le ton \u201csuivez mon regard\u201d. On a ressorti le cin\u00e9aste Yves Boisset, on a donn\u00e9 une cam\u00e9ra \u00e0 Hubert V\u00e9drine. On a m\u00eame invit\u00e9 l\u2019auteur d\u2019un livre am\u00e9ricain sur la \u201ctrahison fran\u00e7aise\u201d, une sorte de quaker assez remont\u00e9 contre Paris. Sa prestation chez \u00c9lise Lucet m\u00e9rite une mention particuli\u00e8re. Pourquoi ? Parce qu\u2019il n\u2019a pas jou\u00e9 le jeu qu\u2019on attendait de lui. Il a refus\u00e9 de placer sa t\u00eate et ses mains dans le pilori.<br \/>\nApr\u00e8s le document de Pi\u00e8ces \u00e0 conviction qui nous montrait des soldats am\u00e9ricains en Irak furieux contre leur hi\u00e9rarchie et convaincus de combattre pour le p\u00e9trole, il s\u2019est \u00e9cri\u00e9 que le film d\u2019\u00c9lise Lucet \u00e9tait partial, qu\u2019il faisait honte \u00e0 la cha\u00eene et que trois soldats am\u00e9ricains sur quatre \u00e9taient persuad\u00e9s du bien-fond\u00e9 de l\u2019exp\u00e9dition contre Saddam.<br \/>\nOn est oblig\u00e9 d\u2019admettre que, m\u00eame si le pourcentage \u00e9tait moindre, dans le film on n\u2019en a vu aucun. La vigueur pol\u00e9mique avec laquelle \u00c9lise Lucet a essay\u00e9 de r\u00e9pliquer, le malaise que trahissait son sourire, soulignaient le d\u00e9but d\u2019une forme de r\u00e9action qui se manifeste en ce moment dans les \u00e9missions dites \u00e0 la Fogiel : la r\u00e9bellion. De Micha\u00ebl Youn \u00e0 S\u00e9bastien, de Delano\u00eb \u00e0 \u00c9lizabeth Teissier, les invit\u00e9s au jeu de massacre se mettent \u00e0 renvoyer les projectiles.<\/p>\n<p>Honn\u00eatet\u00e9 douteuse<br \/>\nDans les bandes dessin\u00e9es de notre enfance, le pilori du Moyen \u00c2ge \u00e9tait coupl\u00e9 \u00e0 un divertissement de f\u00eate foraine, le chamboul\u2019tout, qui consiste \u00e0 envoyer des balles de chiffon sur une pile de bo\u00eetes de conserve. \u00c0 la place des bo\u00eetes de conserve, Nicolas Dupont-Aignan vient de conf\u00e9rer une actualit\u00e9 tardive au titre de l\u2019\u00e9mission mort-n\u00e9e J\u2019y vais, J\u2019y vais pas. Il est all\u00e9 sur le plateau de On ne peut pas plaire \u00e0 tout le monde. Fogiel s\u2019est comport\u00e9 envers lui avec une telle mauvaise foi que la participation des membres du gouvernement \u00e0 ce genre d\u2019\u00e9missions vient de faire l\u2019objet, si l\u2019on en croit l\u2019excellent Jean-Marc Morandini (Europe 1), d\u2019une consigne d\u2019abstention.<br \/>\nUn exemple de l\u2019honn\u00eatet\u00e9 de Fogiel : dans le film liminaire qui pr\u00e9sente l\u2019activit\u00e9 du d\u00e9put\u00e9 Dupont-Aignan, nous voyons d\u00e9filer une galerie de ses amis avec, en surimpression sur chaque visage, un extrait de leurs d\u00e9clarations. Et sur la figure de Paul-Marie Co\u00fbteaux, que lisait-on entre guillemets ? \u201cIsra\u00ebl, peuple s\u00fbr de lui et dominateur\u201d.<br \/>\nLes auteurs de ce portrait, en voulant d\u00e9busquer chez les souverainistes je ne sais quel antis\u00e9mitisme, ont cit\u00e9 sans le savoir, ou m\u00eame pire, en le sachant, mais en comptant sur l\u2019ignorance des jeunes t\u00e9l\u00e9spectateurs, une phrase du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle que Co\u00fbteaux citait lui-m\u00eame. D\u00e9ontologiquement, nous ne sommes pas loin du pire.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3546 paru le 12 Novembre 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Large bande<br \/>\nLa question, qui aurait paru sacril\u00e8ge il y a deux ans, est pos\u00e9e de plus en plus ouvertement : \u00e0 quoi sert l\u2019ultra-haut d\u00e9bit ? S\u2019il s\u2019agit de consulter la page d\u2019accueil de la SNCF, \u00e0 rien : la diff\u00e9rence entre le chargement \u00e0 2 ou \u00e0 25 m\u00e9gabits est pratiquement nulle. La question pourrait d\u2019ailleurs para\u00eetre d\u00e9plac\u00e9e ici. Or elle ne l\u2019est pas. Pourquoi ? Parce que l\u2019ultra-haut d\u00e9bit, qui commence o\u00f9 plafonnent la plupart des abonnements actuels, permettra bient\u00f4t \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision d\u2019\u00eatre un service Internet comme un autre.<br \/>\nLes commentaires se focalisent en ce moment sur le d\u00e9marrage timide des offres lyonnaises de TPS, sur l\u2019abonnement Ma ligne TV, sur la Freebox ; on nous parle de dizaines de cha\u00eenes, on \u00e9voque le num\u00e9rique terrestre (non sans quelque commis\u00e9ration) mais la r\u00e9volution r\u00e9side dans le fait que la client\u00e8le va \u00eatre submerg\u00e9e par la tyrannie de l\u2019image. Elle ne va pas seulement la subir : elle va contribuer \u00e0 la propager.<br \/>\nLe co\u00fbt d\u2019une cam\u00e9ra num\u00e9rique a \u00e9t\u00e9 divis\u00e9 par trois en trois ans. Celui d\u2019un abonnement Internet capable d\u2019acheminer un film de deux heures en quinze minutes suit en ce moment la m\u00eame pente. Les dispositifs de t\u00e9l\u00e9phonie et de visiophonie en ligne sont de plus en plus accessibles. Au terme de l\u2019\u00e9volution qui s\u2019annonce, \u00e0 quoi devons-nous nous attendre ? Au meilleur et au pire, selon une loi \u00e9ternelle. Mais aussi, h\u00e9las ! dans des proportions \u00e9galement stup\u00e9fiantes.<br \/>\nCommen\u00e7ons par le meilleur : un jeune homme \u00e9crit un film pour quatre com\u00e9diens en participation. Il le tourne pour 5 000 euros. Il r\u00e9alise effets sp\u00e9ciaux et titrages chez lui, envoie son \u0153uvre \u00e0 trente producteurs dans la m\u00eame journ\u00e9e, et pour finir elle est t\u00e9l\u00e9charg\u00e9e un million de fois dans l\u2019ann\u00e9e. Voil\u00e0 longtemps que les jeunes cin\u00e9astes esp\u00e8rent pouvoir s\u2019\u00e9pargner deux ans de d\u00e9marches pour atteindre un public, c\u2019est chose faite.<br \/>\nEt maintenant le pire : un autre cin\u00e9aste, cingl\u00e9 celui-l\u00e0, filme des humiliations, des viols, des mutilations. Pis, il les inflige pour les filmer, il participe \u00e0 des bourses d\u2019\u00e9change de ces sujets atroces, il exploite l\u2019interphone plan\u00e9taire jusqu\u2019au crime. \u00c0 cause de gens comme lui, le vecteur de diffusion finit par forcer la production, comme on le voit au Proche-Orient o\u00f9 l\u2019on inflige d\u00e9sormais des tortures \u00e0 seule fin de les montrer. Cette ubiquit\u00e9 devient un probl\u00e8me d\u2019ordre public \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. On peut pr\u00e9voir la g\u00e9n\u00e9ralisation de la propagande, l\u2019apparition de cruaut\u00e9s cibl\u00e9es pour faire r\u00e9agir l\u2019opinion, et un flot intarissable de pornographie. On peut aussi pr\u00e9voir que les r\u00e9sistants iront fleurir la tombe de George Orwell.<\/p>\n<p>Antidote<br \/>\nLa France est afflig\u00e9e de pesanteurs qui agissent toutefois comme un antidote : essayez donc de passer du 512 kilobits aux 2 m\u00e9gas chez \u201cun grand op\u00e9rateur historique\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire de profiter de plein droit de l\u2019offre r\u00e9serv\u00e9e aux nouveaux abonn\u00e9s quand vous \u00eates un vieux client. Vous m\u2019en direz des nouvelles\u2026<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3547 paru le 19 Novembre 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Trop tard<br \/>\nMembre de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences, universitaire, Jacques Blamont \u00e9tait interrog\u00e9 l\u2019autre semaine par une journaliste de France Info sur son livre Introduction au si\u00e8cle des menaces. Ayant expos\u00e9 la th\u00e8se de l\u2019auteur selon laquelle les armes de destruction massive, les \u00e9pid\u00e9mies et la p\u00e9nurie de ressources naturelles nous promettaient les pires heures de notre histoire, la journaliste a adopt\u00e9 l\u2019optimisme qui convient \u00e0 un \u201cgrand m\u00e9dia consensuel\u201d pour demander d\u2019un ton presque guilleret \u00e0 son invit\u00e9 : finalement, avons-nous un moyen d\u2019\u00e9viter les d\u00e9sastres que vous d\u00e9crivez ? R\u00e9ponse du sp\u00e9cialiste : non, il est trop tard. D\u00e9cid\u00e9ment, l\u2019Universit\u00e9 n\u2019a aucun sens de la communication\u2026<\/p>\n<p>Onze Novembre<br \/>\nDans ces conditions, il y a des co\u00efncidences qui prennent un relief f\u00e2cheux et singulier. \u00c0 Toulouse, l\u2019Institut des hautes \u00e9tudes de d\u00e9fense nationale proposait la m\u00eame semaine une conf\u00e9rence de Genevi\u00e8ve de Galard. Elle racontait \u201cson\u201d Di\u00ean Bi\u00ean Phu avec une modestie navr\u00e9e. La souffrance des bless\u00e9s, leurs d\u00e9ceptions successives quand les avions les ont laiss\u00e9s sur place, et leur transport dans la jungle au milieu des prisonniers affam\u00e9s.<br \/>\nCe tableau a trouv\u00e9 un \u00e9cho bizarre le lendemain sur France2 dans le film la Chambre des officiers. Voil\u00e0 une histoire de compassion tr\u00e8s semblable \u00e0 celle de la petite infirmi\u00e8re convoyeuse de Di\u00ean Bi\u00ean Phu. Ce film lumineux et sobre tourn\u00e9 en cam\u00e9ra subjective montrait la souffrance du h\u00e9ros d\u00e9figur\u00e9, refl\u00e9t\u00e9e par la piti\u00e9 des t\u00e9moins pench\u00e9s sur lui dans un h\u00f4pital pour \u201cgueules cass\u00e9es\u201d.<br \/>\nSoir\u00e9e \u00e9prouvante certes, mais, apr\u00e8s tout, bien moins que sur la cha\u00eene voisine, qui nous infligeait l\u2019accoutrement de Mme de Fontenay. Objet du divertissement : pr\u00e9senter \u201cla plus belle femme du monde\u201d d\u2019apr\u00e8s un \u00e9chantillon de t\u00e9l\u00e9spectateurs. Il faut rappeler que la semaine pr\u00e9c\u00e9dente Dechavanne-pou\u00ebt-pou\u00ebt nous pr\u00e9sentait les cent meilleurs \u201cd\u00e9lires de stars\u201d, lesquels consistaient principalement \u00e0 s\u2019envoyer du yaourt en direct sur un plateau, \u00e0 verser du jus d\u2019orange sur la t\u00eate des invit\u00e9s, \u00e0 se d\u00e9nuder devant la cam\u00e9ra, \u00e0 arroser le public de cr\u00e8me, etc.<br \/>\nPuisque le concept de TF1 semble permettre de vendre du \u201ccerveau disponible\u201d, selon l\u2019aimable expression de son pr\u00e9sident, on peut sugg\u00e9rer les prochains num\u00e9ros : les cent QI les plus faibles du Paf, les cent phrases les plus l\u00e2ches et les plus consensuelles, les cent \u00e9missions politiques les plus t\u00e9l\u00e9phon\u00e9es, les cent publicit\u00e9s les plus androphobes\u2026<br \/>\nCe dernier concept est particuli\u00e8rement porteur : imaginez une \u00e9mission qui montrerait le complot dont l\u2019image paternelle est victime. P\u00e8res qui ne comprennent rien \u00e0 leurs filles, \u00e9poux pu\u00e9rils \u00e0 tendances \u00e9go\u00efstes, consommateurs gav\u00e9s de foot et de bi\u00e8re, il y a de quoi faire un carton aupr\u00e8s des jeunes cerveaux masculins disponibles, jusqu\u2019\u00e0 leur r\u00e9action qui risque d\u2019en surprendre plus d\u2019un.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3548 paru le 26 Novembre 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Fi\u00e8vre porcine<br \/>\nLe patineur Philippe Candeloro, dont la nature est plus courtoise qu\u2019il n\u2019y para\u00eet, s\u2019est trouv\u00e9 oblig\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 la question suivante, pos\u00e9e par Fogiel : &#8221; C\u2019est pas un peu dur, de faire des m\u00e9nages au centre commercial de Chelles quand on a fait courir la plan\u00e8te ? &#8221;<br \/>\nCe qui doit \u00eatre un peu dur, c\u2019est de r\u00e9pondre \u00e0 ce genre d\u2019interview sans se f\u00e2cher. Mais Candeloro s\u2019en est tir\u00e9 avec classe : &#8221; Je suppose, a-t-il dit, que si demain vous vous retrouviez sur le c\u00e2ble, vous n\u2019abandonneriez pas le m\u00e9tier. &#8221;<br \/>\nBonne r\u00e9ponse, mais mauvais calcul. Quand on voit avec quelle impudence la direction du service public conserve aux avant-postes les t\u00eates impopulaires (Nagui, Ardisson, etc.), on se dit que Fogiel n\u2019a aucun souci \u00e0 se faire. D\u2019autant qu\u2019apr\u00e8s quelques d\u00e9rives, il a corrig\u00e9 le tir : la semaine pass\u00e9e, il recevait, au lieu des habituels parlementaires sur la d\u00e9fensive, deux repr\u00e9sentants d\u2019un groupe de rap poursuivi en justice par le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur. Question : &#8221; Dans les paroles d\u2019une de vos chansons, outre les centaines de morts que vous attribuez \u00e0 la police, il est question de \u201ccertains porcs mari\u00e9s \u00e0 des truies, offusqu\u00e9s par tant de sans-papiers squattant les \u00e9glises, et qui disent : pourquoi pas les mosqu\u00e9es ?\u201d Est-ce que ce genre d\u2019exc\u00e8s ne compromet pas la l\u00e9gitimit\u00e9 de votre propos ? &#8221;<br \/>\nDani\u00e8le Evenou, pr\u00e9sente sur le plateau, avait choisi d\u2019\u00eatre plus offensive que son h\u00f4te. Elle a demand\u00e9 avec insistance : &#8221; Et sans indiscr\u00e9tion, on peut savoir qui sont les truies ? &#8221; Le chanteur du groupe s\u2019est embourb\u00e9 dans une explication selon laquelle, dans une chanson, tout devait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 \u201cau niveau symbolique\u201d. L\u2019origine de la discussion \u00e9tant le voile \u201cde trois centim\u00e8tres carr\u00e9s\u201d, dit le texte, le niveau symbolique \u00e9tait facile \u00e0 interpr\u00e9ter : les cochons et les truies, c\u2019est nous.<br \/>\nQuand on conna\u00eet le statut du porc dans l\u2019imaginaire islamique, on s\u2019\u00e9tonne que le Fran\u00e7ais de base y soit assimil\u00e9 sur son propre sol et sur une antenne nationale.<br \/>\nJT agit\u00e9<br \/>\nLe 13 heures de Christophe Hondelatte est plus nerveux que ses concurrents, pour ne pas dire agit\u00e9. Le d\u00e9cor est inspir\u00e9 des cha\u00eenes am\u00e9ricaines. Les petites mains de l\u2019information traversent le champ \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan. Par moments, on se croirait sur Fox News, sauf que ce genre de t\u00e9l\u00e9vision \u00e0 la hussarde exige un recours aux questions abruptes.<br \/>\nSur France 2, on les attend en vain. Pour cela, il faudrait recentrer la cha\u00eene enti\u00e8re : les d\u00e9bats ne sont pas de vrais d\u00e9bats, les questions par SMS sont pasteuris\u00e9es, le c\u00f4t\u00e9 primesautier de la r\u00e9alisation est contrebalanc\u00e9 par une politique tr\u00e8s convenue dans le choix des invit\u00e9s. En somme, toute cette modernit\u00e9 reste purement formelle.<br \/>\nEt si l\u2019on s\u2019attache aux symboles, puisque c\u2019est la mode, il y a deux nuances de rouge sur le plateau, un rose fuchsia et un rouge vermillon, deux couleurs qui se heurtent, comme on l\u2019a souvent observ\u00e9 en politique. Quant \u00e0 l\u2019absence de bleu, elle n\u2019\u00e9tonnera personne.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3549 paru le 3 D\u00e9cembre 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Esprit de contradiction<br \/>\nLes esprits forts de la t\u00e9l\u00e9vision contribuent \u00e0 d\u00e9finir toujours plus pr\u00e9cis\u00e9ment une esth\u00e9tique obligatoire, fond\u00e9e sur l\u2019ironie envers l\u2019ennemi de classe : l\u2019opinion majoritaire.<br \/>\nParmi leurs victimes r\u00e9centes, citons T\u00e9l\u00e9matin, fusill\u00e9e \u00e0 bout portant il y a quelques mois par Guy Carlier, lequel a diffus\u00e9 un passage o\u00f9 l\u2019on voyait William Leymergie se pencher sur un potiron face au chroniqueur gastronomique qui parlait, lui, de la couleur de ce l\u00e9gume et de son aspect. Guy Carlier jugeait visiblement ces contingences matinales offensantes pour un homme de go\u00fbt. Quant aux \u00e9missions vraiment populaires, dans la bouche de ses homologues, c\u2019est pareil. Nous avons cit\u00e9 celle de Pascal Sevran, nous avons mentionn\u00e9 le cabaret de Patrick S\u00e9bastien, mais il faut revenir aux duettistes Bataille et Fontaine parce qu\u2019ils remportent en ce moment un succ\u00e8s qui fait hurler les sp\u00e9cialistes.<br \/>\nLa tentation serait grande de donner une le\u00e7on \u00e0 ces derniers, et de chanter artificiellement les louanges de cette \u00e9mission sous le pr\u00e9texte qu\u2019elle d\u00e9passe quatre millions de t\u00e9l\u00e9spectateurs. Et pourtant, nous n\u2019y c\u00e9derons pas. Ce divertissement est assez pauvre, il est vrai. Il ne m\u00e9rite aucun \u00e9loge, il manque d\u2019invention, son titre est nul (Y\u2019a que la v\u00e9rit\u00e9 qui compte), il est rythm\u00e9 par une musique affreuse, et pendant l\u2019un des derniers num\u00e9ros, on a m\u00eame pu entendre Daphn\u00e9, sa niaise \u00e9g\u00e9rie, nous annoncer qu\u2019elle se trouvait \u00e0 Carpentras, &#8221; ville qui ; depuis l\u2019Antiquit\u00e9 ; est charg\u00e9e d\u2019histoire &#8220;. Elle voulait probablement dire que son histoire remontait \u00e0 l\u2019Antiquit\u00e9. Mais \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, on est oblig\u00e9 de reconstituer ce que les gens ont voulu dire apr\u00e8s avoir essay\u00e9, en vain, de comprendre ce qu\u2019ils disent.<br \/>\nMalgr\u00e9 cela, il faut admettre que l\u2019\u00e9motion n\u2019est jamais absente de l\u2019\u00e9mission. On peut conc\u00e9der que les pr\u00e9sentateurs, s\u2019ils manquent de finesse, ne donnent jamais dans l\u2019ind\u00e9licatesse, que leur r\u00e9serve est pleine de respect pour les infortun\u00e9s qu\u2019ils re\u00e7oivent, et qu\u2019\u00e0 travers eux, ce que d\u00e9testent les branch\u00e9s, ce n\u2019est pas l\u2019Audimat, c\u2019est le Peuple. On a donc presque envie de les aimer, par amour du Peuple.<\/p>\n<p>Comme un chef<br \/>\nS\u00e9bastien Cauet est produit par les pr\u00e9c\u00e9dents. Lui s\u2019en tire comme un chef. Sa cuisine est parfois lourde mais jamais immangeable. Son ironie n\u2019est pas sardonique. Il ne ressemble pas aux chroniqueurs du genre \u201cmoichtrouve\u201d qui pr\u00e9c\u00e8dent le journal du soir sur France 2. Il pratique la loufoquerie avec une distance qui est le propre de l\u2019\u00e2ge adulte. Imaginez ses concurrents d\u00e9guis\u00e9s en lapin ou en agent de police : ils ne trouvent jamais le ton juste, ils ne savent pas \u00eatre l\u00e9gers, ils font de l\u2019humour comme les pharisiens font de la religion \u2013 en frimeurs. On peut tout reprocher \u00e0 Cauet, sauf \u00e7a. M\u00eame quand il a trouv\u00e9 la faille chez son invit\u00e9, il n\u2019en profite jamais pour repl\u00e2trer les siennes.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3550 paru le 10 D\u00e9cembre 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>La petite fianc\u00e9e du crime<br \/>\nIl y a des coups de pub qui mettent mal \u00e0 l\u2019aise, surtout s\u2019ils sont diffus\u00e9s aux heures de grande \u00e9coute. Sept \u00e0 Huit vient de faire la promotion d\u2019un livre qui raconte une cavale apr\u00e8s un braquage : prise d\u2019otages, deux morts, un magot dans une valise, une fuite \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, et une histoire d\u2019amour pour couronner l\u2019affaire.<br \/>\nEn pleine France giscardienne, ce sc\u00e9nario a ravi les foules, c\u2019\u00e9tait l\u2019ordinaire du cin\u00e9ma de l\u2019\u00e9poque. On oublie en effet de rappeler que l\u2019aura de prestige qui entoure le banditisme violent vient de toute une mythologie introduite par les producteurs dans ces ann\u00e9es-l\u00e0 (\u00e0 l\u2019image de Bonnie and Clyde). Or quand on voit la photo du prince charmant au teint mat afflig\u00e9 d\u2019un strabisme prononc\u00e9, non seulement on se dit que cette jeune fille est tomb\u00e9e sur la t\u00eate, mais que sa fable romantique n\u2019en est pas une. L\u2019autre lecture des faits consiste en effet \u00e0 rappeler que cette allum\u00e9e de 18 ans, qui voulait sans doute donner une le\u00e7on \u00e0 son milieu, a suivi un braqueur apr\u00e8s un hold-up sanglant, qu\u2019elle a d\u00e9pens\u00e9 avec lui l\u2019argent du crime, qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 jet\u00e9e comme un mouchoir, et qu\u2019elle a appris la mort de son h\u00e9ros par la radio. Racont\u00e9 comme \u00e7a, le livre devrait se vendre nettement moins.<\/p>\n<p>Bizarreries<br \/>\n&#8221; Sans les oracles d\u2019hier, nous ne pourrions pas comprendre les bizarreries de l\u2019\u00e9poque postcommuniste. &#8221; Cette phrase du Roman de la Russie insolite de Vladimir F\u00e9dorovski (Le Rocher) aurait pu servir d\u2019exergue au film de Jean-Michel Carr\u00e9 Un sous-marin en eaux troubles \u00e0 propos du naufrage du Koursk.<br \/>\nLes bizarreries dont ce film documentaire se fait l\u2019\u00e9cho (\u00e9touffement d\u2019un incident international entre les \u00c9tats-Unis et la Russie de Vladimir Poutine) ne sont pas les seules. D\u2019autres entourent sa d\u00e9programmation par France 2. Le jour de la publication de la pr\u00e9sente chronique aurait d\u00fb \u00eatre celui de la diffusion sur la cha\u00eene nationale. Une projection en avant-premi\u00e8re a d\u2019ailleurs r\u00e9uni la presse le 9 novembre. Mais des difficult\u00e9s de derni\u00e8re minute sont apparues, difficult\u00e9s dont nous ignorons le principal ; toutefois la th\u00e8se v\u00e9hicul\u00e9e par le film n\u2019y est sans doute pas \u00e9trang\u00e8re, ni le fait que des sp\u00e9cialistes comme H\u00e9l\u00e8ne Blanc y apportaient leur \u00e9clairage sur les improvisations de l\u2019\u00c9tat russe. Le dossier de presse fait \u00e9tat d\u2019un texte paru bri\u00e8vement le 22 ao\u00fbt 2000, dix jours apr\u00e8s le naufrage, sur le site Internet de la Pravda, selon lequel &#8221; un incident s\u2019est produit dans la mer de Barents qui a failli conduire \u00e0 l\u2019\u00e9clatement d\u2019une troisi\u00e8me guerre mondiale &#8220;. Qui donc a encore int\u00e9r\u00eat \u00e0 prolonger ce myst\u00e8re ?<\/p>\n<p>Pr\u00e9cision<br \/>\n\u00c0 la requ\u00eate expresse de son vice-pr\u00e9sident, pr\u00e9cisons que l\u2019Association des officiers de r\u00e9serve de la Haute-Garonne est \u00e0 l\u2019origine de la conf\u00e9rence prononc\u00e9e par Genevi\u00e8ve de Galard \u00e0 Toulouse le 10 novembre dernier, et non l\u2019Institut des hautes \u00e9tudes de d\u00e9fense nationale, comme nous l\u2019avions si l\u00e9g\u00e8rement affirm\u00e9.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3551 paru le 17 D\u00e9cembre 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Orianne et Priscilla<br \/>\nDans notre soci\u00e9t\u00e9 hypocondriaque, exprimer le moindre doute devant un cas pr\u00e9sent\u00e9 chez Delarue, lui sugg\u00e9rer comme rem\u00e8de un coup de gueule, d\u00e9clencheraient certainement les foudres des p\u00e9dopsychiatres et de tous ceux qui font profession d\u2019expliquer aux Fran\u00e7ais pourquoi leur fille est muette.<br \/>\nMais on peut toujours essayer de s\u2019y risquer quand m\u00eame.<br \/>\nPendant une r\u00e9cente \u00e9mission de \u00c7a se discute consacr\u00e9e aux anomalies du comportement alimentaire, nous avons eu droit au portrait d\u2019une demoiselle anorexique nomm\u00e9e Priscilla et de ses parents \u00e9plor\u00e9s. Jusque-l\u00e0, rien qui ne m\u00e9rite la plus scrupuleuse compassion. Mais le cas suivant \u00e9tait plus douteux. Pour le d\u00e9crire, la production a diffus\u00e9 un reportage o\u00f9 la malade elle-m\u00eame, nomm\u00e9e Orianne comme Mme de Guermantes (\u00e0 une consonne pr\u00e8s), se penchait avec complaisance sur son propre cas, en nous expliquant combien son rapport \u00e0 la nourriture \u00e9tait digne d\u2019\u00e9tude.<br \/>\nApr\u00e8s un quart d\u2019heure, ce sujet qui aurait d\u00fb susciter la compassion comme l\u2019autre finissait par inspirer le contraire. Orianne n\u2019\u00e9tait pas m\u00e9contente de nous montrer qu\u2019elle se nourrissait de flocons de ma\u00efs qu\u2019elle classait par ordre d\u2019\u00e9paisseur, \u00e0 3 heures du matin, selon un rituel que le commentaire consid\u00e9rait comme pratiquement sacr\u00e9. Mais surtout elle \u00e9tait ravie de traiter devant nous sa m\u00e8re comme une esclave. &#8221; Je voudrais poser mon plateau \u00e0 la cuisine &#8220;, disait la malheureuse femme. &#8221; Non ! tu le laisses dehors, va dans ta chambre, et \u00e7a m\u2019arrangerait si tu pouvais fermer la porte. &#8221; Vous ne r\u00eavez pas, c\u2019est bien la fille qui traitait ainsi sa m\u00e8re.<br \/>\nEnsuite on les voyait toutes deux dans un centre commercial \u00e0 la nuit tomb\u00e9e, la m\u00e8re lui faisait essayer cinq pantalons dont aucun ne lui convenait, avant de confier \u00e0 la cam\u00e9ra : &#8221; Quand j\u2019entends les th\u00e9rapeutes me dire que je suis trop fusionnelle avec ma fille, \u00e7a m\u2019irrite terriblement. &#8221; Apr\u00e8s quoi elle se tournait vers sa Barbie de 1,70 m\u00e8tre et lui disait : &#8221; Allez tu vas voir, on va s\u2019en sortir, ma fille. &#8221;<br \/>\n\u00c7a se discute devrait songer \u00e0 inviter de temps en temps un personnage de Candide brutal et vengeur, un substitut du p\u00e8re, ce p\u00e8re dont notre h\u00e9ro\u00efne avait visiblement besoin, car le sien se contentait de prendre un air coupable en disant que leur vie \u00e9tait devenue un enfer. Cet homme aurait pour mission de dire \u00e0 Orianne : \u201cMa fille, tes flocons de ma\u00efs coup\u00e9s en quatre sont la m\u00e9taphore de toute ton existence : tu d\u00e9signes, par ce man\u00e8ge nocturne et d\u00e9risoire, l\u2019\u00e9troitesse de ta libert\u00e9 dans une famille n\u00e9vros\u00e9e. Si tu \u00e9tais n\u00e9e dans la bourgeoisie moyenne de Bombay, non seulement le pays entier ne te regarderait pas chipoter jusqu\u2019\u00e0 minuit sur une cha\u00eene nationale, mais tu n\u2019aurais jamais contract\u00e9 la maladie que tu infliges \u00e0 ta m\u00e8re.\u201d<br \/>\nLes t\u00e9l\u00e9spectateurs se cotiseraient pour lui offrir un stage en Inde et la France aurait l\u2019impression qu\u2019un peu d\u2019air vient d\u2019entrer sur le plateau.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3392 paru le 30 Novembre 2001<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Personne n\u2019en parle<br \/>\nD\u00e9but novembre, une \u00e9mission du service public intitul\u00e9e Tout le monde en parle, pr\u00e9sent\u00e9e par l\u2019animateur le plus vertueux de la profession, s\u2019offre la participation du mannequin vedette Karen Mulder. Objet de ces vingt minutes : faire le point sur l\u2019affaire de l\u2019agence Elite (all\u00e9gations de prostitution de luxe lanc\u00e9es contre une agence de mannequins par la mafia russe, comme en t\u00e9moignait un magazine de TF 1 une semaine plus tard).<br \/>\nOr Karen Mulder, ce soir-l\u00e0, n\u2019a pas fait ce qu\u2019on lui demandait, \u00e0 savoir r\u00e9pondre docilement aux questions qu\u2019on lui posait sans d\u00e9border du cadre. Elle a nomm\u00e9ment accus\u00e9 une dizaine de personnalit\u00e9s de faire partie d\u2019un autre r\u00e9seau, elle a accus\u00e9 son p\u00e8re de viol, elle a demand\u00e9 le t\u00e9moignage d\u2019une chanteuse pr\u00e9sente en pr\u00e9tendant qu\u2019elle avait subi les m\u00eames outrages.<br \/>\nLe fond de l\u2019affaire n\u2019est pas le propos ici. On est libre d\u2019aller lire sur Internet les accusations qu\u2019elle a port\u00e9es et le r\u00e9cit de la soir\u00e9e, notamment sur www.actu-star.com. On aura sans doute observ\u00e9 que je n\u2019ajoute pas \u00ab si on n\u2019a pas pu voir l\u2019\u00e9mission \u00bb, car cette \u00e9mission, personne ne l\u2019a vue.<br \/>\nEt si la production avait pu faire en sorte que les trente jeunes gens invit\u00e9s \u00e0 applaudir dans le d\u00e9cor ne l\u2019aient pas vue non plus, elle l\u2019aurait fait. La preuve, elle a fouill\u00e9 le public \u00e0 la recherche des Cam\u00e9scope. La bande originale a \u00e9t\u00e9 effac\u00e9e elle aussi.<br \/>\nL\u2019\u00e9mission n\u2019a donc pas \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9e. Pourquoi en conna\u00eet-on le d\u00e9roulement ? Parce qu\u2019un des spectateurs, \u00e0 peine rentr\u00e9 chez lui, s\u2019est ru\u00e9 sur son ordinateur pour raconter l\u2019entretien sur un forum de discussion. Une fois de plus, Internet devient le refuge de la parole dissidente contre une t\u00e9l\u00e9vision musel\u00e9e o\u00f9 le direct est en train de devenir hors la loi.<br \/>\nC\u2019est d\u00e9j\u00e0 plus ou moins fait. On ne tol\u00e8re, en direct, que l\u2019ouverture des robinets d\u2019eau ti\u00e8de. La pr\u00e9sence de ce qu\u2019on appelle pompeusement le public (et que le music-hall e\u00fbt nomm\u00e9 la claque) va finir par \u00eatre supprim\u00e9e elle aussi, puisque les t\u00e9moins d\u2019un incident de plateau se mettent \u00e0 \u201cbalancer\u201d (pour reprendre le m\u00e9diocre vocabulaire de l\u2019\u00e9mission). Or sans public et en diff\u00e9r\u00e9, une \u00e9mission qui se veut provocante ne provoque qu\u2019un l\u00e9ger fou rire et un violent malaise.<br \/>\nUn fou rire quand on songe que Thierry Ardisson a jou\u00e9 les redresseurs de torts pendant des ann\u00e9es, dans un magazine nomm\u00e9 Interview, \u00e0 propos des tripatouillages de la t\u00e9l\u00e9vision. Un malaise, parce qu\u2019il aurait suffi de dire \u00e0 la cam\u00e9ra \u00ab Ces propos n\u2019engagent que vous \u00bb, et juridiquement l\u2019accusatrice se retrouvait seule en ligne, face au public qui pouvait se faire une opinion. Au lieu de quoi notre journaliste, d\u00e9guis\u00e9 en abb\u00e9 de cour jusqu\u2019au sourire, est all\u00e9 d\u00e9lib\u00e9rer en coulisses avant de sucrer la s\u00e9quence au motif que son invit\u00e9e m\u00e9ritait un traitement psychiatrique. Comme disent les branch\u00e9s, tout cela est d\u2019une \u00e9l\u00e9gance \u201cassez moyenne\u201d.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3552 paru le 24 D\u00e9cembre 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>La maison rouge<br \/>\n&#8221; Pour une enfant de 11 ans, elle avait une conscience ph\u00e9nom\u00e9nale de ce qu\u2019elle jouait &#8221; : ainsi s\u2019exprimait, sur Arte, l\u2019impresario allemand d\u2019Irina, une fillette de Kharkov venue avec sa m\u00e8re partager une chambre \u00e9troite dans la banlieue de Moscou pour suivre les cours de piano de la prestigieuse \u00c9cole centrale de musique. De prestigieux, ce conservatoire n\u2019a plus aujourd\u2019hui que le renom \u2013 et encore. C\u2019est une maison rouge \u00e0 six \u00e9tages dont les \u00e9l\u00e8ves viennent pour la plupart de la Russie d\u00e9glingu\u00e9e, celle qui attend pendant des heures un bus orange au milieu des palissades.<br \/>\nIl faut dire que les cours sont gratuits. Les m\u00e8res sont v\u00eatues d\u2019anoraks aux couleurs improbables. Les p\u00e8res sont absents ou rest\u00e9s au pays. Dans les appartements minuscules, entre deux tapisseries du Caucase, sous un ciel jaune et violet, tr\u00f4ne un piano d\u2019occasion, aux formes modernes et dont on ne voudrait pas chez nous dans une brocante. Et pourtant c\u2019est sur cet instrument qu\u2019Irina, Ira, Fr\u00e9d\u00e9ric et les autres jouent des partite et des pr\u00e9ludes depuis l\u2019\u00e2ge de 6 ans.<br \/>\nParfois ces prodiges recrut\u00e9s dans leurs \u00e9coles provinciales laissent pantois leurs professeurs d\u00e8s la premi\u00e8re s\u00e9ance. C\u2019\u00e9tait le cas de la petite Ira Tchistiakovan, qui ressemblait dans le reportage \u00e0 une enfant de Manet et qui jouait Chopin, \u00e0 Francfort, devant un parterre choisi. Elle \u00e9tait accompagn\u00e9e d\u2019Irina, autre interpr\u00e8te, presque majeure celle-l\u00e0, qui concevait ses premiers doutes apr\u00e8s huit ans de carri\u00e8re : son impresario allemand voulait la voir \u00e9tudier \u00e0 Philadelphie, la cam\u00e9ra la montrait plut\u00f4t en train d\u2019embrasser son vieux professeur russe, qui habitait lui-m\u00eame dans un taudis mais qu\u2019elle ch\u00e9rissait comme son grand-p\u00e8re. Cet homme \u00e9mouvant nous expliquait qu\u2019en Russie les professeurs de musique ne rentraient pas chez eux apr\u00e8s les cours comme aux \u00c9tats-Unis : ils vivaient au contact de leurs \u00e9l\u00e8ves et leur rendaient visite dans leur chambre quand ils avaient le moindre rhume.<br \/>\nD\u00e9j\u00e0, dans notre moiti\u00e9 du monde, aucun professeur de piano n\u2019irait border son \u00e9l\u00e8ve le soir, par crainte d\u2019\u00eatre d\u00e9nonc\u00e9 pour attouchements dix-huit ans apr\u00e8s, surtout si l\u2019enfant a rat\u00e9 sa carri\u00e8re de concertiste. Ensuite, on voyait la petite Irina donner un r\u00e9cital au Vatican en 1996, en pr\u00e9sence de sa m\u00e8re, devant le pape (le Saint-P\u00e8re \u00e9tait assis seul devant le piano et la curie derri\u00e8re lui). \u00c0 la fin du concert, il se levait pour caresser la t\u00eate de l\u2019enfant en t\u00e9moignage d\u2019admiration. Et soudain on comprenait mieux pourquoi l\u2019Occident en g\u00e9n\u00e9ral et la France en particulier n\u2019ont plus aucune amiti\u00e9 pour les prodiges de 6 ans : c\u2019est par d\u00e9faut d\u2019humilit\u00e9 devant la Providence. Notre pays r\u00e9pugne \u00e0 admettre le caract\u00e8re d\u00e9terminant du don, de la gr\u00e2ce et de la g\u00e9n\u00e9tique. Au nom de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances, nous n\u2019aimons plus les surdou\u00e9s. J\u2019ignore comment M 6 va se d\u00e9brouiller pour contourner ce tabou dans sa nouvelle \u00e9mission sur les jumeaux, mais il va falloir jouer fin.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3554 paru le 7 Janvier 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Cibles ill\u00e9gitimes<br \/>\nLe journal de France 2 a comment\u00e9 la lib\u00e9ration des deux journalistes fran\u00e7ais en y ajoutant une touche d\u2019analyse qui laisse un peu perplexe. Au milieu d\u2019une explication poussive sur les diff\u00e9rents courants qui traversent l\u2019\u201carm\u00e9e de lib\u00e9ration islamique\u201d, le commentateur pr\u00e9cise que la France diff\u00e8re des autres nations par sa politique arabe intelligente.<br \/>\nEt l\u00e0, stupeur, il ajoute textuellement : &#8221; Les ravisseurs se trompent de cible en prenant des otages en France. &#8221; Voil\u00e0 qui laisse entendre non seulement qu\u2019il existerait des cibles plus l\u00e9gitimes que les Fran\u00e7ais, mais que certaines exactions, enl\u00e8vements, d\u00e9capitations, etc. pourraient avoir des cibles l\u00e9gitimes tout court. Certes la France a de quoi se r\u00e9jouir que l\u2019analyse des ravisseurs ait fini par co\u00efncider avec celle de France 2, puisque les otages sont libres et que leur bonne sant\u00e9 saute aux yeux. Mais il reste l\u00e0-dedans une impression de malaise, que les d\u00e9clarations de Georges Malbrunot n\u2019auront fait qu\u2019accentuer. D\u2019ailleurs il suffit de taper son nom dans la case \u201crecherche\u201d des forums d\u2019Internet pour flairer l\u2019\u00e9tat de l\u2019opinion, laquelle s\u2019\u00e9carte notablement des th\u00e8ses officielles et ne prend rien de ce qu\u2019on lui dit pour argent comptant.<\/p>\n<p>D\u00e9cal\u00e9 ou malsain ?<br \/>\nSur Euronews, cha\u00eene qui se distingue pratiquement toujours par sa sobri\u00e9t\u00e9 et son bon go\u00fbt, surtout dans le traitement des catastrophes, on pouvait entendre r\u00e9cemment un touriste italien exprimant son impuissance \u00e0 remercier les Tha\u00eflandais tr\u00e8s pauvres qui avaient pourtant recueilli, nourri et v\u00eatu les survivants europ\u00e9ens en train d\u2019errer en maillot de bain dans les ruines boueuses de leur h\u00f4tel.<br \/>\nLe jour m\u00eame o\u00f9 les journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s d\u00e9taillaient l\u2019ampleur de la d\u00e9tresse en Asie du Sud-Est, le soir o\u00f9 l\u2019on venait de voir les morgues pleines sous les cocotiers, France 2, encore elle, osait pr\u00e9senter l\u2019odieux divertissement de Nagui, \u00c7a va \u00eatre votre f\u00eate, qui consistait \u00e0 envoyer quelqu\u2019un dans le lagon de Bora Bora. Naturellement l\u2019\u00e9mission \u00e9tait enregistr\u00e9e depuis un mois. Et naturellement aussi, la cha\u00eene l\u2019aurait d\u00e9programm\u00e9e si le gagnant s\u2019\u00e9tait vu offrir un s\u00e9jour en Tha\u00eflande.<br \/>\nMais le probl\u00e8me n\u2019est pas l\u00e0. Le probl\u00e8me est dans la vulgarit\u00e9 de ce machin qui \u00e9tait une offense \u00e0 tout ce qui avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9. Imaginez un pr\u00e9sentateur accoutr\u00e9 comme Austin Powers qui s\u2019\u00e9crie \u201cyeah !\u201d toutes les trois phrases et qui demande \u00e0 ses invit\u00e9s \u201cvous \u00eates fan de quoi vous ?\u201d en guise de carte de visite. Imaginez l\u2019un des candidats assistant \u00e0 la destruction de sa propre voiture sur le plateau, \u00e0 coups de batte de base-ball. Imaginez une vid\u00e9o truqu\u00e9e lui montrant ses deux fils de 10 ans en train de conduire ladite voiture le pied au plancher sur route r\u00e9elle, avant un simulacre d\u2019accident.<br \/>\nPour finir, imaginez de remplacer \u201cd\u00e9cal\u00e9\u201d, le mot qu\u2019emploient le plus volontiers les promoteurs du genre, par malsain, et vous aurez une id\u00e9e du niveau p\u00e9lagique atteint par le service public.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3555 paru le 14 Janvier 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Bain du premier de l\u2019an<br \/>\nQuand on consid\u00e8re avec un peu de distance le traitement m\u00e9diatique r\u00e9serv\u00e9 aux malheurs de l\u2019Asie du Sud, on est frapp\u00e9 par l\u2019exc\u00e8s de z\u00e8le qui s\u2019est manifest\u00e9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et la goujaterie qui s\u2019est \u00e9tal\u00e9e de l\u2019autre.<br \/>\nL\u2019exc\u00e8s de z\u00e8le d\u2019abord : Anne Hidalgo et les brillantes \u00e9quipes de la Ville de Paris en ont fait preuve, en attachant un cr\u00eape noir aux arbres des Champs-\u00c9lys\u00e9es, pour un budget sans doute non n\u00e9gligeable, alors qu\u2019il aurait suffi \u00e0 tous les \u00e9lus parisiens de porter un brassard noir pendant une semaine. L\u2019effet d\u2019annonce aurait \u00e9t\u00e9 le m\u00eame et la d\u00e9pense moindre. \u00c0 suivre le r\u00e9cit du r\u00e9veillon et les images du feu d\u2019artifice sur France 3, on voyait d\u2019ailleurs que le recueillement \u00e9tait tr\u00e8s mod\u00e9r\u00e9 sur le pav\u00e9 de Paris. C\u2019est en vain que les \u00e9quipes de tournage ont cherch\u00e9 de l\u2019affliction autour d\u2019elles. La liesse \u00e9tait partout. Comment pouvait-il en \u00eatre autrement ? Nous vivons dans une soci\u00e9t\u00e9 qui a besoin de commerce, de lampions dans les rues, de boutiques illumin\u00e9es. Nous avons besoin de garder le moral pour atteindre sans encombre ni mauvaise conscience la p\u00e9riode des soldes. Nous nous contenterons donc, comme la Mairie de Paris, de \u201cmarquer notre solidarit\u00e9\u201d.<br \/>\nReste \u00e0 donner une illustration de la goujaterie t\u00e9l\u00e9visuelle. En voici une glan\u00e9e le m\u00eame soir. Apr\u00e8s avoir montr\u00e9 les plages d\u00e9vast\u00e9es de Patong et de Khao Lak o\u00f9 errent des orphelins maigres qui fouillent les d\u00e9combres, nous sommes pass\u00e9s, sans transition, \u00e0 un reportage sur le bain du premier de l\u2019an \u00e0 Biarritz (Soir 3). \u00c0 ce degr\u00e9-l\u00e0 de maladresse, nous pouvons parler de cas d\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p>Juste pour pleurer<br \/>\nLe festival canadien Juste pour rire puise traditionnellement, en cette p\u00e9riode de l\u2019ann\u00e9e, dans le vivier des humoristes fran\u00e7ais, pour une soir\u00e9e de sketches et de cam\u00e9ras cach\u00e9es. Le num\u00e9ro de l\u2019ann\u00e9e se distinguait par une inspiration particuli\u00e8rement d\u00e9go\u00fbtante et sanglante. En voici un extrait, interpr\u00e9t\u00e9 par le fantaisiste Franck Dubosc, un orf\u00e8vre dans le genre douteux : deux personnages, dans la jungle, l\u2019un arm\u00e9 d\u2019une machette, l\u2019autre tr\u00e8s pot de colle. Par punition ou par sadisme, je n\u2019ai pas tout compris, le premier tranche un membre de son compagnon toutes les quinze secondes. \u00c0 la fin c\u2019est donc un tronc sanguinolent qui rampe dans le sous-bois. Le bourreau ayant d\u00e9cid\u00e9 de crever les yeux de celui qui rampe, la cam\u00e9ra devient subjective et borgne, puis l\u2019image tourne au noir et c\u2019est la fin du sketch.<br \/>\nPas mal, pour une soir\u00e9e de premier de l\u2019an sur le service public ! Si vous ajoutez \u00e0 cela que votre neveu de 10 ans a beaucoup insist\u00e9 pour voir l\u2019\u00e9mission, vous vous retrouvez bl\u00eame de col\u00e8re en songeant \u00e0 vos propres 10 ans quand Henri Salvador \u00e9gayait la soir\u00e9e, d\u00e9guis\u00e9 en lapin de garenne, et vous demandez \u00e0 votre neveu : \u00ab Tu n\u2019as pas honte de regarder cela ? Moi, si. Et j\u2019ai encore plus honte de le regarder avec toi. \u00bb Votre neveu se l\u00e8ve pour \u00e9teindre le poste. Il est au bord des larmes.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3556 paru le 21 Janvier 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Immunit\u00e9 journalistique<br \/>\nLe fait que trois responsables de la cha\u00eene am\u00e9ricaine CBS aient \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9s apr\u00e8s la diffusion d\u2019un faux grossier accablant l\u2019attitude du jeune George Bush pendant la guerre du Vietnam incite \u00e0 la comparaison avec ce qui se serait pass\u00e9 chez nous dans un cas similaire.<br \/>\nUne approximation nous est fournie par le sort cl\u00e9ment r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 David Pujadas et \u00e0 Olivier Mazerolle apr\u00e8s l\u2019avis de retraite anticip\u00e9 d\u2019Alain Jupp\u00e9 (rappelons qu\u2019il s\u2019agissait non seulement de devancer l\u2019\u00e9v\u00e9nement mais de peser sur sa nature puisqu\u2019on annon\u00e7ait la mort politique d\u2019un homme impopulaire \u00e0 gauche, or les rapports entre les m\u00e9dias et les forces de progr\u00e8s sont identiques en France et aux \u00c9tats-Unis).<br \/>\nL\u2019impunit\u00e9 qui caract\u00e9rise les illusionnistes de l\u2019information dans notre pays est aussi illustr\u00e9e par Karl Z\u00e9ro, lequel franchit sans cesse la fronti\u00e8re entre le show-biz et la politique pour camper du c\u00f4t\u00e9 qui l\u2019arrange. Apr\u00e8s avoir n\u00e9goci\u00e9, dans l\u2019affaire Al\u00e8gre, un t\u00e9moignage contre des avantages en nature, il jouit d\u2019une immunit\u00e9 proprement incroyable. Amuseur quand la justice se f\u00e2che, il restaure sa pr\u00e9tendue \u201cdignit\u00e9 de journaliste\u201d quand l\u2019orage s\u2019\u00e9loigne.<br \/>\nOn pourrait continuer dans ce registre et rappeler les acrobaties d\u2019Edwy Plenel, mais il y a mieux, c\u2019est-\u00e0-dire plus burlesque : une affaire qui discr\u00e9dite pour longtemps les m\u00e9thodes et la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 d\u2019une presse qui vit d\u2019approximations et de correctifs. C\u2019est l\u2019article de Lib\u00e9ration sur la sociologie du jeu vid\u00e9o repris par France 2 en novembre dernier.<br \/>\nTout commence par un canular lanc\u00e9 sur un site Internet : le retard \u00e0 la sortie d\u2019un jeu tr\u00e8s attendu aurait provoqu\u00e9, selon l\u2019un des intervenants du forum, le suicide de 147 jeunes Japonais, par \u201cingestion de poches de silicone\u201d. D\u00e9j\u00e0, on se demande quelle mouche aurait piqu\u00e9 ces coll\u00e9giens de s\u2019infliger un suicide aussi ridicule et malais\u00e9. Cette bizarrerie, \u00e0 elle seule, aurait d\u00fb inspirer la m\u00e9fiance. Les poches de silicone sont destin\u00e9es aux implants mammaires. Au prix d\u2019un l\u00e9ger effort de perspicacit\u00e9, on aurait pu se figurer que l\u2019imaginaire de l\u2019adolescence masculine hantait cette affaire d\u00e8s le d\u00e9part. Mais en reprenant cette pr\u00e9tendue information, Lib\u00e9ration n\u2019a \u00e9mis aucune r\u00e9serve, pas m\u00eame celle-l\u00e0.<br \/>\nCe que dit Lib\u00e9ration relevant de l\u2019oracle pour France 2, le journal de B\u00e9atrice Sch\u00f6nberg s\u2019est ouvert quelques jours apr\u00e8s sur une \u201calerte aux suicides collectifs au Japon\u201d. Trois minutes de reportage, pas moins, avec appel de \u201cune\u201d : Philippe Rochot nous a refait le coup des poches de silicone sur fond de foule asiatique. Ces suicides collectifs, nous a-t-il dit, inqui\u00e8tent particuli\u00e8rement les autorit\u00e9s.<br \/>\nLe correctif de France 2, un mois plus tard, a dur\u00e9 quinze secondes. Tous les int\u00e9ress\u00e9s ont conserv\u00e9 non seulement leur poste mais l\u2019estime g\u00e9n\u00e9rale. On comprend tr\u00e8s bien pourquoi le service public n\u2019aime pas la logique industrielle de ses concurrents.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3557 paru le 28 Janvier 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>T\u00e9l\u00e9thon budg\u00e9taire<br \/>\n\u201cEt vous Christophe ? Vous \u00eates plut\u00f4t cigale ou fourmi ?\u201d C\u2019est la question vache que posait l\u2019autre soir \u00c9velyne Thomas \u00e0 Christophe Dechavanne, son producteur, employeur et invit\u00e9. Avec une abn\u00e9gation totale, le Z\u00e9bulon du Paf venait en effet d\u2019accepter de remplacer la vedette de Combien \u00e7a co\u00fbte au d\u00e9bott\u00e9, ce qui l\u2019a conduit \u00e0 un degr\u00e9 de redondance et de cynisme assez rare dans l\u2019autopromotion, puisque pendant les spots de publicit\u00e9, on vantait les m\u00e9rites du DVD de ses anciennes \u00e9missions !<br \/>\nPassons sur ces turpitudes et penchons-nous sur la soir\u00e9e qui nous r\u00e9servait elle aussi un t\u00e9lescopage acrobatique, entre une nouvelle rubrique intitul\u00e9e \u201cArgent de famille\u201d et une intervention d\u2019Herv\u00e9 Gaymard sur la dette publique. Le ministre nous a rappel\u00e9, lors d\u2019un reportage liminaire, que chaque enfant qui naissait sur notre sol \u00e9tait endett\u00e9 de 16 000 euros. Le message implicite \u00e9tait que nous devions consentir \u00e0 un effort pour redresser les finances du pays ; or, justement, l\u2019\u00e9mission r\u00e9clamait le m\u00eame effort \u00e0 quatre membres d\u2019une m\u00eame famille sous la direction d\u2019un \u201ccoach financier\u201d qu\u2019elle appointait pour leur permettre de s\u2019acheter le \u201chome cin\u00e9ma de leurs r\u00eaves\u201d.<br \/>\nEt les recettes que l\u2019on fournissait \u00e0 ces intendants domestiques avaient tellement l\u2019air d\u2019une allusion du second degr\u00e9 \u00e0 la politique \u00e9conomique de la nation que je ne r\u00e9siste pas au plaisir d\u2019en citer quelques-unes. La premi\u00e8re suggestion du coach financier (un vide-grenier) \u00e9tait formul\u00e9e en ces termes : \u201cEst-ce que vous avez des choses \u00e0 vous d\u00e9barrasser\u201d (sic). Au langage pr\u00e8s, c\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s ce qu\u2019a dit le minist\u00e8re des Finances aux responsables du patrimoine immobilier de l\u2019\u00c9tat. Ensuite, la m\u00e8re de famille d\u00e9cidait sous nos yeux de se remettre au travail.<br \/>\nEt l\u00e0 encore, les Fran\u00e7ais pourraient suivre ce conseil sans r\u00e9serve. Apr\u00e8s quoi nous avons vu deux des membres de la famille faire des \u00e9conomies sur les yaourts. Mais cette fois, le secteur laitier serait nettement moins favorable \u00e0 ce que la nation suive l\u2019exemple de la famille mod\u00e8le.<br \/>\nLe seul probl\u00e8me \u2013 mais est-ce vraiment le seul ? \u2013 est que les cobayes de cette t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 budg\u00e9taire, apr\u00e8s trois semaines, n\u2019avaient r\u00e9uni qu\u2019un quart de la somme escompt\u00e9e. Et l\u00e0 nous repassons de la micro \u00e0 la macro\u00e9conomie, parce que le dernier conseil du coach \u00e9tait de tout r\u00e9investir dans l\u2019organisation d\u2019une f\u00eate pour esp\u00e9rer gagner en quelques heures la totalit\u00e9 de l\u2019argent requis.<br \/>\nMission accomplie. Mais la cha\u00eene a pes\u00e9 de tout son poids pour assurer le succ\u00e8s de cette op\u00e9ration. La souscription des invit\u00e9s payants a rapport\u00e9 2 000 euros uniquement parce que les amis de la famille se sont pr\u00e9cipit\u00e9s sous les cam\u00e9ras afin de passer \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. Moralit\u00e9 : puisque, comme on l\u2019entend souvent, \u201cy\u2019a plus que \u00e7a qui marche\u201d, l\u2019\u00c9tat devrait renationaliser TF 1, organiser trois t\u00e9l\u00e9thons budg\u00e9taires par an et diminuer la dette publique en s\u2019amusant.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3558 paru le 4 F\u00e9vrier 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Le p\u00e8re-adjudant<br \/>\n\u00c9velyne Pisier \u00e9tait l\u2019invit\u00e9e de Sept \u00e0 Huit il y a une quinzaine de jours, pour un livre tir\u00e9 de ses \u00e9checs de m\u00e8re adoptante. Son t\u00e9moignage jetait une lumi\u00e8re navrante sur les m\u00e9saventures d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration. Comme on l\u2019aura compris, il s\u2019agit des soixante-huitards, qui ont souffert sous la f\u00e9rule d\u2019un p\u00e8re-adjudant et qui n\u2019ont pas voulu reproduire les vieux sch\u00e9mas, mais qui ont compromis l\u2019avenir de leur prog\u00e9niture en lui d\u00e9montrant les m\u00e9rites de l\u2019autogestion d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 6 ans et demi.<br \/>\nC\u2019est un sch\u00e9ma encore plus vieux. Platon en parlait d\u00e9j\u00e0. Il m\u00e8ne au d\u00e9sastre en deux \u00e9tapes. Dans la premi\u00e8re, les enfants se rongent la patte comme les li\u00e8vres pris au collet. Ils se droguent, s\u2019automutilent, fuguent, ne font plus rien \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Dans la deuxi\u00e8me, ils deviennent pires que le grand-p\u00e8re fouettard, ils nourrissent les bataillons de la haine et sillonnent les rues en tenue de camouflage.<br \/>\nMais leurs parents viennent nous rappeler r\u00e9guli\u00e8rement que leur d\u00e9marche \u00e9tait sinc\u00e8re. \u00c9velyne Pisier nous a d\u2019ailleurs expliqu\u00e9, dix ans plus t\u00f4t dans un roman \u00e0 cl\u00e9s, que sa sinc\u00e9rit\u00e9 l\u2019avait men\u00e9e jusque dans l\u2019alc\u00f4ve de Fidel Castro, ce qui d\u00e9note un rapport au p\u00e8re-adjudant pour le moins perturb\u00e9. Et si quelqu\u2019un, dans dix ans, lui reproche d\u2019\u00eatre venue faire l\u2019int\u00e9ressante sur TF 1 \u00e0 propos d\u2019un drame familial en profitant de sa notori\u00e9t\u00e9 pour s\u2019autojustifier et imposer sa propre version des faits, elle nous dira encore qu\u2019elle \u00e9tait d\u2019une sinc\u00e9rit\u00e9 parfaite.<br \/>\nIl serait temps de dire \u00e0 ces gens qu\u2019ils \u00e9prouvent la patience de leurs contemporains. On les pr\u00e9f\u00e9rerait moins sinc\u00e8res mais plus efficaces ou plus discrets dans l\u2019\u00e9chec.<\/p>\n<p>L\u2019hydre du conformisme<br \/>\nLe d\u00e9part de Christophe Hondelatte du journal de 13 heures illustre la difficult\u00e9 d\u2019asseoir une notori\u00e9t\u00e9 m\u00e9diatique sur le franc-parler. Entre Georges de Caunes, Mourousi et Hondelatte, la filiation n\u2019\u00e9tait pourtant pas si difficile \u00e0 imaginer. Mais pour France 2, elle \u00e9tait impossible \u00e0 tol\u00e9rer.<br \/>\nLa r\u00e9daction de la cha\u00eene publique s\u2019est longtemps efforc\u00e9e de faire de l\u2019audience en laissant le champ libre \u00e0 son pr\u00e9sentateur, mais au fil des semaines France 2 a fini par redouter son succ\u00e8s. Apr\u00e8s quatre mois, son image de modernit\u00e9 et de pluralisme d\u00e9bordait d\u00e9j\u00e0 du cadre fix\u00e9. Finalement, Arlette Chabot a compris que le pr\u00e9sentateur jouait le public contre elle. En laissant Hondelatte faire son num\u00e9ro, caser ses petites phrases (\u00ab Gardez la p\u00eache, la banane, la cerise \u00bb, etc.), elle prenait le risque de voir sa cr\u00e9ature \u00e9chapper \u00e0 tout contr\u00f4le. Or certaines carri\u00e8res t\u00e9moignent qu\u2019\u00e0 France 2 il importe avant tout de savoir rester sous contr\u00f4le. De surcro\u00eet, comment ne pas rappeler que Lib\u00e9ration, qui fut cause de la dispute entre la nouvelle star du 13 Heures et sa direction, faisait lourdement allusion \u00e0 son catholicisme ?<br \/>\nVoil\u00e0 de quoi irriter ceux qui dans la maison tenaient le promu pour r\u00e9ac. D\u00e9cid\u00e9ment quelque chose, dans cette affaire, rappelle l\u2019hydre qui eut raison de Rocco Buttiglione \u00e0 Bruxelles.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3559 paru le 10 F\u00e9vrier 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Pyramide des \u00e2ges<br \/>\nAu moment de lancer sa nouvelle \u00e9mission C\u2019\u00e9tait mieux hier, \u00c9velyne Thomas, l\u2019\u00e9g\u00e9rie des \u00e9lus de campagne, nous aura bien pr\u00e9venus : elle veut prouver que tout n\u2019\u00e9tait pas forc\u00e9ment mieux avant. Dans ses d\u00e9clarations liminaires, elle fournit des gages \u00e0 la pens\u00e9e dominante, qui consiste \u00e0 chanter plut\u00f4t les louanges du pr\u00e9sent. Elle abonde dans le sens des antinostalgie qui croient que la civilisation a commenc\u00e9 avec la d\u00e9couverte de la p\u00e9nicilline.<br \/>\nC\u2019est faire peu de cas de l\u2019avis de ses invit\u00e9s, \u00e0 moins qu\u2019elle ne les invite, pr\u00e9cis\u00e9ment, pour qu\u2019ils disent ce qu\u2019elle veut entendre. C\u2019est surtout une imprudence, en ces temps o\u00f9 nous remontons aux sources des grandes erreurs de l\u2019apr\u00e8s-guerre. L\u2019\u00e9cole au rabais, l\u2019esprit de Mai 68, la permissivit\u00e9, la grande distribution, la retraite \u00e0 60 ans, les 35 heures, rien n\u2019\u00e9chappe \u00e0 la remise \u00e0 plat. La production aurait donc int\u00e9r\u00eat \u00e0 corriger l\u2019assurance progressiste de sa pr\u00e9sentatrice, le temps de savoir si les Fran\u00e7ais ont vraiment besoin d\u2019\u00eatre convaincus que rien n\u2019\u00e9tait mieux avant. Parce qu\u2019il n\u2019est pas impossible qu\u2019ils cherchent plut\u00f4t la confirmation du contraire.<br \/>\nSi l\u2019\u00e9mission pr\u00e9tend amender la sensibilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, en nous repr\u00e9sentant que l\u2019attendrissement sur le pass\u00e9 est une tentation absurde, elle risque fort de s\u2019arr\u00eater avant le troisi\u00e8me num\u00e9ro. Les gens tol\u00e8rent de plus en plus mal d\u2019\u00eatre sermonn\u00e9s pour avoir nourri l\u2019intuition de ce qui est juste. En tout cas, ils n\u2019ont pas attendu qu\u2019\u00c9velyne Thomas le leur dise.<br \/>\nMais on peut faire confiance aux producteurs, Bataille et Fontaine, pour analyser les derni\u00e8res tendances du march\u00e9. L\u2019an pass\u00e9, par exemple, nous apprenions avec stupeur que les trois \u00e9pisodes de l\u2019Affaire Dominici avaient r\u00e9alis\u00e9 le meilleur chiffre d\u2019audience de l\u2019exercice \u00e9coul\u00e9. D\u2019o\u00f9 venait ce miracle ? On avait beau se pencher sur la r\u00e9alisation, elle ne justifiait pas \u00e0 elle seule un tel engouement. La th\u00e8se de l\u2019erreur judiciaire non plus. Alors quoi ? Selon toute vraisemblance, ce qui expliquait ce ph\u00e9nom\u00e8ne, c\u2019\u00e9tait le d\u00e9sir manifeste et opini\u00e2tre de retrouver la France d\u2019avant le rap et les probl\u00e8mes sociaux. Pour faire de l\u2019audience, il semblerait que le recours \u00e0 la Panhard Dina et au soda V\u00e9rigoud soit l\u2019une des recettes les plus s\u00fbres. Alors, r\u00e9p\u00e9tons-le, avant d\u2019adopter d\u00e9finitivement le th\u00e8me \u201con vit une \u00e9poque formidable\u201d, avant de pr\u00e9tendre que la France de Robert Lamoureux ne vaut pas celle de Joey Starr, il vaudrait mieux se mettre \u00e0 l\u2019\u00e9coute de ce qu\u2019en pense le pays. La forme de la pyramide des \u00e2ges permet d\u00e9j\u00e0 de deviner que la notori\u00e9t\u00e9 de Joey Starr n\u2019a pas grand avenir.<\/p>\n<p>Une l\u00e9gende<br \/>\n\u00c0 la veille de la mort de Jacques Villeret, l\u2019\u00e9mission Comme au cin\u00e9ma nous a dit qu\u2019il appartenait, malgr\u00e9 son \u00e2ge, \u00e0 la cat\u00e9gorie des Raimu et des Fernandel. Elle n\u2019a pas ajout\u00e9 que pour entrer dans la l\u00e9gende il lui manquait une disparition pr\u00e9matur\u00e9e, mais on ne peut s\u2019emp\u00eacher de le penser aujourd\u2019hui.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3560 paru le 18 F\u00e9vrier 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Les roses de la Commanderie<br \/>\n\u00ab Ici, avant, c\u2019\u00e9tait une vraie r\u00e9sidence, avec des pelouses partout. Pour les mariages on se faisait photographier devant les rosiers. \u00bb L\u2019homme qui parle ainsi devant des enfants goguenards conclut : \u00ab Fini les rosiers, il n\u2019y a plus que des voitures br\u00fbl\u00e9es. \u00bb Il fait partie des habitants flou\u00e9s de la Commanderie, pr\u00e8s de Nogent-sur-Oise, qui ont subi successivement la filouterie de leur promoteur, le pragmatisme froid de la France gaullienne et l\u2019ang\u00e9lisme farceur de celle de Mitterrand. Nous avons donc vu pendant trois semaines un reportage r\u00e9alis\u00e9 sur place en deux ans et demi.<br \/>\nParmi les milliers d\u2019occupants de ces immeubles, vingt voyous font la loi. Et ils font tellement la loi qu\u2019on a l\u2019impression qu\u2019ils ont fait le film. C\u2019est le reproche que l\u2019on peut adresser au r\u00e9alisateur, qui pr\u00e9tendait se pencher sur une troupe de mauvais gar\u00e7ons avec honn\u00eatet\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire en prenant le temps de les conna\u00eetre afin de remonter aux origines de leur violence. L\u2019ennui est que dans l\u2019interpr\u00e9tation des choses, \u00e0 de rares exceptions pr\u00e8s, la direction du discours leur \u00e9tait confi\u00e9e. M\u00eame le Monde, qu\u2019on ne peut pas soup\u00e7onner de se raidir facilement, a soulign\u00e9 que le r\u00e9alisateur avait d\u00fb se plier \u00e0 la loi de la bande, afin que les voyous puissent contr\u00f4ler leur image. Dans le genre \u201cjusqu\u2019o\u00f9 peut-on pousser le bouchon ?\u201d, difficile d\u2019aller plus loin, et d\u2019obtenir plus belle victoire.<br \/>\nApr\u00e8s avoir pass\u00e9 des ann\u00e9es \u00e0 terroriser deux mille habitants (alors qu\u2019ils sont une poign\u00e9e), apr\u00e8s s\u2019\u00eatre battus \u00e0 coups de rasoir dans la gare de Creil, apr\u00e8s avoir multipli\u00e9 les \u201cconneries\u201d comme ils disent, les voil\u00e0 devenus vedettes d\u2019une sorte de t\u00e9l\u00e9film documentaire dont ils r\u00e8glent pratiquement les \u00e9clairages.<br \/>\nSur la violence elle-m\u00eame, nous avons entendu des choses intelligentes, mais pas de leur bouche : le discours le plus sens\u00e9 est venu du vice-procureur de Pontoise, qui a soulign\u00e9 que ces jeunes \u00e9taient connus pour leur tendance \u00e0 l\u2019affrontement violent d\u00e8s l\u2019\u00e9cole primaire. Il n\u2019est pas all\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 sugg\u00e9rer que la correction de trajectoire intervienne \u00e0 ce moment-l\u00e0, mais il l\u2019aurait d\u00fb. C\u2019est l\u2019un des graves d\u00e9fauts du film : nous n\u2019avons jamais vu la sortie de l\u2019\u0153uf. Nous n\u2019avons jamais vu des gar\u00e7ons de 6 ans faire la loi dans la salle de classe, sous l\u2019\u0153il d\u2019une ma\u00eetresse incomp\u00e9tente qui parlemente au lieu de s\u00e9vir.<br \/>\nNous n\u2019avons pas vu les jeunes intimider les vieux sur les parkings. Nous n\u2019avons pas \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins des premi\u00e8res exp\u00e9riences de l\u2019enfant face \u00e0 la d\u00e9mission institutionnelle : absence d\u2019autorit\u00e9 masculine dans le primaire, f\u00e9minisation outranci\u00e8re de la magistrature (face \u00e0 de jeunes coqs qui r\u00e9cusent le pouvoir des femmes en g\u00e9n\u00e9ral), libert\u00e9s conditionnelles \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, etc. En somme, rien d\u2019essentiel n\u2019a \u00e9t\u00e9 montr\u00e9.<br \/>\nEn revanche, nous avons eu droit \u00e0 l\u2019in\u00e9vitable \u201cr\u00e9demption par le rap\u201d, une escroquerie qui sera bient\u00f4t prot\u00e9g\u00e9e par d\u00e9cret tant elle flatte d\u2019illusions \u00e0 la fois.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3561 paru le 25 F\u00e9vrier 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Braconnage administratif<br \/>\nPour \u00e9voquer le num\u00e9ro d\u2019Envoy\u00e9 sp\u00e9cial consacr\u00e9 aux abus de la S\u00e9cu, j\u2019ai exhum\u00e9 l\u2019un de ces prospectus dont l\u2019administration d\u00e9magogue du r\u00e8gne Mitterrand inondait la France au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. Il est titr\u00e9 en style d\u2019\u00e9poque, qu\u2019on m\u2019en excuse (au passage, il faut tout de m\u00eame imaginer la s\u00e9rie de fonctionnaires qui ont approuv\u00e9 ce slogan \u00e0 l\u2019usage des bac \u2013 5) : \u00ab La S\u00e9cu c\u2019est bien, en abuser \u00e7a craint \u00bb. Dans le premier paragraphe de cette brochure, tir\u00e9e \u00e0 cinq millions d\u2019exemplaires, on lisait en outre ceci : \u00ab la S\u00e9cu est un syst\u00e8me que beaucoup nous envient\u00bb.<br \/>\nVingt ans apr\u00e8s, on se demande combien de temps il nous reste pour susciter l\u2019envie avant la faillite. Les cas d\u00e9crits par France 2 \u00e9taient tellement accablants qu\u2019on se demande aussi pourquoi le d\u00e9bat n\u2019est pas devenu national d\u00e8s le lendemain de l\u2019\u00e9mission. Les cafouillages de la carte Vitale, les rodomontades de ceux qui pr\u00e9tendent instaurer un dispositif d\u2019identification sans s\u2019assurer de la v\u00e9rit\u00e9 des informations fournies, tout cela peut attendre. Il y a mieux et plus urgent. Qu\u2019un patient d\u2019origine alg\u00e9rienne en arr\u00eat de travail soit en mesure de retourner vivre au pays aux frais de l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais, tout le monde l\u2019a entendu rapporter, de source s\u00fbre, d\u2019un ami m\u00e9decin, d\u2019un coll\u00e8gue de bureau, de la dame du cinqui\u00e8me. Et que ce patient, une fois dans sa famille, soit capable de se faire prescrire deux mois de prolongation par un praticien de complaisance \u00e0 Alger, on prenait cela pour une exag\u00e9ration. Or l\u2019\u00e9mission l\u2019attestait clairement en cam\u00e9ra cach\u00e9e.<br \/>\nNous avons vu aussi, \u00e0 Marseille, au fond des cours miteuses du quartier Saint-Charles, se multiplier des bo\u00eetes aux lettres qui fonctionnent comme des casiers \u00e0 langoustes. Une fois par mois, leur d\u00e9tenteur vient les relever pour toucher le RMI. Et quand l\u2019inspecteur finit par coincer l\u2019un de ces braconniers administratifs, l\u2019aigrefin promet de rembourser trois ans, d\u2019un c\u0153ur l\u00e9ger. Pourquoi ? Parce qu\u2019il vient de toucher sept autres ann\u00e9es qui, elles, sont impossibles \u00e0 rappeler aux termes de la loi.<br \/>\nRestait le clou de la soir\u00e9e : un couple de retrait\u00e9s, elle ancienne ling\u00e8re travaillant depuis l\u2019\u00e2ge de 14 ans, lui sans revenus et malade. Ils vivotent sur six cents euros, loyer compris, pour avoir cru \u00e0 la r\u00e9partition et aux vertus de l\u2019honn\u00eatet\u00e9. De l\u2019aveu m\u00eame de l\u2019inspecteur de la Ddass, pendant ce temps, d\u2019autres utilisent les failles du syst\u00e8me pour rouler carrosse. \u00ab Il y a des jours o\u00f9 \u00e7a me r\u00e9volte \u00bb, disait ce monsieur \u00e0 la cam\u00e9ra.<br \/>\nNous aussi !<\/p>\n<p>Sottise force 9<br \/>\nAu journal de TF1, nous avons vu les permanenciers affect\u00e9s \u00e0 la veille sismique sur la zone pacifique am\u00e9ricaine raconter d\u2019un air g\u00ean\u00e9 que le 26 d\u00e9cembre, ils n\u2019ont pas su qui appeler dans l\u2019oc\u00e9an Indien.<br \/>\nN\u2019importe quel gamin aurait pu leur sugg\u00e9rer de consulter l\u2019Internet pour composer le num\u00e9ro de dix grands h\u00f4tels, de Phuket \u00e0 Khao Lak.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3562 paru le 4 Mars 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>D\u00e9ontologie et propagande<br \/>\nL\u2019existence d\u2019un \u201cm\u00e9diateur\u201d sur France 2 a d\u00e9j\u00e0 fait sourire plus d\u2019un habitu\u00e9 de la cha\u00eene, mais l\u2019exercice auquel vient de se livrer Arlette Chabot chez son coll\u00e8gue Jean-Claude Allanic rel\u00e8ve de la pantalonnade. \u00c0 France 2 on aime \u00e0 se donner les apparences de la d\u00e9mocratie.<br \/>\nOn se pla\u00eet \u00e0 rappeler qu\u2019on est \u00e0 l\u2019\u00e9coute. On parle de d\u00e9ontologie en se r\u00e9f\u00e9rant sans cesse au principe d\u2019ind\u00e9pendance. Le t\u00e9l\u00e9spectateur est donc invit\u00e9 p\u00e9riodiquement \u00e0 exprimer son opinion en direct. Et pour prouver qu\u2019il est en direct, il glisse de temps en temps dans les limbes de la t\u00e9l\u00e9phonie au lieu de poser sa question. Nous sommes m\u00eame all\u00e9s cette fois jusqu\u2019\u00e0 la rupture de faisceau entre Paris et Lyon, avec mire et sifflement comme dans Intervilles : un cas d\u2019\u00e9cole, surtout quand on songe aux directs quotidiens avec Bagdad ou Singapour.<br \/>\nL\u2019\u00e9mission du jour commentait un sondage d\u00e9sastreux. Le public des m\u00e9dias, si l\u2019on en croit la Sofres, aurait de moins en moins confiance en la t\u00e9l\u00e9vision. Pour all\u00e9ger le fardeau c\u00f4t\u00e9 France 2, Arlette Chabot est mont\u00e9e en premi\u00e8re ligne afin de nous convaincre que vis-\u00e0-vis de sa cha\u00eene la confiance restait enti\u00e8re. Ce genre de critiques s\u2019adressait donc, selon toute vraisemblance, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision priv\u00e9e.<br \/>\nLe poids d\u2019une directrice de l\u2019information \u00e9tant largement suffisant pour intimider quiconque, Jean-Claude Allanic, qui se distingue par une tendance opini\u00e2tre \u00e0 l\u2019effacement, a vu saboter son travail en direct. L\u2019irruption d\u2019un poids lourd de la direction a fait tanguer sa fr\u00eale balan\u00e7oire. \u00ab Bonjour, quels sont les points qui vous paraissent positifs et ceux qui, peut-\u00eatre, vous paraissent n\u00e9gatifs ? \u00bb, a-t-il demand\u00e9 \u00e0 l\u2019un de ses correspondants t\u00e9l\u00e9phoniques. (On notera le \u201cpeut-\u00eatre\u201d.) Le t\u00e9l\u00e9spectateur lui a r\u00e9pondu que r\u00e9cemment des images identiques, pr\u00e9sent\u00e9es sur France 2 et sur France 3, ont \u00e9t\u00e9 situ\u00e9es respectivement \u00e0 Mossoul et \u00e0 Fallouja. R\u00e9action d\u2019Arlette Chabot : \u00e7a prouve bien la vigilance qu\u2019il faut porter sur l\u2019origine des images (sic). Outre la qualit\u00e9 du style, qui rappelle la verve experte de Martine Aubry, on rel\u00e8vera que la directrice de l\u2019information s\u2019interroge sur l\u2019origine des reportages au lieu de critiquer l\u2019\u00e0-peu-pr\u00e8s qui r\u00e8gne au moment de leur diffusion. Circulez, il n\u2019y a rien d\u2019autre \u00e0 voir.<br \/>\nQuand on analyse d\u2019ailleurs le ton des d\u00e9bats qu\u2019elle pr\u00e9tend ouvrir dans ses diff\u00e9rentes \u00e9missions, on est frapp\u00e9 par une \u00e9vidence : elle n\u2019ouvre plus rien, elle fermerait plut\u00f4t. Deux exemples r\u00e9cents : \u201cLa France peut-elle encore \u00e9chapper au terrorisme islamique ?\u201d et \u201cPourquoi est-il impossible de r\u00e9former la France ?\u201d Dans ces deux titres, il s\u2019agit d\u2019ass\u00e9ner une v\u00e9rit\u00e9, pas de poser une question. Jusqu\u2019ici, le journalisme avait pour objet d\u2019\u00e9largir le d\u00e9bat. Mais la complexit\u00e9 des probl\u00e8mes d\u2019aujourd\u2019hui semble interdire le maintien, dans l\u2019information, de ce qu\u2019on appelle la profondeur de champ. Voil\u00e0 qui nous rapproche chaque jour davantage de la propagande.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3393 paru le 7 D\u00e9cembre 2001<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Multir\u00e9sistance<br \/>\nA la t\u00e9l\u00e9vision, nul besoin d\u2019obliger les invit\u00e9s \u00e0 d\u00e9filer en rang d\u2019oignons pour ne voir qu\u2019une seule t\u00eate : sur les plateaux le discours tend partout \u00e0 devenir le m\u00eame. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019explique d\u2019abord par une sorte de sagesse immunitaire du syst\u00e8me. L\u2019outil t\u00e9l\u00e9vision isole les cellules aberrantes, les foyers d\u2019infection et les paroles dissidentes afin de s\u2019assurer que les plateaux ne se transforment pas en p\u00e9taudi\u00e8res.<br \/>\nJusque-l\u00e0 c\u2019est l\u00e9gitime et pas dangereux. Dans le pire cas, on se contente de coincer les discours atypiques entre de solides guillemets, des guillemets institutionnels, en attribuant pour vocation \u00e0 l\u2019\u00e9mission de donner refuge aux originalit\u00e9s. La condition indispensable, c\u2019est le direct. Or on conna\u00eet ses inconv\u00e9nients : dans une soci\u00e9t\u00e9 qui n\u2019est plus seulement abreuv\u00e9e d\u2019images mais domin\u00e9e par elles, une \u00e9mission comme Droit de r\u00e9ponse constituerait un v\u00e9ritable p\u00e9ril. Elle donnerait \u00e0 n\u2019importe qui le pouvoir d\u2019attirer l\u2019attention sur un scandale, de prof\u00e9rer des menaces ou des accusations sans autre garde-fou que la correctionnelle.<br \/>\nElle offrirait surtout un exutoire intol\u00e9rable \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. Le premier rem\u00e8de est venu naturellement : enregistrer. H\u00e9las, le public pr\u00e9f\u00e8re le produit frais. Il a donc fallu s\u2019arranger pour que le direct s\u2019\u00e9loigne le plus possible de la nature, pour que le produit frais ne sente jamais mauvais, pour que les foyers d\u2019infection disparaissent du discours. Le recours aux antibiotiques \u00e9tait in\u00e9vitable. Cons\u00e9quence, depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, deux familles d\u2019antibiotiques ont \u00e9t\u00e9 administr\u00e9es sans le moindre discernement : le recours \u00e0 la d\u00e9rision et l\u2019appel au public. Quand un personnage a quelque chose \u00e0 dire de fa\u00e7on plus solennelle que les autres, quand un tribun organise une conf\u00e9rence de presse le matin, ses propos sont travestis, le soir m\u00eame, pour cinq millions de t\u00e9l\u00e9spectateurs (feu le B\u00e9b\u00eate-Show, les Guignols, etc.). Quand le m\u00eame personnage s\u2019exprime sur un plateau, on s\u2019arrange pour que le public ne soit plus r\u00e9duit aux quatre tondus de service, mais expos\u00e9 par dizaines sur des gradins, o\u00f9 il r\u00e9agit sur invitation expresse du pr\u00e9sentateur afin d\u2019att\u00e9nuer la port\u00e9e des propos tenus.<br \/>\nLe terme de l\u2019\u00e9volution n\u2019est pas encore atteint, mais il suffit d\u2019observer les exc\u00e8s de la prophylaxie m\u00e9dicamenteuse pour se douter de ce qui va se passer. Apr\u00e8s vingt ans de surconsommation d\u2019antibiotiques, les formes de pens\u00e9e infectieuses sont en train de d\u00e9velopper une multir\u00e9sistance.<\/p>\n<p>Antibiotiques<br \/>\nPendant ce temps, que fait Fran\u00e7oise Laborde, la scrupuleuse \u201cchroniqueuse politique\u201d de T\u00e9l\u00e9matin ? de la retape (travers d\u00e9nonc\u00e9 par un t\u00e9l\u00e9spectateur devant le \u201cm\u00e9diateur\u201d de France 2) en invitant cinq ministres du gouvernement de Lionel Jospin en une semaine. H\u00e9las, quand l\u2019antibiotique est inefficace, il est inutile et dangereux de quintupler les doses.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3563 paru le 11 Mars 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Malheur \u00e0 ceux\u2026<br \/>\nL\u2019autre matin, les deux enfants de mes h\u00f4tes (6 et 8 ans) ont voulu voir la m\u00e9t\u00e9o afin de mesurer l\u2019\u00e9tendue des chutes de neige autour de la capitale et de supputer leurs chances de ne pas aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Les adultes s\u2019\u00e9tant \u00e9loign\u00e9s vers la cuisine pendant quelques minutes, nous avons retrouv\u00e9 les bambins bouche b\u00e9e devant le journal de LCI, lequel leur expliquait que les parents du proc\u00e8s d\u2019Angers prostituaient leurs enfants. On voyait la confession d\u2019Odile, 26 ans, accus\u00e9e de se livrer \u00e0 des rapports sexuels devant sa prog\u00e9niture. La pr\u00e9sidente d\u2019une association venait nous expliquer que les m\u00e8res p\u00e9dophiles \u00e9taient plus nombreuses qu\u2019on ne le pensait. Elle accumulait les d\u00e9tails sordides. Ensuite, on nous citait le chiffre d\u2019affaires mensuel de l\u2019une des m\u00e8res maquerelles : 300 euros. Rien ne manquait au tableau, ni la nature des s\u00e9vices ni le pedigree des protagonistes.<br \/>\nDe retour au salon, nous nous sommes ru\u00e9s sur la t\u00e9l\u00e9commande pour passer sur T\u00e9l\u00e9toon. H\u00e9las, le soir, au journal de TF 1, reportage sur le lieu de l\u2019horreur. Gros plan sur la porte orange de l\u2019appartement (vide) o\u00f9 les s\u00e9vices ont eu lieu. Une voisine qui poss\u00e8de la cl\u00e9 laisse p\u00e9n\u00e9trer une \u00e9quipe l\u00e9g\u00e8re. On filme les baies vitr\u00e9es, la porte de la cuisine, la moquette sale.<br \/>\nEnsuite, une cam\u00e9ra subjective prom\u00e8ne un zoom sur les enfants d\u2019un square. \u00c0 grand renfort de plans flous et d\u2019angles bizarres, on essaie de nous donner l\u2019illusion d\u2019une menace diffuse. Re-rappel des faits en voix off, t\u00e9moignage de voisines qui se donnent une importance extr\u00eame pour nous dire qu\u2019elles n\u2019ont rien vu mais que \u201cc\u2019est vrai que c\u2019est inqui\u00e9tant\u201d.<br \/>\nCe qui est inqui\u00e9tant, c\u2019est la d\u00e9bauche de commentaires sur ce qui devrait \u00e0 peine franchir les limites du pr\u00e9toire. On nous dit que la presse sera invit\u00e9e \u00e0 rendre compte de ces affaires sordides de mani\u00e8re prophylactique, afin de contribuer \u00e0 une prise de conscience.<br \/>\nOn essaie de nous faire croire que cette mise \u00e0 plat m\u00e9diatique fait l\u2019unanimit\u00e9 dans l\u2019opinion. Or nombre de parents consid\u00e8rent que si la t\u00e9l\u00e9vision nous inflige pendant trois mois ce qu\u2019elle a fait subir aux enfants le jour de l\u2019ouverture du proc\u00e8s, il va falloir prendre le maquis sur T\u00e9l\u00e9toon jusqu\u2019au 15 juin.<br \/>\nQuant aux vertus de la prophylaxie, il est permis de d\u00e9fendre exactement l\u2019inverse de la th\u00e8se officielle. La d\u00e9bauche de transparence peut fort bien \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme la manifestation m\u00eame de ce qu\u2019elle d\u00e9nonce : le viol de l\u2019innocence. Ces histoires-l\u00e0 devraient \u00e9pargner l\u2019imagination de la plupart des enfants. Or par la faute des m\u00e9dias audiovisuels, une proportion accablante de gamins qui n\u2019auraient pas cru que cela f\u00fbt possible en sont persuad\u00e9s au-del\u00e0 du n\u00e9cessaire.<br \/>\n\u00ab Malheur \u00e0 ceux par qui le scandale arrive. \u00bb Cette parole d\u2019\u00c9vangile, on l\u2019oublie un peu, concerne non seulement ceux qui commettent des actes scandaleux mais aussi ceux qui se complaisent \u00e0 les rapporter.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3564 paru le 18 Mars 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Semaine de l\u2019horreur<br \/>\nD\u00e8s qu\u2019il est question des rapports entre les enfants et la t\u00e9l\u00e9vision, les gens qui conservent un fond de morale se heurtent \u00e0 la mystique de la licence obligatoire, comme si cette derni\u00e8re fondait la d\u00e9mocratie. \u00c0 bien des \u00e9gards, on peut pourtant affirmer le contraire : le spectacle de la barbarie est incompatible avec le respect de l\u2019homme.<br \/>\nQuand vous expliquez \u00e0 de jeunes parents qu\u2019il est ind\u00e9cent de laisser leur fille de 10 ans regarder le feuilleton la Crim\u2019, o\u00f9 les enqu\u00eateurs essaient de r\u00e9soudre l\u2019\u00e9nigme d\u2019une femme d\u00e9pec\u00e9e qu\u2019on vient de retrouver dans une demi-douzaine de sacs poubelle, il est incroyable d\u2019avoir \u00e0 s\u2019en justifier.<br \/>\nQuand on voit programmer un dimanche \u00e0 21 heures (TF1) le film les Rivi\u00e8res pourpres, d\u00e9lire sadique qui commence par un exercice de m\u00e9decine l\u00e9gale en gros plan sur un cadavre aux mains coup\u00e9es, dont on nous pr\u00e9cise que \u00ab les plaies ont \u00e9t\u00e9 caut\u00e9ris\u00e9es pendant la s\u00e9ance de torture, afin que la victime ne meure pas trop vite d\u2019h\u00e9morragie \u00bb, on peut se demander si notre pays n\u2019est pas tomb\u00e9 sur la t\u00eate. Souvenez-vous : il y a trente ans \u00e0 peine, une simple fusillade r\u00e9aliste, dans un film de gangsters, suscitait un d\u00e9bat national sur la violence.<br \/>\nD\u00e9sormais, c\u2019est le fait de manifester son d\u00e9go\u00fbt devant les amateurs de carnage qui devient un objet de scandale. Pour illustrer cet accablant paradoxe, le soir m\u00eame o\u00f9 l\u2019on diffusait les Rivi\u00e8res pourpres, tir\u00e9 du roman charcutier de Jean-Christophe Grang\u00e9, Fogiel opposait la p\u00e9diatre Edwige Antier \u00e0 l\u2019acteur vedette d\u2019une autre ignominie cin\u00e9matographique qui vient de sortir, Calvaire, r\u00e9alis\u00e9 par Fabrice Du Welz.<br \/>\nTh\u00e8me du d\u00e9bat : \u201cLes enfants sont-ils perturb\u00e9s par la violence au cin\u00e9ma ?\u201d Par un m\u00e9lange coupable d\u2019exp\u00e9rience professionnelle et de bon sens individuel, Mme Antier estime que oui. Et elle ose le dire sur le plateau. Face \u00e0 elle, l\u2019acteur vedette du film, d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9fendre cette bluette o\u00f9 un malheureux est tortur\u00e9, viol\u00e9, humili\u00e9, travesti et couvert de sang par un village de demeur\u00e9s pendant deux heures, est \u00e0 court d\u2019arguments. Alors Fogiel vole au secours du camp des tortionnaires en disant \u00e0 son invit\u00e9e, sur le ton d\u2019un gar\u00e7on de bains qui aurait bachot\u00e9 un entretien d\u2019embauche chez Gallimard : \u00ab Ce n\u2019est que votre avis, mais des gens comme Herv\u00e9 Bourges, dans son livre, sont d\u2019un avis contraire. \u00bb Bravo pour le fayotage. Herv\u00e9 Bourges, qui passe en France, c\u2019est connu, pour une autorit\u00e9 morale indiscutable, est cens\u00e9 damer le pion \u00e0 une sp\u00e9cialiste dont la p\u00e9dopsychologie est le m\u00e9tier depuis quarante ans.<br \/>\nQuant \u00e0 l\u2019affaire du t\u00e9l\u00e9film tir\u00e9, ou plut\u00f4t arrach\u00e9, par TF1, de la vie de Francis Heaulme et menac\u00e9 d\u2019un r\u00e9f\u00e9r\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re extr\u00e9mit\u00e9, il y aurait mille reproches \u00e0 faire \u00e0 la cha\u00eene (et donc au CSA), mais arr\u00eatons-nous au premier, qui concerne le titre : Dans la t\u00eate du tueur.<br \/>\nHonn\u00eatement, si l\u2019on faisait un sondage, combien de gens voudraient savoir ce qui s\u2019y passe ?<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3565 paru le 25 Mars 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>L\u2019intouchable de la parit\u00e9<br \/>\nLe fait d\u2019aborder un sujet aussi frivole que l\u2019\u00e9viction de Marl\u00e8ne dans 1re Compagnie para\u00eetra curieux \u00e0 nombre de lecteurs. Et pourtant, que d\u2019enseignements ne tire-t-on pas d\u2019un coup de sonde dans les profondeurs de l\u2019opinion ! Quand une fille rieuse, provocante et intelligente fait l\u2019objet d\u2019une motion de censure aussi radicale, il faut s\u2019interroger. Et comme en outre il fallait bien trouver un angle pour mentionner 1re Compagnie, divertissement sans joie ni g\u00e9nie, c\u2019est fait, le voici : Marl\u00e8ne vient d\u2019\u00eatre victime des humeurs de la m\u00e9nag\u00e8re de moins de 50 ans !<br \/>\nSelon toute vraisemblance, le vote qui l\u2019a oblig\u00e9e \u00e0 quitter le jeu \u00e9tait un mouvement de d\u00e9pit f\u00e9minin devant une poup\u00e9e sans complexes, d\u00e9gag\u00e9e de toute entrave, et, circonstance aggravante, non d\u00e9pourvue de neurones. Il suffit d\u2019entendre les commentaires masculins \u00e0 son sujet depuis dix ans, en France comme en Espagne, pour comprendre que Marl\u00e8ne entretient une connivence naturelle avec les hommes dans le dos de leurs \u00e9pouses. C\u2019est pourquoi, malgr\u00e9 une prestation amusante sous les cocotiers, une plastique g\u00e9n\u00e9reuse, un parcours m\u00e9diatique sans faute, elle vient d\u2019\u00eatre vir\u00e9e par le public f\u00e9minin contre la strat\u00e9gie marketing imagin\u00e9e par TF1.<br \/>\nEn voyant triompher le lobby des pasionarias de la parit\u00e9, dont l\u2019influence ne cesse de cro\u00eetre, on s\u2019avisait que, depuis les actrices du XVIIe, les courtisanes du XVIIIe, les cocottes du XIXe, la r\u00e9action de la m\u00e8re, de l\u2019\u00e9pouse, de la travailleuse contre les mangeuses d\u2019hommes est toujours la m\u00eame. Face \u00e0 la Cr\u00e9ature qui distribue ses sous-v\u00eatements sur le plateau de Cauet, on assiste en France \u00e0 des r\u00e9actions de rejet qui tiennent de l\u2019exorcisme. Marl\u00e8ne est une sorci\u00e8re comme le furent Val\u00e9rie Kaprisky, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019Ann\u00e9e des m\u00e9duses, et Vanessa Paradis, qui confiait lors d\u2019une interview son soulagement de s\u2019\u00eatre \u00e9loign\u00e9e de sa notori\u00e9t\u00e9 de lolita car certaines femmes, dans la rue, lui crachaient au visage.<br \/>\nR\u00e9incarnation Sur LCI, une bande-annonce nous invite \u00e0 regarder une \u00e9mission dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom mais qui nous propose d\u2019entrer dans l\u2019intimit\u00e9 de ceux qui font la culture : l\u2019invit\u00e9e \u00e9tait Jenifer, \u00e9g\u00e9rie de la g\u00e9n\u00e9ration \u201cj\u2019veux dire c\u2019est clair\u201d et r\u00e9incarnation de Mireille Mathieu, version nombril \u00e0 l\u2019air. La culture selon LCI s\u2019\u00e9loigne un peu du Louvre\u2026<\/p>\n<p>Incongruit\u00e9s<br \/>\nJean-Marc Morandini, dont le livre sur les salaires de la t\u00e9l\u00e9 provoque moins de commentaires que l\u2019appartement d\u2019Herv\u00e9 Gaymard, \u00e9tait re\u00e7u par Ruquier l\u2019autre soir. Quand on compare la t\u00e2che d\u2019un amuseur \u00e0 celle d\u2019un ministre, on s\u2019\u00e9tonne de voir que le premier gagne cinq fois plus que l\u2019autre, mais il est incongru de le dire. Quant \u00e0 sugg\u00e9rer qu\u2019Herv\u00e9 Gaymard, s\u2019il avait eu le temps de r\u00e9duire la dette publique, aurait m\u00e9rit\u00e9 de s\u2019installer gratuitement \u00e0 Trianon avec sa parent\u00e8le, c\u2019est une autre incongruit\u00e9, dont la moiti\u00e9 de nos compatriotes seront pourtant persuad\u00e9s un jour.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3566 paru le 1 Avril 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Pr\u00e9s\u00e9ance parentale<br \/>\nL\u2019histoire commence classiquement dans une officine de production londonienne. Quatre cr\u00e9atifs mettent au point le th\u00e8me d\u2019une nouvelle \u00e9mission de t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9. Elle aura pour objet de rendre la main \u00e0 de jeunes parents d\u00e9pass\u00e9s dans l\u2019\u00e9ducation de leurs enfants en faisant intervenir une super nanny suivie d\u2019une \u00e9quipe de tournage. Cette psychologue de terrain devra restaurer la pr\u00e9s\u00e9ance parentale, en \u00e9vitant, par exemple, que les enfants de 4 ans ne d\u00e9cident eux-m\u00eames de leur menu, ne distribuent des coups de fourchette \u00e0 table, et ne fassent la loi dans la famille.<br \/>\nSi cette id\u00e9e avait m\u00fbri chez un producteur de la Plaine Saint-Denis, \u00e0 supposer qu\u2019elle ait pu franchir le stade de la r\u00e9union hebdomadaire, aucune cha\u00eene fran\u00e7aise n\u2019aurait fait le premier pas. Concept trop r\u00e9actionnaire. Trop dangereux. Trop courageux dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la moindre faute de go\u00fbt peut d\u00e9clencher une chasse aux sorci\u00e8res. Tandis que Super Nanny arrive en France apr\u00e8s une saison sur Channel 4 en Angleterre, et un succ\u00e8s sur ABC en Am\u00e9rique. Avec un tel brevet de navigabilit\u00e9, m\u00eame un concept deux fois plus r\u00e9ac aurait march\u00e9 en France et les autres cha\u00eenes ne manqueront pas de s\u2019en souvenir.<br \/>\nPour l\u2019heure, rendons hommage \u00e0 M 6 : dans le suivisme culturel, la cha\u00eene aurait pu \u00eatre nettement moins inspir\u00e9e. Super Nanny, avec son m\u00e9lange de d\u00e9rision (le g\u00e9n\u00e9rique est une parodie de James Bond) et de s\u00e9rieux p\u00e9dagogique, est une \u00e9mission tr\u00e8s r\u00e9jouissante parce qu\u2019elle met en lumi\u00e8re la n\u00e9vrose des parents immatures qui prennent un air distrait lorsque leur enfant les provoque et qui craignent d\u2019\u00eatre moins aim\u00e9s s\u2019ils disent non.<br \/>\nQuand nous voyons la super nanny d\u00e9clarer au p\u00e8re de famille \u00ab on ne vous entend jamais, ou bien alors il faut vraiment dresser l\u2019oreille \u00bb, quand elle souligne que la m\u00e8re est brouillonne et inefficace, on se demande pourquoi elle a le droit de le dire aussi librement alors que les \u00e9ducateurs traditionnels n\u2019ont plus le droit d\u2019en placer une.<br \/>\nLa premi\u00e8re explication tient \u00e0 l\u2019instrument t\u00e9l\u00e9vision. Il permet de faire passer les le\u00e7ons les plus rudes avec le sourire. Mais la deuxi\u00e8me est que la super nanny est une femme (ce qui lui permet de restaurer le principe masculin dans la famille sans faire hurler les louves du f\u00e9minisme). La m\u00e9thode est efficace : \u00e0 coups de recettes \u00e9ternelles et de r\u00e8gles simples, l\u2019intervenante r\u00e9tablit l\u2019ordre en huit jours.<br \/>\nOn r\u00eave \u00e0 l\u2019application du m\u00eame principe dans une \u00e9cole primaire. On pourrait imaginer par exemple d\u2019adjoindre un super instit \u00e0 certaines ma\u00eetresses que M 6 recruterait parmi le pourcentage \u00e9crasant de celles qui font preuve d\u2019une hyst\u00e9rie bavarde et qui ne savent rien exiger. Un plateau illustrerait le rapport entre incomp\u00e9tence \u00e9ducative et violence sociale. Un d\u00e9tenu viendrait expliquer qu\u2019il regrette d\u2019avoir eu des parents cool et des profs inexistants. Mais il faudra sans doute attendre que le concept traverse l\u2019Atlantique.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3567 paru le 8 Avril 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>B\u00e2ton glac\u00e9<br \/>\nGuy Carlier aura beau invoquer l\u2019emportement du direct, la part de l\u2019improvisation malheureuse, le ton humoristique tr\u00e8s balis\u00e9 de sa chronique, il est sorti de la route. Il a m\u00eame enfonc\u00e9 le rail de s\u00e9curit\u00e9 lorsqu\u2019il s\u2019est \u00e9cri\u00e9, \u00e0 propos du prince Rainier mourant : \u00ab C\u2019est triste, c\u2019est vrai, mais on n\u2019est pas vraiment submerg\u00e9 par une \u00e9motion romanesque. \u00bb Il a commis une faute. Non pour avoir fait rire aux d\u00e9pens d\u2019une famille dans l\u2019affliction \u2013 il para\u00eet que c\u2019est le sommet de la modernit\u00e9 \u2013 mais pour avoir cru que tout le monde allait suivre. Quand il n\u2019y aurait eu que le centi\u00e8me des gens \u00e0 l\u2019\u00e9coute, ce soir-l\u00e0, pour songer que les enfants Grimaldi avaient le c\u0153ur gros, croire que le public (le fameux \u201con\u201d) \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 communier dans le ricanement repr\u00e9sentait une stupidit\u00e9.<br \/>\nPour notre chroniqueur, sp\u00e9cialiste du traitement des \u00e9lites fa\u00e7on b\u00e2ton glac\u00e9 (je l\u00e8che d\u2019un c\u00f4t\u00e9, je mords de l\u2019autre), non seulement le public n\u2019a pas toujours raison, mais c\u2019est plut\u00f4t le contraire. Tout ce qui forme la majorit\u00e9 lui r\u00e9pugne. Sur une cha\u00eene du c\u00e2ble, ce serait son droit : Canal Plus vient d\u2019ailleurs d\u2019\u00e9tablir un parall\u00e8le entre le pape et Rainier qui m\u00e9rite de finir dans l\u2019anthologie du mauvais go\u00fbt \u00e0 la fran\u00e7aise. Mais dans le cas de France T\u00e9l\u00e9visions les choses sont diff\u00e9rentes : la cha\u00eene et la France ne font qu\u2019un. France 3 devrait donc se comporter comme une cha\u00eene du peuple, du peuple entier, parce qu\u2019une grande part de ses subsides provient de ceux qui la regardent. Dans un pays normal l\u2019autorit\u00e9 de tutelle devrait donc lui interdire d\u2019offenser son public, sans parler de ses voisins, mais ce pays normal est-ce encore le n\u00f4tre ?<\/p>\n<p>\u201cL\u2019empire<br \/>\nde la t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9\u201d Ce titre est celui d\u2019une remarquable \u00e9tude de Damien le Guay parue aux Presses de la Renaissance sur la sacralisation de la banalit\u00e9 par la t\u00e9l\u00e9vision.<br \/>\nParmi les articulations du raisonnement \u00e0 souligner au feutre rouge, signalons l\u2019incons\u00e9quence des intellectuels, qui d\u00e9daignent la trash t\u00e9l\u00e9 mais qui n\u2019ont jamais cess\u00e9 d\u2019accabler les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la famille, \u00e0 la r\u00e9gion, \u00e0 la nation, comme suspectes de d\u00e9rive identitaire.<br \/>\nFaute de l\u2019ancrage instinctif et traditionnel qui leur est interdit (et que les \u00e9missions culturelles, le cin\u00e9ma, les t\u00e9l\u00e9films d\u00e9binent depuis vingt ans), les gens du peuple et les immigrants se tournent donc vers une mythologie sociale au rabais : castings, t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9, d\u00e9ballages douteux, la liste est longue.<br \/>\nMais pour que l\u2019identification au h\u00e9ros fonctionne dans le nouveau syst\u00e8me social, il faut aussi et surtout changer la nature du h\u00e9ros. Plus de \u201cgrosses t\u00eates\u201d, plus de sup\u00e9riorit\u00e9 r\u00e9elle, plus de caract\u00e8res taciturnes ou originaux : il faut fabriquer des mod\u00e8les qui ressemblent \u00e0 tout le monde, pour pouvoir vendre \u00e0 chacun sa propre image. Cette m\u00e9diocrit\u00e9 militante, qui ob\u00e9it au pr\u00e9cepte \u201cbats-toi pour rester toi-m\u00eame\u201d, est le creuset de la plupart de nos insuffisances, et ce livre la d\u00e9crit \u00e0 merveille.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3568 paru le 15 Avril 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>On a presque tout dit<br \/>\nSur la mort du pape, il para\u00eet que tout a \u00e9t\u00e9 dit mais, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, on a surtout dit n\u2019importe quoi. T\u00e9moin cette perle de concours, ce joyau de collection que j\u2019extrais d\u2019un commentaire en voix off au 20 Heures de TF1 : \u00ab En Inde, pays de religion musulmane (sic), on ne compte que 2 % de catholiques. \u00bb<br \/>\nQuant au reste, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019organisation des c\u00e9r\u00e9monies, les voyages de Jean-Paul II, le protocole, les d\u00e9placements des grands de ce monde\u2026 tout a \u00e9t\u00e9 couvert jusqu\u2019\u00e0 sati\u00e9t\u00e9 en empruntant les autoroutes de la pens\u00e9e. Nous nous contenterons donc, en quelques questions-r\u00e9ponses, d\u2019indiquer au lecteur des chemins vicinaux.<br \/>\nD\u2019abord, l\u2019hypercouverture m\u00e9diatique fut en elle-m\u00eame un sujet de d\u00e9bat : \u00e9tait-il l\u00e9gitime de multiplier les \u00e9ditions sp\u00e9ciales, surtout sur le service public, eu \u00e9gard au caract\u00e8re religieux du sujet ? Pour ce qui est du volume, la mort du pape a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une couverture comparable \u00e0 n\u2019importe quel \u00e9v\u00e9nement de la m\u00eame ampleur.<br \/>\nMais la la\u00efcit\u00e9 ? Justement, les inquisiteurs de la la\u00efcit\u00e9 ont choqu\u00e9 nombre de Fran\u00e7ais. Leur tartuferie souligne \u00e0 quel point notre vie sociale porte l\u2019empreinte du christianisme. Vouloir extirper toute r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette empreinte dans les usages et le vocabulaire, notamment dans les m\u00e9dias, repr\u00e9sente une mutilation. On en vient \u00e0 se demander s\u2019il ne faudrait pas fonder une association pour d\u00e9fendre les 4 284 communes qui ont le malheur de porter un nom de saint.<br \/>\nQuand on voit jusqu\u2019o\u00f9 les commentaires sont all\u00e9s dans la casuistique \u00e0 propos des drapeaux en berne, quand on entend les arguties des uns et des autres, on se dit que les reportages sur la Saint-Nicolas, la Saint-Patrick ou le p\u00e8lerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer seront bient\u00f4t soumis \u00e0 quelque loi de quota gr\u00e2ce \u00e0 la vigilance experte de nos d\u00e9put\u00e9s socialistes. Ce qu\u2019ils ne voient pas, c\u2019est combien l\u2019unanimisme m\u00e9diatique \u00e0 propos du pape d\u00e9signe un sursaut d\u2019identit\u00e9 dans la France discr\u00e8te et secr\u00e8te, celle pour qui la r\u00e9f\u00e9rence au christianisme est en train de redevenir politique.<br \/>\nEnsuite il y a les \u201cprises de position\u201d de l\u2019\u00c9glise sur l\u2019avortement, l\u2019homosexualit\u00e9, l\u2019euthanasie ou la contraception. Le pape, nous a-t-on rappel\u00e9, incarne un catholicisme sans concession. Pour plus d\u2019honn\u00eatet\u00e9, les commentaires auraient d\u00fb nous rappeler les concessions consenties par les musulmans ou les juifs sur les m\u00eames sujets. On n\u2019a rien entendu, et pour cause\u2026<br \/>\nReste la Chine, \u00e9chec de Jean-Paul II, a-t-on soulign\u00e9, l\u2019un des deux ou trois pays qui manquent \u00e0 son tableau de mission. Et l\u00e0, personne ne s\u2019est interrog\u00e9 sur la pers\u00e9cution dont les chr\u00e9tiens sont victimes en Chine, personne n\u2019a voulu voir ce qu\u2019elle d\u00e9signe en termes de g\u00e9opolitique (notamment dans nos rapports futurs avec l\u2019islam) : les autorit\u00e9s chinoises ont lieu de craindre le d\u00e9ferlement d\u2019une religion compatible avec le confucianisme, fond\u00e9e sur l\u2019amour du prochain et le d\u00e9dain de la violence. Et nous, de nous en r\u00e9jouir.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3569 paru le 22 Avril 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Le fardeau de la libert\u00e9<br \/>\nParmi ces films qui jouissent d\u2019une rumeur favorable mais qu\u2019on n\u2019a pas eu le courage d\u2019aller voir \u00e0 leur sortie, le Moi C\u00e9sar, 10 ans, 1 m 39 de Richard Berry s\u2019est hiss\u00e9 en bonne place, ce qui explique la curiosit\u00e9 suscit\u00e9e par son passage \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Il est permis d\u2019en tirer pr\u00e9texte pour illustrer l\u2019escroquerie dont les parents modernes se rendent coupables quand ils infligent \u00e0 des enfants aussi jeunes le fardeau de la libert\u00e9.<br \/>\nQue voit-on dans ce film ? Deux gar\u00e7ons, l\u2019un, C\u00e9sar, accabl\u00e9 par une famille ordinaire, afflig\u00e9 d\u2019un p\u00e8re d\u00e9bord\u00e9 mais s\u00e9v\u00e8re ; l\u2019autre, Morgan, m\u00e9tis issu d\u2019un Anglais et d\u2019une Martiniquaise qui travaille la nuit. Les parents de ce dernier sont divorc\u00e9s. Il vit seul entre l\u2019\u00e9cole, le r\u00e9frig\u00e9rateur et la t\u00e9l\u00e9vision.<br \/>\nAux yeux du jeune C\u00e9sar, dont la famille est tellement ringarde que sa propre m\u00e8re est enceinte et ne travaille pas, Morgan r\u00e9unit tous les avantages : il est trop cool, il porte un pr\u00e9nom \u00e0 la mode, il n\u2019appartient \u00e0 aucun groupe social d\u00e9fini, il passe la journ\u00e9e \u00e0 regarder son portable, il est abonn\u00e9 aux cha\u00eenes du c\u00e2ble et zappe entre foot et porno apr\u00e8s ses devoirs. Car en plus, il travaille bien \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<br \/>\nQue manque-t-il donc \u00e0 ce gar\u00e7on pour atteindre le sommet de la f\u00e9licit\u00e9 ? La pr\u00e9sence de son p\u00e8re.<br \/>\nNos deux amis s\u2019en vont donc \u00e0 Londres pendant vingt-quatre heures par l\u2019Eurostar, pour \u00e9plucher l\u2019annuaire \u00e0 la recherche de tous les homonymes du g\u00e9niteur absent.<br \/>\nJusque-l\u00e0, on se dit que le film pourrait rencontrer une v\u00e9rit\u00e9 immanente, \u00e0 savoir que Morgan a besoin d\u2019une r\u00e8gle. Lui qui ne conna\u00eet que Canal Plus et la PlayStation, il se verrait bien d\u00e9livr\u00e9 de toutes les angoisses que lui inflige sa condition d\u2019affranchi. S\u2019il retrouve son p\u00e8re, avec un peu de chance il va tomber sur un homme exigeant qui le consolera de dix ans de libert\u00e9. Il recommencera \u00e0 prendre de vrais repas, il cessera de composer des SMS pour d\u2019autres analphab\u00e8tes issus de familles monoparentales, il ne dira pas \u201ctrop g\u00e9nial\u201d toutes les trois phrases, bref il aura une chance de devenir adulte avant l\u2019\u00e2ge de la retraite.<br \/>\nH\u00e9las ! quand on voit le genre du p\u00e8re anglais, on mesure \u00e0 quel point le r\u00e9alisateur a choisi de compromettre le destin de son h\u00e9ros plut\u00f4t que de d\u00e9plaire au public. L\u2019Anglais re\u00e7oit donc cet enfant, dont il ignorait l\u2019existence, avec la patience niaise des p\u00e8res \u00e0 la nouvelle mode, ceux qui sont tol\u00e9r\u00e9s par leur prog\u00e9niture \u00e0 condition de faire oublier leur faute originelle.<br \/>\nLaquelle ? Pour r\u00e9sumer, il repr\u00e9sente un principe masculin dans un monde \u00e9mascul\u00e9. Le sc\u00e9nariste nous le d\u00e9crit comme hyper sympa. En tout cas il n\u2019est pas du genre \u00e0 susciter l\u2019aigreur de sa famille en exigeant quoi que ce soit. Il n\u2019est pas comme ces mauvais p\u00e8res de la publicit\u00e9 que nous voyons chaque soir ridiculis\u00e9s en plein acc\u00e8s d\u2019autoritarisme par une conjuration m\u00e8re-fille.<br \/>\nNous voil\u00e0 soulag\u00e9s pour le jeune Morgan. Mais un peu inquiets tout de m\u00eame pour la morale sociale.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3570 paru le 29 Avril 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Immodestie<br \/>\nDepuis dix ans, \u00e0 coups de b\u00eatisiers et de documents oubli\u00e9s, la t\u00e9l\u00e9vision s\u2019attendrit sur les ridicules des \u00e9poques pass\u00e9es. Depuis dix ans, les pr\u00e9sentateurs qui se croient \u00e0 la mode, c\u2019est-\u00e0-dire ceux qui exilent dans la pr\u00e9histoire la \u201ct\u00e9l\u00e9vision de papa\u201d, nous pr\u00e9sentent des morceaux choisis en essayant de prouver que pour leur part ils voyagent \u00e0 bord du train de la modernit\u00e9.<br \/>\nOr quand on y regarde de pr\u00e8s, la plupart sont d\u00e9j\u00e0 tomb\u00e9s sur la voie. Une \u00e9mission comme le Plus Grand Fran\u00e7ais de tous les temps sent le ballast \u00e0 plein nez. Nos plateaux de divertissement para\u00eetront demain aussi grotesques et d\u00e9mod\u00e9s que les chansons d\u2019Ouvrard (\u201cJ\u2019ai la rate qui s\u2019dilate, j\u2019ai le foie qu\u2019est pas droit\u2026\u201d). Par exemple, quand les petits-enfants des participants \u00e0 la Ferme C\u00e9l\u00e9brit\u00e9s reverront leurs a\u00efeux en train de singer l\u2019Am\u00e9rique qui singe elle-m\u00eame les paysans (car on oublie que le concept est sous licence am\u00e9ricaine), quand la France future regardera celle d\u2019aujourd\u2019hui, on s\u2019apercevra que pour rester moderne il aurait fallu \u00e9chapper \u00e0 l\u2019immodestie au sens classique, c\u2019est-\u00e0-dire pratiquer la retenue et ne point sombrer dans l\u2019exc\u00e8s. Au lieu de quoi, que voyons-nous ? L\u2019inverse.<br \/>\nPourtant, c\u2019est justement en rejetant le pass\u00e9 dans le Moyen \u00c2ge que le syst\u00e8me m\u00e9diatique aiguise notre sens du ridicule \u00e0 propos du pr\u00e9sent. Mais il s\u2019en moque. Les producteurs des plateaux les plus complaisants et les plus stupides n\u2019ont que faire de l\u2019apr\u00e8s-d\u00e9luge, puisqu\u2019ils sont dans le nihilisme jusqu\u2019au cou. La modestie et la pudeur ne se con\u00e7oivent que si l\u2019on craint un recours aux archives, Dieu sait pourtant que notre \u00e9poque adore l\u2019indexation. Dieu sait qu\u2019au temps du num\u00e9rique, rien ne se perd. Dans ces conditions, on comprend mal l\u2019impudence des bateleurs et des hommes politiques. Ne craignent-ils pas d\u2019\u00eatre jug\u00e9s un jour ? Au contraire. Ils ne craignent plus rien. Ils croient que les archives seront dispers\u00e9es ou ignor\u00e9es parce que notre \u00e9poque a la m\u00e9moire de plus en plus courte (voir le retour immodeste, toujours au sens classique, de Lionel Jospin). Mais surtout, ils nous donnent, par leur d\u00e9faut de solennit\u00e9, par leur m\u00e9pris de la post\u00e9rit\u00e9, une id\u00e9e indirecte des \u00e9preuves qui nous attendent. Car s\u2019ils sont persuad\u00e9s que personne, de leur vivant, ne leur fera le coup du b\u00eatisier, c\u2019est qu\u2019ils connaissent ces \u00e9preuves et savent qu\u2019elles effaceront la m\u00e9moire de leurs contemporains, ce qui n\u2019est pas tr\u00e8s rassurant.<\/p>\n<p>Beno\u00eetement<br \/>\nIl n\u2019est pas besoin de conna\u00eetre la proph\u00e9tie de saint Malachie pour lire dans le regard de Beno\u00eet XVI l\u2019annonce des tribulations de la chr\u00e9tient\u00e9. Ses propos de 2004 sur l\u2019absurdit\u00e9 de la Turquie europ\u00e9enne, que les journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s n\u2019ont gu\u00e8re voulu rappeler de crainte de peser sur la campagne \u00e9lectorale, \u00e9voquent l\u2019affaire du couloir de Dantzig. Il a dit, fort beno\u00eetement, ce qu\u2019il en pensait. Mais certains, pour prot\u00e9ger leurs illusions, voudraient d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il se taise.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3571 paru le 6 Mai 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>La route du danger<br \/>\n\u00c0 premi\u00e8re vue, tout inspirait la m\u00e9fiance : le titre de l\u2019\u00e9mission (Docs de choc), l\u2019heure tardive, le genre archi-rebattu, hyperbalis\u00e9, auquel appartiennent des programmes comparables comme Incroyable mais vrai, \u00c7a vaut le d\u00e9tour et g\u00e9n\u00e9ralement tous ces plateaux o\u00f9 des pr\u00e9sentateurs envoient des bandes vid\u00e9o californiennes en disant : \u00ab Quand elle sort de son cottage de Boulder City, Pamela ne pense certainement pas qu\u2019elle va conna\u00eetre la frayeur de sa vie. \u00bb<br \/>\nAu sommaire, outre les in\u00e9vitables images de base jump et diff\u00e9rents reportages chez les gens les plus vernis de la plan\u00e8te (dans l\u2019entourage de Schwarzenegger), un document sur une \u201croute du danger\u201d au Kenya, la 109, qui va de Nairobi \u00e0 Mombasa, o\u00f9 les camions se croisent et parfois se heurtent, \u00e7a d\u00e9pend des jours.<br \/>\nSouvent les chargements sont renvers\u00e9s dans le foss\u00e9 et les conducteurs roul\u00e9s h\u00e2tivement dans un drap par la police. On voit bien que l\u2019urgence n\u2019est pas de pr\u00e9venir la famille mais de d\u00e9gager la voie.<br \/>\nSoudain, on nous d\u00e9signe la silhouette triste et maigre de Pascal, un Rwandais de 35 ans qui a fui les massacres dans son pays pour offrir ses services comme m\u00e9canicien le long de cette route. Inlassablement il marche \u00e0 la recherche d\u2019un camion \u00e9chou\u00e9 dont le conducteur le paiera pour r\u00e9parer un essieu.<br \/>\nOn n\u2019en croit pas ses oreilles. En pleine \u00e9mission bas de gamme, entre deux reportages \u00e0 sensation, malgr\u00e9 un niveau de vocabulaire visiblement calcul\u00e9 pour ne pas fatiguer les amateurs de mangas attard\u00e9s devant leur poste un Coca light \u00e0 la main, voici, dans un fran\u00e7ais parfait, la confession bouleversante d\u2019un r\u00e9fugi\u00e9-philosophe : \u00ab Le Kenya, dit-il, est le seul pays d\u2019Afrique o\u00f9 l\u2019on peut encore se sentir humain. \u00bb Sa famille ? \u00ab Ils sont tous morts \u00e0 cause de la guerre, de la maladie, et de la pauvret\u00e9. \u00bb Ses projets ? Aucun. \u00ab Je suis n\u00e9 pour souffrir, je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 heureux dans ma vie. \u00bb Et sa conclusion ? \u00abJ\u2019ai quand m\u00eame des raisons de vivre. Oui je sais pourquoi je vis, mais c\u2019est mon secret.\u00bb<br \/>\nEn voyant s\u2019\u00e9loigner dans le champ de la cam\u00e9ra cette silhouette v\u00eatue de l\u2019\u00e9ternel T-shirt bleu macul\u00e9 qui sert d\u2019uniforme au d\u00e9nuement et au d\u00e9sespoir dans le tiers-monde, la premi\u00e8re r\u00e9action serait de se dire : pourquoi un homme aussi travailleur, aussi \u00e9mouvant, aussi francophone, n\u2019est-il pas accueilli s\u00e9ance tenante par notre pays, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 d\u2019autres y d\u00e9barquent sans qualification, sans apprendre la langue, et sans nous parler d\u2019autre chose que de leurs droits ?<br \/>\nLa deuxi\u00e8me r\u00e9action consiste \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, pour ne pas dire l\u2019escroquerie dont la culture fran\u00e7aise est coupable en Afrique. Apr\u00e8s avoir envoy\u00e9 l\u00e0-bas moult religieuses et instituteurs pendant cinq g\u00e9n\u00e9rations, nous laissons les surdou\u00e9s de l\u2019humanisme sans d\u00e9fense, les uns devant la loi de l\u2019Islam, les autres devant la logique de la machette. Certains jours, en longeant la 109, Pascal le Rwandais doit m\u00e9diter la question avec amertume.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3572 paru le 13 Mai 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>T\u00e9l\u00e9vision sovi\u00e9tique<br \/>\nLes fr\u00e8res Kahn \u00e9taient les invit\u00e9s de St\u00e9phane Bern l\u2019autre semaine sur France Inter. Au milieu de cette conversation \u00e0 cinq ou six qui devient le lot de tous les plateaux, o\u00f9 personne n\u2019\u00e9coute personne, o\u00f9 chacun cherche \u00e0 d\u00e9naturer les propos de son voisin en s\u2019adressant au public et o\u00f9 il s\u2019agit de caricaturer la pens\u00e9e d\u2019autrui, de peur que les gens ne consentent \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, Jean-Fran\u00e7ois Kahn a tir\u00e9 \u00e0 lui non la couverture, mais le tapis. En r\u00e9ponse \u00e0 une r\u00e9flexion banale, il a parl\u00e9 de la campagne t\u00e9l\u00e9visuelle pour le r\u00e9f\u00e9rendum. Afin d\u2019illustrer que, contrairement \u00e0 la plupart des acteurs, des humoristes et des pr\u00e9sentateurs, il n\u2019avait aucune envie d\u2019influencer le choix de l\u2019\u00e9lectorat, il a pr\u00e9cis\u00e9 que les deux tendances \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9es dans sa famille : son fr\u00e8re le Professeur voterait probablement non, et lui sans doute oui, mais l\u00e0 n\u2019\u00e9tait pas la question.<br \/>\n\u2013 Ah bon ? a dit St\u00e9phane Bern, et quelle est la question ?<br \/>\n\u2013 Avez-vous d\u00e9j\u00e0 vu l\u2019\u00e9mission de Christine Ockrent sur la 3 ? C\u2019est de la t\u00e9l\u00e9vision sovi\u00e9tique !, r\u00e9pond abruptement JFK.<br \/>\nOn est oblig\u00e9 de convenir qu\u2019il ne s\u2019abrite pas derri\u00e8re la langue de bois.<\/p>\n<p>Querelle de larrons<br \/>\nOn ne va pas s\u2019\u00e9mouvoir outre mesure sur le sort de Bruno Gaccio, l\u2019homme qui, dans un sketch des Guignols, faisait r\u00e9cemment des pronostics sur l\u2019ordre d\u2019arriv\u00e9e de Rainier et de Jean-Paul II chez saint Pierre. Ses m\u00e9saventures avec Canal Plus ressemblent au monde professionnel qu\u2019il fr\u00e9quente. Les m\u00e9thodes suppos\u00e9es de son employeur ne surprendront personne. Dans cette affaire, le cynisme que l\u2019on pr\u00eate \u00e0 la cha\u00eene ressemble \u00e0 celui qu\u2019elle attribue pour rire \u00e0 ses marionnettes politiques de 19 h 30. On se demande qui a d\u00e9teint sur qui.<br \/>\nQuelle que soit l\u2019issue de l\u2019enqu\u00eate, on peut d\u00e9j\u00e0 y voir une querelle de larrons. L\u2019employeur et l\u2019employ\u00e9 sont dans le m\u00eame sac \u00e0 bien des \u00e9gards. Ils auront durablement contribu\u00e9 \u00e0 discr\u00e9diter, dans notre pays, la vertu et la raison, en essayant de faire passer toute parole solennelle pour un tissu de mensonges, toute nouvelle loi pour un calcul, toute r\u00e9forme pour une sottise, tout acc\u00e8s \u00e0 la notori\u00e9t\u00e9 pour un travail d\u2019attach\u00e9 de presse. Il y a des gens qui rapetissent tout. Ce n\u2019est pas nouveau. La nouveaut\u00e9 tient \u00e0 la puissance qu\u2019on leur conf\u00e8re. L\u2019humour r\u00e9ducteur des Guignols peut \u00eatre compar\u00e9 \u00e0 celui des bouffons de carnaval, ou \u00e0 ces personnages grotesques qui pr\u00e9c\u00e9daient le char du consul dans la Rome antique. Seule diff\u00e9rence, le rire lib\u00e9rateur intervenait, en ces temps lointains, deux fois par an, quand la pression du pouvoir sur le peuple s\u2019\u00e9tait accumul\u00e9e. Aujourd\u2019hui la soupape fonctionne deux fois par jour.<\/p>\n<p>R\u00e9troviseur<br \/>\nLe feuilleton sur Dalida, inspir\u00e9 par son fr\u00e8re, ne manquait pas de qualit\u00e9s. La plus discr\u00e8te \u00e9tait d\u2019illustrer que la France de l\u2019\u00e9poque est minuscule dans le r\u00e9troviseur et que la nostalgie rel\u00e8ve aujourd\u2019hui de la politique.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3394 paru le 14 D\u00e9cembre 2001<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Les \u201czinzins\u201d<br \/>\nL\u2019objet de ce couplet n\u2019a rien de financier comme on s\u2019en doute, il ne s\u2019agit pas d\u2019attirer l\u2019attention sur les investisseurs mais sur les invit\u00e9s institutionnels, ceux dont la pr\u00e9sence est quasi obligatoire \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Certains ont quelque chose \u00e0 vendre de mani\u00e8re r\u00e9currente. D\u2019autres restent la coqueluche pendant des mois, on ne sait trop pourquoi, mais on sait pourquoi c\u2019est trop.<br \/>\nPrenez G\u00e9rard Miller, par exemple. Michel Drucker l\u2019a licenci\u00e9 apr\u00e8s plus d\u2019un an de services (ni bons, ni loyaux, \u00e0 en croire la querelle picrocholine qui vient d\u2019\u00e9clater au sein de l\u2019\u00e9quipe, et qui d\u00e9borde jusque dans les colonnes du Monde).<br \/>\nLe propos n\u2019est pas d\u2019entrer dans ces niaiseries de courtisans mais d\u2019illustrer, \u00e0 travers le cas de ce psychanalyste t\u00eate-\u00e0-claques, que la t\u00e9l\u00e9vision g\u00e9n\u00e9raliste d\u00e9vore ses enfants. Miller, connu pour avoir milit\u00e9 chez les mao\u00efstes (comme la ministresse de la Justice, et tant de ceux qui nous gouvernent), est tellement emprunt\u00e9 dans la fantaisie qu\u2019il met ses voisins mal \u00e0 l\u2019aise sur tous les plateaux. Parall\u00e8lement, ce malheureux exerce son m\u00e9tier de psy avec une telle grossi\u00e8ret\u00e9 dans l\u2019analyse que ses pairs lui reprochent d\u00e9sormais de ruiner leur image. Pour rem\u00e9dier \u00e0 ce double inconv\u00e9nient, quelle id\u00e9e originale a-t-il trouv\u00e9e ? Ecrire un livre.<br \/>\nS\u2019agissait-il de profiter de sa renomm\u00e9e pour toucher un million de francs ? Pas du tout. Qu\u2019allons-nous chercher l\u00e0 ? Il s\u2019agissait de \u00ab jeter un regard critique sur le milieu t\u00e9l\u00e9visuel \u00bb. Le probl\u00e8me est que son patron (Vivement dimanche prochain) n\u2019a pas aim\u00e9 le regard, et encore moins la critique (on murmure que Jean-Marie Messier non plus, \u00e0 qui Miller a tendu, en direct, la feuille de salaire d\u2019un smicard au mois de mai dernier). Drucker a donc signifi\u00e9 \u00e0 Miller son cong\u00e9 d\u00e9finitif, r\u00e9v\u00e9lant lui aussi sa vraie nature, qui n\u2019est pas d\u2019un humoriste patient, humble et philosophe, mais d\u2019un caporal susceptible, qui sait \u00e0 l\u2019occasion se montrer souple avec les puissants.<\/p>\n<p>Le\u00e7ons de fran\u00e7ais<br \/>\nIl fallait voir, sur un plateau dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom, Pierre Perret nous donner des le\u00e7ons de fran\u00e7ais, apr\u00e8s avoir si\u00e9g\u00e9 dans une commission de r\u00e9forme des formulaires administratifs. Il fallait le voir multiplier les fautes : \u00ab J\u2019vous ai amen\u00e9 c\u2019truc-l\u00e0 \u00bb, \u00ab C\u2019est une mesure qui a \u00e9t\u00e9 bienvenue par les utilisateurs \u00bb ; il fallait l\u2019entendre confondre simplification et rel\u00e2chement : \u00ab Y\u2019a des pauv\u2019 gens qui comprennent pas des tas de mots \u00bb. M\u00eame Bernard Pivot, son complice \u00e0 la commission, lui aurait sans doute sugg\u00e9r\u00e9 d\u2019en faire un peu moins ce jour-l\u00e0, c\u2019est tout dire. Certes, le langage administratif manifeste une propension ridicule \u00e0 la complexit\u00e9 (par laquelle les m\u00e9decins de Moli\u00e8re cherchaient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 se prot\u00e9ger du vulgaire), mais en le rappelant trop souvent, on cherche \u00e0 dissimuler que si les gens ne comprennent plus les formulaires, c\u2019est avant tout parce qu\u2019ils ne savent plus lire.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3573 paru le 20 Mai 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Vous permettez que je termine<br \/>\nUne phrase a fait pouffer de rire les invit\u00e9s du \u201cgrand d\u00e9bat\u201d de TF1 sur le r\u00e9f\u00e9rendum pour la Constitution europ\u00e9enne : \u00abJe respecte les choix de chacun, en tout cas ceux de gauche.\u00bb Le d\u00e9faut de respect que confessait ainsi Fran\u00e7ois Hollande, homme d\u2019apparence d\u00e9bonnaire, envers ceux qui ne sont pas de sa famille m\u00e9riterait un d\u00e9bat entier.<br \/>\nCes paroles, m\u00eame si elles ont \u00e9t\u00e9 prof\u00e9r\u00e9es par inadvertance, sont d\u00e9testables. Elles sont lourdes de ce qu\u2019elles impliquent quant au pass\u00e9 et quant \u00e0 l\u2019avenir. Au nom d\u2019un principe identique, celui de la s\u00e9paration du bon grain et de l\u2019ivraie, on a envoy\u00e9 des millions de gens en d\u00e9portation politique \u00e0 travers les \u00e2ges. Les c\u00e9r\u00e9monies du 8 Mai nous l\u2019ont rappel\u00e9, o\u00f9 Poutine s\u2019est invit\u00e9 sans vergogne dans le camp de la libert\u00e9.<br \/>\nPour \u00e9quilibrer la critique du fameux d\u00e9bat, rappelons qu\u2019on a pu entendre le m\u00eame soir, dans la bouche d\u2019un repr\u00e9sentant du camp adverse : \u00ab Vous d\u00e9truisez l\u2019Europe sans aucune id\u00e9e de comment la reconstruire. \u00bb<br \/>\nL\u00e0 nous sommes au c\u0153ur d\u2019une autre forme d\u2019irrespect. Dans un livre r\u00e9cent sur la syntaxe, l\u2019\u00e9crivain Renaud Camus illustrait que, dans le fran\u00e7ais moderne, le \u201csur comment\u201d t\u00e9moigne d\u2019un m\u00e9pris pour l\u2019autre.<br \/>\nNous ne bl\u00e2merons pas un homme public de parler le sabir de ses \u00e9lecteurs (encore qu\u2019on puisse regretter que l\u2019influence s\u2019exerce toujours de la pl\u00e8be vers l\u2019\u00e9lite), mais il est permis de souligner que, lorsque nous entendons dire, par un invit\u00e9 de la t\u00e9l\u00e9vision : \u00ab C\u2019\u00e9-un bouquin sur comment les femmes vivent leur maternit\u00e9 \u00bb, le respect d\u2019autrui est compromis par le d\u00e9dain de la r\u00e8gle.<br \/>\nComme le soulignait Camus, entre le souci de la syntaxe et la facult\u00e9 de se mettre \u00e0 la place de celui qui \u00e9coute, il existe une continuit\u00e9. Quand on entend dire \u201csur comment\u201d ou \u201cde comment\u201d, on s\u2019avise que l\u2019usage de la langue est une politesse sociale bafou\u00e9e comme les autres. Le m\u00e9pris de nos contemporains envers leur langue rel\u00e8ve de l\u2019incivilit\u00e9, comme le saccage des abris d\u2019autobus.<br \/>\nDans ces conditions d\u2019irrespect g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, comment s\u2019\u00e9tonner que le \u201cgrand d\u00e9bat\u201d, pour reprendre l\u2019expression de TF1, se soit inspir\u00e9 de la m\u00e9thode am\u00e9ricaine pour aligner chacun des participants devant un pupitre et dans un esprit de parall\u00e9lisme mou ?<br \/>\nAh certes, on s\u2019est parl\u00e9. On s\u2019est m\u00eame appel\u00e9 par son pr\u00e9nom. Mais il s\u2019agissait avant tout d\u2019utiliser un quota de parole publique. L\u2019\u00e9change \u00e9tait facultatif. Dans la vie professionnelle et sociale en g\u00e9n\u00e9ral, ce sont les m\u00eames r\u00e8gles d\u2019argumentation autistiques qui pr\u00e9valent de plus en plus. Les gens mal \u00e9lev\u00e9s sont nombreux \u00e0 refuser d\u00e9sormais toute objection directe en disant \u201cVous permettez que je termine\u201d et \u201cJe ne vous ai pas interrompu\u201d. Celui qui interrompt des propos l\u00e2ches et ti\u00e8des, celui qui cherche \u00e0 s\u2019illustrer par la vigueur de sa pens\u00e9e, celui qui montre des qualit\u00e9s d\u2019orateur passe aussit\u00f4t pour un mauvais \u00e9l\u00e9ment.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3574 paru le 27 Mai 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Camarade P38<br \/>\n\u00ab \u00c7a nous a paru fou que notre fils ait pu tirer sur un Africain. \u00bb Cette phrase extraite du r\u00e9cit du p\u00e8re d\u2019Audry Maupin est un peu l\u2019anamorphose de l\u2019affaire dite des tueurs de Vincennes. L\u2019\u00e9mission Faites entrer l\u2019accus\u00e9 se posait la question de savoir si Audry Maupin et Florence Rey, 19 et 20 ans, \u00e9taient des tueurs-n\u00e9s. Il suffisait d\u2019entendre le t\u00e9moignage des familles pour r\u00e9tablir le r\u00f4le de l\u2019acquis.<br \/>\nAu fil de l\u2019interview du p\u00e8re Maupin, on reconstituait sans difficult\u00e9 une histoire classique. Celle d\u2019un intellectuel qui, malgr\u00e9 sa cinquantaine, a gard\u00e9 le physique vague et boucl\u00e9 de l\u2019\u00e9tudiant trotskiste. Il nous explique qu\u2019on a promis un monde nouveau \u00e0 sa g\u00e9n\u00e9ration et que son fils Audry s\u2019est senti flou\u00e9 par un d\u00e9ni de r\u00e9volution.<br \/>\nLe fils a donc cru \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e du \u201cgrand soir\u201d. Sauf que ce soir-l\u00e0, devant la pr\u00e9fourri\u00e8re de Vincennes, ils n\u2019\u00e9taient pas douze mille r\u00e9volutionnaires, mais deux. C\u2019est ce qui distingue un coup d\u2019\u00c9tat d\u2019un fait divers. L\u2019affaire n\u2019a jamais atteint la rubrique politique. Elle est rest\u00e9e dans la colonne soci\u00e9t\u00e9. On a m\u00eame essay\u00e9 de nous faire croire que ce qui animait ces jeunes \u00e9tait avant tout le nihilisme de leur \u00e9poque, tel qu\u2019il \u00e9tait v\u00e9hicul\u00e9 par le film d\u2019Oliver Stone Tueurs-n\u00e9s. Or, c\u2019est l\u2019\u00e9poque pr\u00e9c\u00e9dente qui a commis le crime. C\u2019est la p\u00e9riode 1970-1980 : celle qui a tu\u00e9 Georges Besse, celle qui a fait la funeste renomm\u00e9e de Cesare Battisti. Quand on entend le p\u00e8re d\u2019Audry, on est convaincu qu\u2019il s\u2019agissait bien pour lui d\u2019un acte inspir\u00e9 par la logique r\u00e9volutionnaire. Son principal sujet de surprise n\u2019est donc pas que son fils ait tu\u00e9 des policiers, mais qu\u2019il ait tir\u00e9 sur un chauffeur de taxi africain \u2013 entendez : le contraire d\u2019un ennemi de classe.<br \/>\nParall\u00e8lement, l\u2019\u00e9mission nous montrait les efforts de la presse pour dissocier les deux protagonistes. Nous avons entendu t\u00e9moigner des journalistes de Lib\u00e9ration en faveur de Florence Rey. Nous avons presque dout\u00e9 de la d\u00e9termination de la jeune fille en la voyant craquer lors de son proc\u00e8s. Mais personne ne s\u2019est interrog\u00e9 sur ses mobiles politiques \u2013 et pour cause : dans nombre de cas, ceux qui commentent ces \u201cd\u00e9rives\u201d sont ceux qui les ont inspir\u00e9es. Ils n\u2019ont aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 rappeler que, par leurs \u00e9crits, ils ont banalis\u00e9 dans l\u2019imaginaire social le meurtre du bourgeois et du flic. Les voil\u00e0 g\u00ean\u00e9s de s\u2019apercevoir que certains de leurs enfants y ont cru. \u00c0 l\u2019\u00e2ge o\u00f9 ils pantouflaient eux-m\u00eames dans la pub en lisant Kundera, leurs rejetons s\u2019inspiraient des Brigades rouges, honoraient le \u201ccamarade P38\u201d et fondaient des groupuscules dans les squats de Montreuil.<br \/>\n\u00c9coutons encore le p\u00e8re d\u2019Audry Maupin, avec son style psy qui rappelle les assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales de la Mnef, et mesurons son incroyable absence d\u2019autocritique : \u00ab J\u2019\u00e9tais sur une d\u00e9marche d\u2019essayer de comprendre ce qui les avait conduits \u00e0 la pr\u00e9fourri\u00e8re de Vincennes. \u00bb La plupart de ceux qui ont vu le reportage l\u2019ont compris avant lui.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3575 paru le 2 Juin 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Palme du pluralisme<br \/>\nVol de nuit f\u00eatait l\u2019autre semaine son 500e num\u00e9ro. Un \u00e9crivain qui commente la t\u00e9l\u00e9vision dans les journaux se doit doublement d\u2019aborder le sujet. Quel sujet ? Celui de la prescription litt\u00e9raire sur petit \u00e9cran. C\u2019est un domaine o\u00f9 la d\u00e9rive, depuis l\u2019apog\u00e9e de l\u2019\u00e8re Pivot, se mesure en ann\u00e9es-lumi\u00e8re.<br \/>\nContrairement \u00e0 ce que pr\u00e9tendent volontiers les fines gueules du service public, TF1 m\u00e9rite la palme du pluralisme dans ses rapports avec les lettres fran\u00e7aises. Et le m\u00e9rite en revient pour une large part \u00e0 Patrick Poivre d\u2019Arvor, \u00e0 qui il arrive sans doute de c\u00e9der aux pressions, mais qui s\u2019arrange pour maintenir un \u00e9quilibre entre les invit\u00e9s qu\u2019on lui recommande et ceux qu\u2019on l\u2019invite \u00e0 d\u00e9daigner.<br \/>\nSur dix ans, le bilan est tr\u00e8s honorable. Il suffit de comparer son \u00e9ventail \u00e0 ceux d\u2019Ardisson, Giesbert, Field ou Durand pour s\u2019apercevoir que non seulement Vol de nuit ne court pas apr\u00e8s les gens qui ont la faveur g\u00e9n\u00e9rale, mais que l\u2019\u00e9mission n\u2019a pas de pr\u00e9f\u00e9rence pour les \u00e9diteurs qui organisent une telle unanimit\u00e9. En tout cas elle garde une certaine pudeur dans la souplesse.<br \/>\nOn ne peut pas en dire autant de ses concurrentes, qui agissent en propagandistes au point d\u2019ignorer la moiti\u00e9 des parutions : soit qu\u2019elles d\u00e9daignent les auteurs populaires comme Christian Signol, soit qu\u2019elles consultent leur liste noire \u00e0 chaque rentr\u00e9e litt\u00e9raire. On se souvient du cas d\u2019Olivier Barrot, qui, \u00e0 raison d\u2019un livre par jour, a r\u00e9ussi \u00e0 contourner certains auteurs qui publiaient deux livres par an depuis dix ans, ce qui d\u00e9fie toutes les lois de probabilit\u00e9.<br \/>\nQuand on regarde la t\u00e9l\u00e9vision litt\u00e9raire \u00e0 la loupe, il est facile de montrer que, faute de savoir s\u2019\u00e9carter de la pens\u00e9e obligatoire, l\u2019instrument est impuissant \u00e0 rendre compte de ce qui se passe en profondeur.<br \/>\nPatrick Poivre d\u2019Arvor n\u2019est pas assez t\u00e9m\u00e9raire pour organiser une sp\u00e9ciale sur Maurice G. Dantec ou pour commenter les derniers blogs \u00e0 la mode, mais au moins il ne lit pas la presse avant de savoir de qui il faut parler. Il n\u2019invite pas les ministres \u00e0 damer le pion aux \u00e9crivains pour flatter les uns tout en humiliant les autres. Il ne coupe pas les trois quarts des interventions, quitte \u00e0 ne pas \u00eatre \u201craccord\u201d, comme on dit dans le m\u00e9tier, ce qui se produit tr\u00e8s souvent chez ses homologues.<br \/>\nNous avons pu m\u00eame assister en sa compagnie, sur un plateau de France 2, au \u201csucrage\u201d de dix minutes d\u2019\u00e9mission au montage parce que l\u2019invit\u00e9e (Marie de Hennezel) avait \u00e9t\u00e9 mise en difficult\u00e9. Il a retenu ce genre de le\u00e7on depuis longtemps. Il n\u2019envoie pas une poign\u00e9e de jeunes loups mordre ses invit\u00e9s pour leur crier \u201ccouch\u00e9 !\u201dquand les choses vont trop loin. Chez lui, les choses ne vont jamais trop loin. Il sait se tenir. Il sait tenir les siens. Du coup, il arrive qu\u2019on entende sur Vol de nuit des choses originales et intelligentes, alors que les autres \u00e9missions patinent souvent dans le suivisme rive gauche, au m\u00e9pris de la litt\u00e9rature.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3576 paru le 10 Juin 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Papillonnages<br \/>\nLa Croix r\u00e9v\u00e9lait, dans un amusant article consacr\u00e9 au t\u00e9l\u00e9thon politique des soirs d\u2019\u00e9lections, que certains personnages publics n\u2019avaient m\u00eame pas le temps de se d\u00e9maquiller entre deux plateaux, et qu\u2019ils r\u00e9pondaient \u00e0 deux interviews dans la voiture qui les menait d\u2019une cha\u00eene \u00e0 l\u2019autre.<br \/>\nSi le journal avait recueilli les diverses indiscr\u00e9tions et les commentaires qui courent sur Internet apr\u00e8s chaque \u00e9v\u00e9nement, l\u2019auteur de l\u2019article aurait \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par le sentiment de d\u00e9dain qui se d\u00e9gage des r\u00e9actions sur les forums. Nous ne parlons pas des r\u00e9sultats eux-m\u00eames, mais de ces deux heures o\u00f9 chacun joue des coudes devant la cam\u00e9ra pour les commenter. Les journalistes poussent la pignouferie jusqu\u2019\u00e0 couper quelqu\u2019un au milieu d\u2019une phrase pour donner la parole \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019autre qui n\u2019a rien de mieux \u00e0 dire, mais qui est en direct au si\u00e8ge d\u2019un parti.<br \/>\nQuand on voit l\u2019\u00e9mission sur \u00e9cran, on n\u2019a aucune id\u00e9e de la solitude qui s\u2019empare alors de l\u2019invit\u00e9 de plateau, contraint d\u2019attendre ind\u00e9finiment que des gens plus int\u00e9ressants que lui s\u2019expriment dans un vacarme de fin de banquet ponctu\u00e9 par des phrases du genre : \u201cVoil\u00e0, Jean-Michel, ce que l\u2019on pouvait dire \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 nous parlons.\u201d Ajoutez \u00e0 cela un personnel plus pr\u00e9occup\u00e9 de ses fiches que d\u2019\u00e9couter l\u2019invit\u00e9, et vous aurez l\u2019explication des m\u00e9contentements qui se sont manifest\u00e9s \u00e7\u00e0 et l\u00e0. Quelques politiques ont plant\u00e9 leurs h\u00f4tes en se jurant qu\u2019on ne les y prendrait plus. Cette course \u00e0 l\u2019ubiquit\u00e9 est r\u00e9v\u00e9latrice de nos usages courants : ce dont nous disposons est moins int\u00e9ressant que ce qui nous est promis. La crainte de rater quelque chose nous conduit \u00e0 n\u00e9gliger ce que nous avons sous la main. On s\u2019\u00e9tonnera, apr\u00e8s cela, que l\u2019opinion papillonne et s\u2019envole au moindre souffle.<\/p>\n<p>R\u00e9activit\u00e9<br \/>\nCe n\u00e9ologisme d\u00e9signe \u00e0 la fois ce qui pr\u00e9c\u00e8de, et la fr\u00e9n\u00e9sie de commentaires qui saisit l\u2019internaute quelques minutes apr\u00e8s un \u00e9v\u00e9nement. La t\u00e9l\u00e9vision est l\u2019un des creusets d\u2019actualit\u00e9 les plus comment\u00e9s sur Internet, parce que les gens ont le loisir de livrer leurs r\u00e9actions avant d\u2019aller se coucher. La r\u00e9activit\u00e9 de ce nouveau m\u00e9dia est d\u2019ailleurs telle que les \u00e9missions elles-m\u00eames font semblant de le r\u00e9cup\u00e9rer. Tout le monde a vu d\u00e9filer des phrases expurg\u00e9es au bas de l\u2019\u00e9cran, mais il est plus instructif de les lire sur les sites des grandes cha\u00eenes avant l\u2019intervention de la censure. Rien, sur Internet, n\u2019\u00e9chappe plus \u00e0 la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du t\u00e9l\u00e9spectateur lambda.<\/p>\n<p>Politique et num\u00e9rique<br \/>\nCeux qui n\u2019auraient pas vu le sourire fig\u00e9 de Dominique Strauss-Kahn sur la couverture de son DVD de campagne (en vente chez tous les marchands de journaux) ont vraiment manqu\u00e9 quelque chose. Quant au proc\u00e9d\u00e9, nous sommes visiblement \u00e0 la veille d\u2019un d\u00e9ferlement de clips politiques. On peut parier que les professionnels de l\u2019image vont bient\u00f4t inonder les kiosques de ces travaux de circonstance.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3577 paru le 17 Juin 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Le saviez-vous ?<br \/>\n\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 d\u2019autres, sous pr\u00e9texte de d\u00e9noncer les \u201carnaques\u201d, propagent une m\u00e9fiance syst\u00e9matique envers la nature humaine, Jean-Luc Delarue travaille \u00e0 r\u00e9tablir la confiance en nous montrant des gens qui \u201cr\u00e9alisent un travail formidable sur le terrain\u201d.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait le cas des pompiers de Camargue, h\u00e9ros d\u2019un docu-fiction sur le r\u00e9chauffement du climat aussi divertissant qu\u2019un film de la Pr\u00e9vention routi\u00e8re projet\u00e9 en salle polyvalente. L\u2019accumulation des catastrophes qui s\u2019abattaient sur les h\u00e9ros de ce t\u00e9l\u00e9film liminaire donnait envie de rire. Apr\u00e8s avoir vu leur villa dispara\u00eetre sous les flots, apr\u00e8s avoir affront\u00e9 le risque de la malaria, de la dengue et de la leptospirose, les membres de la famille assistaient au d\u00e9ferlement du virus du Nil, \u00e0 l\u2019apparition des allergies respiratoires et j\u2019en passe, le tout en multipliant les gros mots parce que dans la t\u00e9l\u00e9vision moderne on croit que la cl\u00e9 du naturel se trouve dans l\u2019ordure. Suivait un plateau de sommit\u00e9s que dominait l\u2019auguste Pr Montagnier (dont les cures de papaye ont visiblement stimul\u00e9 les pigments capillaires), face \u00e0 un Delarue tr\u00e8s p\u00e9remptoire. Rappelons que la part du r\u00e9chauffement imputable \u00e0 l\u2019activit\u00e9 industrielle est encore tr\u00e8s mal \u00e9valu\u00e9e, mais le probl\u00e8me n\u2019est pas l\u00e0. Il est plut\u00f4t dans l\u2019assurance dont les sp\u00e9cialistes font preuve en nous d\u00e9crivant le pire.<br \/>\nLe principe qui r\u00e9git leur raisonnement est celui du \u201ctoutes choses \u00e9gales par ailleurs\u201d. Or dans la nature, rien n\u2019est jamais \u00e9gal par ailleurs. On pourrait \u00e9voquer dix sc\u00e9narios pour la fin du si\u00e8cle, mais un seul a \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9 : comme nous r\u00e9chauffons le climat, nous allons conna\u00eetre les sept plaies d\u2019\u00c9gypte.<br \/>\nPuisqu\u2019il est question d\u2019impr\u00e9voyance, voici donc de quoi r\u00e9veiller l\u2019imagination de ceux que l\u2019\u00e9mission aura berc\u00e9s d\u2019une inqui\u00e9tude altermondialiste, c\u2019est-\u00e0-dire politiquement correcte. Saviez-vous que la faille g\u00e9ologique qui s\u2019est r\u00e9veill\u00e9e lors du tsunami se situe au large du volcan indon\u00e9sien Toba ? Que le Toba a expuls\u00e9 dans l\u2019atmosph\u00e8re terrestre, il y a 75 000 ans, assez de poussi\u00e8re pour diminuer la temp\u00e9rature moyenne de 3 \u00e0 5 \u00b0C ? S\u2019il est vrai que le Toba est arriv\u00e9 en fin de cycle et qu\u2019une telle \u00e9ruption nous guette, la th\u00e8se du r\u00e9chauffement en prend un coup.<br \/>\nSaviez-vous enfin que la caldeira de Yellowstone, autre monstre inqui\u00e9tant dont la chambre magmatique a hiss\u00e9 le fond du lac volcanique de 30 m\u00e8tres en une dizaine d\u2019ann\u00e9es, aurait d\u00e9j\u00e0 30 000 ans de retard sur son cycle naturel, et qu\u2019une seule de ses \u00e9ruptions est capable de modifier le climat du globe jusqu\u2019\u00e0 la glaciation ? L\u2019\u00e9mission de Delarue, \u00e0 force d\u2019impasses sur l\u2019immensit\u00e9 du possible, est \u00e0 classer d\u00e8s aujourd\u2019hui dans le b\u00eatisier de l\u2019\u00e9cologie.<\/p>\n<p>Avant d\u2019oublier<br \/>\nRelev\u00e9 ce qui suit sur Europe 1 : \u00ab L\u2019andrologie, c\u2019est la gyn\u00e9cologie de l\u2019homme. \u00bb Cette phrase ne r\u00e9sume-t-elle pas l\u2019un des aspects les plus d\u00e9risoires de notre \u00e9volution sociale ?<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3578 paru le 24 Juin 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Nomenclature et polochons<br \/>\nEurope 1 organisait r\u00e9cemment un d\u00e9bat entre quatre sp\u00e9cialistes, dans cette tranche horaire de fin de journ\u00e9e qui semble calcul\u00e9e pour les embouteillages. Th\u00e8me du jour : \u201cLe divorce entre les \u00e9lites du pays et la base est-il consomm\u00e9 apr\u00e8s le r\u00e9f\u00e9rendum ?\u201d<br \/>\nL\u2019influence de la question europ\u00e9enne para\u00eet moins d\u00e9terminante que l\u2019accumulation de facteurs plus sournois. Ainsi quand nous apprenons sur France 2 que la Biennale internationale d\u2019art contemporain de Venise vient d\u2019ouvrir ses portes, et que nous tombons sur un reportage o\u00f9 la seule participante fran\u00e7aise, Annette Messager, nous pr\u00e9sente une installation de polochons cens\u00e9e \u201crevisiter l\u2019histoire de Pinocchio\u201d.<br \/>\nRevisitons. Suivons l\u2019\u00e9quipe de France 2 dans ses d\u00e9couvertes artistiques afin de communier, un instant, avec les \u00e9mois de la nomenclature. Nous comprendrons peut-\u00eatre mieux pourquoi le peuple ne supporte plus ses \u00e9lites. Dans une grotte tapiss\u00e9e de traversins ray\u00e9s, un r\u00e9seau de cordes tra\u00eene au sol un polochon qui semble d\u00e9tach\u00e9 du d\u00e9cor, et sur lequel est ficel\u00e9 un morceau de bois. En voix off, l\u2019artiste nous explique obligeamment que l\u00e0, nous voyons Pinocchio s\u2019avancer vers sa fin in\u00e9luctable et que c\u2019est toute la force du mythe, etc.<br \/>\nIl faut savoir qu\u2019Annette Messager n\u2019est pas n\u2019importe qui. En t\u00e9moignent le s\u00e9rieux de ses explications, les budgets que ses plaisanteries parviennent \u00e0 mobiliser, et surtout le lion d\u2019or qu\u2019elle a remport\u00e9 \u00e0 l\u2019issue de la manifestation. Mais ce qu\u2019il faut savoir aussi, c\u2019est que France 2, pour flatter les 4 % de t\u00e9l\u00e9spectateurs qui partagent ses ravissements moli\u00e9resques, a d\u00e9plu \u00e0 tous les autres. Pendant le journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 ce soir-l\u00e0, le Fran\u00e7ais de base aura confondu, dans un m\u00e9pris haineux, les gens qui prom\u00e8nent des polochons sur un carrelage, ceux qui votent des r\u00e8glements \u00e0 Bruxelles, et ceux qui d\u00eenent en ville en parlant d\u2019am\u00e9nagement du territoire. Dans l\u2019industrie, on parlerait de contre-productivit\u00e9.<br \/>\nAu moins, dans ce cas, n\u2019est-elle pas criminelle. Dans l\u2019affaire du sang contamin\u00e9, sur laquelle est revenu, quelques jours plus tard, le Droit de savoir, elle l\u2019est bel et bien. Quand on pense \u00e0 la tartuferie des commentateurs \u00e0 propos de la canicule, on est stup\u00e9fait de d\u00e9nombrer les l\u00e2chet\u00e9s qui ont conduit le parquet au non-lieu, dans une situation o\u00f9 la mort a \u00e9t\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment inflig\u00e9e.\u201cOui, mais les responsables ne savaient pas nomm\u00e9ment \u00e0 qui\u201d, diront les juges. Ah oui, c\u2019est vrai, \u00e7a change tout.<br \/>\nCette \u00e9mission \u00e9tait cruelle pour l\u2019image du pouvoir. Des parents ont film\u00e9 l\u2019agonie de leurs enfants h\u00e9mophiles afin de nous faire honte, et ils y sont parvenus. Laurent Fabius, premier ministre, nous expliquait qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas au courant. Il n\u2019y a pas de quoi \u00eatre fier, surtout si c\u2019est vrai. Quant \u00e0 la neutralit\u00e9 du reportage, elle reste \u00e0 d\u00e9montrer, car si Fabius garde l\u2019ambition de s\u2019illustrer en politique, l\u2019\u00e9mission nous rappelait qu\u2019\u00e0 maints \u00e9gards, il l\u2019a d\u00e9j\u00e0 fait.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3579 paru le 1 Juillet 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Grand prix de l\u2019horreur<br \/>\nM6 a protest\u00e9 aupr\u00e8s du CSA apr\u00e8s la suppression de la diffusion par TF1 du Grand Prix d\u2019Indianapolis. L\u2019organisme de contr\u00f4le aurait \u00e9t\u00e9 saisi d\u2019une plainte contre cette d\u00e9programmation sauvage et nous apprenons \u00e0 cette occasion que les changements de derni\u00e8re minute sont soumis \u00e0 des r\u00e8gles. Non seulement ils doivent \u00eatre justifi\u00e9s par un cas de force majeure (assez douteux en l\u2019esp\u00e8ce), mais il est pr\u00e9vu une concertation pr\u00e9alable avec les cha\u00eenes concurrentes et le CSA lui-m\u00eame.<br \/>\nPourquoi aborder ici ce probl\u00e8me de proc\u00e9dure ? Parce que le plus grave des manquements qu\u2019a commis TF1 ce soir-l\u00e0 d\u00e9passe largement le cadre r\u00e9glementaire. Il ne sera jamais discut\u00e9 au CSA. Et pourtant lorsqu\u2019un public sans m\u00e9fiance, form\u00e9 pour une large part d\u2019enfants et d\u2019adolescents r\u00e9unis un dimanche soir devant un Grand Prix automobile, se voit infliger une s\u00e9rie de remplacement comme les Experts, la faute est plus s\u00e9rieuse qu\u2019une simple ind\u00e9licatesse envers la concurrence.<br \/>\nIl para\u00eet que la s\u00e9rie les Experts fait un carton. Raison de plus pour faire un carton sur elle. De quoi s\u2019agit-il ? Grossi\u00e8rement, il s\u2019agit, apr\u00e8s un meurtre, de faire parler la viande. Pourquoi cette s\u00e9rie marche-t-elle si bien ? Parce qu\u2019elle joue sur le cynisme du monde m\u00e9dico-l\u00e9gal et la cruaut\u00e9 des images.<br \/>\nLe roman policier \u00e0 l\u2019anglo-saxonne avait d\u00e9j\u00e0 tendance \u00e0 n\u00e9gliger l\u2019homme. La traque aux serial killers pr\u00e9sentait depuis longtemps la particularit\u00e9 de n\u2019accorder aucune importance \u00e0 la victime (laquelle n\u2019est plus le sujet d\u2019une trag\u00e9die, mais le pr\u00e9texte \u00e0 nous d\u00e9crire le profil du tueur et les m\u00e9thodes de l\u2019enqu\u00eate). D\u00e9sormais, avec les Experts et les s\u00e9ries comparables, nous franchissons un pas de plus dans l\u2019horreur antihumaniste : la victime pr\u00e9sente de larges blessures, des mutilations plus ou moins grouillantes (que nous voyons en gros plan), et le cin\u00e9aste nous inflige, au sein d\u2019une \u00e9quipe qui aligne des plaisanteries de machine \u00e0 caf\u00e9, une vision de l\u2019homme que n\u2019e\u00fbt pas d\u00e9savou\u00e9e le Dr Mengele.<br \/>\nCeux qui diffusent une telle ignominie \u00e0 21 heures travaillent \u00e0 la n\u00e9gation de ce qui fut pendant des si\u00e8cles l\u2019objet m\u00eame de la civilisation : faire pousser des fleurs sur le compost de la violence. L\u00e0, c\u2019est le contraire, c\u2019est le fumier qui pousse. Son odeur envahit la soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re. Les enfants des banlieues se racontent les d\u00e9pe\u00e7ages de la veille dans la cour de l\u2019\u00e9cole et le CSA n\u2019y voit aucun inconv\u00e9nient.<br \/>\n\u00c0 22 h 30, sur quoi encha\u00eenait TF 1 ? Sur un autre film qui commen\u00e7ait par un interminable meurtre. Une jeune femme re\u00e7oit un coup de couteau. Elle s\u2019effondre, se rel\u00e8ve, s\u2019enfuit, tombe \u00e0 genoux, nouveau coup de couteau, on lit l\u2019horreur dans ses yeux, elle hoquette, rampe, se retourne, l\u2019assassin la d\u00e9nude et l\u2019\u00e9ventre.<br \/>\nUn jour ou l\u2019autre, le d\u00e9bat sur la l\u00e9gitimit\u00e9 de tout cela soul\u00e8vera les foules. Les participants \u00e0 la marche blanche contre les marchands de barbarie se compteront par millions.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3580 paru le 8 Juillet 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Piti\u00e9 pour la piti\u00e9<br \/>\nTout commence il y a un mois environ sur l\u2019un de ces plateaux o\u00f9 la France de Ruquier inflige ses \u00e9tats d\u2019\u00e2me, ses pr\u00e9f\u00e9rences culturelles et ses \u201ccoups de c\u0153ur\u201d \u00e0 l\u2019autre France, pour qui la bonne humeur agressive des nantis devient chaque jour une offense plus grave.<br \/>\nParmi les invit\u00e9s qui commentaient la fermeture de la Samaritaine ce jour-l\u00e0, Charlotte de Turckheim. Il \u00e9tait question de la cr\u00e9ation du magasin parisien, du tandem Cognacq-Jay, et du prix que les glorieux fondateurs de la Samar avaient imagin\u00e9 r\u00e9compenser une famille \u201cpauvre et m\u00e9ritante\u201d. \u00c0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de ces mots, Charlotte de Turckheim a bondi de mani\u00e8re d\u00e9monstrative : \u00ab Quelle horreur, pauvre ce n\u2019est d\u00e9j\u00e0 pas dr\u00f4le, mais m\u00e9ritante en plus ! \u00bb, etc.<br \/>\nIl faut savoir que Charlotte de Turckheim s\u2019efforce depuis des ann\u00e9es de faire oublier ses origines aristocratiques en nous infligeant la chronique des ridicules de la haute bourgeoisie et en multipliant les gros mots pour nous donner des gages de sa bonne volont\u00e9. En d\u2019autres termes et pour imiter son langage, elle fayote \u00e0 mort. Elle est plus antiroyaliste que les r\u00e9publicains, lesquels ne lui en savent pourtant aucun gr\u00e9, puisque tout le monde persiste \u00e0 l\u2019appeler baronne. Ce fameux jour, son premier trait d\u2019humour \u00e9tant tomb\u00e9 \u00e0 plat, elle a attendu le passage d\u2019une publicit\u00e9 pour y revenir artificiellement, montrant par l\u00e0 qu\u2019elle accordait \u00e0 cette question la plus grande importance ; en quoi, avec la permission du lecteur, nous allons l\u2019imiter.<br \/>\nMme de Turckheim ne supporte pas la pauvret\u00e9 m\u00e9ritante. Elle juge insultante la piti\u00e9 institutionnelle et d\u2019ailleurs la piti\u00e9 tout court. En bonne conformiste du milieu bobo dont elle est l\u2019une des plus consternantes \u00e9g\u00e9ries, elle nous laisse entendre que la piti\u00e9 est un vecteur d\u2019oppression sociale. En d\u2019autres termes, que les gens qui consentent \u00e0 faire piti\u00e9 n\u2019ont aucun sens de leur dignit\u00e9. Par l\u00e0 elle \u00e9vacue la notion de charit\u00e9, suspecte d\u2019appartenir \u00e0 la morale de grand-papa. Il est permis de poser une question corollaire : \u00e0 force de juger la piti\u00e9 ind\u00e9cente, qui peut continuer \u00e0 l\u2019\u00e9prouver ? Quand on pr\u00e9tend qu\u2019il faut donner aux gens les moyens de se prendre en main, que fait-on de ceux qui ont besoin d\u2019\u00eatre pris en main ? On les ignore. On les m\u00e9prise. Et pour finir on les laisse p\u00e9rir. Au nom de quoi ? D\u2019une mauvaise conscience de classe, d\u2019un r\u00e9flexe d\u2019enfant g\u00e2t\u00e9 qui pr\u00e9f\u00e8re la solidarit\u00e9 \u00e0 la charit\u00e9, uniquement pour ne pas \u00eatre trait\u00e9 de \u201cbourge\u201d au festival d\u2019Avignon. C\u2019est donc, avant tout, de l\u2019amour-propre de Mme de Turckheim qu\u2019il est question.<br \/>\nEn vertu de cette philosophie, les trois quarts des n\u00e9cessiteux du tsunami n\u2019ont encore rien touch\u00e9 des 400 millions d\u2019euros qu\u2019ont vers\u00e9s les Fran\u00e7ais. Le Droit de savoir nous montrait le cas d\u2019une antenne locale du Secours populaire incapable, apr\u00e8s huit mois, de percevoir 5 000 euros de sa maison m\u00e8re, laquelle les garde plac\u00e9s en sicav mon\u00e9taires au nom de la dignit\u00e9 des pauvres.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3588 paru le 2 Septembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Tissu social d\u00e9chir\u00e9<br \/>\nLa t\u00e9l\u00e9vision exerce une influence si d\u00e9terminante qu\u2019elle est devenue le royaume de la \u201cmod\u00e9ration\u201d selon la loi Evin. Et pourtant, deux programmes de l\u2019\u00e9t\u00e9 ont pi\u00e9tin\u00e9 les r\u00e8gles de la prudence en mati\u00e8re de prophylaxie sociale : Koh Lanta et Mon incroyable fianc\u00e9.<br \/>\nDans le premier, nous avons assist\u00e9 stup\u00e9faits \u00e0 un psychodrame \u00e0 la fran\u00e7aise sous les cocotiers des Cara\u00efbes : parmi les participants figuraient un gendarme au comportement placide et carr\u00e9 et une jeune banlieusarde d\u2019origine africaine nomm\u00e9e Coumba dont l\u2019agressivit\u00e9 a fait reculer la tol\u00e9rance dans des proportions sans rapport avec l\u2019int\u00e9r\u00eat du jeu.<br \/>\n\u00c0 quoi sert-il en effet de multiplier les plateaux bavards sur le th\u00e8me de l\u2019int\u00e9gration si c\u2019est pour laisser une analphab\u00e8te aggraver les pr\u00e9jug\u00e9s communautaires dans un programme de t\u00e9l\u00e9vision, et crier \u00ab Toi, tu sais pas c\u2019est quoi le respect ! \u00bb (sic) \u00e0 un candidat dont le seul crime est d\u2019\u00eatre gendarme ? La t\u00e2che du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9gration passe par ce genre d\u2019analyse. Quant au r\u00f4le d\u2019une grande cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision, est-il d\u2019accentuer les d\u00e9chirures du tissu social ?<br \/>\nMon incroyable fianc\u00e9 (sous licence am\u00e9ricaine) a pour but avou\u00e9 de nous faire partager le d\u00e9go\u00fbt d\u2019une famille enti\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9gard du pseudo-fianc\u00e9 de l\u2019une des filles, laquelle est cens\u00e9e tromper ses parents contre 100 000 euros.<br \/>\nL\u00e0 encore, on se demande ce qui anime la cha\u00eene, en dehors d\u2019un cynisme de bas \u00e9tage. Depuis le temps qu\u2019on nous pr\u00e9sente des \u00e9missions sur les ob\u00e8ses, on croyait que les pr\u00e9jug\u00e9s \u00e0 leur encontre \u00e9taient hors-la-loi. Eh bien, pas du tout ! On nous d\u00e9signe explicitement comme r\u00e9pugnant un pauvre gar\u00e7on qui a vingt kilos de trop et dont l\u2019aspect physique n\u2019est m\u00eame pas monstrueux.<br \/>\nOn rencontre partout dans notre soci\u00e9t\u00e9 de ces braves gens replets qui lui ressemblent. Leur vie va devenir un peu plus difficile pendant les cinq semaines de diffusion. Leurs coll\u00e8gues de bureau vont les traiter d\u2019incroyables fianc\u00e9s. Ils auront le c\u0153ur gros en rentrant le soir. Mais qu\u2019importe, puisqu\u2019il para\u00eet que \u201c\u00e7a cartonne\u201d.<\/p>\n<p>Une bonne claque<br \/>\nDes rediffusions nous ont permis de retrouver la Super Nanny de M 6, notamment face \u00e0 un certain Dan (4 ans) qui mena\u00e7ait sa m\u00e8re et ses s\u0153urs, sans doute pour illustrer \u00e0 quel point il d\u00e9plorait d\u2019\u00eatre n\u00e9 dans une famille \u00e0 genoux. Pendant toute l\u2019intervention de la nounou, on mesurait qu\u2019il planait sur la situation un interdit absolu : la bonne claque. Toute la France avait envie de l\u2019appliquer \u00e0 ce gosse odieux. Mais ni la nanny, ni les s\u0153urs, ni la m\u00e8re n\u2019osaient la lui donner. Et pourtant, lui, il avait le droit de frapper son entourage. Il n\u2019existait dans son foyer qu\u2019une brutalit\u00e9 l\u00e9gitime : la sienne. Quand on projette la situation, on comprend mieux pourquoi la violence se r\u00e9pand chez les adolescents et l\u2019on se doute que quelque Super Nanny se pr\u00e9sentera un jour aux \u00e9lections pour rassurer la France qui n\u2019ose pas dire non.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3589 paru le 9 Septembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Cyclone en haut d\u00e9bit<br \/>\nAfin d\u2019illustrer qu\u2019\u00e0 l\u2019heure du haut d\u00e9bit, une chronique de t\u00e9l\u00e9vision se doit de pratiquer l\u2019ubiquit\u00e9 culturelle, j\u2019ai test\u00e9 la couverture du cyclone Katrina par les t\u00e9l\u00e9visions de Louisiane et du Mississippi. Le jour o\u00f9 le maire de La Nouvelle-Orl\u00e9ans a ordonn\u00e9 d\u2019\u00e9vacuer la ville, il suffisait de taper les mots cl\u00e9s \u201ctraffic-cams\u201d et \u201cLouisiana\u201d pour suivre l\u2019exode \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de Baton Rouge et le long du lac Pontchartrain. Ensuite, et \u00e0 mesure que la force du vent s\u2019accentuait, les cam\u00e9ras urbaines du centre-ville ont t\u00e9moign\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 la nuit tomb\u00e9e, de l\u2019arriv\u00e9e du monstre climatique. Sur www.nola.com, on voyait passer de rares v\u00e9hicules sur Bourbon Street tandis que le ciel noircissait \u00e0 l\u2019horizon.<br \/>\nUne station de t\u00e9l\u00e9vision locale affili\u00e9e au r\u00e9seau ABC diffusait ses programmes en direct sur www.wlox.com. Pour un Fran\u00e7ais abonn\u00e9 au haut d\u00e9bit, l\u2019image (plein \u00e9cran) \u00e9tait aussi fluide que celle d\u2019un poste hertzien. Des milliers de curieux ont pu assister, de leur bureau ou de leur appartement, \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e du cyclone le matin du 29 ao\u00fbt, jusqu\u2019\u00e0 la destruction du si\u00e8ge de la t\u00e9l\u00e9vision \u00e9mettrice. Comme l\u2019indique son nom (WLOX), la cha\u00eene en question \u00e9tait celle de la cit\u00e9 martyre de Biloxi, o\u00f9 le nombre de morts a d\u00e9pass\u00e9 toutes les craintes.<br \/>\nDans le studio ce jour-l\u00e0, les marathoniens du commentaire, et notamment le chroniqueur m\u00e9t\u00e9o, ont \u00e9t\u00e9 gagn\u00e9s par la panique sous nos yeux, malgr\u00e9 leur sourire sto\u00efque et leur cravate de marque. Non seulement la ville de Biloxi n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9e, mais elle n\u2019\u00e9tait pas cens\u00e9e recevoir la tourmente de plein fouet. Quand le c\u0153ur du cyclone s\u2019est d\u00e9plac\u00e9 vers elle, les journalistes ont compris qu\u2019un d\u00e9sastre leur \u00e9tait promis. Nous avons donc eu le sentiment d\u2019assister \u00e0 quelque chose de comparable au 11 septembre, mais vu du 90e \u00e9tage du World Trade Center. La cam\u00e9ra situ\u00e9e sur le toit de l\u2019immeuble a d\u2019abord film\u00e9 des bureaux \u00e9ventr\u00e9s, l\u2019incendie d\u2019un transformateur, les voitures noy\u00e9es sur le parking. Les commentateurs, sous le coup de l\u2019effroi, nous ont ensuite pr\u00e9venus que l\u2019\u00e9mission pouvait s\u2019interrompre \u00e0 tout instant, non sans envoyer des publicit\u00e9s pour occuper l\u2019antenne. Le sommet du surr\u00e9alisme fut atteint quand le clip publicitaire d\u2019un concessionnaire nous a annonc\u00e9 pour le jeudi suivant \u00ab la plus grande liquidation de voitures d\u2019occasion qu\u2019ait jamais connue l\u2019\u00c9tat du Mississippi \u00bb.<br \/>\nAux derni\u00e8res nouvelles, la liquidation du concessionnaire lui-m\u00eame para\u00eet probable.<br \/>\nIronie \u00e0 part, l\u2019une des le\u00e7ons de tout cela est que, dans la France d\u2019aujourd\u2019hui, l\u2019ampleur des moyens disponibles pour contempler le malheur des autres est devenue stup\u00e9fiante. Nous l\u2019avons vu lors du raz de mar\u00e9e asiatique. La le\u00e7on corollaire est que, si le moral des Fran\u00e7ais a baiss\u00e9 de moiti\u00e9 selon un sondage Ifop depuis l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, c\u2019est moins \u00e0 cause des \u00e9v\u00e9nements eux-m\u00eames qu\u2019\u00e0 cause de la place qu\u2019ils ont conquise dans notre quotidien.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3395 paru le 21 D\u00e9cembre 2001<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>M\u00e9lange des genres<br \/>\nL\u2019animateur Laurent Ruquier s\u2019est nagu\u00e8re pay\u00e9 la t\u00eate du malheureux Andr\u00e9 Santini, d\u00e9put\u00e9-maire d\u2019Issy-les-Moulineaux, au motif qu\u2019\u00ab un homme politique (je cite \u00e0 peu pr\u00e8s) doit rester \u00e0 sa place, et ne pas se commettre sur les plateaux o\u00f9 l\u2019on fait de l\u2019humour \u00bb. Et il concluait : \u00ab Je n\u2019aime pas le m\u00e9lange des genres. \u00bb Ruquier, qui n\u2019a pas un cheveu sur la langue, mais deux, tant elle est fourchue, a trait\u00e9 ce soir-l\u00e0 son invit\u00e9 avec ranc\u0153ur. Andr\u00e9 Santini, habitu\u00e9 \u00e0 \u00eatre bien accueilli, n\u2019en est sans doute toujours pas revenu.<br \/>\nVoil\u00e0 qui prend un relief nouveau apr\u00e8s la visite de Laurent Fabius sur le plateau du m\u00eame Ruquier, dont les pr\u00e9ventions semblent avoir disparu d\u2019un seul coup (probablement d\u2019un seul coup de t\u00e9l\u00e9phone). Le ministre est venu nous donner une le\u00e7on d\u2019euro, entour\u00e9 des chroniqueurs de l\u2019\u00e9mission. Il s\u2019est fait tutoyer par une grand-m\u00e8re en socquettes, taper sur le ventre par un type affubl\u00e9 d\u2019un bonnet rouge, haranguer par un humoriste originaire de sa circonscription qui a d\u00e9barqu\u00e9 sur le plateau d\u00e9guis\u00e9 en loubard, l\u2019a appel\u00e9 \u201cmon pote\u201d et lui a dit : \u00ab Alors, tu t\u2019occupes du pognon ? \u00bb Jusque-l\u00e0, rien que de normal. J\u2019entends, normal pour l\u2019\u00e9poque. Quant \u00e0 savoir ce qu\u2019en penseront nos arri\u00e8re-petits-enfants, leur regard sera d\u2019autant plus s\u00e9v\u00e8re qu\u2019ils sauront o\u00f9 cela nous a men\u00e9s. Mais ce n\u2019est pas le sujet. Du moins, pas avant que nous ne le sachions nous-m\u00eames.<br \/>\nLa compromission de la classe politique fran\u00e7aise avec le monde du divertissement fait d\u00e9sormais l\u2019objet de th\u00e8ses universitaires. Andr\u00e9 Santini est justement le seul qui s\u2019en tire avec dignit\u00e9. On a pu faire la comparaison quand Lionel Jospin a entonn\u00e9 le Temps des cerises chez Patrick S\u00e9bastien, quand les Lang ont particip\u00e9 \u00e0 Tournez man\u00e8ge, quand L\u00e9otard est venu faire le crooner sous les projecteurs, etc.<br \/>\nLa v\u00e9ritable anomalie n\u2019est donc pas le fait qu\u2019un ministre des Finances en exercice consente \u00e0 donner dans le genre \u201ctirelipimpon\u201d, elle tient plut\u00f4t \u00e0 la personnalit\u00e9 de Laurent Fabius. Je ne le voyais pas dans ce r\u00f4le-l\u00e0. D\u00e9j\u00e0, quand j\u2019\u00e9tais son \u00e9l\u00e8ve \u00e0 Sciences Po, je ne me suis jamais avis\u00e9 de ses talents de comique. Et le jour o\u00f9 il a rabrou\u00e9 Jacques Chirac lors d\u2019un d\u00e9bat, en lui rappelant qu\u2019il avait l\u2019honneur de parler \u201cau premier ministre de la France\u201d, l\u2019humble fantaisie du personnage ne m\u2019\u00e9tait pas apparue non plus.<br \/>\nA moins qu\u2019il n\u2019ait choisi de forcer ici sa nature par n\u00e9cessit\u00e9. En ce cas nous avons le droit d\u2019\u00eatre inquiets. Son num\u00e9ro chez Ruquier \u00e9tait politiquement si p\u00e9rilleux qu\u2019il s\u2019explique peut-\u00eatre par l\u2019urgence de sauver la popularit\u00e9 du passage \u00e0 l\u2019euro.<br \/>\nL\u2019inqui\u00e9tude vient de cette pr\u00e9caution h\u00e2tive. Il est vrai que dans l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un cafouillage apr\u00e8s le 1er janvier 2002, l\u2019op\u00e9ration s\u2019annonce plus risqu\u00e9e pour sa future carri\u00e8re qu\u2019une prestation rat\u00e9e sous les cam\u00e9ras.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3590 paru le 16 Septembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Un bon relationnel<br \/>\n\u00ab V\u00e9ro, elle a instaur\u00e9 un relationnel avec Cl\u00e9mence qui est bon. \u00bb Cette phrase ahurissante, tir\u00e9e de la bande-son de Koh-Lanta, est un exemple de ce qu\u2019on a pu entendre, toutes les semaines, chez les naufrag\u00e9s de TF1. Mais dans l\u2019\u00e9quipe, le plus f\u00e9roce ennemi de la langue fran\u00e7aise \u00e9tait encore le pr\u00e9sentateur.<br \/>\n\u00ab Je vous pr\u00e9viens je serai-z-intransigeant avec vous (\u2026)V\u00e9ronique, l\u2019aventure se termine, ils en ont d\u00e9cid\u00e9-r-ainsi (\u2026) Rappelons-le, Mohamed, c\u2019\u00e9tait un monde qui \u00e9tait totalement \u00e9tranger de ce que vous connaissiez. \u00bb (Le jeune Mohamed, \u00e0 qui il s\u2019adressait en ces termes, n\u2019a pas pu s\u2019emp\u00eacher de le corriger).<br \/>\nLe reste, le jeu de piste o\u00f9 les jaunes et les rouges font des patouilles sur la plage pour d\u00e9crocher un repas au Sofitel, la robinsonnade au milieu de trois tonnes de mat\u00e9riel hi-fi et de capteurs CCD, \u00e9tait un r\u00e9v\u00e9lateur des dysfonctionnements du corps social fran\u00e7ais. La production, alert\u00e9e par les commentaires de la presse, a d\u2019ailleurs chapitr\u00e9 Coumba, la jeune Noire, afin qu\u2019elle corrige le tir pendant la finale \u00e0 Paris. \u00ab Pour prouver que J\u00e9r\u00f4me est mon ami, a-t-elle dit, je lui fais la bise. \u00bb<br \/>\nJ\u00e9r\u00f4me, vous savez bien, le gendarme. Elle l\u2019avait trait\u00e9 durant trois semaines avec un d\u00e9dain de principe, en affichant devant Mohamed une solidarit\u00e9 banlieusarde d\u2019un genre poisseux contre les \u201ckeufs\u201d, qu\u2019on ne peut pas \u201ckiffer\u201d, qui manquent de respect, etc. Au moins la France est-elle d\u00e9sormais convaincue que les pr\u00e9jug\u00e9s n\u2019ont pas de couleur de peau.<\/p>\n<p>Sainte transparence<br \/>\nLe fondateur du groupe de production Endemol vient de signer un contrat avec une femme enceinte pour inclure son accouchement dans une \u00e9mission. La m\u00e8re, interrog\u00e9e, s\u2019est dite persuad\u00e9e que son enfant serait fier d\u2019\u00eatre film\u00e9.<br \/>\nElle ferait mieux d\u2019y r\u00e9fl\u00e9chir car rien n\u2019est moins s\u00fbr. Les parents qui prennent ce risque dans le cadre familial suscitent la r\u00e9probation de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de la pubert\u00e9. On pourrait d\u00e9j\u00e0 cr\u00e9er une association pour rassembler les victimes de l\u2019impudeur de leurs proches.<br \/>\nAu train o\u00f9 vont les choses, une cha\u00eene va nous sortir bient\u00f4t un nouveau concept consistant \u00e0 filmer l\u2019agonie de quelqu\u2019un avec le seul accord de ses enfants. O\u00f9 serait la diff\u00e9rence ? Dans les deux cas, il s\u2019agit d\u2019un viol, et de l\u2019irruption du public dans le priv\u00e9, au nom de la sainte transparence.<\/p>\n<p>Sacr\u00e9e tol\u00e9rance<br \/>\nLaurent Ruquier recevait, l\u2019autre soir, les organisateurs des jeux olympiques gays. La candidature de Paris au montage de cette nouvelle usine \u00e0 gaz \u00e9v\u00e9nementielle ressemblait \u00e0 un canular. Mais le s\u00e9rieux de ses auteurs \u00e9tait attest\u00e9 par leur profession de foi : \u00ab \u00e7a participe compl\u00e8tement au lien social \u00bb, nous ont-ils dit. Je suppose qu\u2019il fallait comprendre que cette manifestation se veut un facteur de tol\u00e9rance mais il est permis d\u2019y voir exactement le contraire. Vous imaginez les \u00e9preuves \u00e0 Saint-Denis, au milieu de jeunes supporters qui se traitent de \u201cfiottes\u201d toute la journ\u00e9e ?<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3591 paru le 23 Septembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>D\u00e8s que le vent soufflera<br \/>\nOn h\u00e9site \u00e0 regarder comme intentionnelle la vilaine faute de fran\u00e7ais que nous inflige chaque jour 9 Telecom dans sa derni\u00e8re publicit\u00e9. Elle est tellement grossi\u00e8re qu\u2019on se demande vaguement s\u2019il n\u2019y a pas l\u00e0 quelque provocation, mais il est possible aussi qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une inadvertance. Dans les deux cas, un tel manquement \u00e0 la r\u00e8gle signifie que dans un monde peupl\u00e9 d\u2019ignorants, passer pour un ignorant n\u2019a plus la moindre importance.<br \/>\nPour ceux \u00e0 qui ce petit film aurait \u00e9chapp\u00e9, rappelons qu\u2019on y voit un chevalier en armure d\u00e9barquer dans le salon d\u2019un jeune couple et s\u2019\u00e9crier : \u00ab Moi, Hippolyte de Montoseille, j\u2019ordonne que vous pay\u00e2tes (sic) une gabelle atteignant moult pi\u00e9cettes. \u00bb Nous n\u2019aurons pas l\u2019outrecuidance de rappeler aux auteurs de cette plaisanterie poussive la forme idoine du subjonctif. En revanche, nous aurons bel et bien la cruaut\u00e9 de souligner l\u2019indigence de ce nom propre, qui essaie de se donner une connotation \u201cretour de croisade\u201d mais qui para\u00eet sorti d\u2019un album de Pif le Chien. De m\u00eame, le mot \u201cgabelle\u201d d\u00e9signe un imp\u00f4t sur le sel et non le paiement d\u2019un service.<br \/>\nTout l\u00e0-dedans semble trahir la m\u00e9diocrit\u00e9 de ses concepteurs. Malgr\u00e9 tout, quand on y r\u00e9fl\u00e9chit, on se dit qu\u2019il est impossible que les \u201ccr\u00e9atifs\u201d d\u2019une grande agence parisienne, soient issus du ruisseau linguistique \u00e0 ce point-l\u00e0. Quelle serait donc l\u2019explication ? Ces r\u00e9dacteurs en publicit\u00e9, \u00e9lev\u00e9s dans un milieu lettr\u00e9, form\u00e9s sur les bancs de l\u2019universit\u00e9, ont-ils fait expr\u00e8s de s\u2019abaisser au niveau de langage o\u00f9 ils croient rencontrer leur cible ? Et s\u2019ils le croient, peut-on leur donner tort ? N\u2019est-ce pas leur m\u00e9tier ? Il ne faut peut-\u00eatre voir l\u00e0 aucune maladresse de leur part, mais un comble d\u2019habilet\u00e9 qui consiste \u00e0 flatter le peuple dans son ignorance pour lui vendre un abonnement haut d\u00e9bit en lui faisant croire qu\u2019il est dans le coup.<br \/>\nIl y a quinze ans, Renaud chantait une parodie qui donnait \u00e0 peu pr\u00e8s : \u00ab D\u00e8s que le vent soufflera je repartira, d\u00e8s que les vents tourneront nous nous en allerons. \u00bb Depuis cette \u00e9poque, le pourcentage de nos contemporains capables de r\u00e9tablir la forme correcte de ces deux verbes a d\u00fb baisser de moiti\u00e9. Le langage publicitaire est-il en train d\u2019en prendre acte ? On peut se poser la question.<\/p>\n<p>Autisme<br \/>\nUn reportage diffus\u00e9 par le 13 Heures de TF1 illustrait \u00e0 quel point le journalisme t\u00e9l\u00e9visuel tourne parfois \u00e0 l\u2019autisme. Une jeune femme nous explique que certains m\u00e9dicaments viennent d\u2019\u00eatre \u201cd\u00e9rembours\u00e9s\u201d. Suit l\u2019interview d\u2019un m\u00e9decin. Des tentatives comparables, dit-il, ont eu lieu en Allemagne, mais sans r\u00e9sultat, les m\u00e9decins ayant prescrit des m\u00e9dicaments voisins qui, eux, \u00e9taient rembours\u00e9s. L\u00e0-dessus, la journaliste n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 conclure comme si son interlocuteur n\u2019avait strictement rien dit : \u00ab En attendant, ces \u00e9conomies ne sont pas n\u00e9gligeables, puisque la S\u00e9curit\u00e9 sociale va s\u2019\u00e9pargner chaque ann\u00e9e une d\u00e9pense de 430 millions d\u2019euros. \u00bb<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3592 paru le 30 Septembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Ratissages<br \/>\nEn regardant Taxi 3 l\u2019autre soir, d\u2019une oreille distraite c\u2019est-\u00e0-dire sans cesser de lire le journal, j\u2019ai song\u00e9 que cette s\u00e9rie avait un peu chang\u00e9 de nature depuis ses d\u00e9buts. La seule chose qui pr\u00e9sentait quelque int\u00e9r\u00eat dans le premier num\u00e9ro \u00e9tait le c\u00f4t\u00e9 Rabbi Jacob du sc\u00e9nario. \u00c0 la fin du film de G\u00e9rard Oury, juifs et Arabes se r\u00e9conciliaient dans la cour des Invalides. La R\u00e9publique, int\u00e9gratrice et maternelle, veillait sur le destin de ses \u201ccomposantes\u201d. De m\u00eame, dans Taxi 1, le chauffeur marseillais \u201cissu de l\u2019immigration\u201d faisait \u00e9quipe avec la police, courtisait la fille d\u2019un g\u00e9n\u00e9ral et se retrouvait dans la cour de l\u2019\u00c9lys\u00e9e.<br \/>\nDepuis dix ans le chemin parcouru est prodigieux, mais \u00e0 l\u2019envers. D\u2019abord le film est explicitement parrain\u00e9 par Sylvester Stallone, qui est l\u00e0 pour authentifier sa touche am\u00e9ricaine. Ensuite il n\u2019est plus question des institutions fran\u00e7aises. Les Chinois ont pris la place des Japonais, mais la tendance \u00e0 d\u00e9finir ethniquement les m\u00e9chants s\u2019est accentu\u00e9e. Enfin et surtout, le mythe du rod\u00e9o automobile en zone urbaine est devenu si d\u00e9lirant qu\u2019il invite \u00e0 une r\u00e9flexion sur l\u2019influence exerc\u00e9e par ce genre de films sur la paix sociale.<br \/>\nQui n\u2019a d\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9 des traces de pneus suspectes, le matin, \u00e0 certains carrefours, aux sorties des zones industrielles et sur les \u00e9changeurs ? Qui n\u2019a entendu les soupapes hurler \u00e0 2 heures du matin \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie des villes ? Qui ne s\u2019est d\u00e9j\u00e0 fait doubler, en rentrant d\u2019un d\u00eener, par trois voitures en train de faire la course sur une voie rapide, au son d\u2019une st\u00e9r\u00e9o satur\u00e9e ?<br \/>\nLes vrais observateurs ont pris depuis longtemps la mesure de nos hypocrisies obligatoires. Par exemple, on pr\u00e9tend vous emp\u00eacher de t\u00e9l\u00e9phoner au volant, f\u00fbt-ce avec une oreillette, mais nombre de jeunes conducteurs s\u2019envoient impun\u00e9ment 100 d\u00e9cibels de rap dans le cockpit en regardant les patrouilles de gendarmes d\u2019un air goguenard.<br \/>\nOn pr\u00e9tend d\u00e9plorer la violence routi\u00e8re. Or, dans Taxi, elle est omnipr\u00e9sente. La plupart des adolescents s\u2019\u00e9changent des jeux vid\u00e9o comme GTA San Andreas ou Need for Speed, qui propagent le contraire des prescriptions officielles et v\u00e9hiculent un fascisme de proximit\u00e9 bas\u00e9 sur le culte de la force et le m\u00e9pris des faibles.<br \/>\nDepuis dix ans, les gens de bon sens attirent l\u2019attention sur le message social v\u00e9hicul\u00e9 par ce genre de divertissements implacables. Il \u00e9tait in\u00e9vitable qu\u2019une poign\u00e9e d\u2019intellectuels finissent par braver le politiquement correct et s\u2019en \u00e9meuvent. Finkielkraut vient de rejoindre la r\u00e9sistance sur le plateau d\u2019Edwy Plenel (LCI) et de rappeler une \u00e9vidence : la licence ne saurait aller jusqu\u2019au crime sans rencontrer d\u2019obstacle.<\/p>\n<p>Une citation<br \/>\n\u00ab Dans ma jeunesse, on croyait que les religions c\u2019\u00e9tait d\u00e9pass\u00e9 \u00bb (Alain Souchon).<br \/>\nQui \u00e7a, \u201con\u201d ? Nombre d\u2019entre nous ont v\u00e9cu leur jeunesse \u00e0 l\u2019abri de cette pr\u00e9tendue unanimit\u00e9 dans le doute et ne s\u2019en portent pas plus mal.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3593 paru le 7 Octobre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Tabac tabou<br \/>\nJe n\u2019ai pas tr\u00e8s bien compris si Marc Cohen, qui d\u00e9fendait l\u2019autre jour, sur Europe 1 son recueil de textes Je fume, pourquoi pas vous ? (Pauvert), est m\u00e9decin ou non, mais une chose est certaine, c\u2019est qu\u2019il est courageux. Il nous a rappel\u00e9, avec une indignation ricanante, la campagne t\u00e9l\u00e9visuelle r\u00e9cente o\u00f9 l\u2019on voit des enfants prendre le pouvoir contre les adultes en criant : \u00ab Le tabac, c\u2019est tabou, on en viendra tous \u00e0 bout ! \u00bb<br \/>\nIl suffit de lire sur Internet les r\u00e9actions que suscite ce petit film pour s\u2019apercevoir que Marc Cohen n\u2019est pas le seul \u00e0 y d\u00e9celer une anomalie. L\u2019impudence du bon droit chez les enfants commence \u00e0 sentir le roussi.<br \/>\nQuand on cherche \u00e0 mobiliser la jeunesse contre les mauvaises habitudes de ses a\u00een\u00e9s, on croit faire de la prophylaxie, mais on emprunte un chemin balis\u00e9 par le Diable. Quand on r\u00e9alise une s\u00e9rie comme l\u2019insupportable campagne didactique diffus\u00e9e par les cha\u00eenes publiques cet \u00e9t\u00e9, o\u00f9 l\u2019on voyait des enfants r\u00e9\u00e9duquer leurs parents en faveur de l\u2019\u00e9cologie domestique, on ne se doute pas qu\u2019on est entr\u00e9 en zone rouge. Et pourtant c\u2019est le cas. En 1937, les enfants russes contr\u00f4laient les tendances bourgeoises de leur p\u00e8re dans les m\u00eames conditions. Quand on voit au journal de 13 heures un reportage sur une \u00e9cole mod\u00e8le o\u00f9 les \u00e9l\u00e8ves apprennent le fran\u00e7ais de mani\u00e8re atypique, ce qui leur permet, nous dit-on, d\u2019en remontrer \u00e0 leurs parents le soir, on est stup\u00e9fait d\u2019entendre une m\u00e8re expliquer avec satisfaction que sa fille lui fait chercher la solution de ses exercices, et l\u2019oblige \u00e0 se \u201cremettre en question\u201d.<br \/>\nOn aimerait qu\u2019une fois, une seule fois, quelqu\u2019un se dresse contre nos institutions et nos associations pour rappeler que dans une soci\u00e9t\u00e9 saine les enfants ne r\u00e9\u00e9duquent pas leurs parents. On aimerait que quelqu\u2019un ose dire sur un plateau que la vertu, quand elle est impos\u00e9e par les pr\u00e9-adolescents avec l\u2019approbation explicite et d\u00e9magogue du pouvoir politique, n\u2019a jamais men\u00e9 qu\u2019\u00e0 un seul r\u00e9gime : la tyrannie.<\/p>\n<p>Courage discret<br \/>\nCharles Villeneuve et son Droit de savoir se penchaient r\u00e9cemment sur les actions du Raid. On accuse souvent les cha\u00eenes de rouler pour l\u2019un ou l\u2019autre, mais l\u2019\u00e9mission, quand elle a \u00e9voqu\u00e9 la prise d\u2019otages de Neuilly-sur-Seine, n\u2019a pas cit\u00e9 le nom de Nicolas Sarkozy. Les images le montraient : il \u00e9tait pourtant au c\u0153ur de la n\u00e9gociation.<br \/>\nL\u2019honn\u00eatet\u00e9 oblige donc \u00e0 rappeler, comme l\u2019a fait une autre \u00e9mission d\u2019actualit\u00e9 il y a plusieurs mois, que le maire de Neuilly est entr\u00e9 dans la classe, o\u00f9 il a parlement\u00e9 avec un homme arm\u00e9 pour lui arracher finalement un jeune otage en n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 lui tourner le dos au moment de sortir de la salle. J\u2019ignore quel est le destin politique de Nicolas Sarkory. Mais c\u2019est incontestablement durant cette \u00e9preuve, du 13 au 15 mai 1993, qu\u2019il s\u2019est forg\u00e9 aux yeux du public une stature d\u2019homme d\u2019\u00c9tat.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3594 paru le 14 Octobre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Chantage institutionnel<br \/>\n\u00c0 propos de l\u2019ouverture des n\u00e9gociations avec la Turquie, les cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision et les stations de radio ont fait preuve d\u2019un z\u00e8le impressionnant dans la propagande.<br \/>\nOn a pu entendre un recteur d\u2019acad\u00e9mie, un Turc, nous dire en r\u00e9sum\u00e9 : \u201cDonnez de l\u2019argent et du travail \u00e0 nos jeunes, sans quoi ils vont se f\u00e2cher contre vous.\u201d Nos instances nous disaient \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame chose en nous rappelant que la menace int\u00e9griste \u00e9tait \u00e0 nos portes, et qu\u2019il ne fallait pas m\u00e9contenter des voisins si nombreux et susceptibles.<br \/>\nUne journaliste n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 demander \u00e0 une jeune \u00e9tudiante : \u00ab Quelle opinion vous faites-vous de la France et de son comportement des derniers mois \u00e0 l\u2019\u00e9gard de votre pays ? \u00bb L\u2019emploi du mot \u201ccomportement\u201d est significatif. Il veut dire que la partie qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre jug\u00e9e n\u2019est point celle qui r\u00e9clame, mais celle qui r\u00e9siste.<br \/>\nTout cela est inqui\u00e9tant : d\u2019abord, l\u2019insistance m\u00e9diatique en faveur de la politique de la porte ouverte sent un peu le coup mont\u00e9. Ensuite, toute r\u00e9sistance au chantage \u00e0 l\u2019int\u00e9grisme est d\u00e9sormais per\u00e7ue comme un repli identitaire. Enfin, l\u2019ignorance historique dont t\u00e9moignent nombre de commentaires effraie. La palme revient \u00e0 un pr\u00e9tendu sp\u00e9cialiste qui nous a dit sur Europe 1 : \u00ab La France et la Turquie avaient historiquement de bons rapports et puis soudain, depuis trente ans, on ne sait pas pourquoi, les choses se sont d\u00e9grad\u00e9es. \u00bb<br \/>\nEvidemment, on sait tr\u00e8s bien pourquoi. L\u2019histoire remonte \u00e0 Fran\u00e7ois Ier qui, prisonnier de Charles Quint, a signifi\u00e9 son accord \u00e0 Soliman pour la prise de Budapest afin d\u2019affaiblir le camp allemand. Depuis trente ans nos rapports avec l\u2019Allemagne se sont fortement am\u00e9lior\u00e9s, et la tradition proturque s\u2019est perdue parce que la solidarit\u00e9 europ\u00e9enne est meilleure.<br \/>\nNotre distance avec la Turquie semble donc proportionnelle \u00e0 nos dissensions continentales. Quand les Europ\u00e9ens s\u2019unissent, Istanbul s\u2019\u00e9loigne, quand ils se querellent, elle s\u2019invite. Est-ce de tr\u00e8s bon augure ?<\/p>\n<p>Frime et ch\u00e2timent<br \/>\nLe m\u2019as-tu-vu de la semaine \u00e9tait un jeune homme de 24 ans qui se pr\u00e9tendait producteur \u00e0 Cannes et que nous pr\u00e9sentait le magazine Strip-Tease. On aura rarement vu un tel condens\u00e9 de vanit\u00e9 ! Flanqu\u00e9 d\u2019une attach\u00e9e de production ramass\u00e9e dans un tabac de Meurthe-et-Moselle, il d\u00e9barquait au volant d\u2019une voiture de location dans les soir\u00e9es sur invitation pour vendre un sc\u00e9nario qui r\u00e9clamait le concours de 13 000 figurants au Venezuela !<br \/>\nCe reportage, qui aurait pu \u00eatre tendre si le personnage avait consenti \u00e0 ne croire \u00e0 ses fadaises qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9, nous brossait le portrait d\u2019un mythomane en pleine bouff\u00e9e d\u00e9lirante. Les singeries auxquelles il se livrait pour avoir l\u2019air d\u2019un gagnant sur la Croisette nous emplissaient de piti\u00e9. Elles \u00e9taient surtout accablantes pour le monde auquel il voulait appartenir et qui \u00e9tait incapable de le repousser avec la fermet\u00e9 n\u00e9cessaire.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3595 paru le 21 Octobre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>G\u00e9n\u00e9ration Narcisse<br \/>\nL\u2019autre soir devant la Star Ac\u2019, un vieil ami dont la petite fille est \u00e2g\u00e9e de 17 ans me parlait de l\u2019escroquerie qui consiste \u00e0 pr\u00e9tendre que Johnny Hallyday ou Serge Lama gardent une popularit\u00e9 parmi les adolescents.<br \/>\nL\u2019an pass\u00e9, Michel Sardou parrainait la fameuse acad\u00e9mie et le malentendu sautait aux yeux : la g\u00e9n\u00e9ration du baby-boom n\u2019en finit plus de se regarder dans le miroir. Le public sexag\u00e9naire s\u2019attendrit sur sa propre jeunesse, obligeant enfants et petits-enfants \u00e0 communier dans le culte du rock d\u2019apr\u00e8s-guerre et de la Harley Davidson. Mais les adolescents n\u2019en pensent pas moins que de Brialy \u00e0 Ardisson, ce monde-l\u00e0 est truff\u00e9 de raseurs nostalgiques.<br \/>\nD\u2019ailleurs, paradoxalement, ce qui t\u00e9moigne de l\u2019indiff\u00e9rence des pr\u00e9pub\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9gard des vieilles gloires de la sc\u00e8ne fran\u00e7aise, c\u2019est que les disques de Sardou, Mich\u00e8le Torr ou Aznavour se vendent bien. Ils sont peu pirat\u00e9s sur Internet, la proportion de t\u00e9l\u00e9chargeurs compulsifs \u00e9tant assez faible entre 50 et 70 ans.<\/p>\n<p>Malaise sur la \u201cMarseillaise\u201d<br \/>\nIl n\u2019y a gu\u00e8re que Pierre B\u00e9nichou qui ose ricaner ouvertement de l\u2019intouchable Zidane dans l\u2019\u00e9mission de Ruquier, en singeant son \u00e9ternel \u201cIls nous ont mis la pression\u201d. Le reste des commentateurs est saisi d\u2019un respect stalinien devant cet embl\u00e8me d\u2019int\u00e9gration qui ne chante pas la Marseillaise. Quand on regarde un match de football, il faut \u00eatre vraiment myope pour ne pas mesurer le malaise qui s\u2019installe. La cam\u00e9ra l\u2019illustre de mani\u00e8re impitoyable : pendant que l\u2019entra\u00eeneur et le gardien de but s\u2019\u00e9poumonent, la plupart des autres serrent les l\u00e8vres de mani\u00e8re explicite. La g\u00e9n\u00e9ration d\u2019enfants \u00e0 qui le gouvernement a choisi d\u2019apprendre de nouveau la Marseillaise dans les \u00e9coles va s\u2019inspirer du rejet de l\u2019\u00e9quipe de France au lieu d\u2019\u00e9couter l\u2019institutrice, c\u2019est couru d\u2019avance. La situation est d\u2019autant plus caricaturale qu\u2019un canular vient de nous rappeler une \u00e9vidence : la fermet\u00e9 en la mati\u00e8re aurait pu payer depuis longtemps. En se faisant passer pour le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, en r\u00e9clamant un geste en faveur de la Nation, un imitateur vient d\u2019obtenir un ch\u0153ur patriotique unanime.<br \/>\nEt puisqu\u2019il est question de mauvaises influences, comment ne pas d\u00e9plorer que Zidane crache avant le match sur la moquette verte des vestiaires, devant dix millions de t\u00e9l\u00e9spectateurs ? L\u2019entretien des couloirs dans les coll\u00e8ges \u201cdifficiles\u201d va s\u2019en ressentir. Mais le gouvernement pr\u00e9f\u00e9rera lancer une campagne nationale en faveur du civisme, plut\u00f4t que d\u2019en rappeler les r\u00e8gles \u00e0 qui les ignore.<\/p>\n<p>Dans le texte<br \/>\nEntendu sur France 2, d\u2019une jeune g\u00e9n\u00e9raliste parisienne, ce t\u00e9moignage que j\u2019ai consign\u00e9 d\u2019une plume f\u00e9brile : \u00ab Il y a des gens mal mutualis\u00e9s pour lequel je suis oblig\u00e9e de faire tr\u00e8s attention \u00e0 comment j\u2019oriente les examens. \u00bb On dirait du Martine Aubry.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3596 paru le 28 Octobre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Cosm\u00e9tique de la pens\u00e9e<br \/>\nIl existe \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision un ph\u00e9nom\u00e8ne que l\u2019on remarque de moins en moins mais qui s\u2019installe de plus en plus, c\u2019est la d\u00e9mocratie du micro-trottoir. Quand on veut demander aux gens leur avis, que fait-on ? On leur tend le micro.<br \/>\nCe n\u2019est pas un proc\u00e9d\u00e9 nouveau : les vieux pr\u00e9sentateurs, qu\u2019on appelait encore des speakers, le faisaient d\u00e9j\u00e0 en 1965. Ils pr\u00e9c\u00e9daient une \u00e9quipe technique tr\u00e8s lourde avec une bonnette \u00e0 fil, ils tiraient le passant qu\u2019ils interrogeaient vers un projecteur, ils lui orientaient le visage vers la cam\u00e9ra, c\u2019est \u00e0 peine s\u2019ils ne redressaient pas sa cravate au milieu de la prise. Et pourtant, g\u00e9n\u00e9ralement, on entendait l\u2019interrog\u00e9 prof\u00e9rer une vraie opinion, avec ses h\u00e9sitations et ses incongruit\u00e9s. Non seulement elle n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9natur\u00e9e au montage mais elle avait le droit de rester la seule.<br \/>\nCe qui a chang\u00e9, ce ne sont pas seulement les moyens techniques, mais la cosm\u00e9tique de la pens\u00e9e. Aujourd\u2019hui une opinion n\u2019a pas le droit de rester la seule, il faut absolument trouver quelqu\u2019un qui ne la partage pas, ce qui oblige \u00e0 des acrobaties douteuses. Imaginez que la question (comme souvent d\u2019ailleurs) cherche \u00e0 enfoncer une porte ouverte. Il ne faut pas que la porte c\u00e8de trop vite. Il faut d\u2019abord jouer \u00e0 la d\u00e9mocratie. Un exemple : \u201cCette statue en c\u00e9ramique jaune d\u2019or, qui orne le rond-point d\u2019entr\u00e9e de ce village du XVIe si\u00e8cle, est-elle \u00e0 sa place dans un d\u00e9cor class\u00e9 ?\u201d Pour r\u00e9pondre, on choisit deux personnes qui trouvent la sculpture immonde et qui fournissent des arguments de bon sens. Mais il faut absolument trouver une troisi\u00e8me personne qui d\u00e9clare que \u00e7a ne la choque pas du tout. Peu importe que cette personne repr\u00e9sente un centi\u00e8me de l\u2019opinion, la voil\u00e0 promue, par la t\u00e9l\u00e9vision, \u00e0 un tiers.<br \/>\nVous appliquez le principe qui pr\u00e9c\u00e8de \u00e0 n\u2019importe quoi, le co\u00fbt de la vie, la candidature de Jack Lang ou la popularit\u00e9 du pape, et vous obtenez des affirmations qui, annul\u00e9es en permanence par leur contraire, ne refl\u00e8tent jamais l\u2019\u00e9tat r\u00e9el de l\u2019opinion. Jamais vous n\u2019arrivez \u00e0 d\u00e9gager une impression d\u2019unanimit\u00e9, ou tout au moins de majorit\u00e9 \u00e9crasante. On a l\u2019impression que le journalisme t\u00e9l\u00e9 est toujours l\u00e0 pour mod\u00e9rer le sentiment des Fran\u00e7ais sur tel ou tel sujet au lieu d\u2019en rendre compte. Il se creuse sans cesse pour avoir l\u2019air d\u2019un contre-pouvoir devant les r\u00e9actions de la rue. Quand une indignation se manifeste, il la livre au doute avant qu\u2019elle ne s\u2019affirme.<br \/>\n\u00c0 force, les gens qui la partagent s\u2019en rendent compte. Ils enragent de sentir partout l\u2019empreinte du mod\u00e9rateur, comme on dit sur les forums d\u2019Internet. Ils se plaignent en priv\u00e9 qu\u2019aucun enthousiasme, aucune r\u00e9probation ne sortent intacts de ce laminoir. Quand on temp\u00e8re ainsi la majorit\u00e9 par l\u2019exception au point de donner, \u00e0 l\u2019un et l\u2019autre, par exemple \u00e0 Dominique de Villepin et \u00e0 No\u00ebl Mam\u00e8re, le m\u00eame temps de parole, on agace s\u00e9rieusement la majorit\u00e9, ce qui n\u2019est jamais tr\u00e8s prudent.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3597 paru le 4 Novembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Principe de pr\u00e9caution<br \/>\nGrippe aviaire, r\u00e9cidivistes, violeurs en s\u00e9rie, les campagnes dites de sensibilisation sont toujours justifi\u00e9es par un fond de v\u00e9rit\u00e9. Mais \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, le fond tapisse les murs. La v\u00e9rit\u00e9 est multipli\u00e9e par dix. Or, quand on multiplie la v\u00e9rit\u00e9, elle devient un mensonge.<br \/>\nDans une \u00e9mission qui pr\u00e9tend combattre les arnaques et prendre la d\u00e9fense des consommateurs abus\u00e9s par un agent immobilier ou un assureur, on nous montre certes des gens \u00e9trangl\u00e9s par le syst\u00e8me, ha\u00efs par leurs voisins, harcel\u00e9s par leur employeur. Mais ce qu\u2019on ne nous montre pas, c\u2019est combien, d\u00e8s le lendemain, nous changeons de regard sur notre employeur, notre voisin ou sur notre assureur. Quitte \u00e0 devenir injustes nous-m\u00eames \u00e0 leur \u00e9gard.<br \/>\n\u00c0 la t\u00e9l\u00e9vision, il suffit de quelques minutes pour que l\u2019exception ait valeur d\u2019exemple \u2013 \u00e0 charge. Apr\u00e8s une \u00e9mission sur la criminalit\u00e9, les escrocs, les fili\u00e8res d\u2019immigration clandestine, le principe de pr\u00e9caution exerce une v\u00e9ritable tyrannie sur les esprits.<br \/>\nIl y a un an, en pleine vague terroriste, on interrogeait des grands-m\u00e8res dans un village du Cantal, r\u00e9gion o\u00f9 la menace islamiste, convenons-en, est assez mod\u00e9r\u00e9e. Eh bien les grands-m\u00e8res du Cantal \u00e9taient d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 tout faire pour \u00e9chapper aux terroristes. Elles se promettaient de raser les murs entre l\u2019\u00e9glise et la sup\u00e9rette.<\/p>\n<p>Couverture d\u00e9mocratique<br \/>\nOn parlait l\u2019autre jour des multir\u00e9cidivistes sur Public S\u00e9nat (une cha\u00eene qui gagne \u00e0 \u00eatre regard\u00e9e, comme le souligne son directeur, et je ne dis pas cela uniquement parce qu\u2019il me l\u2019a recommand\u00e9). Le plateau de d\u00e9bat s\u2019appelle Bouge la France, hommage involontaire au slogan de campagne de Fran\u00e7ois Bayrou, qui ajoutait \u00e0 la tendance jeune-sympa le tutoiement super-cool, ce qui donnait \u201cBouge ta France\u201d (d\u00e9fense de pouffer).<br \/>\n\u00c0 part ce l\u00e9ger d\u00e9tail, l\u2019\u00e9mission est tr\u00e8s regardable et la cha\u00eene aussi. Les parlementaires et les autres (qu\u2019on serait presque tent\u00e9 d\u2019appeler les la\u00efques de la politique) ne sont ni interrompus ni malmen\u00e9s par un personnel m\u00e9diatique narcissique et grossier. Les pr\u00e9sentateurs ne gardent pas une oreille en r\u00e9gie et un \u0153il sur l\u2019Audimat. Leurs invit\u00e9s n\u2019en sont que plus d\u00e9tendus.<br \/>\nRappelons que la conduite du personnel t\u00e9l\u00e9visuel exerce une influence consid\u00e9rable sur le comportement de l\u2019invit\u00e9. Ceux qui ont r\u00e9pondu \u00e0 un pr\u00e9sentateur qui regarde ses fiches, ou qui v\u00e9rifie son maquillage sur l\u2019\u00e9cran de contr\u00f4le, savent de quoi il est question. \u00c0 l\u2019inverse, quand l\u2019important est le contenu, \u00e7a finit par se voir. Et sur Public S\u00e9nat, \u00e7a se voit.<br \/>\nReste \u00e0 savoir qui regarde. Quand on n\u2019est pas abonn\u00e9 \u00e0 TPS, quand on n\u2019a pas la TNT, on fait partie des citoyens qui n\u2019ont qu\u2019\u00e0 se d\u00e9brouiller. Le probl\u00e8me est encore plus aigu pour France Info, une station de radio qui n\u2019atteint m\u00eame pas 90 % de couverture dans les villes de plus de 20 000 habitants, sans parler des campagnards et des montagnards, qui la financent sans la recevoir.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3598 paru le 10 Novembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Reverse engineering<br \/>\nApr\u00e8s un reportage montrant une douzaine de voitures retourn\u00e9es, au deuxi\u00e8me jour des incidents dans la banlieue nord, le pr\u00e9fet de Seine-Saint-Denis nous a divertis en d\u00e9clarant textuellement sur TF1 : \u00ab Je ne pense pas qu\u2019on puisse parler d\u2019\u00e9meutes, puisqu\u2019il n\u2019y a pas eu d\u2019affrontement entre les policiers et les jeunes. \u00bb<br \/>\nVoil\u00e0 qui est commode. En somme, pour ne pas avoir \u00e0 qualifier les faits, il suffisait que la police \u00e9vite le contact. Les jours suivants, comme on le sait, la m\u00e9thode s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e insuffisante et le contact fut difficile \u00e0 \u00e9viter. Mais la t\u00e9l\u00e9vision n\u2019est pas avare de ressources. Non seulement elle est capable de modifier la lecture de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, mais elle peut changer sa nature. Nous avons vu des habitantes de l\u2019une des cit\u00e9s en flammes s\u2019adresser aux jeunes pour les conjurer en direct d\u2019arr\u00eater de br\u00fbler des voitures. Au nom de quoi ? De l\u2019ordre public ? De la morale ? De la raison ? Pas le moins du monde. De la solidarit\u00e9 de classe. Je cite l\u2019une d\u2019elles : \u00ab \u00c7a n\u2019a aucun sens de br\u00fbler nos voitures, on n\u2019est pas des bourges, on travaille, nos voitures, on en a besoin. \u00bb<br \/>\nExplication de texte : les bourges, c\u2019est connu, n\u2019ont pas besoin de leurs voitures. Ils ne travaillent pas pour les acheter. C\u2019est pourquoi on peut les br\u00fbler impun\u00e9ment. Pratiqu\u00e9 dans les arrondissements chic, cet exercice peut m\u00eame signifier quelque chose.<br \/>\nQuand on entend prof\u00e9rer un jugement \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, il faut donc toujours en tirer la philosophie implicite, en remontant aux sources id\u00e9ologiques du discours. La m\u00e9thode du reverse engineering s\u2019applique tr\u00e8s bien \u00e0 la psychologie.<\/p>\n<p>Intimidation<br \/>\nDans ce contexte assez particulier on s\u2019interroge beaucoup, comme l\u2019autre soir sur Europe 1, sur les m\u00e9thodes \u00e0 adopter pour juguler la violence juv\u00e9nile. Des sp\u00e9cialistes d\u00e9filent sans arr\u00eat au micro, mais aucun d\u2019eux ne consent \u00e0 nous dire l\u2019essentiel : il s\u2019agit avant tout d\u2019une affaire d\u2019intimidation. Le pouvoir est d\u00e9sormais oblig\u00e9 de parler \u00e0 ces jeunes un langage qui lui r\u00e9pugne, celui du ca\u00efd. C\u2019est pourtant le seul qu\u2019ils veulent entendre. Et ils ont raison de l\u2019exiger puisqu\u2019il s\u2019agit de savoir qui fait la loi, au propre comme au figur\u00e9.<br \/>\nSi la question se r\u00e9sume \u00e0 cela, autant s\u2019inspirer tout de suite des m\u00e9thodes de Supernanny, par exemple. Il faut inviter le pouvoir politique \u00e0 m\u00e9diter l\u2019une des grandes le\u00e7ons de cette \u00e9mission : l\u2019intimidation des enfants est beaucoup plus facile avant l\u2019\u00e2ge de 10 ans qu\u2019apr\u00e8s la pubert\u00e9. Aussi conviendrait-il peut-\u00eatre d\u2019emp\u00eacher le personnel de l\u2019\u00c9ducation nationale de ruiner l\u2019image de l\u2019autorit\u00e9 d\u00e8s l\u2019\u00e9cole maternelle. Une politique efficace de la ville devrait donc commencer par le recrutement de ma\u00eetres d\u2019\u00e9cole capables de donner une \u00e2me, une morale, une discipline aux enfants avant que la rue ne s\u2019en charge. Mais qui, dans la France d\u2019aujourd\u2019hui, osera intimider les enfants de 5 ans contre le lobby des p\u00e9dagogues et celui des parents incapables ?<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3599 paru le 17 Novembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Trois ridicules<br \/>\nDans une certaine g\u00e9n\u00e9ration, la mienne, tout le monde est tomb\u00e9 au moins une fois sur un album de Druillet, g\u00e9n\u00e9ralement chez un ami \u00e9tudiant en m\u00e9decine, ou un \u00e9l\u00e8ve des \u00e9coles scientifiques, enfin quelqu\u2019un qui n\u2019avait pas toujours eu le temps de lire les M\u00e9moires de Saint-Simon. Pourquoi cette pr\u00e9cision qui h\u00e9site au bord du d\u00e9dain ? Parce qu\u2019il faut bien dire que le dessinateur Druillet, malgr\u00e9 un univers graphique \u00e9blouissant fortement inspir\u00e9 des murailles de Piran\u00e8se, n\u2019a jamais pass\u00e9 pour un sc\u00e9nariste de g\u00e9nie. C\u00f4t\u00e9 dialogues, c\u2019\u00e9tait encore pire, son h\u00e9ros couvert de cuir et de clous d\u00e9barquait dans le coin droit d\u2019un palais improbable \u00e9rig\u00e9 en spirale sur un ciel volcanique, une sorte de repr\u00e9sentation architecturale de l\u2019enfer de Dante \u00e9tal\u00e9e sur une double page et il criait un truc banal du genre : \u201cmince alors\u201d.<br \/>\nEh bien, dans les Rois maudits, nous avons vu le contraire. Les dialogues, la mal\u00e9diction, tout cela \u00e9tait hautain et solennel \u00e0 souhait, avec une pinc\u00e9e de vieux fran\u00e7ais, mais le d\u00e9cor de Druillet avait un c\u00f4t\u00e9 \u201cOp\u00e9ra de quat\u2019sous\u201d qui faisait un peu piti\u00e9.<br \/>\nOui, je sais, la presse a paru ravie de voir transformer la France de l\u2019\u00e9poque en \u201cunivers baroque\u201d, et il n\u2019y avait rien l\u00e0 de g\u00eanant, sauf que la production s\u2019est arr\u00eat\u00e9e en route. Si les personnages avaient \u00e9t\u00e9 grim\u00e9s eux-m\u00eames de fa\u00e7on baroque, si on avait confi\u00e9 les costumes \u00e0 Jean-Paul Gaultier comme dans le Cinqui\u00e8me \u00c9l\u00e9ment, c\u2019\u00e9tait coh\u00e9rent (Maurice Druon, qui d\u2019apr\u00e8s la rumeur n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s content, l\u2019aurait \u00e9t\u00e9 encore moins, mais il y a longtemps que l\u2019auteur, dans ce genre d\u2019op\u00e9rations, n\u2019a plus son mot \u00e0 dire).<br \/>\nLe premier ridicule r\u00e9sidait dans le m\u00e9lange entre les costumes \u00e0 tendance Malet-Isaac et le baroque du d\u00e9cor. Il fallait choisir. De m\u00eame, on n\u2019a gu\u00e8re vu de personnages \u00e9dent\u00e9s, scrofuleux, aux cheveux gras, et pour cause : le casting \u00e9tait beaucoup trop rive gauche. C\u2019est le deuxi\u00e8me ridicule. Par moments, on avait l\u2019impression d\u2019\u00eatre sur le plateau d\u2019Ardisson. Jeanne Moreau rayonnait, Brialy avec son bonnet en poil de chat ressemblait \u00e0 un Lapon d\u2019Avignon, Line Renaud \u00e9tait dix fois moins truculente que dans les films de Gabriel Aghion, en r\u00e9sum\u00e9 c\u2019\u00e9tait une boum costum\u00e9e \u00e0 l\u2019usage des people.<br \/>\nMais le plus ridicule de tout, c\u2019est le budget qui a \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9 sur fonds publics pour un machin pareil. En somme, pour la direction de Marc Tessier, non seulement le bouquet final a co\u00fbt\u00e9 cher mais toutes les fus\u00e9es ne sont pas parties. Heureusement qu\u2019avec le couvre-feu, l\u2019audience \u00e9tait au rendez-vous.<\/p>\n<p>Stage de parentalit\u00e9<br \/>\n\u00c0 ce propos, RMC, qui a couvert les \u00e9meutes de fa\u00e7on exemplaire (t\u00e9moignages d\u2019auditeurs, points de vue contradictoires), nous a rapport\u00e9 qu\u2019une certaine Farida M. , d\u00e9pass\u00e9e par ses cinq gar\u00e7ons, avait \u00e9t\u00e9 gard\u00e9e \u00e0 vue puis condamn\u00e9e \u00e0 suivre un stage de \u201cparentalit\u00e9\u201d. \u00c0 tous ceux qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s par une veuve de guerre, cette information doit para\u00eetre offensante.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3397 paru le 4 Janvier 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Catilinaires<br \/>\nQuand on voit l\u2019usage qu\u2019en fait la t\u00e9l\u00e9vision, on comprend que le monde politique fran\u00e7ais se m\u00e9fie de la d\u00e9mocratie directe.<br \/>\nTout a commenc\u00e9 il y a trente ou quarante ans, quand Pierre Tchernia venait pr\u00e9senter aux enfants des extraits de dessins anim\u00e9s le dimanche apr\u00e8s-midi. On votait pour Blanche-Neige. Le standard \u201csautait\u201d. C\u2019\u00e9tait la pr\u00e9histoire, l\u2019Atlantide, l\u2019Antiquit\u00e9 grecque du pl\u00e9biscite cathodique.<br \/>\nEnsuite les standards t\u00e9l\u00e9phoniques sont devenus des instituts de sondage. L\u2019apparition de la touche \u201c\u00e9toile\u201d a permis de raffiner les choix. Le public a pris l\u2019habitude de se regarder dans le poste, comme la m\u00e9chante reine de Perrault, pour \u00eatre flatt\u00e9 toujours davantage. D\u00e9sormais, on commande des sondages partout. On en suscite. Quand bien m\u00eame aucun th\u00e8me particulier ne serait abord\u00e9 sur les plateaux avec le secours de la Sofres, les chiffres d\u2019audience tombent le matin pour nous dire qui a \u201ccartonn\u00e9\u201d la veille.<br \/>\nIl n\u2019y a qu\u2019un seul ennui : nos contemporains sont consult\u00e9s de plus en plus souvent sur des sujets de moins en moins importants. Par exemple, on leur demande leur avis sur Loana mais pas sur les Balkans.<br \/>\nA bien y r\u00e9fl\u00e9chir, ce n\u2019est pas le seul ennui. Parce qu\u2019au bout d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration, ils d\u00e9plorent ce m\u00e9pris jusqu\u2019\u00e0 infliger aux politiciens des gifles du type \u201ccandidature de Coluche\u201d ou \u201cpl\u00e9biscite de Bernard Tapie\u201d.<br \/>\nLa derni\u00e8re s\u2019appelle Jean-Pascal. Elle nous vient de l\u2019affligeant Star Academy, dont les producteurs ont livr\u00e9 la plupart des cl\u00e9s au public. But du jeu : d\u00e9signer une vedette de la chanson au terme d\u2019un processus de s\u00e9lection mal ficel\u00e9, o\u00f9 le vote des t\u00e9l\u00e9spectateurs rev\u00eatait une importance d\u00e9mesur\u00e9e. Le crit\u00e8re dominant devait \u00eatre le talent. Les professeurs de l\u2019\u201cacad\u00e9mie\u201d \u00e9taient l\u00e0 pour le d\u00e9celer. Or l\u2019identification au h\u00e9ros a jou\u00e9 presque jusqu\u2019au bout en sens contraire.<br \/>\nLe sous-dou\u00e9 de la bande, un nomm\u00e9 Jean-Pascal, une sorte de Cantona qui aurait fait un stage chez Patrick S\u00e9bastien, a multipli\u00e9 les foucades et les faux d\u00e9parts. Il a fini par exciter chez le public un d\u00e9sir de revanche contre la m\u00e9canique \u00e9litiste. Son comportement de forte t\u00eate qui n\u2019a d\u2019autre g\u00e9nie que l\u2019appel au peuple a contraint la production \u00e0 changer les r\u00e8gles du jeu pour juguler une popularit\u00e9 \u00e0 la Catilina. Sa vulgarit\u00e9, sa mauvaise humeur, son vocabulaire de cinquante mots ne lui ont pas nui. Dans les derni\u00e8res semaines, le vote l\u2019a remis en selle \u00e0 chaque fois. Il a promis de s\u2019amender, d\u2019\u00eatre moins paresseux, et hop ! 60 % des t\u00e9l\u00e9spectateurs ont r\u00e9clam\u00e9 son retour par t\u00e9l\u00e9phone.<br \/>\nC\u2019est bien fait. Il ne fallait pas donner le micro \u00e0 un crooner de caf\u00e9-tabac qui d\u00e9clare : \u00ab Moi j\u2019aime pas la danse, c\u2019est un truc de p\u00e9d\u00e9s ! \u00bb Il ne fallait pas laisser vibrer la corde de la m\u00e9diocrit\u00e9 vengeresse. En revanche, il faudrait que le personnel politique se procure les cassettes de l\u2019\u00e9mission avant le mois d\u2019avril\u2026<\/p>\n<p>Christian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3600 paru le 25 Novembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Haricots pirates<br \/>\nArte se penchait r\u00e9cemment sur l\u2019affaire du haricot jaune du Mexique, qu\u2019un fermier am\u00e9ricain a fait breveter subrepticement aux \u00c9tats-Unis, obligeant les exportateurs mexicains \u00e0 payer des royalties sur une vari\u00e9t\u00e9 qui remonte chez eux \u00e0 l\u2019\u00e8re pr\u00e9colombienne.<br \/>\nL\u2019\u00e9mission montrait d\u2019autres cas de biopiraterie, comme celui du margousier, qui secr\u00e8te une s\u00e8ve miraculeuse dont le brevet ill\u00e9gal vient d\u2019\u00eatre annul\u00e9, sous la pression du peuple indien, par l\u2019office comp\u00e9tent en Europe.<br \/>\nDe tout cela, il r\u00e9sultait que l\u2019usage des brevets est d\u00e9voy\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 obliger les hommes \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur la philosophie de la propri\u00e9t\u00e9. L\u2019un des Amazoniens interrog\u00e9s pendant le reportage disait fort justement que ce n\u2019est pas nous qui sommes d\u00e9tenteurs de la nature mais \u00ab une force qui nous est sup\u00e9rieure \u00bb.<br \/>\nTout le monde admet pourtant qu\u2019une juste codification de la propri\u00e9t\u00e9 est source de richesse. Dans tous les pays collectivistes o\u00f9 le patrimoine individuel a \u00e9t\u00e9 r\u00e9tabli, le revenu par habitant s\u2019est rapidement \u00e9lev\u00e9. Il reste \u00e0 d\u00e9finir le champ de ce qui peut \u00eatre ali\u00e9n\u00e9. Une firme de papiers peints ne peut tout de m\u00eame pas breveter les rayures du z\u00e8bre !<br \/>\nLes abus les plus graves sont d\u2019ailleurs les moins visibles. Nombre de parents, par exemple, se comportent comme s\u2019ils \u00e9taient les auteurs de la vie de leurs enfants, tout en renon\u00e7ant \u00e0 leurs responsabilit\u00e9s dans leur \u00e9ducation. Ce devrait \u00eatre l\u2019inverse. Chacun commence \u00e0 s\u2019en douter.<\/p>\n<p>\u00c2neries t\u00e9l\u00e9<br \/>\nIl suffit d\u2019ouvrir une page \u201c\u00e2neries t\u00e9l\u00e9\u201d dans son calepin pour qu\u2019elle se comporte comme un attrape-mouche. Voici quelques exemples \u00e0 la vol\u00e9e.<br \/>\nPendant les \u00e9meutes, une Beurette surexcit\u00e9e commente le couvre-feu au micro de TF1 : \u00ab Franchement, j\u2019suis bac +5, Madame, et j\u2019peux plus sortir dehors. \u00bb Avec un style pareil et en vertu de la discrimination positive, elle devrait \u00eatre agr\u00e9g\u00e9e.<br \/>\n(Notons au passage que, lorsqu\u2019une phrase sur deux commence par \u201cfranchement\u201d, il est permis de douter de la franchise de celui qui parle, or dans les \u201cquartiers\u201d c\u2019est devenu la ponctuation ordinaire).<br \/>\nLe lendemain, sur une autre cha\u00eene, nous apprenons que \u00ab neuf personnes ont \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9es, dont presque la moiti\u00e9 n\u2019avait pas 18 ans \u00bb. Traduction : quatre \u00e9taient mineures.<br \/>\nRetour sur TF1 pour une mention particuli\u00e8re : lors d\u2019une \u00e9mission de Julien Courbet, la situation de la malheureuse invit\u00e9e est r\u00e9sum\u00e9e en sous-titre : \u00ab Erreur de diagnostique (sic), son mari d\u00e9c\u00e8de. \u00bb<br \/>\nCertes, tout le monde commet des bourdes. Mais pendant dix minutes devant quatre millions de t\u00e9l\u00e9spectateurs, c\u2019est trop. Le minist\u00e8re de l\u2019\u00c9ducation nationale devrait taxer les cha\u00eenes qui compromettent l\u2019efficacit\u00e9 de son travail dans des proportions aussi effrayantes. Le m\u00eame principe pourrait \u00eatre appliqu\u00e9 \u00e0 la barbarie, qui se propage, elle aussi, par l\u2019exemple. Et Dieu sait qu\u2019en ce moment, les exemples ne manquent pas.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3601 paru le 2 D\u00e9cembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Cet homme va mourir<br \/>\nEn apprenant que Le droit de savoir (TF1) avait d\u00e9cid\u00e9 de revenir sur les images du tsunami, \u00ab au terme d\u2019une enqu\u00eate minutieuse \u00bb, on a craint le pire. L\u2019enqu\u00eate minutieuse a consist\u00e9, principalement, \u00e0 collecter les vid\u00e9os de l\u2019\u00e9v\u00e9nement au prix de transactions qu\u2019il vaut mieux ignorer. Mais par bonheur la v\u00e9rit\u00e9 du t\u00e9moignage a pr\u00e9valu sur le commentaire du style \u201cCet homme va mourir\u201d.<br \/>\nLe plus effarant de ces films montrait une famille indon\u00e9sienne un jour de mariage. Il \u00e9tait tourn\u00e9 d\u2019une terrasse \u00e0 Bandah Aceh. L\u2019op\u00e9rateur a suivi la galopade des rescap\u00e9s sur le torrent de planches qui d\u00e9valait la rue principale, avant une sorte de pont m\u00e9tallique o\u00f9 s\u2019engouffrait la mar\u00e9e des d\u00e9bris. Seul d\u00e9tail g\u00eanant, le reportage n\u2019a montr\u00e9 qu\u2019un seul cadavre au bord d\u2019un chemin. Le sort des innombrables victimes aurait sans doute m\u00e9rit\u00e9 de sortir de l\u2019abstraction. Mais l\u2019\u00e9mission n\u2019aurait pas fait la m\u00eame audience, or son seul but \u00e9tait visiblement de faire le plein.<\/p>\n<p>L\u00e2chet\u00e9<br \/>\nLes journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s ont largement couvert le proc\u00e8s en appel d\u2019Outreau et l\u2019occasion a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e plusieurs fois de revenir sur la cascade d\u2019incoh\u00e9rences dont le juge Burgaud s\u2019est montr\u00e9 coupable. On s\u2019est interrog\u00e9 sur le fait que les trois magistrats de la chambre d\u2019instruction et le procureur de la R\u00e9publique qui dirigeait l\u2019enqu\u00eate n\u2019ont pas d\u00e9cel\u00e9 les anomalies du dossier. L\u2019une des victimes relax\u00e9es lors du premier proc\u00e8s, la jeune Karine, a rappel\u00e9 que \u00ab les accusations partaient de n\u2019importe o\u00f9 \u00bb, et que \u00ab les plaignants se contredisaient d\u2019un jour \u00e0 l\u2019autre \u00bb. Mais tous les commentaires sont all\u00e9s dans le m\u00eame sens, celui d\u2019une distraction coupable, d\u2019une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 scandaleuse de la Justice.<br \/>\nOn a fait grief \u00e0 l\u2019institution de ses d\u00e9fauts d\u2019organisation, de contr\u00f4le et d\u2019expertise. Mais personne n\u2019a \u00e9voqu\u00e9 la simple hypoth\u00e8se de la l\u00e2chet\u00e9. Vous savez, ce sentiment bizarre d\u2019irresponsabilit\u00e9 panique qui vous incite \u00e0 suivre la pente g\u00e9n\u00e9rale. Quand on a jug\u00e9 les poss\u00e9d\u00e9es de Loudun, quand Staline a envoy\u00e9 ses m\u00e9decins juifs au poteau, les faiblesses du dossier n\u2019ont saut\u00e9 aux yeux de personne. Ce que d\u00e9signe le proc\u00e8s d\u2019Outreau c\u2019est avant tout l\u2019aveuglement et la crainte qui se sont empar\u00e9s de la Justice devant un sujet pr\u00e9alablement empoisonn\u00e9 par les m\u00e9dias. Au temps o\u00f9 l\u2019on br\u00fblait les sorci\u00e8res, les experts \u00e9taient, eux aussi, tous formels et les magistrats craignaient de n\u2019en jamais faire assez pour contenter la foule.<\/p>\n<p>Anniversaire<br \/>\nLe site Internet de France 2 nous a montr\u00e9 les nostalgiques du franquisme c\u00e9l\u00e9brant les 60 ans (vous avez bien lu) de la mort du Caudillo. Si c\u2019est un lapsus, il \u00e9tait r\u00e9p\u00e9t\u00e9 cinq fois, sur deux pages diff\u00e9rentes, avec une l\u00e9gende que voici \u00ab Messe de la Phalange espagnole \u00e0 la Vall\u00e9e des Morts, pour les 60 ans de la mort de Franco \u00bb. Le niveau de culture que l\u2019on exige du journalisme audiovisuel rend d\u00e9cid\u00e9ment la carri\u00e8re tr\u00e8s abordable.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3602 paru le 9 D\u00e9cembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Tonicit\u00e9<br \/>\nOn me pardonnera de revenir sur une phrase entendue il y a deux mois \u00e0 la radio, et dont un reportage de France 2 vient de nous fournir, \u00e0 son insu, la philosophie implicite : \u00ab L\u2019andrologie, c\u2019est la gyn\u00e9cologie de l\u2019homme. \u00bb<br \/>\nEh bien le cong\u00e9 paternel, \u00e0 en croire les sp\u00e9cialistes, c\u2019est le cong\u00e9 maternel du mari.<br \/>\nVoil\u00e0 en tout cas ce qui ressortait du sujet trait\u00e9 par le journal d\u2019\u00c9lise Lucet le 30 novembre dernier. Nous avons vu un psychiatre, dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom par charit\u00e9, nous expliquer que, gr\u00e2ce aux quatre mois attribu\u00e9s au p\u00e8re, l\u2019enfant savait d\u00e9sormais qu\u2019il y avait autour de lui deux personnes distinctes. Entre ces deux personnes, nous disait-il encore, le b\u00e9b\u00e9 pouvait observer certaines diff\u00e9rences \u00ab dans la voix et dans la tonicit\u00e9 \u00bb. Enfin, gr\u00e2ce au trio papa-maman-b\u00e9b\u00e9, la femme pouvait \u00e9chapper au huis clos qui l\u2019\u00e9touffait dans son \u00ab rapport \u00e0 l\u2019enfant \u00bb.<br \/>\nL\u2019explication de texte est facile. Dans la premi\u00e8re phrase, il s\u2019agit de se rendre \u00e0 une \u00e9vidence embarrassante : l\u2019enfant a besoin d\u2019un p\u00e8re. Mais, comme certains pourraient en tirer pr\u00e9texte pour r\u00e9tablir son r\u00f4le dans ce qu\u2019il a d\u2019irrempla\u00e7able, d\u2019irr\u00e9ductible, de masculin en somme, on nous explique que la seconde voix qui r\u00e9sonne aux oreilles de l\u2019enfant se caract\u00e9rise par sa \u201ctonicit\u00e9\u201d. Ce mot bizarre refl\u00e8te une forme d\u2019\u00e9nergie qui n\u2019appartient pas sp\u00e9cifiquement au genre masculin. Il pr\u00e9sente tous les avantages. On ne nous dit pas que la voix du p\u00e8re est grave ou grosse, non. Elle est tonique. Dans le couple, chacun \u00e0 sa guise peut donc assumer la charge de cette tonicit\u00e9, ce qui garantit la parit\u00e9 homme-femme. Afin de parfaire cette construction vicieuse, il reste \u00e0 illustrer que le cong\u00e9 paternel est avant tout un instrument de la lib\u00e9ration f\u00e9minine. C\u2019est l\u2019objet de la troisi\u00e8me phrase : la femme respire mieux, nous dit-on, elle \u00e9chappe \u00e0 une relation \u201c\u00e9touffante\u201d avec son enfant.<br \/>\nGr\u00e2ce \u00e0 quel genre de conduite masculine ? Son mari joue-t-il le r\u00f4le de celui qui gronde, rassure, r\u00e9pare les fen\u00eatres, refait le toit du nid conjugal ? Pas du tout. Il change les couches. Il prom\u00e8ne la poussette. Il assume les t\u00e2ches maternelles, afin de montrer qu\u2019aucune d\u2019entre elles n\u2019est sp\u00e9cifiquement f\u00e9minine. \u00c0 l\u2019exception, peut-\u00eatre, de l\u2019allaitement. Mais au train o\u00f9 vont les choses, un fabricant de lait maternis\u00e9 va lui proposer une poche pectorale \u00e9quip\u00e9e d\u2019une t\u00e9tine\u2026<\/p>\n<p>Au pied de l\u2019arbre<br \/>\nRetrouvons le m\u00eame p\u00e8re dix ans plus tard : une publicit\u00e9 pour un op\u00e9rateur Internet nous le montre accabl\u00e9 par des enfants suractifs, exigeants et bruyants, qui l\u2019obligent \u00e0 se r\u00e9fugier au sommet d\u2019un arbre pour avoir la paix. Voil\u00e0 qui surprendra peut-\u00eatre les magazines f\u00e9minins, mais la mode est en train de changer. Cette pub est d\u00e9j\u00e0 en retard. On nous parle souvent des nouveaux p\u00e8res, on nous dit qu\u2019ils sont plus ceci et moins cela. En v\u00e9rit\u00e9, tout le monde sent qu\u2019ils s\u2019appr\u00eatent \u00e0 descendre de l\u2019arbre, et le plus t\u00f4t sera le mieux.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3603 paru le 16 D\u00e9cembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Saint Nicolas priez pour eux<br \/>\nLe 5 d\u00e9cembre, l\u2019animateur m\u00e9t\u00e9o de France 2 nous l\u2019a annonc\u00e9 avec la jovialit\u00e9 contrainte de celui qui a quelque chose \u00e0 cacher : \u00ab Demain nous f\u00eaterons les Nicolas. \u00bb Derri\u00e8re lui, l\u2019\u00e9cran montrait la phase de la lune et le pr\u00e9nom Nicolas.<br \/>\nTrois ou quatre millions de nos concitoyens auront effectu\u00e9 d\u2019eux-m\u00eames la correction : le lendemain, on f\u00eatait la saint Nicolas. La disparition du mot saint devant le pr\u00e9nom sautait aux yeux parce que le 6 d\u00e9cembre ils sont indissociables, notamment dans le Nord. Le p\u00e9ril que j\u2019\u00e9voquais il y a quelques mois se pr\u00e9cise donc. Pardonnez \u00e0 votre serviteur, \u00e9lu d\u2019un village nomm\u00e9 justement Saint-Nicolas (Savoie), de fl\u00e9trir les sournoiseries militantes des la\u00efques obsessionnels. Mais au train o\u00f9 vont les choses, certains vont protester aupr\u00e8s de la pr\u00e9fecture au nom de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des cultes, contre les communes afflig\u00e9es d\u2019un nom de saint. La p\u00e9riode de No\u00ebl \u00e9tant propice \u00e0 toutes les d\u00e9rives cafardes, les cr\u00e8ches dans les vitrines vont dispara\u00eetre sous la pression des esprits faibles. Les cartes postales seront expurg\u00e9es de tout sujet chr\u00e9tien pour ne pas offenser les facteurs issus d\u2019une \u201cautre culture\u201d et nous aurons, un jour ou l\u2019autre, notre affaire Zwarte Piet, comme en Hollande.<br \/>\nDans cet aimable pays qui semble en avance sur nous en mati\u00e8re de mauvaise foi d\u2019importation, le P\u00e8re No\u00ebl est accompagn\u00e9 d\u2019un Pierrot noir qui chante : \u00ab Je suis gentil, m\u00eame si je suis noir comme de la suie. \u00bb Cette coutume, qui remonte \u00e0 des temps imm\u00e9moriaux, offense, para\u00eet-il, les Noirs \u00e9tablis dans ce petit royaume. Certains ont port\u00e9 plainte. L\u2019affaire agite les journaux \u00e0 l\u2019approche des f\u00eates.<br \/>\nChez nous, des protestations se sont \u00e9lev\u00e9es en Guadeloupe et Martinique contre le simple fait qu\u2019on ait voulu rappeler les manuels scolaires au devoir de neutralit\u00e9. On se demande pourquoi, en haut lieu, personne ne rappelle que l\u2019esclavage n\u2019est qu\u2019un sous-produit monstrueux de la colonisation, mais que le destin de Charles de Foucault ou des moines de Tibehirine m\u00e9rite d\u2019\u00eatre plac\u00e9 en regard.<br \/>\nH\u00e9las, il semble que nous soyons entr\u00e9s dans une phase de r\u00e9traction du cr\u00e9dit. Je ne parle pas des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, mais du cr\u00e9dit que, nagu\u00e8re, nous consentions moralement \u00e0 autrui, et qui porte le nom d\u00e9suet de civilisation.<\/p>\n<p>Une certaine t\u00e9l\u00e9vision<br \/>\nLe fait que quatre sp\u00e9cialistes se soient pench\u00e9s dans C dans l\u2019air (TV5) sur la question \u00ab Peut-on cloner le Christ gr\u00e2ce au suaire de Turin \u00bb n\u2019a rien de bl\u00e2mable (encore qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une stupidit\u00e9 scientifique, doubl\u00e9e d\u2019un non-sens religieux). Non, la chose g\u00eanante est que le service public se rende grossi\u00e8rement complice de la promotion d\u2019un roman de Didier Van Cauwelaert sur le m\u00eame sujet. On trouvera probablement des gens qui n\u2019y voient aucun inconv\u00e9nient. Ma remarque s\u2019adresse donc aux autres, qui instruisent le proc\u00e8s d\u2019une certaine t\u00e9l\u00e9vision et qui ont accueilli la nomination de Patrick de Carolis avec espoir et soulagement.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3604 paru le 23 D\u00e9cembre 2005<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Minuit chr\u00e9tien<br \/>\nFox News, la cha\u00eene conservatrice am\u00e9ricaine, est devenue tr\u00e8s difficile d\u2019acc\u00e8s pour un Fran\u00e7ais, non \u00e0 cause de sa francophobie, mais parce que nous n\u2019y avons plus droit, tout simplement. Les Danois, les Russes, les Su\u00e9dois, les habitants du Venezuela et ceux du Pakistan ont le privil\u00e8ge d\u2019entendre ce que dit de nous l\u2019Am\u00e9rique. Mais pas nous. Gr\u00e2ce \u00e0 la vigilance de TPS, qui nous a priv\u00e9s de ce spectacle il y a plus d\u2019un an sans pr\u00e9venir, nous voil\u00e0 donc prot\u00e9g\u00e9s contre la s\u00e9dition conservatrice.<br \/>\nPour se procurer les \u00e9missions de Fox dont parlent les journaux am\u00e9ricains, il faut passer par le Net. Et pour jeter un coup d\u2019\u0153il sur la derni\u00e8re campagne du p\u00e8re fouettard Bill O\u2019Reilly, dont la presse parle beaucoup outre-Atlantique, il faut aller sur le site de la cha\u00eene. Dans son \u00e9mission The O\u2019Reilly Factor, qui se flatte d\u2019\u00e9carter tous les faux-fuyants, le Kill Bill de l\u2019Am\u00e9rique profonde s\u2019inqui\u00e8te du sort r\u00e9serv\u00e9 aux festivit\u00e9s de No\u00ebl dans les \u00e9coles, les livres et les m\u00e9dias de son pays. Si nous devions suivre un jour, comme il est de coutume, l\u2019exemple de la premi\u00e8re soci\u00e9t\u00e9 multiculturelle du monde, il est bon de savoir ce qui nous attend. Voici quelques traits du tableau qu\u2019il vient de brosser \u00e0 son public et qui prouve que, pour les chr\u00e9tiens, il est plus tard qu\u2019on ne le pense.<br \/>\nLe grand sujet de scandale et le pr\u00e9texte de toute l\u2019\u00e9mission \u00e9tait la controverse au sujet de l\u2019arbre de No\u00ebl du Capitole que les d\u00e9mocrates avaient renomm\u00e9 holiday tree du temps de Clinton, et qui vient de retrouver son nom de Christmas tree. Vous vous rendez compte de l\u2019audace ? USA Today ricane sur les chr\u00e9tiens traditionalistes. La radio CBS d\u00e9nonce leurs men\u00e9es intol\u00e9rables. Pourquoi tant de mauvaise foi soudaine sur ce th\u00e8me ? \u00c0 cause du mot \u201cChrist\u201d dans Christmas. \u00c0 Dodgeville, Wisconsin, les enfants des \u00e9coles ont d\u00fb apprendre \u00e0 chanter \u00ab Cold in the Night \u00bb au lieu de \u00ab Silent Night \u00bb, afin de supprimer toute id\u00e9e de recueillement religieux. Au Texas, les \u00e9l\u00e8ves d\u2019un coll\u00e8ge ont \u00e9t\u00e9 pri\u00e9s de ne pas s\u2019habiller en vert et rouge, pour ne pas faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la f\u00eate de No\u00ebl, qui pouvait offenser les \u00e9l\u00e8ves de religion non chr\u00e9tienne.<br \/>\nDans le m\u00eame esprit, France 2 nous montrait r\u00e9cemment une \u00e9quipe de communicants de la Croix-Rouge qui venait d\u2019inventer le symbole universel destin\u00e9 \u00e0 remplacer croix et croissant sur le terrain, afin de garantir la neutralit\u00e9 religieuse dans l\u2019intervention humanitaire.<br \/>\n\u00c0 premi\u00e8re vue, on dirait un losange rouge, mais la conf\u00e9rence de presse nous apprend qu\u2019il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019un cristal. Oui, parce qu\u2019outre sa neutralit\u00e9 religieuse, le mot \u201ccristal\u201d, nous disait le communicateur-chef, pr\u00e9sente l\u2019avantage d\u2019\u00eatre identique dans la plupart des langues.<br \/>\nAh bon ? On se demande d\u00e8s lors par quel aveuglement les cinquante membres de la commission, apr\u00e8s plusieurs mois de travaux, n\u2019ont pas remarqu\u00e9 que dans le mot \u201ccristal\u201d, il restait une f\u00e2cheuse allit\u00e9ration avec le mot \u201cChrist\u201d !<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3606 paru le 6 Janvier 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Sauce aigre-douce<br \/>\nDevant le spectacle le plus convenu il arrive que l\u2019on connaisse un acc\u00e8s de lucidit\u00e9, comme si la conscience, le jugement, le go\u00fbt se d\u00e9fendaient une derni\u00e8re fois avant de capituler. En ce moment l\u2019\u00e9mission la plus propre \u00e0 susciter la r\u00e9volte des neurones et la r\u00e9vulsion des papilles est la dominicale de Michel Drucker. On a l\u2019impression de contempler un tableau \u00e0 la Fellini. Vivement dimanche, c\u2019est le Ginger et Fred de la flatterie consensuelle \u00e0 la fran\u00e7aise. De temps \u00e0 autre le pr\u00e9sentateur s\u2019esclaffe, bascule en arri\u00e8re, se cache les yeux, tord la bouche avec une telle pr\u00e9cision dans l\u2019encha\u00eenement et un \u0153il tellement froid dans le fou rire qu\u2019on se demande s\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019une parodie. Eh bien pas du tout. Comme dans les derni\u00e8res pages de la Recherche du temps perdu, comme dans ces films qui montrent les fastes de l\u2019Ancien R\u00e9gime avant la chute, les automates du man\u00e8ge dominical continuent \u00e0 hocher la t\u00eate en songeant qu\u2019un jour ou l\u2019autre le ressort va l\u00e2cher. En attendant, de semaine en semaine, il tient toujours. Depuis vingt ans, devant ce genre d\u2019\u00e9missions, la presse hausse les \u00e9paules avec indulgence. Les commentaires insistent sur le professionnalisme et la gentillesse de l\u2019\u00e9quipe. Le tout ressemble pourtant \u00e0 une vente flash dans un supermarch\u00e9 rouge vif qui serait ouvert le dimanche mais justement, on est l\u00e0 pour promouvoir. On brandit un double DVD. On \u201cmet le paquet sur la sortie de l\u2019album\u201d. On rappelle qu\u2019\u201cil y aura une s\u00e9rie de concerts au printemps \u00e0 Bercy\u201d.<br \/>\nIl arrive que l\u2019esprit r\u00e9agisse quand m\u00eame lorsqu\u2019il est confront\u00e9 \u00e0 tant d\u2019exc\u00e8s dans le niaiseux. Ce mot canadien illustre tr\u00e8s bien le ton qui s\u2019est install\u00e9, par exemple, sur le plateau du sp\u00e9cial C\u00e9line Dion. On agrippait l\u2019accoudoir de son fauteuil en se demandant jusqu\u2019o\u00f9 la spirale allait descendre. La production a trouv\u00e9, tout l\u2019apr\u00e8s-midi, de nouvelles ressources pour prolonger ce vertige mais le fond fut atteint par la recette de b\u0153uf de Mme Dion m\u00e8re, servie par Jean-Pierre Coffe sous les piaillements de la chanteuse, compl\u00e8tement ravie-l\u00e0 (en canadien dans le texte).<br \/>\nDans le genre niaiseux, il faut en effet se garder de mettre en phase les tendances de l\u2019\u00e9mission et celles de l\u2019invit\u00e9, sans quoi l\u2019aiguille ne quitte plus la zone rouge du cadran. Une semaine plus tard, Drucker recevait les Bronz\u00e9s, dans un genre certes moins convenu. Mais lorsqu\u2019un gentil invit\u00e9 fait face \u00e0 un gentil pr\u00e9sentateur au milieu d\u2019un gentil plateau, charm\u00e9 par tant de gentillesse, on a l\u2019impression de reprendre quatre fois du dessert chez une tante sourde et radoteuse, un dimanche d\u2019automne pluvieux et sinistre. \u00c0 l\u2019annonce du caf\u00e9, on a envie de briser une vitre et d\u2019aller faire un tour dans le jardin.<br \/>\nPhilippe Geluck a beau verser un filet de vinaigre sur cette m\u00e9lasse, quand on y pense, c\u2019est un peu comme si la gastronomie enti\u00e8re se r\u00e9sumait \u00e0 une sauce aigre-douce. De l\u2019estragon, que diable ! De la coriandre. De la ciboulette. Du poivre. Du talent.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3607 paru le 13 Janvier 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Le ton juste<br \/>\nOn n\u00e9glige souvent de s\u2019apercevoir que les grands succ\u00e8s populaires \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision sont b\u00e2tis sur des fondations sociologiquement stables. Quand on voit ce que pl\u00e9biscitent les t\u00e9l\u00e9spectateurs depuis quelques ann\u00e9es, on est presque g\u00ean\u00e9 de faire la comparaison avec la laideur du tout-venant. Parce que la faveur du public est un v\u00e9ritable bulletin de vote.<br \/>\nOr, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, les gens ne votent plus pour les feuilletons policiers o\u00f9 l\u2019on s\u2019invective en verlan pendant les gardes \u00e0 vue. Il y a pourtant, dans Une famille formidable, un \u201cjeune issu de l\u2019immigration\u201d (le gendre du h\u00e9ros), un fils homosexuel, une fratrie recompos\u00e9e\u2026<br \/>\nMais le principal n\u2019est rien de tout cela. Le succ\u00e8s du feuilleton ne tient pas au c\u00f4t\u00e9 formidable, entendez moderne, branch\u00e9, lib\u00e9r\u00e9, cool du sc\u00e9nario. Il tient plut\u00f4t au fait qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une famille, et d\u2019une famille qui cumule, a priori, tous les handicaps : le p\u00e8re n\u2019essaie pas de se faire pardonner ses humeurs en imitant les vertus f\u00e9minines. La m\u00e8re, \u00e9nergique, passe du rire \u00e0 l\u2019abattement, de la gravit\u00e9 \u00e0 la futilit\u00e9 comme au th\u00e9\u00e2tre. Les enfants portent des chemises \u00e0 carreaux et non des blousons de marque. Le tout donne l\u2019impression d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 recompos\u00e9e elle aussi, c\u2019est-\u00e0-dire qui se donne les apparences du naturel, mais qui est reconstitu\u00e9e dans l\u2019artifice, dans l\u2019ellipse, dans le raccourci permanent.<br \/>\nTout l\u2019\u00e9quilibre de cet aimable feuilleton tient \u00e0 ce paradoxe : les \u00e9pisodes sont invraisemblables, mais les personnages sont d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 parfaite. Les dialogues sont presque litt\u00e9raires mais tout est si juste que les acteurs pourraient jouer en alexandrins. Quand la fillette s\u2019\u00e9crie : \u00ab C\u2019est dommage que vous ne veniez pas ! \u00bb, quand le p\u00e8re observe : \u00ab Je pense qu\u2019il faut que nous gardions une certaine dignit\u00e9 \u00bb, on comprend qu\u2019on n\u2019est ni dans Navarro, ni dans Commissaire Moulin. Les fictions qui essaient de coller au langage de la rue pour ne pas d\u00e9plaire aux QI \u00e0 deux chiffres font un calcul idiot. Ici le compte est bon.<\/p>\n<p>Le ton monte<br \/>\nIl fallait entendre, sur Europe 1, Michel Vauzelle, pr\u00e9sident de la r\u00e9gion o\u00f9 s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e l\u2019affaire du \u201ctrain de l\u2019enfer\u201d, s\u2019exprimer une heure avant le passage de Nicolas Sarkozy sur TF1. Il a essay\u00e9 d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de rejeter la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9pisode barbare du premier de l\u2019an sur la SNCF ou la police, au lieu de se demander si l\u2019op\u00e9ration \u201cun train vers Nice \u00e0 1,20 euro\u201d n\u2019avait pas pour objet de d\u00e9lester Marseille d\u2019une jeunesse encombrante lors d\u2019une nuit difficile. On envoyait le fardeau \u00e0 d\u2019autres communes, et pourquoi pas gouvern\u00e9es \u00e0 droite ? On faisait ainsi d\u2019une pierre deux coups.<br \/>\nQuant aux responsabilit\u00e9s, tout le monde, y compris Nicolas Sarkozy, se contente d\u2019\u00e9voquer les dysfonctionnements de la justice, de la police, de la brigade SNCF, mais personne ne consent \u00e0 admettre que le principal probl\u00e8me r\u00e9side dans le degr\u00e9 de civilisation de la jeunesse concern\u00e9e.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3608 paru le 20 Janvier 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Retour \u00e0 la civilisation<br \/>\nOn se demande si les services charg\u00e9s du d\u00e9briefing de l\u2019ing\u00e9nieur Planche, apr\u00e8s sa lib\u00e9ration, ont fait leur travail dans l\u2019avion. Le jour de son retour \u00e0 Paris, devant une sorte de pupitre mont\u00e9 \u00e0 la h\u00e2te sur un parking, l\u2019ex-otage fran\u00e7ais en Irak s\u2019est adress\u00e9 aux journalistes en leur disant textuellement : \u00ab Je suis heureux d\u2019\u00eatre de retour dans le monde civilis\u00e9. \u00bb<br \/>\nC\u2019est dire l\u2019estime dans laquelle il tient les chiites et les sunnites. Dans un esprit d\u2019apaisement, sa d\u00e9claration a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e lors des \u00e9ditions suivantes du journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 mais on ne peut pas s\u2019emp\u00eacher de penser qu\u2019il exprimait par inadvertance une opinion quasi g\u00e9n\u00e9rale dans le pays.<\/p>\n<p>Fascisme de proximit\u00e9<br \/>\nC\u2019est un nouveau concept, nous dit-on. Le titre de l\u2019\u00e9mission pr\u00eate \u00e0 confusion puisqu\u2019il \u00e9voque le Big Brother hollandais et le Grande Fratello italien. Dans le Grand Fr\u00e8re de TF1, il ne s\u2019agit pas de r\u00e9\u00e9diter le t\u00e9l\u00e9-voyeurisme du Loft, mais de r\u00e9aliser un sauvetage moral, dans le genre Super Nanny. Le b\u00e9n\u00e9ficiaire de l\u2019op\u00e9ration, ou pr\u00e9tendu tel, \u00e9tait un jeune homme de 16 ans que son p\u00e8re avait abandonn\u00e9 et qui vivait dans un pavillon de banlieue, entre une m\u00e8re un peu niaise et un beau-p\u00e8re d\u00e9pass\u00e9. Une brigade de psychologues \u00e9tait charg\u00e9e de remettre ce gar\u00e7on dans le droit chemin. T\u00e2che b\u00e2cl\u00e9e sous les cam\u00e9ras, dans un go\u00fbt qui \u00e9voquait plus les Queer que la brigade des mineurs. Mais l\u2019essentiel se trouvait moins dans le r\u00e9sultat que dans l\u2019analyse des sympt\u00f4mes. Ce gar\u00e7on \u00e9lev\u00e9 dans une maison \u00e0 jardinet sortait en effet toutes les nuits jusqu\u2019\u00e0 5 heures pour casser des voitures. Selon sa m\u00e8re, il choisissait souvent, avec ses copains, un vieux monsieur \u00e0 intimider physiquement dans le voisinage. C\u2019est la premi\u00e8re \u00e9tape du fascisme. De temps en temps, il allait aussi narguer la police avec sa bande. \u00c7a, c\u2019est la deuxi\u00e8me \u00e9tape \u2013 la troisi\u00e8me \u00e9tant l\u2019organisation paramilitaire. Quand le psychologue de service essayait de conna\u00eetre ses raisons, il avouait ne pas avoir support\u00e9 qu\u2019on \u201cparle mal\u201d de son p\u00e8re.<br \/>\nOn aimerait que les femmes qui ont impos\u00e9 leurs droits depuis vingt ans en r\u00e9troc\u00e8dent quelques-uns avant qu\u2019il ne soit trop tard. Avant, par exemple, que leurs enfants m\u00e2les ne les reprennent avec violence au d\u00e9triment du corps social entier.<br \/>\nEn attendant, le vieux monsieur d\u2019en face a quelque souci \u00e0 se faire.<br \/>\nLa production a eu la prudence de ne pas choisir un jeune \u201cissu de l\u2019immigration\u201d, mais le genre verbal de ce gar\u00e7on d\u00e9signait assez ses fr\u00e9quentations ; tant il est vrai que de nos jours, la jeunesse \u00e0 la d\u00e9rive attrape l\u2019accent d\u2019Alger sans m\u00eame s\u2019en rendre compte.<\/p>\n<p>Dissertation<br \/>\nUne suggestion pour les classes de philo : les f\u00eates de l\u2019A\u00efd et celles de No\u00ebl ont fait l\u2019objet d\u2019un traitement t\u00e9l\u00e9visuel quasi \u00e9quivalent en pourcentage, en d\u00e9pit d\u2019une disparit\u00e9 d\u00e9mographique de un \u00e0 dix entre les religions concern\u00e9es.<br \/>\nVous montrerez que la parit\u00e9 n\u2019est pas toujours synonyme de justice.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3609 paru le 27 Janvier 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Casquette et couteau<br \/>\nVoil\u00e0 quelques semaines, un lyc\u00e9en lyonnais qui attendait le bus sous un abri au milieu d\u2019autres voyageurs a \u00e9t\u00e9 surpris par deux agents de police en train de cracher par terre. Les policiers lui ont inflig\u00e9 une amende de 135 euros pour avoir souill\u00e9 \u00ab la d\u00e9pendance d\u2019un service public \u00bb, mais l\u2019affaire ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0. C\u2019est m\u00eame ici qu\u2019elle commence, puisque TF 1 a d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019en m\u00ealer. Le 20 Heures a diffus\u00e9 un reportage au commentaire ironique, pour abonder dans le sens du jeune homme, lequel a pris un avocat bien entendu. Nous avons vu la m\u00e8re du contrevenant, une jeune femme satisfaite d\u2019elle-m\u00eame, nous expliquer que la loi appliqu\u00e9e \u00e0 son fils datait de la France de Vichy. Un adolescent qui crache par terre au milieu des voyageurs devait donc b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019impunit\u00e9, du simple fait que l\u2019interdiction n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 vot\u00e9e par le peuple au bon moment.<br \/>\nCracher en public sous un abri de six m\u00e8tres carr\u00e9s est un acte d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment antisocial qui m\u00e9rite une sanction comme toute provocation, mais la t\u00e9l\u00e9vision s\u2019en moque. Et elle s\u2019en moquera tant qu\u2019on trouvera des m\u00e8res pour contester la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019offense, pour faire appel devant le proviseur en cas de diff\u00e9rend avec un prof, et pour hurler devant la cam\u00e9ra, dans le sabir particulier \u00e0 ce genre de situations : \u00ab Mon fils, je vous jure, il a rien fait, Madame ! \u00bb<br \/>\nLe r\u00e9sultat, nous le connaissons, notamment parce que TF 1 a la tartufferie de d\u00e9plorer, tous les trois jours, dans d\u2019autres reportages, les incivilit\u00e9s (r\u00e9cemment encore lors d\u2019une intervention de la Bac sur la ligne D du RER).<br \/>\nNous avons la chance de ne pas vivre une \u00e9poque l\u00e9gislative sc\u00e9l\u00e9rate. On peut donc sugg\u00e9rer sans risque que les r\u00e8gles \u00e9l\u00e9mentaires soient toilett\u00e9es au Parlement. Quand Zidane crache en direct sur la moquette d\u2019un couloir, l\u2019amende devrait \u00eatre proportionnelle au nombre de t\u00e9l\u00e9spectateurs. Quand de jeunes voyageurs du m\u00e9tro appuient leurs jambes sur la banquette d\u2019en face on devrait d\u00e9chirer leur carte Orange. Et quand un jeune homme se pr\u00e9sente en classe coiff\u00e9 d\u2019une casquette et refuse de l\u2019\u00f4ter, la sanction devrait \u00eatre impitoyable.<br \/>\nOn pourra objecter que c\u2019est du fascisme, mais quand la jeune prof d\u2019\u00c9tampes affirme, dans la presse, que tout a commenc\u00e9 par le coup de la casquette pour finir par celui du couteau, on se demande de quel c\u00f4t\u00e9 est le fascisme.<\/p>\n<p>Le divin<br \/>\nLe m\u00eame journal de TF 1 nous a montr\u00e9 un enfant situ\u00e9 \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 dans le spectre de la civilisation. Il allait donner son premier concert de piano \u00e0 10 ans, et il jouait les yeux ferm\u00e9s, r\u00e9fugi\u00e9 dans un monde o\u00f9 les enfants ne s\u2019\u00e9changent pas de vid\u00e9os douteuses et ne menacent pas leur professeur en disant : \u00ab Tu sais que t\u2019es bonne ? \u00bb.<br \/>\n\u00ab Qu\u2019est-ce que la musique ? demandait la journaliste. \u2013 C\u2019est le divin. \u00bb<br \/>\nSi la t\u00e9l\u00e9vision devait pratiquer une discrimination positive, il est permis de souhaiter qu\u2019elle s\u2019applique \u00e0 ces enfants-l\u00e0, parce qu\u2019ils sont les premiers \u201cen difficult\u00e9\u201d.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3610 paru le 3 F\u00e9vrier 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Embrouiller le peuple<br \/>\nDifficile, la semaine derni\u00e8re, de se soustraire \u00e0 la promotion des Bronz\u00e9s 3. J\u2019ai donc c\u00e9d\u00e9 \u00e0 la paresse et j\u2019ai regard\u00e9 l\u2019une des nombreuses soir\u00e9es d\u2019autoc\u00e9l\u00e9bration de la troupe du Splendid. J\u2019ai c\u00e9d\u00e9 aussi, autant l\u2019avouer, \u00e0 une curiosit\u00e9 sournoise devant cette bande de copains qui ont fait fortune dans la d\u00e9rision graveleuse. Leur carri\u00e8re est issue d\u2019un malentendu qui se perp\u00e9tue au seuil de la vieillesse : enfants des beaux quartiers, anciens \u00e9l\u00e8ves du lyc\u00e9e Pasteur \u00e0 Neuilly, ils ont compt\u00e9 parmi ces jeunes gens qui, pour leur propre gouverne, ont dig\u00e9r\u00e9 le message culturel et moral de leur classe d\u2019origine, mais qui l\u2019ont reni\u00e9 devant le peuple en 1968. En d\u2019autres termes, pendant qu\u2019ils propageaient dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise une indulgence g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 propos des coucheries, de la frime, des p\u00e9tards, des combines et de l\u2019\u201c\u00e9clate\u201d sous les cocotiers, ils menaient pour la plupart une carri\u00e8re de gestionnaires financiers avis\u00e9s, envoyaient leurs enfants dans les meilleures \u00e9coles et suivaient le sillon banal trac\u00e9 par leurs parents.<br \/>\n\u00c0 pr\u00e9sent, la soixantaine les a gagn\u00e9s \u00e0 leur tour. Il est facile de d\u00e9celer l\u2019amertume dont t\u00e9moigne leur sourire au moment o\u00f9 le pr\u00e9sentateur annonce que \u00ab les Bronz\u00e9s 3 vont s\u00fbrement faire un carton \u00bb. Pour commencer, Arthur a presque l\u2019\u00e2ge de leurs enfants. Ensuite, il s\u2019efforce lui-m\u00eame de rester dans l\u2019infantilisme alors qu\u2019il passe des journ\u00e9es au t\u00e9l\u00e9phone pour monnayer son Audimat.<br \/>\nFinalement, le seul qui soit sinc\u00e8re dans cette histoire, le seul qu\u2019on ait flou\u00e9 d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre, de l\u2019adolescence \u00e0 la retraite, c\u2019est le public. Combien de gens se sont abandonn\u00e9s \u00e0 la fr\u00e9n\u00e9sie de libert\u00e9 individuelle qui a caract\u00e9ris\u00e9 l\u2019\u00e9poque Mitterrand, pour s\u2019apercevoir qu\u2019\u00e0 force d\u2019incons\u00e9quence, ils ont ruin\u00e9 leur mariage, perdu l\u2019amour de leurs enfants, leurs illusions devant la vie et parfois jusqu\u2019\u00e0 leur aisance mat\u00e9rielle \u2013 le tout pendant que leurs inspirateurs, repus et contents, lisent Montaigne, collectionnent l\u2019art moderne et nous parlent de leur vieux p\u00e8re professeur de m\u00e9decine ?<br \/>\nDe l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, les gens du peuple, en voyant les promoteurs de l\u2019esth\u00e9tique d\u00e9jant\u00e9e rouler carrosse et sortir du George V, ont l\u2019impression que leurs \u00e9lites ont menti. D\u2019ailleurs, certains membres de l\u2019\u00e9quipe du Splendid semblent sur le point de l\u2019avouer. G\u00e9rard Jugnot confesse qu\u2019il est rest\u00e9 boy-scout. Dominique Lavanant est redevenue la bourgeoise au grand c\u0153ur qu\u2019elle n\u2019a probablement jamais cess\u00e9 d\u2019\u00eatre. Et l\u2019on s\u2019attend \u00e0 ce que Michel Blanc, philosophe inquiet, finisse par balayer le pass\u00e9 pour \u00e9crire un chef-d\u2019\u0153uvre.<br \/>\nVoil\u00e0 donc une parabole \u00e0 la fran\u00e7aise, une \u00e9ni\u00e8me version de la perp\u00e9tuation des privil\u00e8ges par la m\u00e9thode connue qui consiste \u00e0 embrouiller le peuple. \u00c0 travers l\u2019\u00e9quipe du Splendid (mais aussi l\u2019humour de Canal Plus), c\u2019est toute une classe sociale qui s\u2019est arrang\u00e9e pour rester aux affaires, en accentuant le nihilisme g\u00e9n\u00e9ral au d\u00e9triment des gens simples.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3398 paru le 11 Janvier 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>No\u00ebl barbare<br \/>\nUne d\u00e9p\u00eache en provenance de Roumanie nous rapporte que le CSA local s\u2019est f\u00e2ch\u00e9 de ce qu\u2019un op\u00e9rateur de t\u00e9l\u00e9phonie mobile ait trouv\u00e9 malin de mettre en sc\u00e8ne trois P\u00e8res No\u00ebl en plein combat de karat\u00e9. D\u2019apr\u00e8s le Conseil national pour l\u2019audiovisuel \u00e0 Bucarest, cet embl\u00e8me de bont\u00e9 universel subissait l\u00e0 une atteinte de nature \u00e0 choquer le public et \u00e0 alt\u00e9rer la perception de la morale de No\u00ebl.<br \/>\nQuand on voit la publicit\u00e9 qu\u2019un op\u00e9rateur de t\u00e9l\u00e9vision ose infliger au public fran\u00e7ais depuis trois semaines, on se dit que le CSA roumain en deviendrait fou.<br \/>\nUne petite fille descend un escalier d\u2019un air mena\u00e7ant. Gros plan sur son fr\u00e8re se pr\u00e9parant au combat. La m\u00e8re arm\u00e9e fourbit un rouleau \u00e0 p\u00e2tisserie. Le p\u00e8re brandit une pagaie. La famille \u00e9num\u00e8re les nombreux avantages du bouquet satellite convoit\u00e9, \u00ab le cadeau qu\u2019il ne fallait pas oublier cette ann\u00e9e \u00bb. Or le P\u00e8re No\u00ebl l\u2019a visiblement oubli\u00e9. Il est ligot\u00e9, b\u00e2illonn\u00e9 au pied du sapin, les lunettes en d\u00e9route, le regard \u00e9carquill\u00e9 d\u2019effroi. Le p\u00e8re \u00e9l\u00e8ve \u00e0 deux mains sa pagaie pour assommer le vieil homme, et sa famille semble d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 participer au ch\u00e2timent d\u2019un c\u0153ur l\u00e9ger.<br \/>\nJe sais, les trois quarts des gens n\u2019y trouveront rien \u00e0 redire. Et pourtant, nous entrons ici au royaume de la barbarie par la porte de service. Ne parlons m\u00eame pas de l\u2019embl\u00e8me de douceur que repr\u00e9sente le P\u00e8re No\u00ebl, des valeurs qu\u2019il incarne, etc. Cet argument est tout juste bon pour les Roumains. Dans notre pays, il serait balay\u00e9 comme grotesque. Evoquons plut\u00f4t le mobile du sacril\u00e8ge. Ce qu\u2019on nous donne comme passible de cette racl\u00e9e pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e, c\u2019est le crime de l\u00e8se-convoitise. Le P\u00e8re No\u00ebl est coupable de n\u2019avoir pas anticip\u00e9, chez une famille ordinaire, le d\u00e9sir de recevoir dix-huit films par jour et les matchs de premi\u00e8re division en Dolby st\u00e9r\u00e9o. R\u00e9sultat, le m\u00eame ressentiment haineux s\u2019empare du clan tout entier. R\u00e9p\u00e9tons-le, il y a passage \u00e0 l\u2019acte, usage d\u2019une arme, la victime est b\u00e2illonn\u00e9e et entrav\u00e9e. Circonstance aggravante, elle a soixante-quinze ans. Les psychiatres pourraient gloser longtemps sur la \u201csymbolique\u201d de tout cela. La tribu est r\u00e9unie pour proc\u00e9der au meurtre de l\u2019anc\u00eatre au nom de la jouissance imm\u00e9diate.<br \/>\nIci je con\u00e7ois volontiers qu\u2019on m\u2019accuse de manquer d\u2019humour. Alors, comme le sujet s\u2019y pr\u00eate, faisons intervenir une parabole. Par exemple, imaginons un enfant de six ans adopt\u00e9, en Somalie ou en Inde, par une famille fran\u00e7aise. La seule langue qu\u2019il connaisse est encore celle du c\u0153ur. Il vient de d\u00e9barquer \u00e0 Paris pour les f\u00eates de No\u00ebl. Un soir \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, que voit-il ? Un vieil homme chenu semblable \u00e0 ceux qui, dans son pays d\u2019origine, prient et mendient aux marches des temples. Or des enfants aux parents, chacun tombe sur ce vieillard \u00e0 coups de pelle.<br \/>\nEn quoi consiste la parabole ? En ce que malheureusement, pour les quatre-cinqui\u00e8mes de l\u2019humanit\u00e9, le P\u00e8re No\u00ebl, c\u2019est nous.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3380 paru le 7 Septembre 2001<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>\u00c9mission impossible<br \/>\nQuelques ann\u00e9es apr\u00e8s que Fran\u00e7ois Mauriac eut pr\u00e9sid\u00e9 la distribution des prix dans mon coll\u00e8ge, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les \u00e9coliers sortaient le jeudi, o\u00f9 il y avait encore des garages Simca, des k\u00e9pis noirs, je me souviens que lors du Salon de l\u2019enfance, manifestation saisonni\u00e8re assez courue, on pouvait voir et m\u00eame essayer une invention sensationnelle : des patins \u00e0 roulettes en ligne qui permettaient d\u2019ex\u00e9cuter, sur une piste en ciment, la plupart des figures du patinage sur glace.<br \/>\nIl y a donc trente-cinq ans que le roller fut invent\u00e9, probablement par un ing\u00e9nieur europ\u00e9en qui n\u2019a pas d\u00e9pos\u00e9 de brevet. Pendant les vingt premi\u00e8res ann\u00e9es cette invention n\u2019a fait l\u2019objet d\u2019aucune curiosit\u00e9. Pour quelle raison ? Etait-elle dangereuse ? Sa mise au point \u00e9tait-elle b\u00e2cl\u00e9e ? Pas le moins du monde : la vraie raison est que l\u2019Am\u00e9rique n\u2019avait point daign\u00e9 pl\u00e9bisciter ce nouveau patin \u00e0 roulettes. Quand ce fut chose faite, on nous le renvoya, rebaptis\u00e9 et par\u00e9 de la mythologie urbaine de Chicago.<br \/>\nPour certaines \u00e9missions de t\u00e9l\u00e9vision, le principe est identique : il y a vingt ans, le fantaisiste Daniel Pr\u00e9vost pr\u00e9sentait en fin d\u2019apr\u00e8s-midi un jeu dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom, mais o\u00f9 il se montrait, envers les invit\u00e9s, d\u2019une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 incongrue et burlesque. Il rompait ainsi avec le robinet d\u2019eau ti\u00e8de des discours de plateau du style : \u00ab \u00c7a va Marie-H\u00e9l\u00e8ne ? En forme ? \u00bb Son genre \u00e0 lui \u00e9tait plut\u00f4t : \u00ab MarieH\u00e9l\u00e8ne, vous parlerez quand vous y serez invit\u00e9e, \u00f4tez vos mains de la table, je vous prie. \u00bb L\u2019\u00e9mission suscitait douze lettres de protestations par jour mais ravissait les trois quarts des gens normaux. Le pr\u00e9sentateur Arthur (depuis lors rentr\u00e9 dans le rang) pratiquait la m\u00eame politique en s\u2019\u00e9criant sur l\u2019antenne d\u2019Europe 1 : \u00ab Ce que tu nous racontes, Marie-H\u00e9l\u00e8ne, ne pr\u00e9sente aucun int\u00e9r\u00eat, tu nous as fait perdre une demi-minute, je te raccroche au nez, au revoir. \u00bb<br \/>\nOn a compris o\u00f9 je veux en venir : tout l\u2019\u00e9t\u00e9, nous avons vu des Marie-H\u00e9l\u00e8ne livr\u00e9es \u00e0 un adjudant-chef de com\u00e9die (le Maillon faible) dont la gestuelle, l\u2019habillement, le visage impassible ont \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9s \u00e0 Laurence Boccolini, bien qu\u2019en v\u00e9rit\u00e9 cette aimable com\u00e9dienne n\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 que l\u2019instrument d\u2019une op\u00e9ration de marketing. Les moindres d\u00e9tails de son comportement \u00e9taient d\u00e9finis pour tous pays par un bureau californien. A voir se multiplier les pages pour ou contre Boccolini dans les journaux populaires de l\u2019\u00e9t\u00e9, on \u00e9prouvait un peu de peine. Imaginez un r\u00e9f\u00e9rendum sur le th\u00e8me \u201cpour ou contre le Gendarme dans Guignol ?\u201d. La presse en question \u00e9tait inform\u00e9e du cahier des charges et de la n\u00e9cessit\u00e9, pour la pr\u00e9sentatrice, d\u2019adopter le m\u00eame comportement que celui de son mod\u00e8le anglo-saxon.<br \/>\nAlors o\u00f9 est l\u2019honn\u00eatet\u00e9 ? Peut-\u00eatre du c\u00f4t\u00e9 de Vincent Lagaf, qui a repris avec son \u00e9quipe une formule dont il est l\u2019auteur et pour laquelle il ne verse de droits \u00e0 personne.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3499 paru le 19 D\u00e9cembre 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Redevance et r\u00e9v\u00e9rence<br \/>\nDepuis une semaine, on annon\u00e7ait la pr\u00e9sence de Marc Tessier dans une \u00e9mission en direct consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019usage de la redevance. Nous nous promettions de nous glisser parmi la pi\u00e9taille t\u00e9l\u00e9phonique afin de poser la question qui nous agite depuis des semaines : combien a co\u00fbt\u00e9 l\u2019achat d\u2019Alien 4 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise ?<br \/>\nLe jour dit, nous laissons donc un message dans la bo\u00eete d\u2019Yves Calvi (sur Europe 1), pour lui demander d\u2019interroger l\u00e0-dessus son invit\u00e9. Puis nous parlons \u00e0 son adjoint dans les bureaux de La Cinqui\u00e8me, lequel note scrupuleusement notre question.<br \/>\nEn fin d\u2019apr\u00e8s-midi, Yves Calvi est \u00e0 l\u2019antenne en direct. Le premier de ses invit\u00e9s, qui est aussi son patron, le pr\u00e9sident de France T\u00e9l\u00e9visions, le remercie chaleureusement. De quoi ? D\u2019avoir pris l\u2019initiative d\u2019organiser \u201cun d\u00e9bat aussi utile\u201d.<br \/>\nVisiblement, on se fiche de nous et la suite le confirme. La direction de France T\u00e9l\u00e9visions joue la surprise \u00e0 propos d\u2019une \u00e9mission qu\u2019elle a organis\u00e9e depuis trois semaines. L\u2019onction du meneur de jeu frise la complaisance. Il s\u2019agit d\u2019offrir une tribune \u00e0 la direction, pas d\u2019interroger le public. De temps \u00e0 autre, Yves Calvi fronce le sourcil mais c\u2019est pour \u00e9carter les bonnes questions.<br \/>\nLa preuve : la n\u00f4tre ne sera pas pos\u00e9e. Il ne peut pas pr\u00e9tendre qu\u2019elle soit hors sujet. Il ne peut pas dire qu\u2019elle soit trop g\u00e9n\u00e9rale. Il ne peut pas pr\u00e9texter qu\u2019il ne l\u2019a pas re\u00e7ue \u00e0 temps. H\u00e9las, demander ce qu\u2019a co\u00fbt\u00e9 l\u2019achat d\u2019un film \u00e0 une cha\u00eene publique, c\u2019est comme exiger la facture d\u2019une sculpture moderne achet\u00e9e par une municipalit\u00e9 : c\u2019est une faute de go\u00fbt. Alors \u00e0 quoi bon inviter M. Martin-Lalande, rapporteur de la commission des finances \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e (pour l\u2019audiovisuel), si l\u2019on s\u2019offre le luxe de contourner devant lui les zones opaques avec un tel cynisme ?<br \/>\nOn a beaucoup parl\u00e9 de transparence, mais les opacit\u00e9s sont rest\u00e9es nombreuses. Or les simulacres de ce genre d\u00e9bouchent t\u00f4t ou tard sur un ph\u00e9nom\u00e8ne impossible \u00e0 juguler : le mani pulite, l\u2019op\u00e9ration mains propres. La t\u00e9l\u00e9vision publique fran\u00e7aise s\u2019y expose chaque jour davantage.<\/p>\n<p>Mains propres<br \/>\nQuand l\u2019heure de la propret\u00e9 aura sonn\u00e9, Julien Courbet aura beaucoup fait pour attirer l\u2019attention sur le cas de la DDE. Sans aucun doute nous pr\u00e9sentait, l\u2019autre soir, l\u2019histoire d\u2019une famille de cinq personnes r\u00e9fugi\u00e9e dans dix-sept m\u00e8tres carr\u00e9s pour n\u2019avoir pu obtenir le droit de redresser un mur \u00e9croul\u00e9. La mauvaise foi de la direction d\u00e9partementale de l\u2019\u00e9quipement dans cette affaire donnait envie d\u2019envoyer des bataillons de Fouquier-Tinville \u00e0 la recherche des fonctionnaires qui ne \u201cveulent pas le savoir\u201d. Apr\u00e8s deux heures de n\u00e9gociations, Courbet finissait par obtenir une r\u00e9union de conciliation \u00e0 laquelle la DDE, malgr\u00e9 sa promesse devant les cam\u00e9ras, n\u2019a pas daign\u00e9 participer.<br \/>\nIl est temps, pour ces gens-l\u00e0, de se persuader d\u2019une chose : ceux qui \u201cne veulent pas le savoir\u201d, le pays ne veut plus les voir.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3611 paru le 10 F\u00e9vrier 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Plus un sou<br \/>\nUne co\u00efncidence vient de d\u00e9cupler la port\u00e9e du film de Nils Tavernier l\u2019Odyss\u00e9e de la vie, pr\u00e9sent\u00e9 par France 2 il y a quelques jours. La diffusion de ce documentaire a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019une affaire affligeante, celle du Sou m\u00e9dical, organisme qui renoncera bient\u00f4t \u00e0 assurer les m\u00e9decins accoucheurs. Si cette mutuelle, la premi\u00e8re \u00e0 garantir les cliniques priv\u00e9es, baisse les bras devant l\u2019\u00e9normit\u00e9 des cons\u00e9quences juridiques de l\u2019arr\u00eat Perruche (par lequel, rappelons-le, un m\u00e9decin peut avoir \u00e0 indemniser une anomalie naturelle non d\u00e9cel\u00e9e), c\u2019est parce que l\u2019attitude g\u00e9n\u00e9rale devant la procr\u00e9ation rel\u00e8ve du consum\u00e9risme. L\u2019enfant est devenu un produit comme un autre. S\u2019il n\u2019est pas conforme, on se r\u00e9serve le droit de le renvoyer \u00e0 l\u2019usine.<br \/>\nIl n\u2019est donc pas inutile de rappeler ce qui se passe avant la naissance. Le film de Tavernier nous faisait p\u00e9n\u00e9trer dans la matrice. Un d\u00e9ploiement d\u2019images de synth\u00e8se nous persuadait rapidement que l\u2019usine, ce ne sont ni les parents, ni la clinique, mais l\u2019insondable immensit\u00e9 de la Nature. Et quand on s\u2019attaque \u00e0 un m\u00e9decin qui n\u2019a pas pu sonder l\u2019insondable, que fait-il ? Il r\u00e9agit comme le pr\u00e9voyait le docteur G., auteur du fameux Accouchement sans honneur (Le Rocher, 2004), il rend son tablier. \u00ab Au point o\u00f9 nous en sommes, \u00e9crivait ce praticien anonyme, tout peut arriver, y compris le retour \u00e0 la vieille dame du voisinage qui vient d\u00e9livrer la m\u00e8re avec des serviettes chaudes et du savon de Marseille. Les accoucheurs payent, en assurance, le prix de deux voitures neuves par an. Ils sont surveill\u00e9s par le mat\u00e9riel et les parents les traitent, une fois sur deux, comme des ex\u00e9cutants. \u00bb<br \/>\nLe comble du paradoxe, nous l\u2019avons eu sous les yeux la semaine derni\u00e8re. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, un film qui nous laisse assister \u00e0 des \u00e9chographies en couleurs sur fond de commentaires lyriques, de l\u2019autre le cauchemar de risquer la ruine sur une mauvaise lecture du monitoring. Les praticiens sont en train de comprendre que les nouveaux outils sont leurs ennemis et la gestation va retourner \u00e0 son myst\u00e8re, comme en Hollande o\u00f9 un tiers des femmes accouchent d\u00e9j\u00e0 chez elles, faute de sp\u00e9cialistes. \u00c0 moins que la sagesse ne finisse par pr\u00e9valoir. \u00c0 moins que la formation d\u2019un embryon, l\u2019agencement de ses neurones, la proportion de ses membres, ne redeviennent ce que nous montrait le film, c\u2019est-\u00e0-dire un miracle fragile. Personne n\u2019a le droit d\u2019appliquer, \u00e0 un processus aussi al\u00e9atoire, les r\u00e8gles en vigueur contre le risque industriel. Faute de quoi, les hommes finiront par avoir la m\u00eame dignit\u00e9 que les poulets de Bresse.<\/p>\n<p>Traite et m\u00e9moire<br \/>\nCette mention de la dignit\u00e9 humaine me servira de transition pour exprimer un v\u0153u : lors de la retransmission prochaine des c\u00e9r\u00e9monies de la journ\u00e9e anti-esclavage du 10 mai, il serait souhaitable que les repr\u00e9sentants des nombreux pays du tiers-monde qui ont pratiqu\u00e9 la traite des \u00eatres humains dans leur histoire soient pr\u00e9sents eux aussi.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3612 paru le 17 F\u00e9vrier 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Petits juges<br \/>\nLa caf\u00e9t\u00e9ria du tribunal de Cr\u00e9teil telle que nous la montrait le journal de TF 1, la veille de l\u2019audition du juge Burgaud, permettait de comprendre la d\u00e9rive de la magistrature fran\u00e7aise : on y mesurait \u00e0 la fois l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 de femmes et leur extr\u00eame jeunesse. Pour r\u00e9tablir l\u2019\u00e9quilibre, le journaliste prenait soin d\u2019interroger l\u2019un de leurs coll\u00e8gues masculins, mais il ne pouvait nous emp\u00eacher de le trouver, lui aussi, f\u00e2cheusement juv\u00e9nile.<br \/>\nLe lendemain, l\u2019audition du juge Burgaud confirmait ce malaise : si un jeune magistrat fran\u00e7ais ressemble \u00e0 ce que nous avons vu, il faut r\u00e9viser d\u2019urgence les proc\u00e9dures de recrutement.<br \/>\nIl y a un si\u00e8cle, quand on parlait d\u2019un juge, on imaginait un homme quinquag\u00e9naire. Aujourd\u2019hui c\u2019est un godelureau qui semble sorti d\u2019une pi\u00e8ce de Labiche ou \u2013 le plus souvent \u2013 une femme de 30 ans. M\u00eame l\u2019ancien garde des Sceaux s\u2019est aper\u00e7u, en 2003, que l\u2019\u00c9cole de la magistrature avait perdu les cl\u00e9s de la parit\u00e9.<br \/>\nLa soir\u00e9e du 7 f\u00e9vrier sur TF 1 nous a offert, en moins de deux heures, un r\u00e9sum\u00e9 du probl\u00e8me : apr\u00e8s le tribunal de Cr\u00e9teil et son personnel tr\u00e8s peu repr\u00e9sentatif de la r\u00e9partition par genres de la population, nous avons vu un reportage sur l\u2019apprentissage de la m\u00e9canique automobile chez les jeunes filles. Ensuite l\u2019in\u00e9vitable conjuration m\u00e8re-fille s\u2019entendait \u00e0 ridiculiser un pauvre bougre qui ne voulait pas boire de lait (publicit\u00e9 Lactel). Et pour comble, le feuilleton de la soir\u00e9e s\u2019appelait Femmes de loi.<br \/>\nQuant au surnom du magistrat d\u2019Outreau, le \u201cpetit juge\u201d, il donne froid dans le dos. Imagine-t-on de confier ses coronaires aux soins d\u2019un \u201cpetit chirurgien\u201d ? Qu\u2019on nous rende de grands juges, des humanistes qui inspirent le respect. Cela nous \u00e9pargnera des auditions consternantes comme celles du 8 f\u00e9vrier. Avant ce psychodrame national, l\u2019avocat g\u00e9n\u00e9ral aupr\u00e8s de la Cour de cassation, Laurent Davenas, a longtemps appel\u00e9 Fabrice Burgaud \u201cce gar\u00e7on\u201d. Il aurait d\u00fb dire \u201cce petit gar\u00e7on\u201d. Autisme dans l\u2019argumentation, syntaxe rudimentaire : son style personnel serait risible s\u2019il n\u2019avait eu le pouvoir de condamner huit innocents \u00e0 la mort sociale.<\/p>\n<p>Museli\u00e8re<br \/>\nAu dossier de la libert\u00e9 d\u2019expression, dont il est souvent question en ce moment, il faut verser la sc\u00e8ne qui a oppos\u00e9 Salman Rushdie \u00e0 Samy Nac\u00e9ri sur le plateau de Thierry Ardisson en octobre. Le pr\u00e9sentateur le plus honn\u00eate de la profession aurait, selon des rumeurs insistantes, coup\u00e9 au montage des menaces de mort \u00e0 peine voil\u00e9es prof\u00e9r\u00e9es par l\u2019acteur au nom de l\u2019islam. En tout cas son h\u00f4te, l\u2019\u00e9crivain anglais, a quitt\u00e9 le plateau furieux. Il faut consulter un site Internet (www.acrimed.org) pour se faire une id\u00e9e de ce qui s\u2019est pass\u00e9. Visiblement, ce n\u2019est plus sur la presse qu\u2019il faut compter pour le savoir. Le contexte actuel jette une lumi\u00e8re suppl\u00e9mentaire sur les privil\u00e8ges d\u2019extraterritorialit\u00e9 dont jouissent en France les enrag\u00e9s de la museli\u00e8re. Voil\u00e0 un d\u00e9bat qui va finir au porte-voix.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3613 paru le 24 F\u00e9vrier 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Catherine et Caton<br \/>\nIl n\u2019est pas interdit de paraphraser l\u2019article que Patrick Besson vient de consacrer \u00e0 Catherine Ceylac dans le Figaro Magazine, car le sujet rec\u00e8le une des cl\u00e9s de fonctionnement du service public \u00e0 la fran\u00e7aise. La productrice vient de f\u00eater dix ans de rencontres dominicales, soit environ cinq cents entretiens qui collent \u00e0 la pens\u00e9e dominante comme le sparadrap \u00e0 sa paire de ciseaux. Chaque semaine, elle affiche la modestie souriante et primesauti\u00e8re de la fille qui est l\u00e0 par hasard, mais elle a jou\u00e9 des coudes pour \u00eatre sur la photo ; on songe \u00e0 ces commodes h\u00e9riss\u00e9es de clich\u00e9s mondains qui, dans les familles de parvenus, montrent la grand-m\u00e8re en train de serrer la main \u00e0 Reagan ou la tante Micheline en audience priv\u00e9e chez le pape.<br \/>\nCertes la port\u00e9e de tout cela est \u00e0 peu pr\u00e8s nulle, comme le sugg\u00e8re d\u2019ailleurs le titre, Th\u00e9 ou caf\u00e9 ? Autant demander au h\u00e9ros du jour s\u2019il pr\u00e9f\u00e8re la mer ou la montagne. Mais on peut reconna\u00eetre, dans ce babillage, une preuve suppl\u00e9mentaire de la pr\u00e9pond\u00e9rance du m\u00e9dium sur le contenu. Voil\u00e0 qui rappelle une lointaine \u00e9mission de la Cinq nomm\u00e9e l\u2019Esprit du sport o\u00f9 Georges Marchais venait parler de ses promenades \u00e0 v\u00e9lo. Le principe est d\u2019offrir un temps d\u2019antenne aussi consensuel que possible.<br \/>\nParall\u00e8lement, il existe comme on le sait une poign\u00e9e d\u2019autres \u00e9missions qui travaillent en sens contraire, j\u2019entends contraire \u00e0 l\u2019invit\u00e9. Fogiel, Ardisson, Ruquier, si\u00e8gent au sein d\u2019une sorte de commission d\u2019\u00e9puration permanente dont le d\u00e9put\u00e9 Montebourg vient de d\u00e9noncer les activit\u00e9s. Tant\u00f4t ils font tomber de la passerelle les gens capables de gouverner le navire, tant\u00f4t ils cherchent \u00e0 les ridiculiser en les m\u00e9langeant \u00e0 des rappeurs, \u00e0 des humoristes ou \u00e0 des actrices qui disent \u201cMoi j\u2019ai aucun souci par rapport \u00e0 \u00e7a\u201d.<br \/>\nAinsi, au fil des semaines, voit-on clairement se dessiner une fronti\u00e8re entre ceux qui consentent \u00e0 ne rien dire pour rester \u00e0 leur poste et ceux qui prennent le risque du bannissement en annon\u00e7ant les prochaines guerres puniques. Mais m\u00eame en ce cas, n\u2019ayons aucun souci pour Catherine Ceylac : le jour o\u00f9 se r\u00e9glera le sort de Carthage au Parlement, elle va brandir une photo de cocktail en nous disant qu\u2019elle a tr\u00e8s bien connu Caton.<\/p>\n<p>Le tutu sur la glace<br \/>\nS\u2019il fut difficile, ces derniers jours, d\u2019\u00e9viter le compte rendu quotidien des jeux Olympiques sur France 2, il fut pratiquement impossible d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019\u201chumour\u201d de l\u2019\u00e9quipe. La fausse bonne id\u00e9e consistait \u00e0 parodier les \u00e9missions de la cha\u00eene entre deux reportages. Il s\u2019agissait de viser le second degr\u00e9. Dommage que personne n\u2019ait atteint le premier. Nelson Montfort, \u00e0 force de multiplier les triples axels linguistiques, a fini le tutu sur la glace en mainte occasion.<br \/>\nSi l\u2019on confiait le commentaire du patinage \u00e0 un grammairien, sur le plan sportif il n\u2019est pas certain que ce soit pire, mais la syntaxe y gagnerait \u00e9norm\u00e9ment.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3614 paru le 3 Mars 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Banalisation<br \/>\nSur Europe 1, l\u2019autre semaine, Jean Marc Morandini commentait la d\u00e9cision prise par TF 1 de diffuser cinq \u00e9pisodes des Experts, une s\u00e9rie am\u00e9ricaine qui hisse la m\u00e9decine l\u00e9gale au rang des beaux-arts. La seule anomalie qu\u2019il relevait dans cette programmation grotesque \u00e9tait relative \u00e0 l\u2019ordre de passage des \u00e9pisodes \u2013 en quoi il n\u2019avait pas enti\u00e8rement tort, puisque l\u2019un des personnages mourait en d\u00e9but de soir\u00e9e pour ressusciter dans un autre \u00e9pisode, apr\u00e8s 22 h 30.<br \/>\nEn revanche, le journaliste ne disait rien sur la m\u00e9thode qui consiste \u00e0 aligner cinq num\u00e9ros d\u2019une s\u00e9rie sanglante pour bloquer la soir\u00e9e sur une audience pr\u00e9visible, au m\u00e9pris des 40 % de t\u00e9l\u00e9spectateurs qui n\u2019ont aucune envie de voir un spectacle aussi cruel pendant quatre heures \u2013 surtout s\u2019ils n\u2019ont que trois cha\u00eenes \u00e0 leur disposition, ce qui est encore fr\u00e9quent dans la France dite profonde.<br \/>\nLes m\u00e9decins et les policiers new-yorkais qui se penchent sur des corps mutil\u00e9s, ceux qui r\u00e9alisent des pr\u00e9l\u00e8vements sous nos yeux en faisant tinter leur scalpel sur une coupelle de cristal, ceux qui nous expliquent apr\u00e8s quels s\u00e9vices la victime a succomb\u00e9 dans une cave nous rappellent l\u2019affaire Ilan, ses cruaut\u00e9s et ses hypocrisies. Voil\u00e0 dix ans que la t\u00e9l\u00e9vision nous inflige chaque semaine la description des mutilations et des humiliations subies par de pauvres gens tomb\u00e9s par hasard sur un tueur en s\u00e9rie. Voil\u00e0 dix ans que le CSA ne fait strictement rien pour juguler cette banalisation du crime.<br \/>\nSi, en mati\u00e8re de violence, les esprits faibles s\u2019inspirent du tout-venant, c\u2019est avant tout parce que personne n\u2019a voulu contr\u00f4ler la nature du tout venant. On nous dit que le \u201cgang des barbares\u201d \u00e9tait form\u00e9 de gens influen\u00e7ables. On nous dit qu\u2019ils ont accr\u00e9dit\u00e9 le clich\u00e9 de la famille juive qui cache un magot.<br \/>\nMais on ne nous dit pas qu\u2019ils ont imit\u00e9 les films o\u00f9 un chef de bande dit \u00e0 ses hommes \u00ab OK, je vous le laisse \u00bb en d\u00e9signant un captif ensanglant\u00e9. On ne nous dit pas qu\u2019ils ont vu cent fois Scarface, les films de Tarantino, les \u00e2neries sanglantes de Luc Besson et les adaptations de Jean-Christophe Grangi\u00e9. On ne nous dit pas que dans certains jeux vid\u00e9o on voit un otage recroquevill\u00e9 contre un radiateur dans un appartement vide. On ne nous dit pas que les producteurs des machines \u00e0 propager le sang et la haine tirent leur argent des grands groupes et roulent carrosse sous les cocotiers tout en d\u00e9plorant la disparition de la morale sociale.<br \/>\nD\u2019autre part, le fait que la s\u00e9rie le Royaume n\u2019ait pas trouv\u00e9 l\u2019audience escompt\u00e9e ne doit pas nous faire oublier la place insidieuse qu\u2019y tenait la torture. Plonger dans une eau glac\u00e9e des jeunes filles li\u00e9es \u00e0 une roue, les maltraiter de mille mani\u00e8res suppos\u00e9ment moyen\u00e2geuses n\u2019est pas innocent non plus. D\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, toutes les \u00e9missions o\u00f9 l\u2019on inflige \u00e0 autrui un traitement d\u00e9gradant r\u00f4dent autour de la zone interdite en attendant que l\u2019imagination des demeur\u00e9s fasse le reste.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3615 paru le 10 Mars 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Mercredi, c\u2019est barbarie<br \/>\nIl para\u00eet que S\u00e9gol\u00e8ne Royal a un plan m\u00e9dias, qu\u2019elle ne fait rien au hasard, et qu\u2019elle ne r\u00e9pond plus \u00e0 n\u2019importe qui. Du coup on est oblig\u00e9 d\u2019interpr\u00e9ter chacune de ses apparitions \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision comme le fruit d\u2019un calcul. Par exemple, si elle passe dans l\u2019\u00e9mission matinale de Sophie Davant, c\u2019est pour aller chercher, au fond du vivier t\u00e9l\u00e9visuel, les poissons pilotes de son \u00e9ventuel \u00e9lectorat : des femmes qui viennent d\u2019envoyer leur prog\u00e9niture \u00e0 l\u2019\u00e9cole et qui regardent la t\u00e9l\u00e9 pendant le repassage.<br \/>\nEn somme, c\u2019est le public d\u2019\u00c9velyne Thomas. Seulement, si elle veut lui plaire, elle devra le persuader qu\u2019elle n\u2019a pas dix ans de retard dans l\u2019analyse. Un grand nombre de m\u00e8res de famille, d\u00e9\u00e7ues par les pr\u00eachi-pr\u00eacha et les cons\u00e9quences de la licence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, souhaitent aujourd\u2019hui un retour aux \u201cfondamentaux\u201d. De m\u00eame, un grand nombre de p\u00e8res se rendent \u00e0 l\u2019\u00e9vidence que leur prog\u00e9niture r\u00e9clame une r\u00e8gle ; leur navire, un capitaine ; et leur nation, un projet.<br \/>\nOr \u00e0 entendre les ti\u00e8des d\u00e9clarations t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es de S\u00e9gol\u00e8ne Royal, on ne devine aucune perception du raz de mar\u00e9e qui a pris naissance au tr\u00e9fonds de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise pendant les ann\u00e9es de plomb. Elle se propose simplement de s\u2019asseoir sous le tableau noir et de chercher la v\u00e9rit\u00e9 en m\u00eame temps que nous. Elle nous promet une gouvernance \u201cassociative\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019un de ces moments de d\u00e9mocratie qu\u2019ont connu les \u00e9tablissements scolaires il y a une g\u00e9n\u00e9ration, avant que les proviseurs ne consentent \u00e0 retrouver l\u2019essence du m\u00e9tier, en saisissant au collet les fauteurs de chahut.<br \/>\nIl suffit de regarder, tous les mercredis, la matin\u00e9e pour enfants de France 2 pour se demander si une houlette f\u00e9minine du genre \u201cMon papa \u00e9tait militaire, mais je me soigne\u201d est ce que l\u2019on peut souhaiter de mieux dans un pays o\u00f9 pullulent les bandes de ca\u00efds.<br \/>\nUn indice nous est fourni par le clip d\u2019un certain Booba diffus\u00e9 par Top of the Pops \u00e0 destination des 7-15 ans et dont les paroles sont disponibles partout sur Internet. En voici des extraits :<br \/>\n\u00ab Il faut les mettre en taule, dans des ge\u00f4les, si tu parles comme \u00e7a, m\u00eame si t\u2019es personne \u00e2g\u00e9e, ferme ta gueule grosse pute, ou tu vas d\u00e9m\u00e9nager. \u00bb Vous avez bien lu. L\u2019\u00e9mission, servile d\u00e9marquage de son homologue anglais \u00e0 la botte des maquignons de la musique, est diffus\u00e9e sur le service public, le mercredi, pour infliger \u00e0 vos enfants ce style de vocabulaire. Sous pr\u00e9texte qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019album le mieux vendu du moment, on y diffuse un message d\u2019intimidation limpide. Certes, parmi les acheteurs de cette \u201cmusique\u201d une bonne moiti\u00e9 se pr\u00e9cipite sur l\u2019album pour braver un interdit. Le succ\u00e8s du rap dans la jeunesse doit donc \u00eatre \u00e9valu\u00e9 en tenant compte de ce facteur permanent de correction. Mais une autre chose est certaine : Youssouf Fofana et ses copains tortionnaires, dans l\u2019appartement de Bagneux, n\u2019\u00e9coutaient ni Lorie ni Rapha\u00ebl.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3616 paru le 17 Mars 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Du v\u00e9lo avec Sarko<br \/>\nL\u2019autre soir, Canal Plus d\u00e9signait \u201cen clair\u201d l\u2019une des grandes plaies de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, la paralysie inqui\u00e8te qui saisit les m\u00e9dias devant ceux qui pourraient un jour ou l\u2019autre d\u00e9tenir les cl\u00e9s de leur avenir. Un an avant les grandes \u00e9ch\u00e9ances, comme on dit pudiquement en France, la glaciation commence. Tout le monde se m\u00e9nage et chacun se surveille.<br \/>\nL\u2019invit\u00e9 du Grand Journal \u00e9tait Nicolas Sarkozy. Certes, quand on anime un programme du style info-show, il n\u2019est pas interdit d\u2019afficher une sympathie m\u2019as-tu-vu pour l\u2019invit\u00e9. C\u2019est la m\u00e9thode Drucker. Il l\u2019a d\u2019ailleurs appliqu\u00e9e devant nous en posant au pr\u00e9sident de l\u2019UMP une question enregistr\u00e9e : \u00ab Alors, quand la fait-on ensemble, cette prochaine balade \u00e0 v\u00e9lo ? \u00bb On aura compl\u00e9t\u00e9 de soi-m\u00eame : \u00ab Je suis l\u2019ami des stars, j\u2019ai toujours une anecdote \u00e0 raconter sur mon intimit\u00e9 avec les gens c\u00e9l\u00e8bres. Je suis le Zelig du PAF. Je fais du v\u00e9lo avec Sarko, de la b\u00e9cane avec Strauss-Kahn et de la trottinette avec Arlette. \u00bb<br \/>\nMais Beigbeder, Michel Denisot, Ariane Massenet \u00e9taient cens\u00e9s multiplier les vacheries dans l\u2019esprit insolent qui caract\u00e9rise Canal Plus. Or on s\u2019apercevait tr\u00e8s vite qu\u2019en p\u00e9riode pr\u00e9-\u00e9lectorale, l\u2019insolence de la cha\u00eene est r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 ceux qui ne sont pas susceptibles d\u2019arriver au pouvoir. Elle accable les pr\u00e9tendants dont elle n\u2019a rien \u00e0 craindre. Aux autres elle r\u00e9serve un traitement si cl\u00e9ment qu\u2019on finit par se demander pourquoi la perspective d\u2019un changement de r\u00e8gne lui inspire une trouille si profonde. En tout cas, il est certain que l\u2019argumentation de l\u2019invit\u00e9 n\u2019a pas eu \u00e0 franchir de tr\u00e8s grands obstacles pour atteindre le public.<br \/>\nLe contenu des propos de Nicolas Sarkozy importe peu, du moins ici. Il s\u2019agit seulement de souligner que ses interrogateurs se sont d\u00e9gonfl\u00e9s en direct. Comment Fran\u00e7ois Bayrou aurait-il \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 \u00e0 sa place ? Question int\u00e9ressante qui admet un corollaire, comment Beigbeder, qui a sign\u00e9 la campagne pr\u00e9sidentielle de Robert Hue, peut-il manquer de mordant \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un invit\u00e9 aussi \u00e9loign\u00e9 de sa sensibilit\u00e9 ? Dans deux ou trois ans, nous conna\u00eetrons l\u2019explication de ce myst\u00e8re en voyant quel poste occupe Beigbeder.<\/p>\n<p>Menaces obsc\u00e8nes<br \/>\nIl est au moins un th\u00e8me sur lequel le fond des propos de Nicolas Sarkozy concerne cette chronique, c\u2019est l\u2019apparition, sur i-t\u00e9l\u00e9vision, de l\u2019horrible Fofana en train de d\u00e9jeuner dans une prison d\u2019Abidjan. Le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur n\u2019a pas appr\u00e9ci\u00e9 cette latitude offerte \u00e0 un criminel de s\u2019exprimer et d\u2019illustrer devant la jeunesse que l\u2019enl\u00e8vement crapuleux \u00e9tait une pratique sociale juteuse plus ou moins justifiable \u2013 en somme, un business comme un autre. Si, au cours du reportage, il avait menac\u00e9 ses accusateurs de repr\u00e9sailles, comme il l\u2019a fait aupr\u00e8s du p\u00e8re Halimi deux jours apr\u00e8s l\u2019assassinat de son fils, i-t\u00e9l\u00e9vision aurait-elle achet\u00e9, vendu et diffus\u00e9 ses propos comme un scoop ? On ose esp\u00e9rer que non. Dans le cas contraire, l\u2019obsc\u00e9nit\u00e9 menace.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3617 paru le 24 Mars 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Terreur du rejet<br \/>\nQuand on contemple l\u2019agitation m\u00e9diatique avec l\u2019\u0153il pliss\u00e9 du peintre qui cherche \u00e0 d\u00e9gager les grandes lignes, on les reconna\u00eet \u00e0 chaque instant. Pour qui observe la ruche humaine avec froideur, les comportements deviennent de plus en plus pr\u00e9visibles.<br \/>\nOn s\u2019\u00e9tonne de ne jamais trouver de philosophes dans l\u2019entourage des ministres car, si les auteurs du CPE avaient \u00e9t\u00e9 mieux conseill\u00e9s, leur dispositif aurait \u00e9t\u00e9 mieux accueilli. Ils auraient \u00e9vit\u00e9 de donner \u00e0 la jeunesse l\u2019impression qu\u2019elle allait \u00eatre \u00e9valu\u00e9e, alors que la terreur du rejet, le besoin de reconnaissance affective, caract\u00e9risent toute cette g\u00e9n\u00e9ration, sans compter la pr\u00e9c\u00e9dente qui n\u2019a aucune maturit\u00e9 malgr\u00e9 ses cheveux gris. Dans les familles modernes, le d\u00e9faut d\u2019estime de soi fait des ravages.<br \/>\nPour en avoir une id\u00e9e, il faut lire les consternantes Particules \u00e9l\u00e9mentaires de Michel Houellebecq, et certains ouvrages de Christophe Donner, qui trahissent une crainte majeure : celle de ne pas trouver sa place dans le regard et dans l\u2019amour d\u2019autrui. On la d\u00e9c\u00e8le dans toutes les interviews : les jeunes face au CPE n\u2019envisagent jamais l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 leur futur patron serait convaincu de leurs m\u00e9rites. Ils sont plut\u00f4t accabl\u00e9s par la crainte d\u2019\u00eatre mal aim\u00e9s. Osons ajouter : comme ils l\u2019ont \u00e9t\u00e9 en famille \u00e0 cause de l\u2019\u00e9go\u00efsme parental, de la d\u00e9rive mat\u00e9rialiste du corps social entier, des divorces, de l\u2019amoindrissement de la figure du p\u00e8re, tous facteurs qui concourent \u00e0 fabriquer des geignards dont la devise est \u201cCh\u00e9rissez-moi d\u2019abord, je vous donnerai satisfaction apr\u00e8s\u201d.<br \/>\nUn d\u00e9bat sur i-T\u00e9l\u00e9vision r\u00e9unissait r\u00e9cemment, \u00e0 ce propos, des commentateurs d\u2019horizons divers. La pr\u00e9sence de G\u00e9rard Gachet temp\u00e9rait l\u2019agacement que l\u2019on \u00e9prouvait \u00e0 voir le bilieux St\u00e9phane Pocrain s\u2019emparer du sujet, sur le ton p\u00e9remptoire et vengeur qu\u2019il inflige \u00e0 tous ses interlocuteurs. Une id\u00e9e a \u00e9t\u00e9 prof\u00e9r\u00e9e ce jour-l\u00e0 par l\u2019un des participants : certains jeunes de milieu modeste, tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s des protestataires bacheliers, verraient dans la r\u00e9forme de l\u2019embauche une occasion de faire leurs preuves. Les autres, les enfants de la petite bourgeoisie vindicative, ceux qui font la loi chez eux depuis la maternelle, se m\u00e9fient de tout syst\u00e8me d\u2019\u00e9valuation parce qu\u2019il risque de malmener leur amour-propre. Le gouvernement aurait d\u00fb s\u2019adresser aux premiers d\u2019abord. Pour couvrir la voix des mal-sevr\u00e9s, \u00e0 pr\u00e9sent il va falloir hausser le ton.<\/p>\n<p>\u201cAu revoir madame\u201d<br \/>\nDans le m\u00eame d\u00e9bat, il fut question de la campagne \u00e9lectorale italienne et de Silvio Berlusconi. Un lecteur m\u2019\u00e9crit sa satisfaction d\u2019avoir vu Sua Emittenza se lever souriant et dire \u00e0 une journaliste : \u201cVous \u00eates partiale, vous devriez avoir honte, au revoir madame.\u201d On imagine mal Dominique de Villepin dire une chose pareille \u00e0 Christine Ockrent. Et pourtant en pareil cas les sondages r\u00e9v\u00e9leraient, dans l\u2019heure, qu\u2019il aurait d\u00fb le faire depuis longtemps.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3618 paru le 31 Mars 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Nouveau continent<br \/>\nIl existe un ph\u00e9nom\u00e8ne souterrain qui se d\u00e9veloppe depuis des mois mais dont la \u201cgrande presse\u201d va nous dire, un jour ou l\u2019autre, qu\u2019il fait fureur depuis trois semaines : la t\u00e9l\u00e9vision sauvage. Je ne parle pas des quelques cha\u00eenes qui fournissent des sujets vid\u00e9o \u00e0 la demande sur leur site Internet, mais des terres nouvellement \u00e9merg\u00e9es qui agrandissent sans cesse le continent des images.<br \/>\nJe parle de ces archipels qui apparaissent partout et se r\u00e9unissent dans le dos du l\u00e9gislateur d\u00e9pass\u00e9. Il faut d\u2019abord citer les innombrables blogs o\u00f9 figurent des extraits d\u2019\u00e9missions. Ensuite, les clips que l\u2019on s\u2019envoie par courrier \u00e9lectronique, les plaisanteries visuelles, les publicit\u00e9s humoristiques. Les plateaux des grandes t\u00e9l\u00e9visions nationales sont d\u00e9j\u00e0 contraints de nous pr\u00e9senter, la queue basse, \u201cce qui circule sur le net\u201d. Ils ont beau nous pr\u00e9venir \u201cVous allez voir, la qualit\u00e9 n\u2019est pas tr\u00e8s bonne\u201d, il leur est difficile de cacher que la libert\u00e9 et l\u2019imagination sont en train de quitter les studios.<br \/>\nEt puis, il y a cette poudri\u00e8re de l\u2019\u00e9change d\u2019image par BitTorrent. Il s\u2019agit d\u2019un programme de partage de fichiers dont l\u2019usage est impossible \u00e0 juguler, et qui va devenir t\u00f4t ou tard un continent \u00e0 lui seul. Pour r\u00e9sumer, quand on a rat\u00e9 une \u00e9mission, on la trouve sur Internet d\u00e8s le lendemain. Ah, certes, pas les Cordier, mais qui s\u2019en plaindrait ? En revanche, la descente olympique de Deneriaz, le dernier \u00e9pisode de Lost ou de Friends, le d\u00e9bat dont tout le monde a parl\u00e9 \u00e0 Washington, les talk-shows les plus savoureux, tout y est.<br \/>\nMais ce n\u2019est pas tout. Le vrai continent cach\u00e9, le ph\u00e9nom\u00e8ne imminent, surtout en p\u00e9riode \u00e9lectorale, c\u2019est l\u2019originalit\u00e9 future des contenus et leur caract\u00e8re militant. Aujourd\u2019hui, le principal de ce qui s\u2019\u00e9change est compos\u00e9 de films et de documentaires. Demain, ce seront des sujets originaux, des conf\u00e9rences, des colloques politiques, des reportages-samizdats, des enqu\u00eates \u00e0 la Michael Moore. Il suffit de taper le mot Bush dans le moteur de recherche qui figure sur la page www.conspiracycentral.net pour comprendre o\u00f9 nous allons. La facilit\u00e9 de tourner, de monter et de diffuser des images n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi grande. Elle a pour corollaire le besoin de s\u2019affranchir des grands m\u00e9dias, comme en t\u00e9moigne le succ\u00e8s des blogs. La conjonction de ces ph\u00e9nom\u00e8nes induit non seulement une r\u00e9volution num\u00e9rique, mais une r\u00e9volution tout court.<br \/>\nLe probl\u00e8me des droits, qui occupe tant nos parlementaires, va devenir secondaire d\u00e8s que les gens se pr\u00e9cipiteront plut\u00f4t sur les r\u00e9v\u00e9lations douteuses, les reportages du genre t\u00e9l\u00e9-corbeau, et les vid\u00e9os des candidats marginaux \u00e0 la pr\u00e9sidentielle. Les films de propagande d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment introduits dans les circuits d\u2019\u00e9change entre particuliers n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vus par les textes. Le CSA, si oublieux en mati\u00e8re de violence, va se r\u00e9veiller sous la pression des politiques et nous allons assister \u00e0 la plus belle pagaille depuis l\u2019apparition des radios libres.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3619 paru le 7 Avril 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Il est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0<br \/>\nLe t\u00e9l\u00e9film pr\u00e9sent\u00e9 r\u00e9cemment sur la vie de Charles de Gaulle comportait des le\u00e7ons cach\u00e9es. La premi\u00e8re est qu\u2019\u00e0 travers l\u2019agitation et le tumulte se manifeste toujours le profil d\u2019un ordre futur. La France a ceci de particulier qu\u2019elle ne sait pas enfanter de p\u00e9riodes de stabilit\u00e9 sans douleur, ni trouver de majorit\u00e9 sans s\u2019infliger le frisson de l\u2019insurrection. Le film de France 2 nous rendait t\u00e9moins des tractations entre les \u00e9quipes d\u2019Alger et l\u2019entourage du G\u00e9n\u00e9ral sur le th\u00e8me : comment laisser m\u00fbrir une crise pour imposer un nouveau r\u00e9gime ?<br \/>\nPour peu que l\u2019on consente \u00e0 faire le parall\u00e8le avec le pr\u00e9sent, la seconde \u00e9poque du feuilleton \u00e9tait passionnante. Les phrases du G\u00e9n\u00e9ral sur le r\u00e9gime des partis s\u2019appliquaient tr\u00e8s bien \u00e0 ce que nous vivons. Quand on imagine Dominique Strauss-Kahn ou Laurent Fabius dans le bureau du Grand Charles, on les voit encore plus petits que Guy Mollet, c\u2019est dire. Mais surtout, la premi\u00e8re le\u00e7on de notre histoire r\u00e9cente est que la France d\u2019aujourd\u2019hui nourrit d\u00e9j\u00e0 depuis vingt, trente, cinquante ans, ceux qu\u2019elle acclamera demain. Inconnus ou m\u00e9connus, ils sont parmi nous. Ils analysent la vie sociale en attendant l\u2019heure d\u2019agir. Nous nous demanderons bient\u00f4t comment nous avons pu les ignorer si longtemps. Nous sommes semblables \u00e0 ces myriades d\u2019objets c\u00e9lestes dont le tournoiement est influenc\u00e9 par un puits de gravit\u00e9 invisible, dans lequel ils tomberont un jour.<br \/>\nPendant la moiti\u00e9 de sa vie, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle fut un officier obscur qui passait pour un th\u00e9oricien un peu raseur. Personne n\u2019aurait imagin\u00e9 qu\u2019il allait exercer une attraction newtonienne sur le pays entier. Aujourd\u2019hui, c\u2019est cette force dense et secr\u00e8te que nous devons d\u00e9celer autour de nous malgr\u00e9 la m\u00e9diocrit\u00e9 de la com\u00e9die sociale. Il suffit de regarder la t\u00e9l\u00e9vision en se demandant ce qu\u2019on nous cache pour en mesurer l\u2019\u00e9normit\u00e9. Quand nous apprenons sur TF 1 que le taux de f\u00e9condit\u00e9 fran\u00e7ais est l\u2019un des plus \u00e9lev\u00e9s d\u2019Europe, tout le monde sait ce que cela signifie. Quand nous entendons sur France 2 que 62 % des votants du r\u00e9f\u00e9rendum ill\u00e9gal de Saint-Denis sont favorables au droit de vote des \u00e9trangers, personne n\u2019ajoute que la participation a \u00e9t\u00e9 de 30 %. Et pourtant tout le monde s\u2019en doute. Quand on nous dit (sur T\u00e9l\u00e9matin) que \u00ab trois millions de personnes ont d\u00e9fil\u00e9 hier \u00bb, on ne pr\u00e9cise pas que ce chiffre provient de la CGT. Et pourtant tout le monde le sait.<br \/>\nQuand on nous affirme que \u00ab personne n\u2019a la trempe d\u2019un De Gaulle aujourd\u2019hui \u00bb, on ne veut pas admettre que son successeur est l\u00e0, devant nous, perdu dans la foule, et que le pays l\u2019a d\u00e9j\u00e0 pl\u00e9biscit\u00e9 sans le conna\u00eetre.<\/p>\n<p>Propositions<br \/>\nAu journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9, nous voyons un professeur qui fait la navette entre deux classes pour remplacer une coll\u00e8gue gr\u00e9viste : \u00ab Si je vois que \u00e7a bouge, je passe dans l\u2019autre classe pour renouveler les propositions. \u00bb Tout le monde a compris : l\u2019\u00e9cole moderne, c\u2019est un lieu o\u00f9 l\u2019on propose.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3620 paru le 14 Avril 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Effet Doppler<br \/>\nLe personnel m\u00e9diatique n\u2019a rien trouv\u00e9 de mieux, pour devancer et pour influencer les \u00e9ch\u00e9ances fran\u00e7aises, que d\u2019aller chercher \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ses mod\u00e8les et ses sujets d\u2019indignation.<br \/>\nOn se souvient avec quelle insistance les plateaux nous annon\u00e7aient la victoire de John Kerry. On se souvient des louanges de la gauche fran\u00e7aise pour Al Gore. On a vu les t\u00e9l\u00e9s se pr\u00e9cipiter au Chili pour y couvrir la victoire d\u2019une femme, dans l\u2019espoir d\u2019accr\u00e9diter chez nous une candidate en tailleur beige. On a vu des reportages diffus\u00e9s en direct de Minsk o\u00f9 la police embarquait les manifestants. Aux rares Fran\u00e7ais qui s\u00e9journaient dans la ville (parmi lesquels votre serviteur), le journal de 13 heures de France Inter a essay\u00e9 d\u2019arracher des t\u00e9moignages \u00e9pouvant\u00e9s en faveur d\u2019une r\u00e9volution orange \u00e0 la bi\u00e9lorusse, or elle n\u2019a jamais eu lieu. Le m\u00eame dimanche, \u00e0 Kiev, un scrutin sans trucage \u00e9cornait le mythe du miracle ukrainien.<br \/>\nN\u2019importe, les t\u00e9l\u00e9visions \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9es \u00e0 un autre sujet : les \u00e9lections italiennes. Pour nous imposer plus s\u00fbrement l\u2019Internationale du centre gauche (celle qui lit le Guardian et La Reppublica), le Paf fran\u00e7ais d\u00e9couvrait les m\u00e9rites de Romano Prodi.<br \/>\nComme beaucoup de Fran\u00e7ais, j\u2019ai profit\u00e9 de la disponibilit\u00e9 des cha\u00eenes italiennes via Eutelsat pour regarder le d\u00e9bat Prodi-Berlusconi sur la Rai Uno.<br \/>\nLe lendemain, j\u2019ai \u00e9cout\u00e9 les commentaires du plateau radiophonique de Ruquier sur Europe 1, afin de mesurer l\u2019effet Doppler \u2013 vous savez bien, le d\u00e9calage vers le rouge qu\u2019on observe dans l\u2019opinion quand elle s\u2019\u00e9loigne \u00e0 grande vitesse de la r\u00e9alit\u00e9.<br \/>\nD\u00e8s qu\u2019on a prononc\u00e9 le nom de Berlusconi, Steevy Boulay, le politologue du Loft, a devanc\u00e9 ses compagnons pour d\u00e9cr\u00e9ter qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s mauvais. Pierre B\u00e9nichou, plus circonspect, a donn\u00e9 les protagonistes pour \u00e9gaux sans avoir vu le d\u00e9bat, ce qui, apr\u00e8s correction id\u00e9ologique, atteste que Berlusconi a \u00e9t\u00e9 nettement sup\u00e9rieur \u00e0 son adversaire, et j\u2019en t\u00e9moigne : il a \u00e9t\u00e9 dr\u00f4le, mordant, imag\u00e9, notamment quand il a d\u00e9crit les composantes de la gauche italienne. Or, le lendemain, le fait d\u2019avoir caricatur\u00e9 ses ennemis nous fut pr\u00e9sent\u00e9 dans les journaux fran\u00e7ais comme un \u201cd\u00e9rapage\u201d. Avant tout d\u00e9bat, c\u2019est le m\u00eame stratag\u00e8me : la gauche adore priver ses adversaires des avantages qu\u2019elle ne poss\u00e8de pas elle-m\u00eame. Le pittoresque en fait partie. Il suffit d\u2019employer le verbe d\u00e9raper et le tour est jou\u00e9.<br \/>\nCela dit, le personnage de Berlusconi m\u00e9rite une analyse plus fine que celle des oligarques du commentaire \u00e0 la fran\u00e7aise. Parmi les extraits vid\u00e9o que l\u2019on voyait sur les cha\u00eenes italiennes, plusieurs \u00e9taient accablants, notamment celui o\u00f9, dans un curieux acc\u00e8s de parano\u00efa, le Cavaliere pr\u00e9sente sa propre crypte fun\u00e9raire (monumentale) \u00e0 un Gorbatchev stup\u00e9fait. Ou ceux qui \u00e9tablissent les liens de ses fid\u00e8les avec la Mafia. Il faut croire que plus un pays a soif d\u2019ordre, moins il est exigeant sur sa nature, et la France devrait m\u00e9diter l\u00e0-dessus.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3501 paru le 9 Janvier 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>L\u2019archipel des images<br \/>\nPendant les f\u00eates o\u00f9 la t\u00e9l\u00e9vision subit la concurrence d\u2019\u00e9crans rivaux : ordinateurs, jeux vid\u00e9o, t\u00e9l\u00e9phones portables, on a l\u2019impression que l\u2019archipel des images se rassemble pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, \u00e0 condition de poss\u00e9der un peu d\u2019\u00e9ducation et de sens commun, repr\u00e9sente 80 % de l\u2019offre : \u00eeles au tr\u00e9sor sem\u00e9es d\u2019\u00e9nigmes et de merveilles graphiques, courses \u00e0 la barre sur des voiliers mythiques, architectures d\u2019une complexit\u00e9 piran\u00e9sienne, mondes ultragalactiques balay\u00e9s par des temp\u00eates de sable. Le virtuel \u00e9lectronique, avec la complicit\u00e9 des \u00e9crans plats et des techniques sonores immersives (en attendant le relief) est vraiment devenu l\u2019un des beaux arts.<br \/>\nH\u00e9las, il y a aussi le pire. Depuis le premier simulateur de vol sur lequel cent millions de joueurs, au bas mot, ont travers\u00e9 les tours du World Trade Center avant le passage \u00e0 l\u2019acte, le jeu vid\u00e9o est devenu le vecteur de sottise et de m\u00e9chancet\u00e9 le plus puissant qu\u2019on puisse imaginer. Dans l\u2019un des titres que je viens d\u2019examiner, Need for Speed Underground, il s\u2019agit de se livrer \u00e0 une course urbaine et nocturne au milieu du trafic, au volant de voitures \u201ctun\u00e9es\u201d, pour un public de zonards gesticulants. Le d\u00e9part est donn\u00e9 par des rappeuses en bol\u00e9ro de cuir. La notice d\u2019emploi pr\u00e9cise obligeamment : \u00ab Tu auras le temps de conduire comme un bon p\u00e8re de famille quand tu seras vieux. Pour l\u2019instant, conduis comme un malade, ta r\u00e9putation en d\u00e9pend ! \u00bb<br \/>\nJ\u2019ai aussi achet\u00e9 une bluette, Rayman 3, destin\u00e9e aux enfants de quatre \u00e0 douze ans. Apr\u00e8s deux tableaux, que croyez-vous que le petit personnage crie au joueur ? \u00ab Eh ben ? Qu\u2019est-ce que t\u2019as ? T\u2019as fum\u00e9 ou quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Publicit\u00e9 de poche<br \/>\nLes passerelles entre le cin\u00e9ma, la t\u00e9l\u00e9vision et le jeu vid\u00e9o sont d\u00e9j\u00e0 nombreuses, mais l\u2019irruption du t\u00e9l\u00e9phone portable dans cette ronde des images repr\u00e9sente une nouveaut\u00e9 qui n\u2019est pas sans cons\u00e9quences. Pour le b\u00e9n\u00e9fice de t\u00e9l\u00e9phoner en 65 000 couleurs, nous allons bient\u00f4t recevoir publicit\u00e9s et bandes-annonces directement dans nos poches, en attendant que notre cervelet lui-m\u00eame soit \u00e9quip\u00e9 d\u2019une prise bluetooth.<\/p>\n<p>Redondances<br \/>\nDans les entretiens t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, si la plupart des r\u00e9ponses commencent par \u201cC\u2019est vrai que\u201d, c\u2019est parce que les journalistes ont pris l\u2019habitude de caser dans les questions ce qu\u2019ils veulent entendre. D\u2019o\u00f9 une impression de redondance assez p\u00e9nible.<br \/>\nAu m\u00eame chapitre, citons l\u2019habitude de livrer le contenu d\u2019un reportage au moment de l\u2019annoncer. Ce d\u00e9samor\u00e7age ridicule donne \u00e0 peu pr\u00e8s ceci : \u00ab La police est sur la piste d\u2019un trafic de voitures vol\u00e9es qui aurait des ramifications jusqu\u2019en Turquie et en Egypte et qui concernerait des berlines allemandes. Reportage de Fr\u00e9d\u00e9ric Moreau. \u00bb<br \/>\nQue nous dit Fr\u00e9d\u00e9ric Moreau ? Strictement la m\u00eame chose, bien malgr\u00e9 lui. L\u2019autre a parasit\u00e9 son travail, ses arguments et son vocabulaire en \u00e9coutant la bande avant de prendre l\u2019antenne.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3399 paru le 18 Janvier 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Un c\u0153ur simple<br \/>\nL\u2019un des derniers refuges de l\u2019imagination pour un cin\u00e9aste, l\u2019un des exutoires du r\u00eave, dans un monde o\u00f9 les sc\u00e9narios sont devenus aussi lin\u00e9aires que les rayons de supermarch\u00e9, c\u2019est le clip.<br \/>\nDans un clip le projet est circonscrit dans la dur\u00e9e. L\u2019invention devient donc d\u00e9terminante. Avec le clip, le cin\u00e9ma devient elliptique. Impressionniste ou surr\u00e9aliste, il se joue de la physique, de la logique, il multiplie les changements d\u2019\u00e9chelle et les paradoxes. Le clip appartient au royaume des contes et l\u00e9gendes.<br \/>\nLes cha\u00eenes musicales diffusent en ce moment l\u2019une de ces paraboles que j\u2019invite le lecteur \u00e0 traquer pour savourer deux minutes de po\u00e9sie. Il s\u2019agit de l\u2019illustration d\u2019une chanson dont mon seul souvenir est que l\u2019auteur s\u2019appelle Robert, mais l\u2019essentiel n\u2019est pas l\u00e0.<br \/>\nLe film est en noir et blanc, ou presque. On y voit une jeune femme h\u00e9siter \u00e0 un carrefour en plein Manhattan, encombr\u00e9e d\u2019un paquet rouge tellement gros qu\u2019il tra\u00eene par terre et tient \u00e0 peine entre ses bras. La cam\u00e9ra change d\u2019angle pendant que la jeune femme, qui para\u00eet \u00e9puis\u00e9e, essaie de traverser un passage clout\u00e9 dans la foule. Elle se heurte \u00e0 ses voisins. Personne ne l\u2019aide \u00e0 porter son paquet rouge. Elle le tra\u00eene, le pousse, le pose contre un mur. On s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019il s\u2019agit en v\u00e9rit\u00e9 d\u2019un c\u0153ur de plus d\u2019un m\u00e8tre soixante, lisse et gonfl\u00e9 comme un ballon dirigeable.<br \/>\nL\u2019allusion para\u00eet un peu grossi\u00e8re mais elle est d\u00e9chirante. Bouscul\u00e9e dans la rue, ignor\u00e9e dans le m\u00e9tro, vou\u00e9e \u00e0 la laideur et \u00e0 la solitude urbaines, la jeune femme transporte son c\u0153ur qui devient de plus en plus petit. Il est \u00e0 peine gros comme un ballon de foot quand elle arrive en vue de son affreuse maison de Brooklyn. Une aimable et tendre d\u00e9tresse se lit alors sur son visage, si aimable et si tendre qu\u2019un jeune passant lui offre un caf\u00e9.<br \/>\nChangement de plan. Le c\u0153ur est pos\u00e9 entre eux contre la vitre. Sorti du caf\u00e9, le jeune homme raccompagne sa Cendrillon qui a quelque difficult\u00e9 \u00e0 franchir la porte de sa maison, le c\u0153ur ayant retrouv\u00e9 sa taille d\u2019origine.<br \/>\nLe lendemain on guette sur MTV ou FunTV la rediffusion de cette minuscule \u0153uvre d\u2019art qui dure autant que la lecture d\u2019un po\u00e8me, qui n\u2019est pas la seule de son esp\u00e8ce et qui vous r\u00e9concilie \u00e0 jamais avec la vid\u00e9o-minute.<\/p>\n<p>Flics et voyous<br \/>\nEn comparaison, un t\u00e9l\u00e9film policier de TF 1 para\u00eet aussi talentueux qu\u2019un manuel de droit commercial. Prenons la s\u00e9rie marseillaise o\u00f9 Alain Delon joue les redresseurs de torts : sanglante et raisonneuse, cette affaire nous ram\u00e8ne trente ans en arri\u00e8re, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 notre t\u00e9n\u00e9breux sociologue des bas-fonds jouait et produisait des films o\u00f9 les flics se montraient cruels avec les malfrats tout en fomentant des complots contre la R\u00e9publique. La production de Fabio Montale a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e au moment du vote de la loi Guigou. Aujourd\u2019hui tout semble avoir pris l\u2019eau en m\u00eame temps : et la loi, et le film.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3621 paru le 21 Avril 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Humour et d\u00e9rision<br \/>\nLa soir\u00e9e Shirley et Dino pr\u00e9sent\u00e9e par Patrick S\u00e9bastien illustrait tr\u00e8s bien, c\u2019est-\u00e0-dire aussi bien que les plus vigoureuses professions de foi technocratiques, l\u2019existence d\u2019un champ culturel europ\u00e9en. Apr\u00e8s le transformiste Arturo Brachetti, qui nous rappelle \u00e0 la fois le Moulin Rouge et le monde de Fellini, un fantaisiste suisse interpr\u00e9tait Beethoven et Vivaldi \u00e0 l\u2019aide d\u2019une batterie de klaxons, ensuite nos duettistes ringards se livraient \u00e0 une parodie de caf\u2019conc\u2019 et multipliaient les allusions litt\u00e9raires (Cyrano, les Trois Mousquetaires), le tout devant un public non seulement gagn\u00e9 \u00e0 leur humour mais ravi par un spectacle qui relevait de l\u2019histoire de famille. Ce music-hall qui sent la Vieille Europe, qui rappelle les attractions des casinos d\u2019avant-guerre, qui remonte aux saynettes des Tuileries et des Grands Boulevards, c\u2019est notre pass\u00e9, c\u2019est notre \u00e2me.<br \/>\nLe style parodique de Shirley et Dino jouit en France d\u2019une faveur tr\u00e8s grande parce qu\u2019il nous ram\u00e8ne \u00e0 une m\u00e9moire instinctive, celle des jongleurs de foire, du Kid de Chaplin, de Laurel et Hardy, celle des pauvres gens qui essaient de r\u00e9ussir sous la rampe en autodidactes.<br \/>\nBien entendu, on trouvera toujours des grincheux pour parler de ringardise franchouillarde. Ceux-l\u00e0 ne supportent pas les formes d\u2019humour capables de rassembler trois g\u00e9n\u00e9rations. Ils n\u2019aiment ni Shirley, ni Dino, ni Bigard, ni Chevalier, ni Laspal\u00e8s. Ils pr\u00e9f\u00e8rent Guy Bedos, Ruquier, les Deschiens, Laurent Baffie, Karl Z\u00e9ro, etc. Quelle est la diff\u00e9rence ? Dans un cas c\u2019est de l\u2019humour, dans l\u2019autre de la d\u00e9rision. L\u2019humour rassemble. La d\u00e9rision offense et divise. Quand on compare Shirley et Dino aux Deschiens, on s\u2019aper\u00e7oit que les premiers font le plein sur une antenne nationale, tandis que les autres ont fait ricaner une moiti\u00e9 du pays aux d\u00e9pens de l\u2019autre, et de surcro\u00eet sur une cha\u00eene payante.<br \/>\nSi l\u2019on veut pousser l\u2019analyse jusqu\u2019\u00e0 un exc\u00e8s de s\u00e9rieux, on observe que les partisans de la soci\u00e9t\u00e9 sans classes et sans fronti\u00e8res introduisent paradoxalement une guerre civile larv\u00e9e dans les esprits depuis plus de vingt ans, tandis que les humoristes de papa ont la faiblesse de d\u00e9signer ce qui rend les hommes semblables : la ruse, la vanit\u00e9, la convoitise, la l\u00e2chet\u00e9, le machisme, la coquetterie, le snobisme.<br \/>\nVoil\u00e0 ce qui explique la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 des films de Louis de Fun\u00e8s en Europe centrale et dans un grand nombre de pays latins. Voil\u00e0 ce qui a fait de l\u2019acteur italien Toto (le Fernandel transalpin) un personnage culte. Voil\u00e0 la raison pour laquelle les Bronz\u00e9s ne parvient gu\u00e8re \u00e0 s\u2019exporter, sauf chez les inconditionnels de la France, comme le Japon.<br \/>\nLorsqu\u2019on voit Thierry Ardisson recevoir Boutros Boutros-Ghali ou Salman Rushdie pour leur infliger l\u2019ironie de son plateau, lorsqu\u2019on voit que l\u2019\u00e9mission est rediffus\u00e9e dans le monde entier sur TV5, on se dit que le fameux esprit fran\u00e7ais tourne au d\u00eener de cons \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire et que c\u2019est dommage.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3622 paru le 28 Avril 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>La gloire de l\u2019Agneau<br \/>\nQui e\u00fbt dit que CNN serait capable d\u2019arracher une larme au voyageur press\u00e9 lors d\u2019un dimanche pascal, dans une chambre d\u2019h\u00f4tel anonyme ? Et pourtant, en diffusant un documentaire en deux parties sur l\u2019histoire cach\u00e9e de la fin de Jean-Paul II, la cha\u00eene internationale a su comprendre et repr\u00e9senter l\u2019essence de l\u2019\u00e9v\u00e9nement pour un chr\u00e9tien. Certes, elle fut aid\u00e9e en cela par les commentaires intelligents de la plupart des intervenants, mais il fallait parvenir \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 la logique forcen\u00e9e de l\u2019information. C\u2019est-\u00e0-dire ne rien couper au montage sous pr\u00e9texte que le sujet \u00e9tait trop statique ou le commentaire trop abstrait.<br \/>\nL\u2019affaire commen\u00e7ait d\u2019ailleurs assez mal, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e8s la bande-annonce, puisque le soin de pr\u00e9senter le sujet, sous la forme d\u2019un extrait d\u2019entretien, \u00e9tait laiss\u00e9 \u00e0 monseigneur Wilton Gregory, le tr\u00e8s m\u00e9diocre archev\u00eaque d\u2019Atlanta, qui n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 nous livrer un scoop : \u00ab Jean-Paul II \u00e9tait un homme anim\u00e9 d\u2019une tr\u00e8s grande foi \u00bb (sic).<br \/>\nLe sourire ang\u00e9lique de ce Monsignore d\u2019Atlanta faisait un peu froid dans le dos, surtout si l\u2019on se souvient que les journaux progressistes nous le donnaient pour papabile. Un pr\u00e9lat capable de prof\u00e9rer ce genre de sottises nous rendait encore plus noble et plus ch\u00e8re la figure auguste de Jean-Paul II. Et tout le reportage nous a montr\u00e9 combien le pape a voulu incarner, \u00e0 travers son calvaire final, le triomphe de la faiblesse qui est l\u2019essence de la philosophie chr\u00e9tienne. Rendons gr\u00e2ce \u00e0 Ren\u00e9 Girard de nous avoir expliqu\u00e9, dans Des choses cach\u00e9es depuis la fondation du monde, que le christianisme s\u2019\u00e9carte des lois de la nature en se laissant d\u00e9vorer par elles pour signifier qu\u2019il appartient \u00e0 un ordre sup\u00e9rieur. Et remercions Jean-Paul II de l\u2019avoir illustr\u00e9.<br \/>\nPape conqu\u00e9rant, chef d\u2019\u00c9tat, statue du Commandeur, Jean-Paul II s\u2019est livr\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e0 la d\u00e9cr\u00e9pitude, comme ses lointains pr\u00e9d\u00e9cesseurs ont choisi de rester immobiles face aux fauves du Colis\u00e9e.<br \/>\nPuisqu\u2019il est question des cardinaux am\u00e9ricains, un autre pr\u00e9lat interrog\u00e9 par CNN, visiblement tr\u00e8s proche de Jean-Paul II, nous a d\u00e9crit la nature du message et le sens des derniers jours avec toute l\u2019\u00e9motion souhaitable. Il a racont\u00e9 en pleurs que, dans le silence retrouv\u00e9 apr\u00e8s les clameurs, avant le scellement du tombeau, on a \u00f4t\u00e9 sa mitre au Saint-P\u00e8re, et que d\u2019un mouvement unanime, les cardinaux ont enlev\u00e9 leur propre couvre-chef en silence. L\u2019homme qui racontait cette sc\u00e8ne a laiss\u00e9 \u00e9chapper un sanglot tr\u00e8s bref sous la cam\u00e9ra en concluant : \u00ab He was a great guy. \u00bb<br \/>\nIl est bon de rappeler que le fondateur du christianisme, non content de pr\u00f4ner la gloire de l\u2019Agneau, prescrivait le pardon des ennemis quand d\u2019autres proph\u00e8tes, qu\u2019on ne peut plus ni nommer ni dessiner, d\u00e9capitaient les leurs par milliers. La libert\u00e9 de rapporter ce genre de faits est d\u00e9j\u00e0 largement compromise dans les classes d\u2019histoire. Si nous n\u2019y prenons garde, elle finira encadr\u00e9e par les juges.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3623 paru le 5 Mai 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Dans cent cinquante ans<br \/>\nL\u2019une des cha\u00eenes de TPS diffusait l\u2019autre jour un film des ann\u00e9es 1990 dont le seul m\u00e9rite \u00e9tait d\u2019avoir offert sa chance \u00e0 Julia Roberts. Ce n\u2019\u00e9tait pas tout \u00e0 fait le seul, l\u2019autre \u00e9tait son sujet : l\u2019apr\u00e8s-mort. Une \u00e9quipe d\u2019\u00e9tudiants en m\u00e9decine jouait avec les techniques de d\u00e9fibrillation afin de provoquer des arr\u00eats cardiaques de plus en plus longs. Le but de l\u2019op\u00e9ration \u00e9tait de voir ce qu\u2019il y avait de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, de faire l\u2019exp\u00e9rience du fameux tunnel, de la d\u00e9corporation, etc. C\u2019est un tr\u00e8s vieux th\u00e8me mais ce n\u2019est pas celui de cette chronique. Non, il ne s\u2019agit pas de savoir ici s\u2019il y a quelque chose apr\u00e8s, mais de regretter que des sujets aussi f\u00e9conds soient grill\u00e9s par des cin\u00e9astes ou des litt\u00e9rateurs sans talent \u00e0 la recherche d\u2019une id\u00e9e commerciale.<br \/>\nDans les soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 le niveau est faible, la recherche du sujet fort est une catastrophe. Quand on regarde ce film, on a l\u2019impression que ce th\u00e8me, magnifique, a \u00e9t\u00e9 g\u00e2ch\u00e9 par la h\u00e2te d\u2019un sc\u00e9nariste qui croyait \u201ctenir\u201d l\u00e0 quelque chose, malgr\u00e9 une vision de l\u2019existence r\u00e9duite \u00e0 des bredouillages pentec\u00f4tistes. Les \u00e9tudiants du film ne fr\u00f4lent pas des gouffres pascaliens, ils sont prisonniers d\u2019une morale de souriceaux. Leur imaginaire de l\u2019Au-del\u00e0 ne quitte jamais la psychanalyse : l\u2019un d\u2019eux regrette d\u2019avoir abus\u00e9 de la confiance d\u2019une femme, l\u2019autre est obs\u00e9d\u00e9 par le souvenir d\u2019un accident v\u00e9cu dans son enfance, un troisi\u00e8me se souvient d\u2019avoir pers\u00e9cut\u00e9 une petite fille ; bref, on se demande o\u00f9 sont la th\u00e9ologie, le vertige, l\u2019\u00e9blouissement, la r\u00e9v\u00e9lation dans tout cela.<\/p>\n<p>Le grand Rien<br \/>\nLa m\u00eame question se pose \u00e0 l\u2019observateur quand il \u00e9coute avec attention les paroles de l\u2019une des chansons pl\u00e9biscit\u00e9es par la jeunesse fran\u00e7aise cette ann\u00e9e : Dans cent cinquante ans, refrain compos\u00e9 par le chanteur Rapha\u00ebl (Victoire de la musique 2006), lequel nous explique en gros que tout est non seulement pourri mais sans importance et vou\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre. C\u2019est la raison pour laquelle il nous invite \u00e0 trinquer \u00ab \u00e0 la sant\u00e9 des voleurs des rues \u00bb. Passons sur sa morale sociale qui ressuscite l\u2019anarchisme b\u00eata de Georges Brassens, pour nous int\u00e9resser \u00e0 sa m\u00e9taphysique : elle est nulle, tout simplement. \u00ab On ne s\u2019en souviendra pas, nous dit-il, des marchands d\u2019armes, des types qui votent les lois, de leurs signes de croix (notez l\u2019allusion), des salauds de chasseurs, des juges qui condamnent \u00bb, etc. Il conclut \u00e0 l\u2019adresse de son amour : \u00ab Je ne veux rien te faire croire\u00bb.<br \/>\nOn peut observer qu\u2019il essaie au contraire express\u00e9ment de lui faire croire \u00e0 la vanit\u00e9 de toute morale au-del\u00e0 des apparences. Il est donc en pleine propagande nihiliste. Il v\u00e9hicule, avec une foi de charbonnier ath\u00e9e, le message inverse de celui du cin\u00e9aste ci-dessus, mais avec un niveau d\u2019expression tout aussi m\u00e9diocre.<br \/>\nRassurons-nous, dans cent cinquante ans, quoi que nous r\u00e9serve l\u2019Au-del\u00e0, cin\u00e9astes nuls et chanteurs sans syntaxe auront quitt\u00e9 la m\u00e9moire collective.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3624 paru le 12 Mai 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Z\u00e9ro point\u00e9<br \/>\nAvec la gourmandise d\u2019un journaliste de Paris Presse qui aurait d\u00e9croch\u00e9 une interview de la Callas, Jean-Marc Morandini, l\u2019autre matin sur Europe 1, nous annon\u00e7ait qu\u2019il aurait Karl Z\u00e9ro en direct apr\u00e8s son \u00e9viction de Canal Plus. Pour ceux qui n\u2019auraient pas suivi les premi\u00e8res \u00e9tapes, en voici le r\u00e9sum\u00e9 : producteur du Vrai Journal le dimanche sur Canal depuis dix ans, Z\u00e9ro vient d\u2019\u00eatre remplac\u00e9 par une journaliste de TF1, Laurence Ferrari, que le milieu appelle d\u00e9j\u00e0 \u201cZ\u00e9ro virgule cinq\u201d.<br \/>\nKarl Z\u00e9ro accuse express\u00e9ment CanalSatellite d\u2019avoir ainsi scell\u00e9 son rapprochement avec TF1 en se tournant vers ce que les sp\u00e9cialistes appellent le journalisme de r\u00e9v\u00e9rence. \u00c0 l\u2019en croire, la cha\u00eene aurait troqu\u00e9 \u00ab le panache de Zorro pour le charisme de Bernardo \u00bb. C\u2019est assez s\u00e9v\u00e8re pour la pr\u00e9sentatrice, mais ce n\u2019est pas enti\u00e8rement faux. Comme le soulignait au t\u00e9l\u00e9phone un auditeur de l\u2019\u00e9mission, nombre de gens, dans ce m\u00e9tier, sont convaincus que Laurence Ferrari ne poss\u00e8de ni l\u2019envergure ni l\u2019exp\u00e9rience n\u00e9cessaires pour remplacer un bateleur aussi malin que Karl Z\u00e9ro.<br \/>\nMais s\u2019il faut chercher un malin, c\u2019est probablement dans l\u2019organigramme de Canal Plus qu\u2019il se trouve. Cette cha\u00eene, n\u00e9e sur le terreau de la gauche prosp\u00e8re, a compris qu\u2019il faut se recentrer d\u2019urgence. Et la man\u0153uvre permet de souligner les na\u00efvet\u00e9s de la m\u00e9thode Karl Z\u00e9ro.<br \/>\nIl est puni, nous dit-on, pour avoir achet\u00e9 un t\u00e9moignage contre Dominique Baudis dans l\u2019affaire Al\u00e8gre. C\u2019est possible. Mais il est surtout ch\u00e2ti\u00e9 pour avoir pratiqu\u00e9 le fayotage id\u00e9ologique en affichant une horreur m\u2019as-tu-vu \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la droite \u00e0 principes.<br \/>\nEn l\u2019occurrence la cha\u00eene ne lui reproche pas express\u00e9ment son intransigeance envers le Front national. Elle lui reproche de l\u2019avoir compromise dans le registre de l\u2019indignation, en exigeant de la plupart de ses invit\u00e9s qu\u2019ils abjurent toute indulgence envers les id\u00e9es inadmissibles. Or, si l\u2019on \u00e9carte deux ou trois convictions criminelles, la notion de l\u2019inadmissible est tr\u00e8s relative en politique. Par exemple, la r\u00e9pulsion \u00e9pidermique \u00e0 l\u2019\u00e9gard de tout d\u00e9bat sur l\u2019immigration est pass\u00e9e de mode. Mais Karl Z\u00e9ro ne l\u2019a pas compris \u00e0 temps. Il se retrouve dans la position d\u2019un apparatchik russe qui organiserait des r\u00e9unions sur l\u2019imp\u00e9rialisme capitaliste \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 Poutine re\u00e7oit le pr\u00e9sident de Microsoft.<br \/>\nQuand on entendait son argumentation \u00e0 la radio, on \u00e9tait empli de piti\u00e9. En gros il nous disait : \u201cGr\u00e2ce \u00e0 mes impr\u00e9cations dominicales, vous avez tenu le pragmatisme de droite \u00e0 l\u2019\u00e9cart des id\u00e9es r\u00e9publicaines.\u201d Et dans une parodie de dialogue faustien, le groupe Canal semblait lui r\u00e9pondre : \u201cNon mais, sinc\u00e8rement, tu as vraiment cru qu\u2019on \u00e9tait de gauche ?\u201d<\/p>\n<p>Tiendra-t-elle ?<br \/>\n\u00ab C\u2019est, disait S\u00e9gol\u00e8ne Royal sur une radio, la question que les sp\u00e9cialistes politiques se posent \u00e0 mon sujet. \u00bb \u00ab Oui, reprenait-elle, et c\u2019est vous qui peuvent m\u2019aider (sic). \u00bb On peut d\u00e9j\u00e0 sugg\u00e9rer une aide grammaticale.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3625 paru le 19 Mai 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Musique de casbah<br \/>\nLa t\u00e9l\u00e9vision nationale devrait se garder la premi\u00e8re de diviser la nation. Or, pour des raisons incompr\u00e9hensibles, sur un sujet aussi sensible que les mariages franco-musulmans, France 2 vient de verser, sur des braises rouges, un verre d\u2019alcool \u00e0 br\u00fbler. Certes le t\u00e9l\u00e9film \u00c0 la recherche de Sarah, pr\u00e9sent\u00e9 en deux \u00e9pisodes, est inspir\u00e9 d\u2019un fait divers r\u00e9el, il a \u00e9t\u00e9 prim\u00e9 dans plusieurs festivals, mais il fait d\u00e9cid\u00e9ment trop peu de cas des risques d\u2019incendie. Cette histoire d\u2019une femme \u00e0 qui un mari iranien, musulman d\u00e9clar\u00e9, fait subir humiliations, violences, mutilations avant de lui voler sa fille, est diffus\u00e9e dans un contexte social qui exigerait la prudence.<br \/>\nOn la cherche en vain dans le sc\u00e9nario. Comme \u00e0 chaque fois qu\u2019on aborde dans un t\u00e9l\u00e9film un sujet \u00e9pineux (la perception des homosexuels, le racisme, l\u2019injustice \u00e9conomique etc.), on peut parler d\u2019une v\u00e9ritable t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 du bon droit. Le probl\u00e8me, avec cette t\u00e9l\u00e9 qui d\u00e9nonce, qui appuie l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a fait mal, est qu\u2019\u00e0 force de faire r\u00e9agir le peuple, elle le dispose \u00e0 la col\u00e8re. \u00c0 force de souligner l\u2019intol\u00e9rance, elle la propage. En l\u2019occurrence le cingl\u00e9 du film concentre, en un quart d\u2019heure, la plupart des sujets de ranc\u0153ur qui traversent la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise \u00e0 propos des musulmans int\u00e9gristes. \u00c0 la plage, il couvre les jambes de sa femme. Il l\u2019accuse d\u2019\u00eatre \u00ab la putain de l\u2019h\u00f4pital \u00bb (elle est infirmi\u00e8re). Un jour o\u00f9 elle rentre avec une bouteille de vin rouge, il lui crie : \u00ab Je t\u2019ai dit de ne pas faire entrer d\u2019alcool dans cette maison. \u00bb Il charge sa s\u0153ur (voil\u00e9e) de veiller sur leur fille. Et, comble de maladresse sc\u00e9naristique, \u00e0 chaque fois qu\u2019il bat sa femme, l\u2019humilie ou essaie carr\u00e9ment de la saigner avec un couteau de cuisine (sc\u00e8ne r\u00e9aliste qui joue, de mani\u00e8re tr\u00e8s malsaine, sur l\u2019horreur culturellement connot\u00e9e de l\u2019\u00e9gorgement), on entend, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re plan, une musique de casbah.<br \/>\n\u00e7a fait tout de m\u00eame beaucoup pour la simple satisfaction d\u2019avoir raison contre l\u2019obscurantisme. La d\u00e9fense du bon droit, la lutte contre l\u2019injustice ne devraient jamais fr\u00f4ler l\u2019offense \u00e0 ce point-l\u00e0. \u00c0 la t\u00e9l\u00e9vision, le service public et l\u2019ordre public entretiennent des rapports qu\u2019il faudrait rappeler davantage.<\/p>\n<p>La vente continue<br \/>\nSur la RAI, une s\u00e9rie de reportages essaie de nous prouver que les attentats dans les stations baln\u00e9aires de la mer Rouge n\u2019ont eu aucune incidence sur la fr\u00e9quentation touristique. Un retrait\u00e9 nous explique qu\u2019on court plus de risques comme pi\u00e9ton \u00e0 Milan que comme touriste \u00e0 Dahab.<br \/>\nParall\u00e8lement, une campagne publicitaire lanc\u00e9e voil\u00e0 longtemps sur les cha\u00eenes mondiales (CNN et BBC World) nous diffuse du Verdi huit fois par jour sur un clip de fonds marins, de cocktails multicolores et de maillots \u00e9chancr\u00e9s. \u201cRiviera de la mer Rouge, dit le slogan, o\u00f9 le soleil brille tous les jours de l\u2019ann\u00e9e, tous les ans\u201d.<br \/>\nLe jour du dernier attentat, CNN n\u2019a m\u00eame pas pris soin d\u2019interrompre la diffusion 24 heures par \u00e9gard pour les victimes.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3626 paru le 26 Mai 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>L\u00e2ches apostats<br \/>\nAutour du film tir\u00e9 de l\u2019apostasie de Dan Brown, la t\u00e9l\u00e9vision a diffus\u00e9 nombre de documentaires, mais celui que pr\u00e9sentait La Cinq s\u2019en distinguait opportun\u00e9ment.<br \/>\nOn pouvait craindre qu\u2019il ne s\u2019agisse encore de l\u2019un de ces films produits par une cha\u00eene du genre Discovery pour \u201caccompagner\u201d le ph\u00e9nom\u00e8ne Da Vinci Code. Or, pour une fois, le film donnait la parole \u00e0 des Fran\u00e7ais, des conservateurs de mus\u00e9e, des villageois cit\u00e9s comme t\u00e9moins sur une histoire qui leur appartient, celle de Rennes-le-Ch\u00e2teau. Le myst\u00e8re de l\u2019abb\u00e9 Sauni\u00e8re n\u2019est pas une invention mais il s\u2019arr\u00eate avant les maquignonnages antichr\u00e9tiens de Hollywood. La fortune d\u2019un modeste cur\u00e9 de campagne, le fait que l\u2019Europe couronn\u00e9e se soit discr\u00e8tement tenue inform\u00e9e de ses recherches, les symboles bizarres dont son \u00e9glise \u00e9tait couverte, ses relations \u00e0 Paris, l\u2019absolution qu\u2019on lui refusa le jour de sa mort, tout cela est digne d\u2019int\u00e9r\u00eat.<br \/>\nSi l\u2019auteur du livre avait m\u00e9nag\u00e9 la part des t\u00e9n\u00e8bres, il n\u2019aurait offens\u00e9 personne. Mais on peut l\u2019accuser d\u2019avoir condamn\u00e9 les portes qui ne lui convenaient pas, pour accr\u00e9diter une th\u00e8se pu\u00e9rile qui ram\u00e8ne le christianisme \u00e0 un montage et l\u2019histoire de notre civilisation \u00e0 une esp\u00e8ce de thriller grotesque.<br \/>\nLa m\u00eame semaine, une autre \u00e9mission qui n\u2019avait en apparence aucun rapport avec tout cela permettait de retourner la th\u00e8se du complot contre ses auteurs. TF 1 nous pr\u00e9sentait les \u201ccinquante personnes qui ont le plus choqu\u00e9 les Fran\u00e7ais\u201d. \u00c0 condition de changer de focale et d\u2019oublier les Joey Starr, Lolo Ferrari et autres provocateurs qui encombraient le classement, on s\u2019apercevait que parmi les succ\u00e8s mondiaux les plus \u00e9crasants des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es figure un nombre impressionnant de gens qui ont pari\u00e9 sur la perversion du christianisme. De Madonna \u00e0 Marilyn Manson, de l\u2019h\u00e9ro\u00efne sulfureuse de Basic Instinct aux moines criminels d\u2019Umberto Eco, on est frapp\u00e9 de mesurer \u00e0 quel point la culture de la barbarie, de la violence, de la profanation a trouv\u00e9 ce que les commentateurs appellent niaisement \u201cle chemin du public\u201d.<br \/>\nEn tout cas, s\u2019il est permis \u00e0 Dan Brown d\u2019imaginer que l\u2019\u00c9glise romaine, accroch\u00e9e \u00e0 ses privil\u00e8ges terrestres, tient sous le boisseau une v\u00e9rit\u00e9 interdite, il nous sera permis, \u00e0 notre tour, de penser que les z\u00e9lateurs du Diable, en incitant les foules \u00e0 l\u2019apostasie g\u00e9n\u00e9rale, font strictement la m\u00eame chose. Observons en outre que leur message ne concerne jamais le juda\u00efsme ou l\u2019islam.<br \/>\nOn imagine mal en effet Hollywood tournant un film sur les impostures des d\u00e9fenseurs du Coran. On voit mal un \u00e9diteur new-yorkais publier un livre pr\u00e9sentant une cohorte d\u2019imams conjur\u00e9s depuis dix si\u00e8cles pour abuser les foules au nom de pr\u00e9ceptes apocryphes. \u00c0 moins que le producteur et l\u2019\u00e9diteur en question ne soient r\u00e9solus \u00e0 courir le risque de l\u2019\u00e9gorgement \u2013 risque auquel les ennemis du christianisme, rappelons-le, ne s\u2019exposent plus depuis Henri IV.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3627 paru le 2 Juin 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>D\u00e9samor\u00e7age th\u00e9rapeutique<br \/>\nIl aura fallu attendre deux jours pour que le syst\u00e8me m\u00e9diatique nous offre une explication de l\u2019affaire dite du chauffard de Marseille : figurez-vous que le demeur\u00e9 de 15 ans qui a \u00e9cras\u00e9 deux lyc\u00e9ens avant de reculer pour en \u00e9craser deux autres \u00e9tait sous l\u2019emprise du cannabis ! En d\u2019autres termes, il est coupable d\u2019imprudence. Suivait un peu partout, sur France 2, sur Europe 1, un expos\u00e9 relatif aux alt\u00e9rations du jugement provoqu\u00e9es par la drogue, le r\u00e9tr\u00e9cissement du champ visuel, etc.<br \/>\nCe d\u00e9samor\u00e7age th\u00e9rapeutique rappelle les d\u00e9clarations des enqu\u00eateurs lors de l\u2019assassinat \u00e0 coups de hache d\u2019un adolescent du Gard, il y a deux ans. Les t\u00e9l\u00e9spectateurs se souviendront que le magistrat instructeur d\u00e9clarait d\u00e8s le lendemain \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision : \u00ab L\u2019assassin ne jouit vraisemblablement pas de toutes ses facult\u00e9s, car il n\u2019a pas dissimul\u00e9 les pi\u00e8ces \u00e0 conviction. \u00bb<br \/>\nLe cas vient d\u2019\u00eatre jug\u00e9 en cour d\u2019assises. L\u2019\u00e9tat mental du coupable, un clandestin marocain, ne le dispensait nullement d\u2019assumer ses responsabilit\u00e9s si l\u2019on en croit les jur\u00e9s. Mais il a encore fallu que l\u2019avocat de la d\u00e9fense nous d\u00e9clare, au 20 Heures de TF 1 : \u00ab On n\u2019imagine pas le monde culturel d\u2019o\u00f9 il sort. \u00bb Une question est aussit\u00f4t venue \u00e0 l\u2019esprit de chacun : pourquoi n\u2019y est-il pas rest\u00e9 ?<br \/>\nLa relative cl\u00e9mence du verdict a indign\u00e9 la famille et les t\u00e9moins. Nous avons vu des images de pugilat dans le hall du pr\u00e9toire. Elles font partie de celles que nous reverrons dans vingt ans, quand les dossiers sp\u00e9ciaux fleuriront sous le titre \u201cComment avons-nous pu en arriver l\u00e0 ?\u201d.<\/p>\n<p>Bonne question<br \/>\nLa question se pose \u00e0 propos de l\u2019imaginaire de la violence qui semble pr\u00e9parer le corps social entier \u00e0 quelque tribulation f\u00e2cheuse. Le film Doom, tir\u00e9 du jeu vid\u00e9o du m\u00eame nom, est en vente partout \u201cchez votre marchand de journaux\u201d. Pour ceux qui l\u2019ignoreraient encore, rappelons que Doom est ce jeu qui a lanc\u00e9 la mode de tous ses homologues qu\u2019on appelle des Doom-like, des jeux o\u00f9 l\u2019on tire sur tout ce qui bouge dans un d\u00e9lire de f\u00e9rocit\u00e9 hyst\u00e9rique. M 6 nous pr\u00e9sentait un corollaire niais, le film X-Men 2, qui annon\u00e7ait opportun\u00e9ment le lancement \u00e0 Cannes du volet 3 de la s\u00e9rie, pr\u00e9sent\u00e9 au journal de TF 1. L\u00e0 encore, violence grotesque et vocabulaire \u00e9troit. Mais cette fois le tout \u00e9tait assorti d\u2019une nouveaut\u00e9 : le sentiment d\u2019appartenir \u00e0 une humanit\u00e9 sup\u00e9rieure, dot\u00e9e de \u201csuper-pouvoirs\u201d et vou\u00e9e \u00e0 s\u2019affronter dans les rues. Th\u00e8me de la s\u00e9rie : de jeunes Am\u00e9ricains, tir\u00e9s de leur existence quotidienne par un fait divers ou une injustice, deviennent des X-Men, des superh\u00e9ros capables de d\u00e9fier les forces du mal.<br \/>\nQuel est le rapport avec l\u2019incident du chauffard de Marseille ? Ceux qui connaissent l\u2019univers des jeux vid\u00e9o l\u2019ont d\u00e9j\u00e0 compris : la facult\u00e9 de monter sur le trottoir pour faucher tout expr\u00e8s des passants, puis de reculer pour en faucher davantage, est offerte dans une demi-douzaine de jeux vendus en ce moment m\u00eame.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3628 paru le 9 Juin 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>\u00c9den et Chine<br \/>\nZone interdite n\u2019a sans doute jamais autant m\u00e9rit\u00e9 son nom que le soir de la f\u00eate des M\u00e8res. M 6 nous a montr\u00e9 un reportage sur des quadrupl\u00e9s qui rappelait la remise du prix Cognac-Jay dans les ann\u00e9es 1960, mais le clou de la soir\u00e9e fut le tour de piste d\u2019une certaine Sylvie, une m\u00e8re c\u00e9libataire multir\u00e9cidiviste qui nous a dit textuellement : \u00ab Moi, je suis un peu avant-gardiste, je suis de moins en moins un cas isol\u00e9. \u00bb<br \/>\nLa citation textuelle est importante parce qu\u2019elle commence par \u201cmoi je\u201d. Dans le comportement de cette m\u00e8re qui pr\u00e9tendait repr\u00e9senter la norme future, on relevait le narcissisme d\u2019une \u00ab cr\u00e9ative \u00bb Parisienne qui payait le loyer de son appartement gr\u00e2ce une accumulation de pensions alimentaires en nous parlant de sa propre enfance.<br \/>\nLe ridicule commen\u00e7ait d\u00e8s l\u2019\u00e9nonc\u00e9 des pr\u00e9noms de sa tribu. Nous n\u2019en citerons que deux par charit\u00e9, \u00c9den et Chine. Ensuite aucun des quatre enfants n\u2019\u00e9tait du m\u00eame p\u00e8re, ce qui ne l\u2019emp\u00eachait pas de minauder \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019en avoir un cinqui\u00e8me. Enfin, nous citerons la phrase centrale du reportage, cl\u00e9 de vo\u00fbte de toute sa construction psychologique : \u00ab Y\u2019a moi, les enfants, et puis y\u2019a les satellites, c\u2019est les p\u00e8res. \u00bb Ce qu\u2019elle n\u2019a pas compris, ce que la suite lui rappellera certainement, c\u2019est qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 15 ans, ses enfants vont vomir sa bonne conscience de bourgeoise allum\u00e9e qui a des comptes \u00e0 r\u00e9gler avec son propre p\u00e8re. Sa fille a\u00een\u00e9e nous le laissait entendre sans aucun d\u00e9tour. Elle se promettait de conna\u00eetre pour sa part un grand amour, un seul, scell\u00e9 par un vrai mariage. Quelque chose dans son regard disait qu\u2019elle ne compterait jamais parmi les adeptes de la m\u00e9thode \u201csatellites\u201d dans le domaine matrimonial, et nous la comprenons.<\/p>\n<p>Match truqu\u00e9<br \/>\nLe d\u00e9bat qui oppose Thierry Ardisson au service public \u00e0 coups de lettres ouvertes a \u00e9t\u00e9 comment\u00e9 l\u2019autre soir sur Direct 8, o\u00f9 Morandini recevait des repr\u00e9sentants du camp de la vertu : le chroniqueur t\u00e9l\u00e9 du Monde et Jacques S\u00e9gu\u00e9la. Ce dernier a essay\u00e9 de nous convaincre que l\u2019\u00e9mission d\u2019Ardisson \u00e9tait un havre de libert\u00e9, cependant qu\u2019Ardisson lui-m\u00eame accusait son pr\u00e9sident de \u00ab changer les r\u00e8gles pendant le match \u00bb.<br \/>\nLa plupart des pol\u00e9mistes qui ont particip\u00e9 \u00e0 Tout le monde en parle peuvent t\u00e9moigner que les r\u00e8gles y changent jusqu\u2019au matin de l\u2019enregistrement. On annonce six participants, sur le plateau ils sont huit, les deux derniers sont venus avec leur clique et leurs gardes du corps, express\u00e9ment pour descendre l\u2019invit\u00e9, surtout s\u2019il est \u00e9crivain ou homme politique.<br \/>\nQuestion in\u00e9vitable : pourquoi y allez-vous ? Parce qu\u2019en cas de refus, les \u00e9crivains sont de plus en plus nombreux \u00e0 encourir les repr\u00e9sailles de leur \u00e9diteur. Parmi les gens de plume qui osent d\u00e9fendre des id\u00e9es impopulaires, nul ne peut d\u00e9sormais se soustraire \u00e0 la perversit\u00e9 de la t\u00e9l\u00e9vision, faute de quoi leur directeur litt\u00e9raire leur annonce, un jour ou l\u2019autre, qu\u2019ils n\u2019auront pas de contrat l\u2019ann\u00e9e prochaine.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3629 paru le 16 Juin 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>\u00c9norme frustration<br \/>\nIl aura fallu la Coupe du monde de football pour voir surgir \u00e7\u00e0 et l\u00e0 une information qui rel\u00e8ve de la g\u00e9opolitique : l\u2019ampleur du piratage dont les cha\u00eenes crypt\u00e9es sont victimes \u00e0 travers le Maghreb. Voil\u00e0 des ann\u00e9es que les rivages sud de la M\u00e9diterran\u00e9e voient se multiplier les d\u00e9codeurs, les cartes d\u2019acquisition et les cl\u00e9s de contrebande. Mais depuis que les cha\u00eenes ont alt\u00e9r\u00e9 leurs logiciels de cryptage, nous viendrions d\u2019\u00e9chapper, \u00e0 en croire les commentateurs alg\u00e9riens, \u00e0 une explosion sociale. Un responsable interrog\u00e9 par TF1 parlait d\u2019\u201c\u00e9norme frustration\u201d.<br \/>\nOn observe \u00e0 ce sujet une amusante cascade d\u2019hypocrisies dans les journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s : la premi\u00e8re concerne l\u2019importance du ph\u00e9nom\u00e8ne. On appuie volontiers sur le th\u00e8me du trafic de fausses cartes \u00e0 puce qui prosp\u00e8re dans les souks et les caf\u00e9s portuaires, afin de ne pas mentionner le fait qu\u2019aujourd\u2019hui n\u2019importe quel ordinateur \u00e9quip\u00e9 d\u2019un r\u00e9cepteur PCI \u00e0 50 euros est capable de d\u00e9chiffrer un signal crypt\u00e9. C\u2019est une pratique courante partout en Europe. Sur le territoire fran\u00e7ais elle est m\u00eame devenue la r\u00e8gle parmi la jeunesse des \u201cquartiers difficiles\u201d.<br \/>\nEnsuite les commentaires de TF1 \u00e9vitent de souligner l\u2019anomalie qui consiste \u00e0 protester aussi haut et fort parce que la cl\u00e9 de cryptage, ill\u00e9galement obtenue tous les deux mois, change d\u00e9sormais toutes les trente minutes. En d\u2019autres termes, le journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 ne tire pas pour nous la morale de l\u2019histoire : en ce moment, nous voyons des gens r\u00e9clamer le droit de voler des programmes, tout simplement, des gens qui de surcro\u00eet prof\u00e8rent des menaces si l\u2019on persiste \u00e0 infliger aux voleurs contrari\u00e9s une \u201cfrustration\u201d.<br \/>\nDe myst\u00e9rieuses interventions de part et d\u2019autre de la M\u00e9diterran\u00e9e semblent avoir permis de r\u00e9duire la pression \u201cle temps de la Coupe du monde\u201d, mais il reste un probl\u00e8me sur lequel tous les commentaires font l\u2019impasse : on feint de nous faire croire que cette fameuse frustration ne concerne que le seul football, on n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 nous parler de francophonie la main sur le c\u0153ur, de rapports culturels compromis entre l\u2019Alg\u00e9rie et la France (alors que les d\u00e9codeurs flash\u00e9s pr\u00e9sentaient insolemment le drapeau alg\u00e9rien sur leur \u00e9cran d\u2019entr\u00e9e), mais les connaisseurs des bouquets satellite savent qu\u2019il existe une autre frustration dont personne ne consent \u00e0 parler. Le spectacle offert par les cha\u00eenes \u00e0 p\u00e9age apr\u00e8s 23 heures entretient un rapport tr\u00e8s lointain avec la Coupe du monde, et encore plus lointain avec la vertu islamique.<br \/>\nPour parler sans d\u00e9tour, si la suppression de la pornographie vesp\u00e9rale, dans des pays qui pr\u00e9tendent nous donner des le\u00e7ons, constitue r\u00e9ellement une menace \u00e0 l\u2019ordre public, on a le droit d\u2019afficher une certaine ironie. Faudra-t-il r\u00e9gulariser les propri\u00e9taires de d\u00e9codeurs pirates sous pr\u00e9texte qu\u2019ils regardent le porno sur Multivision depuis dix ans ? L\u2019emballement de la surench\u00e8re \u00e9lectorale en France peut nous le laisser craindre.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3503 paru le 16 Janvier 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>\u201cD\u00e9potoir Prod\u201d<br \/>\nLa fin de l\u2019\u00e9mission Scrupules me chagrine.<br \/>\nNon pour sa pr\u00e9sentatrice qui jouit d\u2019appuis solides (puisqu\u2019elle vient de r\u00e9appara\u00eetre avec un concept b\u00e2cl\u00e9 nomm\u00e9 Appels d\u2019urgence) mais pour le psychosociologue de l\u2019\u00e9mission, dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom et dont je m\u2019appr\u00eatais \u00e0 chanter les louanges.<br \/>\nAfflig\u00e9e d\u2019une r\u00e9putation trash-t\u00e9l\u00e9 d\u00e8s son premier num\u00e9ro, Scrupules pr\u00e9sentait des gens qui n\u2019avaient pas agi selon la morale commune.<br \/>\nAu tableau de chasse de l\u2019\u00e9mission : l\u2019\u00e9pouse qui murmure qu\u2019elle va refaire sa vie \u00e0 l\u2019oreille de son mari t\u00e9trapl\u00e9gique (lequel est mort dix jours apr\u00e8s) ; la jeune femme jalouse de sa s\u0153ur jusqu\u2019\u00e0 la n\u00e9vrose ; la femme de quarante ans qui a plac\u00e9 ses deux enfants dans un foyer d\u2019accueil ; la fille de vingt-cinq ans qui vole \u00e0 sa propre m\u00e8re l\u2019homme qui partage d\u00e9sormais sa vie (et dont elle a deux enfants). Toll\u00e9 justifi\u00e9 dans la presse parisienne, ricanements sur les plateaux concurrents, remontrances \u00e0 TF 1.<br \/>\nD\u2019apr\u00e8s la rumeur et les journaux, l\u2019audience de l\u2019\u00e9mission a fait l\u2019objet d\u2019une tentative de sauvetage au milieu de l\u2019automne. Il s\u2019agissait notamment d\u2019\u00e9viter de donner dans la complaisance, afin de r\u00e9cup\u00e9rer la partie du public qui n\u2019a rien contre le voyeurisme \u00e0 condition que la morale soit sauve. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019intervient le psychologue de service. Ce personnage m\u2019a laiss\u00e9 pantois. Entendre quelqu\u2019un s\u2019en prendre aussi fermement \u00e0 la d\u00e9liquescence g\u00e9n\u00e9rale est si rare que j\u2019ai regrett\u00e9 d\u2019avoir rat\u00e9 les num\u00e9ros suivants. La belle-fille quasi incestueuse aurait pu participer \u00e0 C\u2019est mon choix. Le producteur est le m\u00eame. Il se d\u00e9fausse de certains sujets jug\u00e9s trop p\u00e9rilleux pour sa t\u00eate de gondole (\u00c7a se discute) vers des \u00e9missions d\u00e9potoir comme celle d\u2019Evelyne Thomas. En attendant, le correctif apport\u00e9 \u00e0 Scrupules nous a donn\u00e9, par inadvertance et pendant quelques semaines, un \u00e9chantillon de ce que pourrait \u00eatre une t\u00e9l\u00e9vision \u00e9quilibr\u00e9e. Une t\u00e9l\u00e9vision qui jusque dans la fiction nous pr\u00e9senterait alternativement deux familles de sensibilit\u00e9s : la licence militante, revendiqu\u00e9e, ass\u00e9n\u00e9e (le genre Ardisson), et l\u2019indignation rampante, le refus de l\u2019exc\u00e8s, le besoin de retour \u00e0 la raison. Les strat\u00e8ges de l\u2019Audimat ont d\u00fb observer le destin de Scrupules \u00e0 la loupe. Si la moiti\u00e9 seulement du public a r\u00e9agi comme je l\u2019ai fait, le concept d\u2019une \u00e9mission qui inviterait la France \u00e0 \u201cfreiner sur les d\u00e9rives\u201d finit par devenir \u00e9conomiquement viable. Quand le psychologue de Scrupules s\u2019est \u00e9cri\u00e9 : \u00ab Vous n\u2019avez pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 d\u00e9truire votre famille enti\u00e8re pour ne pas r\u00e9fr\u00e9ner vos pulsions, je ne vous approuve pas, c\u2019est la preuve d\u2019un \u00e9go\u00efsme qui m\u00e8nerait la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 sa perte si chacun s\u2019en inspirait \u00bb, on s\u2019est demand\u00e9 un moment si quelque chose changeait dans notre aimable pays.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait m\u00eame \u201climite inqui\u00e9tant\u201d, comme dit la jeunesse. Heureusement, l\u2019\u00e9mission a disparu depuis la mi-d\u00e9cembre et tout est rentr\u00e9 dans l\u2019ordre.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3630 paru le 23 Juin 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Bonjour le niveau !<br \/>\nQuand on entend prof\u00e9rer des sottises \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision il n\u2019est pas toujours facile de prendre des notes, aussi me pardonnera-t-on de commenter de m\u00e9moire les propos qui nous ont \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9s \u00e0 la sortie des \u00e9preuves de philosophie du baccalaur\u00e9at.<br \/>\nLa premi\u00e8re chose qui frappait, c\u2019\u00e9tait l\u2019invraisemblable niveau d\u2019expression des candidats. Pour un \u00e9l\u00e8ve moyen, l\u2019emploi des mots \u201cen fait\u201d remplace pratiquement toutes les conjonctions dans le raisonnement. Afin de donner l\u2019illusion qu\u2019une r\u00e9flexion est intervenue entre \u201cmoi j\u2019pense que\u201d et \u201cc\u2019est clair\u201d, les \u00e9l\u00e8ves utilisent volontiers \u201cen fin de compte\u201d, ce qui les dispense de trouver un terme \u00e0 leur pens\u00e9e, laquelle se pr\u00e9sente g\u00e9n\u00e9ralement comme une simple \u00e9num\u00e9ration d\u2019affirmations et d\u2019impressions.<br \/>\nEnsuite, certains journalistes, notamment \u00e0 la radio, ont organis\u00e9 ce jour-l\u00e0 un plateau de d\u00e9bat autour du th\u00e8me \u201c\u00c0 notre \u00e9poque, la philosophie sert-elle encore \u00e0 quelque chose ?\u201d<br \/>\nLa question elle-m\u00eame t\u00e9moigne de l\u2019\u00e9normit\u00e9 de la t\u00e2che, si nous voulions retrouver ne f\u00fbt-ce que la moiti\u00e9 du niveau de nos p\u00e8res.<br \/>\nIl y a cinquante ans, quand on demandait \u00e0 un cantonnier ce qu\u2019\u00e9tait la philosophie, m\u00eame s\u2019il ne la pratiquait pas, il avait son id\u00e9e. Il lui suffisait d\u2019avoir perdu un fr\u00e8re en bas \u00e2ge ou d\u2019avoir vu mourir sa m\u00e8re et l\u2019existence lui devenait une \u00e9nigme.<br \/>\nAujourd\u2019hui tout se passe comme si les gens r\u00e9pugnaient \u00e0 formuler l\u2019\u00e9nigme. En dehors de la solidarit\u00e9, bonne conscience qui m\u00e8ne souvent \u00e0 la ruine de l\u2019\u00e2me, et de la psychanalyse, qui rel\u00e8ve du bien-\u00eatre consum\u00e9riste, que nous reste-t-il pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la condition humaine ? La philosophie qu\u2019on enseigne \u00e0 l\u2019\u00e9cole est-elle autre chose qu\u2019un exercice rh\u00e9torique sur la r\u00e9partition du savoir, des richesses ou de la libert\u00e9 ? O\u00f9 sont les \u00e9tonnements sur le silence des espaces infinis, o\u00f9 est l\u2019interrogation sur la nature du r\u00e9el, o\u00f9 trouve-t-on des professeurs pour s\u2019interroger, en public, sur la signification du vivant ?<br \/>\nMais restons dans la rh\u00e9torique et penchons-nous sur ce qu\u2019un pr\u00e9tendu sp\u00e9cialiste avait \u00e0 dire au journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 \u00e0 propos du sujet du bac \u00ab Faut-il pr\u00e9f\u00e9rer le bonheur \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 ? \u00bb Il nous a improvis\u00e9 un plan convenu en mordillant son crayon assis \u00e0 un bureau d\u2019\u00e9colier, pour pondre l\u2019in\u00e9vitable th\u00e8se-antith\u00e8se selon laquelle d\u2019un c\u00f4t\u00e9 il y a la v\u00e9rit\u00e9 qui ne m\u00e8ne pas au bonheur, et de l\u2019autre le bonheur qui \u00e9loigne de la v\u00e9rit\u00e9. Pas un instant il n\u2019a envisag\u00e9, m\u00eame de loin, m\u00eame par inadvertance, la possibilit\u00e9 que le bonheur puisse se confondre avec la v\u00e9rit\u00e9. C\u2019est \u00e9videmment faute d\u2019avoir essay\u00e9 de d\u00e9finir le bonheur, et faute d\u2019avoir la moindre id\u00e9e de ce qu\u2019est la v\u00e9rit\u00e9.<br \/>\nLa phrase de conclusion \u00e9tait laiss\u00e9e dans le reportage \u00e0 un autre professeur qui ramassait les copies : \u00ab C\u2019est une fa\u00e7on de se rem\u00e9morer sur les \u00e9preuves (sic) que nous avons pass\u00e9es il y a un demi-si\u00e8cle. \u00bb<br \/>\nComme disent les lyc\u00e9ens eux-m\u00eames, \u201cbonjour le niveau !\u201d<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3400 paru le 25 Janvier 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Un dimanche comme les autres<br \/>\nPuisque la p\u00eache aux id\u00e9es semble ouverte avant les \u00e9lections, voici quelques r\u00e9flexions suscit\u00e9es par un dimanche ordinaire sur France 2.<br \/>\nPour gagner du temps, nous sauterons directement \u00e0 la conclusion : la t\u00e9l\u00e9vision courtise le pouvoir de mani\u00e8re burlesque. TF 1 et France T\u00e9l\u00e9vision, c\u2019est Versailles et Trianon. Les discours qui s\u2019offrent le luxe de l\u2019insolence rel\u00e8vent de l\u2019opposition institutionnelle et les socialistes commencent \u00e0 d\u00e9livrer \u00e0 leurs adversaires une sorte d\u2019agr\u00e9ment pr\u00e9alable. Ces jours-ci, ils ne tendent le micro qu\u2019\u00e0 ceux qu\u2019ils d\u00e9signent eux-m\u00eames comme \u201cpremier-ministrables\u201d en cas de gouvernement de droite, sans doute afin de mieux les circonvenir une fois nomm\u00e9s.<br \/>\nCe dimanche-l\u00e0, France 2 nous a montr\u00e9 six membres du Conseil constitutionnel en bleu, face \u00e0 trois rouges, afin de nous faire comprendre que l\u2019institution n\u2019avait rien d\u2019une juridiction, qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une machine de propagande \u00e0 la solde des r\u00e9actionnaires. A midi, la femme du premier ministre est venue papoter sur France 5 avec l\u2019un des thurif\u00e9raires du r\u00e9gime. A 18 heures, Michel Drucker a rican\u00e9 de Mich\u00e8le Alliot-Marie, ce qui n\u2019est pas interdit, mais il l\u2019a fait en appuyant les propos de son invit\u00e9 avec une hilarit\u00e9 ostentatoire assez p\u00e9nible. Le soir, nous avons \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 un film de Roger Hanin sur son enfance (\u00e0 cause de la mort d\u2019Henri Verneuil), mais pas \u00e0 son portrait sous le titre Roger Hanin, cet inconnu. Il fallait oser le clich\u00e9. D\u2019autant que pour un inconnu, on le voit \u00e9norm\u00e9ment. Ensuite, le journal nous a montr\u00e9 un reportage sur Guy Bedos \u00e0 l\u2019Olympia \u201cen participation avec France 2\u201d, avant de recevoir, devinez qui ? Jacques Attali pour son dernier livre.<\/p>\n<p>C\u2019est tout ? Vous \u00eates s\u00fbrs ? Vous ne voulez pas nous mettre Julien Dray \u00e0 T\u00e9l\u00e9matin, Fran\u00e7ois Hollande chez Sophie Davant, Laurent Fabius chez Patrice Laffont, Strauss-Kahn dans Une famille en or ?<br \/>\nA droite, il serait temps que l\u2019on consente enfin \u00e0 se saisir de ce th\u00e8me pour faire campagne. L\u2019exp\u00e9rience prouve que dans une \u00e9lection pr\u00e9sidentielle, il faut un peu de couleur, un ruban, une note florale, un bouquet dans la corbeille de mariage. Il faut quelque chose qui sorte du discours \u00e9conomique et social. La lib\u00e9ration des ondes a compt\u00e9 pour beaucoup dans l\u2019accession au pouvoir de Fran\u00e7ois Mitterrand. Il reste en France un continent qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert, celui de la t\u00e9l\u00e9vision hertzienne de proximit\u00e9. Un candidat pr\u00e9sident aurait tout \u00e0 gagner en promettant la libert\u00e9 d\u2019\u00e9mettre. Parce qu\u2019en \u00e9mettant on \u00e9met surtout des id\u00e9es. En ce moment, comme ce sont toujours les m\u00eames qui \u00e9mettent, ils \u00e9mettent toujours les m\u00eames id\u00e9es. Il n\u2019y a aucun exemple dans l\u2019histoire o\u00f9 la diversit\u00e9 de la nature et des esp\u00e8ces ait subi une telle atteinte sans recouvrer ses droits. Le probl\u00e8me n\u2019est plus de savoir si le ph\u00e9nom\u00e8ne aura lieu, mais quand, et gr\u00e2ce \u00e0 qui.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3631 paru le 30 Juin 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Pouvoir prescripteur<br \/>\nDans les semaines qui suivirent la disparition de la famille Flactif, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la France s\u2019interrogeait \u00e0 propos d\u2019un v\u00e9hicule tout terrain abandonn\u00e9 dans la for\u00eat, tandis que l\u2019on d\u00e9taillait les acrobaties immobili\u00e8res de la victime et que l\u2019on caressait l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une fuite par l\u2019a\u00e9roport de Gen\u00e8ve, le magazine Sept \u00e0 Huit interrogeait l\u2019un de ceux que l\u2019on juge aujourd\u2019hui aux assises, David Hotyat. L\u2019entretien suintait la jalousie sociale dans des proportions qui ont sans doute \u00e9veill\u00e9 les premiers soup\u00e7ons des enqu\u00eateurs. On y voyait l\u2019interrog\u00e9 \u00e9voquer la diagonale de l\u2019\u00e9cran plat de son voisin avec un d\u00e9dain vengeur, ce qui trahissait la m\u00e9diocre hi\u00e9rarchie de ses valeurs. On l\u2019imaginait tr\u00e8s bien en train de regarder le magazine Sagas et de s\u2019extasier sur des maisons de multimillionnaires avec jacuzzi g\u00e9ant. En tout cas, le t\u00e9moignage de son \u00e9pouse nous apprend que l\u2019id\u00e9e du crime lui est venue d\u2019une autre \u00e9mission de t\u00e9l\u00e9vision, o\u00f9 l\u2019on d\u00e9crivait le cas d\u2019un assassin qui supprimait un couple d\u2019h\u00f4teliers du Cantal pour s\u2019emparer de leurs biens. Pour qui douterait du pouvoir prescripteur de la t\u00e9l\u00e9vision chez les imb\u00e9ciles en mati\u00e8re criminelle, Le Droit de savoir nous racontait la semaine suivante le cas d\u2019un violeur qui s\u2019arrangeait pour laisser, sur sa victime, la trace ADN de l\u2019un de ses voisins. Stratag\u00e8me directement issu, nous disait l\u2019\u00e9mission, du sc\u00e9nario d\u2019un feuilleton policier am\u00e9ricain.<br \/>\nLa plupart des assassins ne poss\u00e8dent, heureusement, ni le jugement ni l\u2019intelligence n\u00e9cessaires pour appliquer les recettes des sc\u00e9naristes sans commettre des erreurs pu\u00e9riles. Mais il est permis de se demander s\u2019il est normal que les m\u00e9thodes pour r\u00e9ussir le crime parfait soient si largement diffus\u00e9es.<\/p>\n<p>18 brumaire<br \/>\nLa fameuse loi Davdsi sur le num\u00e9rique sera bient\u00f4t pr\u00e9sent\u00e9e au vote. C\u2019est le moment d\u2019attirer l\u2019attention sur le fait que l\u2019on peut visionner sur Internet des contenus sous licence sans passer par un programme de pair \u00e0 pair. Il suffit de taper le nom de Christophe Willem, le talentueux gagnant de la Nouvelle Star, dans la case de recherche du site youtube.com, pour le voir interpr\u00e9ter en vid\u00e9o toutes les chansons qui l\u2019ont hiss\u00e9 en finale. Sur le m\u00eame site, le nom Ardisson m\u00e8ne \u00e0 un catalogue d\u2019extraits de ses \u00e9missions.<br \/>\nOn y voit aussi le sujet r\u00e9alis\u00e9 dans Arr\u00eat sur images \u00e0 propos du silence impos\u00e9 aux m\u00e9dias sur l\u2019importance du plagiat litt\u00e9raire dont le m\u00eame Ardisson s\u2019est rendu coupable. Sujet escamot\u00e9 de mani\u00e8re quasi unanime par la presse, ce qui justifie un hommage \u00e0 Daniel Schneidermann, car il a le courage de monter au front quand les autres se d\u00e9gonflent. La suppression de son \u00e9mission, dont il est question, serait per\u00e7ue comme la preuve que le monde m\u00e9diatique est plein d\u2019autoamnistie. Apr\u00e8s l\u2019ancien r\u00e9gime et la r\u00e9volution des ann\u00e9es Mitterrand, un 18 brumaire audiovisuel serait d\u00e9cid\u00e9ment le bienvenu.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3632 paru le 7 Juillet 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Vigilance<br \/>\nLe saviez-vous ? Le cochon de la s\u00e9rie Winnie l\u2019Ourson fut remplac\u00e9, lors de la fabrication du premier film, par un aimable \u00e9cureuil que Walt Disney pr\u00e9f\u00e9rait au Piglet parce qu\u2019il \u00e9tait plus proche des racines campagnardes am\u00e9ricaines. D\u00e8s les num\u00e9ros suivants, le cochon timide, que les Fran\u00e7ais appellent Porcinet, est devenu le grand ami de Winnie \u2013 mais le lecteur se demandera pourquoi je lui inflige ce paragraphe d\u2019ex\u00e9g\u00e8se historique sur un humble personnage de dessin anim\u00e9. Si je le lui dis, il ne voudra pas me croire.<br \/>\nJusqu\u2019ici, Porcinet menait une carri\u00e8re paisible \u00e0 l\u2019ombre de Winnie, mais, au mois de juin 2006, la cha\u00eene d\u2019\u00c9tat turque TRT s\u2019est avis\u00e9e qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un cochon, un animal impur, donc susceptible de d\u00e9cha\u00eener la col\u00e8re des foules islamiques, et l\u2019a supprim\u00e9 de sa grille de programmes.<br \/>\nQuand on lit les commentaires publi\u00e9s sur Internet \u00e0 propos de cette affaire, on s\u2019aper\u00e7oit que la seule justification que la cha\u00eene est capable de fournir est qu\u2019au moment de l\u2019interdiction, \u00ab la n\u00e9gociation avec les Studios Disney n\u2019\u00e9tait pas finalis\u00e9e \u00bb. \u00c0 l\u2019en croire, il ne s\u2019agit donc pas d\u2019une suppression mais d\u2019une erreur de programmation corrig\u00e9e avant la premi\u00e8re diffusion.<br \/>\nSi quelqu\u2019un trouve cette tartufferie rassurante, pas moi.<br \/>\nLa question de savoir si la s\u00e9rie a \u00e9t\u00e9 achet\u00e9e ou non avant d\u2019\u00eatre \u00e9cart\u00e9e par la cha\u00eene nationale de Turquie (un pays qui aspire \u00e0 devenir, rappelons-le, notre \u00e9gal dans le club europ\u00e9en) est \u00e0 peu pr\u00e8s indiff\u00e9rente. En revanche, les Europ\u00e9ens attachent une grande importance \u00e0 la compatibilit\u00e9 des cultures sur leur continent. Si le casting de Winnie l\u2019Ourson d\u00e9pla\u00eet \u00e0 la cha\u00eene turque, on se demande ce qui emp\u00eacherait une Turquie si\u00e9geant \u00e0 Bruxelles d\u2019\u00e9lever en plein Parlement une protestation contre l\u2019impuret\u00e9 de nos usages. On se demande pourquoi, une fois entr\u00e9e au club, elle n\u2019exigerait pas que les autres membres s\u2019amendent pour ne pas l\u2019offenser.<br \/>\nElle critiquera la nudit\u00e9 sur nos plages, la d\u00e9cence sur nos cha\u00eenes \u2013 voire nos publicit\u00e9s Cochonou.<br \/>\nOn aimerait que les adeptes de la sacro-sainte vigilance nous parlent un jour de tout cela. Mais sur cette question, il faut croire qu\u2019ils n\u2019ont rien \u00e0 dire.<\/p>\n<p>En marge<br \/>\nLes marges du chroniqueur sont truff\u00e9es de notations dont il doit se d\u00e9faire avant de changer de carnet. En voici deux avant l\u2019\u00e9t\u00e9.<br \/>\nSur l\u2019anniversaire de la triste fin du petit Sidi Ahmed, tu\u00e9 d\u2019une balle perdue, ce commentaire au 20 heures de France 2 : \u00ab Tout le monde se souvient de ce drame du nettoyage au K\u00e4rcher selon Nicolas Sarkozy \u00bb. \u00c0 ce degr\u00e9 de mauvaise foi et d\u2019amalgame, on peut parler de faute journalistique lourde.<br \/>\nD\u2019une publicit\u00e9 radiophonique sur les Fiat utilitaires, cette phrase : \u00ab Inutile de se faire du mouron, mouron qui, dans le vieux fran\u00e7ais, veut dire cheveux. \u00bb<br \/>\nC\u2019est faux, c\u2019est une herbe des pr\u00e9s qu\u2019on utilisait contre la rage. Mais quel est le poids d\u2019un instituteur contre un publicitaire ?<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3640 paru le 1 Septembre 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Tout le monde le fait<br \/>\nLe feuilleton de l\u2019\u00e9t\u00e9 ne fut ni le Zodiaque de TF1, ni les commentaires sur la canicule qui ont pris le relais de l\u2019affaire Clearstream, mais ce bon vieux Tour de France, un sujet tellement increvable qu\u2019on commence \u00e0 comprendre ce qui permet, chaque ann\u00e9e, de regonfler la baudruche avant les cols alpins.<br \/>\nOn pratique la vertu avant et apr\u00e8s la course, mais jamais pendant. \u00c0 deux jours du d\u00e9part, on cong\u00e9die des vedettes pour transfusions frauduleuses, on nous promet du sang neuf (c\u2019est bien le moins), ensuite la presse interroge les cyclistes du dimanche qui haussent les \u00e9paules en disant \u201cde toute fa\u00e7on tout le monde le fait\u201d, tandis que le bocal m\u00e9diatique met l\u2019accent sur le risque de d\u00e9saffection du public. Enfin on en rajoute sur le th\u00e8me \u201cpersonne ne regarde plus le Tour \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, c\u2019est un d\u00e9sastre\u201d. \u00c0 force de l\u2019affirmer, la zone rouge se rapproche. Au d\u00e9but juillet, dans une \u00e9mission ouverte au public, on pouvait entendre, sur Europe 1, les commentaires d\u2019un membre de la caravane qui pr\u00e9tendait que les coureurs am\u00e9ricains n\u2019\u00e9taient jamais contr\u00f4l\u00e9s. Ils le furent le lendemain. Les m\u00e9decins se sont r\u00e9veill\u00e9s et le maillot jaune s\u2019est endormi.<br \/>\nLors de l\u2019\u00e9tape suivante, ce fut le contraire. Le hasard m\u2019a permis d\u2019assister \u00e0 cette r\u00e9surrection sur les pentes des Aravis. La plupart des spectateurs, des vieilles dames aux enfants de douze ans, ricanaient au passage de Landis en s\u2019\u00e9criant : \u201cIl a chang\u00e9 de pilules\u201d. C\u2019est en mesurant l\u2019importance de la caravane publicitaire que l\u2019on comprenait qu\u2019aucun contr\u00f4le ne serait jamais rendu public avant l\u2019arriv\u00e9e. Il faut se repr\u00e9senter ce d\u00e9ferlement de vulgarit\u00e9 fellinienne \u00e0 travers la montagne, ces chars couverts de personnages gargantuesques, ces haut-parleurs dans le battement des h\u00e9licopt\u00e8res, ces colifichets roses et jaunes jet\u00e9s dans la foule, ces sexag\u00e9naires d\u00e9guis\u00e9s en coureurs disputant aux enfants les \u00e9chantillons Cochonou au milieu des fleurs des champs. Les int\u00e9r\u00eats en jeu sont tellement consid\u00e9rables qu\u2019on n\u2019imagine pas que la v\u00e9rit\u00e9 sportive puisse sortir intacte de ce tourbillon.<br \/>\nDans un tel contexte, les r\u00e9v\u00e9lations concernant les athl\u00e8tes de G\u00f6teborg (flacons et seringues trouv\u00e9s dans les poubelles de l\u2019h\u00f4tel) ne surprendront que les na\u00effs m\u00eame s\u2019ils sont de plus en plus rares. Raison de plus pour faire attention. Nous rel\u00e8verons par exemple l\u2019imprudence de Marc Raquil, champion du monde fran\u00e7ais du relais 4&#215;400 m\u00e8tres, qui, malgr\u00e9 une vertu exemplaire, une droiture \u00e0 toute \u00e9preuve, une probit\u00e9 qui n\u2019est plus \u00e0 d\u00e9montrer, malgr\u00e9 la noirceur des soup\u00e7ons qui p\u00e8sent sur ses rivaux, persiste \u00e0 arborer des cheveux d\u00e9color\u00e9s, alors que tout le monde sait qu\u2019une r\u00e9p\u00e9tition de colorations-d\u00e9colorations permet de masquer les traces des substances interdites. Quand on donne un magnifique exemple \u00e0 la jeunesse, a-t-on le droit de compromettre aussi l\u00e9g\u00e8rement sa r\u00e9putation ? Nous nous poserons la question.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3641 paru le 8 Septembre 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Antiphrases<br \/>\nC\u2019est un proc\u00e9d\u00e9 publicitaire vieux comme le monde, dont les r\u00e8gles d\u2019application se sont raffin\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 faire l\u2019objet d\u2019un paragraphe dans les manuels de marketing : lorsqu\u2019on veut promouvoir un produit qui pr\u00e9sente une faiblesse, il faut lui attribuer ce qui lui manque. Par exemple, si l\u2019on veut vendre des saucisses de Francfort polyphosphat\u00e9es de couleur orange, calibr\u00e9es par une cha\u00eene de production en inox, et vendues sous vide en supermarch\u00e9, on doit montrer un grand-p\u00e8re en chemise \u00e0 carreaux qui fait griller le produit sur un feu de bois. Le slogan sera obligatoirement : \u201cle go\u00fbt de l\u2019authentique\u201d.<br \/>\nEn vertu de ce principe, la production de la nouvelle \u00e9mission de Guillaume Durand n\u2019a pas d\u00fb se creuser longtemps pour s\u2019appeler \u201cEsprits libres\u201d. C\u2019est comme si une soir\u00e9e Ardisson s\u2019intitulait \u201cFranc du collier\u201d, comme si Fogiel recevait ses invit\u00e9s sur un plateau \u201cSp\u00e9cial bienveillance\u201d. Dans notre meilleur des mondes m\u00e9diatiques, l\u2019antiphrase installe son impudence un peu partout. Aldous Huxley, qui a longtemps comment\u00e9 l\u2019\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019apr\u00e8s guerre, insistait de surcro\u00eet sur la m\u00e9thode des pr\u00e9dicateurs qui consiste \u00e0 affaiblir le jugement de l\u2019auditoire en faisant pr\u00e9c\u00e9der le raisonnement d\u2019une \u00e9motion n\u00e9gative. C\u2019est la m\u00e9thode qui fut employ\u00e9e dans le traitement de la guerre du Liban. Apr\u00e8s un reportage qui montrait des femmes en pleurs et des cercueils d\u2019enfants, il devenait difficile d\u2019\u00e9voquer l\u2019\u00e9ventuelle l\u00e9gitimit\u00e9 de la col\u00e8re d\u2019Isra\u00ebl. Il \u00e9tait m\u00eame ind\u00e9cent de l\u2019\u00e9voquer. Les t\u00e9l\u00e9visions ont fait l\u2019impasse (pour la plupart) sur les images des dix ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes o\u00f9 l\u2019on voyait les conjur\u00e9s du Hezbollah, leurs femmes et leurs enfants adolescents, ceints de cartouchi\u00e8res, brandissant des lance-roquettes (financ\u00e9s par qui l\u2019on sait), d\u00e9filer par milliers dans les rues poussi\u00e9reuses du Sud en d\u00e9fiant Isra\u00ebl et en prof\u00e9rant des menaces de mort \u00e0 l\u2019encontre de leurs voisins.<br \/>\nEt c\u2019est probablement en vertu de la loi de l\u2019antiphrase que les miliciens prosyriens, arm\u00e9s par l\u2019Iran, ont drap\u00e9 leurs morts dans le drapeau libanais.<\/p>\n<p>Roche Tarp\u00e9ienne<br \/>\nIl existe une autre loi, qui veut que le Capitole soit proche de la roche Tarp\u00e9ienne. Dans le milieu m\u00e9diatique, entre les deux, on voit r\u00f4der des chroniqueurs impatients de voir tr\u00e9bucher leurs semblables, des sp\u00e9cialistes souvent recrut\u00e9s parmi ceux qui ont tr\u00e9buch\u00e9 eux-m\u00eames. Le plus flamboyant sp\u00e9cimen en est Jean-Marc Morandini, dont la premi\u00e8re des qualit\u00e9s n\u2019est pas la pudeur et qui pose \u00e0 ses invit\u00e9s des questions \u00e9l\u00e9gantes du genre : alors maintenant, est-ce que vous \u00eates devenu tricard dans le monde de la t\u00e9l\u00e9 ?<br \/>\nComme il reprend du service en ce moment sur Europe 1 (et sur un blog narcissique dont il annon\u00e7ait la fermeture d\u00e9finitive avant l\u2019\u00e9t\u00e9 pour le rouvrir deux mois plus tard), on lui souhaite de parvenir \u00e0 juguler cette tendance perverse \u00e0 l\u2019occasion de la rentr\u00e9e.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3642 paru le 15 Septembre 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>La guerre des versions<br \/>\nLa densit\u00e9 des dossiers sp\u00e9ciaux sur les \u00e9v\u00e9nements du 11 septembre n\u2019a gu\u00e8re vari\u00e9 depuis cinq ans, \u00e0 l\u2019exception notable de CNN, qui a d\u00e9cid\u00e9 cette ann\u00e9e d\u2019organiser une journ\u00e9e de rediffusion compl\u00e8te et gratuite sur son site Internet. Cette initiative souligne une nouveaut\u00e9 apparue dans les comm\u00e9morations, nouveaut\u00e9 qui ne concerne pas leur nombre, mais leur nature. Pour une partie des m\u00e9dias, il s\u2019agit visiblement d\u2019asseoir avec fermet\u00e9 la version officielle. Il faut dire que les autres versions, qu\u2019on peut qualifier d\u2019alternatives, ont tendance \u00e0 se multiplier.<br \/>\nAu d\u00e9but, les choses \u00e9taient simples : il y avait, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, ceux que les Am\u00e9ricains appelaient les \u201cconspirationnistes\u201d, et de l\u2019autre, ceux qui haussaient les \u00e9paules quand on leur parlait des nombreuses anomalies de l\u2019enqu\u00eate. Cinq ans apr\u00e8s, la fronti\u00e8re devient floue. Des journalistes s\u00e9rieux commencent \u00e0 d\u00e9plorer la disparition de plusieurs milliers de documents et la mise \u00e0 pied de certains t\u00e9moins. D\u2019autres remontent avec insistance aux origines des relations entre l\u2019Am\u00e9rique et l\u2019Arabie saoudite. Les sites Internet consacr\u00e9s aux failles des rapports officiels se multiplient.<br \/>\nDans une tentative pour enrayer le ph\u00e9nom\u00e8ne, le Pentagone a rendu publique, il y a trois mois, une bande de surveillance montrant un trait de lumi\u00e8re orange derri\u00e8re une station-service (l\u2019appareil qui s\u2019est encastr\u00e9 dans le b\u00e2timent). Quoi que l\u2019on pense des conclusions de l\u2019enqu\u00eate, la r\u00e9v\u00e9lation de ce clip de quatre secondes, annonc\u00e9 tardivement \u00e0 grand fracas, t\u00e9moigne que les m\u00e9dias am\u00e9ricains sont entr\u00e9s \u00e0 reculons dans la guerre des versions, ce qui revient \u00e0 reconna\u00eetre l\u2019existence du camp alternatif. Mais CNN ne lutte pas \u00e0 armes \u00e9gales contre les textes, les photos et les vid\u00e9os conspirationnistes diffus\u00e9s sur Internet. Le lecteur curieux peut t\u00e9l\u00e9charger par exemple deux documentaires disponibles sur Google video, Loose change 2 et surtout Everybody\u2019s Gotta Learn Sometime. Les chiffres de leur diffusion mondiale attestent l\u2019existence d\u2019un cinqui\u00e8me pouvoir, celui de la rumeur sur le Net, qui est capable d\u2019asseoir n\u2019importe quelle th\u00e8se en deux semaines.<br \/>\nC\u00f4t\u00e9 t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise, outre le film des fr\u00e8res Naudet, qu\u2019a diffus\u00e9 TF 1 (sorte de retour sur l\u2019\u00e9v\u00e9nement, dont le principal objet \u00e9tait de paver la voie au film d\u2019Oliver Stone), France 2 rediffusait le Monde selon Bush, seul document qui ne va pas plus loin que les archives. Mais c\u2019est aller d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s loin. Nous avons revu la prestation du doyen du S\u00e9nat, Robert Byrd, 85 ans, qui accablait l\u2019administration Bush en s\u00e9ance solennelle, non seulement au nom de la rigueur et de la diplomatie, mais de la morale et de la v\u00e9rit\u00e9. Un jour ou l\u2019autre, concluait-il, le ch\u00e2teau de cartes du mensonge s\u2019effondrera. Et encore : s\u2019il s\u2019agit de verser du sang am\u00e9ricain, de semer le chaos parmi les civils, hommes, femmes, enfants innocents, une manipulation cynique est inacceptable. Bizarre, tout de m\u00eame.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3643 paru le 22 Septembre 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>La vie \u00e0 la d\u00e9coupe<br \/>\nComment bl\u00e2mer les m\u00e8res qui ont renonc\u00e9 \u00e0 arracher leurs enfants \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision ? Les cha\u00eenes d\u00e9ploient toutes les ruses pour app\u00e2ter les familles d\u00e8s le matin et les annonceurs les y encouragent. Si l\u2019on veut faire patienter les plus jeunes pendant que leurs fr\u00e8res a\u00een\u00e9s se ruent sur le bol de c\u00e9r\u00e9ales, le dessin anim\u00e9 est devenu le recours obligatoire. Dans certains foyers, on voit des bambins de 5 ans hirsutes, recroquevill\u00e9s sur le canap\u00e9, le pouce aux l\u00e8vres et le doudou sous le bras, regarder des histoires de princesses galactiques pendant que la maisonn\u00e9e s\u2019\u00e9veille.<br \/>\nDix ans plus tard, on retrouve les m\u00eames enfants vautr\u00e9s sur le m\u00eame canap\u00e9, mais cette fois ravag\u00e9s par Star Academy tandis que les producteurs commentent la prestation d\u2019un \u00e9l\u00e8ve en s\u2019\u00e9criant : \u00ab C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rationnel \u00bb (sic, entendu d\u00e9but septembre). La t\u00e9l\u00e9vision s\u2019installe comme rivale des parents en toute occasion. Quand ces derniers r\u00e9prouvent certaines fr\u00e9quentations, attitudes ou tenues vestimentaires, des animateurs-copains prescrivent le contraire du message familial : vocabulaire grotesque, rod\u00e9os de banlieue, culte du d\u00e9cibel, cannabis tol\u00e9rable, sexualit\u00e9 hygi\u00e9nique, rock d\u00e9jant\u00e9, les exemples pullulent. Cette ali\u00e9nation devient telle que l\u2019adolescent vraiment moderne s\u2019enferme d\u00e9sormais dans sa chambre avec son propre poste pour se r\u00e9fugier dans un imaginaire de zombie o\u00f9 tout le monde est \u201csupersympa\u201d, \u00e9coute Rapha\u00ebl et communie dans le culte de la \u201cjante alu\u201d.<br \/>\nMais, arr\u00eatons-nous l\u00e0. Pourquoi ressasser toutes ces choses cent fois entendues ?<br \/>\nPour introduire une observation qu\u2019on entend moins souvent : la vieillesse est expos\u00e9e \u00e0 la \u201czombitude\u201d affective et sociale dans les m\u00eames proportions. Les adultes d\u2019\u00e2ge moyen peuvent d\u00e9plorer chaque jour de nouveaux cas de d\u00e9mission de l\u2019esprit chez les plus de 75 ans, par la faute de la t\u00e9l\u00e9vision. Quand on d\u00e9barque \u00e0 l\u2019improviste chez ses vieux parents, il est fr\u00e9quent aujourd\u2019hui d\u2019\u00eatre supplant\u00e9 dans leur c\u0153ur par les h\u00e9ros des feuilletons de l\u2019apr\u00e8s-midi. Le patriarche brandit la t\u00e9l\u00e9commande pour hausser le volume et couvrir la conversation de son entourage en lui infligeant les propos de Rick ou Jason. Les d\u00eeners sont \u00e9court\u00e9s par le journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9. Les coups de fil du matin sont victimes d\u2019Amour, gloire et beaut\u00e9. Et trop souvent, dans les f\u00eates de famille, quand la grand-m\u00e8re s\u2019agite sur sa chaise apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, ce n\u2019est pas parce qu\u2019elle souhaite entendre sa fille en confidence, mais parce qu\u2019elle est en train de rater les Feux de l\u2019amour.<br \/>\nOr justement, il s\u2019agit d\u2019un feuilleton o\u00f9 personne ne regarde jamais la t\u00e9l\u00e9vision, et o\u00f9 toutes les filles parlent \u00e0 leur m\u00e8re apr\u00e8s le d\u00e9jeuner. On dirait donc qu\u2019apr\u00e8s avoir cong\u00e9di\u00e9 la vie sociale, la t\u00e9l\u00e9vision exploite la nostalgie que nous en avons, pour nous la revendre, impudemment, par petits morceaux, \u00e0 coups de Dolmen et de Zodiaque.<br \/>\nEn somme la t\u00e9l\u00e9, c\u2019est de la vie \u00e0 la d\u00e9coupe.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3644 paru le 29 Septembre 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Elle te pla\u00eet ma s\u0153ur ?<br \/>\nNous connaissons tous cette blague que nous qualifierons de \u201cm\u00e9diterran\u00e9enne\u201d pour n\u2019offenser personne : un homme farouche se penche vers un godelureau dans une f\u00eate de village et lui gronde \u00e0 l\u2019oreille : \u00ab Elle te pla\u00eet ma s\u0153ur ? \u00bb L\u2019autre, effray\u00e9, lui r\u00e9pond : \u00ab Mais non, pas du tout. \u00bb Alors le fr\u00e8re susceptible l\u2019intimide de nouveau et dit : \u00ab Comment \u00e7a ? Elle ne te pla\u00eet pas, ma s\u0153ur ? \u00bb<br \/>\nDans nos rapports s\u00e9mantiques avec l\u2019islam, le tableau est identique. Le pr\u00e9tendu d\u00e9rapage du pape aura beau \u00eatre analys\u00e9 sous tous les angles au journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9, l\u2019analyse, au sens psychiatrique, devrait s\u2019appliquer d\u2019abord aux accusateurs. La mauvaise foi des querelleurs enjambe les tentatives d\u2019explication jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils parviennent \u00e0 entra\u00eener leur interlocuteur sur le terrain de la guerre. Une fois qu\u2019ils y sont parvenus, le sch\u00e9ma psychologique rappelle une autre sc\u00e8ne c\u00e9l\u00e8bre, issue du cin\u00e9ma : dans les Aventuriers de l\u2019arche perdue, film dont le h\u00e9ros est devenu un mythe au point que sa psychologie se confond dans l\u2019imaginaire plan\u00e9taire avec celle de l\u2019Am\u00e9ricain moyen, on voit un guerrier menacer Indiana Jones d\u2019un sabre qui \u00e9tincelle au soleil. La sc\u00e8ne se passe au fond d\u2019un souk. Ce d\u00e9tail n\u2019est pas sans importance. L\u2019enturbann\u00e9 a l\u2019air vraiment tr\u00e8s m\u00e9chant. Il fait virevolter son instrument pour impressionner l\u2019adversaire, lequel, exc\u00e9d\u00e9 par tant d\u2019orgueil inutile, d\u00e9gaine finalement son revolver et l\u2019abat.<br \/>\nAlors quoi ? Alors rien. Mais de nos jours, celui qui a le don de d\u00e9chiffrer les images poss\u00e8de celui de divination.<\/p>\n<p>Enterrement \u00e0 Montr\u00e9al<br \/>\nOn a vu sur TV 5 Monde l\u2019enterrement de la jeune femme tu\u00e9e par Kimveer Gill, le tireur fou du coll\u00e8ge Dawson. Une journaliste idiote du Globe and Mail attribue la pulsion violente du tireur aux \u201ctensions intercommunautaires\u201d, et notamment au fait qu\u2019\u00e9tant d\u2019origine extracanadienne pour parler pudiquement, il \u00e9tait trait\u00e9 de mani\u00e8re injuste par les Qu\u00e9b\u00e9cois \u201cpur laine\u201d \u2013 oui c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on dit au Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p>Aucun rapport<br \/>\nUn universitaire fran\u00e7ais m\u2019envoie plut\u00f4t la liste des jeux vid\u00e9o et des films qu\u2019il aimait entre tous et qu\u2019il classait pieusement sur son blog, liste qui a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e par le site watercoolergames.com. On y retrouve toutes les bluettes habituelles, Postal, GTA, etc. et les films du genre Scarface, qui visent le public des sinistr\u00e9s du lobe frontal. Bien s\u00fbr les psychiatres mous, calibr\u00e9s pour les d\u00e9bats sur la Cinq, viendront nous expliquer que tout cela n\u2019a aucun rapport. Ils nous diront aussi que le succ\u00e8s du jeu Super Columbine Massacre RPG, dont le tireur \u00e9tait un adepte, n\u2019a aucun lien non plus avec la r\u00e9alit\u00e9.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3645 paru le 6 Octobre 2006<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>On se l\u00e2che<br \/>\nOn s\u2019est demand\u00e9 un moment si le Droit de savoir se prenait pour Capital, mais au bout de dix minutes on a compris qu\u2019il n\u2019en \u00e9tait rien : naturistes camarguais r\u00e9pondant aux interviews en nu int\u00e9gral, femmes sans soutien-gorge pr\u00e9parant la salade de tomates entre deux bottes de persil, tr\u00e8s vite les consid\u00e9rations sociologiques sur les neuf millions de campeurs fran\u00e7ais se sont \u00e9loign\u00e9es pour faire place \u00e0 une tranche de vie \u00e9paisse, en liaison avec la promotion d\u2019un film, mais surtout en pr\u00e9lude \u00e0 un exercice de voyeurisme d\u00e9guis\u00e9 en enqu\u00eate s\u00e9rieuse sur la \u201cnouvelle fi\u00e8vre des Fran\u00e7ais\u201d. En v\u00e9rit\u00e9 l\u2019enqu\u00eate tournait autour de l\u2019essentiel avec un ent\u00eatement assez divertissant dans la mauvaise foi.<br \/>\nLa vraie raison pour laquelle neuf millions de nos contemporains partagent la promiscuit\u00e9 sous les pins ou les palmiers, ce ne sont ni les \u00e9lections de miss Camping, ni l\u2019attente le savon \u00e0 la main devant les douches, ni la vaisselle dans le chant des cigales, mais la nostalgie de la vie sociale d\u2019avant.<br \/>\nAvant quoi ? Avant la solitude g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Ce qui est tendance, comme disait le reportage, ce n\u2019est pas \u201cla marche des tongs\u201d ou \u201cla danse des canards\u201d, mais la simplification des codes sociaux, la red\u00e9couverte brutale du corps d\u2019autrui, la vari\u00e9t\u00e9 des \u00e2ges et des physiques, en somme la vie.<br \/>\nDans Koh Lanta ou l\u2019\u00cele de la tentation, on observe le m\u00eame \u00e9tonnement ravi chez le spectateur : c\u2019est une m\u00e9moire lointaine de l\u2019esp\u00e8ce qui revient, quelque chose qui rappelle la loi de la meute, avec ses dominants et ses domin\u00e9s, ses vieux m\u00e2les, ses jeunes pr\u00e9somptueux, ses femmes farouches, attirantes ou jalouses.<br \/>\nDepuis un si\u00e8cle que les plages attirent du monde, on finit par se douter que ce n\u2019est pas pour la satisfaction de passer huit heures sous un parasol. Il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019un lieu o\u00f9 les codes changent, comme on dit pudiquement. Si l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la pudeur, on avoue plut\u00f4t qu\u2019on y va pour se l\u00e2cher.<\/p>\n<p>Points de suspension<br \/>\nUne activit\u00e9 de repr\u00e9sentation hors fronti\u00e8res m\u2019oblige \u00e0 interrompre cette chronique que je tenais depuis huit ann\u00e9es. De nombreux lecteurs m\u2019ont fait la confiance de me lire avec assiduit\u00e9, quelques-uns me l\u2019ont \u00e9crit, je les remercie avec chaleur. Les liens tiss\u00e9s par cette familiarit\u00e9 d\u2019esprit hebdomadaire sont souvent tr\u00e8s solides. Aujourd\u2019hui ils sont de surcro\u00eet ais\u00e9s \u00e0 entretenir gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019Internet qui permet d\u2019envoyer huit lignes quand on h\u00e9site \u00e0 \u00e9crire huit pages.<br \/>\nEn attendant de retrouver ici une tribune sans doute diff\u00e9rente, en tout cas plus compatible avec le devoir de r\u00e9serve que m\u2019imposent mes nouvelles fonctions, je me permets de recommander, \u00e0 ceux qui souhaitent poursuivre notre commerce en coulisse, de m\u2019\u00e9crire sur christian@combaz.com<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3401 paru le 1 F\u00e9vrier 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>La famille \u00e0 dos<br \/>\nAu mois de novembre, le pr\u00e9sident de TF 1, dans un entretien accord\u00e9 au Monde, s\u2019alarmait du jugement port\u00e9 sur sa cha\u00eene par la ministresse de la Culture. \u00ab Un ministre de la R\u00e9publique, disait-il, n\u2019a pas le droit de d\u00e9tester une entreprise. \u00bb Et il ajoutait un peu hypocritement : \u00ab Comment peut-on dire que les t\u00e9l\u00e9spectateurs vont \u00eatre condamn\u00e9s \u00e0 regarder une cha\u00eene qui r\u00e9alise 95 % des meilleures audiences chaque ann\u00e9e ? \u00bb<br \/>\nEh bien, la r\u00e9ponse est claire : on peut le dire quand on s\u2019appelle Catherine Tasca. On peut le dire quand on pratique une m\u00e9thode qui ne consiste pas \u00e0 analyser le r\u00e9el mais \u00e0 lui pr\u00e9f\u00e9rer les d\u00e9lices du fantasme. On peut le dire quand on est la seule titulaire du poste \u00e0 avoir menac\u00e9 un \u00e9crivain de l\u2019envoyer au tribunal. Renaud Camus a \u00e9t\u00e9 soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019antis\u00e9mitisme par des gens sans innocence \u00e0 qui, visiblement Mme Tasca voulait plaire. Conseill\u00e9e dans cette affaire par de vrais techniciens, ou qui sait ? par de vrais lecteurs, elle s\u2019est arr\u00eat\u00e9e de justesse au bord de la forfaiture. Mais ce jour-l\u00e0, elle a durablement discr\u00e9dit\u00e9 sa fonction et incit\u00e9 une poign\u00e9e d\u2019artistes, dont je fais partie, \u00e0 se souvenir de Lyssenko, ministre de l\u2019Agriculture stalinien qui d\u00e9clarait : \u00ab Un ennemi de classe est toujours un ennemi, qu\u2019il soit ou non savant. \u00bb<br \/>\nVoil\u00e0 qu\u2019elle recommence, \u00e0 propos de Silvio Berlusconi, dont elle r\u00e9prouve, nous dit-on, la politique culturelle, jusqu\u2019\u00e0 refuser d\u2019inaugurer avec lui le Salon du livre. T\u00e9l\u00e9visions et radios se font timidement l\u2019\u00e9cho de cette susceptibilit\u00e9 embarrassante, sans souligner vraiment ce qu\u2019elle signifie : nous avons l\u00e0 un exemple clinique de \u201cm\u2019as-tu-vuisme\u201d id\u00e9ologique. En d\u2019autres termes il devient moins important d\u2019analyser les dossiers, voire d\u2019adresser des remontrances \u00e0 ceux qu\u2019on n\u2019approuve pas, que de refuser de figurer avec eux sur la photo. Il ne s\u2019agit plus de gouverner, mais de pr\u00e9senter son meilleur profil et d\u2019en remontrer \u00e0 la terre enti\u00e8re par une apparence de vertu. Laquelle d\u00e9signe, en fait, une n\u00e9vrose d\u2019autosatisfaction. Quand Martine Aubry refuse de si\u00e9ger quelque part o\u00f9 l\u2019on annonce la pr\u00e9sence d\u2019un ministre de J\u00f6rg Haider, quand Catherine Tasca fait son caprice contre l\u2019Europe qui pense \u201cmal\u201d, quand S\u00e9gol\u00e8ne Royal claironne sa \u00ab vigilance \u00bb, elles ressemblent \u00e0 ces fillettes qui, jusque dans le salon familial, ne disent plus bonjour \u00e0 l\u2019oncle de Corr\u00e8ze depuis qu\u2019il vote Front national.<br \/>\nD\u2019abord, ce n\u2019est pas le meilleur moyen de l\u2019en dissuader. Ensuite, elles se mettent \u00e0 dos toute la famille. Enfin, prisonni\u00e8res de leur bon droit, par esprit de syst\u00e8me et par orgueil, elles finissent par tomber dans le d\u00e9lire. Contre toute esp\u00e8ce de politesse, c\u2019est-\u00e0-dire de respect d\u2019autrui (ce respect qu\u2019elles exigent des autres \u00e0 la moindre occasion), elles pr\u00e9f\u00e8rent claquer la porte.<br \/>\nIl arrive aussi, Dieu merci, que la famille la leur d\u00e9signe. On appelle \u00e7a une \u00e9lection.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3504 paru le 23 Janvier 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>La France de Papa<br \/>\nLa publication des meilleures audiences pour l\u2019ann\u00e9e \u00e9coul\u00e9e permet de s\u2019apercevoir que le succ\u00e8s est moins facile \u00e0 induire en t\u00e9l\u00e9vision qu\u2019en litt\u00e9rature. Certes on voit bien de temps \u00e0 autre surgir un produit marketing destin\u00e9 au petit \u00e9cran, mais il est rare qu\u2019il fasse recette aussi vite qu\u2019un livre de Beigbeder. La t\u00e9l\u00e9vision ne peut pas compter sur les r\u00e9seaux pour assurer la promotion de ses \u201ccoups\u201d. Il ne suffit pas d\u2019apposer un panneau \u201cNous avons beaucoup aim\u00e9\u201d, comme on le voit souvent \u00e0 l\u2019entr\u00e9e des librairies, pour conjurer l\u2019effet \u201ctemps r\u00e9el\u201d et la sanction par la t\u00e9l\u00e9commande.<br \/>\nQuand on parle de temps r\u00e9el, on a l\u2019impression qu\u2019il est facile d\u2019accrocher l\u2019int\u00e9r\u00eat en improvisant, mais quand on voit les chiffres, on s\u2019aper\u00e7oit que le temps r\u00e9el ram\u00e8ne au pays r\u00e9el. Le public t\u00e9l\u00e9visuel a l\u2019inertie d\u2019un p\u00e9trolier. Pour le mouvoir, pour l\u2019\u00e9mouvoir, il ne suffit pas de donner de la corne de brume et d\u2019agiter les bras. Quand il entend dire : \u201cNous avons beaucoup aim\u00e9\u201d, le public r\u00e9pond : \u201cMoi j\u2019aime ce que je veux.\u201d<br \/>\nEt l\u2019an pass\u00e9, il a tourn\u00e9 le dos aux choix parisiens. L\u2019Affaire Dominici finit en t\u00eate du classement. On peut \u00e9piloguer sur le fond et pr\u00e9tendre que les t\u00e9l\u00e9spectateurs ont aim\u00e9 le genre \u201cfilm \u00e0 th\u00e8se\u201d, il est probable qu\u2019ils aient surtout aim\u00e9 le rappel \u00e0 la \u201cFrance de Papa\u201d. De m\u00eame, il serait int\u00e9ressant de montrer la continuit\u00e9 qui existe entre Maigret, le commissaire Bourrel, Julie Lescaut et le juge Cordier (les deux derniers \u00e9tant class\u00e9s tr\u00e8s haut dans le palmar\u00e8s 2003). Pour qui douterait encore de cette tendance, on peut pr\u00e9dire un succ\u00e8s identique au Dirlo, une s\u00e9rie tr\u00e8s bien \u00e9crite qui pr\u00e9sente Bigard en directeur d\u2019\u00e9cole (dix millions de t\u00e9l\u00e9spectateurs). D\u2019abord, le d\u00e9cor \u00e9voque la communale de Jules Ferry (nous sommes loin des pr\u00e9fabriqu\u00e9s de l\u2019Instit). Ensuite, la popularit\u00e9 de Bigard s\u2019appuie sur le pays r\u00e9el depuis longtemps.<br \/>\nMais le clou de ce bilan est que 95 % des meilleures audiences 2003 soient le fait de TF 1. Qu\u2019une cha\u00eene priv\u00e9e fasse la part belle au pays profond, et que le service public d\u00e9daigne le peuple, quoi de plus jacobin, et quoi de plus fran\u00e7ais ?<\/p>\n<p>Camarade Fogiel<br \/>\nLa fa\u00e7on dont Marc-Olivier Fogiel (toujours sur le service public) a rendu compte des succ\u00e8s litt\u00e9raires de l\u2019ann\u00e9e illustre le ph\u00e9nom\u00e8ne. Pendant l\u2019\u00e9mission, nous aurons guett\u00e9 en vain la mention du dernier livre de Brigitte Bardot, dont les \u00e9ditions du Rocher ont vendu, gr\u00e2ce \u00e0 lui, 275 000 exemplaires. Elle est l\u2019une des trois meilleures ventes de 2003. M\u00eame si l\u2019on s\u2019attendait \u00e0 peu de commentaires (ils sont en proc\u00e8s), il suffisait d\u2019une allusion goguenarde, et Fogiel \u00e9tait quitte.<br \/>\nOr le nom de l\u2019actrice n\u2019a pas franchi ses l\u00e8vres. Voil\u00e0 qui rel\u00e8ve de la psychiatrie. Rappelons que les dissidents \u00e9taient gomm\u00e9s dans les portraits de groupe au temps du camarade Staline. Un coup de Photoshop, et hop, Bardot va bient\u00f4t quitter les archives de l\u2019\u00e9mission dans les agences de presse.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3402 paru le 8 F\u00e9vrier 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Sauvons les saucisses<br \/>\nUn r\u00e9cent couplet sur les rapports entre publicit\u00e9 et barbarie m\u2019a valu un courrier abondant. (Je veux dire qu\u2019il abondait dans mon sens.) Une dame me rappelle qu\u2019une marque de saucisses mettait r\u00e9cemment en sc\u00e8ne quatre jeunes gens dans une montgolfi\u00e8re : apr\u00e8s avoir jet\u00e9 par-dessus bord le lest disponible, les a\u00e9ronautes avaient le choix entre le plus faible de leurs compagnons et un paquet de saucisses. Trois d\u2019entre eux sacrifiaient le quatri\u00e8me pour garder les saucisses.<\/p>\n<p>Le triomphe de Scapin<br \/>\nPuisque l\u2019occasion m\u2019est donn\u00e9e de revenir aux d\u00e9rives publicitaires, un proc\u00e9d\u00e9 tr\u00e8s \u00e0 la mode consiste \u00e0 pervertir le regard des enfants sur leurs parents. Quand, pour se venger de leur propre enfance chez les pr\u00eatres, des directeurs d\u2019agence qui se sont partag\u00e9 le festin de l\u2019apr\u00e8s-68 nous infligent des campagnes o\u00f9 l\u2019on voit bafouer l\u2019image de l\u2019adulte, de l\u2019a\u00eenesse, de la masculinit\u00e9, ils ne font rien d\u2019innocent. Une mode tyrannique exige aujourd\u2019hui que le p\u00e8re de famille soit ridicule, de pr\u00e9f\u00e9rence devant une conjuration m\u00e8re-fille. \u00ab Je ne sais plus quoi faire de ton p\u00e8re \u00bb, dit une femme exc\u00e9d\u00e9e par son mari coureur de jupons. Une fille de six ans explique \u00e0 son g\u00e9niteur qu\u2019avec le nouveau produit Candia il peut recommencer \u00e0 dig\u00e9rer le lait. L\u2019\u00e9pouse appuie avec une vague ironie. Apr\u00e8s la premi\u00e8re gorg\u00e9e, le papa se retrouve en culottes courtes.<br \/>\nOn ignore si la campagne est un succ\u00e8s, mais le message sociologique, lui, est re\u00e7u cinq sur cinq par les enfants et les \u00e9pouses : les p\u00e8res sont ridicules. S\u2019ils affectent la fermet\u00e9 elle est tourn\u00e9e en d\u00e9rision. Partout dans la publicit\u00e9 ils sont bern\u00e9s par leurs enfants, comme les g\u00e9rontes de Moli\u00e8re l\u2019\u00e9taient par leurs valets. Sauf que les Scapin d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019ont pas l\u2019\u00e2ge de raison. Les seuls adultes tol\u00e9rables \u00e0 leurs yeux sont ceux qui c\u00e8dent \u00e0 leurs caprices.<br \/>\nParall\u00e8lement, la campagne t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e relative \u00e0 la p\u00e9dophilie tend \u00e0 \u00e9tablir une conjonction douteuse entre l\u2019autorit\u00e9 et l\u2019abus d\u2019autorit\u00e9, entre le priv\u00e9 et l\u2019abus du priv\u00e9. L\u2019intimit\u00e9 familiale est suspecte de favoriser le viol. On a introduit, qu\u2019on le veuille on non, le ferment d\u2019un doute syst\u00e9matique dans les esprits juv\u00e9niles, \u00e0 propos de ce qui est domestique, masculin et autoritaire. \u201cL\u2019id\u00e9e\u201d, comme disent les branch\u00e9s, c\u2019est de pr\u00e9venir. Mais la pr\u00e9vention se traduit par une exigence excessive de transparence, par une n\u00e9gation du secret familial, lequel est pourtant le lieu m\u00eame o\u00f9 se forgent l\u2019identit\u00e9, le caract\u00e8re et la volont\u00e9.<br \/>\nL\u2019autre id\u00e9e consiste \u00e0 \u00e9pargner \u00e0 l\u2019enfant toute r\u00e9sistance. Du coup il est contraint \u00e0 la chercher hors du foyer. Il affronte tout ce qui porte un uniforme. Il pi\u00e9tine le territoire de ses rivaux. Sa violence rend hommage \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 jamais subie, en cherchant \u00e0 la r\u00e9inventer. Les deux courbes, violence en hausse, autorit\u00e9 en baisse, se sont crois\u00e9es autour de 1990. Elles vont se croiser dans l\u2019autre sens in\u00e9vitablement. Jusqu\u2019o\u00f9 ?<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3403 paru le 15 F\u00e9vrier 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>M\u00e9taphore fil\u00e9e<br \/>\nDans le domaine des id\u00e9es, c\u2019est connu, il y a la confection et le pr\u00eat-\u00e0-porter. Cette m\u00e9taphore qui rel\u00e8ve du lieu commun n\u2019est pourtant pas assez exploit\u00e9e. On peut la filer comme une laine, on peut accumuler ind\u00e9finiment les traits de ressemblance entre le monde de la pens\u00e9e et celui de la couture.<br \/>\nPar exemple il existe sur France 2 un atelier dominical nomm\u00e9 J\u2019ai rendez-vous avec vous dont le patron, Rachid Arhab, vient de quitter le pr\u00eat-\u00e0-porter pour se lancer dans le sur mesure. C\u2019est dommage, car il \u00e9tait meilleur que son rempla\u00e7ant au journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9. Et c\u2019est regrettable pour lui car il a beau essayer de recoudre sa formule, elle s\u2019en va de tous les c\u00f4t\u00e9s.<br \/>\nIl faut dire qu\u2019il travaille beaucoup aux ciseaux et tr\u00e8s peu \u00e0 l\u2019aiguille. Son \u00e9mission a pour objet d\u2019\u00e9voquer des questions d\u2019actualit\u00e9 avec l\u2019aide de la rue et le concours des t\u00e9l\u00e9spectateurs. Th\u00e8me du jour : \u201cCritiquer la politique de Sharon, est-ce faire preuve d\u2019antis\u00e9mitisme ?\u201d Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question h\u00e9risson, pos\u00e9e \u00e0 des habitants de la Goutte-d\u2019Or \u00e0 Paris, qui croyez-vous que la cam\u00e9ra ait interrog\u00e9 ? Un imam ? Un Beur de la banlieue ? Un \u201cgrand fr\u00e8re\u201d qui circule en Mercedes \u00e0 vingt-deux ans ?<br \/>\nPas du tout : Madeleine de Grenoble, Andr\u00e9 de Paris, Marc d\u2019Etr\u00e9pagny et Jeanine d\u2019Evreux. Ils sont invit\u00e9s \u00e0 se prononcer sur une \u00e9ventuelle r\u00e9surgence de l\u2019antis\u00e9mitisme en France comme s\u2019ils devaient r\u00e9pondre, au nom de notre \u201cterre d\u2019accueil\u201d, d\u2019exactions dont nous avons surtout accueilli, il faut le rappeler, la plupart des auteurs.<br \/>\nLe clou du d\u00e9fil\u00e9 fut cette dame qui est venue r\u00e9clamer davantage de mosqu\u00e9es \u00ab parce que les imams en train de noter les noms sur les bo\u00eetes aux lettres, \u00e0 six heures du matin dans les immeubles, \u00e7a fait mauvais effet, \u00e7a donne une mauvaise image de l\u2019islam \u00bb (sic).<br \/>\nDevant tant de pesanteur propagandiste, on se dit que ces archives devenues inalt\u00e9rables avec l\u2019av\u00e8nement du num\u00e9rique serviront au moins aux historiens. Elles illustreront que les propri\u00e9taires du discours, au tournant du mill\u00e9naire, ont perdu les p\u00e9dales avant les \u00e9lections.<br \/>\nIl n\u2019est que de citer la sc\u00e8ne finale de ce Rendez-Vous o\u00f9 le pr\u00e9sentateur, toujours brandissant son micro comme un animateur de vente flash au rayon chemisiers, nous annonce qu\u2019une dame a tenu \u00e0 apporter un t\u00e9moignage sur l\u2019affaire Schuller \u00ab sous la forme d\u2019une chanson \u00bb.<br \/>\nUne passante, qui attend en effet depuis vingt minutes derri\u00e8re lui, se rengorge \u00e0 l\u2019id\u00e9e de nous faire une bonne blague. Elle nous chante sur l\u2019air du Furet : \u00ab Il court il court, le Schuller, le Schuller du RPR. \u00bb A quoi le meneur de jeu croit bon d\u2019ajouter \u00ab Eh bien merci Genevi\u00e8ve, c\u2019est une fa\u00e7on de lancer le d\u00e9bat. \u00bb<br \/>\nL\u00e0-dessus, g\u00ean\u00e9 de voir tailler du sur mesure dans une \u00e9toffe aussi grossi\u00e8re, Michel Drucker reprend l\u2019antenne et se demande, en sp\u00e9cialiste, si le surpiquage ne se voit pas un peu trop.<br \/>\nNous nous le demanderons avec lui.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3404 paru le 21 F\u00e9vrier 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>T\u00eate de gondole<br \/>\nQue penserait-on d\u2019une agence publicitaire qui se mettrait \u00e0 fabriquer les produits qu\u2019elle promeut ? Que dirait-on si les \u201ccr\u00e9atifs\u201d construisaient des usines ?<br \/>\nToutes proportions gard\u00e9es, c\u2019est ce qui se passe dans l\u2019audiovisuel. Radios et t\u00e9l\u00e9visions jouent les deux r\u00f4les \u00e0 la fois : celui de vecteur de promotion et celui d\u2019agent de production.<br \/>\nQuand on visionne un DVD dont le g\u00e9n\u00e9rique porte le logo \u201cTF 1 Vid\u00e9o\u201d, on s\u2019avise rapidement que l\u2019effort publicitaire, les plateaux de complaisance, les invit\u00e9s vedettes, les bandes-annonces diffus\u00e9es jusque dans les \u00e9missions du matin, tout cela est rendu indispensable par cette confusion des genres.<br \/>\nCanal Plus a longtemps pratiqu\u00e9 la m\u00eame m\u00e9thode, laquelle a contribu\u00e9, nous dit-on, \u00e0 am\u00e9liorer les chiffres du cin\u00e9ma fran\u00e7ais. Mais c\u2019est une sant\u00e9 illusoire. Avec dix millions de spectateurs pour Ast\u00e9rix, le magasin France r\u00e9alise tout son chiffre de l\u2019ann\u00e9e sur un seul produit plac\u00e9 en \u201ct\u00eate de gondole\u201d.<br \/>\nNous obtenions nagu\u00e8re des chiffres voisins (enfin, les bonnes ann\u00e9es) sur dix films \u00e0 un million d\u2019entr\u00e9es. Cela r\u00e9pondait davantage aux exigences de l\u2019art et de la diversit\u00e9. Mais c\u2019\u00e9tait aussi plus risqu\u00e9 pour la tr\u00e9sorerie. Tandis que, d\u00e9sormais, le lancement \u00e0 la Harry Potter est devenu la r\u00e8gle : les recettes sont encaiss\u00e9es massivement en quelques semaines, au m\u00e9pris du reste de la production. Le pouvoir d\u2019achat culturel est aspir\u00e9 par une pompe \u00e0 finances dont l\u2019\u00e9chelle est continentale.<br \/>\nC\u00f4t\u00e9 chansonnette, le tableau est identique. Chaque ann\u00e9e, TF 1 s\u2019arrange pour lancer un \u201ctube\u201d qui rafle, en quinze jours, les 15 euros du budget que l\u2019adolescent moyen consacre \u00e0 la musique.<br \/>\nDerni\u00e8re \u00e9tape : Star Academy. A quoi bon parier sur une nouveaut\u00e9 ? Il suffit de reprendre un vieux succ\u00e8s assaisonn\u00e9 \u00e0 la sauce boum-boum. Le matraquage fait le reste.<br \/>\nEn radio, le ph\u00e9nom\u00e8ne existe aussi. C\u2019est la \u201cco\u00e9dition France-Inter\u201d. Evidemment nous ne parlons pas des m\u00eames chiffres, ni d\u2019ailleurs du m\u00eame produit. Il s\u2019agit de librairie. M\u00eame si une grande part du catalogue consiste encore en des livres du genre M\u00e9moires de poilus pendant la Grande Guerre, il est bon de rappeler que des radios financ\u00e9es par l\u2019argent public n\u2019ont aucune vocation \u00e0 jouer les \u00e9diteurs. Or cette vocation est de plus en plus apparente. Il existe \u00e0 pr\u00e9sent des \u201clivres Inter\u201d dont on nous dit qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 \u201c\u00e9lus par le public\u201d (bien qu\u2019en v\u00e9rit\u00e9 le public ait le choix entre douze titres, dont la liste a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie par cinq personnes, lesquelles, en g\u00e9n\u00e9ral, aiment bien le Monde et T\u00e9l\u00e9rama).<br \/>\nInt\u00e9ressante \u00e9volution du m\u00e9tier d\u2019\u00e9diteur, puisque, en cas de mauvaises recettes, c\u2019est le contribuable qui paie. Les artistes n\u2019ont pas de quoi s\u2019en r\u00e9jouir, ni les vrais \u00e9diteurs, qui eux prennent des risques. Pourquoi ne le disent-ils pas ? Parce qu\u2019ils craignent de se voir interdire la t\u00eate de gondole.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3405 paru le 1 Mars 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>L\u00e9ger probl\u00e8me de niveau<br \/>\nDeux cent mille candidats (!) se sont pr\u00e9sent\u00e9s, dans une dizaine de villes, aux \u00e9liminatoires de la deuxi\u00e8me session de Loft Story, l\u2019\u00e9mission de \u201ct\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9\u201d qui sera diffus\u00e9e en avril sur M6. Quarante-cinq mille postulants \u00e2g\u00e9s de dix-huit \u00e0 trente ans ont \u00e9t\u00e9 auditionn\u00e9s. Voici un condens\u00e9 des commentaires que l\u2019\u00e9mission suscite sur les forums de discussion d\u2019Internet. Nous offrons au producteur un crit\u00e8re de s\u00e9lection suppl\u00e9mentaire : jauger les candidats \u00e0 l\u2019aune de leur niveau en orthographe\u2026<br \/>\n\u00ab Il passe des pubs pour s\u2019inscrire mais il ne dise pas quand cela aura lieue.<br \/>\nSi vous savez des choses \u00e9crivaient moi. Merci. Mathilde.<br \/>\nTu aurais u l\u2019occasion d\u2019y participer tu y serait aller.<br \/>\nPersonne ne vous a demander de regarder ou de participer au casting, je suis sur ke vous serait tous les premier a le regarder en disant c cool mais alors ne regarder pas. J\u2019ai passer le casting et j\u2019en suis fiere et je pense bien reussir l\u2019experience aller bon courage a tous les lofteurs.<br \/>\nR\u00e9aliser un tel concept r\u00e9sulte du d\u00e9lire des esprits compl\u00e8tement tordus et &#8220;d\u00e9gent\u00e9s&#8221; d\u2019individus profond\u00e9ment frustr\u00e9s par leur carence de voir un jour leur nom affich\u00e9 sur tous les ecrans \u00bb.<br \/>\nCette collecte a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e sur une seule page, \u00e0 la vol\u00e9e, sans volont\u00e9 de noircir le tableau : 90 % des interventions sont de la m\u00eame eau. Quand on parle du niveau des participants au \u201cLoft\u201d, on oublie de dire qu\u2019il n\u2019a aucune raison d\u2019\u00eatre plus \u00e9lev\u00e9 que celui du reste de la population.<br \/>\nM\u00e9dailles en chocolat<br \/>\n\u2030 L\u2019autre soir, les duettistes Bataille et Fontaine \u00e9taient en piste pour Dr\u00f4les de petits champions (quatre heures d\u2019antenne \u00e0 trois jours d\u2019intervalle, la lassitude s\u2019installe). Enthousiasmes t\u00e9l\u00e9phon\u00e9s, petits gar\u00e7ons \u00e9lev\u00e9s dans le milieu du \u201cski de haut niveau\u201d, fillettes pomponn\u00e9es qui chantent comme C\u00e9line Dion, danseurs de dix ans en costume lam\u00e9, etc. Ces vedettes pr\u00e9coces aux talents outrageusement surestim\u00e9s par l\u2019orgueil parental m\u2019ont tellement exc\u00e9d\u00e9 que j\u2019ai regard\u00e9 un DVD, Buena Vista Social Club. Par une aimable fantaisie du hasard, ce film de Wim Wenders racontait l\u2019histoire inverse : une demi-douzaine de musiciens cubains octog\u00e9naires ayant appris \u00e0 jouer dans les arri\u00e8re-cours du Cuba d\u2019avant-guerre ont men\u00e9 leurs carri\u00e8res d\u2019artistes parfois si obscur\u00e9ment, qu\u2019ils ont d\u00fb abandonner la pratique de leur instrument faute de moyens.<br \/>\nUn musicien am\u00e9ricain les d\u00e9cide \u00e0 faire un disque ensemble, gloire mondiale, Grammy Awards, Carnegie Hall, etc.Ces pauvres gens d\u00e9couvrent le bonheur d\u2019\u00eatre honor\u00e9s \u00e0 quatre-vingts ans. Les voil\u00e0 m\u00e9daill\u00e9s par la providence juste avant de tirer leur chapeau. Leurs m\u00e9rites sont reconnus par tous au moment o\u00f9 ils y songeaient le moins.<br \/>\nDans le cas des \u201cpetits champions\u201d les m\u00e9dailles sont en chocolat, les dons souvent imaginaires, la reconnaissance pr\u00e9alable \u00e0 tout le reste. On nous fait croire qu\u2019ils peuvent tutoyer l\u2019accomplissement avant la pubert\u00e9. H\u00e9las, cette d\u00e9magogie a besoin de tricher sur la nature de l\u2019exploit : l\u2019\u00e9mission pr\u00e9f\u00e8re donc les skaters aux musiciens prodiges.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3407 paru le 15 Mars 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>G\u00e9n\u00e9ration Hulot<br \/>\nLe nom de Nicolas Hulot sonne si bien qu\u2019il semblait promis d\u00e8s le d\u00e9but de sa carri\u00e8re \u00e0 quelque forme de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9. Laquelle exigeait toutefois d\u2019\u00eatre l\u00e9gitim\u00e9e par autre chose que son aimable sourire et ses activit\u00e9s ludiques \u00e0 travers la plan\u00e8te : c\u2019est fait. Il vient de passer un dimanche \u00e0 nous raconter sa vie, qui est un peu la n\u00f4tre : compliments !<br \/>\nEn vingt ans nous avons assist\u00e9 \u00e0 l\u2019heureuse m\u00e9tamorphose de l\u2019explorateur-copain en une sorte de philosophe tranquille dont la syntaxe s\u2019est affin\u00e9e, dont le vocabulaire s\u2019est enrichi, dont les connaissances se sont affermies. Si toute la g\u00e9n\u00e9ration Hulot avait suivi la m\u00eame pente dans les m\u00eames ann\u00e9es, la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise n\u2019en serait pas l\u00e0. A le voir s\u2019expliquer chez Drucker et surtout \u00e0 entendre les commentaires du lendemain on comprend mieux ce que lui reprochent les aigris, les sceptiques et ceux qui ne croient en rien g\u00e9n\u00e9ralement : il s\u2019est construit. Il a empil\u00e9 le savoir dans la r\u00e9gion de l\u2019esprit o\u00f9 se forment les cristaux. Ceux qui feuillettent leur vie comme une poign\u00e9e d\u2019instantan\u00e9s dans une bo\u00eete \u00e0 chaussures ne supportent pas les gens qui font un album. Pourtant c\u2019est le degr\u00e9 le plus \u00e9l\u00e9mentaire de la sagesse. Dans le cas d\u2019Hulot, l\u2019album est couvert de plages et de palmiers, mais l\u2019essentiel est ailleurs. On sent chez lui un honn\u00eate d\u00e9sir de payer la Providence apr\u00e8s tant de bienfaits.<br \/>\nIl a raison de remercier le ciel, car il revient de loin. Non seulement il aurait d\u00fb cent fois laisser sa vie sur le terrain, mais \u00e0 ses d\u00e9buts il manquait gravement de qualification. On avait piti\u00e9 de ses propos, de ses liaisons fautives, de ses approximations. On le croyait vou\u00e9 au fun. On le voyait finir l\u2019\u0153il et le cheveu d\u00e9lav\u00e9s comme un surfeur, tann\u00e9 par le soleil des tropiques, consum\u00e9 par l\u2019attente de la vague. Or le voil\u00e0 plut\u00f4t paisible et gai. Accompli, en somme.<br \/>\nReste un d\u00e9tail naturellement mont\u00e9 en \u00e9pingle par les commentaires du lendemain : Hulot \u201ct\u00e9l\u00e9phone \u00e0 Chirac\u201d. Vous vous rendez compte ? France Inter, f\u00e9brile \u00e0 l\u2019id\u00e9e que vingt ans d\u2019oligarchie audiovisuelle vont peut-\u00eatre enfin voler en \u00e9clats dans quelques semaines, nous affirme tranquillement que Jacques Chirac a \u00ab envoy\u00e9 Nicolas Hulot sur le plateau pour assurer sa publicit\u00e9 personnelle \u00bb. La cha\u00eene de radio pr\u00e9tend m\u00eame qu\u2019on l\u2019a donn\u00e9 comme futur ministre de l\u2019Environnement, ce qui m\u2019a \u00e9chapp\u00e9 pendant l\u2019\u00e9mission, mais ce n\u2019est pas forc\u00e9ment une mauvaise id\u00e9e.<\/p>\n<p>En qu\u00e9b\u00e9cois dans le texte<br \/>\nIl faudrait en finir avec le mythe de la vertueuse francophonie qu\u00e9b\u00e9coise. D\u00e9sormais quand on visionne un DVD am\u00e9ricain doubl\u00e9 \u00e0 Montr\u00e9al, on entend des dialogues du genre : \u00ab Tu dis \u00e7a pour vrai (sic) ? \u2013 Oui J\u00e9r\u00e9mie, il faut apprendre \u00e0 faire tes propres d\u00e9cisions pour rester en contr\u00f4le de ta vie. \u00bb<br \/>\nRappelons que dans les rues de Qu\u00e9bec, No parking at all times se traduit par : \u201cPas de parking en tous temps\u201d.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3408 paru le 22 Mars 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>En piste avec le CSA<br \/>\nLe film du dimanche soir est une institution et une grand-messe. Il y a vingt ans \u00e0 peine, il r\u00e9unissait les familles et rassemblait la nation. Cette vocation lui est rest\u00e9e peu ou prou, mais de temps \u00e0 autre le pays entier, des grands-m\u00e8res aux enfants pr\u00e9pub\u00e8res, \u00e0 cause d\u2019une aberration de programmation, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 l\u2019usage veut que l\u2019on passe le Corniaud, Nuit d\u2019ivresse ou Independence Day, se retrouve devant une ignominie.<br \/>\nL\u00e9on appartient \u00e0 cette cat\u00e9gorie. Ecrit et r\u00e9alis\u00e9, nous dit le g\u00e9n\u00e9rique, par Luc Besson, ce film tire la quintessence du pire cin\u00e9ma am\u00e9ricain et nous la ressert sous label fran\u00e7ais. Le cin\u00e9aste du Grand Bleu est devenu le pape noir du mim\u00e9tisme culturel. Quand L\u00e9on est sorti, la mode \u00e9tait aux rues de New York, aux massacres et aux lolitas : il a r\u00e9uni les trois.<br \/>\nImaginons maintenant une famille rentrant d\u2019un dimanche \u00e0 la campagne. Dans la voiture, les enfants r\u00e9clament sur tous les tons l\u2019autorisation de \u201cvoir le film de TF 1\u201d. Apr\u00e8s une demi-heure d\u2019insistance et quelques conditions pr\u00e9alables (devoirs, affaires rang\u00e9es, douche, etc.), ils obtiennent gain de cause. Deux heures plus tard, tout le monde s\u2019installe devant le poste. L\u2019apparition du triangle orange (\u201c\u0153uvres cin\u00e9matographiques interdites aux mineurs de douze ans pouvant troubler le jeune public, notamment lorsque le sc\u00e9nario recourt de fa\u00e7on syst\u00e9matique et r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 la violence\u201d) n\u2019impressionne personne.<br \/>\nG\u00e9n\u00e9rique. Une bande de trafiquants de drogue canarde une famille dans son appartement. Sauvagerie \u00e0 bout portant dans une baignoire, dans un couloir, murs constell\u00e9s de sang, le p\u00e8re se tra\u00eene sur le carrelage, cinq balles successives sur cet homme qui rampe. \u00c7a d\u00e9gouline de partout, dans une atmosph\u00e8re de r\u00e9alisme intol\u00e9rable. Un des hommes d\u00e9signe une photo de famille : \u00ab Il y a trois gamins ici. Stan a tu\u00e9 la grande, Bill le petit (quatre ans), il manque celle-l\u00e0 : trouve-la ! \u00bb<br \/>\nLe film raconte la tentative de survie de la derni\u00e8re enfant du couple massacr\u00e9. Un tueur la prend en piti\u00e9, et lui apprend \u00e0 tuer elle-m\u00eame.<br \/>\nCes sc\u00e8nes d\u2019une cruaut\u00e9 d\u00e9j\u00e0 difficilement supportable par un quadrag\u00e9naire sont jug\u00e9es tol\u00e9rables pour des enfants entre douze et seize ans. On aimerait que le CSA nous explique quels sont ses crit\u00e8res, surtout dans le contexte social actuel.<br \/>\nOn peut m\u00eame sugg\u00e9rer le principe d\u2019une \u00e9mission \u201cEn piste avec le CSA\u201d. Les membres de l\u2019institution r\u00e9unis au complet sur des gradins seraient somm\u00e9s de r\u00e9agir en gros plan apr\u00e8s visionnage de la sc\u00e8ne, puis de justifier la cotation du film et l\u2019opportunit\u00e9 de sa diffusion.<br \/>\nA la fin de la saison, les membres du CSA dont les arguments se seraient r\u00e9v\u00e9l\u00e9s insuffisants ou sp\u00e9cieux seraient \u00e9limin\u00e9s et priv\u00e9s de leur salaire par les t\u00e9l\u00e9spectateurs, comme de vulgaires candidats \u00e0 Star Academy.<br \/>\nAu prix de ce r\u00e9gime, en mati\u00e8re de violence, les cha\u00eenes auraient vite fait de trouver le point d\u2019\u00e9tiage.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3409 paru le 29 Mars 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Show platonicien<br \/>\nPour ceux qui auraient rat\u00e9 la diffusion de l\u2019excellent Truman Show, voici un r\u00e9sum\u00e9 de l\u2019action et quelques r\u00e9flexions \u00e0 l\u2019adresse des happy few.<br \/>\nC\u2019est un film \u00e0 plusieurs lectures, comme on dit g\u00e9n\u00e9ralement dans les journaux qui ont choisi la leur. La premi\u00e8re, c\u2019est une critique f\u00e9roce de la t\u00e9l\u00e9vision r\u00e9alit\u00e9. Un pauvre gar\u00e7on, parvenu \u00e0 l\u2019\u00e2ge de vingt ans dans un univers provincial harmonieux, employ\u00e9 mod\u00e8le d\u2019une banque modeste, dans une ville am\u00e9ricaine d\u2019op\u00e9rette, s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019il est manipul\u00e9 depuis sa naissance. Un producteur, l\u2019ayant arrach\u00e9 \u00e0 un orphelinat d\u00e8s le premier \u00e2ge, a choisi de cr\u00e9er un monde de figurants autour de lui afin que son \u00e9volution, ses \u00e9mois, ses passions, soient livr\u00e9s en p\u00e2ture quotidienne \u00e0 la terre enti\u00e8re par le biais d\u2019un impitoyable r\u00e9seau de cam\u00e9ras. L\u2019\u00e9mission s\u2019appelle le Truman Show. Son succ\u00e8s est plan\u00e9taire.<br \/>\nVoil\u00e0 pour la premi\u00e8re lecture, celle qui bl\u00e2me le spectateur de son go\u00fbt pour le voyeurisme et ressortit plus ou moins \u00e0 la satire sociale. Elle permet de faire un dossier magazine \u00e0 la sortie du film et de s\u2019extasier sur cette Am\u00e9rique qui sait si bien fustiger ses d\u00e9fauts. Mais le sc\u00e9nariste, tout en respectant le cahier des charges, semble s\u2019adresser, par-dessus l\u2019\u00e9paule de la production, \u00e0 ce spectateur id\u00e9al que tout artiste vise \u00e0 l\u2019insu de son commanditaire.<br \/>\nCertains auront \u00e9prouv\u00e9, en voyant ce film, un vertige philosophique \u00e0 l\u2019id\u00e9e que nous sommes abus\u00e9s par le r\u00e9el lui-m\u00eame. Notre univers n\u2019est probablement qu\u2019une s\u00e9ance de diapositives sur les parois d\u2019on ne sait quelle caverne platonicienne. Plus les illusions se multiplient et se r\u00e9pondent dans nos soci\u00e9t\u00e9s, plus le ballet des images s\u2019acc\u00e9l\u00e8re, plus le vacarme s\u2019accentue, et plus l\u2019id\u00e9e que nous sommes issus d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 sup\u00e9rieure, immobile, silencieuse, \u00e0 quoi nous devrons retourner un jour, s\u2019impose aux esprits avis\u00e9s.<br \/>\nLa fin de Truman Show est miraculeuse d\u2019intelligence : on y voit ce pauvre type affronter ses traumatismes d\u2019enfant (la crainte de la noyade) pour voguer sur une mer artificielle d\u00e9mont\u00e9e, rompre ses cha\u00eenes et se retourner, triomphant, sur celui qui projette les ombres au fond de la caverne. The show is over, la vraie vie est au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9cran, il faut remonter la lumi\u00e8re du projecteur pour savoir qui nous sommes.<\/p>\n<p>Sacr\u00e9e Florence<br \/>\nDans les d\u00eeners en ville, l\u2019allusion \u00e0 l\u2019\u00e9mission de Patrick de Carolis sur Florence (Des racines et des ailes, fin f\u00e9vrier) est devenue si fr\u00e9quente, et l\u2019\u00e9blouissement de ceux qui l\u2019ont vue si constant, que je lui dois une mention. Florence est une ville que l\u2019on r\u00e9pugne \u00e0 voir livr\u00e9e \u00e0 des curiosit\u00e9s profanes, mais l\u2019\u00e9mission m\u00e9nageait la part du sacr\u00e9. On n\u2019oubliera pas le fran\u00e7ais remarquable parl\u00e9 par les Corsini, on r\u00eavera longtemps de ce jardin \u00e0 colonnes o\u00f9 les enfants sont pri\u00e9s de ne pas monter sur les statues romaines. On ne se plaindra pas qu\u2019on nous juge encore dignes de ce genre de spectacle.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3379 paru le 31 Ao\u00fbt 2001<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>L\u2019aventure au coin du hamac<br \/>\nIl para\u00eet que le service public va p\u00e2tir de la t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est probable et alors ? A-t-il vocation \u00e0 ench\u00e9rir sur le march\u00e9 mondial aux c\u00f4t\u00e9s de TF 1 ?<br \/>\nEst-il moral de d\u00e9barquer au Four Seasons Hotel de Beverly Hills, et d\u2019acheter une s\u00e9rie pu\u00e9rile o\u00f9 une bande de flics plaisante lourdement entre la salle de gym et la machine \u00e0 caf\u00e9, au prix d\u2019un million par \u00e9pisode, quand on prend la moiti\u00e9 de cet argent dans la poche des t\u00e9l\u00e9spectateurs ? Le d\u00e9faut de recettes que l\u2019on pr\u00e9voit cet automne chez France 2 est un d\u00e9sastre, nous dit-on, parce que la t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise ne pourra plus s\u2019aligner. Est-ce vraiment un d\u00e9sastre ? Avons-nous vocation \u00e0 nous aligner, \u00e0 acheter cl\u00e9s en main des programmes aussi franchis\u00e9s que le Maillon faible ou Survivor ?<br \/>\nEvidemment non. Pourtant la nouveaut\u00e9, le scandale ne se trouvent pas, comme on nous l\u2019affirme, dans le niveau \u00e0 peine croyable de ces \u00e9missions, ni dans le principe de l\u2019\u00e9viction sur lequel elles reposent : la pl\u00e8be romaine avait elle aussi droit de vie ou de mort sur les champions du cirque, et le radio crochet existait d\u00e9j\u00e0 il y a quarante ans. Non, le vrai scandale consiste \u00e0 nous faire passer une exp\u00e9dition \u00e0 peine digne du Manuel des castors juniors pour une grande aventure humaine. Ces gens \u00e0 demi-nus qui courent apr\u00e8s un fanion sur la plage en deux \u00e9quipes (les jaunes et les rouges), sous les ordres d\u2019un chef de meute entour\u00e9 de trois tonnes de mat\u00e9riel, c\u2019est un peu comme si le plus fastidieux de nos jeux de piste chez les louveteaux \u00e9tait sponsoris\u00e9 par une firme pharmaceutique.<br \/>\nLa vraie aventure consisterait \u00e0 priver de leurs papiers huit personnes pour les d\u00e9barquer au c\u0153ur de Sao Paolo avec trois sous en poche, puis \u00e0 les suivre dans les rues pendant six semaines, \u00e0 la recherche de leur nourriture et de leur g\u00eete. Le vrai d\u00e9fi consisterait \u00e0 fournir une carte verte \u00e0 dix jeunes gens de toutes origines et \u00e0 leur donner un an pour fonder une entreprise \u00e0 New York.<br \/>\nNous avons connu, il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, des tentatives voisines du genre la Course autour du monde. Elles ont co\u00fbt\u00e9 le vingti\u00e8me de ce que co\u00fbte la logistique grotesque de Koh-Lanta (o\u00f9 l\u2019exploit, quoi qu\u2019on veuille, reste au coin du hamac). En ce temps-l\u00e0, le service public comptait une poign\u00e9e de g\u00e9n\u00e9raux qui avaient une strat\u00e9gie personnelle et savaient compenser la suppression d\u2019un budget par un coup de g\u00e9nie. Le r\u00e8gne du marketing a suivi. Or dans ce domaine, le priv\u00e9 a toujours joui d\u2019une avance consid\u00e9rable. Personne ne s\u2019\u00e9tonnera qu\u2019elle soit devenue \u00e9crasante.<br \/>\nQue fait France T\u00e9l\u00e9vision ? Faute de pouvoir s\u2019aligner, elle ne cherche pas \u00e0 d\u00e9tourner les humbles de ces jeux du cirque en leur proposant mieux, moins cher et tout aussi populaire : elle pr\u00e9f\u00e8re investir dans une d\u00e9rision tr\u00e8s parisienne (Laurent Ruquier-Thierry Ardisson), c\u2019est-\u00e0-dire le d\u00e9dain de ceux qui la font vivre et qu\u2019on appelle le peuple.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3410 paru le 5 Avril 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>S\u00e9curit\u00e9 passive<br \/>\nQuand on regarde la t\u00e9l\u00e9vision en entomologiste ou en philosophe, on voit s\u2019agr\u00e9ger des modes de pens\u00e9e qui conditionnent d\u00e9j\u00e0 la vie des g\u00e9n\u00e9rations futures.<br \/>\nOn ne compte plus les reportages sur la s\u00e9curit\u00e9 passive. Ici, le maire d\u2019une commune de dix mille habitants fait voter un budget d\u2019\u00e9quipement pour une protection vid\u00e9o. L\u00e0, on installe un portique \u00e9lectromagn\u00e9tique \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019un coll\u00e8ge, d\u2019un tribunal ou d\u2019une prison. L\u00e0 encore, on obtient des constructeurs d\u2019avions qu\u2019ils fassent \u00e9quiper leurs futurs appareils d\u2019un poste de pilotage blind\u00e9. Partout se multiplient les syst\u00e8mes d\u2019identification par l\u2019iris, par la voix, par les empreintes digitales. Partout on r\u00e9clame la surveillance de vos faits et gestes et la dissuasion g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e.<br \/>\nOr, c\u2019est toujours en aval.<br \/>\nIl s\u2019agit en effet d\u2019intervenir afin qu\u2019un malfaiteur, ayant con\u00e7u le projet d\u00e9raisonnable de tirer aveugl\u00e9ment dans la foule, en soit dissuad\u00e9 par la pr\u00e9sence d\u2019un portique, d\u2019une cam\u00e9ra ou d\u2019un agent de police.<br \/>\nObservons qu\u2019il n\u2019est jamais question, en revanche, de l\u2019emp\u00eacher de concevoir son funeste dessein. Il ne s\u2019agit jamais de lui donner une \u00e9ducation qui sache exclure jusqu\u2019\u00e0 l\u2019imagination du crime. Ce serait attenter gravement \u00e0 sa libert\u00e9. Moyennant quoi, vingt ans apr\u00e8s, il ach\u00e8te des armes de guerre, viole les femmes, d\u00e9fie l\u2019autorit\u00e9, menace d\u2019un couteau quiconque le regarde dans les yeux, etc.<br \/>\nEn se livrant \u00e0 ce genre de fantaisies d\u00e9rogatoires \u00e0 l\u2019ordre commun, il exerce sa libert\u00e9 mais limite celle des autres dans des proportions spectaculaires. En sorte que dix ans plus tard, si aucune r\u00e9forme brutale de l\u2019\u00e9ducation n\u2019est intervenue, on assiste \u00e0 l\u2019apparition d\u2019une caste de 5 % de citoyens dont le comportement \u201c\u00e0 risques\u201d justifie p\u00eale-m\u00eale et pour tout le monde : le quintuplement des rails de s\u00e9curit\u00e9, la pr\u00e9sence d\u2019agents de la force publique dans chaque wagon de chemin de fer, l\u2019identification dans tous les a\u00e9roports, la protection magn\u00e9tique dans tous les h\u00f4pitaux, \u00e9coles, mus\u00e9es, etc. On ne peut plus prendre un avion sans d\u00e9cliner son pedigree, prendre le bus sans \u00eatre film\u00e9, monter dans le TGV sans garder sa valise sur les genoux. La libert\u00e9 des 5 % devient tyrannie.<br \/>\nLa t\u00e9l\u00e9vision aura beau nous seriner que l\u2019omnisurveillance repr\u00e9sente l\u2019avenir, il suffit d\u2019un effort de jugement pour se convaincre de l\u2019inverse. Dans une soci\u00e9t\u00e9 ouverte, comme on l\u2019a vu le 11 septembre 2001, la s\u00e9curit\u00e9 passive a ses limites. Les premi\u00e8res sont budg\u00e9taires : personne n\u2019aura jamais assez d\u2019argent pour rendre s\u00fbre une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique si ses habitants ne le sont plus. Les autres tiennent aux capacit\u00e9s mat\u00e9rielles dont nous disposons pour juguler une aberration : jamais personne n\u2019emp\u00eachera un anonyme de se promener dans la foule avec un d\u00e9tonateur et du plastic.<br \/>\nMoralit\u00e9 : plut\u00f4t que de multiplier les garde-fous, diminuons le nombre de fous.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3411 paru le 12 Avril 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Imp\u00e9ratrice d\u2019un jour<br \/>\nUne cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision (TF1) se met en quatre pour exaucer le v\u0153u d\u2019un laur\u00e9at choisi sur dossier. Dans R\u00eave d\u2019un jour, l\u2019application de ce principe fr\u00f4le souvent le mauvais go\u00fbt sans y tomber jamais. Ce conte de f\u00e9es lyophilis\u00e9 force l\u2019int\u00e9r\u00eat, parvient \u00e0 vaincre nos r\u00e9sistances, et nous oblige \u00e0 l\u2019indulgence devant le bonheur d\u2019autrui, tout l\u2019art (ou le cynisme) de la production consistant \u00e0 choisir des b\u00e9n\u00e9ficiaires \u00e0 qui la foule peut s\u2019identifier.<br \/>\nIl y a quelques mois, on offrait un voyage au Portugal \u00e0 un couple de braves gens. Pendant leur absence, leur appartement \u00e9tait enti\u00e8rement refait, d\u00e9cor\u00e9, \u00e9quip\u00e9. C\u2019est la version consum\u00e9riste de Surprise sur prise. Pendant la deuxi\u00e8me \u00e9mission, l\u2019histoire continue. La production ayant appris qu\u2019en vingt-huit ans de vie commune les b\u00e9n\u00e9ficiaires de ses largesses (d\u00e9cid\u00e9ment tr\u00e8s occup\u00e9s) n\u2019ont jamais trouv\u00e9 le temps de se marier, TF 1 organise un mariage sous les stucs de la mairie de Levallois avec la complicit\u00e9 de leurs trois filles et de leurs amis. C\u2019est l\u00e0 que nous atteignons les limites du syst\u00e8me TF 1 : non seulement les sommes investies suffiraient \u00e0 \u00f4ter toute authenticit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement (traiteur prestigieux, buffets tape-\u00e0-l\u2019\u0153il, personnel pl\u00e9thorique), mais le mariage, b\u00e2cl\u00e9 par une adjointe, ne comportait aucune mention de l\u2019\u00e9tat civil des \u00e9poux, aucun nom de famille, rien. C\u2019est \u00e0 se demander si nous n\u2019avons pas \u00e9t\u00e9 abus\u00e9s.<br \/>\nLe deuxi\u00e8me sujet du jour ressemblait \u00e0 une fable sociale. Dans un pays o\u00f9 les rejetons de l\u2019aristocratie portent la casquette en arri\u00e8re et parlent le verlan jusque chez les j\u00e9suites, on voyait une \u00e9l\u00e8ve de terminale, au physique tr\u00e8s ordinaire, d\u00e9couvrant les fastes de Sch\u00f6nbrunn avec un prince autrichien de location, avant de participer, \u00e0 son bras, au bal des d\u00e9butantes de la Hofburg.<br \/>\nOn a le droit de pr\u00e9f\u00e9rer les fantasmes qui montent \u00e0 ceux qui descendent, et les imp\u00e9ratrices d\u2019un soir aux rappeurs de la rue de la Pompe.<\/p>\n<p>Fin de r\u00e8gne<br \/>\nOn persiste \u00e0 nous parler de la \u201creine Christine\u201d \u00e0 propos de Christine Ockrent, mais le r\u00e8gne s\u2019ach\u00e8ve dans la crispation. J\u2019allais renoncer \u00e0 souligner l\u2019anomalie qui consiste \u00e0 pr\u00e9senter une \u00e9mission \u00e9lectorale quand on est la femme d\u2019un ministre en exercice. Mais la conjonction de trois \u00e9v\u00e9nements m\u2019y oblige. Le premier, c\u2019est que Bernard Kouchner a refus\u00e9 l\u2019acc\u00e8s d\u2019un h\u00f4pital parisien \u00e0 Jean-Pierre Chev\u00e8nement. Le deuxi\u00e8me, que Chev\u00e8nement, offens\u00e9, a renonc\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mission de la reine Christine \u201cpour raison familiale\u201d en s\u2019excusant une semaine \u00e0 l\u2019avance. Le troisi\u00e8me est l\u2019hypocrisie avec laquelle la reine a dard\u00e9 son \u0153il de dauphin sur Max Gallo au d\u00e9but de l\u2019\u00e9mission, en lui demandant si par hasard son patron \u00e9tait \u201cmalade\u201d.<br \/>\nNon seulement le journalisme am\u00e9ricain, \u00e0 qui l\u2019on pr\u00e9tend que notre h\u00e9ro\u00efne doit son \u201cprofessionnalisme\u201d, n\u2019aurait jamais tol\u00e9r\u00e9 pareille confusion des genres, mais il l\u2019aurait fusill\u00e9e pour cette mascarade.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3505 paru le 30 Janvier 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Nouvel an chinois<br \/>\nVu dans Capital, un reportage sur un Fran\u00e7ais \u201cashramis\u00e9\u201d pr\u00e8s de Madras, un homme de soixante ans converti \u00e0 l\u2019hindouisme et qui vit comme un sadhu. Jusque-l\u00e0, rien de tr\u00e8s singulier, sauf que cet homme dirige un empire commercial (dont il ne poss\u00e8de rien). Il centralise l\u2019offre des manufactures de v\u00eatements de sa r\u00e9gion vers les marques de pr\u00eat-\u00e0-porter europ\u00e9ennes. Ses associ\u00e9s indiens le v\u00e9n\u00e8rent comme un saint homme et il se prom\u00e8ne pieds nus en sari jaune dans les d\u00e9cors high-tech de son empire textile, o\u00f9 il rend hommage aux dieux dans un petit temple.<br \/>\nVus aussi, dans les journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, de nombreux reportages sur le nouvel an chinois, avec ses coutumes culinaires et sa r\u00e9f\u00e9rence pittoresque au bouddhisme, son lien avec les anc\u00eatres et la famille, etc.<br \/>\nDans tous ces sujets, les signes religieux distinctifs sont parfois extr\u00eamement visibles (comme ils le sont lorsqu\u2019une bonne s\u0153ur traverse la rue de Vaugirard), et pourtant nul ne songerait \u00e0 s\u2019en offenser. Pourquoi ? Parce que ni les adeptes de Krishna, ni les adorateurs du Grand V\u00e9hicule, ni les confucianistes, ni les chr\u00e9tiens, ni les juifs ne font de leur religion une machine de guerre.<br \/>\nPeut-on en dire autant de tout le monde ? C\u2019est une question qu\u2019il faudra se poser un jour ou l\u2019autre. Quant \u00e0 traquer les signes ostentatoires, le bon sens permet d\u00e9j\u00e0 de penser que la m\u00e9thode a ses limites. Le ruban rouge de la lutte contre le Sida ou l\u2019\u00e9pingle de la Croix-Rouge les jours de qu\u00eate vont-ils entrer dans le champ d\u2019application de la loi ? Et si les musulmans militants d\u00e9cident de porter un pull vert \u00e0 l\u2019\u00e9cole, qui le leur interdira ?<\/p>\n<p>PPP<br \/>\nIl suffit de suivre les d\u00e9bats d\u2019id\u00e9es sur LCI, France 5, etc., pour s\u2019aviser qu\u2019il existe un Parti des penseurs patent\u00e9s qui a seul le droit de reprendre publiquement \u00e0 son compte ce que des intellectuels sans attach\u00e9e de presse ont \u00e9crit de plus sens\u00e9 depuis des ann\u00e9es.<br \/>\nLe portrait-robot des oligarques de la causerie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e est assez facile \u00e0 tracer : ils sont pass\u00e9s par le militantisme rocardien \u00e0 vingt ans, ils ont connu leur p\u00e9riode californienne, ils ont largement profit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque Mitterrand, ils se font appeler philosophes avec la complicit\u00e9 des \u00e9diteurs scolaires, ils communient dans la d\u00e9testation de Bush (ce qui est une fa\u00e7on commode de faire excuser leur \u201cretour aux valeurs\u201d) et ils tiennent des propos contraires \u00e0 ceux qu\u2019ils prof\u00e9raient il y a dix ans.<br \/>\nCes raisonnables de la vingt-cinqui\u00e8me heure qui froncent le sourcil sur les plateaux en nous parlant des nouveaux barbares commencent \u00e0 \u00e9prouver notre patience. Sur les familles recompos\u00e9es, l\u2019image du p\u00e8re, l\u2019\u00e9cole au rabais, le communautarisme, etc., nous sommes nombreux \u00e0 pouvoir attester qu\u2019ils ont pr\u00each\u00e9 dans le sens du d\u00e9sastre.<br \/>\nAlors d\u2019o\u00f9 vient que les journalistes de t\u00e9l\u00e9vision se pr\u00e9cipitent vers eux d\u00e8s qu\u2019ils \u00e9mettent leurs premiers doutes ?<br \/>\nDe ce qu\u2019ils ont commis pour la plupart les m\u00eames erreurs.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3412 paru le 19 Avril 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Semaine du cuir<br \/>\nLe soir du grand d\u00e9bat approche, celui o\u00f9 notre d\u00e9mocratie se r\u00e9jouit de ressembler toujours davantage \u00e0 son mod\u00e8le am\u00e9ricain. Une fois de plus, trois mimiques et deux hochements de t\u00eate \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision vont suffire \u00e0 balayer cinq ans de gouvernement et six semaines de sondages. La France s\u2019appr\u00eate \u00e0 passer une heure \u00e0 l\u2019aff\u00fbt du moindre signe de faiblesse, comme s\u2019il s\u2019agissait moins d\u2019\u00e9lire le vainqueur que d\u2019accabler le vaincu.<br \/>\nEt dans le r\u00f4le du vaincu, qui voit-on d\u2019embl\u00e9e tr\u00e9bucher devant l\u2019obstacle, bl\u00eamir sous l\u2019allusion, bafouiller apr\u00e8s l\u2019outrage ?<br \/>\nDevinez.<br \/>\nCertes, on devrait faire cr\u00e9dit aux deux candidats des m\u00eames chances avant l\u2019oral. Toutefois il est permis d\u2019observer que Lionel Jospin s\u2019arrange toujours pour rater une marche au sommet de l\u2019escalier. Appartient-il \u00e0 cette cat\u00e9gorie de convives qui s\u2019\u00e9talent dans les gla\u00efeuls les jours de c\u00e9r\u00e9monie ? Nous le saurons bient\u00f4t. Mais il existe un faisceau d\u2019indices. Par exemple il a \u00e9chapp\u00e9, les lunettes sur l\u2019oreille, \u00e0 la gifle d\u2019une \u00e9lue au pied de la tribune de l\u2019Assembl\u00e9e. Il a re\u00e7u des cailloux en Isra\u00ebl. Il s\u2019est mis \u00e0 bafouiller au milieu de la seule phrase qui devait ramener le calme apr\u00e8s la gr\u00e8ve des routiers. Pendant cinq ans il a multipli\u00e9 les cuirs dans ses d\u00e9clarations au point que nos arri\u00e8re-petits-enfants ne croiront pas qu\u2019un styliste aussi m\u00e9diocre ait pu atteindre, dans l\u2019Etat, un niveau si \u00e9lev\u00e9.<br \/>\nUn exemple (\u00e0 propos des cinq cents signatures) : \u00ab Il semble quand m\u00eame cette fois-ci qu\u2019il y ait eu des pes\u00e9es qui aient \u00e9t\u00e9 faites de fa\u00e7on syst\u00e9matique pour interdire \u00e0 certains de pouvoir \u00eatre candidat. \u00bb<br \/>\nOn a envie d\u2019\u00e9crire le mot sic en majuscules.<br \/>\nNous avons appris en outre, stup\u00e9faits, qu\u2019il \u00e9tait capable de d\u00e9biner la forme physique de ses adversaires. Nous l\u2019avons vu commettre les lapsus les plus f\u00e2cheux : au temps \u00ab o\u00f9 la Corse gouvernait \u00bb, ce changement que j\u2019appelle \u00ab de mes vieux \u00bb, la \u00ab privation des retraites \u00bb (au lieu de privatisation), etc.<br \/>\nIl serait \u00e9tonnant que le grand d\u00e9bat ne finisse enfin par r\u00e9v\u00e9ler chez lui le d\u00e9sir cach\u00e9 de l\u2019\u00e9chec, comme s\u2019il n\u2019aspirait qu\u2019\u00e0 une chose : expier son pass\u00e9, \u00eatre confondu comme l\u2019ancien conjur\u00e9 qu\u2019il fut, \u00eatre jug\u00e9 indigne du r\u00f4le de P\u00e8re de la nation auquel il pr\u00e9tend, contre toute logique psychanalytique et donc probablement contre l\u2019avis de sa femme. S\u2019il bafouille une fois de plus, s\u2019emporte, fr\u00f4le le mauvais go\u00fbt, ruine sa propre image pendant le dernier tour de piste, il faudra savoir interpr\u00e9ter le message. Il y a toutes les chances pour qu\u2019il signifie \u201cNe votez pas pour moi\u201d.<\/p>\n<p>La peur du facteur<br \/>\nTF1 a eu la faiblesse d\u2019esprit d\u2019importer le concept d\u2019\u00e9mission-r\u00e9alit\u00e9 Fear Factor sans en modifier le titre (clause probablement impos\u00e9e par le producteur am\u00e9ricain), de sorte qu\u2019une forte proportion de Fran\u00e7ais vont \u00eatre tent\u00e9s de le traduire par \u201cla peur du facteur\u201d. Les services de la Poste devraient songer \u00e0 s\u2019en \u00e9mouvoir.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3413 paru le 26 Avril 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>L\u2019heure des comptes<br \/>\nPatrick Poivre d\u2019Arvor a rappel\u00e9, lors d\u2019une r\u00e9cente \u00e9dition de son journal, que sa cha\u00eene avait \u00ab souvent \u00e9voqu\u00e9 la th\u00e8se de l\u2019arc \u00e9lectrique \u00bb comme d\u00e9clencheur de la catastrophe de Toulouse (reprenant ainsi explicitement et fort honn\u00eatement les conclusions de Valeurs Actuelles). Il a bien fait de pr\u00e9voir que l\u2019heure des comptes sonnerait un jour ou l\u2019autre car dans quelques mois les responsabilit\u00e9s seront r\u00e9parties entre AZF et EDF. Celles des journalistes deviendront embarrassantes. La Fondation nationale des sciences politiques, les principaux historiens de la p\u00e9riode, les sp\u00e9cialistes des m\u00e9dias, les universitaires am\u00e9ricains qui suivent la vie publique fran\u00e7aise \u00e0 la loupe, tout le monde se demandera pourquoi le reste de la presse dans notre pays n\u2019a pas montr\u00e9 le m\u00eame courage. Il est m\u00eame possible (allez savoir) qu\u2019on parle de l\u00e2chet\u00e9.<\/p>\n<p>Les \u201cfeuj\u201d, le soleil et ta m\u00e8re<br \/>\nD\u00e9cid\u00e9ment, nombreuses sont les \u00e9vidences qui ont du mal \u00e0 faire surface. Cependant, comme la p\u00e9riode semble propice aux r\u00e9v\u00e9lations, on peut rappeler que la t\u00e9l\u00e9vision a pr\u00e9sent\u00e9 il y a six mois un film nomm\u00e9 le ciel, les oiseaux, et ta m\u00e8re o\u00f9 l\u2019on voyait Djamel tombant amoureux d\u2019une jeune fille et s\u2019apercevant, avec un haut-le-corps, qu\u2019elle portait sous son corsage une \u00e9toile de David.<br \/>\nLors de la sortie du film (et \u00e0 maints autres indices ant\u00e9rieurs), on aurait pu s\u2019apercevoir qu\u2019il existait chez nous un antis\u00e9mitisme sans rapport avec Drumont. Depuis une d\u00e9cennie, dans les lyc\u00e9es de la couronne parisienne, le mot feuj (verlan pour juif) est employ\u00e9 avec une d\u00e9rision haineuse dont personne, jusqu\u2019ici, n\u2019a sembl\u00e9 s\u2019\u00e9mouvoir. Pendant les ann\u00e9es Mitterrand on a longtemps essay\u00e9 de nous faire croire que les braises de l\u2019entre-deux-guerres rougeoyaient dans l\u2019ombre, mais c\u2019\u00e9tait un mensonge.<br \/>\nTout indique que l\u2019antis\u00e9mitisme nouveau ne m\u00e9rite plus ce nom-l\u00e0. Il n\u2019est que l\u2019importation r\u00e9cente d\u2019une guerre civile \u00e9trang\u00e8re. L\u2019animosit\u00e9 que l\u2019on observe contre les synagogues peut se retourner demain contre une autre communaut\u00e9, voire contre une pratique sociale. (A quand les commandos sur les plages contre l\u2019ind\u00e9cence, ou dans les boucheries contre la viande de porc ?)<br \/>\nIl convient donc de corriger les commentateurs sans innocence qui parlent de \u201cr\u00e9surgence de l\u2019antis\u00e9mitisme\u201d. \u201cR\u00e9surgence\u201d signifie qu\u2019un courant souterrain alimentant cette source proviendrait des couches profondes de l\u2019histoire de France. Chacun sait qu\u2019il n\u2019en est rien.<\/p>\n<p>Livre noir<br \/>\nInterview de Fran\u00e7oise Sagan, prise dans la toile d\u2019araign\u00e9e du fisc. Des dizaines de \u201credress\u00e9s\u201d se suicident chaque ann\u00e9e en France pour des montants plus modestes, apr\u00e8s une proc\u00e9dure au hachoir. Pour ceux-l\u00e0 aucune \u00e9mission, aucune p\u00e9tition. Peut-\u00eatre qu\u2019un jour un \u00e9diteur aura le courage de faire t\u00e9moigner leur entourage et de publier le livre noir de l\u2019imp\u00f4t \u00e0 la fran\u00e7aise.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3414 paru le 3 Mai 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Fayotages<br \/>\nLa p\u00e9riode que nous traversons s\u2019annon\u00e7ait propice \u00e0 la carri\u00e8re (d\u00e9sormais compromise) d\u2019un certain nombre de nouveaux Vychinski du Paf. D\u00e8s la semaine qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le premier tour de la pr\u00e9sidentielle, plusieurs journalistes au sourire aigu, dont les apparitions \u00e0 l\u2019\u00e9cran restaient jusqu\u2019alors discr\u00e8tes, se sont distingu\u00e9s par un z\u00e8le de procureur excessivement voyant. A l\u2019\u00e9poque o\u00f9 l\u2019on donnait pour seuls en lice les partis \u201cclassiques\u201d, ils se sont acharn\u00e9s sur les autres, afin de montrer aux futurs vainqueurs qu\u2019ils savaient mordre en public.<br \/>\nCertains chiens de meute font de m\u00eame : ils ne provoquent les fauves, ils n\u2019osent leur agacer les moustaches, qu\u2019une fois le gibier entrav\u00e9 ou bless\u00e9. On les voit rarement aux avant-postes avant l\u2019hallali.<br \/>\nDans les cas qui nous occupent, ces commentateurs ont non seulement vendu la peau de l\u2019ours un peu t\u00f4t mais ils ont pr\u00e9tendu donner le signal de la cur\u00e9e avant que la b\u00eate soit morte. Une semaine avant le premier tour, la froide courtoisie de Bruno M\u00e9gret face \u00e0 l\u2019un d\u2019entre eux laissait d\u00e9j\u00e0 para\u00eetre le caract\u00e8re fielleux de son inquisiteur dans des proportions g\u00eanantes. C\u2019est toute la diff\u00e9rence entre l\u2019analyse politique et le fayotage : le courtisan doit d\u2019abord donner des gages \u00e0 ceux qui l\u2019ont nomm\u00e9.<br \/>\nIl y a pire : on peut affirmer que lors de l\u2019interrogatoire de Jean-Marie Le Pen men\u00e9 en vue du second tour, les journalistes qui lui faisaient face, par leurs mimiques de procureur, par la fr\u00e9quence de leurs interruptions, la mauvaise foi qui \u00e9manait de leur attitude militante, ont fini par rendre sympathique, aux yeux d\u2019un grand nombre de Fran\u00e7ais, le tribun qu\u2019ils voulaient accabler.<\/p>\n<p>Vieux monsieur d\u00e9favoris\u00e9<br \/>\nJ\u2019ai eu les larmes aux yeux, comme cinq millions de personnes au bas mot, en voyant la silhouette vo\u00fbt\u00e9e de Paul Voise, soixante-douze ans, visitant les ruines calcin\u00e9es de sa maison d\u2019Orl\u00e9ans. Cet homme au visage tum\u00e9fi\u00e9 par de jeunes brutes venues des \u201cquartiers d\u00e9favoris\u00e9s\u201d nous a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 au journal deux soirs de suite avant le premier tour. Il est donc difficile de ne pas supposer que ce vieux monsieur (assez peu favoris\u00e9 lui-m\u00eame, on en conviendra) ait influenc\u00e9 le vote. Il l\u2019a certainement influenc\u00e9 par son malheur bien davantage qu\u2019un \u00e9ventuel sondage de derni\u00e8re minute n\u2019e\u00fbt pu le faire. Faut-il pour autant l\u2019en bl\u00e2mer ?<br \/>\nLes uns disent qu\u2019il est scandaleux de flatter les peurs de la population en montrant cela avant un scrutin. Les autres font observer qu\u2019il n\u2019est pas l\u00e9gitime non plus de dissimuler ce genre de faits au seul motif qu\u2019ils infl\u00e9chissent le vote. Les uns et les autres ont peut-\u00eatre raison. Pour ma part, je penche pour la compassion sans autre calcul.<br \/>\nEst-il tol\u00e9rable d\u2019exiger de la r\u00e9alit\u00e9 sociale un effort de neutralit\u00e9 avant l\u2019\u00e9lection ? Ne serait-il pas ind\u00e9cent d\u2019ignorer un vieillard battu, sous pr\u00e9texte que \u201c\u00e7a fait monter Le Pen\u201d ?<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3415 paru le 10 Mai 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Supports mobilis\u00e9s<br \/>\n\u00ab Vous avez de la chance, me disait pendant l\u2019\u00e9lection un \u00e9crivain rive gauche, vous devez \u00eatre moins submerg\u00e9 de p\u00e9titions que moi en ce moment \u00bb. A l\u2019instant o\u00f9 j\u2019h\u00e9sitais \u00e0 en convenir, il m\u2019a expliqu\u00e9 que la situation \u00e9tait devenue insupportable. Pour quiconque gardait un peu de sens commun le concert des m\u00e9dias, le d\u00e9bordement des mises en garde jusque dans les \u00e9missions de vari\u00e9t\u00e9s, les rassemblements, les protestations symboliques, tout faisait froid dans le dos. Cet unanimisme, cette rage d\u2019arracher \u00e0 autrui son indignation, cette adh\u00e9sion forc\u00e9e au club des gens honn\u00eates, sentaient le roussi pour la d\u00e9mocratie.<br \/>\nOn s\u2019en veut, dans ces conditions, d\u2019\u00e9mettre la moindre critique \u00e0 son tour (surtout si l\u2019on ne re\u00e7oit pas les p\u00e9titions). On n\u2019ose pas ricaner des uns sans craindre d\u2019\u00eatre class\u00e9 parmi les autres. Pourtant, il faut dire que certains journalistes ont t\u00e9moign\u00e9, pendant ces quinze jours, d\u2019un manque de mesure, de courage et d\u2019honn\u00eatet\u00e9 qui a rappel\u00e9 les pires heures de notre histoire. On ne peut pas se r\u00e9jouir d\u2019entendre r\u00e9p\u00e9ter \u00ab sus \u00e0 l\u2019ennemi \u00bb aussi fort, aussi souvent, aussi absolument. On ne peut pas aimer ces d\u00e9bats qui n\u2019en sont pas. On ne peut pas hurler avec les chasseurs de loups. Demain qui traitera-t-on ainsi ? Quelles campagnes lancera-t-on ? A qui nos grands humanistes, adversaires de la peine capitale, destineront-ils leurs banderoles \u201cA mort\u201d ?<br \/>\nEntre les deux tours, Arte nous a rediffus\u00e9 une soir\u00e9e enti\u00e8re sur l\u2019extr\u00eame-droite. France Info interrogeait dans la rue les enfants de six ans qui r\u00e9p\u00e9taient en z\u00e9zeyant le nom de leur candidat favori. Tous les \u201csupports\u201d (comme on dit aujourd\u2019hui) ont \u00e9t\u00e9 \u201cmobilis\u00e9s\u201d (comme on dit encore). J\u2019invite le lecteur \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur ces deux mots. Ils en disent plus long que ce qui pr\u00e9c\u00e8de et me dispenseront de l\u2019illustrer davantage.<\/p>\n<p>La grande muette<br \/>\nIl n\u2019est pas question ici de l\u2019arm\u00e9e mais de l\u2019\u00e9quipe de France de football qui a rencontr\u00e9 la Russie il y a quelques semaines. Chanter la Marseillaise lui est un exercice visiblement douloureux. Les joueurs s\u2019en dispensent, pour la moiti\u00e9 d\u2019entre eux, sans doute afin de m\u00e9nager leurs forces avant le match. Le fait que la cam\u00e9ra leur passe sous le nez ne les trouble m\u00eame pas. Ce fut le cas de Zidane et d\u2019Anelka. Quant \u00e0 Zidane, qui a donn\u00e9 au pays une le\u00e7on de citoyennet\u00e9 fort applaudie entre les deux tours, cette r\u00e9serve est incompr\u00e9hensible. Quelques semaines apr\u00e8s, les t\u00e9l\u00e9visions nous montraient une centaine de personnalit\u00e9s r\u00e9unies au Trocad\u00e9ro pour entonner \u00ab Aux armes citoyens \u00bb. Zidane allait-il s\u2019y rendre afin de se faire pardonner son mutisme sur le stade ? Ne r\u00eavons pas, tout de m\u00eame.<\/p>\n<p>Un brin de cynisme<br \/>\n\u00ab Avec nous, disait au journal de TF un vendeur de muguet du parti communiste, vous savez o\u00f9 va l\u2019argent \u00bb.<br \/>\nUne dame lui a r\u00e9pondu \u00ab justement ! \u00bb, avant de passer son chemin.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3416 paru le 17 Mai 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Recours cathodiques<br \/>\nPuisque la \u201cFrance d\u2019en bas\u201d est \u00e0 l\u2019honneur, l\u2019autre devrait prendre le temps de regarder la t\u00e9l\u00e9vision. La mode est \u00e0 l\u2019audit : nos ministres devraient passer trois semaines \u00e0 enregistrer les programmes o\u00f9 l\u2019on se plaint, o\u00f9 l\u2019on r\u00e9crimine, o\u00f9 l\u2019on prend la France \u00e0 t\u00e9moin. Au lieu de d\u00eener entre eux d\u2019un plat surgel\u00e9 sur une table encombr\u00e9e de dossiers, les secr\u00e9taires d\u2019Etat et les directeurs techniques des minist\u00e8res devraient se faire un plateau-t\u00e9l\u00e9 devant Julien Courbet.<br \/>\nDepuis dix ans, le peuple remplit ses cahiers de dol\u00e9ances \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision dans des \u00e9missions du genre Combien \u00e7a co\u00fbte, Sans aucun doute, \u00c7a peut vous arriver, les Sept P\u00e9ch\u00e9s capitaux, etc\u2026 On y voit des gens \u00e9cras\u00e9s par l\u2019administration, le fisc, les juges, les r\u00e8gles d\u2019urbanisme, la l\u00e9gislation du travail, et pour qui la derni\u00e8re solution est d\u2019appeler la cam\u00e9ra au secours.<br \/>\nQuand on a v\u00e9cu les vingt derni\u00e8res ann\u00e9es en province, on peut t\u00e9moigner que partout le r\u00e9flexe m\u00e9diatique a pris le pas sur les recours hi\u00e9rarchiques ou administratifs. En cas d\u2019abus de pouvoir, il est plus efficace de menacer les gens d\u2019un reportage que d\u2019un contentieux. Tous les \u00e9lus, tous les pr\u00e9fets savent d\u00e9sormais qu\u2019il est plus utile d\u2019avoir des relations \u00e0 France 3 qu\u2019au Parlement.<br \/>\nD\u00e8s qu\u2019un agriculteur rencontre l\u2019opposition de ses voisins pour s\u2019installer, d\u00e8s qu\u2019un permis de construire est retir\u00e9, d\u00e8s qu\u2019un droit de passage l\u00e9gitime est refus\u00e9, il suffit de laisser entendre que la t\u00e9l\u00e9vision va interroger tout le monde pour que l\u2019on commence \u00e0 n\u00e9gocier. Si les \u00e9quipes posent des questions en cam\u00e9ra cach\u00e9e, c\u2019est la d\u00e9bandade, l\u2019abandon de poste, la capitulation : la puissance publique parvient \u00e0 r\u00e9gler en quatre jours un contentieux de dix ans, donnant au t\u00e9l\u00e9spectateur l\u2019impression qu\u2019il suffit d\u2019intimider un \u00e9lu ou un chef de bureau pour avoir gain de cause. En quelques minutes de reportage la France est donc convaincue qu\u2019\u201cil n\u2019y a plus que \u00e7a qui marche\u201d. Accessoirement, elle prend la mesure des pesanteurs, des l\u00e2chet\u00e9s, des vanit\u00e9s personnelles qui r\u00e9gissent certains secteurs de la vie publique, et qui rendent, \u00e0 tant d\u2019\u00e9gards, notre administration et notre justice comparables \u00e0 celles du tsar en 1910.<br \/>\nL\u2019illustration la plus \u00e9mouvante de ce ph\u00e9nom\u00e8ne nous a \u00e9t\u00e9 fournie par l\u2019\u00e9mission Confessions intimes, qui pr\u00e9sentait r\u00e9cemment les d\u00e9boires d\u2019une m\u00e8re malade et d\u2019une grand-m\u00e8re courageuse \u00e0 qui la Dass cherchait \u00e0 arracher deux enfants de huit ans apr\u00e8s une d\u00e9cision de justice. Les enfants se cachaient en hurlant sous les meubles pour \u00e9chapper \u00e0 l\u2019obligation d\u2019aller \u201cen foyer\u201d pendant que l\u2019affaire \u00e9tait jug\u00e9e en appel. Il para\u00eet que la juge \u00e9tait intraitable. On n\u2019a pas vu cette magistrate, mais on l\u2019imaginait s\u00fbre de son droit (genre Martine Aubry sur les 35 heures).<br \/>\nIl ne faut pas l\u2019oublier, c\u2019est avant tout la nature de nos \u00e9lites qui est \u00e0 l\u2019origine de la multiplication des recours cathodiques.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3418 paru le 31 Mai 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Le gui empoisonn\u00e9<br \/>\nUne rediffusion de la Grande Vadrouille est-elle un sujet de chronique int\u00e9ressant ? A premi\u00e8re vue, non. A moins qu\u2019on ne se demande pourquoi, au fil des ann\u00e9es, le comique au cin\u00e9ma a perdu un peu de son universalit\u00e9 et beaucoup de son indulgence.<br \/>\nG\u00e9rard Oury peint le r\u00e9el aux couleurs de la satire sans jamais utiliser de solvants, sans alt\u00e9rer le vernis, sans \u201cd\u00e9caper\u201d. Quelques autres ont suivi son exemple, comme Francis Veber. Mais la plupart excitent chez le spectateur le ricanement au lieu de provoquer le rire.<br \/>\nD\u2019abord ils pratiquent une satire sociale trop allusive, trop dat\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire vou\u00e9e \u00e0 dispara\u00eetre avec son mod\u00e8le. (Quand un roman commence par \u201cA l\u2019\u00e9poque Marie-C\u00e9cile \u00e9tait tr\u00e8s Golf GTI\u201d, on sait qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un livre jetable et d\u2019un auteur \u00e0 courte vue. Lorsque, dans un film comme Ast\u00e9rix, on fait allusion \u00e0 la publicit\u00e9 Itin\u00e9ris, l\u2019ambition du sc\u00e9nariste n\u2019est pas non plus de franchir les g\u00e9n\u00e9rations. Il entend plut\u00f4t \u201cfaire le plein\u201d sur une saison.)<br \/>\nEnsuite la f\u00e9rocit\u00e9 est devenue le genre obligatoire. Revoir la Grande Vadrouille permet de mesurer la distance entre l\u2019humour de G\u00e9rard Oury et celui des films comiques qui remplissent les salles aujourd\u2019hui. Le propre des Oury et autres Veber est de pr\u00e9server l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 laquelle ils s\u2019attaquent. L\u2019humour est une sorte de parasite. Il s\u2019accroche, comme le gui, \u00e0 la stature majestueuse d\u2019un peuplier ou d\u2019un ch\u00eane pour lui donner un air ridicule. Mais il n\u2019a aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 tuer l\u2019arbre.<br \/>\nOr depuis vingt ans le gui est empoisonn\u00e9. Le P\u00e8re No\u00ebl est une ordure, film d\u2019une dr\u00f4lerie incontestable, est en m\u00eame temps si corrosif que l\u2019\u00e9corce est attaqu\u00e9e. En ce moment un humoriste canadien triomphe avec un spectacle o\u00f9, pour se moquer du langage politiquement correct, il pr\u00e9tend qu\u2019\u00ab on ne dit plus un p\u00e9dophile, mais Monsieur le cur\u00e9 \u00bb.<br \/>\nL\u00e0, nous sommes dans l\u2019humour Canal Plus, lequel va finir par trouver ses limites parce qu\u2019au-del\u00e0 il n\u2019y a plus grand-chose, \u00e0 part la guerre civile.<br \/>\nEntre les bonnes s\u0153urs de G\u00e9rard Oury et ce qui pr\u00e9c\u00e8de, on mesure qu\u2019un gouffre s\u2019est ouvert. On imagine ce qu\u2019un cin\u00e9aste de la g\u00e9n\u00e9ration P\u00e9dale douce e\u00fbt fait de la sc\u00e8ne du bain o\u00f9 Bourvil et Louis de Fun\u00e8s cherchent un officier traitant, en sifflotant autour d\u2019un moustachu. Pour se livrer \u00e0 ce genre d\u2019\u00e9quilibrisme, il faut non seulement que les militaires trouvent \u00e7a dr\u00f4le, mais les homosexuels aussi.<br \/>\nAvec les nouveaux comiques, ce serait plut\u00f4t les uns ou les autres. Il y aurait, de toutes fa\u00e7ons, un c\u00f4t\u00e9 offens\u00e9. Certains trouveraient le moyen d\u2019accabler les deux. De d\u00e9noncer \u201cl\u2019odieux et l\u2019inadmissible\u201d, d\u2019inviter \u00e0 une \u201cprise de conscience\u201d, d\u2019\u00e9voquer les \u201cnon-dits\u201d.<br \/>\nFinalement la Grande Vadrouille inspire notre nostalgie parce qu\u2019elle dessine le portrait d\u2019un pays lointain o\u00f9 l\u2019on s\u2019entendait sur l\u2019essentiel et qui nous manque beaucoup.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3419 paru le 7 Juin 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Chroniques larzaciennes<br \/>\nSous le titre \u00ab le Paysan et la Comtesse \u00bb, la t\u00e9l\u00e9vision (TF1, Sept \u00e0 huit) vient de nous infliger l\u2019une de ces enqu\u00eates h\u00e2tives par lesquelles elle choisit d\u2019abonder dans le sens de l\u2019opinion aux d\u00e9pens de la v\u00e9rit\u00e9.<br \/>\nL\u2019affaire se passe \u00e0 Saint-Maurice-de-Navacelles (et non Sainte-Marie, comme le disait le commentaire), un petit village de l\u2019H\u00e9rault. Le journaliste la r\u00e9sume ainsi : \u00ab C\u2019est le droit au travail contre le droit de propri\u00e9t\u00e9 \u00bb et il affirme : \u00ab Une nouvelle guerre du Larzac a commenc\u00e9. \u00bb<br \/>\nUn pauvre petit paysan sans terre, soutenu par Jos\u00e9 Bov\u00e9, s\u2019installe chez une comtesse qui poss\u00e8de 26 % de la commune. Avec cette goguenardise qui caract\u00e9rise la jeune garde journalistique quand elle \u00e9voque les malheurs de \u201cla Haute\u201d, l\u2019auteur du reportage nous apprend que \u00ab le domaine de la comtesse, horreur ! s\u2019est transform\u00e9 en squat \u00bb.<br \/>\nL\u00e0-dessus, interview de Mme de Montcalm \u00e0 Paris. Le reporter qui se croit malin lui demande s\u2019il doit l\u2019appeler Madame la Comtesse, ce qui prouve que le niveau a beaucoup baiss\u00e9 \u00e0 TF1 depuis Yves Mourousi. Elle lui r\u00e9cite une partie de ses titres. Le jeune homme, qui cette fois se croit non seulement malin mais dr\u00f4le, lui r\u00e9pond \u00ab c\u2019\u00e9-un nom \u00e0 rallonge, \u00e7a ! \u00bb.<br \/>\nSi rien n\u2019oblige un reporter \u00e0 poss\u00e9der des usages, tout lui conseille de faire son m\u00e9tier honn\u00eatement. Or il aura fallu cinq minutes de ces pitreries pour apprendre qu\u2019en v\u00e9rit\u00e9 Mme de Montcalm louait ses terres \u00e0 un \u00e9leveur local, lequel venait d\u2019\u00eatre priv\u00e9 de ses droits par le coup de force de Jos\u00e9 Bov\u00e9. La th\u00e8se \u201cpaysan contre comtesse\u201d \u00e9tait donc un mensonge par omission.<br \/>\nMais surtout, si le journaliste avait fait preuve d\u2019une conscience professionnelle \u00e0 peine sup\u00e9rieure au z\u00e9ro absolu, il aurait enqu\u00eat\u00e9 sur le fait que, pendant cinq ans, le jeune squatter avait essay\u00e9, en vain, de louer des p\u00e2turages sur le plateau.<br \/>\nLe journaliste se serait rendu au Clapier et \u00e0 Cornus (moins de dix kilom\u00e8tres \u00e0 vol d\u2019oiseau) o\u00f9 un autre jeune paysan, M. Van Villingen, qui a achet\u00e9 son domaine \u00e0 la Safer locale et qui est soutenu, lui aussi, par Jos\u00e9 Bov\u00e9, se bat contre ses voisins paysans (eh oui !) pour leur faire admettre son installation.<br \/>\nLa v\u00e9ritable explication de l\u2019affaire de la comtesse, la voici : dans un pays rural o\u00f9 tout est verrouill\u00e9 par un droit coutumier qui rappelle les d\u00e9boires d\u2019Ugolin dans Jean de Florette, la solution la plus ais\u00e9e, pour un jeune \u00e9leveur, est de s\u2019installer ill\u00e9galement sur les terres d\u2019une aristocrate. (Au besoin on la ridiculisera dans les m\u00e9dias pour faire passer le coup de force).<br \/>\nParce que, pour s\u2019installer l\u00e9galement apr\u00e8s avoir achet\u00e9 sa terre, au pays des \u00e9leveurs de droit divin et des Papet tout-puissants du Larzac, c\u2019est une autre affaire. La preuve, m\u00eame Jos\u00e9 Bov\u00e9 est en train d\u2019\u00e9chouer contre la paysannerie du coin, laquelle n\u2019a aucune amiti\u00e9 pour les jeunes qui s\u2019installent. Ce sujet m\u00e9ritait un autre reportage que nous attendons.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3420 paru le 14 Juin 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>La cantine de l\u2019audiovisuel<br \/>\nUn compliment n\u2019est jamais tout \u00e0 fait utile s\u2019il ne permet pas de faire honte \u00e0 ceux qui ne l\u2019ont pas m\u00e9rit\u00e9.<br \/>\nA regarder l\u2019excellent Une famille formidable, feuilleton fleuve souvent dr\u00f4le, parfois profond, jamais convenu, on a l\u2019impression qu\u2019il n\u2019est pas sorcier d\u2019int\u00e9resser tout le monde sans rebuter personne, de trouver un dialoguiste qui connaisse son m\u00e9tier, de r\u00e9unir des acteurs qui poss\u00e8dent une \u00e2me, et d\u2019amuser les gens sans leur taper sur le ventre.<br \/>\nC\u2019est pourtant si difficile qu\u2019en vingt ans de socialisme, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s comme les Quatre-Vingt-Unards qui racontaient la vie d\u2019une chorale de quartier, les chroniques sociales sur petit \u00e9cran auront \u00e9t\u00e9 noy\u00e9es, englu\u00e9es, caram\u00e9lis\u00e9es dans le pr\u00eachi-pr\u00eacha, les fictions polici\u00e8res et les drames \u00e9crits sur mesure pour illustrer les turpitudes bourgeoises.<br \/>\nLes sc\u00e9naristes qui ont leur rond de serviette \u00e0 la cantine de l\u2019audiovisuel ont appris \u00e0 compter davantage sur leur carnet d\u2019adresses que sur leur inspiration. On se demande comment tant de dialogues poussifs, tant de plaisanteries lourdes, tant de situations jobardes peuvent se retrouver dans un film alors qu\u2019aucun \u00e9diteur ne les publierait. L\u2019explication tient \u00e0 la conjonction de deux ph\u00e9nom\u00e8nes : le feuilleton t\u00e9l\u00e9, de nos jours, est calibr\u00e9 id\u00e9ologiquement comme les poires passe-crassane, qui doivent entrer t\u00eate-b\u00eache dans une barquette de polystyr\u00e8ne. La qualit\u00e9 est moins importante que la norme, mais surtout les sommes en jeu sont consid\u00e9rables. Elles sont sup\u00e9rieures \u00e0 celles auxquelles pourraient pr\u00e9tendre la plupart des \u00e9crivains. Si sup\u00e9rieures qu\u2019on peut se demander s\u2019il ne s\u2019agit pas de pr\u00e9bendes d\u00e9guis\u00e9es. Le fait que les \u201c\u0153uvres\u201d issues de ce creuset soient conformes \u00e0 l\u2019esprit du temps, \u00e0 la couleur politique du pouvoir (Navarro, Le juge est une femme, l\u2019Instit, etc.) s\u2019explique ainsi plus ais\u00e9ment. Quant aux manifestations de soutien \u00e0 Lionel Jospin qui se sont multipli\u00e9es dans le milieu des Sept d\u2019or avant les \u00e9lections, nombre d\u2019entre elles ont eu pour origine une banale reconnaissance du ventre.<br \/>\nSi l\u2019une des cons\u00e9quences du prochain changement de majorit\u00e9 pouvait \u00eatre de nous \u00e9pargner la douzi\u00e8me saison de l\u2019Instit, ce serait d\u00e9j\u00e0 quelque chose. Mais si l\u2019attribution des budgets de cr\u00e9ation \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision pouvait faire l\u2019objet d\u2019une proc\u00e9dure contradictoire fond\u00e9e sur des crit\u00e8res artistiques, au sein d\u2019une commission multipartite, ce serait encore mieux.<\/p>\n<p>Les in\u00e9dits de Zidane<br \/>\nLes sorties de DVD du genre Les Bleus se racontent, les In\u00e9dits de Zidane, Marcel Desailly par lui-m\u00eame, inspirent en ce moment quelque piti\u00e9 au point que le journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 de France 2, apr\u00e8s le premier match, a os\u00e9 poser la question suivante : \u00ab Est-ce que l\u2019\u00e9chec ne s\u2019explique pas par une confiance exag\u00e9r\u00e9e, par un unanimisme m\u00e9diatique qui semblait consid\u00e9rer la victoire comme une formalit\u00e9 ? \u00bb<br \/>\nAyant pris le journal en route, j\u2019ai cru un instant que le pr\u00e9sentateur nous parlait des socialistes et des \u00e9lections.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3381 paru le 13 Septembre 2001<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Aboiements<br \/>\nLe hasard a voulu que la diffusion d\u2019un long m\u00e9trage du d\u00e9licieux Jamel pr\u00e9c\u00e9d\u00e2t d\u2019une soir\u00e9e celle du Droit de savoir consacr\u00e9 \u00e0 la d\u00e9linquance des banlieues d\u00e9barquant sur la c\u00f4te. Le th\u00e8me \u00e9tait identique : une bande \u201cmet le souk\u201d sur la plage. Dans un cas \u00e0 Biarritz, dans l\u2019autre \u00e0 La Grande-Motte.<br \/>\nOn ne peut pas dire que le film ait \u00e9t\u00e9 de nature \u00e0 attendrir le regard du spectateur. Il expliquait pourtant tr\u00e8s bien pourquoi la jeunesse qui grandit d\u2019Abribus en services sociaux se heurte aux barreaux de sa cage, d\u00e9t\u00e9riore le mat\u00e9riel, mord ses gardiens, et cherche \u00e0 se d\u00e9grader par tous les moyens : ce n\u2019est pas qu\u2019elle soit maltrait\u00e9e puisque tout le monde se penche sur elle, les m\u00e9dias, les maisons de disques, les \u201cgrands fr\u00e8res\u201d, les agents d\u2019ambiance, les juges d\u2019instruction et d\u00e9sormais les marchands d\u2019armes kosovars. Non, son vrai drame, la source de tous ses ennuis, c\u2019est qu\u2019elle dispose d\u2019un vocabulaire de trente mots. Dans le film le glossaire monte \u00e0 quarante, avec des r\u00e9currences sur lesquelles il n\u2019est pas permis d\u2019insister ici. Le mot est per\u00e7u comme un signal, un aboiement, un grognement au sein de la meute. Il ne d\u00e9signe plus rien, il sert \u00e0 flairer le derri\u00e8re de ses ennemis. Seul compte le ton sur lequel on \u00e9ructe. Et le ton est effarant, comme dans ce passage de la Haine, o\u00f9 l\u2019un des protagonistes r\u00e9p\u00e8te devant sa glace : \u00ab Non mais t\u2019as vu comment tu me parles ? \u00bb Quand on a vu \u201ccomment ils se parlent\u201d, on n\u2019a pas envie de leur dire quoi que ce soit. Mais surtout on se demande comment, apr\u00e8s l\u2019incident de B\u00e9ziers, la puissance publique pourra se garder d\u2019aboyer \u00e0 son tour.<\/p>\n<p>Paix civile<br \/>\nLe plus irritant, quand on conna\u00eet quelques-uns de ces Fran\u00e7ais de base \u00e0 qui personne ne demande jamais leur avis, est d\u2019imaginer ce qu\u2019ils peuvent penser d\u2019un film pareil \u00e0 20 h 50 sur la principale cha\u00eene nationale. Il aurait fallu proc\u00e9der \u00e0 des tests dans les locaux de France 2, convoquer une salle correspondant \u00e0 la pyramide des \u00e2ges, et compter le nombre de ceux qui, dans le meilleur cas, ne comprenaient strictement rien \u00e0 ce qui se disait \u00e0 l\u2019\u00e9cran, et dans le pire, le r\u00e9prouvaient avec violence. C\u2019\u00e9tait du langage ghetto, pour un film ghetto, propre \u00e0 propager ce qu\u2019il d\u00e9nonce : l\u2019exclusion absolue, r\u00e9solue, d\u2019une jeunesse qui ne reconna\u00eet ni la langue, ni la morale communes de ceux qui ne pratiquent pas ses usages, et qui repr\u00e9sentent, quoi qu\u2019on veuille, les trois quarts du pays. Quand on pense que c\u2019est le service public qui par faiblesse d\u2019esprit se rend complice de cette op\u00e9ration de division civile, on est confondu de voir commettre une telle imprudence. Et on aimerait voir confondre ses auteurs.<\/p>\n<p>Post-scriptum<br \/>\nSera-t-on surpris de reconna\u00eetre dans ce film l\u2019un des visages d\u2019une s\u00e9rie publicitaire pour un yaourt qui vous invite \u00e0 \u00ab parfumer la tuyauterie \u00bb ? Pour ma part, j\u2019ai chang\u00e9 de marque.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3506 paru le 6 F\u00e9vrier 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Cathodic Park<br \/>\nLorsqu\u2019on consent \u00e0 s\u2019attarder devant la t\u00e9l\u00e9vision en compagnie des plus de soixante-cinq ans (qui repr\u00e9sentent un pourcentage \u00e9crasant de l\u2019audience), on s\u2019avise qu\u2019il existe un Jurassic Park cathodique, o\u00f9 des esp\u00e8ces de t\u00e9l\u00e9spectateurs et d\u2019animateurs qu\u2019on croyait \u00e9teintes survivent comme dans les romans de Jules Verne. De temps \u00e0 autre, l\u2019existence de ce monde parall\u00e8le nous est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par le succ\u00e8s d\u2019une \u00e9mission du genre le Plus Grand Cabaret du monde. Elle vient de distancer un pr\u00e9tendu divertissement (les NRJ Music Awards) pr\u00e9sent\u00e9 comme \u201c\u00e0 ne pas manquer\u201d, mais que nous avons manqu\u00e9 massivement sans aucun scrupule.<br \/>\nPour mesurer l\u2019\u00e9paisseur de ce qu\u2019on nous cache, il n\u2019est que de regarder la t\u00e9l\u00e9vision aux heures o\u00f9 la population active est au travail : il existe encore des gens bien \u00e9lev\u00e9s, cultiv\u00e9s, talentueux. Ils d\u00e9filent tout l\u2019apr\u00e8s-midi sur France 2, ils ont leurs habitudes apr\u00e8s la messe chez Pascal Sevran, ils font le succ\u00e8s de Shirley et Dino, ils aiment Ushua\u00efa nature et ils ont r\u00e9ussi \u00e0 perp\u00e9tuer quelques usages comme la politesse et la r\u00e9serve. C\u2019est \u00e0 cause d\u2019eux qu\u2019il flotte parfois un silence g\u00ean\u00e9 dans les \u00e9missions d\u2019Arthur. Par exemple quand Jamel s\u2019\u00e9crie devant un chanteur am\u00e9ricain : \u00ab Qu\u2019est-ce que j\u2019ai pu niquer gr\u00e2ce \u00e0 vot\u2019musique ! \u00bb Ou bien encore quand l\u2019actrice Mich\u00e8le Laroque, \u00e9perdue de l\u00e2che approbation devant un sketch du m\u00eame Jamel, relatant une \u201ctournante\u201d sur Adriana Karambeu, s\u2019\u00e9crie : \u00ab Il est g\u00e9nial, quand m\u00eame, non ? \u00bb<br \/>\nNon.<\/p>\n<p>Mont\u00e9e des p\u00e9rils<br \/>\nLe t\u00e9l\u00e9film canadien pr\u00e9sent\u00e9 par TF 1 sur l\u2019accession au pouvoir d\u2019Hitler mettait l\u2019accent sur le destin personnel du F\u00fchrer puis sur la fascination qu\u2019il a exerc\u00e9e sur les foules, mais beaucoup moins sur les ph\u00e9nom\u00e8nes de mim\u00e9tisme et de mutuelle intimidation dont ses partisans auront \u00e9t\u00e9 tant\u00f4t victimes et tant\u00f4t coupables. Une seule phrase les r\u00e9sume : \u201cNous n\u2019avons pas su r\u00e9agir avant qu\u2019il soit trop tard.\u201d<br \/>\nL\u2019actualit\u00e9 du d\u00e9bat \u00e9tait illustr\u00e9e le jour m\u00eame par le journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9, lors d\u2019un reportage sur la pression endur\u00e9e par les jeunes femmes non voil\u00e9es dans \u201ccertaines cit\u00e9s\u201d.<br \/>\nD\u00e9cid\u00e9ment, l\u2019esprit de Munich devant les chefs de bande ne vaut rien \u00e0 la paix. Ni \u00e0 Dantzig, ni \u00e0 Saint-Denis.<\/p>\n<p>Registre naturel<br \/>\nArthur, dont la lourdeur amphigourique aux Enfants de la t\u00e9l\u00e9 et sur le plateau de Nice People a souvent battu des records, revient avec un jeu quotidien. Il s\u2019y rapproche de son registre naturel, qui semble plus acceptable : humour d\u00e9sinvolte, insolence sans m\u00e9chancet\u00e9, aisance r\u00e9elle (probablement due \u00e0 l\u2019\u00e9troitesse de son plateau). L\u2019atmosph\u00e8re tr\u00e8s peu solennelle de ce divertissement lui va bien. Le jeu n\u2019a rien de culturel, mais justement, lui non plus. Quand il pose une question niaise \u00e0 un acteur ou quand il s\u2019\u00e9crie \u00ab C\u2019est que du bonheur ! \u00bb, il nous fait un peu de peine. Mais quand il plaisante avec ses candidats, il parvient \u00e0 nous convaincre qu\u2019il s\u2019amuse, donc \u00e0 nous amuser aussi.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3421 paru le 21 Juin 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Menott\u00e9s au radiateur<br \/>\nUn billettiste de t\u00e9l\u00e9vision exer\u00e7ant son apostolat quotidien \u00e0 la radio \u00e9crivait r\u00e9cemment une \u201clettre ouverte \u00e0 une action de TF1\u201d o\u00f9 il se r\u00e9jouissait de l\u2019\u00e9chec de l\u2019\u00e9quipe de France parce qu\u2019il allait faire plonger le titre de la cha\u00eene, et que \u201cles petits porteurs portent \u00e0 droite\u201d.<br \/>\nApr\u00e8s avoir accabl\u00e9 tous ceux qui d\u00e9fendaient \u201cle patronat et les licenciements\u201d, il a bl\u00e2m\u00e9, p\u00eale-m\u00eale, les jeux o\u00f9 l\u2019on gagne une auto, les \u00e9missions-d\u00e9ballage (Combien \u00e7a co\u00fbte ?), a accus\u00e9 la cha\u00eene de coprophagie (en termes moins choisis). En somme il nous a donn\u00e9 un avant-go\u00fbt de l\u2019honn\u00eatet\u00e9 avec laquelle les journalistes qui sont en train de se menotter aux radiateurs du service public vont accomplir leur t\u00e2che au cours des cinq prochaines ann\u00e9es (\u00e0 moins que la direction de Radio France ne change les radiateurs, mais il faudrait pour cela qu\u2019elle change elle-m\u00eame).<br \/>\nEncore peut-on conc\u00e9der au chroniqueur dont je parle un certain humour. Quand l\u2019humour vient \u00e0 manquer, quand la tartuferie partisane, l\u2019amphigouri \u00e0 la Bourdieu et le n\u00e9potisme s\u2019en m\u00ealent, cela donne le reportage r\u00e9alis\u00e9 par Jean-Jacques Beneix sur la t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 (Arte). Ce cin\u00e9aste au talent surestim\u00e9 a promen\u00e9 sa cam\u00e9ra sur les visages d\u2019Edwy Plenel, Philippe Sollers, G\u00e9rard Miller, Julien Dray, le Professeur Choron, etc, ce qui prouve que chez les subventionn\u00e9s le d\u00e9faut d\u2019imagination commence au stade du carnet d\u2019adresses. Ensuite, pour nous parler de la t\u00e9l\u00e9-poubelle, qu\u2019a fait notre g\u00e9nie du cin\u00e9ma ? Il nous a montr\u00e9 des images de bennes \u00e0 ordures, avec un \u00e9cran mauve en surimpression pour nous faire comprendre que c\u2019\u00e9tait du second degr\u00e9. Le visage des interview\u00e9s lui-m\u00eame \u00e9tait couvert de carr\u00e9s transparents de couleurs diff\u00e9rentes, un peu dans le genre Mondrian. Or on n\u2019avait pas besoin du proc\u00e9d\u00e9 pour naviguer dans le second degr\u00e9. La quatri\u00e8me dimension du raisonnement, l\u2019analyse pharisienne sur le ton \u201cle Loft nous interpelle\u201d, on \u00e9tait en plein dedans.<\/p>\n<p>Crime et discernement<br \/>\nLes m\u00eames tartuffes ne sont jamais \u201cinterpell\u00e9s\u201d, en revanche, par l\u2019indulgence des cha\u00eenes envers le cin\u00e9ma violent. Apr\u00e8s le meurtre au couteau d\u2019une jeune fille par un adolescent de Nantes qui se r\u00e9clamait du film Scream (deuxi\u00e8me attentat du genre, un adolescent ayant poignard\u00e9 ses parents l\u2019an pass\u00e9 sous la m\u00eame influence), qu\u2019on me permette de citer ce que j\u2019\u00e9crivais dans le num\u00e9ro de Valeurs Actuelles du 2 mai 1998 : \u00ab Le commentaire de Canal Plus, parfaitement servile, nous renvoie aux sites Internet qui font de Scream une saga culte : on y apprend que dans Scream 2 le nomm\u00e9 Phil Stevens re\u00e7oit un coup de couteau dans la figure, que Casey Becker est \u00e9ventr\u00e9e, Maureen Evans hach\u00e9e menu, Derek crucifi\u00e9, Hallie \u00e9gorg\u00e9, Rendy d\u00e9pec\u00e9, Cicci d\u00e9fenestr\u00e9e, etc.<br \/>\nL\u2019\u00e9mission est diffus\u00e9e en clair \u00e0 une heure o\u00f9 le public jeune est vis\u00e9. Bravo \u00e0 toute l\u2019\u00e9quipe, et compliments \u00e0 Canal Plus pour son discernement. \u00bb<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3422 paru le 28 Juin 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Une visite \u00e0 la passerelle<br \/>\nLe best of est un genre saisonnier assez p\u00e9nible dont je n\u2019aurais pas eu l\u2019id\u00e9e de parler si je n\u2019avais \u00e9t\u00e9, \u00e0 mon tour, \u201ccoup\u00e9-coll\u00e9\u201d dans l\u2019un de ces fourre-tout de l\u2019\u00e9t\u00e9.<br \/>\nIl y a quelques mois j\u2019ai accept\u00e9 de participer \u00e0 une \u00e9mission que je ne citerai pas, non pour la m\u00e9nager mais pour pr\u00e9server mes chances d\u2019\u00eatre invit\u00e9 ailleurs. Ce best of, cette t\u00e9l\u00e9 en conserve, o\u00f9 tout s\u2019encha\u00eene sans temps morts, sans h\u00e9sitations, est l\u2019\u00e9cr\u00e9mage de l\u2019\u00e9cr\u00e9mage, la remise en bo\u00eete d\u2019un produit d\u00e9j\u00e0 calibr\u00e9. D\u00e8s l\u2019enregistrement initial, les m\u00e9canismes de s\u00e9lection et de censure fonctionnent dans des proportions que le public ignore.<br \/>\nVoici donc le t\u00e9moignage d\u2019un humble visiteur de la passerelle sur le fonctionnement du navire.<br \/>\nUne demoiselle appartenant au secr\u00e9tariat d\u2019une \u00e9mission vous poursuit d\u2019abord au t\u00e9l\u00e9phone afin d\u2019obtenir votre participation. \u00ab Il faudrait qu\u2019on se voie pour que je vous explique comment fonctionne le plateau \u00bb, vous dit-elle. Profitant d\u2019un s\u00e9jour \u00e0 Paris, vous passez, \u00e0 sa demande, dans les bureaux du producteur pour bavarder une heure avec elle. L\u2019enregistrement a lieu cinq jours plus tard. Retour en province. Trois jours avant l\u2019enregistrement, coup de t\u00e9l\u00e9phone de la demoiselle : vous venez d\u2019\u00eatre r\u00e9cus\u00e9 par sa patronne comme un vulgaire jur\u00e9 d\u2019assises. Votre pr\u00e9sence sur le plateau n\u2019est \u201cplus n\u00e9cessaire\u201d. (A en croire certains t\u00e9moignages, cette \u00e9mission enregistre jusqu\u2019\u00e0 cinq heures pour n\u2019en garder que deux.)<br \/>\nAutre cha\u00eene, autre sujet. Cette fois pas d\u2019annulation mais le d\u00e9bat, vaguement agit\u00e9, inspire \u00e0 la production un tripatouillage au montage. Oh ! ce n\u2019est presque rien. Une phrase par ici, une autre par l\u00e0. Et pourtant, ce petit rien fait toute la diff\u00e9rence entre le direct et le surgel\u00e9-pasteuris\u00e9\u2026<br \/>\nIl r\u00e9tablit un ti\u00e8de \u00e9quilibre entre les invit\u00e9s, les arguments, les th\u00e8ses en pr\u00e9sence. Ainsi, sur le plateau de mon best of, l\u2019un des participants assommait les pr\u00e9sents de mots tir\u00e9s de l\u2019\u0153uvre de Freud. Je lui a fait courtoisement observer que cet \u00e9talage ne servait \u00e0 rien car nous avions eu les m\u00eames lectures. La phrase a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e avant diffusion. Un peu plus tard, une des personnalit\u00e9s pr\u00e9sentes (une com\u00e9dienne) se tournait vers l\u2019un des invit\u00e9s pour s\u2019\u00e9crier, admirative : \u00ab C\u2019est g\u00e9nial, ce que vous venez de dire ! \u00bb, apportant \u00e0 un propos r\u00e9actionnaire un cr\u00e9dit que la production a jug\u00e9 exag\u00e9r\u00e9. Toujours est-il que la phrase a disparu dans l\u2019\u00e9puisette du monteur.<\/p>\n<p>Disparition progressive de l\u2019opinion<br \/>\nTout cela est le sympt\u00f4me de la disparition progressive du direct, de la spontan\u00e9it\u00e9, en somme de l\u2019opinion. Pour restaurer la v\u00e9rit\u00e9 du discours \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, des recettes existent, des solutions appliqu\u00e9es par de nombreuses cha\u00eenes am\u00e9ricaines ou italiennes, faute desquelles la France d\u2019en bas risque un jour de ne plus se reconna\u00eetre dans le poste. Comme la moiti\u00e9 du sentiment d\u00e9mocratique passe aujourd\u2019hui par l\u00e0, il faudrait d\u2019urgence r\u00e9tablir la ressemblance.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3433 paru le 13 Septembre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Bacheliers \u00e0 l\u2019arrach\u00e9<br \/>\nLa production de Qui veut gagner des millions ? a eu grandement raison d\u2019organiser, au creux de l\u2019\u00e9t\u00e9, un \u201cSp\u00e9cial nouveaux bacheliers\u201d : il nous aura permis d\u2019envoyer un coup de chalut dans les abysses. L\u2019ann\u00e9e prochaine on peut sugg\u00e9rer que l\u2019oral du bac ait lieu dans le m\u00eame d\u00e9cor, sur l\u2019air des P\u00eacheurs de perles de Bizet.<br \/>\nLe minist\u00e8re a-t-il entendu r\u00e9sonner la corne de brume quand, \u00e0 la question \u00ab Rousseau a-t-il \u00e9crit le Contrat moral, f\u00e9odal, social ou national ? \u00bb, la bacheli\u00e8re candidate a r\u00e9pondu (sur le ton d\u2019une toiletteuse pour chiens dans un sketch de Sylvie Joly) : \u00ab Ah ben alors \u00e7a tombe mal, j\u2019y connais rien en litt\u00e9rature, mais j\u2019dirais : moral ? \u00bb<br \/>\nLe minist\u00e8re va-t-il se d\u00e9cider \u00e0 envoyer des abeilles sur zone, comme on dit dans le sabir du sauvetage en mer, apr\u00e8s avoir entendu que, selon un autre bachelier (section sciences \u00e9conomiques), d\u2019ailleurs aid\u00e9 par dix personnes au t\u00e9l\u00e9phone (dont le porte-parole \u00e9tait \u201cabsolument s\u00fbr\u201d de sa r\u00e9ponse), Odessa se trouvait en Pologne ? Pour peu que l\u2019un de ses conseillers ait vu, pendant l\u2019\u00e9mission, une bacheli\u00e8re (mention bien) h\u00e9siter devant la question \u00ab Le Niagara est-il une rivi\u00e8re ou un d\u00e9sert ? \u00bb, et r\u00e9pondre : \u00ab Un d\u00e9sert ! \u00bb<br \/>\nLuc Ferry a-t-il entendu le tocsin ? Va-t-il sonner les cloches, \u00e0 son tour, aux syndicats de professeurs, lorsqu\u2019on lui dira que la candidate suivante a situ\u00e9 l\u2019assassinat de R\u00e9mus par Romulus sur les bords du Tage ?<br \/>\nQuant \u00e0 Sophie Thalmann dans un num\u00e9ro suivant du m\u00eame jeu, \u00e0 la question : \u00ab Du rosier, de la tulipe, du dahlia, de la pomme de terre, quelle plante n\u2019a pas de bulbe ? \u00bb, elle a r\u00e9pondu qu\u2019elle ne savait pas, illustrant pourtant par l\u00e0, fort ing\u00e9nument, qu\u2019il y a de tr\u00e8s belles plantes qui n\u2019en ont pas.<\/p>\n<p>Injurieux parrainage<br \/>\nL\u2019ai-je r\u00eav\u00e9, ou parmi les sponsors publicitaires de l\u2019\u00e9mission l\u2019Ile de la tentation (servilement d\u00e9marqu\u00e9e de son mod\u00e8le am\u00e9ricain) figurait \u201cle Thon au naturel\u201d ?<\/p>\n<p>Un voile de cirage<br \/>\nEncore un r\u00eave sans doute : Michel Drucker interrog\u00e9 par Guillaume Durand sur la notion de service public (Europe 1). Apr\u00e8s avoir appliqu\u00e9, comme toujours, un l\u00e9ger voile de cirage sur les Weston de son h\u00f4te (\u00ab votre excellente \u00e9mission \u00bb, etc.), Drucker \u00e9nonce abruptement : \u00ab France 2 a fait deux cent mille personnes avec le Rom\u00e9o et Juliette du th\u00e9\u00e2tre antique d\u2019Orange cet \u00e9t\u00e9. Moi j\u2019\u00e9chappe \u00e0 l\u2019\u00e9litisme, en invitant Fran\u00e7oise Giroud et Bernard-Henri L\u00e9vy. \u00bb<\/p>\n<p>Moulin \u00e0 clich\u00e9s<br \/>\nDe l\u2019avis unanime, l\u2019Et\u00e9 rouge fut la surprise la plus heureuse de ces vacances. Et le feuilleton Garonne la plus d\u00e9cevante. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 une m\u00e9canique adroite qui exploite avec habilet\u00e9 les ressorts de la vengeance. De l\u2019autre un moulin \u00e0 clich\u00e9s dont le sc\u00e9nario semble sorti d\u2019une r\u00e9union de conseil g\u00e9n\u00e9ral. Le service public t\u00e9l\u00e9visuel, c\u2019est \u00e7a aussi.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3434 paru le 20 Septembre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Savonarole et Catilina<br \/>\nArgument de vente de Bernard Tapie, pour son \u00e9mission A tort ou \u00e0 raison : \u00ab Que vous soyez pour ou contre, je vous aiderai \u00e0 y voir clair. \u00bb<br \/>\nDurant les dix derni\u00e8res ann\u00e9es, comme chacun sait, nous avons toujours pu compter sur Bernard Tapie pour y voir clair.<br \/>\nIl nous aura \u00e9clair\u00e9s sur tout : l\u2019origine de sa fortune, les dessous de ses \u00e9lections, les pratiques de la banlieue, les myst\u00e8res de la coupe d\u2019Europe, la mansu\u00e9tude du pr\u00e9sident Mitterrand \u00e0 son \u00e9gard. Il aura jet\u00e9 une lumi\u00e8re in\u00e9dite sur les m\u00e9canismes de l\u2019intimidation en politique. Un documentaire de M 6 nous l\u2019a montr\u00e9, r\u00e9cemment, en train de s\u2019\u00e9crier : \u00ab Qui peut croire ? Mais qui peut croire que j\u2019aie achet\u00e9 le match OM-Valenciennes ? \u00bb Pendant le m\u00eame reportage, le procureur de Montgolfier nous confiait l\u2019avoir entendu dire au t\u00e9l\u00e9phone : \u00ab Monsieur le juge, je ne voudrais pas qu\u2019il vous arrive quelque chose\u2026 \u00bb Dans une autre s\u00e9quence, on voit notre Catilina se tourner vers la cam\u00e9ra et demander : \u00ab Est-ce que c\u2019est \u00e7a, la justice de ce pays ? \u00bb<br \/>\nQuand on le voit statuer \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision sur nos probl\u00e8mes de soci\u00e9t\u00e9, on est fond\u00e9, tout de m\u00eame, \u00e0 retourner la question : est-ce que c\u2019est \u00e7a qu\u2019on appelle, chez nous, une autorit\u00e9 morale ? Est-ce que nous m\u00e9ritons vraiment d\u2019\u00eatre invit\u00e9s \u00e0 la r\u00e9flexion par un homme qui s\u2019est fait une sp\u00e9cialit\u00e9 de culbuter la v\u00e9rit\u00e9 en public ?<br \/>\nLa question n\u2019est pas sans rapport avec le sujet de sa premi\u00e8re \u00e9mission puisqu\u2019on s\u2019interrogeait sur la prostitution. Introduction : \u00ab M. Rigourd, patron de la brigade antiprox\u00e9n\u00e9tisme, a accept\u00e9 de venir. \u00bb A peine cinq minutes se sont \u00e9coul\u00e9es, et d\u00e9j\u00e0 un premier mensonge. En effet, ce fonctionnaire, qui avait d\u2019abord refus\u00e9 de se commettre sur le plateau, y a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 par sa hi\u00e9rarchie (si l\u2019on en croit France Info).<br \/>\nEnsuite, Tapie nous pr\u00f4ne l\u2019interdiction pure et simple de la prostitution. Si, vous avez bien lu.<br \/>\nSavonarole commence \u00e0 percer sous Catilina. En tout cas, il s\u2019est arrang\u00e9 pour que ses invit\u00e9s, en s\u2019interrogeant sur la multiplication des prostitu\u00e9es bulgares, ne remettent jamais en question les conditions de leur immigration. Le policier pr\u00e9sent nous a rappel\u00e9 que la plupart ont des passeports en r\u00e8gle. On s\u2019est gard\u00e9 de d\u00e9noncer la suppression des visas, de nous parler de Schengen, etc.<br \/>\nInterrog\u00e9 par la presse avant la premi\u00e8re, Tapie-Savonarole a d\u00e9clar\u00e9 que sa s\u00e9rie de d\u00e9bats serait \u00ab rock and roll \u00bb. Eh bien, c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t le genre \u201cCh\u00e9ri, j\u2019ai endormi le public\u201d. Bernard Kouchner n\u2019a pas dit un mot sur la mafia des prox\u00e9n\u00e8tes kosovars. L\u2019\u00e9mission a interrog\u00e9 l\u2019in\u00e9vitable Ulla, une ex-prostitu\u00e9e en col\u00e8re qui avait l\u2019air de brandir sa carte Vermeil toutes les cinq minutes. Quant \u00e0 Philippe Sollers, qui semblait avoir \u00e9gar\u00e9 la sienne, il a marmonn\u00e9 des choses obscures jusqu\u2019au moment o\u00f9 quelqu\u2019un lui a probablement demand\u00e9 d\u2019\u00e9teindre le studio en partant.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3435 paru le 27 Septembre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>En direct du front<br \/>\nLe magazine Reportages nous entra\u00eenait il y a peu sur les lignes de banlieue desservant le nord de Paris, \u00e0 la suite de la brigade antid\u00e9linquance des chemins de fer. Atmosph\u00e8re : n\u00e9ons bl\u00eames, moleskine marron gribouill\u00e9e au feutre violet, vitres couvertes de tags, squatters, voyageurs \u00e9puis\u00e9s prenant le dernier train\u2026 Le fonctionnaire interrog\u00e9 par la production d\u00e9crivait calmement les man\u0153uvres de l\u2019adversaire sur le terrain : dans une s\u00e9rie de gares de la ligne B, les \u201cjeunes\u201d saisissent leurs portables pour se rassembler toujours plus nombreux afin d\u2019intimider directement la brigade. \u00ab Leur but, disait le policier, c\u2019est de nous obliger \u00e0 partir, tout simplement. \u00bb Et le pire, c\u2019est qu\u2019il avouait y \u00eatre contraint dans de nombreux cas. Il confiait n\u2019avoir plus, depuis douze ans, aucune illusion sur l\u2019utilit\u00e9 de sa vocation, et se demandait o\u00f9 \u00e9tait pass\u00e9 le courage des politiques (il est bon de pr\u00e9ciser que le tournage datait de quelques mois avant les \u00e9lections).<br \/>\nMais le pire du pire se trouvait dans le volet suivant du m\u00eame reportage : autre op\u00e9ration, r\u00e9alis\u00e9e cette fois \u00e0 l\u2019heure du premier train. Et l\u00e0 (il fallait l\u2019enregistrer pour le croire, et le repasser en boucle), que nous disait ce policier ordinaire ? \u00ab Il faut \u00eatre vigilant, \u00e0 cette heure-l\u00e0, ils descendent en bandes et ils agressent tous les voyageurs de type europ\u00e9en. \u00bb<br \/>\nLa premi\u00e8re partie sentait d\u00e9j\u00e0 la guerre civile mais cette fois, c\u2019\u00e9tait \u201cbienvenue au Zimbabwe\u201d. Les policiers de la brigade SNCF semblaient d\u00e9tach\u00e9s par on ne sait quelle force d\u2019interposition sur le front de la banlieue Nord pour venir en aide aux petits Blancs transform\u00e9s en gibier. On ignore pourquoi ce sujet, tourn\u00e9 il y a plusieurs mois, a fait si peu de bruit. Que ce soit vrai ou faux, dans les deux cas il faut sonner l\u2019alarme.<\/p>\n<p>Babylone future<br \/>\nLa sc\u00e8ne repr\u00e9sente un enfant aidant son p\u00e8re \u00e0 d\u00e9charger la voiture familiale. Tout en portant les paquets le quadrag\u00e9naire explique \u00e0 son fils combien l\u2019abonnement Canal Satellite est riche de possibilit\u00e9s. L\u2019enfant laisse rouler quelque chose sur le trottoir et s\u2019\u00e9crie : \u00ab Sorry Daddy ! \u00bb<br \/>\nPour ce trait de niaise soumission \u00e0 l\u2019esprit du temps le gamin m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre r\u00e9primand\u00e9, mais au contraire, son p\u00e8re le f\u00e9licite et lui dit : \u00ab Tu vois ? Tu parles d\u00e9j\u00e0 anglais. \u00bb<br \/>\nEt sur quoi, je vous prie, anticipe ce d\u00e9j\u00e0 ?<br \/>\nCe p\u00e8re de famille \u00e9voque l\u2019av\u00e8nement d\u2019une Babylone future o\u00f9 des adolescents portant la casquette en arri\u00e8re iraient d\u00e9poser des citrouilles dans les cimeti\u00e8res \u00e0 la Toussaint, et o\u00f9 Petit Papa No\u00ebl serait, \u00e0 jamais, remplac\u00e9 par les clochettes de Jingle Bells. On y communierait, d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de dix ans, dans la pratique de l\u2019anglais bas de gamme, en disant yes ! okay, super, wow, cool, just-too-cool, \u00e0 tout bout de champ. Bref tout se passerait, dans cette cit\u00e9 id\u00e9ale, comme sur Canal Plus \u00e0 la belle \u00e9poque, celle o\u00f9 Jean-Marie Messier menait grand train aux frais du capitalisme fran\u00e7ais.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3436 paru le 4 Octobre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Filigrane<br \/>\nL\u2019une de ces \u00e9missions d\u2019information th\u00e9matiques du dimanche apr\u00e8s-midi pr\u00e9sentait, il y a peu, un reportage affligeant sur le divorce apr\u00e8s soixante-cinq ans. On y voyait une vieille dame nomm\u00e9e Bernadette qui allait en bo\u00eete de nuit. On se penchait sur le sort de divers personnages du m\u00eame genre. Mais surtout, on entendait t\u00e9moigner une grand-m\u00e8re qui venait de quitter son mari septuag\u00e9naire lequel r\u00e9p\u00e9tait, la gorge nou\u00e9e et l\u2019\u0153il humide, qu\u2019il aimait toujours sa femme et qu\u2019il n\u2019avait encore rien compris.<br \/>\n\u00ab Il y a tout de m\u00eame des souvenirs entre vous, des moments heureux ? \u00bb, demandait le journaliste, insistant, \u00e0 la vieille dame \u00e9vasive. \u00ab Oui, r\u00e9pondait-elle, mais des souvenirs gomm\u00e9s, des souvenirs dans la brume, enfin pas grand-chose. \u00bb Les enfants du couple, navr\u00e9s, hochaient la t\u00eate. On revoyait le regard d\u2019\u00e9pagneul du mari, un ing\u00e9nieur, souvent absent certes, mais pas plus que les autres, et qui disait : \u00ab C\u2019est comme \u00e7a. \u00bb<br \/>\nAlors au bout d\u2019un quart d\u2019heure, un doute surgissait. On voyait appara\u00eetre en filigrane le dessin d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 importune. Cette vieille dame r\u00e9p\u00e9tait tout le temps \u00ab quelque part \u00bb comme une intellectuelle rive gauche. Elle hochait la t\u00eate d\u2019un air d\u00e9termin\u00e9. A bien la regarder, sa d\u00e9termination avait un c\u00f4t\u00e9 masculin qui attirait l\u2019attention sur le reste : la coiffure grise, d\u00e9gag\u00e9e sur les oreilles et d\u00e9grad\u00e9e sur la nuque. L\u2019absence de maquillage et de bijoux. Le profil d\u2019oiseau de proie. Les gestes brefs, la voix grave, la veste grise, le gilet sans manches. On n\u2019en apprenait pas davantage mais soudain on se disait que sa vocation tardive pour le c\u00e9libat avait d\u00fb \u00eatre induite par une rencontre ou une lecture. Une biographie de Nathalie Barney par exemple.<\/p>\n<p>L\u2019ai-je bien entendu ?<br \/>\nChez Julien Courbet lors d\u2019une \u00e9mission sur les cambriolages, un malfaiteur de dos : \u00ab Oui j\u2019ai tir\u00e9, lors d\u2019un braquage, c\u2019\u00e9tait un pompiste, je ne sais pas s\u2019il est mort ou vivant, je pr\u00e9f\u00e8re ne pas y penser\u2026 c\u2019est s\u00fbr, c\u2019est de l\u2019argent facile, je fais aussi des distributeurs, \u00e7a me rapporte 70 000 par mois environ, mais je vois mal mon avenir, c\u2019est un m\u00e9tier \u00e0 risques. \u00bb<br \/>\nAutre morceau d\u2019anthologie, sur le viol en banlieue : \u00ab Delphine a d\u00e9cid\u00e9 de porter plainte contre ses agresseurs. Ses parents, martyris\u00e9s par les amis des violeurs, ont d\u00fb changer de quartier mais l\u2019entourage des jeunes gens ayant retrouv\u00e9 leur trace, ils vont devoir d\u00e9m\u00e9nager de nouveau. \u00bb<br \/>\nEt si on se d\u00e9cidait, en cas de repr\u00e9sailles de ce genre, \u00e0 menacer l\u2019entourage des violeurs de peines spectaculaires, \u00e9crasantes, afin de montrer que l\u2019intimidation de proximit\u00e9 est r\u00e9solument hors la loi en France ?<br \/>\nFaute de montrer ce courage, nous nous exposons \u00e0 voir l\u2019av\u00e8nement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 tout repose sur le principe de l\u2019omerta et du r\u00e8glement de comptes. Apr\u00e8s deux cents ans de droits de l\u2019homme, il y a peut-\u00eatre un meilleur sort que d\u2019\u00eatre attendu le matin par une \u201cbande de jeunes\u201d au pied de son escalier.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3437 paru le 11 Octobre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Faut-il consulter ?<br \/>\nLe bouquet TPS vient d\u2019accueillir Fox News (cha\u00eene 206), le pendant populiste de CNN. Les anglophones de chez nous devraient regarder vivre ce monde-l\u00e0, afin qu\u2019il ne devienne jamais le n\u00f4tre. Voici pourquoi.<br \/>\nNouvelles du matin. On nous annonce la diffusion d\u2019une s\u00e9quence tourn\u00e9e sur le parking d\u2019un supermarch\u00e9. Une m\u00e8re de famille approche de sa voiture une cl\u00e9 \u00e0 la main. L\u2019autre bras est charg\u00e9 d\u2019un sac en papier rempli de produits alimentaires. Autour d\u2019elle, sa fillette de quatre ans bondit et lui \u00e9chappe au lieu d\u2019entrer dans la voiture. La m\u00e8re pose les paquets en h\u00e2te sur le si\u00e8ge, rattrape la fillette au moment o\u00f9 elle s\u2019appr\u00eate \u00e0 courir dans l\u2019all\u00e9e du parking. L\u2019enfant est agripp\u00e9e sans m\u00e9nagement, gifl\u00e9e, pouss\u00e9e dans la voiture o\u00f9 elle se livre \u00e0 ce qu\u2019on appelle chez nous un caprice, ce qui lui vaut une nouvelle vol\u00e9e parmi les yaourts. La m\u00e8re claque la porte et s\u2019installe au volant. Dur\u00e9e de la sc\u00e8ne : dix secondes.<br \/>\nDur\u00e9e de la garde \u00e0 vue : dix heures. La m\u00e8re est priv\u00e9e de ses trois enfants, aussit\u00f4t plac\u00e9s en foyer d\u2019accueil malgr\u00e9 l\u2019existence d\u2019une famille et d\u2019une belle-famille l\u00e9gitimes. Elle est lib\u00e9r\u00e9e sous caution pour \u00eatre livr\u00e9e en p\u00e2ture aux cam\u00e9ras le jour suivant, entretien qui fait l\u2019objet de bandes-annonces pendant plusieurs heures sur le ton : ne manquez pas, ce soir, les explications de la m\u00e8re indigne, en exclusivit\u00e9. Le soir venu, la malheureuse en pleurs explique : \u00ab Je n\u2019ai rien d\u2019un monstre, ce jour-l\u00e0 Martha sautait partout, elle ouvrait toutes les bo\u00eetes de Barbie, j\u2019ai perdu patience, je n\u2019aurais pas d\u00fb, d\u2019ailleurs je me suis excus\u00e9e d\u00e8s la sortie du parking. \u00bb<br \/>\nLe lendemain, m\u00eame cirque (reportages en direct, interviews f\u00e9briles) sur le cas d\u2019un passager a\u00e9rien jet\u00e9 en prison pour avoir transport\u00e9 dans sa trousse de toilette une paire de ciseaux plant\u00e9e dans un savon. Le malfaiteur a eu beau expliquer qu\u2019ainsi ses ciseaux ne risquaient pas de percer le tissu, le montant de sa caution a \u00e9t\u00e9 fix\u00e9 \u00e0 100 000 dollars et le juge n\u2019a rien voulu savoir. Idem pour le steward fran\u00e7ais de Virgin qui a signal\u00e9 une menace d\u2019attentat gribouill\u00e9e sur la glace des toilettes lors d\u2019un vol Londres-Miami : Sept \u00e0 huit nous le montrait en train de bachoter son proc\u00e8s. Son avocat lui conseillait explicitement de plaider non sur les faits, mais sur son amour de l\u2019Am\u00e9rique.<br \/>\nEn refermant le livre de Jean-Fran\u00e7ois Revel sur \u201cl\u2019obsession antiam\u00e9ricaine\u201d on avait presque envie d\u2019aller se faire soigner, mais apr\u00e8s cette s\u00e9rie d\u2019indices j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9, pour ma part, de ne pas consulter imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>Ancien R\u00e9gime<br \/>\nOn ignore si le policier S\u0153ur Th\u00e9r\u00e8se.com (avec Dominique Lavanant et Martin Lamotte) est destin\u00e9 \u00e0 devenir une s\u00e9rie, mais c\u2019est \u00e9crit et jou\u00e9 par des pros qui s\u2019amusent, et non par des amateurs qui p\u00e9rorent. En d\u2019autres termes, les productions tourn\u00e9es sous Lionel Jospin (Le juge est une femme, Cordier juge et flics, etc.) commencent \u00e0 faire Ancien R\u00e9gime.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3438 paru le 18 Octobre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Tapie \u00e0 la \u201cStarac\u201d<br \/>\nQuelle piti\u00e9 que de voir Bernard Tapie parasiter l\u2019audience de Star Academy ! On finirait par croire que la sienne s\u2019\u00e9puise et on aurait raison. L\u2019expression \u201cglisser dans les profondeurs du classement\u201d, qui s\u2019applique au football, risque de s\u2019\u00e9tendre \u00e0 son Audimat s\u2019il continue \u00e0 apostropher les invit\u00e9s d\u2019A tort ou \u00e0 raison sur le ton : \u201cEcoutez, je vais vous dire, hein, moi, ce que j\u2019en pense.\u201d Visiblement, il ne se doute pas que tout le monde se fiche de l\u2019apprendre. En tout cas, les pensionnaires du prytan\u00e9e de la chansonnette (que son pr\u00e9sentateur appelle d\u00e9sormais la Starac) n\u2019en revenaient pas de le voir d\u00e9barquer, dans leur salle \u00e0 manger, pour une le\u00e7on express sur le th\u00e8me : \u201cIl importe de savoir communiquer avec ceux qui vont vivre l\u2019\u00e9chec.\u201d<br \/>\nExcellent sujet en effet. Le propos \u00e9tait tellement t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 et la s\u00e9quence si br\u00e8ve que la direction de TF1 a d\u00fb inspirer cette visite \u00e9clair de Tapie afin de sauver les meubles (nous savons qu\u2019il s\u2019y entend). Le pr\u00e9sentateur nous a obligeamment rappel\u00e9 que l\u2019\u00e9mission A tort ou \u00e0 raison attendait notre visite.<br \/>\nPuis il a lanc\u00e9 C\u00e9line Dion dans une s\u00e9rie de duos avec les \u00e9l\u00e8ves de la Starac v\u00e9ritable \u00e9preuve car ils chantent faux pour la plupart. Ensuite, entre deux couacs, le s\u00e9millant Nikos a pouss\u00e9 des \u201cWou !\u201d qui rappelaient, de mani\u00e8re affligeante, les habitudes des chauffeurs de salle \u00e0 Las Vegas. La pr\u00e9sence de C\u00e9line Dion lui a permis de donner dans le clich\u00e9 en anglais (\u201cThe show must go on\u201d). Il a dit, \u00e0 un autre chanteur \u00ab ne changez rien, c\u2019est top \u00bb et lui a demand\u00e9, toujours en anglais, s\u2019il \u00e9tait plus facile de jouer au basket que de chanter en direct \u00e0 la Starac, le tout avec traduction simultan\u00e9e \u00e0 l\u2019usage des maladroits qui seraient rest\u00e9s francophones.<br \/>\nApr\u00e8s quoi, les \u00e9l\u00e8ves ont pos\u00e9 \u00e0 C\u00e9line Dion des questions originales, du genre : \u201cDurant toute votre carri\u00e8re, quel est votre plus beau souvenir ?\u201d (sic) La r\u00e9ponse \u00e9voquait de si pr\u00e8s les sketches de Laurent Gerra qu\u2019on finissait par se demander s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas l\u2019auteur du sc\u00e9nario de la soir\u00e9e.<\/p>\n<p>Belle marquise<br \/>\nPhilippe Barthelet a-t-il d\u00e9j\u00e0 relev\u00e9 la propension \u00e0 l\u2019inversion des termes, des adverbes et des propositions dans le bavardage t\u00e9l\u00e9visuel ? Voici des exemples r\u00e9cents pour nourrir le dossier : \u00ab Une carcasse qu\u2019ils aimeraient voir dispara\u00eetre, pour un jour pouvoir oublier. \u00bb<br \/>\nEt pourquoi pas \u00ab pour pouvoir oublier un jour \u00bb ?<br \/>\nM\u00eame verlan syntaxique dans l\u2019expression \u00ab sans pour l\u2019instant l\u2019aide de l\u2019Etat \u00bb ou dans \u00ab pour d\u00e9finitivement marcher sur les traces de leurs illustres a\u00een\u00e9s \u00bb.<br \/>\nOn a pu relever, au journal de TF1, la phrase suivante, qui se voulait une conclusion et s\u2019achevait par un point : \u00ab Une chose est certaine, ce sont dans ces quartiers populaires o\u00f9 les stigmates restent le plus visibles. \u00bb<br \/>\nBelle marquise, d\u2019impatience vos pataqu\u00e8s tr\u00e9pigner me font.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3439 paru le 25 Octobre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Absolu et r\u00e9solu<br \/>\nL\u2019\u00e9mission s\u2019appelle \u00c7a peut vous arriver. Elle n\u2019est pas m\u00e9chante en apparence, puisqu\u2019elle nous montre des maux auxquels nous sommes, pour la plupart, convaincus de pouvoir \u00e9chapper : la soumission aveugle \u00e0 une secte par exemple. Il s\u2019agit de m\u00e9saventures si exceptionnelles qu\u2019on les \u00e9carte ais\u00e9ment de son imagination.<br \/>\nDu titre, on se d\u00e9fait moins vite. Il est difficile de ne pas l\u2019appliquer aux attentats dont il est question aujourd\u2019hui : celui du RER dont le proc\u00e8s est en cours, celui de Bali. Certes l\u2019\u00e9normit\u00e9 de ces \u00e9v\u00e9nements les rend encore faciles \u00e0 conjurer par l\u2019inconscient collectif, mais il est une autre forme de danger que l\u2019esprit se repr\u00e9sente de mieux en mieux. Ce danger est de loin, et de tous, le plus pr\u00e9occupant : le besoin d\u2019enrayer la machine se d\u00e9mocratise \u00e0 toute allure.<br \/>\nLes cha\u00eenes am\u00e9ricaines, T\u00e9l\u00e9matin et le journal de TF1 se penchent en ce moment avec une horreur compr\u00e9hensible sur le cas du tireur fou de Washington. Quiconque r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 cette histoire est saisi de vertige. D\u2019abord l\u2019assassin, qui signe \u201cJe suis Dieu\u201d, s\u2019inspire d\u2019un film diffus\u00e9 trois jours avant le premier meurtre, nous rappelant ainsi la longue liste des crimes perp\u00e9tr\u00e9s en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une \u0153uvre de fiction.<br \/>\nMais surtout, si \u00e7a peut vous arriver, ce n\u2019est plus seulement en tant qu\u2019individus. Les soci\u00e9t\u00e9s commencent \u00e0 mesurer qu\u2019elles ne peuvent rien contre un d\u00e9sir de nuire absolu et r\u00e9solu. Le seul rem\u00e8de qu\u2019elles aient trouv\u00e9 pour l\u2019instant est de rebaptiser malveillance les actes criminels. C\u2019est la m\u00e9thode fran\u00e7aise. Elle se pratique beaucoup dans les chemins de fer. La m\u00e9thode am\u00e9ricaine consiste \u00e0 demander (sans rire) aux cinq millions d\u2019habitants de Washington de se d\u00e9placer en zigzag dans la rue. Si les snipers se multiplient, il va falloir zigzaguer entre les sacs de sable. Et si le risque bact\u00e9riologique ressurgit, ce sera avec un masque \u00e0 gaz. Mais personne n\u2019aura le droit de parler de guerre civile pour autant.<\/p>\n<p>Sous Ponce Pilate<br \/>\nRetour des Bogdanoff, les duettistes high-tech en combinaison alu. La presse r\u00e9v\u00e8le un d\u00e9tail int\u00e9ressant : dans leur jeunesse leur famille \u00e9tait fort li\u00e9e \u00e0 celle de Guy B\u00e9art lequel, comme on le sait, fut d\u2019abord ing\u00e9nieur avant d\u2019\u00e9crire de jolies chansons et d\u2019\u00eatre invit\u00e9 chez les Pompidou (peut-on cumuler \u00e0 ce point les imprudences !). Banni des plateaux pendant les ann\u00e9es de plomb, il fut r\u00e9put\u00e9 n\u2019avoir aucun talent par d\u00e9cret de Ponce Pilate. Les jumeaux Bogdanoff, chass\u00e9s comme lui, reconnus comme surdou\u00e9s (apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s dans un ch\u00e2teau, pour comble de scandale), furent livr\u00e9s \u00e0 la populace et accus\u00e9s de plagiat. Je n\u2019ai pas la date en t\u00eate et n\u2019ai gu\u00e8re eu acc\u00e8s au dossier. Mais que l\u2019on consid\u00e8re la bonne foi qui r\u00e9gnait en France dans ces ann\u00e9es-l\u00e0 et le doute leur devient favorable.<br \/>\nIl l\u2019est encore davantage si l\u2019on songe qu\u2019ils faisaient de la cosmologie sur la cha\u00eene d\u2019On a tout essay\u00e9.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3440 paru le 1 Novembre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>\u201cMani pulite\u201d<br \/>\nIl y a les d\u00e9bout\u00e9s du droit d\u2019asile et ceux du droit de savoir. C\u2019est ce que nous expliquait, \u00e0 propos de l\u2019immobilier sur la C\u00f4te d\u2019Azur, l\u2019\u00e9mission de Charles Villeneuve dont le titre n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi bienvenu. On a vu un maire se plaindre de la paresse de la DDE, administration au fonctionnement myst\u00e9rieux qui se d\u00e9place \u00e0 contrec\u0153ur pour constater les infractions une fois sur quatre et qui laisse acheter, par des innocents, des terrains inconstructibles pourtant d\u00e9j\u00e0 construits b\u00e2timents dont elle n\u2019a pas su emp\u00eacher l\u2019\u00e9rection, mais dont elle exige la destruction dix ans plus tard, quand les propri\u00e9taires ont chang\u00e9 et quand l\u2019application de la loi \u00e9quivaut pour eux \u00e0 une spoliation.<br \/>\nIl est fr\u00e9quent toutefois qu\u2019elle fasse preuve de z\u00e8le quand les cam\u00e9ras tournent : \u00ab Quelques jours apr\u00e8s notre premi\u00e8re visite, disait le commentaire, gendarmes et DDE viennent recenser les constructions ill\u00e9gales. \u00bb<br \/>\nOn voit en effet appara\u00eetre une \u00e9quipe de messieurs dont le chef se f\u00e2che contre l\u2019\u00e9quipe de tournage. La sc\u00e8ne respire la mauvaise foi, le corporatisme administratif et la raison d\u2019Etat.<br \/>\nLorsque la mode mani pulite aura d\u00e9barqu\u00e9 en France, les juges sauront certainement par quoi commencer, mais on aimerait aussi qu\u2019ils sachent par qui. Si la puissance publique ne consent pas \u00e0 restaurer l\u2019image de vertu et d\u2019\u00e9quilibre chez les agents de l\u2019Etat, elle s\u2019expose aux m\u00eames d\u00e9boires que les parents d\u00e9pass\u00e9s par leurs enfants. Car le plus souvent, insolence et violence n\u2019expriment pas la haine de l\u2019ordre \u00e9tabli mais le d\u00e9sir de le faire r\u00e9tablir.<\/p>\n<p>Finesse n\u00e9anderthalienne<br \/>\nA dix minutes d\u2019intervalle, TF 1 vient de nous offrir un condens\u00e9 des contradictions dans lesquelles se d\u00e9bat notre soci\u00e9t\u00e9 en mati\u00e8re de violence.<br \/>\nPremi\u00e8re s\u00e9quence, un reportage complet au journal sur un couple de policiers oblig\u00e9s de d\u00e9m\u00e9nager pour \u00e9chapper aux menaces, repr\u00e9sailles et insultes dont les accablent ceux qu\u2019ils sont cens\u00e9s poursuivre.<br \/>\nDeuxi\u00e8me s\u00e9quence, un homme humili\u00e9 par les quolibets de ses voisins. Au march\u00e9, au caf\u00e9, il subit tous les affronts. On le voit h\u00e2ter le pas sur le trottoir et se pr\u00e9cipiter vers une cabine t\u00e9l\u00e9phonique, d\u2019o\u00f9, toujours poursuivi par ses voisins haineux, il appelle son agent pour lui dire : \u00ab Les r\u00f4les de salauds dans les feuilletons, je n\u2019en veux plus. \u00bb Et l\u2019agent lui r\u00e9pond, furieux : \u00ab Va expliquer \u00e7a au juge, enfoir\u00e9 ! \u00bb<br \/>\nBr\u00e8ve explication de texte : par ce film d\u2019une finesse n\u00e9anderthalienne, TF 1 pr\u00e9tend assurer la promotion de son \u201cpolar du jeudi\u201d en banalisant des rapports sociaux de type mafieux \u00e0 une heure de grande \u00e9coute. Si on leur reproche de pratiquer les usages de la meute, les adolescents \u201cen difficult\u00e9\u201d devraient pouvoir en tirer argument devant le juge. Mais je me demande si le r\u00f4le d\u2019une cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision est de les r\u00e9pandre aussi ing\u00e9nument.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3507 paru le 13 F\u00e9vrier 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>La princesse d\u2019Aubervilliers<br \/>\nL\u2019interview que Clotilde Courau, princesse de Savoie, a livr\u00e9e \u00e0 Sept \u00e0 huit m\u2019a rappel\u00e9 un souvenir d\u00e9sagr\u00e9able. Le petit scoop qui va suivre en dit long sur les rapports de la nouvelle altesse avec<br \/>\nla morale ordinaire qu\u2019on appelle civilit\u00e9. Sans parler de l\u2019autre, plus g\u00e9n\u00e9rale, plus g\u00e9n\u00e9reuse, \u00e0 laquelle on se doit d\u2019ob\u00e9ir quand on fait partie du gotha, et qui devrait refl\u00e9ter une vision sereine, \u00e9gale, impartiale, de l\u2019\u00e9difice social.<br \/>\nIl y a quelques mois, nous avons fait partie du m\u00eame plateau chez Ardisson. Moi, pour un pamphlet sur la violence juv\u00e9nile ; elle, pour un film dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom. Celle qui n\u2019\u00e9tait pas encore la \u201cprincesse rebelle\u201d m\u2019a contredit s\u00e8chement sur le th\u00e8me : \u201cJe n\u2019ai jamais subi d\u2019autorit\u00e9, et pourtant voyez comme je suis devenue recommandable.\u201d A quoi j\u2019ai r\u00e9pondu : \u00ab Vous \u00eates com\u00e9dienne, vous avez donc d\u00e9j\u00e0 subi l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un metteur en sc\u00e8ne. \u00bb Cette r\u00e9plique a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e au montage.<br \/>\nChez Ardisson, la balance penche toujours du c\u00f4t\u00e9 des favoris de la production. Clotilde Courau a communi\u00e9 dans le m\u00e9pris avec le chanteur de NTM, Joey Starr, lequel s\u2019est adress\u00e9 \u00e0 moi en disant textuellement : \u00ab J\u2019vais t\u2019dire, mon fr\u00e8re, t\u2019as un p\u2019tit slip ! \u00bb Ensuite la jeune actrice s\u2019est pench\u00e9e vers lui d\u2019un air de contentement goguenard, elle lui a dit un mot, elle m\u2019a d\u00e9sign\u00e9 du menton et son regard a balay\u00e9 le plateau en qu\u00eate d\u2019approbation.<br \/>\nApr\u00e8s quoi encore Ardisson a jug\u00e9 bon de l\u2019asseoir \u00e0 ma droite o\u00f9 elle a remplac\u00e9 Olivier de Kersauson qui a d\u00fb quitter l\u2019\u00e9mission. Mlle Courau a aussit\u00f4t requis contre moi un surcro\u00eet de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la part<br \/>\ndes procureurs qui m\u2019entouraient.<br \/>\nOn e\u00fbt dit une imp\u00e9ratrice romaine r\u00e9clamant la mise \u00e0 mort d\u2019un philosophe. Mais tout cela n\u2019est rien encore aupr\u00e8s de la conclusion. Quand j\u2019ai quitt\u00e9 \u00e0 mon tour mon tabouret apr\u00e8s un quart d\u2019heure, sa future altesse m\u2019a tourn\u00e9 le dos comme une fillette qui ne veut pas dire bonjour. Je lui ai tendu la main, elle l\u2019a refus\u00e9e.<br \/>\nSi je raconte cet \u00e9pisode, c\u2019est afin de mettre cette grossi\u00e8ret\u00e9 en rapport avec ses propos de l\u2019autre dimanche sur le r\u00f4le et la dignit\u00e9 des princesses. \u00ab Princesse, j\u2019ai encore du mal avec cette information \u00bb, nous a-t-elle confi\u00e9. Nous aussi. (Nous avons d\u00e9j\u00e0 du mal avec sa syntaxe.) Quand elle explique qu\u2019elle est g\u00ean\u00e9e de voir des femmes \u00e2g\u00e9es lui faire la r\u00e9v\u00e9rence, c\u2019est qu\u2019elle n\u2019a pas compris grand-chose \u00e0 la nature<br \/>\ndu prince.<br \/>\nQuand elle nous dit \u00ab chui pas \u00e9vidente \u00e0 vivre tous les jours, mais ch\u2019trouve \u00e7a chouette de la part d\u2019Emmanuel de m\u2019avoir \u00e9pous\u00e9e \u00bb, on a envie de croire qu\u2019elle plaisante. Et quand, du haut de ses trente-quatre ans, elle pr\u00e9tend \u201crester elle-m\u00eame\u201d, on se demande au nom de quoi. Si rester soi-m\u00eame consiste \u00e0 hurler avec les loups quand un agneau vient de tomber dans l\u2019ar\u00e8ne, on n\u2019aimerait pas voir cette princesse d\u2019Aubervilliers r\u00e9gner sur l\u2019Italie. Parce qu\u2019elle en a parl\u00e9 aussi, figurez-vous\u2026<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3382 paru le 21 Septembre 2001<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Le film des \u00e9v\u00e9nements<br \/>\nUne comparaison h\u00e2tive avec les \u00e9missions sp\u00e9ciales sur l\u2019attentat de New York r\u00e9v\u00e8le les insuffisances de la m\u00e9thode fran\u00e7aise : aux Etats-Unis, le texte est souvent pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019image, il n\u2019est pas rare que le rappel des faits fasse l\u2019objet d\u2019un banc-titre entre les plans (CNN). Sur NBC, ABC et Fox, c\u2019est parfois un tiers de l\u2019image qui est consacr\u00e9 aux d\u00e9p\u00eaches pendant que le pr\u00e9sentateur parle, et quand on nous propose de \u00ab revoir le film des \u00e9v\u00e9nements \u00bb, on sait qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9capitulation.<br \/>\nDurant le direct de Patrick Poivre d\u2019Arvor, la premi\u00e8re tour du World Trade Center s\u2019est effondr\u00e9e sans que visiblement les gens sur le plateau comprennent ce qui se passait. Ensuite, on a revu dix fois l\u2019arriv\u00e9e du deuxi\u00e8me avion, puis l\u2019effondrement de la deuxi\u00e8me tour. Et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019on apprenait que l\u2019autre \u00e9tait tomb\u00e9e aussi. A quoi il fallait comprendre encore que le plan fixe, interminable, sur les malheureux employ\u00e9s enjambant les fen\u00eatres, n\u2019\u00e9tait pas du direct mais datait d\u2019une demi-heure. Ils \u00e9taient donc tous morts. L\u2019ennui c\u2019est que la cha\u00eene \u00ab venait de recevoir les images \u00bb. C\u2019est cela, sans doute, qu\u2019elle appelait du direct. Un t\u00e9l\u00e9spectateur d\u00e9barquant sur la cha\u00eene vers 16 heures ce jour-l\u00e0 d\u00e9clarait encore \u00ab il faut faire quelque chose pour ces gens \u00bb, alors qu\u2019il n\u2019y avait plus rien \u00e0 faire. Il aurait suffi d\u2019un bandeau pour nous le dire. Mais comment exiger pareille prouesse de la r\u00e9daction alors qu\u2019elle n\u2019est pas capable d\u2019employer, \u00e0 l\u2019incrustation vid\u00e9o, quelqu\u2019un qui sache orthographier les noms propres ? Pendant toute la soir\u00e9e, Newark est devenu Newarck sur les cartes, ce qui n\u2019est pas un crime mais une faute : il suffisait de taper le d\u00e9but du nom sur Internet pour savoir comment l\u2019\u00e9peler. Mais en r\u00e9gie, sait-on seulement consulter Internet ?<\/p>\n<p>La le\u00e7on du film<br \/>\nDans quelques semaines, apr\u00e8s bien des plateaux et des d\u00e9bats, les commentateurs finiront par trouver le grand rem\u00e8de \u00e0 ce genre de crises.<br \/>\nMultiplier les repr\u00e9sailles ? Red\u00e9finir notre politique \u00e9trang\u00e8re ? Mettre les r\u00e9servistes en alerte ? Chercheront-ils \u00e0 nous convaincre que les sc\u00e9narios de destruction de villes enti\u00e8res par l\u2019atome sont devenus plausibles ? Prescriront-ils un retour des enqu\u00eates s\u00e9rieuses sur l\u2019immigration ? Critiqueront-ils le plan Vigipirate (qui prot\u00e8ge les poubelles, les gares, les a\u00e9roports, les Galeries Lafayette et la tour Eiffel mais n\u2019emp\u00eache personne de faire sauter trente sup\u00e9rettes de villes moyennes en un quart d\u2019heure) ? Non : il est probable que la grande d\u00e9couverte, ce sera l\u2019avion au cockpit dot\u00e9 d\u2019un guichet blind\u00e9 comme les banques. On nous a d\u00e9j\u00e0 fait le coup dans les autobus de banlieue : extirper la violence suppose d\u2019avoir compris qu\u2019on est malade, donc de montrer du courage. Installer des cages de verre pour prot\u00e9ger les chauffeurs, c\u2019est l\u00e2che, peut-\u00eatre, mais quel soulagement de croire qu\u2019on est gu\u00e9ri !<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3441 paru le 8 Novembre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Chiens d\u2019infid\u00e8les<br \/>\nIl est parfois utile de regarder les cha\u00eenes am\u00e9ricaines pour corriger les oublis des n\u00f4tres. Au sujet des \u201ccombattants tch\u00e9tch\u00e8nes\u201d, l\u2019exercice devient indispensable. Le fait que les membres du commando de Moscou aient lib\u00e9r\u00e9, dans les premi\u00e8res heures, outre quelques femmes enceintes et une poign\u00e9e d\u2019enfants, les musulmans pr\u00e9sents dans la salle, a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 scrupuleusement par CNN. La pr\u00e9cision n\u2019a pas effray\u00e9 non plus les radios fran\u00e7aises, lesquelles ont pourtant laiss\u00e9 s\u2019exprimer nombre d\u2019auditeurs sur le th\u00e8me : \u201cPourquoi accabler l\u2019islam ? Ce n\u2019est pas parce que les femmes du commando portent une cagoule qu\u2019il faut parler de tchador\u201d etc. A quoi Michel Field (Europe 1) n\u2019a pas cru bon de r\u00e9pondre que la lib\u00e9ration de musulmans \u00e9tait un puissant indice, mais passons.<br \/>\nEn tout cas cette lib\u00e9ration r\u00e9v\u00e9lait le peu de cas que font les activistes des \u201cchiens d\u2019infid\u00e8les\u201d que nous sommes. Quant \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, on ne peut pas dire qu\u2019elle en ait beaucoup parl\u00e9. On peut m\u00eame dire le contraire. Sauf erreur de ma part, elle n\u2019en a pas parl\u00e9 du tout.<br \/>\nPour conna\u00eetre la vraie nature du combattant tch\u00e9tch\u00e8ne, il fallait donc se reporter une fois du plus au remarquable reportage de Christiane Amampour sur CNN : pendant plus d\u2019une heure nous avons eu droit \u00e0 des confessions de soldats russes qui t\u00e9moignaient que leurs compagnons tomb\u00e9s aux mains de l\u2019ennemi \u00e9taient d\u00e9coup\u00e9s en morceaux tout vivants, \u00e9ventr\u00e9s au soleil, pendus avec leurs tripes, etc., le tout fort explicitement au nom de l\u2019islam, et aux cris d\u2019Allah Akhbar par des gens qui, par ailleurs, se livrent au trafic de drogue, de femmes, de mati\u00e8res radioactives et de pi\u00e8ces de rechange jusqu\u2019au Pakistan. Ils infestent la vie sociale russe d\u2019une criminalit\u00e9 end\u00e9mique depuis deux si\u00e8cles et Dosto\u00efevski rapportait d\u00e9j\u00e0 qu\u2019ils \u00e9corchaient vifs les agents de l\u2019empire. Ce qui n\u2019emp\u00eache pas nos m\u00e9dias de nous parler \u00e0 tout bout de champ de la barbarie russe et du martyre tch\u00e9tch\u00e8ne.<\/p>\n<p>Rebelles de salon.<\/p>\n<p>Causerie matinale sur Europe 1 entre Benjamin Castaldi et son invit\u00e9e. L\u2019\u00e9mission est fond\u00e9e sur un test en direct. Par chance pour les participants il ne s\u2019agit pas d\u2019un test d\u2019intelligence mais de personnalit\u00e9. Et ce jour-l\u00e0 le th\u00e8me \u00e9tait : \u201cEtes-vous rebelle ?\u201d<br \/>\nIl fallait entendre l\u2019invit\u00e9e, r\u00e9dactrice en chef sur une cha\u00eene publique de t\u00e9l\u00e9vision, qui nagu\u00e8re n\u2019h\u00e9sitait pas, dans son \u00e9mission matinale, \u00e0 recevoir quatre ministres de Lionel Jospin dans la m\u00eame semaine, conclure qu\u2019elle \u00e9tait \u00ab plut\u00f4t du genre rebelle \u00bb. Pour vous donner l\u2019\u00e9chelle, ce serait comme si Philippe Sollers se pr\u00e9sentait comme un \u00e9crivain pauvre et maudit.<br \/>\nMais surtout, quand on y r\u00e9fl\u00e9chit, il conviendrait de se demander si la r\u00e9bellion permanente, v\u00e9cue, d\u00e9crite, promue comme une n\u00e9cessit\u00e9 par toute une g\u00e9n\u00e9ration (celle de 68), n\u2019explique pas qu\u2019une grande partie des enfants d\u2019aujourd\u2019hui soit incontr\u00f4lable.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3442 paru le 15 Novembre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Chantiers de jeunesse<br \/>\nImaginez un pensionnat qui recevrait des post-adolescents ou de jeunes adultes \u201cen recherche\u201d. A l\u2019arriv\u00e9e, une seule valise autoris\u00e9e. Confort d\u00e9cent mais spartiate : dortoirs de six. Gar\u00e7ons et filles s\u00e9par\u00e9s. D\u00e9coration de style r\u00e9fectoire.<br \/>\nA 7 heures, r\u00e9veil au clairon. Le professeur d\u2019\u00e9ducation physique tirerait tout le monde du lit avant le jour, pour obliger les pensionnaires \u00e0 courir dans le parc, qu\u2019il vente ou qu\u2019il pleuve. Une demi-douzaine de professeurs seraient charg\u00e9s des apprentissages en tous domaines. D\u00e8s le d\u00e9but des cours, ils harangueraient leurs \u00e9l\u00e8ves sur un ton l\u00e9g\u00e8rement pass\u00e9 de mode : ici la paresse, la m\u00e9diocrit\u00e9, le d\u00e9faut de volont\u00e9 ne jouiront d\u2019aucune indulgence. Ceux qui s\u2019abandonneront \u00e0 la pente du d\u00e9couragement seront aussit\u00f4t \u00e9limin\u00e9s. Vous serez not\u00e9s, compar\u00e9s, \u00e9valu\u00e9s en permanence. Le degr\u00e9 d\u2019exigence que nous vous imposerons doit vous obliger \u00e0 exiger le meilleur de vous-m\u00eame. Les contacts avec votre famille et votre entourage seront limit\u00e9s au strict n\u00e9cessaire. Le soir, extinction des feux \u00e0 22 heures. Toutes les semaines, vous subirez un examen. Votre existence enti\u00e8re en d\u00e9pendra peut-\u00eatre. Rompez !<br \/>\nA l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, un adolescent d\u2019aujourd\u2019hui haussera certainement les \u00e9paules en s\u2019\u00e9criant : \u201cEt pourquoi ne leur donnerait-on pas un uniforme, tant qu\u2019on y est ?\u201d avant de retourner s\u2019infliger sa dose quotidienne de Star Academy.<br \/>\nOr dans ce qui pr\u00e9c\u00e8de, il est justement question du Saint-Cyr de la chansonnette, de la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re des pousseurs de romance : la Star Academy. On aura beau pr\u00e9tendre que la jeunesse pl\u00e9biscite l\u2019\u00e9mission parce qu\u2019elle aime les paillettes, il est permis de se demander s\u2019il n\u2019y a pas autre chose de plus profond l\u00e0-dessous.<br \/>\nPour ma part, j\u2019observe que les jeunes gens qui vont se coucher \u00e0 contrec\u0153ur, qu\u2019on n\u2019arrive pas \u00e0 tirer du lit, qui d\u00e9plorent la s\u00e9lection \u00e0 l\u2019\u00e9cole, qui sont insolents avec leurs profs et n\u2019ont aucune ardeur \u00e0 la t\u00e2che, passent d\u00e9sormais une heure par jour devant la Starac, \u00e9perdus d\u2019admiration pour un univers o\u00f9 douze de leurs homologues se font botter les fesses du matin au soir. Il faut sans doute y voir le signe que les temps vont changer.<\/p>\n<p>Un pour cent, cent pour un<br \/>\nCombien \u00e7a co\u00fbte se penchait r\u00e9cemment sur les avatars du \u201cun pour cent culturel\u201d. On nous apprenait que ce pourcentage \u00e9tait vou\u00e9 \u00e0 l\u2019art contemporain. Entendez abstrait, moderne ; car si un sculpteur se m\u00ealait de proposer \u00e0 sa ville une statue de jeune fille, son art serait indiscutablement contemporain sans \u00eatre pour autant capable de d\u00e9crocher la timbale, faute de modernit\u00e9.<br \/>\nDans le cas de la double parabole incrust\u00e9e de chaises m\u00e9talliques qui enlaidit la gare de tramway de Montpellier, le prix de la timbale est de 300 000 euros. On s\u2019aper\u00e7oit vite que le \u201cun pour cent\u201d profite moins \u00e0 l\u2019art qu\u2019au commerce et moins au citoyen qu\u2019\u00e0 l\u2019artiste.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3443 paru le 22 Novembre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>G\u00e9n\u00e9ration \u201cValseuses\u201d<br \/>\nImaginez un film diffus\u00e9 sur le service public o\u00f9 deux comp\u00e8res de vingt ans terrorisent des m\u00e9nag\u00e8res dans un parking, leur disent \u00ab casse-toi la vieille \u00bb, intimident un couple de bourgeois sur la route des vacances, leur arrachent leur fille, leur voiture, et parviennent \u00e0 convaincre la demoiselle de les mener jusqu\u2019\u00e0 la maison de campagne familiale. En arrivant dans ce pavillon forestier, apr\u00e8s avoir comment\u00e9 la d\u00e9coration des lieux sur le ton du m\u00e9pris dont les oisifs et les jouisseurs accablent ceux qui ach\u00e8tent leur confort \u00e0 cr\u00e9dit, ils d\u00e9cident de \u201cse taper la nana\u201d, \u00e0 tour de r\u00f4le avec son consentement lass\u00e9, il est vrai, ce qui permet de pr\u00e9tendre qu\u2019on assiste \u00e0 un d\u00e9niaisement plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 un viol, mais la limite est aussi mince qu\u2019une pelure d\u2019oignon. La sc\u00e8ne entend illustrer que la jeunesse ob\u00e9it \u00e0 ses propres codes, lesquels pr\u00e9valent toujours sur ceux des adultes, et qu\u2019elle est, par d\u00e9finition, solidaire contre l\u2019ordre \u00e9tabli.<br \/>\nCe film, qui nous a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 sur fonds publics pour la ni\u00e8me fois par France 3 et en plein vote de la loi Sarkozy, s\u2019appelle les Valseuses. On le qualifie d\u2019\u201c\u0153uvre culte\u201d mais il aura fonctionn\u00e9 pour toute une g\u00e9n\u00e9ration, la mienne, comme une invitation \u00e0 la barbarie. Il prescrit \u00e0 la jeunesse de s\u2019affranchir de toute biens\u00e9ance, par la menace si n\u00e9cessaire, et nous montre des voyous abordant des gens ordinaires avec le sourire du tortionnaire. Il nous pr\u00e9sente une humanit\u00e9 juv\u00e9nile s\u00fbre de son droit, celui du plus fort, pr\u00eate \u00e0 l\u2019appliquer, pr\u00eate \u00e0 pratiquer sur autrui ce que Platon appelait le d\u00e9but de la tyrannie.<br \/>\nParall\u00e8lement Paris-Match nous annonce les retrouvailles entre Depardieu et son fils, apr\u00e8s trente ans de n\u00e9gligences et d\u2019indiff\u00e9rence. Un film \u201cd\u00e9rangeant\u201d nous dit-on, les r\u00e9unit, qui aide \u00e0 mieux comprendre le chemin parcouru, \u00e0 lever les malentendus, \u00e0 faire le point, etc. On aimerait que notre Falstaff, d\u00e9sormais abonn\u00e9 \u00e0 la Gazette de Drouot, propri\u00e9taire de vignobles et membre de la jet-set, nous dise ce qu\u2019il compte faire pour restaurer l\u2019\u00e9quilibre de la g\u00e9n\u00e9ration \u201cValseuses\u201d.<br \/>\nS\u2019il d\u00e9savouait le film et si le service public renon\u00e7ait \u00e0 le programmer, ce serait d\u00e9j\u00e0 un commencement.<\/p>\n<p>Bo\u00eete \u00e0 id\u00e9es<br \/>\nLe ministre de la Culture semble chercher des id\u00e9es pour sa t\u00e9l\u00e9vision de service public. S\u2019il est permis de distraire quelques lignes de cette chronique pour donner de l\u2019imagination \u00e0 ceux qui garnissent la bo\u00eete \u00e0 images, pourquoi France T\u00e9l\u00e9vision ne ratisse-t-elle pas dans le jardin de la Star Academy en organisant un concours de cr\u00e9ation, dans un esprit voisin de la d\u00e9funte Course autour du monde, afin de r\u00e9v\u00e9ler les g\u00e9nies de la r\u00e9alisation et de la mise en sc\u00e8ne dont elle a tant besoin ? Quand on mesure le talent d\u00e9ploy\u00e9 pour un simple clip musical, quand on voit la modicit\u00e9 des co\u00fbts du mat\u00e9riel num\u00e9rique, on se demande pourquoi la production t\u00e9l\u00e9visuelle publique chez nous reste molle et oligarchique.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3444 paru le 29 Novembre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Clark a quitt\u00e9 la ville<br \/>\nNombreux sont les lecteurs qui par lettre auront essay\u00e9 d\u2019orienter cette chronique vers un sujet qu\u2019elle n\u2019a jamais abord\u00e9 : les feuilletons \u00e0 l\u2019eau de rose, qu\u2019\u00e0 bien des \u00e9gards on pourrait pr\u00e9tendre \u00e0 l\u2019eau de boudin car c\u2019est ainsi qu\u2019ils tournent en g\u00e9n\u00e9ral.<br \/>\nDans ce genre difficile, ce ne sont pas les artifices de sc\u00e9nario qui sont int\u00e9ressants \u00e0 relever, mais les tics comportementaux et verbaux qui finissent par acclimater chez nous des usages ridicules. En voici quelques exemples.<br \/>\nSharon et Victoria sont seules dans une pi\u00e8ce meubl\u00e9e comme un appartement t\u00e9moin. Sharon, debout, le coude dans une main, affecte une attitude de perplexit\u00e9 profonde, Victoria, assise, rumine des pens\u00e9es sombres en lui tournant le dos. Soudain Sharon d\u00e9cide de crever l\u2019abc\u00e8s : \u00ab Vic, veux-tu qu\u2019on en parle ? \u00bb Pour inciter son amie Victoria \u00e0 lui ouvrir son c\u0153ur, elle lui masse d\u00e9licatement les muscles trap\u00e8zes des deux pouces et prof\u00e8re une allusion obscure.<br \/>\nVictoria se retourne et r\u00e9plique : \u00ab H\u00e9, attends une minute ! Qu\u2019est-ce que tu veux dire ? \u00bb<br \/>\nA quoi Sharon protestant de sa bonne foi r\u00e9pond : \u00ab Mais je t\u2019assure, je croyais que Clark avait quitt\u00e9 la ville. \u00bb<br \/>\nPour le quadrag\u00e9naire press\u00e9 qui vient embrasser ses parents entre deux rendez-vous et qui les trouve plant\u00e9s devant le poste \u00e0 14 h 30, le caract\u00e8re sibyllin de la situation est toujours le m\u00eame depuis neuf ou dix ans. Ce qui a chang\u00e9, c\u2019est qu\u2019on commence \u00e0 dire \u00ab H\u00e9, attends une minute ! \u00bb dans les caf\u00e9s, que les adolescents menacent de quitter la ville quand on leur dit d\u2019aller r\u00e9viser leurs math\u00e9matiques et que les filles de quinze ans trouvent leur petit ami \u201ctr\u00e8s sp\u00e9cial\u201d comme dans les Feux de l\u2019amour. Ce qui a chang\u00e9, c\u2019est que le couple id\u00e9al, la grand-m\u00e8re intrigante, la demoiselle qui veut se faire \u00e9pouser, l\u2019avocate brillante finissent par rev\u00eatir, dans l\u2019imaginaire g\u00e9n\u00e9ral, les traits de ces h\u00e9ro\u00efnes qu\u2019on dirait coiff\u00e9es de laitues et qui respirent fort en pressant une main couverte de bijoux fantaisie sur un d\u00e9collet\u00e9 fuschia. Ce qui devient ennuyeux, c\u2019est d\u2019entendre valser les millions de dollars dans les lounge-bars des grands h\u00f4tels.<br \/>\nOn aimerait que pour une fois les protagonistes s\u2019appellent Suzette ou L\u00e9on. On aimerait qu\u2019ils montent une brasserie dans le vieux Colmar. Pour leurs vacances ils iraient passer une semaine \u00e0 Budapest au lieu d\u2019Atlantic City. \u00c7a nous ferait des vacances, \u00e0 nous aussi.<\/p>\n<p>Renvoyons la censure<br \/>\nElisabeth L\u00e9vy, auteur des Ma\u00eetres censeurs, pr\u00e9f\u00e8re les v\u00e9rit\u00e9s qu\u2019elle observe \u00e0 celles qu\u2019on lui recommande. Lors d\u2019une \u00e9mission d\u2019Ardisson sur Paris Premi\u00e8re, \u00e0 l\u2019instant d\u2019interroger l\u2019\u00e9crivain Renaud Camus, elle a tenu \u00e0 pr\u00e9ciser qu\u2019\u00e0 son avis il ne m\u00e9ritait nullement d\u2019\u00eatre soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019antis\u00e9mitisme. Cette pr\u00e9cision liminaire a saut\u00e9 au montage. C\u2019est un peu comme si la gr\u00e2ce du duc d\u2019Enghien avait servi \u00e0 cirer les bottes du peloton : l\u2019histoire s\u2019en serait souvenue. Nous nous en souviendrons.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3445 paru le 6 D\u00e9cembre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>La noblesse du direct<br \/>\nLa semaine pass\u00e9e je r\u00e9v\u00e9lais, pour l\u2019avoir entendu raconter par sa victime, la m\u00e9saventure suivante : un \u00e9crivain fran\u00e7ais, invit\u00e9 chez Ardisson sur Paris Premi\u00e8re, voit couper au montage une d\u00e9claration d\u2019Elisabeth L\u00e9vy, laquelle balayait l\u2019accusation d\u2019antis\u00e9mitisme qui pesait sur son invit\u00e9. Alain Finkielkraut se r\u00e9pand lui aussi dans la presse depuis deux ans pour lever la fatwa lanc\u00e9e sur Renaud Camus car c\u2019est de lui qu\u2019il s\u2019agit. Mais les ayatollahs de Saint-Germain-des-Pr\u00e9s ont des agents jusque chez Rive droite Rive gauche, et la production vient donc de d\u00e9truire une pi\u00e8ce essentielle \u00e0 la d\u00e9fense (dans une affaire qui, rappelons-le, \u00e9quivaut pour un \u00e9crivain \u00e0 une sentence de mort sans jugement).<br \/>\nCette omission d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, qui ressemble au faux patriotique destin\u00e9 \u00e0 accabler Dreyfus, a fait quelque bruit d\u00e8s le lendemain. Pour apaiser les premi\u00e8res rumeurs, Thierry Ardisson a d\u00e9croch\u00e9 son t\u00e9l\u00e9phone afin de proposer \u00e0 l\u2019accus\u00e9 une autre invitation, dans l\u2019\u00e9mission Tout le monde en parle (de plus en plus mal nomm\u00e9e). J\u2019ai interrog\u00e9 Camus sur le d\u00e9roulement de ce deuxi\u00e8me enregistrement. Voici sa r\u00e9ponse : \u00ab J\u2019ai cit\u00e9 les propos d\u2019Elisabeth L\u00e9vy et j\u2019ai ajout\u00e9, \u00e0 l\u2019adresse d\u2019Ardisson : \u201cVous avez fait dispara\u00eetre son intervention en ma faveur\u201d. \u00bb<br \/>\nOr cet \u00e9change-l\u00e0, personne ne l\u2019a vu non plus dans Tout le monde en parle. Eh bien, il faudrait justement qu\u2019on en parle. Il faudrait que les intellectuels fran\u00e7ais qui gardent un peu de courage \u00e9crivent une adresse au ministre de la Culture afin de lui signaler que la t\u00e9l\u00e9vision, dont l\u2019importance est consid\u00e9rable dans la vie intellectuelle du pays, proc\u00e8de d\u00e9sormais \u00e0 une d\u00e9naturation, \u00e0 une castration syst\u00e9matique des propos qu\u2019elle recueille.<br \/>\nLors d\u2019une autre \u00e9mission qui nous r\u00e9unissait r\u00e9cemment sur France 3, de nombreux passages d\u2019un entretien avec Jean-Jacques Aillagon ont saut\u00e9 pour ainsi dire sous son nez.<br \/>\nExit la mention d\u2019une th\u00e8se universitaire ayant servi de base \u00e0 l\u2019un des livres pr\u00e9sent\u00e9s ce soir-l\u00e0 (livre dont l\u2019un des objets \u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment de la tirer des oubliettes de la Sorbonne. On peut la trouver sur www.editions-universelles.net\/these-histoire.html).<br \/>\nExit la mention du fait qu\u2019un affairiste fran\u00e7ais ait achet\u00e9 la vid\u00e9o de l\u2019ex\u00e9cution des Ceausescu pour la revendre au monde entier. Cette pr\u00e9cision utile au d\u00e9bat a saut\u00e9 au montage bien qu\u2019elle f\u00fbt parfaitement en rapport avec le sujet.<br \/>\nComment peut-on croire que les universitaires et les chercheurs de demain, lorsqu\u2019ils se pencheront sur la vie de l\u2019esprit \u00e0 notre \u00e9poque, ne jetteront pas une lumi\u00e8re crue, f\u00e9roce sur les l\u00e2chet\u00e9s d\u00e9crites ci-dessus ? Leurs auteurs seront confondus comme Du Paty de Clam pendant l\u2019affaire Dreyfus. Si ces quelques lignes y contribuent j\u2019aurai fait \u0153uvre pie.<br \/>\nMais si le minist\u00e8re, par circulaire, restaurait la noblesse du direct, ce serait encore mieux.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3446 paru le 13 D\u00e9cembre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>De Dumas \u00e0 Pouchkine<br \/>\nL\u2019entr\u00e9e au Panth\u00e9on d\u2019Alexandre Dumas fut un coup de tonnerre dont l\u2019\u00e9cho r\u00e9sonne encore dans nos m\u00e9moires abasourdies.<br \/>\nD\u2019abord nous avons appris que Dumas fut un grand m\u00e9tis autant qu\u2019un grand \u00e9crivain. Nos historiens de la litt\u00e9rature croyaient qu\u2019il suffisait de l\u2019honorer pour son g\u00e9nie mais non, il fallait encore qu\u2019il le f\u00fbt malgr\u00e9 ses cheveux cr\u00e9pus. Pour un peu, on nous convaincrait que sa carri\u00e8re a failli \u00eatre compromise par la couleur de son teint. Il a triomph\u00e9 pendant un si\u00e8cle et demi, il v\u00e9cut longtemps comme un nabab, il est encore unanimement consid\u00e9r\u00e9 comme un prince des lettres, mais il s\u2019en est fallu d\u2019un poil pour que ce f\u00fbt le contraire.<br \/>\nOn pourrait appliquer le m\u00eame raisonnement sp\u00e9cieux aux Russes et \u00e0 Pouchkine. Certes, de Moscou \u00e0 Vladivostok on adore le grand po\u00e8te, mais on va nous expliquer \u00e0 pr\u00e9sent qu\u2019avec leur vieux fond x\u00e9nophobe et orthodoxe, les Russes (ces quasi-Serbes !) ne devraient pas v\u00e9n\u00e9rer un homme de g\u00e9nie qui avait un quart de sang noir. En somme, ils auraient pu faire un effort pour coller davantage \u00e0 leur mauvaise r\u00e9putation.<br \/>\nLa v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est qu\u2019il n\u2019existe aucune r\u00e9ticence des Fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ceux qui font la grandeur de la France, quelle que soit leur couleur. Pr\u00e9tendre le contraire, c\u2019est souffler sur un tas de cendres. C\u2019est vouloir rallumer le feu pour jouer les pompiers.<br \/>\nPar ailleurs l\u2019\u00e9v\u00e9nement du Panth\u00e9on nous aura permis de revoir, grav\u00e9e sur le cercueil de Dumas, la phrase c\u00e9l\u00e8bre : \u00ab Tous pour un, un pour tous. \u00bb<\/p>\n<p>Tous contre un<br \/>\nQuand on y r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 la lumi\u00e8re de ce qui se passe \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, le pr\u00e9cepte \u00e0 la mode est exactement le contraire. Il y a trente ans et depuis plusieurs si\u00e8cles, la source de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme \u00e9tait le sacrifice pour le salut d\u2019autrui. Une escouade de soldats pouvait affronter les plus graves p\u00e9rils pour sauver l\u2019un des siens.<br \/>\nOr depuis le Maillon faible et autres Star Academy le principe ne consiste plus \u00e0 r\u00e9int\u00e9grer l\u2019\u00e9l\u00e9ment en danger, mais \u00e0 le mettre en danger davantage afin de l\u2019exclure plus s\u00fbrement.<br \/>\nC\u2019est une loi observable chez la plupart des animaux. Les canaris qui blessent leurs cong\u00e9n\u00e8res malades vont jusqu\u2019\u00e0 les tuer pour affermir la structure du groupe. Dans Koh Lanta, c\u2019est la m\u00eame chose. Quand on voit la faveur dont jouissent les \u00e9missions-jeu-de-massacre, il est permis de s\u2019inqui\u00e9ter.<br \/>\nLe principe de la civilisation chr\u00e9tienne, dont notre syst\u00e8me est issu, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 \u201ctous contre un\u201d. C\u2019est pourtant celui qui triomphe dans les esprits. Il n\u2019est que de mesurer le sort m\u00e9diatique fait \u00e0 l\u2019octog\u00e9naire qui a caus\u00e9 le dramatique accident de Loriol. Son emprisonnement rel\u00e8ve de l\u2019exorcisme et l\u2019accusation d\u2019assassinat, en l\u2019esp\u00e8ce, de l\u2019abus de droit.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3447 paru le 20 D\u00e9cembre 2002<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Le sens contamin\u00e9<br \/>\nLes rapports pleuvent sur le bureau de Jean-Jacques Aillagon \u00e0 propos de la violence t\u00e9l\u00e9visuelle : Blandine Kriegel, Catherine Cl\u00e9ment, et d\u00e9sormais Claire Brisset. Le cas de la derni\u00e8re m\u00e9rite une attention particuli\u00e8re, non seulement parce que ses conclusions ont \u00e9t\u00e9 command\u00e9es par le minist\u00e8re de la Justice, mais parce que son titre officiel est \u201cd\u00e9fenseure des enfants\u201d.<br \/>\nOui, vous avez bien lu. Nous faill\u00eemes, nous-m\u00eame, en tomber par terre. Ce titre qui m\u00e9prise l\u2019usage au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019on ne sait quelle parit\u00e9 grammaticale, rappelle tellement la France niaise et raisonneuse de Lionel Jospin que nous lui pr\u00e9f\u00e9rerons celui d\u2019avocate.<br \/>\nClaire Brisset, avocate de l\u2019enfance, se propose, nous dit-on, de \u00ab cr\u00e9er un nouveau seuil de classification des produits audiovisuels, situ\u00e9 \u00e0 six ou sept ans \u00bb, en plus de ceux d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9s.<br \/>\nApr\u00e8s bien des t\u00e2tonnements, on approche donc de l\u2019essentiel. La perception que la jeunesse se forge du monde qui l\u2019entoure commence \u00e0 l\u2019\u00e2ge le plus tendre. Autrefois il \u00e9tait d\u2019usage dans les familles de ne juger personne devant les enfants, de ne dire aucun mal de ses voisins en leur pr\u00e9sence, de leur \u00e9pargner l\u2019\u00e9cho des querelles de famille. Aujourd\u2019hui, c\u2019est par millions que les moins de cinq ans sont abreuv\u00e9s de laideurs. Certains parents divorc\u00e9s, non contents d\u2019avoir inflig\u00e9 leurs disputes \u00e0 leur prog\u00e9niture, essaient de s\u2019en justifier devant elle. Ils prennent leurs bambins pour confidents de leurs mis\u00e8res et de leurs doutes. Cela rel\u00e8ve du viol.<br \/>\nDans ce contexte, que fait la t\u00e9l\u00e9vision ? Pour parler cr\u00fbment, elle en rajoute une couche. Le scandale du sens contamin\u00e9 m\u00e9riterait un proc\u00e8s fleuve. On devrait construire un palais de justice sp\u00e9cial, dot\u00e9 d\u2019une salle de projection, pour visionner l\u2019audit des trente derni\u00e8res ann\u00e9es. Il ne suffit pas de d\u00e9plorer la violence, ni de d\u00e9nombrer les sc\u00e8nes o\u00f9 l\u2019on brandit une arme.<\/p>\n<p>Morale sociale sp\u00e9cieuse<br \/>\nIl faudrait aussi analyser l\u2019influence d\u2019un film comme Elisa, diffus\u00e9 un dimanche soir sur la premi\u00e8re cha\u00eene fran\u00e7aise. Un film o\u00f9 l\u2019on voit une lolita s\u00e9duire son p\u00e8re naturel pour le punir de l\u2019avoir abandonn\u00e9e. Un film o\u00f9 elle humilie ses grands-parents pour bl\u00e2mer leur aveuglement. Un film o\u00f9 elle fait chanter un p\u00e8re de famille en jouant les prostitu\u00e9es mineures. Les enfants ont vite fait de comprendre ce genre de messages. A sept ans le mal est fait : leur vision du monde est alt\u00e9r\u00e9e au nom de cette morale sociale sp\u00e9cieuse qui consiste \u00e0 leur montrer le pire pour les rendre plus forts. En v\u00e9rit\u00e9 dans la plupart des cas la t\u00e9l\u00e9vision les rend plus faibles. Quand elle ne banalise pas le crime, elle r\u00e9pand le soup\u00e7on. Elle donne l\u2019exception pour la r\u00e8gle. Elle empoisonne le jugement des plus jeunes sur leur entourage.<br \/>\nIra-t-elle jusqu\u2019\u00e0 leur inspirer des id\u00e9es de vengeance ? Le film Elisa s\u2019y emploie fort express\u00e9ment.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3449 paru le 3 Janvier 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Un plan m\u00e9dias<br \/>\nUn lecteur m\u2019adresse l\u2019extrait d\u2019un num\u00e9ro de Marianne o\u00f9 Guillaume Durand reproche \u00e0 Thierry Ardisson sa libert\u00e9 d\u2019allures. Il le rappelle \u00e0 la modestie (ce qui ne manque pas de sel) et l\u2019invite au respect du service public en lui demandant, \u00e0 peu pr\u00e8s : \u201cQui t\u2019a fait roi ?\u201d<br \/>\nLa question peut \u00eatre retourn\u00e9e \u00e0 l\u2019envoyeur. Nous y joindrons un post-scriptum quant \u00e0 l\u2019avant-dernier Campus. Cette \u00e9mission pulv\u00e9rise l\u2019indice de suivisme rive gauche tol\u00e9rable sur une antenne nationale. La neutralit\u00e9 douteuse de Thierry Ardisson m\u2019a nagu\u00e8re inspir\u00e9 quelques lignes s\u00e9v\u00e8res mais il aura donn\u00e9 la preuve d\u2019un certain pluralisme m\u00eame s\u2019il reste \u00e9quivoque. Guillaume Durand, lui, travaille dans l\u2019univoque, \u00e0 fond et sans complexes. Prenons un cas d\u2019\u00e9cole, le livre sur les \u201cnouveaux r\u00e9acs\u201d dont il est fort recommand\u00e9 de parler en ce moment. C\u2019est m\u00eame un mot d\u2019ordre. Cette campagne de promotion de style Harry Potter s\u2019explique ais\u00e9ment : la gauche entend s\u2019arroger la totalit\u00e9 du discours sur ses propres erreurs. Elle nous a mitonn\u00e9 un examen de conscience public sur le th\u00e8me : \u201cN\u2019avons-nous pas \u00e9t\u00e9 trop loin dans la permissivit\u00e9 ?\u201d et elle entend qu\u2019on le sache.<\/p>\n<p>Les barons du bonneteau<br \/>\nGuillaume Durand est l\u00e0 pour nous le faire savoir. Pas lui seul, et pas seulement, mais un peu tout de m\u00eame, et surtout un peu trop. Le dispositif m\u00e9diatique mis en place par la gauche se resserre autour de ce genre de \u201cbons \u00e9l\u00e9ments\u201d afin d\u2019asseoir l\u2019illusion que ceux qui ont commis les pires sottises depuis trente ans sont les seuls \u00e0 pouvoir les interpr\u00e9ter. Leurs adversaires sont r\u00e9put\u00e9s disqualifi\u00e9s pour le faire. On se croirait en Chine dans les ann\u00e9es 1960. Pour en revenir \u00e0 Durand, la fa\u00e7on dont son \u00e9mission titr\u00e9e Tous r\u00e9acs ? a servi ce dessein m\u00e9rite la mention \u201cm\u00e9diocre\u201d. Il s\u2019agissait de d\u00e9rouler le sc\u00e9nario de l\u2019autocritique pour dissuader quiconque de r\u00e9fl\u00e9chir hors du script. On a eu soin d\u2019inviter les obligatoires (Julien Dray, Daniel Rondeau, Jean-Claude Carri\u00e8re, etc.) qui ont jou\u00e9, devant l\u2019opinion, le r\u00f4le des barons au bonneteau.<br \/>\nLes auteurs de ce genre d\u2019op\u00e9rations ridicules ne s\u2019arr\u00eatent pas l\u00e0 ; ils placent leurs agents et leurs relais jusque dans les journaux conservateurs, lesquels affectent en ce moment de leur r\u00e9pondre : Vous avez plastiqu\u00e9 l\u2019\u00e9cole jusqu\u2019\u00e0 compromettre les chances de r\u00e9ussir chez les enfants de prol\u00e9taires, mais c\u2019\u00e9tait une erreur de jeunesse. La preuve, vous nous soutenez d\u00e9sormais quand nous leur envoyons la police.<br \/>\nEt si le but de ce faux d\u00e9bat sur les r\u00e9acs \u00e9tait banalement, au prix de tous les reniements, de tous les subterfuges, de garder la vedette ? B\u00e9b\u00e9 Cadum, nouvelle vague, mao\u00efsme, nouvelle modernit\u00e9, r\u00e9alisme des ann\u00e9es 1980, nouveaux r\u00e9acs, nos parvenus sexag\u00e9naires vont bient\u00f4t red\u00e9couvrir le g\u00e9nie du christianisme.<br \/>\nQuant \u00e0 savoir si le peuple va mordre \u00e0 l\u2019hame\u00e7on une fois de plus, \u00e0 mon sens c\u2019est une fois de trop.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3450 paru le 10 Janvier 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>V\u0153ux pieux<br \/>\nQue l\u2019ann\u00e9e nouvelle permette \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision de devenir le reflet de la nation jusqu\u2019\u00e0 \u201cautoriser le d\u00e9bat\u201d, comme on dit dans les sections CGT. Que parmi les grandes r\u00e9solutions pour 2003, on inscrive le projet de remplacer les \u00e9missions du genre France Europe Express pour donner une chance aux journalistes de poser les vraies questions. Que France T\u00e9l\u00e9visions instaure, tous les samedis matin pendant trois heures sur France 3, une s\u00e9rie Expression directe qui traiterait un seul th\u00e8me par mois et qui laisserait aux partis, associations et groupes de pens\u00e9e le loisir de se r\u00e9pondre, de semaine en semaine, sur la base de reportages et par le biais de d\u00e9monstrations raisonn\u00e9es, au lieu de se couper la parole apr\u00e8s minuit pour un demi pour cent de part de march\u00e9.<br \/>\nVoil\u00e0, direz-vous, des v\u0153ux bien utopiques. Et pourtant ce syst\u00e8me a d\u00e9j\u00e0 eu cours \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, il y a vingt ou trente ans (on se souvient du fameux film qui permit \u00e0 Maurice Clavel de caser sa c\u00e9l\u00e8bre r\u00e9plique \u00ab Messieurs les censeurs, bonsoir \u00bb). Alors que s\u2019est-il pass\u00e9, depuis cette \u00e9poque dont personne ne soup\u00e7onnait qu\u2019on p\u00fbt la regretter un jour ? Nous avons assist\u00e9 \u00e0 une r\u00e9gression de la libert\u00e9 d\u2019expression. Les \u00e9missions d\u2019opinion louvoient d\u00e9sormais entre les sujets \u00e0 ne pas aborder, elles se r\u00e9f\u00e8rent sans cesse \u00e0 la liste des personnes \u00e0 ne pas inviter, elles doivent se garder des mots \u00e0 ne pas prononcer. Pour revenir au film r\u00e9alis\u00e9 par Bernard Clavel en 1971, il s\u2019achevait par l\u2019image d\u2019une main tentant de r\u00e9sister au d\u00e9bit d\u2019une fontaine. Ce geste finissait par d\u00e9cupler la pression de l\u2019eau : au bout de deux secondes elle jaillissait jusqu\u2019\u00e0 \u00e9clabousser la cam\u00e9ra.<br \/>\nEh bien, en 2003 les producteurs devraient songer \u00e0 s\u2019\u00e9quiper de cam\u00e9ras \u00e9tanches.<\/p>\n<p>La d\u00e9mocratie de l\u2019insignifiant<\/p>\n<p>Pour s\u2019\u00e9pargner l\u2019\u00e9ternel argument : \u201cVous critiquez mais vous ne proposez rien\u201d, allons plus loin dans l\u2019utopie. Pourquoi ne pas adapter l\u2019instrument t\u00e9l\u00e9vision \u00e0 l\u2019exercice m\u00eame de la d\u00e9mocratie ? Ce qui est frappant, en ce moment, dans la t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est sa propension \u00e0 consulter le pays dans le domaine de l\u2019insignifiant et lui seul. On demande aux gens leur avis sur Nolwenn mais pas sur les Balkans.<br \/>\nOn objectera sans doute qu\u2019\u00e0 propos des candidats de Star Academy, les gens ont eu le temps de se faire une opinion, alors que sur les Balkans, le voile islamique, la fiscalit\u00e9, la Turquie, etc. ils n\u2019ont jamais eu ce loisir. Eh bien, admettons qu\u2019ils puissent s\u2019en forger une, gr\u00e2ce \u00e0 des reportages contradictoires (\u00e7a nous changerait), sur les sujets qui nous int\u00e9ressent.<br \/>\nH\u00e9las, personne ne veut croire que le peuple soit capable de jugement sur autre chose que le sourire de Miss France. Personne ne veut le croire, sauf le peuple lui-m\u00eame. Quand il choisit de l\u2019illustrer, on appelle \u00e7a l\u2019histoire et il est d\u00e9j\u00e0 un peu tard pour la raison.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3508 paru le 20 F\u00e9vrier 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Comme dans un moulin<br \/>\nLa France clandestine : ce titre d\u2019un reportage de Droit de savoir avait l\u2019air de coller au sujet \u00e0 un d\u00e9tail pr\u00e8s : il s\u2019agissait tr\u00e8s peu de la France. Dans la plupart des cas pr\u00e9sent\u00e9s, notre pays n\u2019avait rien \u00e0 voir avec ce qu\u2019on montrait \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Par exemple une coiffeuse de Shanghai qui, m\u00e9contente de son sort et soucieuse, disait-elle, de remplir son devoir de m\u00e8re en permettant \u00e0 sa fille d\u2019aller \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de P\u00e9kin, s\u2019installait \u00e0 Paris avec un visa de tourisme, pour coiffer la communaut\u00e9 chinoise, au noir, et en chinois.<br \/>\nAutre exemple, une bande de passeurs irakiens qui ran\u00e7onnaient leurs compatriotes \u00e0 Calais pour leur permettre de franchir la Manche sur l\u2019essieu d\u2019un camion. Et enfin une poign\u00e9e d\u2019ouvriers portugais, employ\u00e9s sur un chantier parisien par un n\u00e9grier de Lisbonne. Ce qui frappe, c\u2019est que dans le meilleur des cas, tous ces int\u00e9r\u00eats exog\u00e8nes sont parall\u00e8les aux n\u00f4tres. En d\u2019autres termes, ils ne convergent jamais avec eux, sauf quand la travailleuse chinoise ach\u00e8te sa baguette \u00e0 la boulangerie. Et dans le pire des cas, les int\u00e9r\u00eats de ces immigrants sont contraires \u00e0 ceux du pays o\u00f9 ils sont entr\u00e9s \u2013 comme dans un moulin. On voyait un garagiste turc qui se faisait payer par les Assedic la constitution de sa soci\u00e9t\u00e9 de r\u00e9paration automobile. Mais on voyait aussi qu\u2019il ne versait rien \u00e0 la S\u00e9curit\u00e9 sociale. Non plus que la coiffeuse chinoise, laquelle, pendant que son salaire clandestin est vir\u00e9 en Chine, trouvera probablement dix associations pour d\u00e9fendre son droit \u00e0 la couverture sociale \u00e0 Paris.<br \/>\nIl est un droit que le peuple fran\u00e7ais exerce avec beaucoup de constance en ce moment, c\u2019est celui de se taire, mais on peut se demander si son z\u00e8le ne va pas s\u2019\u00e9mousser.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3451 paru le 17 Janvier 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Qui veut rembourser des millions ?<br \/>\nLors d\u2019une r\u00e9union de Sivom \u00e0 laquelle j\u2019assistais comme \u00e9lu d\u2019un humble village, un nouveau concept d\u2019\u00e9mission m\u2019a travers\u00e9 l\u2019esprit. Devant l\u2019accablement de certains maires qui ont h\u00e9rit\u00e9 d\u2019un endettement vertigineux contract\u00e9 dans les ann\u00e9es Jospin, il faudrait sugg\u00e9rer \u00e0 Jean-Pierre Pernaut de s\u2019entendre avec Jean-Pierre Foucault pour cr\u00e9er un jeu destin\u00e9 \u00e0 renflouer les caisses communales d\u00e9vast\u00e9es par vingt ans de subventions pousse-au-crime, de projets m\u2019as-tu-vu, de d\u00e9chetteries hors de prix, de rapports surfactur\u00e9s, de logiciels informatiques d\u00e9pass\u00e9s, de commandes de mat\u00e9riel obsol\u00e8te obtenu gr\u00e2ce \u00e0 un \u201cproche de la mairie\u201d.<br \/>\nApr\u00e8s avoir donn\u00e9 le nom d\u2019un affluent de la Seine et r\u00e9pondu \u201cC\u2019est mon dernier mot, Jean-Pierre\u201d, les \u00e9lus raconteraient comment, dans l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un triomphe, ils emploieraient le bel argent de la t\u00e9l\u00e9vision. Pour commencer ils pourraient sortir de la tutelle de la Cour des comptes. Ensuite ils recruteraient leurs agents municipaux sur la seule foi de leur efficacit\u00e9 sans se soucier de client\u00e9lisme. Ils pourraient choisir leurs fournisseurs, r\u00e9sister aux pressions qui les accablent lors des appels d\u2019offres, \u00e9viter de se faire plumer sur recommandation du conseil g\u00e9n\u00e9ral par des officines qui proposent des contrats de maintenance dix fois plus chers qu\u2019ailleurs. Ils r\u00e9sisteraient aux repr\u00e9sentants qui cherchent \u00e0 caser des cascades de leasing (photocopieuses, v\u00e9hicules, etc.) \u00e0 des communes de moins de mille habitants qui ont d\u00e9j\u00e0 du mal \u00e0 payer leur assainissement. Ils feraient fructifier un p\u00e9cule en pr\u00e9vision des proc\u00e8s intent\u00e9s par les touristes pour d\u00e9faut de panneau \u201cAttention, \u00e7a mouille\u201d au bord de la rivi\u00e8re.<br \/>\nEn un mot, ils seraient \u00e0 l\u2019abri du sort qui guette les communes quand elles sont gouvern\u00e9es par les esprits faibles, lesquels ne connaissent qu\u2019une devise : \u201cD\u00e9j\u00e0 qu\u2019on est pauvre, y manquerait plus qu\u2019on se prive !\u201d<\/p>\n<p>Service compris<br \/>\nIl reste une autre solution \u00e0 la disposition de ceux qui auront \u00e9chou\u00e9 aux \u00e9liminatoires : renflouer les finances publiques en invitant leurs administr\u00e9s \u00e0 faire de la figuration dans une \u00e9mission de t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 am\u00e9ricaine. D\u00e9j\u00e0 auteur de l\u2019Ile de la tentation, Fox a lanc\u00e9 Qui veut \u00e9pouser un millionnaire ? qui n\u2019a pas connu la m\u00eame fortune. L\u2019\u00e9mission proposait \u00e0 douze candidates de d\u00e9crocher un homme riche. Le concept nous revient mais d\u00e9sormais la France fait partie du casting ; ce n\u2019est pas nous qui \u00e9pousons, mais nous fournissons le ch\u00e2teau et le personnel en livr\u00e9e (avec lequel notre pays se confond plus ou moins). L\u2019\u00e9mission s\u2019appelle Joe Millionnaire. On a choisi un bel homme qui joue les wonderboys exil\u00e9s chez nous. En fait il n\u2019a pas un sou : la gagnante verra son prince charmant se transformer en crapaud en direct. On esp\u00e8re que l\u2019amour triomphera, que les recettes seront cons\u00e9quentes et que le pourboire du personnel ne sera pas oubli\u00e9.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3383 paru le 28 Septembre 2001<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Une balle dans le sac<br \/>\nC\u2019\u00e9tait une image si \u00e9mouvante et symbolique qu\u2019on nous l\u2019a resservie deux fois en une semaine : celle d\u2019une femme afghane couverte de cette \u00e9toffe grossi\u00e8re et d\u00e9lav\u00e9e qui ressemble \u00e0 un sac postal, et qu\u2019on tuait \u00e0 bout portant dans un stade bond\u00e9, comme \u00e7a, d\u2019une simple balle dans le sac. L\u2019\u00e9motion naissait non seulement des circonstances, abjectes, du sourire de ces hommes aux dents blanches (dont, rappelons-le, l\u2019un des sports nationaux consiste \u00e0 jouer au polo avec un cadavre de mouton), mais du fait que cette femme, d\u00e9j\u00e0 priv\u00e9e de visage pendant sa vie, le f\u00fbt dans la mort. Ce n\u2019est pas nouveau, dira-t-on. Maintenant que l\u2019\u00e9motion a fait une place l\u00e9gitime \u00e0 la col\u00e8re, on nous rab\u00e2che les innombrables traits de barbarie dont certaines philosophies politiques et religieuses se rendent encore coupables, fid\u00e8les \u00e0 leur tradition mill\u00e9naire, elle-m\u00eame flatt\u00e9e par une d\u00e9magogie beaucoup plus r\u00e9cente. On nous rappelle que la corruption et la cruaut\u00e9 avaient cours depuis des ann\u00e9es en Arabie saoudite. Mais qui les a laiss\u00e9s s\u2019autofinancer pendant quarante ans ? Qui a fait, de cette famille Ben Laden, la version djellaba du clan des Siciliens ? Qui a donn\u00e9, comme dans James Bond, les cl\u00e9s du monde moderne \u00e0 des maniaques richissimes qui vivent dans des grottes et qui concilient la pratique d\u2019Internet avec celle de la torture ?<br \/>\nL\u2019amour aura certainement raison de ceux qui le ha\u00efssent. C\u2019est \u00e9crit, l\u2019histoire le veut, le raffinement de la conscience humaine depuis vingt ou trente si\u00e8cles exige que ce qui l\u2019entrave soit balay\u00e9, retourn\u00e9, ce qui rend la perspective de cette guerre un peu vaine, parce qu\u2019on sait que la haine s\u2019apaisera, comme tous les cinquante ans, apr\u00e8s quelques corv\u00e9es pr\u00e9alables. Le moment venu les historiens devront toutefois se demander pourquoi, au nom du droit des peuples \u00e0 disposer d\u2019eux-m\u00eames, on a tant incit\u00e9 de peuples \u00e0 disposer d\u2019autrui, et qui l\u2019a fait, et pour quel b\u00e9n\u00e9fice. Mais pour l\u2019instant, il est malvenu de poser la question.<\/p>\n<p>Cafouillages<br \/>\nCertains \u201cdirects du Pentagone\u201d de France 2 sentaient l\u2019amateurisme : on voyait par exemple Etienne Leenhardt aviser un passant par hasard et lui taper sur l\u2019\u00e9paule. L\u2019inconnu se retournait, manifestait une surprise enti\u00e8rement affect\u00e9e, r\u00e9pondait \u00e0 la question avant que le journaliste ait fini de la poser (de crainte sans doute d\u2019oublier la r\u00e9ponse qu\u2019il avait pr\u00e9par\u00e9e), on s\u2019apercevait alors que l\u2019interview\u00e9 portait de surcro\u00eet une chemise patriotique assez burlesque, genre \u201cstars and stripes\u201d, qui \u00e9tait certainement la seule raison pour laquelle on l\u2019avait distingu\u00e9 dans la foule. Tout cela faisait un peu piti\u00e9 pour la premi\u00e8re cha\u00eene publique. Quant \u00e0 Daniel Bilalian, cens\u00e9 visionner les reportages de son journal avant de le pr\u00e9senter, il nous a donn\u00e9 du \u00ab Roudi Gouliani \u00bb pendant une demi-heure (pour Rudi Giuliani), alors que tous ses journalistes pronon\u00e7aient le nom correctement. L\u2019oreillette \u00e9tait sans doute en panne\u2026<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3452 paru le 24 Janvier 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Tribu majoritaire<br \/>\nD\u00e9sormais, lorsqu\u2019on f\u00e9licite un producteur de ce qu\u2019il n\u2019a pas fait ses courses \u00e0 Los Angeles ou \u00e0 Sydney, il faut rester prudent car m\u00eame les \u00e9missions qui passent pour franchouillardes (Lagaf) peuvent dissimuler une licence am\u00e9ricaine.<br \/>\nA premi\u00e8re vue, ce n\u2019est pas le cas de Vis ma vie ou de Stars \u00e0 domicile. Les deux id\u00e9es sont intelligentes. La premi\u00e8re pourrait sans doute l\u2019\u00eatre un peu plus, la seconde souffrirait de l\u2019\u00eatre davantage. Dans Vis ma vie, un directeur de salon de coiffure passe une semaine chez un \u00e9leveur de porcs (et inversement), un mondain fr\u00e9quente des motards ou des dockers, une m\u00e8re de neuf enfants fait les boutiques de la place Vend\u00f4me avec un mannequin vedette, etc. La pr\u00e9sence de la cam\u00e9ra est un peu encombrante et les dialogues d\u2019un naturel douteux. Mais le choc est indiscutable. Il divertit et fait r\u00e9fl\u00e9chir. En tout cas, l\u2019\u00e9mission s\u2019est donn\u00e9 pour ambition de r\u00e9duire les pr\u00e9jug\u00e9s entre les diff\u00e9rentes tribus \u2013 terme qu\u2019emploie Thierry Ardisson sur son nouveau plateau, pour dresser, lui, le portrait de la population fran\u00e7aise dans sa diversit\u00e9. Or la diversit\u00e9 dont il nous parle n\u2019affecte qu\u2019un milli\u00e8me de nos contemporains. Les autres sont invit\u00e9s \u00e0 la regarder en silence. La tribu la plus nombreuse en France (et de loin) rassemble des gens qui ne portent pas d\u2019anneaux dans le nez ou de plumes dans le derri\u00e8re. On l\u2019appelle la majorit\u00e9. Elle est silencieuse, mais ce n\u2019est pas par l\u00e2chet\u00e9. C\u2019est par politesse. On y retrouve des gens fort divers eux aussi, mais qui refusent d\u2019infliger leurs particularit\u00e9s \u00e0 leurs contemporains.<br \/>\nL\u2019\u00e9mission Tribus, par son \u00e9talage d\u2019extravagances assez p\u00e9nible, pr\u00e9sent\u00e9 sur un ton docte qui l\u2019est encore plus, a pour objet principal de heurter la majorit\u00e9. Elle le fait, de surcro\u00eet, sur le service public, c\u2019est-\u00e0-dire avec son propre argent. C\u2019est un peu comme si l\u2019on proc\u00e9dait \u00e0 une qu\u00eate aupr\u00e8s des associations religieuses pour doubler la surface d\u2019un sex-shop. Dans le priv\u00e9, on donnerait trois semaines \u00e0 un concept aussi stupide. Mais le secteur public est si d\u00e9mocratique que l\u2019\u00e9mission Tribus peut durer trois ans.<br \/>\nStars \u00e0 domicile a choisi de flatter plut\u00f4t ce qui r\u00e9unit les gens que ce qui les divise. Dans le contexte actuel, c\u2019est \u00e0 la fois plus l\u00e9gitime et moins t\u00e9m\u00e9raire. Il s\u2019agit d\u2019inviter une vedette \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer, par surprise, dans la vie quotidienne d\u2019un de ses admirateurs. Tr\u00e8s orient\u00e9 bourgeoisie moyenne (on ne voit gu\u00e8re de petites gens), ce divertissement ne manque pas d\u2019heureux moments parce que l\u2019\u00e9motion qui s\u2019en d\u00e9gage est plus profonde qu\u2019il n\u2019y para\u00eet d\u2019abord.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de chez Mickey<br \/>\nD\u2019une journaliste de France Info, cette pr\u00e9cision \u00e0 propos d\u2019une localit\u00e9 o\u00f9 l\u2019on d\u00e9plore une disparition : \u00ab Guermantes est un petit village \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Disneyland. \u00bb<br \/>\nC\u2019est connu, l\u2019\u0153uvre de Proust annonce le Roi Lion. Dans le genre cuir, Mme de Saint-Euverte n\u2019e\u00fbt pas fait mieux.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3453 paru le 30 Janvier 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Rien \u00e0 cacher<br \/>\nEnvoy\u00e9 sp\u00e9cial nous d\u00e9crivait r\u00e9cemment un cas exemplaire, celui de l\u2019affaire Gemplus. L\u2019espionnage industriel ne prend m\u00eame plus la peine de se cacher, tant l\u2019ang\u00e9lisme et l\u2019aveuglement sont devenus la r\u00e8gle dans nos rapports avec les Am\u00e9ricains. Chez nous, un auteur peut encore se hisser en t\u00eate des ventes avec un titre du genre De l\u2019antiam\u00e9ricanisme consid\u00e9r\u00e9 comme une maladie mentale. Certes, il y a aussi Apr\u00e8s l\u2019empire, d\u2019Emmanuel Todd, qui conna\u00eet un grand succ\u00e8s, mais peu de gens s\u2019en font l\u2019\u00e9cho dans les m\u00e9dias, pour ne pas attirer l\u2019attention sur les errements de la morale am\u00e9ricaine. On pr\u00e9f\u00e8re produire sous les cam\u00e9ras la parano\u00efa de Jean-Pierre Petit, auteur d\u2019un livre ahurissant sur les armes secr\u00e8tes du Pentagone. Il est venu nous effrayer dans l\u2019\u00e9mission de Bernard Tapie sur le ton : \u201cIls sont d\u00e9j\u00e0 parmi nous.\u201d On ne savait trop s\u2019il parlait des petits hommes verts ou des agents secrets.<br \/>\nOr, quand on y r\u00e9fl\u00e9chit, il n\u2019est pas besoin d\u2019avoir recours aux rumeurs sur la zone 51 pour s\u2019apercevoir que les Am\u00e9ricains ont quelque chose \u00e0 nous cacher. Ce qui devrait nous pr\u00e9occuper, c\u2019est que, pour notre part, nous n\u2019ayons plus aucun secret pour eux. Comme en t\u00e9moigne l\u2019affaire Gemplus, le degr\u00e9 de transparence qu\u2019on nous impose au nom du lib\u00e9ralisme est sans commune mesure avec l\u2019opacit\u00e9 qu\u2019on nous oppose au nom de la raison d\u2019Etat.<\/p>\n<p>Plus de secrets<br \/>\nL\u2019exemple le plus criant, qui n\u2019a fait l\u2019objet pour l\u2019instant d\u2019aucune \u00e9mission, qui laisse nos d\u00e9put\u00e9s indiff\u00e9rents, est celui d\u2019un fournisseur d\u2019acc\u00e8s Internet, une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019origine am\u00e9ricaine qui jouit du privil\u00e8ge exorbitant de pouvoir envoyer \u00e0 l\u2019\u00e9tranger les courriers, les relev\u00e9s de connexion, les informations marketing, en somme tout ce qui s\u2019\u00e9change sous sa banni\u00e8re et sur notre territoire. Il suffit de demander ce qu\u2019on appelle un traceroute pour s\u2019aviser que la m\u00e9nag\u00e8re du Havre qui commande \u00e0 La Redoute, le scientifique de Grenoble qui adresse un rapport \u00e0 douze coll\u00e8gues du CNRS, et jusqu\u2019\u00e0 votre serviteur lorsqu\u2019il envoie sa chronique de la semaine, font un d\u00e9tour par\u2026 la ville de Reston, en Virginie. La soci\u00e9t\u00e9 a d\u2019ailleurs l\u2019honn\u00eatet\u00e9 de vous en pr\u00e9venir. Non seulement par contrat, mais parce qu\u2019elle pratique la transparence : la preuve, elle est le deuxi\u00e8me fournisseur d\u2019acc\u00e8s en France, mais elle s\u2019appelle toujours America Online.<\/p>\n<p>Destins felliniens<br \/>\nL\u2019\u00e9mission le Plus Grand Cabaret du monde pr\u00e9sente depuis plusieurs ann\u00e9es ce qu\u2019on appelle des num\u00e9ros internationaux, notamment gr\u00e2ce \u00e0 la multiplication des artistes venus de l\u2019Est. En voil\u00e0 qui n\u2019ont que leur talent pour conqu\u00e9rir le monde. Au cours de l\u2019hommage rendu \u00e0 deux magiciens disparus, on a pu \u00e9prouver la po\u00e9sie de ces destins<br \/>\nfelliniens qui s\u2019interrompent sur un coup de chapeau et qui nous rappellent au n\u00f4tre, un peu abruptement.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3454 paru le 7 F\u00e9vrier 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Un temps pour tout<br \/>\nS\u2019il en \u00e9tait besoin, l\u2019histoire d\u2019AZF prouverait qu\u2019il y a un temps pour tout, et surtout pour avoir raison. On nous expliquera bient\u00f4t que le public n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9par\u00e9, il y a un an, \u00e0 lire les rapports d\u2019expertise, \u00e0 affronter l\u2019\u00e9vidence d\u2019une d\u00e9rive conformiste du syst\u00e8me m\u00e9diatico-judiciaire. Le peuple n\u2019\u00e9tait pas m\u00fbr pour entendre parler d\u2019aveuglement, de v\u00e9rit\u00e9s recommand\u00e9es, de recherche d\u2019un coupable id\u00e9al, d\u2019instruction men\u00e9e sur des mots d\u2019ordre orient\u00e9s \u00e0 propos des \u201cprofits\u201d plus que sur les faits.<br \/>\nCe n\u2019est pas le seul sujet sur lequel Valeurs Actuelles aura tourn\u00e9 le dos \u00e0 la pens\u00e9e unique. Il y eut aussi le r\u00f4le social n\u00e9gatif de la s\u00e9rie Taxi \u00e0 propos duquel on pouvait lire dans cette humble chronique : \u00ab Un pays qui laisse tourner et vendre des films o\u00f9 l\u2019on circule dans les rues de Paris \u00e0 200 \u00e0 l\u2019heure a-t-il le droit de se plaindre que les voyous fassent la course le samedi sur les bretelles d\u2019autoroute ? \u00bb<br \/>\nC\u2019\u00e9tait il y a dix-huit mois. A cette \u00e9poque-l\u00e0, remettre en question le degr\u00e9 de civilisation v\u00e9hicul\u00e9 par la mythologie Taxi relevait de la provocation r\u00e9actionnaire. La plupart des magazines consacraient des doubles pages \u00e0 la voiture et au film. M\u00eame dans les journaux conservateurs, le nombre d\u2019entr\u00e9es des produits Besson semblait justifier \u00e0 lui seul des sc\u00e8nes comme celle o\u00f9 le h\u00e9ros avance \u00e0 la hauteur d\u2019une voiture de police \u00e0 bord de son propre v\u00e9hicule et lance \u00e0 ses occupants : \u00ab Alors, \u00e7a va, les p\u2019tits p\u00e9d\u00e9s ? \u00bb<br \/>\nTant qu\u2019on y est, prenons date pour les revirements futurs : c\u2019est ici aussi que l\u2019on d\u00e9non\u00e7ait les jeux vid\u00e9o o\u00f9 l\u2019on torture ses adversaires. C\u2019est ici que l\u2019on r\u00e9clamait de soigner la tentation de la violence au stade de la maternelle.<\/p>\n<p>La mode change<br \/>\nSous la pression des \u00e9v\u00e9nements, la mode est en train de changer. VSD prend la t\u00eate d\u2019une croisade antiviolence routi\u00e8re \u00e0 propos de la sortie de Taxi 3. M 6 organise une soir\u00e9e sp\u00e9ciale. France 2 nous inflige un genre de Grand Echiquier \u00e0 la sauce pr\u00e9vention routi\u00e8re. Que se passe-t-il ?<br \/>\nC\u2019est tout simple, les promoteurs de la violence au cin\u00e9ma, de l\u2019esth\u00e9tique d\u00e9jant\u00e9e sont en train de subtiliser le discours de la raison \u00e0 ceux qui le tiennent d\u00e9j\u00e0 depuis vingt ans. L\u2019opinion publique r\u00e9clame plus de civisme, d\u2019ordre et de sagesse. Les gens commencent \u00e0 s\u2019apercevoir qu\u2019il n\u2019est pas indiff\u00e9rent d\u2019infliger tant de laideurs aux enfants, de traiter les p\u00e8res comme des toutous dans la publicit\u00e9, de rendre les adultes ridicules, les institutions ha\u00efssables, les hommes politiques cupides, etc.<br \/>\nIl devient donc urgent de doubler ceux qui l\u2019avaient bien dit. Comment faire ? Il suffit de le dire \u00e0 leur place afin de ne pas avoir \u00e0 leur c\u00e9der le micro. Pour s\u2019arroger la paternit\u00e9 d\u2019un discours qu\u2019on n\u2019a jamais tenu, il ne suffit pas d\u2019en d\u00e9pouiller les auteurs, il faut occuper le terrain. Certains s\u2019y entendent \u00e0 merveille, mais pour combien de temps ?<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3455 paru le 14 F\u00e9vrier 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Icare et les \u201csunlights\u201d<br \/>\nL\u2019un des ph\u00e9nom\u00e8nes les plus constants des dix derni\u00e8res ann\u00e9es \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision est le besoin de faire acc\u00e9der n\u2019importe qui \u00e0 la gloire en quelques jours, comme la berg\u00e8re acc\u00e8de au ch\u00e2teau royal, ou le crapaud \u00e0 la fille du roi, dans les contes de Grimm. Or le fond de morale qui subsiste en chacun de nous veut s\u2019entendre rappeler que les contes de f\u00e9es sont une illusion, principe qu\u2019ont bien compris les \u201cgens des m\u00e9dias\u201d puisqu\u2019apr\u00e8s avoir promu les nouvelles gloires ils les descendent, avant de leur tendre le micro sur le ton : \u201cQue vous est-il arriv\u00e9 ?\u201d ou, pire encore : \u201cIl nous revient avec un nouveau spectacle apr\u00e8s dix ans de gal\u00e8re.\u201d<br \/>\nJean Roucas vient de faire l\u2019objet de ce traitement dans l\u2019\u00e9mission de Julien Courbet.<br \/>\n\u00ab Il \u00e9tait au sommet, il vendait des millions de disques, tout s\u2019est \u00e9croul\u00e9 dans sa vie, il est avec nous sur ce plateau \u00bb (Applaudissements).<br \/>\nSoyons justes, le concept a \u00e9t\u00e9 largement exploit\u00e9 aussi par Thierry Ardisson, Mireille Dumas et les autres, mais pourquoi avec tant d\u2019insistance ? Parce qu\u2019apr\u00e8s avoir promu, f\u00eat\u00e9, adul\u00e9 une vedette il faut donner au peuple son content de retour \u00e0 la morale en montrant que le chanteur \u201ca pris la grosse t\u00eate\u201d, qu\u2019il a donc tr\u00e9buch\u00e9 et que tout est rentr\u00e9 dans l\u2019ordre. C\u2019est alors seulement que l\u2019identification, cl\u00e9 de l\u2019Audimat et des recettes publicitaires, peut fonctionner \u00e0 fond. Observons cependant que la fable \u00e9ternelle du voyage d\u2019Icare tend \u00e0 nous \u00eatre projet\u00e9e en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, de sorte que nous n\u2019aurons bient\u00f4t plus qu\u2019un condens\u00e9 de l\u2019ascension et de la chute, qui se d\u00e9roulera sous nos yeux pratiquement en direct. C\u2019est Reine d\u2019un jour \u00e0 la sauce Starac. Prenez Jean-Pascal, l\u2019antih\u00e9ros de la Star Academy n\u00b0 1. Nous apprenons en ce moment (non sans satisfaction) que sa tourn\u00e9e fait un bide. Son personnage commence \u00e0 lasser \u201cgrave, et m\u00eame limite super-grave\u201d, comme dit son public. On peut donc s\u2019attendre \u00e0 ce que la production de TF 1, avant la fin de l\u2019ann\u00e9e, organise un \u201csp\u00e9cial d\u00e9ch\u00e9ance de Jean-Pascal\u201d. Celui qui se fait appeler Jip\u00e9 viendra analyser les cons\u00e9quences de son humour \u00e0 la Cantona. On lui donnera une chance de faire un come-back avec un dernier single, il promettra en vain de s\u2019amender et hop ! rendez-vous dans dix ans, quand il sera devenu agent immobilier. En attendant, vous pouvez consulter le chapelet de ses idioties sur le site de ses d\u00e9tracteurs : http:\/\/membres.lycos.fr\/jpascal2\/<\/p>\n<p>Cro-Magnon<br \/>\nIncidemment une \u00e9mission r\u00e9cente me revient en m\u00e9moire : un \u201cb\u00eatisier du direct\u201d o\u00f9 justement Cantona prenait \u00e0 partie deux journalistes sur un plateau, \u00e0 l\u2019aide d\u2019un vocabulaire du genre \u201cj\u2019te pisse \u00e0 la raie, toi\u201d (sic). Cette s\u00e9quence (applaudie chez Arthur) en dit long sur le degr\u00e9 de complaisance des m\u00e9dias \u00e0 l\u2019\u00e9gard des invit\u00e9s dont le QI rel\u00e8ve des travaux d\u2019Yves Coppens. Nous ne manquerons pas le come-back de Cantona chez Courbet, d\u00e8s qu\u2019il aura effectu\u00e9 ses dix ans de gal\u00e8re.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3456 paru le 21 F\u00e9vrier 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Revue de mauvaise presse<br \/>\nQuand on pratique suffisamment l\u2019Am\u00e9rique pour se garder des pratiques am\u00e9ricaines, quand on comprend l\u2019anglais sans toujours comprendre les Anglais, on passe en ce moment des apr\u00e8s-midi formidables devant la t\u00e9l\u00e9vision. Des apr\u00e8s-midi, parce que le d\u00e9calage horaire oblige \u00e0 regarder les chroniques de Fox News aux heures de bureau. A moins qu\u2019on ne veille au-del\u00e0 de minuit, pour assister aux impr\u00e9cations de Bill O\u2019Reilly, sorte de p\u00e8re Fouettard \u00e0 la sauce Stars and Stripes.<br \/>\nNous faisons l\u2019objet sur les ondes am\u00e9ricaines d\u2019un tir nourri et convergent. Les diatribes se rapportent pour la plupart \u00e0 notre dette historique apr\u00e8s la chute du nazisme, mais on voit se dessiner un autre sujet d\u2019aigreur \u00e0 propos de la France : la question qui revient souvent n\u2019est pas \u201cQu\u2019est-ce qui lui prend ?\u201d mais \u201cPour qui se prend-elle ?\u201d<br \/>\nNotre pays joue les redresseurs de torts, nous dit-on, mais pour que l\u2019offense soit per\u00e7ue comme si grande, il faut qu\u2019il y ait des torts. La contre-attaque est si vive qu\u2019on pourrait croire que le monde m\u00e9diatique am\u00e9ricain est install\u00e9 dans une v\u00e9rit\u00e9 totalitaire. Afin de nous convaincre davantage de notre erreur (pour un peu, on nous dirait qu\u2019elle rel\u00e8ve de la psychiatrie), on nous cite les Etats europ\u00e9ens qui ont apport\u00e9 leur soutien \u00e0 George W. Bush. Et comme par hasard, les plus obligeants d\u2019entre eux ach\u00e8tent leurs avions de chasse \u00e0 Washington.<br \/>\nCharles Krauthammer, \u00e9ditorialiste \u00e0 Fox, ne voit aucun inconv\u00e9nient \u00e0 ce qu\u2019on mette la France au ban des nations, car notre pays est selon lui coupable d\u2019avoir \u201cprovoqu\u00e9\u201d le sien.<br \/>\nQuant \u00e0 O\u2019Reilly, qui pr\u00e9sente un billet quotidien \u00e0 20 h 30, il appelle carr\u00e9ment \u00e0 faire le si\u00e8ge de l\u2019ambassade et de toutes les repr\u00e9sentations fran\u00e7aises.<br \/>\nNotre ambassadeur fut d\u2019ailleurs convoqu\u00e9 sur PBS (l\u2019Arte am\u00e9ricain) pour justifier notre position ; t\u00e2che dont il s\u2019est acquitt\u00e9 avec un flegme qu\u2019on ne manquera pas de trouver arrogant, car nous sommes en pleine spirale antifran\u00e7aise : le New York Times propose carr\u00e9ment \u00e0 ses lecteurs un \u201cglossaire de la francophobie\u201d et Chirac est trait\u00e9 de \u201cpygm\u00e9e\u201d par le Wall Street Journal.<\/p>\n<p>Sourire non compris<br \/>\nL\u2019\u00e9mission Compl\u00e9ment d\u2019enqu\u00eate s\u2019est pench\u00e9e sur une autre mauvaise presse, celle des Antilles fran\u00e7aises, qui souffrent en ce moment de la comparaison avec la R\u00e9publique dominicaine. Les cam\u00e9ras de France 2 ont suivi une famille de vacanciers de Bar-le-Duc dans un h\u00f4tel tout-compris. Le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est que l\u2019\u00e9quivalent en Guadeloupe n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 forc\u00e9ment assorti du m\u00eame sourire. Les dol\u00e9ances du groupe Accor n\u2019ont fait qu\u2019ent\u00e9riner une d\u00e9rive qu\u2019un bon million de vacanciers m\u00e9tropolitains avaient d\u00e9j\u00e0 constat\u00e9e sur place et qui, dans la France socialiste sourcilleuse des ann\u00e9es 1980, se r\u00e9sumait en priv\u00e9 par la phrase : \u201cOn ne peut plus rien leur dire.\u201d<br \/>\nA force de ne plus rien pouvoir leur dire, on n\u2019y va plus.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3457 paru le 28 F\u00e9vrier 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Madame de<br \/>\nCommentaire admiratif d\u2019un reportage sur Mme de Fontenay : \u00ab Genevi\u00e8ve conduit sa voiture avec dext\u00e9rit\u00e9. \u00bb Vous vous rendez compte ? Madame conduit \u201celle-m\u00eame\u201d sa voiture, et de surcro\u00eet avec dext\u00e9rit\u00e9 ! L\u2019\u00e9mission de Mireille Dumas nous a inflig\u00e9 le dix-huiti\u00e8me portrait de l\u2019imp\u00e9ratrice du tour de taille, en lui posant des questions du genre : \u00ab Le c\u00f4t\u00e9 vieille France-bonnes mani\u00e8res, vous n\u2019avez pas trop de mal \u00e0 l\u2019imposer ? \u00bb<br \/>\nIl suffisait d\u2019\u00e9couter l\u2019\u00e9mission du fond de son salon pour se rendre compte, \u00e0 l\u2019oreille, du ridicule de cette question. Car la voix gouailleuse et tra\u00eenante de Mme de Fontenay ne plaide pas pour la vieille France stricto sensu, \u00e0 moins qu\u2019on ne parle de celle de Marcel Carn\u00e9 ou de Pierre Mac Orlan. Non plus que sa tenue vestimentaire : voil\u00e0 trente ans qu\u2019elle semble appr\u00eat\u00e9e pour le Derby d\u2019Epsom dans le film My Fair Lady, o\u00f9 les dames affectent l\u2019\u00e9l\u00e9gance anglaise pour flatter l\u2019imagination am\u00e9ricaine. Quant au penchant de Genevi\u00e8ve de Fontenay pour Arlette Laguiller, il n\u2019\u00e9voque pas non plus la France des ch\u00e2teaux mais plut\u00f4t celle des plateaux.<\/p>\n<p>Chienne de vie<br \/>\nSur la cha\u00eene voisine, \u00e0 la m\u00eame heure, des histoires de ma\u00eetres domin\u00e9s par leurs chiens nous rappellent de mani\u00e8re anecdotique mais inqui\u00e9tante que les hommes ont perdu les r\u00e8gles de la hi\u00e9rarchie, tandis que les animaux, eux, en ont gard\u00e9 l\u2019usage. En d\u2019autres termes, les animaux connaissent le moyen de reconna\u00eetre le dominant et le domin\u00e9 afin d\u2019asseoir une vie communautaire pacifique. Et quand, dans une relation entre l\u2019homme et le chien, pour ob\u00e9ir \u00e0 une mode sociale ha\u00efssable, l\u2019homme d\u00e9cide d\u00e9sormais de ne rien imposer \u00e0 l\u2019animal pour ne pas jouer les r\u00e9actionnaires, le chien montre les dents parce qu\u2019il n\u2019a pas les m\u00eames valeurs en politique.<\/p>\n<p>Vertige instantan\u00e9<br \/>\nVue dans Strip-Tease, une jeune femme de vingt ans qui quittait sa m\u00e8re pour se mettre en m\u00e9nage avec un jeune Corentin, un petit brun \u00e0 casquette qu\u2019on devinait d\u2019origine maghr\u00e9bine en d\u00e9pit de son pr\u00e9nom. On soup\u00e7onnait qu\u2019il s\u2019agissait peut-\u00eatre d\u2019un enfant adopt\u00e9, ou n\u00e9 dans une famille ultra-int\u00e9gr\u00e9e, mais soudain l\u2019\u00e9mission, dont c\u2019est le principe, nous livrait un instantan\u00e9 qui donnait le vertige. La jeune fille disait se m\u00e9fier du mariage. \u00ab Tout de m\u00eame, r\u00e9pondait Corentin, il nous faudrait en discuter plus s\u00e9rieusement, parce que dans ma religion, le mariage c\u2019est sacr\u00e9. \u00bb<br \/>\n\u00ab Ta religion ? s\u2019\u00e9criait-elle. Mais tu n\u2019en as aucune, ne fais pas ton malin. \u00bb Et en quelques secondes, on comprenait qu\u2019en effet, il n\u2019avait probablement aucune religion, et qu\u2019il se r\u00e9f\u00e9rait au caract\u00e8re sacr\u00e9 du mariage pour plaire aux musulmans et parce que la cam\u00e9ra tournait.<br \/>\nVoil\u00e0 qui n\u2019annonce rien de bon pour la la\u00efcit\u00e9 dans la vie sociale des g\u00e9n\u00e9rations futures.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3458 paru le 7 Mars 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Semaine italienne<br \/>\nTrois amis transalpins m\u2019auront incit\u00e9, cette semaine, \u00e0 exploiter l\u2019extraordinaire vari\u00e9t\u00e9 des cha\u00eenes italiennes sur TPS et \u00e0 zapper de Rome \u00e0 Milan presque chaque soir. Impression g\u00e9n\u00e9rale : leur spontan\u00e9it\u00e9 laisse pantois. (Chez nous, \u00e0 l\u2019exception des \u00e9missions politiques, Marc-Olivier Fogiel est \u00e0 peu pr\u00e8s le seul \u00e0 prendre le risque du direct comme on l\u2019a vu face \u00e0 Alain Delon, lequel ne d\u00e9daigne pas ce genre d\u2019exercice et s\u2019en est fort bien tir\u00e9.)<br \/>\nMa d\u00e9couverte est une \u00e9mission de Canale 5 nomm\u00e9e Stricia la Notizia (\u201cNouvelles br\u00e8ves\u201d), qui propose tous les soirs un commentaire de l\u2019actualit\u00e9 sous un angle divertissant. D\u2019abord, elle a recours \u00e0 deux pr\u00e9sentatrices en string qui rel\u00e8vent l\u2019int\u00e9r\u00eat du journal en montant sur le bureau pour jouer les cariatides de l\u2019information. Ensuite, l\u2019un des journalistes poss\u00e8de un aimable petit chien, Willy, qui se prom\u00e8ne lui aussi sur le bureau de temps \u00e0 autre, ce qui fait beaucoup de monde, car derri\u00e8re le bureau il y a les duettistes Greggio et Iacchetti, qui pratiquent un humour \u00e0 la Vialatte.<br \/>\nLe clou du spectacle est l\u2019attribution du Tapir d\u2019or. Derri\u00e8re le d\u00e9cor, sur une \u00e9tag\u00e8re, on voit des statuettes stylis\u00e9es comme un oscar hollywoodien repr\u00e9sentant cet animal qui ne passe pas pour un ph\u00e9nix chez les mammif\u00e8res.<br \/>\nLe champion de la sottise une fois d\u00e9sign\u00e9, un journaliste lui tombe dessus pour lui remettre son Tapir d\u2019or sous la cam\u00e9ra. Certains protestent, d\u2019autres essaient de faire bonne figure, la m\u00e9saventure ressemble aux \u201centartages\u201d, en moins bref mais en plus cruel. (Alberto Tomba, le champion de ski, vient d\u2019\u00eatre r\u00e9compens\u00e9 pour avoir falsifi\u00e9 grossi\u00e8rement la date de son passeport apr\u00e8s une rebuffade \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Rome. Et le ministre de la Culture italien pour avoir confondu Michel-Ange et Rapha\u00ebl.)<br \/>\nOn se prend \u00e0 imaginer qui, chez nous, m\u00e9riterait le Tapir du jour. L\u2019actualit\u00e9 politique et la vie des m\u00e9dias fourmillent de candidats, mais j\u2019aimerais sugg\u00e9rer, au d\u00e9bott\u00e9, le nom d\u2019Evelyne Thomas.<\/p>\n<p>Tapir de platine<br \/>\nJe lui d\u00e9cernerais m\u00eame le Tapir de platine incrust\u00e9 de diamants pour son num\u00e9ro de C\u2019est mon choix intitul\u00e9 : \u201cSon p\u00e8re a choisi un homme pour elle, va-t-elle craquer pour lui ?\u201d, sorte de r\u00e9\u00e9dition de Tournez man\u00e8ge \u00e0 la sauce psy. En r\u00e9sum\u00e9, il s\u2019agit pour une jeune fille de choisir son fianc\u00e9 parmi une douzaine de jeunes gens qui doivent plaire \u00e0 son p\u00e8re\u2026 L\u2019\u00e9mission est une singerie des \u00e9tapes sociales qui pr\u00e9ludent au mariage, film\u00e9es en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 sur le ton du Maillon faible et pr\u00e9sent\u00e9es par une femme dont la popularit\u00e9 ne laisse pas d\u2019inqui\u00e9ter.<br \/>\nPourquoi ? parce qu\u2019elle ressemble \u00e0 Martine Aubry. Une Martine Aubry qui aurait chang\u00e9 de coiffeur, qui travaillerait \u00e0 l\u2019oreillette pour corriger ses fautes de fran\u00e7ais (la vraie ne s\u2019y est jamais r\u00e9solue) et qui se prendrait pour une missionnaire de la modernit\u00e9 sous pr\u00e9texte que les sondages lui sont favorables.<\/p>\n<p>Christian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3459 paru le 14 Mars 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>T\u00e9l\u00e9vision domestique<br \/>\nOn se demande quelle pudeur a saisi Edwy Plenel \u00e0 l\u2019instant d\u2019organiser la d\u00e9fense de son journal et celle de ses coaccus\u00e9s dans l\u2019affaire du livre de P\u00e9an-Cohen. Oui, on se demande pourquoi il a \u00e9prouv\u00e9 le besoin de se faire inviter par Guillaume Durand, puisqu\u2019il nous a donn\u00e9 la preuve, en maintes circonstances, qu\u2019il lui suffisait d\u2019organiser un d\u00e9bat \u00e0 la d\u00e9votion de ses th\u00e8ses sur LCI, dans l\u2019\u00e9mission qu\u2019il dirige (le Monde des id\u00e9es), et d\u2019y convier \u00e0 la fois Alain Minc et Jean-Marie Colombani. Ils auraient pu se livrer sous son regard p\u00e9tillant de malicieuse indulgence \u00e0 une discussion hautement contradictoire sur le ton : \u201cCe qu\u2019il y a d\u2019inadmissible dans le livre de P\u00e9an, etc.\u201d \u2013 \u00e0 quoi l\u2019autre aurait r\u00e9pondu : \u201cJe ne suis pas du tout d\u2019accord avec vous, ce n\u2019est pas inadmissible, c\u2019est scandaleux.\u201d<br \/>\nCeux qui ne croient pas qu\u2019une telle mascarade soit possible en France n\u2019ont jamais vu le Monde des id\u00e9es, cette \u00e9mission de t\u00e9l\u00e9achat id\u00e9ologique que le monde m\u00e9diatique envie \u00e0 LCI, au point que Guillaume Durand \u00e9tait tout content, l\u2019autre soir, de s\u2019inspirer des m\u00eames m\u00e9thodes dans Campus en invitant un journaliste du Nouvel Observateur et un chroniqueur de Marianne \u00e0 mettre le triumvirat du Monde sur le gril. Vous parlez d\u2019un gril. Quelqu\u2019un aurait d\u00fb s\u2019excuser d\u2019avoir oubli\u00e9 les allumettes.<br \/>\nIl ne s\u2019agit pas ici de commenter l\u2019affaire sur le fond. Malgr\u00e9 le livre, elle est loin d\u2019\u00eatre instruite. Mais il est permis de commenter la forme. On a le droit de souligner le r\u00f4le douteux que joue Campus, depuis sa cr\u00e9ation, dans le relais t\u00e9l\u00e9visuel des pr\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires du Monde. Une n\u00e9buleuse de sp\u00e9cialistes du \u201ccoup de c\u0153ur\u201d s\u2019est constitu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cran au fil des ans. Elle promeut toujours les m\u00eames livres, les m\u00eames th\u00e8ses, les m\u00eames auteurs. Dans le cas d\u2019Alain Minc, l\u2019affaire est encore plus caricaturale puisque la condamnation dont il a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet pour plagiat est pass\u00e9e sous silence d\u2019un accord unanime. Certes, elle n\u2019est pas la seule \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e dans les dix derni\u00e8res ann\u00e9es, mais elle est la plus grave. L\u2019omnipr\u00e9sence de l\u2019auteur sur les plateaux permet de souligner combien la domestication de la t\u00e9l\u00e9vision est un fait historique. Quand on se souvient des d\u00e9buts de Guillaume Durand et de la campagne d\u2019affichage qui vantait son insolence sur La Cinq, on s\u2019esclaffe.<\/p>\n<p>Le cormoran et l\u2019olivier<br \/>\nOn s\u2019esclaffe aussi devant les acrobaties des journalistes pour trouver une sortie de reportage. Maryse Burgos, \u00e0 Bagdad, en concluant un sujet sur la guerre, n\u2019a rien trouv\u00e9 de mieux que de faire une allusion appuy\u00e9e \u00e0 la colombe de la paix pendant que l\u2019op\u00e9rateur filmait, dans les bras d\u2019un enfant\u2026 un cormoran de trente centim\u00e8tres ! A ce degr\u00e9 d\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s, on peut imaginer n\u2019importe quoi : tourner un sujet sur le Kowe\u00eft \u00e0 Marseille, par exemple. Ou faire passer Campus pour une \u00e9mission impertinente.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3508 paru le 20 F\u00e9vrier 2004<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Acte manqu\u00e9<br \/>\nNous avons appris que la r\u00e9daction de France 2 bl\u00e2mait sa direction au motif que cette derni\u00e8re aurait commis une erreur dans l\u2019affaire Jupp\u00e9. Lorsqu\u2019Olivier Mazerolle (qui n\u2019a pas vraiment la t\u00eate d\u2019un \u00e9tourdi) laisse annoncer le \u201cretrait progressif\u201d d\u2019Alain Jupp\u00e9, c\u2019est donc par inadvertance. Et la r\u00e9daction tout enti\u00e8re dans son communiqu\u00e9 pr\u00e9tend y voir \u00ab un effet pervers de la course \u00e0 l\u2019audience \u00bb.<br \/>\nEt si cette histoire relevait plut\u00f4t de ce qu\u2019on d\u00e9signe en psychiatrie un acte manqu\u00e9 ? Certaines inadvertances expriment parfois un v\u0153u cach\u00e9 (en l\u2019occurrence celui qu\u2019Alain Jupp\u00e9 quitte la vie publique). Qui s\u2019\u00e9tonnerait de voir France 2 devancer les faits sur ce th\u00e8me ? La partialit\u00e9 de la cha\u00eene explique, depuis longtemps, la faible audience de ses journaux. (Souvenons-nous par exemple de ses comptes rendus de campagne en faveur d\u2019Al Gore.) Cette t\u00e9l\u00e9vision, pay\u00e9e par le peuple en son entier, flatte les pr\u00e9f\u00e9rences politiques de la seule moiti\u00e9 qui l\u2019int\u00e9resse. Le soir de la motion de d\u00e9fiance, l\u2019\u00e9quipe du journal s\u2019est d\u2019ailleurs offert le luxe d\u2019un silence stalinien, illustrant davantage encore la r\u00e9alit\u00e9 de ce qu\u2019on lui reproche et la profondeur du changement qui s\u2019impose.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3460 paru le 21 Mars 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Le lundi au soleil<br \/>\nCertains soirs, on commet l\u2019imprudence de lire son journal en regardant la t\u00e9l\u00e9vision par-dessus ses lunettes. On \u00e9coute trois mesures d\u2019une chanson et on passe une heure \u00e0 r\u00eavasser devant un scintillement de paillettes, incapable de lire, de se lever, de couper le poste\u2026<br \/>\nLa soir\u00e9e sp\u00e9ciale de TF 1 consacr\u00e9e \u00e0 Claude Fran\u00e7ois suscitait une vague nostalgie. Nostalgie ne veut pas dire regret. Il n\u2019y a pas lieu de regretter cette \u00e9poque ridicule mais, pour nombre d\u2019entre nous, les ann\u00e9es 1970 ont \u00e9t\u00e9 des ann\u00e9es de jeunesse. Nous avions beau maudire l\u2019insignifiance des vari\u00e9t\u00e9s, pr\u00e9f\u00e9rer tout et n\u2019importe quoi au vacarme des 45 tours, force est de constater que les chansons de Claude Fran\u00e7ois s\u2019accrochent aux moindres \u00e9pisodes de notre vie comme les graines de bardane aux manches des pull-overs. Le matraquage musical comporte les m\u00eames effets que son \u00e9quivalent id\u00e9ologique. Au moment o\u00f9 nous apprenons que 40 % des Russes trouvent Staline pas si mal, nous nous prenons \u00e0 fredonner le Lundi au soleil qui nous rappelle la France o\u00f9 les patrons roulaient en DS et les ouvriers en Simca.<br \/>\nLa chansonnette \u00e0 la Clo-Clo a disparu, comme le \u201ctut-tut-tut\u201d de la recherche du correspondant t\u00e9l\u00e9phonique, le \u201cding\u201d des portes de m\u00e9tro, les V\u00e9losolex, les Mobylette bleues, le caf\u00e9 Mokarex et le V\u00e9g\u00e9cao. D\u00e9sormais, c\u2019est la chanson marketing qui tient le pompon. Le producteur est devenu chef de produit. L\u2019un des rares m\u00e9rites de la r\u00e9trospective pr\u00e9sent\u00e9e sur TF 1 \u00e9tait de faire d\u00e9filer les t\u00eates de gondole d\u2019aujourd\u2019hui comme interpr\u00e8tes des \u201cclo-cloteries\u201d d\u2019hier : de Priscilla, gamine extr\u00eamement p\u00e9nible qui commence toutes ses phrases par moi je, aux candidats de la Star Academy qui r\u00e9p\u00e8tent : \u00ab C\u2019est clair quoi \u00bb, on avait l\u2019impression d\u2019une continuit\u00e9 parfaite avec la d\u00e9marche du h\u00e9ros posthume de la soir\u00e9e. Claude Fran\u00e7ois, fondateur d\u2019un magazine nomm\u00e9 Podium, visait d\u00e9j\u00e0, en 1978, les analphab\u00e8tes de treize ans \u00e9perdus de fascination pour les stars, les bombardait de wow, de tutoiements, de questionnaires pour d\u00e9signer la \u201csuper-fav\u201d (favorite). Il a compt\u00e9, dans ses derni\u00e8res ann\u00e9es, parmi les marchands de renomm\u00e9e les plus cyniques. Il fut l\u2019un des pr\u00e9curseurs du syst\u00e8me o\u00f9 les adolescents croient qu\u2019il n\u2019y a plus qu\u2019une seule fa\u00e7on d\u2019\u00eatre aim\u00e9, c\u2019est de devenir c\u00e9l\u00e8bre. Alors nostalgie, oui, peut-\u00eatre, mais reconnaissance certainement pas !<\/p>\n<p>SOS imp\u00f4ts<br \/>\nVu chez Jean-Marc Sylvestre sur LCI, Robert Matthieu, ancien apparatchik du syst\u00e8me fiscal fran\u00e7ais, qui fait une seconde carri\u00e8re en permettant au grand public de d\u00e9jouer les abus des contr\u00f4leurs. Il \u00e9tait venu parler de son livre SOS imp\u00f4ts, o\u00f9 l\u2019on peut lire notamment : \u00ab La loi sur la d\u00e9lation r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e sort tout droit du marais, du sordide, de la m\u00e9diocrit\u00e9 humaine. \u00bb Voil\u00e0 un sujet qu\u2019on n\u2019a gu\u00e8re abord\u00e9 chez Delarue ce me semble, et qui ne tente pas non plus Julien Courbet.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3461 paru le 28 Mars 2003<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Concours g\u00e9n\u00e9ral particulier<br \/>\n\u00ab Ma sp\u00e9cialit\u00e9 sera le scoutisme \u00bb, annonce un \u00e9l\u00e8ve de troisi\u00e8me intimid\u00e9 par les projecteurs. Les autres d\u00e9filent en clignant des yeux dans la lumi\u00e8re. Ils \u00e9noncent \u00e0 leur tour leur sp\u00e9cialit\u00e9 : les jeux de soci\u00e9t\u00e9, les \u0153uvres de Tolkien, les Beatles, Tintin. En fin de liste, un adolescent s\u2019annonce sp\u00e9cialiste de mythologie \u00e9gyptienne et un autre des Incas. Ils se sentent un peu g\u00ean\u00e9s, forc\u00e9ment, au milieu de tous ces \u00e9rudits \u00e0 la mode nouvelle, imbattables sur les groupes de rock et les championnats de foot. Par chance, ils sont \u00e9limin\u00e9s tout de suite, sur des questions du genre \u201ccompl\u00e9tez le refrain de la chanson de Jean-Pascal\u201d. Oui, vous avez bien lu, pour avoir le droit de rivaliser de culture avec les finalistes du Grand Concours des enfants, il fallait savoir des choses aussi indispensables et universelles que celle-l\u00e0. (Pour ceux qui n\u2019auraient pas suivi, Jean-Pascal est ce gar\u00e7on qui a \u00e9t\u00e9 propuls\u00e9 par le public jusqu\u2019\u00e0 la finale de Star Academy, malgr\u00e9 des dispositions assez rares, je veux dire d\u2019une telle raret\u00e9 qu\u2019on les a cherch\u00e9es en vain pendant dix semaines. On lui a \u00e9crit une chanson, un tube de plage pour cerveaux spongiformes, et c\u2019est donc sur les paroles de ce chef-d\u2019\u0153uvre que les vingt-quatre candidats au concours g\u00e9n\u00e9ral fa\u00e7on TF 1 ont d\u00fb plancher pour franchir le premier tour.)<br \/>\nCarole Rousseau, la pr\u00e9sentatrice, avait ouvert l\u2019\u00e9mission sur les mots : \u00ab Il est temps de c\u00e9l\u00e9brer l\u2019intelligence et la connaissance. \u00bb On a esp\u00e9r\u00e9 l\u2019une et l\u2019autre en vain toute la soir\u00e9e. Chaque candidat est venu d\u00e9biter un discours liminaire fa\u00e7on Miss France, et je ne r\u00e9siste pas au cruel plaisir de vous citer celui-ci : \u00ab J\u2019pense que les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir auront encore plus besoin de savoir des choses que nous. \u00bb<br \/>\n\u00c7a para\u00eet \u00e9vident, ne f\u00fbt-ce que par instinct de conservation, mais est-on vraiment sur la bonne voie ? Parmi les finalistes, il y a eu un sp\u00e9cialiste des Beatles et un de Tintin. Je ne me souviens plus de la sp\u00e9cialit\u00e9 de la gagnante, mais une chose est certaine, ce n\u2019\u00e9tait ni la peinture baroque, ni la vie de Gabriel Faur\u00e9. A la question : \u00ab Est-ce que tu pensais que tu serais laur\u00e9ate ? \u00bb, elle a r\u00e9pondu : \u00ab J\u2019sais pas, j\u2019r\u00e9alise pas, de toute fa\u00e7on. \u00bb Nous non plus.<\/p>\n<p>Peloton de marine<br \/>\nAu journal de TF 1, le 19 mars, un banc-titre int\u00e9ressant : \u201cles fusill\u00e9s marins britanniques\u201d. Le 20 Heures doit recruter ses stagiaires parmi les laur\u00e9ats du Grand Concours des enfants.<\/p>\n<p>Un dimanche comme les autres<br \/>\nPrime time sur les trois cha\u00eenes principales, l\u2019autre dimanche : TF 1, Une journ\u00e9e en enfer (les chantages d\u2019un maniaque de l\u2019explosif en milieu urbain) ; France 2, le Collectionneur (un policier traque un tueur en s\u00e9rie) ; France 3, Inspecteur Barnaby (un autre policier traque un autre tueur en s\u00e9rie).<br \/>\nQuand on pense que le moindre micro-trottoir d\u00e9plore la g\u00e9n\u00e9ralisation de la violence, on se demande o\u00f9 les gens vont chercher tout \u00e7a.<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n<p>\u00a9 Copyright Valeurs Actuelles  2006 Groupe Valmonde &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Valeurs Actuelles n\u00b0 3384 paru le 5 Octobre 2001<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9cran<\/p>\n<p>Une lacune<br \/>\nLa tendance \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer les fictions polici\u00e8res \u00e0 toutes les autres, \u00e0 se repa\u00eetre sans cesse du spectacle, de l\u2019analyse et de la sociologie du crime, la propension g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 confondre litt\u00e9rature et suspense, art et polar, trag\u00e9die et documentaire, ont fait la fortune des producteurs d\u2019histoires de flics \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision.<br \/>\nLe nombre des s\u00e9ries d\u00e9crivant un service de la police judiciaire, un commissariat, une brigade sp\u00e9cialis\u00e9e, un cabinet de juge devient non seulement \u00e9crasant mais pr\u00e9occupant. Il introduit en effet dans l\u2019offre de programmes une distorsion au b\u00e9n\u00e9fice des \u0153uvres qui donnent de la nature humaine une vision d\u00e9testable. L\u2019humanit\u00e9 finit par se r\u00e9duire \u00e0 une poign\u00e9e de psychopathes violents, de petits dealers, de go-go girls qui veulent tout arr\u00eater pour ouvrir une boutique d\u2019esth\u00e9ticienne, de travailleurs sociaux sp\u00e9cialistes de la r\u00e9insertion, etc.<br \/>\nDu c\u00f4t\u00e9 des flics, c\u2019est pareil : nous finissons par savoir davantage comment fonctionne un commissariat qu\u2019une laverie automatique. (Le vocabulaire de ces gens-l\u00e0, ordurier du haut en bas de la hi\u00e9rarchie, permet d\u2019ailleurs de constater que le concours de commissaire de police est incompatible avec la vocation de grammairien.) A moins que la faute n\u2019en revienne aux sc\u00e9naristes. Si c\u2019est le cas, ce n\u2019est pas la seule.<br \/>\nLa distorsion dans la perception du r\u00e9el s\u2019exerce en effet tr\u00e8s en amont. Il existe des brigades sp\u00e9cialis\u00e9es qui ne font jamais l\u2019objet d\u2019aucun feuilleton. Prenons le GIGN, ses homologues antiterroristes et les services d\u2019enqu\u00eate de la DST. Leur popularit\u00e9 est tr\u00e8s grande. Elle s\u2019accro\u00eet sans cesse \u00e0 la faveur des \u00e9v\u00e9nements. Les sc\u00e9narios d\u00e9crivant la r\u00e9alit\u00e9 de leur m\u00e9tier feraient des films passionnants. Ils voyagent, jouent avec leur vie pour prot\u00e9ger les n\u00f4tres, r\u00e9v\u00e8lent des r\u00e9seaux insoup\u00e7onn\u00e9s, des pratiques effroyables, des risques vertigineux, et pourtant aucun feuilletonniste ne s\u2019int\u00e9resse \u00e0 eux. On serait tent\u00e9 de croire que la curiosit\u00e9 des sc\u00e9naristes a pour limites les imp\u00e9ratifs de la d\u00e9fense du territoire. En v\u00e9rit\u00e9, il est probable que cette lacune trahit une volont\u00e9 de dissimuler une partie du r\u00e9el.<br \/>\nPar exemple, depuis cinq semaines, quand les policiers ne ramassent pas des armes de guerre dans les coffres de voiture, les garages de banlieue et m\u00eame en plein Paris \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un contr\u00f4le d\u2019identit\u00e9, ils sont oblig\u00e9s d\u2019essuyer des tirs de roquettes ou de mitraillette entre le pressing et la boulangerie.<br \/>\nSituation nouvelle ? Tout le monde sait que si l\u2019on canardait moins il y a cinq ans, les armes circulaient tout autant. Les moindres chasseurs de la r\u00e9gion de B\u00e9ziers connaissaient le prix des kalachnikovs.<br \/>\nAlors pourquoi aucun sc\u00e9nario n\u2019a-t-il jamais mentionn\u00e9 ces march\u00e9s clandestins, ces rites barbares qui se d\u00e9veloppent \u00e0 nos portes, ces marchands de femmes du Kosovo qui mutilent les Ukrainiennes dans la banlieue de Strasbourg ?<br \/>\nChristian Combaz<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chroniques de Valeurs Actuelles L&#8217;auteur tient \u00e0 remercier le jeune &#8220;Shane&#8221; Fenton pour s&#8217;\u00eatre donn\u00e9 la peine de collecter sur internet, et de lui adresser, apr\u00e8s sept ans, ces chroniques t\u00e9l\u00e9visuelles. 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